Tomb Raider (2018)

réalisé par Roar Uthang

avec Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins, Daniel Wu, Kristen Scott Thomas, Derek Jacobi…

Film d’aventure, action américain. 1h58. 2018.

sortie française : 14 mars 2018

Lara Croft, 21 ans, n’a ni projet, ni ambition : fille d’un explorateur excentrique porté disparu depuis sept ans, cette jeune femme rebelle et indépendante refuse de reprendre l’empire de son père. Convaincue qu’il n’est pas mort, elle met le cap sur la destination où son père a été vu pour la dernière fois : la tombe légendaire d’une île mythique au large du Japon. Mais le voyage se révèle des plus périlleux et il lui faudra affronter d’innombrables ennemis et repousser ses propres limites pour devenir « Tomb Raider »…

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander

Je ne connais pas grand-chose à Tomb Raider en dehors de quelques archétypes physiques sur le personnage de Lara Croft même si certains auraient fini par disparaître au fil du temps, d’après ce que j’ai compris. Je n’ai jamais joué aux jeux vidéos de la franchise ni vu les deux films avec Angelina Jolie (curieuse de voir s’il s’agit effectivement de navets comme j’ai pu l’entendre depuis des années). Je partais donc sans réels préjugés, juste que je savais qu’il s’agissait probablement d’un gros divertissement sans prise de tête, adapté du reboot version jeux vidéos (2013). Effectivement, Tomb Raider, réalisé par le Norvégien Roar Uthang (Cold Prey, The Wave), se laisse regarder, on ne peut pas dire que je me suis ennuyée, même si je ne dirais pas non plus que je me suis éclatée. Alicia Vikander est également plutôt crédible dans le rôle principal. Son investissement physique crève les yeux et les acteurs et actrices qui font actuellement leurs cascades sont assez rares. Cela dit, sans parler de déception vu que je n’en attendais rien, Tomb Raider est bien pour moi un beau ratage. Le point de départ est pourtant intéressant : montrer une héroïne jamais érotisée (même si le débat autour des seins d’Angelina Jolie me dérange sur certains points). Ses efforts physiques sont sans cesse mis en avant, avant même que Lara Croft devienne une aventurière. Dans un sens, elle est déjà une aventurière à Londres : héritière d’une immense fortune, cette passionnée de boxe refuse pourtant d’être la fille de papa de service et préfère galérer financièrement en faisant des livraisons à vélo (activité qui montrera déjà ses prouesses sportives). Sur le papier, ce point de départ était intéressant pour plusieurs raisons : montrer que l’aventure ne se limite pas à une expérience exotique hors de ses terres. Mais hélas, nous sommes dans une grande production très lisse qui ne cherche évidemment pas à creuser tout ça. Le film ne démarre pas trop mal mais une fois Lara partant en Asie à la recherche du papounet (un taré qu’on a envie d’étrangler), on comprend qu’on a affaire à un véritable navet. Certes, le film tente d’être crédible en nous présentant d’emblée une Lara habituée à une forte activité sportive. Je veux bien admettre que ce n’est qu’un film, en plus adapté d’un jeu vidéo, mais justement tout est fait pour rendre l’univers et le personnage les plus crédibles possibles. Alors, voir Lara devenir une sorte de ninja extrême, bravant un peu trop aisément les obstacles, du jour au lendemain me laisse forcément perplexe.

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander, Daniel Wu

De plus, si Lara est valorisée physiquement, en revanche elle n’est pas si intelligente que ça, en tout cas, cette qualité-là ne saute pas vraiment aux yeux. Elle résout juste vite fait une ou deux petites énigmes et c’est à peu près tout. Sinon elle a des réactions manquant cruellement de logique. Je comprends bien que d’un point de vue narratif, pour bien respecter un éternel même schéma, il vaut mieux tuer le méchant (incarné par Walton Goggins, qui se contente de faire une expression : on l’a connu plus inspiré) à la toute fin dans un beau combat. Mais on ne comprend pas par exemple pourquoi Lara cède à aider le méchant dans sa quête alors qu’elle avait la possibilité de le buter. Cette scène où elle fait également un improbable rouler-bouler sur une échelle (qui permet aux personnages de continuer à avancer malgré une énorme crevasse) pour contrer le méchant m’a tuée par sa stupidité : Lara pouvait se contenter de balancer le vilain de l’échelle et repartir de son côté pour sortir du lieu (une sorte de tombeau géant ultra piégé). Mais non, elle le fait revenir sur une partie stable (et pas celle qui lui permet de repartir : donc oui, elle doit dans tous les cas retraverser la crevasse sans mourir) et surtout… jette l’échelle. Je l’ai également trouvée assez infantilisée par tous ces personnages masculins. Le discours « féministe » pourra encore attendre. On se pose aussi d’autres questions sur la crédibilité du scénario. Par exemple, on ne comprend pas pourquoi Lu Ren, le poivrot qui amène notre héroïne avec son bateau sur l’île, devient lui-même une sorte de Kick-Ass alors que le type n’a pas l’air plus sportif que ça, ni n’est particulièrement courageux : il change de comportement radicalement, du jour au lendemain ! On se demande également pourquoi toujours ce même personnage veut absolument se battre pour sauver Lara (en entraînant avec lui les pauvres esclaves de l’île) alors qu’ils ne se connaissent pas (et surtout c’est Lara qui l’a amené dans cette énorme galère) ! Ne parlons même pas du pseudo twist final, qu’on peut deviner à des kilomètres (sans spoiler, à force de se demander ce que fout tel personnage dans ce film, on capte finalement le comment du pourquoi)… et qui annonce une suite ! Un peu risqué de se lancer déjà dans de nouvelles aventures sans savoir si ce Tomb Raider 2018 séduit réellement le public…  Mon jugement semblera très sévère alors qu’en réalité, le film joue certainement son job : celui de divertir. Cela dit, dommage de voir toujours ces mêmes productions sans originalité, ni saveur, ni âme, ne prenant pas le soin de soigner correctement son scénario ni sa mise en scène…

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander

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Les Animaux Fantastiques

réalisé par David Yates

avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler, Alison Sudol, Colin Farrell, Ezra Miller, Samantha Morton, Jon Voight, Carmen Ejogo, Johnny Depp, Ron Perlman, Jenn Murray, Faith Wood-Blagrove, Zoë Kravitz…

titre original : Fantastic Beasts and Where to Find Them

Film fantastique, aventure britannique, américain. 2h13. 2016.

sortie française : 16 novembre 2016

animaux

New York, 1926. Le monde des sorciers est en grand danger. Une force mystérieuse sème le chaos dans les rues de la ville : la communauté des sorciers risque désormais d’être à la merci des Fidèles de Salem, groupuscule fanatique des Non-Maj’ (version américaine du « Moldu ») déterminé à les anéantir. Quant au redoutable sorcier Gellert Grindelwald, après avoir fait des ravages en Europe, il a disparu… et demeure introuvable.
Ignorant tout de ce conflit qui couve, Norbert Dragonneau débarque à New York au terme d’un périple à travers le monde : il a répertorié un bestiaire extraordinaire de créatures fantastiques dont certaines sont dissimulées dans les recoins magiques de sa sacoche en cuir – en apparence – banale. Mais quand Jacob Kowalski, Non-Maj’ qui ne se doute de rien, libère accidentellement quelques créatures dans les rues de la ville, la catastrophe est imminente. Il s’agit d’une violation manifeste du Code International du Secret Magique dont se saisit l’ancienne Auror Tina Goldstein pour récupérer son poste d’enquêtrice. Et la situation s’aggrave encore lorsque Percival Graves, énigmatique directeur de la Sécurité du MACUSA (Congrès Magique des États-Unis d’Amérique), se met à soupçonner Norbert… et Tina.
Norbert, Tina et sa sœur Queenie, accompagnés de leur nouvel ami Non-Maj’ Jacob, unissent leurs forces pour retrouver les créatures disséminées dans la nature avant qu’il ne leur arrive malheur. Mais nos quatre héros involontaires, dorénavant considérés comme fugitifs, doivent surmonter des obstacles bien plus importants qu’ils n’ont jamais imaginé. Car ils s’apprêtent à affronter des forces des ténèbres qui risquent bien de déclencher une guerre entre les Non-Maj’ et le monde des sorciers.

Les Animaux fantastiques : Photo Eddie Redmayne

Comme vous l’avez pu le constater sur le blog, je suis une grande fan de Harry Potter. J’attendais donc logiquement avec beaucoup d’impatience l’un des films événements de 2016, Les Animaux Fantastiques. Dans les romans et films, le personnage de Norbert Dragonneau (Newt Scamander en VO) est mentionné parmi les auteurs des ouvrages que doit acheter le jeune Harry et ses camarades doit se procurer à Poudlard dans le cadre de ses études. J. K. Rowling avait écrit le court texte Les Animaux Fantastiques en 2001 pour la bonne cause : 80% des profits sont directement reversés à des associations de protection de l’enfance à travers le monde. Evidemment, comme n’importe quelle saga de cette envergure, on pouvait se dire qu’engendrer toute une nouvelle série de films (cinq en tout) était encore un moyen de prendre les spectateurs pour des pigeons. De plus, même si j’ai tout de même aimé certains des films de la saga qu’il a réalisés, David Yates n’est pas pour moi le meilleur réalisateur de la saga (même si je dois admettre qu’il connait désormais très bien l’univers). Très vite, j’ai tout de même été rassurée : c’est J.K. Rowling qui s’est occupée elle-même du scénario. On pouvait se demander si la romancière pouvait être capable de devenir scénariste puisqu’il ne s’agit pas de son métier de base. Pour résumer, Les Animaux Fantastiques se déroulent avant l’arrivée de Harry Potter à Poudlard (c’est-à-dire 70 ans avant). J. K. Rowling formule la chose autrement : elle présente le projet comme l’équivalent d’une « extension de l’univers » de Harry Potter. L’action ne se déroule pas en Grande-Bretagne mais cette fois-ci aux Etats-Unis (même si on suit donc quelques personnages britanniques). A partir de là, et cela se vérifie à l’écran, J.K. Rowling a le mérite de ne pas vouloir créer à tout prix un copier-coller de la saga Harry Potter. Certes, on reconnait de nombreux éléments de la saga mais ils apparaissent par petites touches. Je pense donc qu’on peut tout à fait suivre Les Animaux Fantastiques sans connaître la saga Harry Potter. Et en même temps, grâce à ces clins d’oeil, les fans de la première heure pourront être nostalgiques.

Les Animaux fantastiques : Photo Alison Sudol, Dan Fogler, Katherine Waterston

J.K. Rowling ne se contente pas alors de satisfaire les fans et les nons-fans de la saga. Elle réussit aussi à satisfaire tous les types de public : les petits et les plus grands. Ainsi, la double lecture concernant les différentes réflexions proposées fonctionne totalement. Au-delà de savoir faire plaisir à tout le monde – ce qui n’est pas si évident à faire – on s’aperçoit finalement à quel point Rowling a encore beaucoup d’imagination et qu’elle a encore des choses à dire sur son propre univers (surtout quand on sait qu’elle reprend des petits détails à droite et à gauche de ses bouquins). Les Animaux Fantastiques a beau être un produit commercial (on ne va pas se mentir), le vrai point fort de ce film est de sentir une patte d’auteur. Au-delà de nous présenter une histoire qui tient debout et des personnages attachants, J.K. Rowling réussit à évoquer des sujets forts dans une oeuvre aussi populaire (et le contexte historique me semble également important). Elle a toujours voulu développer dans Harry Potter des thèmes importants et d’une grande richesse, la saga étant plus profonde qu’elle en a l’air. Au fil des années, que ce soit notamment plus récemment avec la pièce Harry Potter and The Cursed Child et maintenant avec cette adaptation des Animaux Fantastiques, Rowling, reconnue publiquement pour défendre de nombreuses causes, se cache de moins en moins pour évoquer certains sujets et défend toujours les gens différents qui veulent résister face au système. La résistance, l’écologie ou encore les effets de la maltraitance (pour ne citer que ça même s’il y en a d’autres) font partie des thèmes bien abordés dans ce long-métrage. Ainsi, l’histoire se met bien en place mais sans trop perdre de temps non plus (personnellement je suis entrée tout de suite dans le film). Le film parvient à se regarder que ce soit en tant qu’unique film ou premier volet d’une longue saga à venir. La mise en scène de David Yates suit également plutôt bien. Certes, elle n’a rien de révolutionnaire. Mais elle tient tout de même la route surtout par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production. Je dois même dire que Yates s’en sort même mieux que sur certains volets de Harry Potter qu’il a signés !

Les Animaux fantastiques : Photo Dan Fogler, Eddie Redmayne

Malgré quelques longueurs (du genre t’as l’impression qu’il y a trois fins) et quelques personnages pas suffisamment développés (je pense notamment à celui incarné par Colin Farrell – la performance n’est pas honteuse, loin de là mais du coup on s’attendait à mieux), Les Animaux Fantastiques est un très bon divertissement défendant de véritables causes, très rythmé, mêlant assez bien des moments drôles et d’émotion. Surtout, et c’est ce qu’on recherchait en allant voir ce film : il y a de la magie. Je ne vous parle pas nécessairement que d’effets spéciaux qui envoient du pâté (tout en gardant de la lisibilité durant des scènes d’action efficaces sans jamais nous fatiguer). Non, je vous parle d’une ambiance, d’un petit quelque chose qui fait qu’on adhère au film. J’ai également été bluffée par la reconstitution du New York des années 20 et plus généralement par certains choix esthétiques (j’ai notamment trouvé la photographie très belle). Les fameuses créatures du titre ne m’ont également pas déçue que ce soit esthétiquement ou encore dans leur utilisation dans l’intrigue. Enfin, le casting ne m’a pas déçue, bien au contraire. Eddie Redmayne (qui incarne Newt Scamander) est selon moi un bon choix : au-delà de sa classe et de son côté indéniablement britannique, il parvient à mêler la malice et l’innocence, deux qualités qui me semblent importantes dans l’univers de Harry Potter. J’ai également bien aimé ses partenaires, que ce soit Katherine Waterston (oui c’est bien la fille de Sam) attachante malgré sa froideur (certains diront qu’elle est lisse) ou encore sa « soeur » dans le film, la pétillante et charmante Alison Sudol. Comme beaucoup de spectateurs, j’ai eu un vrai coup de coeur pour Dan Fogler (que je ne connaissais pas auparavant). Et quelle bonne idée d’avoir développer un rôle de moldu, il en était temps ! Je crois qu’on s’attache facilement à ce personnage parce qu’il représente le spectateur qui se retrouve face à un monde merveilleux. Ezra Miller est également la bonne idée de ce casting, nickel dans un rôle sombre. Bref, j’attends du coup avec beaucoup d’impatience la suite des aventures de Newt et compagnie (surtout que la fin de ce premier opus semble donner des indications pour le deuxième film à venir).

Les Animaux fantastiques : Photo Colin Farrell, Ezra Miller

Sky

réalisé par Fabienne Berthaud

avec Diane Kruger, Norman Reedus, Gilles Lellouche, Lena Dunham, Q’Orianka Kilcher, Joshua Jackson…

Drame français, allemand. 1h43. 2015.

sortie française : 6 avril 2016

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En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir…

Sky : Photo Diane Kruger, Lena Dunham, Norman Reedus

Sky est le troisième long-métrage de Fabienne Berthaud, après Frankie et Pieds nus sur les limaces dans lesquels elle dirigeait déjà la plus française des actrices allemandes du moment, Diane Kruger. Sky a aussi su attirer la curiosité de certains spectateurs qui regardent un peu trop le petit écran (j’en fais partie) : en effet, nous trouvons dans le rôle principal masculin Norman Reedus alias Daryl Dixon de The Walking Dead, et dans un rôle plus secondaire on notera la présence de Lena Dunham (la créatrice et la Hannah de Girls). Sky raconte alors l’histoire d’une franco-allemande qui part en vacances avec son mari aux Etats-Unis admirer les magnifiques paysages et surtout espère sauver son mariage qui bat sérieusement de l’aile (le mari n’étant pas la personne la plus intelligente du monde et le couple a traversé beaucoup d’épreuves, madame ayant eu plusieurs fausses couches). Face aux tensions, Romy (donc notre héroïne) décide de continuer son voyage seule en quête de liberté. Elle va alors rencontrer à Las Vegas Diego, un ranger qui aime bien s’envoyer des prostituées et ne tient pas à s’attacher. Génial, les deux loulous veulent juste passer du bon temps ensemble et ne refusent l’amour. Romy va continuer son périple en allant à la rencontre d’une Amérique pauvre. A partir de ce récit, Fabienne Berthaud a su poser des questions intéressantes en les mêlant à des paradoxes : qu’est-ce que la liberté ? La liberté, est-ce réellement synonyme de solitude ? Peut-on être libre tout en gardant des désirs très terre-à-terre et communs à beaucoup de mortels (être amoureux, fonder une famille) ? Je sais que certains spectateurs prendront ces interrogations plus comme des contradictions que des paradoxes (même si la frontière entre ces deux termes restent floues). Les interrogations en elles-mêmes me paraissent pourtant pertinentes parce que l’être humain est paradoxal et doit affronter ces interrogations. Le film est construit aussi sur d’autres paradoxes : il y a d’un côté l’Européenne Romy qui semble vivre son rêve américain en étant dépaysée et en voyant certains désirs se concrétiser. De l’autre, les figures typiques américaines (notamment des Indiens) vivent dans une réalité effrayante, c’est-à-dire dans la pauvreté, en vivant dans des mobile home avec parfois une ribambelle d’enfants à élever et nourrir, et malades, en étant des victimes de guerre et plus généralement de la politique américaine.

Sky : Photo Diane Kruger

Hélas, si le propos derrière est intéressant à défendre, j’ai tout de même trouvé à ce Sky quelques défauts. En effet, si je trouve les espaces américains bien mis en avant – même si dans un exercice similaire, Guillaume Nicloux s’en sortait largement mieux avec son Valley of Love – en revanche, Fabienne Berthaud maîtrise moins les notions de temps et ça gâche vraiment toutes les bonnes choses qu’elle a mis en place, qui passent notamment par la mise en scène et le scénario. C’est dommage car du coup on ne croit pas totalement à l’histoire de cette femme qui refait sa vie ailleurs. On a l’impression que tout a l’air trop facile pour Romy, que ce soit pour l’amour, les rencontres en général, le travail (alors qu’elle est censée être une touriste et qu’il y a très peu d’offres d’emploi !) etc… Je comprends encore une fois la signification, j’aurais juste aimé plus de crédibilité. J’ai même trouvé que ça manquait même un peu de subtilité par moments. Je pense par exemple à cette opposition un poil lourde entre Billie qui, elle, a des gosses alors qu’elle vit dans la pauvreté tandis que Romy vient probablement d’un bon milieu social, a l’air responsable mais n’arrive pas à avoir d’enfants. Sky bénéficie heureusement d’un très bon casting. Diane Kruger (même si je n’ai rien contre elle à la base, loin de là) m’a agréablement surprise. Je l’ai trouvée très l’aise dans ce rôle assez complexe et réussit à montrer une gamme d’émotions tout en restant juste. Son partenaire Norman Reedus s’en sort également bien. Certes, on ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec Daryl dans The Walking Dead (dans le genre « j’ai des cheveux improbables et je suis peu causant ») mais il parvient tout de même à sortir de ce qu’on connait déjà en livrant une interprétation sensible. Lena Dunham apparaît peu mais elle est très différente de ce qu’elle fait dans Girls et ça fait du bien ! Je sens vraiment qu’elle a un énorme potentiel et j’espère qu’elle va vraiment l’exploiter. J’étais aussi contente de retrouver la Pocahontas de Malick, Q’Orianka Kilcher et l’apparition de Joshua Jackson (le compagnon de Kruger depuis des années maintenant) m’a évidemment fait sourire. Je suis par contre plus réservée sur Gilles Lellouche qu’on ne voit que dix minutes pourtant. Il ne joue pas mal mais je trouve qu’il partage de plus en plus les mimiques de son ami Dujardin, c’est très perturbant !

Sky : Photo Diane Kruger, Norman Reedus

Les Tuche 2 : Le rêve américain

réalisé par Olivier Baroux

avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau, Sarah Stern, Pierre Lottin, Theo Fernandez, Ken Samuels, Susan Almgren, Alice Morel Michaud, Richard Robitaille, Christian de la Cortina, Ralph Amoussou, Maurice Barthélémy, Olivier Baroux…

Comédie française. 1h34. 2015.

sortie française : 3 février 2016

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À l’occasion de l’anniversaire de « coin-coin », le benjamin de la fratrie, la famille Tuche part le retrouver aux États-Unis : les choses ne vont pas se passer comme prévu, mais alors pas du tout.

Les Tuche 2 - Le rêve américain : Photo Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve

Je sais que je vais choquer certains d’entre vous mais j’ai décidé d’assumer mes goûts : oui, j’accorde la moyenne aux Tuche 2. Non, je n’ai pas aimé Steve Jobs ni Ave César. Ca, c’est dit. J’assume aussi le fait que j’avais à peu près apprécié le premier Tuche, sorti en 2011. Je n’aime pas forcément nos comédies françaises actuelles, je n’aime par ailleurs pas non plus les autres films d’Olivier Baroux (qui a vraiment signé des horreurs : Safari, L’Italien, Ce soir je dors chez toi ou encore Entre Amis). Cependant, j’ai toujours eu de la sympathie pour ce film à l’humour parfois lourd qui met en avant une famille de beaufs. J’étais curieuse de découvrir la suite, voir comment les personnages et l’histoire allaient évoluer et surtout savoir si cette suite serait meilleure que le premier film. Il y a tellement de suites ratées qu’on pouvait craindre le pire… surtout qu’on parlait des Tuche justement. Or, même si on me dira que ce n’était pas bien dur, Les Tuche 2 est, sans évidemment crier au bon film, meilleur que le premier film. J’ai plus souri que ri en regardant le premier Tuche alors que là malgré ses défauts, j’ai plus ri dans cette suite : pour moi, c’est le b.a.-ba d’une comédie, j’estime qu’à partir de ce point de vue, Les Tuche 2 remplit à peu près ses objectifs, même si j’ai conscience qu’il ne plaira pas à tout le monde. En fait, les gens qui ont à peu près « aimé »/apprécié le premier film devraient aimer la suite, et ceux qui avaient déjà horreur du 1 doivent fuir le 2e opus. C’est assez logique. Je suis en tout cas contente de voir un film plus drôle que prévu, non, pas tout est dans la bande-annonce ! Dans les points positifs, comme je le disais, j’ai pas mal ri. Il y a notamment un bon running gag (en tout cas je suis rentrée dans le délire) autour de La Petite Maison dans la Prairie. Il y a également pas mal de bons gags dans la première partie du film (la rencontre avec les Indiens par exemple), même si nous pouvons regretter qu’elle ne soit pas concrètement utile dans le sens où elle n’apporte concrètement rien au sujet de base (l’histoire commence réellement lorsque la famille revoit Donald). Après, je pense qu’Olivier Baroux assume totalement ce côté presque « sketch » à la limite du hors-sujet, je crois qu’il voulait surtout faire rire sans se prendre au sérieux.  Je crois que mon impression serait très différente si Baroux avait voulu prétendu du contraire.

Les Tuche 2 - Le rêve américain : Photo Claire Nadeau, Jean-Paul Rouve, Pierre Lottin, Sarah Stern, Theo Fernandez

Soyons honnête : Olivier Baroux n’a strictement aucun talent de mise en scène et même dans un sens de scénariste. L’histoire est vraiment plus que simple et ne tient pas sur grand chose. Les gags sont plus mis en avant que l’intrigue en elle-même, même si elle revient un peu à la fin du film (qui baisse légèrement en rythme, comme dans le premier film), face à un schéma assez récurrent, en nous faisant ressortir la même recette (mignonne mais lourde) : l’argent nous rend con, il faut d’abord rester une famille soudée avec des valeurs (notamment la tolérance et tout ça). L’écriture n’est absolument pas fine, je comprends qu’on puisse vraiment détester (et je ne dis pas d’ailleurs en être totalement fan, qu’on ne transforme pas mes propos!). Pourtant, je ne sais pas trop comment il y est arrivé avec tant de caricature et de lourdeur mais les personnages sont pourtant drôles et attachants. Beaucoup diront qu’on se moque des beaufs, des gens d’un certain milieu. Je n’en suis pas si sûre justement et c’est peut-être pour cela que Les Tuche 2 n’est pas un mauvais film ou en tout cas que je n’ai pas envie de taper dessus. Je crois au contraire que Baroux aime ses personnages, interprétés par des acteurs inspirés, qui ont aussi permis à ce film de trouver son public. Il n’y a à faire, j’adore depuis le premier film le déluré et improbable Jeff Tuche, interprété par un Jean-Paul Rouve très en forme. J’aime également beaucoup Isabelle Nanty dans ce rôle, elle est certes « beauf » mais elle est très attachante et compréhensive, cela apporte vraiment quelque chose à ce film déjà très volontairement caricatural. J’avais bien aimé les autres membres de la famille dans le premier film mais ils n’étaient pas toujours mis en avant. Certes, je ne trouve pas Donald très intéressant comme personnage : son intelligence, ou dans un sens, sa normalité, ne semble servir qu’à essayer de consolider ne serait-ce un semblant d’intrigue (en tout cas, cela y ressemblerait). En revanche, mamie Suze (plus surprenante que prévu) incarnée par l’excellente Claire Nadeau, le fils rappeur « qui travaille toujours sur son premier album » va faire enfin son coming out (Pierre Lottin exquis avec ce langage complètement incompréhensible!) et Stéphanie (une convaincante Sarah Stern) toujours aussi cruchasse trouvent enfin leur place au cœur de ce film et c’est peut-être pour cela que cette suite me semble plus réussie que le premier.

Les Tuche 2 - Le rêve américain : Photo Claire Nadeau, Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve, Pierre Lottin, Sarah Stern

Je voyage seule

réalisé par Maria Sole Tognazzi

avec Margherita Buy, Stefano Accorsi, Fabrizia Sacchi, Gianmarco Tognazzi, Alessia Barela, Lesley Manville, Bruno Wolkowitch…

titre original : Viaggio sola

Comédie italienne. 1h25. 2013.

sortie française : 9 juillet 2014

Je voyage seule

Irene vient d’avoir 40 ans. Elle n’a ni mari, ni enfants mais un travail dont tout le monde rêve : elle est « l’invitée surprise » des hôtels de luxe, ce client redouté qui note et juge incognito les standards des services hôteliers. En dehors de son travail, il y a sa sœur Silvia et son ex Andrea. Irene ne recherche pas la stabilité, elle se sent libre et privilégiée. Pourtant, un événement va remettre en question ses certitudes…

Je voyage seule : Photo Margherita Buy, Stefano Accorsi

En France, on a un peu entendu parler de ce film à cause du lamentable résumé qu’a bafouillé Claire Chazal au Journal de 20 heures (notamment « Je voyage seule est l’histoire d’une femme de 40 ans qui voyage toute seule » ou encore « un événement va remettre la question en vie, sa question en jeu »). A cause de ses explications pourries mais involontairement hilarantes, j’imagine que beaucoup n’ont pas voulu aller voir ce film (ça peut se comprendre). Heureusement, Je voyage seule vaut bien mieux que ce très mauvais synopsis. Certes, la mise en scène de Maria Sole Tognazzi (oui, il s’agit bien de la fille d’Ugo Tognazzi) n’est pas exceptionnelle, ni très inventive. Cependant, elle et ses scénaristes Ivan Cotroneo (Amore) et Francesca Marciano (Miele) ont peint avec intelligence et subtilité le portrait d’une femme célibataire et sans enfants, dans une société italienne qui privilégie pourtant la famille (c’est ce qu’on voit d’ailleurs à travers la soeur de l’héroïne), qui trouve son bonheur dans la solitude. Même si un ton frais et léger est omniprésent, les doutes d’Irene touchent. En effet, doit-elle se marier et fonder une famille comme sa soeur histoire qu’elle ne soit plus montrée du doigt ? Aurait-elle dû poursuivre une relation amoureuse avec son meilleur ami ?

Je voyage seule : Photo Margherita Buy

Même si l’héroïne se remet en question, pour une fois, la solitude n’est pas perçu ici comme quelque chose de négatif, contrairement à ce qu’on peut voir d’habitude dans d’autres films. Certaines scènes sont répétitives cependant elles ne sont pas gênantes car il s’agit du quotidien de l’héroïne et surtout à chaque nouveau voyage professionnel, on trouve un nouvel élément important pour comprendre Irene. Ces répétitions passent également plutôt bien car le film est rythmé et drôle. Margherita Buy (vue dans Le Caïman et Habemus Papam, tous deux réalisés par Nanni Moretti), qui a remporté le Donatello de la meilleure actrice pour son interprétation, est excellente dans le rôle de cette femme qui aspire à la liberté et à l’indépendance. Son personnage est très intéressant, profond et complexe. En effet, Irene vit dans son monde faux (et apparemment cela finit par lui convenir). Pourtant, paradoxalement, elle n’est pas forcément une femme fausse. Rien qu’en faisant le choix de ne pas rentrer dans le moule montre qu’elle n’en est pas une. Les scènes avec le couple « pas assez chic » pas bien accepté par le personnel d’un hôtel de luxe montrent également l’humanité dégagée par Irene alors qu’elle se révèle plutôt froide lorsqu’elle procède à ses quotidiennes inspections. Les seconds rôles sont également bien travaillés et bien interprétés.

Je voyage seule : Photo Margherita Buy

The Homesman

réalisé par Tommy Lee Jones

avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Miranda Otto, Sonja Richter, John Lithgow, William Fichtner, David Dencik, Tim Blake Nelson, James Spader, Meryl Streep, Evan Jones, Hailee Steinfeld…

Drame, western américain. 2h02. 2014.

sortie française : 18 mai 2014

The Homesman

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

The Homesman : Photo Grace Gummer, Tim Blake Nelson, Tommy Lee Jones

Après Trois enterrements, l’acteur Tommy Lee Jones réalise son second long-métrage, The Homesman, tiré du roman Le Charlot des Damnés de Glendon Swarthout. Il a présenté son film au festival de Cannes en compétition, mais contrairement à son précédent film (qui lui avait permis de décrocher le prix d’interprétation masculine ainsi que le prix du scénario pour Guillermo Arriaga), celui-ci est reparti les mains vides. J’avais largement préféré Trois enterrements et je comprends que The Homesman n’ait rien remporté à Cannes. Le film a clairement des défauts. En premier, le film a quelques longueurs. Puis, Tommy Lee Jones ne met pas toujours en valeur ses personnages féminins, je pense surtout aux trois folles du film. En effet, au début on connait l’histoire de ces trois femmes qui ont perdu la raison, et une fois que le voyage commence, finalement pas grand chose ne se passe. On a l’impression même que le réalisateur ne sait pas comment filmer ces personnages-là comme des femmes et finit finalement par les délaisser. On ne comprend pas non plus comment Mary Bee Cuddy, qui vient de New York, a pu se retrouver dans un coin perdu à l’Ouest. La fin n’est pas non plus totalement satisfaisante, comme si Tommy Lee Jones ne savait pas comment terminer son film alors qu’il avait la possibilité de lui donner une magnifique fin et surtout le spectateur peut être perdu, ne voyant pas toujours cela veut en venir.

The Homesman : Photo

Cependant, malgré ses maladresses, The Homesman n’est pourtant pas un ratage, loin de là. Même si le côté féministe m’a paru bancal par moments, Tommy Lee Jones parvient cependant à peindre une époque dans laquelle la femme ne trouve pas sa place. Mais surtout, au-delà de l’aspect féministe, en mêlant sensibilité et dureté, il réussit à toucher en mettant en scène des personnages, homme (George Briggs) et femmes (les trois femmes ainsi que Mary Bee Cuddy), qui n’arrivent pas à trouver leur place dans ce monde et qui se détruisent. La question de l’espace est également bien exploitée, que ce soit à travers le voyage qui va de l’ouest à l’est (le trajet a un réel sens) ou la manière de filmer les magnifiques paysages. Le duo formé par Tommy Lee Jones-Hilary Swank est tout simplement fantastique. D’un côté, le réalisateur s’est donné un rôle à la fois drôle (il dit les choses « cash »), émouvant (il va se retrouver très attaché aux quatre femmes) et dur. De l’autre, Swank, qui semble retrouver enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, incarne parfaitement cette femme qui semble forte de l’extérieur mais qui est en réalité fragile (elle souffre de la solitude), mystérieuse, et finalement qui est en train de sombrer dans la folie (ce qui est compliqué, vu sa mission envers les trois autres femmes). La manière d’avoir traité les personnages des folles m’a semblé maladroite, cependant, les trois actrices qui les interprètent (Grace Gummer, Mirando Otto, Sonja Richter) sont toutes convaincantes et surtout elles ont beaucoup de présence.

The Homesman : Photo Hilary Swank