The Greatest Showman

réalisé par Michael Gracey

avec Hugh Jackman, Zac Efron, Michelle Williams, Rebecca Ferguson, Zendaya…

Comédie musicale américaine. 1h44. 2017.

sortie française : 24 janvier 2018

The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire.

The Greatest Showman : Photo Hugh Jackman

The Greatest Showman, inspiré de la véritable histoire de P.T. Barnum, avait tout pour me plaire un minimum avec ses scènes musicales et son ode à la différence en mettant en scène de ce qu’on appelait des « freaks » (un peu comme dans Freak Show, la fabuleuse quatrième saison de America Horror Story). En seulement cinq minutes de film, j’ai compris que j’allais rencontrer un énorme souci avec cette comédie musicale pseudo biopic. Rien que la musique. Certes, en l’écoutant en dehors du film, comme j’écouterais n’importe quelle chanson de pop sur mon Spotify, oui certaines sont sympathiques. J’admets même écouter volontiers A Million Dreams et Never Enough, les deux titres se retrouvent par ailleurs dans les deux plus belles scènes du film (autant esthétiquement qu’émotionnellement). Et surtout, deux chansons qui entrent pour moi plus dans ce que j’imagine d’une comédie musicale ! Mais alors, entendre ces chansons très popisées et même pour certaines trop trafiquées (alors qu’il n’y en avait aucun besoin, surtout avec de telles voix !) est très désagréable, à la limite d’un anachronisme de mauvais goût (je crois que je me suis même entendue dire « oh non ils recommencent à chanter ! »). Ne jamais prendre en compte le genre cinématographique pour les chansons reste pour moi problématique. Mais il n’y a évidemment pas que la musique – se transformant rapidement en bouillie indigeste – qui m’a dérangée même si cela reste un problème majeur dans le cadre d’une comédie musicale. L’histoire d’origine est sur le papier passionnante mais les scénaristes sont parvenus à la rendre insipide, principalement à cause de deux raisons. La première est, comme l’indique bien son titre (un indice du carnage à venir donc), sa concentration absolue sur le personnage de Barnum. Qu’il soit effectivement le personnage principal est légitime, mais il bouffe rapidement tous les autres personnages qui ont du mal à exister, dont les fameuses « curiosités », sorte de groupe sans nom ni identité (en dehors de Lettie Lutz, incarnée par la star de Broadway Keala Settle). Un comble pour un film qui prétend être une ode à la tolérance et la différence ! Même l’histoire d’amour entre Philip Carlyle (Zac Efron) et la trapéziste Anne Wheeler (Zendaya) n’est pas intéressante par rapport à ce soi-disant message. Certes, le film évoque aussi la manière dont étaient traités les Afro-américains, pointés du doigt pour leur différence de couleurs de peau, comme les « curiosités » étaient moquées pour leurs différences physiques. Cela dit, il n’y a rien de bien fou à nous présenter l’histoire d’amour entre deux personnages qui n’ont finalement aucun « souci » physique (je veux dire, Zendaya ne souffre pas de difformités physiques).

The Greatest Showman : Photo Zendaya

En rejetant pratiquement tous les personnages secondaires, le scénario passe donc aussi à côté des différents enjeux possibles qui auraient pu rendre le film intéressant. Par exemple, il n’exploite pas suffisamment la relation ambiguë entre Barnum et la chanteuse suédoise Jenny Lind (incarnée par Rebecca Ferguson – même si c’est Loren Allred, une ancienne candidate de The Voice qui interprète sa chanson phare) ou même le portrait général de Barnum (son acte avec les « freaks » était-il généreux ou juste très intéressé ? Pas sûre que ce type méritait un portrait aussi élogieux). Les personnages n’étant pas intéressants (pour ne dire inexistants pour certains), les acteurs ont du mal à rendre leurs interprétations consistantes. Cela est d’autant plus frustrant de voir ce casting habitué aux comédies musicales noyé dans ce pur chaos. Enfin, autre véritable souci : le spectateur n’a aucune notion temporelle. Certes, le film ne prétend pas être un biopic parfait et historique. Mais là, on a l’impression que l’histoire se déroule en deux mois (et encore je suis gentille). Par exemple, les personnages ne semblent étrangement jamais vieillir (surtout les gamines du couple Barnum) ou encore on passe d’un événement à un autre très rapidement. En fait, dès qu’il y a un obstacle dans l’histoire de Barnum (qui touche aussi bien sa vie professionnelle que privée), il est évidemment résolu en deux trois mouvements. La fin est par ailleurs particulièrement bâclée et expédiée. Cette approximation temporelle est encore un moyen pour combler les sérieuses lacunes du scénario. Bref, tout est kitsch et on ne sait même plus si ce mauvais goût est volontaire ou non. Michael Gracey (réalisateur d’une célèbre pub plutôt fun pour Ice Tea avec déjà Hugh Jackman – et j’ai envie de dire que ça se voit qu’il vient de la pub) n’est pas un Baz Luhrmann malgré tous les efforts qu’il fait pour rendre son oeuvre grandiloquente. Oui, il y a des couleurs, du mouvement, une envie de grandeur, mais la mise en scène manque cruellement de virtuosité et l’ensemble est honnêtement très moche visuellement : on finit donc avec cette bouillie indigeste sur tous les points (narration, son, esthétisme), plus proche d’un épisode de Glee à la sauce MTV/Eurovision que de ce qui se fait éventuellement à Broadway. Ce ratage est d’autant plus regrettable dans le sens où on sent qu’il s’agit étrangement d’un film sans prétention (malgré les moyens employés, notamment pour fabriquer les animaux du cirque afin d’éviter de les exploiter ou de les maltraiter !). 

The Greatest Showman : Photo Hugh Jackman, Zac Efron

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