American Honey / Monsieur et Madame Adelman

American Honey

réalisé par Andrea Arnold

avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough…

Drame américain, britannique. 2h43. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux…

American Honey : Photo Sasha Lane, Shia LaBeouf

American Honey, récompensé par le prix du jury au festival de Cannes (le troisième même prix de la carrière de la réalisatrice britannique Andrea Arnold après Red Road et Fish Tank), est un film sur une jeunesse paumée qui m’a laissée perplexe. Je lui reconnais des qualités mais qui sont aussi des choses qui m’ont aussi gênée. Par exemple, la durée, c’est-à-dire pratiquement 2h45. D’un côté, je ne me suis pas ennuyée alors que je m’y attendais (et c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas voulu me déplacer dans les salles) et je comprends la démarche de la réalisatrice : la longueur permet certainement de mieux représenter littéralement l’errance juvénile (déjà représentée par la forme même du film : le road movie). Les répétitions, cette lassitude de cette vie de nomade (les jeunes vivent d’hôtels en hôtels en se faisant passer pour des vendeurs de magazines) semblent être volontaires. Cela dit, au bout d’un moment, ces choix finissent par ne plus être aussi pertinents que prévu. Je suis certaine qu’on aurait pu garder cette idée d’errance notamment par la longueur sans étirer à tout prix la durée excessive et selon moi pas très justifiée par rapport à ce que la réalisatrice nous narre. Concernant le scénario, là encore je suis partagée. L’histoire en elle-même est crédible, la réalisatrice s’est bien renseignée et documentée sur son sujet et j’ai tendance à aimer les films au style réaliste : on est d’ailleurs parfois proche du « documentaire », la caméra étant très proche des acteurs et la lumière naturelle prenant souvent place dans le cadre. Mais finalement, et encore une fois, mon reproche est certainement lié à la durée. rien ne m’a réellement surprise dans le déroulement de l’histoire. Evidemment, Andrea Arnold expose des enchaînements narratifs logiques, on ne peut pas lui faire tous les reproches du monde, mais j’ai trouvé tous les événements très attendus. Reste tout de même des décors magnifiquement bien filmés, le tout sur une bande-originale bien choisie et qui a du sens par rapport aux différentes scènes. De plus le casting est parfait. La débutante Sasha Lane est fascinante de spontanéité, Shia Labeouf prouve également qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé dans des films intéressants ou encore Riley Keough (même si j’ai du mal à comprendre comment un personnage aussi jeune qu’elle puisse avoir autant de pouvoir sur des jeunes de son âge) est remarquable. A noter aussi de très bonnes interprétations de la part du reste de la troupe, pratiquement tous des non-professionnels.

American Honey : Photo Riley Keough, Shia LaBeouf


Monsieur et Madame Adelman

réalisé par Nicolas Bedos

avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Antoine Gouy, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Zabou Breitman, Julien Boisselier…

Comédie dramatique française. 2h. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ?
Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

On connait davantage Nicolas Bedos le personnage public télé imbuvable que l’artiste (chroniqueur aussi dans la presse, dramaturge, écrivain, scénariste et acteur). Bedos passe désormais derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman. Il a co-écrit le scénario avec Doria Tillier, connue pour avoir été une des Miss Météo dans l’émission de Canal + Le Grand Journal. Les deux, apparemment toujours en couple (information certes people mais qui peut être intéressante si on la lie au contenu du film), se sont également attribués les rôles principaux (les fameux Adelman du titre). Ainsi, Bedos et Tillier nous présentent l’histoire d’amour avec ses hauts et ses bas (surtout ses bas) d’un couple sur 45 ans. Victor, qui a emprunté le nom de sa femme dans le cadre de sa profession (« plus juif » parce que ça fait « plus Philip Roth » selon lui), est un écrivain qui galère quand il rencontre Sarah. Mais Sarah a fait des études de lettres à la Sorbonne : c’est elle qui va l’aider à mieux écrire ses romans, à lui donner des suggestions pertinentes notamment pour ses tournures de phrases etc… Au-delà d’un regard assez sombre et touchant sur les relations amoureuses face au temps à partir d’une fresque parfois parodiée avec un humour noir décapant et surprenant (les relations sexuelles sont complètement nulles, la fille des Adelman est insupportable, le fils est un handicapé mental rejeté par le couple Adelman pour son handicap justement !), Monsieur et Madame Adelman interroge intelligemment également sur les rapports entre l’écrivain et sa muse, et sur la femme de l’ombre laissant place au mari artiste. Le film, qui propose un twist plutôt saisissant, est également convaincant dans ses scènes mélancoliques. Cela dit, en dehors de ses moments justement assez cyniques qui prouvent justement que Bedos et Tillier sont capables de jouer avec les codes, on n’échappe pas totalement quelques clichés habituels hystériques. J’avoue avoir eu peur de revoir Mon Roi. Pour sa première réalisation, Bedos s’en sort en tout cas remarquablement bien. Mais c’est surtout l’écriture qui surprend davantage. Les interprétations sont également solides. Bedos et Tillier, qui se fondent merveilleusement dans les différents costumes (on sent que le déguisement les éclate : justement, le projet de ce film est né suite à leur amour pour se déguiser et l’improvisation), le tout dans des décors soignés, sont excellents même si Tillier a tendance à piquer la vedette à son partenaire. Ils ont également su communiquer leur évidente complicité à l’écran. Monsieur et Madame Adelman n’est peut-être pas le grand film qu’il aurait pu être, il lui manque ce quelque chose pour qu’on y adhère totalement mais il reste plutôt pertinent et on a bien envie de voir d’autres projets cinématographiques de Tillier et Bedos.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

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Entre amis

réalisé par Olivier Baroux

avec Daniel Auteuil, Gérard Jugnot, François Berléand, Zabou Breitman, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey, Justine Bruneau de la Salle, Jean-Philippe Ricci…

Comédie française. 1h30. 2014.

sortie française : 22 avril 2015

Entre amis

Richard, Gilles et Philippe sont amis depuis près de cinquante ans. Le temps d’un été, ils embarquent avec leurs compagnes sur un magnifique voilier pour une croisière vers la Corse. Mais la cohabitation à bord d’un bateau n’est pas toujours facile. D’autant que chaque couple a ses problèmes, et que la météo leur réserve de grosses surprises… Entre rires et confessions, griefs et jalousies vont remonter à la surface. Chacun va devoir faire le point sur sa vie et sur ses relations aux autres. L’amitié résistera-t-elle au gros temps ?

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Aujourd’hui, je vous livre la critique de Entre amis (pétard, il est sorti pour mon anniversaire, je ne sais pas trop comment je dois voir la chose), nouvelle bouse d’Olivier Baroux, que j’aimais pourtant bien dans les sketchs de Kad & O. Là, je vois vos yeux s’écarquiller : mais comment ai-je pu aller voir ce machin ? Je ne vais pas forcément vous raconter ma vie dans les détails mais en gros, j’ai vu ce film à cause de ma mère. Le film passait pas loin de chez moi (les prix étaient en plus attractifs), ma maman avait beaucoup travaillé ces derniers temps, elle voulait juste se détendre en regardant un film pas trop intelligent. Bref, il ne faut pas me blâmer (j’ai fait mon devoir de fille, qui passe un « bon » moment avec sa mère) ni ma mère capable de regarder des débilités sans nom à cause de la fatigue (nous sommes tous passés par là, n’est-ce pas ?). Bref, je me doutais bien que je n’allais pas voir un très bon film, en vérité, rien ne m’inspirait : ni le titre, l’affiche, ni l’histoire, ni le casting, nada. De plus, la carrière d’Olivier Baroux en tant que « réalisateur » est à la limite du catastrophique (je sauverai à peu près Les Tuche et Mais qui a retué Pamela Rose ?, lourdingues mais à peu près sympathiques) : j’ai vu un bon morceau de L’Italien (je n’ose pas aller jusqu’au bout) qui était débile (pourtant les critiques n’étaient pas dégueulasses dans mes souvenirs) et Baroux avait touché le fond avec Ce soir je dors chez toi (là encore plutôt défendu par les critiques, je crois rêver…) et Safari (bon là c’est évident : c’est une daube). Je n’ai pas encore eu l’occasion de regarder On a marché sur Bangkok (je ne suis pas pressée…) mais il a une très mauvaise réputation (ce qui ne m’étonne pas). Pour ne rien arranger, même si elles ne détiennent pas forcément la vérité, les critiques n’ont pas épargné ce film. Et là il faut leur donner raison : c’est un naufrage (désolée, c’était facile)Entre amis ne va évidemment pas révolutionner la comédie française et n’avait certainement pas cette ambition. Rien de bien nouveau à l’horizon : trois vieux cons qui gagnent bien leur vie, en compagnie de leurs femmes (évidemment toutes bien plus jeunes qu’eux ou en tout cas sont quand même mieux conservées qu’eux – alors ok elles n’ont pas forcément la vingtaine mais je crois que ça veut en dire long), vont passer quelques jours ensemble en bateau (avec le soleil et tout ça – du genre on vous vend du rêve). Mais évidemment, ils vont se disputer et des merdes vont arriver en cours de route.

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Déjà, rien que le pitch exaspère. Je ne comprends pas déjà tous ces films de potes dont on se demande comment ces débiles ont pu rester amis durant tout ce temps. Mais bon, il y a des tas de films pas forcément originaux mais à peu près sympathiques ou tolérables. Non seulement il n’a rien de bien neuf mais en plus on ne passe pas un bon moment devant (même ma mère – très très bon public – était consternée). La mise en scène est naze mais jusque là, on n’est pas surpris et ce n’est pas forcément ce qu’il y a de pire. Dans la salle – ok, il n’y avait pas foule – les rires étaient très rares, ce qui devient gênant quand on sait qu’il s’agit à l’origine d’une comédie. Mais surtout, l’écriture du film est hyper lourde et d’une bêtise sans nom, tout est prévisible à des kilomètres, que ce soit le déroulement de l’histoire, les « gags » ou l’écriture même des personnages, tous très caricaturaux et tellement cons qu’on se contrefout de leur sort, on a envie qu’ils crèvent de noyade ou qu’ils s’étouffent en bouffant du thon. Il y a aussi quelques incohérences ou invraisemblances, du genre à la fin le personnage de Breitman qui réussit à appeler les secours via son portable en sachant que son téléphone est tellement trempé que cela m’étonnerait qu’il puisse encore marcher ! A cause d’une très mauvaise écriture, le film a du mal à divertir, surtout qu’il manque de rythme. Pour ne rien arranger, le casting est assez mauvais. Encore, les actrices s’en sortent pas si mal même si elles passent malgré elles pour les potiches de service. Même Mélanie Doutey qui a tendance à m’insupporter arrive à être à peu près spontanée. Par contre, les acteurs sont ultra mauvais et coulent pratiquement le film. Déjà, Berléand et Jugnot ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là, ils ne sont pas inspirés, on sent qu’ils viennent que pour le chèque. Mais à côté d’Auteuil, Berléand et Jugnot mériteraient un César (bon j’exagère carrément, je veux juste vous montrer à quel point Auteuil est ultra mauvais). Je n’ai rien contre Daniel Auteuil, comme beaucoup, je l’ai aimé dans de nombreux films. Mais là depuis un certain temps, il m’agace et surtout il surjoue à mort et force son accent sudiste sans aucune raison. Le peu de gags qui auraient pu fonctionner tombent du coup complètement à plat parce que monsieur joue comme un pied…

Entre amis : Photo Daniel Auteuil, François Berléand, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, Mélanie Doutey

Discount

réalisé par Louis-Julien Petit

avec Olivier Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon, Sarah Suco, M’Barek Belkouk, Zabou Breitman…

Comédie française. 1h45. 2013.

sortie française : 21 janvier 2015

Discount

Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menace leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…

Discount : Photo Corinne Masiero, M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

Lorsque j’ai découvert pour la première fois l’existence même de Discount, je dois avouer que je redoutais le pire. En effet, un (trop) grand nombre de « comédies » françaises ont des titres similaires (en gros, un seul mot parce qu’apparemment, les réalisateurs et/ou producteurs prennent souvent les spectateurs pour des imbéciles incultes). Rappelez-vous de Disco (à quelques lettres près, c’est presque comme Discount ça), Camping, RTT, Safari, Supercondriaque, Fiston, Barbecue et j’en passe (rien que cette courte liste me file des boutons). La bande-annonce ne m’avait pas non plus convaincue des masses. Mais finalement, j’ai fini par aller voir ce film un peu par hasard. Je ne sais pas si c’est parce que je m’attendais à quelque chose d’horrible mais en tout cas Discount est selon moi une agréable bonne surprise. Certes, il ne s’agit certainement pas d’un grand film, ce n’est même pas le film de l’année, mais il est au-dessus des autres comédies françaises actuelles. Selon Télérama (magazine que je n’aime pas forcément), il s’agit d’une « comédie à la Ken Loach ». Discount n’a certainement pas la force, ni une forme de noirceur que possèdent les films du réalisateur britannique. Pourtant, cette comparaison n’est pas autant démesurée que je l’imaginais. En tout cas, il est plus dans la lignée d’un Loach que d’un Onteniente (ce qui est rassurant). Malgré ses maladresses, le premier long-métrage de Louis-Julien Petit déborde de sincérité et d’humanité. Au lieu de nous foutre des stars surpayées et surmédiatisées et un budget colossal (si, si, je vise certaines personnes), le budget de ce film est vraiment « discount » et les acteurs choisis restent plutôt méconnus.

Discount : Photo M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

La mise en scène n’est pas extraordinaire mais elle reste tout de même correcte. Même si cela n’excuse pas tout, je suis souvent bienveillante envers une première réalisation. Le scénario est parfois maladroit (certains points auraient pu être retravaillés ou creusés), pourtant il reste efficace et tient la route. Louis-Julien Petit et son co-scénariste Samuel Doux sont arrivés à donner du relief à leurs personnages en s’intéressant notamment à leurs blessures et c’est pour cela qu’ils sont si attachants. Même la patronne incarnée par Zabou Breitman n’est pas simplement décrite comme une horrible femme sans coeur. Du coup, le film ne tombe jamais dans le manichéisme et parvient à décrire ce système de travail (les patrons qui subissent eux-mêmes des pressions, les vigiles qui prennent un peu trop leurs responsabilités) sans jamais le caricaturer. Au contraire, il y a même une petite touche d’ironie bienvenue. Discount réussit également à pointer du doigt sur des sujets révoltants, comme le chômage qui menace les employés et le gaspillage alimentaire. Mais au-delà de ces sujets franchement pas joyeux, le film est surtout un hymne réussi à la solidarité et à la générosité. Il évite les lourdeurs et, au contraire, il trouve le ton juste entre l’humour et l’émotion. Louis-Julien Petit a également su mettre en avant le décor nordiste. C’est peut-être aussi pour cela que Discount a été comparé aux films de Ken Loach. Enfin, pour finir, Discount est servi par un casting parfait, que ce soit Olivier Barthélémy (très convaincant en leader), la toujours aussi naturelle Corinne Masiero (j’aime toujours autant sa gouaille), le charismatique Pascal Demolon (j’adore également sa voix), la touchante Sarah Suco, le rigolo et tendre M’Barek Belkouk ou encore Zabou Breitman.

Discount : Photo Corinne Masiero