A Ghost Story

réalisé par David Lowery

avec Casey Affleck, Rooney Mara, Liz Franke…

Drame, fantastique américain. 1h32. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

A Ghost Story : Photo Casey Affleck, Rooney Mara

Après Les Amants du Texas (Ain’t Them Bodies Saint, 2013), David Lowery réunit de nouveau Casey Affleck et Rooney Mara : A Ghost Story a suscité le buzz dès sa présentation dans les festivals (il est reparti avec plusieurs prix au festival du film américain de Deauville, dont le Prix du Jury). C’est certainement grâce à ce buzz en question qu’il a pu être distribué dans les salles françaises (il était probablement destiné à la VOD, ce qui aurait été fortement regrettable). Mais je me méfie toujours de la hype autour de certains films (certainement une manière de me protéger en cas de déception). J’ai lu des critiques radicalement opposées concernant ce film. Pour ma part, je ne choisis pas réellement mon camp, je suis juste mitigée : je reconnais au long-métrage de Lowery un certain nombre de qualités indéniables, je comprends aussi qu’on puisse en ressortir bouleversé. Mais je ne suis pas non plus totalement emballée, pas convaincue par tous les points : j’admets aussi que je suis sortie du film assez indifférente d’un point de vue purement émotionnel. Pour construire l’identité de son personnage principal, David Lowery reprend une image du fantôme très commune, autant énigmatique qu’enfantine : une entité portant un drap blanc. Difficile de juger l’interprétation de Casey Affleck (en ce moment dans de sales draps – pas pu m’empêcher de faire cette vanne) qui passe plus du 3/4 du film sous ce drap. Cela dit, l’utilisation de ce long tissu qui traîne (visiblement difficile pour les costumiers à le fabriquer, on ne l’aurait pas forcément imaginé) est remarquable dans le sens où il parvient à installer à lui-seul une atmosphère si particulière, entre la poésie, l’hypnose et le malaise. Sur le papier, difficile de s’attacher à cette entité, en sachant qu’on ne connait pas spécialement la vie de cet homme avant sa mort, en dehors de quelques moments durant sa vie de couple (sa femme est incarnée par Rooney Mara – je l’aime toujours mais elle minaude de plus en plus). Pourtant, rien que par ces yeux ronds noirs étrangement expressifs, c’est tout le contraire qui se produit. Ne pas connaître la vie de cet homme avant son décès accidentel est à double-tranchant. D’un côté, on peut très bien se contrefoutre du sort de cet esprit errant. Mais cela est aussi un moyen de rendre le propos plus universel, chacun étant voué à la mort. Revenons maintenant sur le format, le film étant filmé en 4/3 et avec un cadre vignette aux bords arrondis (comme certains filtres sur Instagram : oui, il s’agit d’un raccourci purement gratuit).

A Ghost Story : Photo Rooney Mara

Selon le réalisateur, ce format renforcerait pour le spectateur une impression de confinement et de claustrophobie. Mais paradoxalement, cette sensation serait également adoucie par les bouts non rectangulaires : la mort est alors un concept « glauque » que libérateur. Même si je n’ai pas pu m’empêcher au bout d’un moment de trouver ce choix de format un peu gratuit (dans le sens où j’avais l’impression que c’était aussi une manière pour le film de se détacher et de faire « parler » de lui), dans l’ensemble, il parvient tout de même à prendre sens par rapport au propos et au ressenti possible. Globalement, au-delà de ce choix, le film est remarquable esthétiquement, appuyé par une fantastique photographie et un fabuleux travail de lumière. Il est certain qu’il participe à ce sentiment constant de poésie, de mysticisme et de noirceur. Je pourrais dire tout ce que je veux concernant ce film, mais en 2017 c’est certainement, de ce point de vue-là, le plus beau long-métrage que j’ai vu. Le long-métrage, bénéficiant d’une mise en scène consistante, est accompagné par une remarquable bande-originale signée par Daniel Hart. Bref, il ne manque pas de qualités mais selon moi, un peu comme je l’expliquais déjà juste avant, elles peuvent être vues comme des défauts (et vice versa). Revenons par exemple sur les longueurs et les plans fixes qui semblent avoir divisé le public. A l’origine, je ne suis pas contre ces choix, loin de là. Ils restent notamment cohérents par rapport à l’ambiance générale installée dès le début. On a beaucoup critiqué la scène de la tarte que j’ai pourtant adoré : tout le monde s’est acharné sur cette scène en critiquant sa longueur. Mais pour ma part, le réalisateur a cerné toute la souffrance dans cet acte de boulimie (le tout avec le fantôme qui observe comme nous en silence et sans bouger) qui se déroule paradoxalement dans un laps de temps très court (bah oui parce que s’empiffrer d’une tarte au chocolat pour 6-8 personnes en cinq minutes, c’est très – très – court). En revanche, par exemple, la scène du monologue, qui explique en quelque sorte l’ensemble du film (mais pourquoi faire ça ? Ca casse tout le mystère et surtout tout le cheminement personnel du spectateur par rapport à la réflexion initiale autour de la mort et de la vie), est juste interminable ! Enfin, si je vois où Lowery veut en venir par rapport à la boucle temporelle (en essayant de créer un suspense alors qu’on peut deviner rapidement cet élément en étant observateur), je ne suis pas non plus totalement convaincue par la manière de l’introduire. Pour ses idées de mise en scène et ses choix esthétiques, pour son beau message qui parlera personnellement à chaque spectateur, pour son ambition, A Ghost Story mérite d’être vu. Il s’agit indéniablement d’une expérience à part même si je ne suis pas nécessairement convaincue par certains points et que je n’ai pas été totalement embarquée par toutes les propositions.

A Ghost Story : Photo

Publicités

Miss Peregrine et les enfants particuliers

réalisé par Tim Burton

avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Rupert Everett, Judi Dench, Allison Janney, Chris O’Dowd, Kim Dickens, Finlay MacMillan…

titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children

Film fantastique américain, britannique, belge. 2h07. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

miss

À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Ella Purnell, Eva Green, Lauren McCrostie, Pixie Davies

En dehors de quelques exceptions (qui ne sont cependant pas des chefs-d’oeuvre, je pense notamment, en ce qui me concerne, à Sweeney Todd), ça fait depuis pratiquement une quinzaine d’années que Tim Burton n’a plus d’inspiration, qu’il se recycle (et pourtant il a été longtemps un de mes réalisateurs préférés). Mais chez moi, malgré les déceptions que j’ai pu avoir ces dernières années, un Tim Burton suscite encore un intérêt chez moi, c’est toujours un événement. J’attends (faussement) naïvement son prochain vrai bijou. Cette fois-ci il adapte best-seller de l’auteur américain Ransom Riggs. Je me suis procurée le bouquin il y a déjà deux mois mais je vois l’adaptation de Burton, je n’ai pour l’instant pas envie de le lire même si j’ai peut-être tort ! Quand on n’a pas lu le bouquin qui sert de matériau, il est toujours difficile de savoir si le problème d’un film vient du texte d’origine ou du travail d’adaptation même si à ce stade-là je me dis que ça doit probablement venir des deux, d’où maintenant ma méfiance envers le roman (en réalité une trilogie). Cela me fait de la peine au fond de ne pas avoir accroché car je dois reconnaître qu’on reconnait par moments la patte de Tim Burton même si encore une fois je trouve qu’il recycle beaucoup d’idées. On sait par exemple son intérêt pour la photographie, en particulier pour les clichés étranges et même effrayants. Ca se ressent à l’écran et ça crée – heureusement – un joli moment cinématographique. Par ailleurs, on retrouve ces photographies dans l’ouvrage de Riggs. Je pense aussi à cette scène folle (une des meilleures du film même si les figurants ont l’air de faire leur jogging !) au parc d’attraction avec les squelettes qui débarquent et un caméo sympathique de Tim Burton himself ! Enfin, dans les thèmes abordés, on retrouve de nouveau des thèmes qui lui sont chers : la différence, le monde de l’enfance (et le passage vers l’âge adulte), le monstre ou encore la mort. Oui, les thèmes sont effectivement riches mais hélas on ne fait que les survoler. C’est forcément frustrant de passer à côté d’une éventuelle profondeur.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Eva Green

Au-delà de la non-exploitation des thèmes, ce qui m’a à la fois frustrée et foutue en boule, l’histoire ne m’a pas plus emballée que ça (d’où aussi mon appréhension pour découvrir le bouquin). Il faut dire qu’on met une plombe pour entrer dans l’histoire. La première partie ? On se dit tout le long « ah ce gosse, il aimait son grand-père ! Il est braaaave ». Puis une fois qu’on a vraiment découvert Miss Peregrine, les gosses, la maison, le voyage dans le temps et tout le reste qui va avec, sans aucune raison, il y a absolument tout qui s’enchaîne… Mais limite trop ! Je n’ai rien contre le fantastique, loin de là, mais on a vraiment l’impression de passer d’un monde à l’autre (du réel actuel sans magie et sombre à un autre très coloré dans un autre temps avec les bizarreries et autres choses merveilleuses) sans réelle transition. Limite on passe du coq à l’âne ! Surtout dans la deuxième partie, tout s’accélère au point qu’on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe (ou alors je passe pour une demeurée… ce que je peux accepter !) ! On voit plein de monstres débouler à droite et à gauche, ça m’a fatiguée ! J’ai trouvé ça faussement compliqué cette histoire de boucle dans le temps, pas forcément très bien expliquée non plus. Surtout, je n’ai pas spécialement compris l’intérêt des particularités des enfants. Oui, on a compris le message autour de la différence voire même autour des victimes de la guerre, du nazisme notamment. Mais je ne trouve pas les pouvoirs de chacun très bien exploités. On a un peu l’impression que certains ont des pouvoirs parce que c’est cool mais au fond, en dehors d’une seule scène, on ne comprend pas trop leur utilité ni l’intérêt, même en ce qui concerne le héros. Pour certains (je pense notamment à Enoch ce chieur ou encore les jumeaux), on met une plombe à connaître leurs pouvoirs. La particularité des enfants m’a semblé du coup assez superficielle. On notera aussi au passage quelques incohérences notamment une liée aux chaussures de plomb d’Emma (un objet assez unique qu’on ne trouve pas comme ça dans un supermarché), celle qui peut s’envoler comme un ballon. Du genre, Burton prend le temps de nous montrer qu’elle ne les a plus, qu’elle les abandonne, que Jake la transporte juste après avec une corde vu qu’elle n’a plus de chaussures. Là on se dit « chouette, il a fait attention ». Et deux scènes plus tard, BIM ! Tu ne sais pas d’où elle les sort mais la meuf a soudainement retrouvé ses pompes !

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo

J’ai envie de dire du bien d’Eva Green (que j’aime de plus en plus alors qu’il y a quelques années j’avais du mal avec elle). Oui, elle joue bien, elle correspond bien à l’univers de Burton (sa deuxième incursion après le pas très bon Dark Shadows). Son interprétation est bonne, l’actrice est très charismatique, j’aime son côté sombre et sorti d’un autre temps, je n’ai pas de reproche à lui faire, le job est plus que bien fait. Je ne sais pas du tout comment apparaît son personnage dans le roman, je comprends aussi l’envie de mettre en avant les enfants particuliers. Mais on la voit tellement trop peu ! On a presque envie d’inscrire en premier dans le générique « Un oiseau » ! Le reste du casting ne m’a pas tellement impressionnée pour ne pas dire déçue. Pourtant, j’aime beaucoup certains acteurs. Par exemple, en méchant avec des yeux blancs et des dents de monstre sorti d’un dessin pour gosse, Samuel L. Jackson cabotine énormément ! J’ai également beaucoup de sympathie depuis un moment pour le jeune Asa Butterfield, on sait depuis un moment qu’il a du potentiel et pourrait avoir une carrière intéressante s’il ne fait pas trop de conneries. Mais là sans dire qu’il joue comme un pied, il ne m’a pas totalement convaincue, mais je pense que le personnage en lui-même n’est finalement pas très intéressant (en dehors de « c’est choupi, il aime son papi ! »). Le reste du casting n’est pas forcément mauvais mais je dirais que c’est sans plus, les acteurs passent, ils sont à peu près contents d’être dans le nouveau Tim Burton parce que, quand même, c’est Tim Burton, ils font donc le job. Seul Terence Stamp sort finalement un peu du lot. Pour sauver tout ça, en dehors de quelques thèmes intéressants mais qui auraient pu être mieux traités, de quelques scènes tout de même amusantes et pas trop mal foutues, je dois tout de même reconnaître un travail esthétique. Rien que visuellement on parvient à faire une distinction entre les deux mondes. Encore une fois on va aussi revenir au lien avec la photographie : il y a des scènes où on voit effectivement bien ce rapport et en général ces aspects sont plutôt bien mis en valeur (même s’il n’y en a pas des masses non plus).

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Eva Green

Life on Mars

Créée par Matthew Graham, Tony Jordan et Ashley Pharoah

avec John Simm, Philip Glenister, Liz White, Dean Andrews, Marshall Lancaster, Tony Marshall, Noreen Kershaw, Ralph Brown, Joanne Frogatt…

Série dramatique, policière britannique. 2 saisons. 2006-2007.

life_o10

Le monde de l’inspecteur Sam Tyler va changer du tout au tout. Peu de temps après que sa petite amie ait été kidnappée par un serial killer, il est renversé par une voiture. Il se réveille en 1973… Devenu jeune inspecteur de police, il doit s’adapter à ce nouveau monde et découvre un lien entre un meurtre récent et le kidnapping de sa fiancée en 2006.

life

Life on Mars est une série culte en Grande-Bretagne au point d’avoir un remake (apparemment raté) américain avec Harvey Keitel (mais vite annulé) et une suite (Ashes to Ashes, qui totalise en tout trois saisons). La série avait beau cartonné dans son pays d’origine, elle a été arrêtée au bout de deux saisons (il y a en tout cas que 16 épisodes, chacun durant 50 minutes) tout simplement parce que les scénaristes ont pris la bonne décision : ne pas éterniser cette histoire. Mais quelle histoire vous allez me demander ? Celle de l’inspecteur Sam Tyler, brillant inspecteur qui se fait renverser par une voiture et qui se réveille en 1973… sur la chanson de David Bowie, Life on Mars (lui-même étant juste avant en voiture avant d’y descendre et écoutant cette chanson avant l’accident). « Am I mad, in a coma, or back in time ? » (« Suis-je fou, dans le coma ou suis-je dans le passé ? ») est la question (présente dans ce générique que j’adore) que Sam va se poser tout le long de la série. Il y a de quoi se poser la question car le spectateur ne sait pas du tout que ce qui arrive à Sam. D’ailleurs, plus généralement, on peut même dire que la série est inclassable (enfin sur le papier, on pourrait la « classifier » mais je ne veux rien spoiler). En effet, on retrouve à la fois l’esprit des films et séries policières mettant en scène un duo de flics radicalement opposés ainsi que le côté fantastique et voyage dans le temps, façon Code Quantum même si, pour vous rassurer, Life on Mars n’a finalement rien à voir avec cette autre série culte, et surtout, on ne sait pas vraiment s’il y a une part de fantastique (je ne vous dirai évidemment, ah ah ah !). Sans trop en dire (car cette référence a évidemment un intérêt scénaristique), il s’agit plutôt d’une sorte de relecture du Magicien d’oz, assumée dès le premier épisode à travers certaines répliques et confirmée dans le tout dernier épisode, surtout avec la présence d’un personnage qui se nomme Frank Morgan (le même nom que l’acteur qui jouait Oz dans le film de Victor Fleming). Mais la série ne peut pas se limiter à ce mélange unique. Certes, on suit les enquêtes policières avec intérêt même si elles n’ont rien d’exceptionnel ou encore on trouve le décalage entre les époques très drôle.

lifeo

Mais les scénaristes ont surtout eu la bonne idée d’instaurer un fil conducteur : ainsi, à chaque épisode, Sam entend des gens (sa famille, ses proches et ce qu’il devine être ses médecins) : est-ce sa conscience, son imagination qui lui joue des tours ou est-ce qu’il y a des gens qui lui parleraient durant un coma, si on accepte l’idée que Sam puisse être plongé dans un éventuel coma ? Il entend aussi ce qui ressemblerait à des sonorités médicales qui sortiraient de différents appareils (téléphone, radio, télévision etc…). Ainsi, même si au fil des épisodes, surtout au cours de la saison 2, on finit par y voir plus clair et par comprendre ce que vit Sam. Pourtant, jusqu’à l’épisode final, on a le doute sur cette vérité, on est comme Sam, dans un flou total. Certains spectateurs ont exposé des théories farfelues mais les scénaristes ont affirmé, après la diffusion de l’épisode final, qu’il n’y avait qu’une seule réponse possible (même s’ils sont très contents d’avoir brouillé les pistes). En tout cas, encore une fois, sans vouloir spoiler (au moins, ça vous encouragera, enfin je l’espère, à découvrir pour de bon cette série si ce n’est pas encore fait !), à partir de cette intrigue qui se déroule sur deux saisons, Life on Mars est une série qui est bien plus profonde qu’elle en a l’air et d’une grande humanité. Certes, divertissante, et souvent drôle (les répliques de Gene sont à mourir de rire par exemple), Life on Mars est surtout en réalité une série bouleversante (et j’insiste sur ce terme, vu comme j’ai chialé au tout dernier épisode…) sur l’illusion que peut nous offrir la vie, notamment à travers les souvenirs (correspondent-ils toujours à la réalité ?) et nos désirs (qui se traduisent par le voyage dans le temps). « Que signifie être vivant ? » pourrait même être la question principale de la série et c’est d’ailleurs la question que se posera Sam. Cette sorte de voyage énigmatique dans le passé est donc très intéressante par rapport à la vision qu’on peut avoir du présent et notamment celle que peut avoir Sam. Ainsi, les années 1970, qu’on pourrait idéaliser en pendant que c’était mieux avant, ont quelque chose de cool (c’est même un peu poil trop cool, mais ici cela n’a rien d’un reproche étant donné que le côté un peu caricatural et déjà-vu joue en réalité un rôle dans le scénario), avec notamment une très bonne reconstitution de cette période.

liiife

Pourtant, au fil des épisodes, on nous rappelle que cette période n’a pas toujours été aussi géniale : les enquêtes étaient bâclées, les femmes étaient victimes de sexisme et même au sein de la police elles avaient du mal à trouver leur place, les Noirs et les Indiens étaient subissaient le racisme, le hooliganisme était à son paroxysme etc… Quand on parle d’années 1970, on pense évidemment aux nombreuses références musicales (ce qui est normal, rien qu’on en voit le titre même de la série !). La principale sera évidemment celle à David Bowie, à travers quelques chansons (Gene se fait surnommer « The Gene Genie » en référence à la chanson « The Jean Genie » par exemple), mais aussi d’autres chansons de cette période-là (Paul McCartney, Elton John, T-Rex…). Enfin, la série doit également beaucoup à ses interprètes, surtout au duo formé par les brillants (n’ayons pas peur des mots) John Simm et Philip Glenister. D’un côté, John Simm (c’est moi ou il a un air de Thom Yorke ?) donne beaucoup d’humanité et de complexité à son personnage, c’est-à-dire Sam a un côté très professionnel, rigide (ce qui aura tendance à énerver ses nouveaux collègues) et en même temps il a toujours l’air mélancolique (mais sans se prendre pour Louis Garrel… oui c’est méchant) ce qui le rend plus sympathique et surtout extrêmement attachant. De l’autre, Philip Glenister donne une interprétation plaisante à ce personnage pourtant controversé sur le papier, c’est-à-dire bourru, misogyne, raciste, alcoolique et en même temps lui aussi donne une réelle profondeur à ce personnage également plus complexe qu’il en a l’air, qui ne peut pas se limiter à ces simples traits de caractère. En tout cas on s’attache vraiment aux personnages, même aux rôles secondaires, comme la timide mais courageuse Annie (Liz White) ou encore aux stupides Chris (Marshall Lancaster) et Ray (Dean Andrews). Maintenant, il faut que je découvre Ashes to Ashes, en espérant que ce soit aussi bien que Life on Mars

liiiiife

A la poursuite de demain

réalisé par Brad Bird

avec George Clooney, Britt Robertson, Hugh Laurie, Raffey Cassidy, Tim McGraw, Kathryn Hahn, Keegan-Michael Key, Chris Bauer, Judy Greer, Thomas Robinson, Mathieu Lardier…

titre original : Tomorrowland

Film de science-fiction, aventure américain. 2h10. 2015.

sortie française : 20 mai 2015

À la poursuite de demain

Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune… Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

A la poursuite de demain s’inspire de la section futuriste « Tomorrowland », commune aux parcs Disneyland dans le monde. Brad Bird, surtout habitué aux films d’animation (Les Indestructibles en 2004, Ratatouille en 2007), réalise ici son deuxième film de fiction (après Mission Impossible : Protocole Fantôme en 2011). Je n’attendais pas spécialement ce film mais je dois avouer que j’aimais l’idée de découvrir un film « original », c’est-à-dire qu’il ne s’agissait pas d’un remake, d’une suite ou d’un préquel. Surtout, je suis allée le voir dans le but de me divertir. Hélas, A la poursuite de demain n’est pas pour moi l’un des grands divertissements de l’année annoncé depuis des mois. Je n’ai pas forcément détesté le film, il y a des choses très louables dans ce film et on sent derrière l’implication et la sincérité de Brad Bird, qui a préféré ne pas réaliser le prochain Star Wars pour se consacrer à ce film. Mais beaucoup de choses m’ont tout de même dérangée, on va dire que j’ai trouvé le film moyen et très oubliable. Tout d’abord, je me suis tout de même beaucoup ennuyée, surtout dans la première partie du film. J’avais l’impression que le film ne démarrait jamais, le scénario aurait dû, à mon avis, recentrer certaines choses, au lieu de faire du blabla inutile (notamment le fait qu’on voit au début George Clooney et Britt Robertson présenter leur histoire, puis après il n’y a aucun retour dans cette narration mise en place). Le parallèle entre les deux personnages n’est pas très réussi, on a presque l’impression de voir deux films en un tellement que les histoires des deux personnages ont du mal à coller ensemble. Je dois avouer que j’étais à deux doigts de m’endormir au bout d’un moment (et hélas, les nombreux placements de produit ne permettent pas de nous tenir éveiller). La personne qui m’a accompagnée s’est d’ailleurs endormie tout comme d’autres personnes dans la salle, ce qui ne m’a pas du tout étonnée. J’ai d’ailleurs essayé de me mettre à la place des mômes dans la salle. On sait très bien que leur temps de concentration est assez faible, je pense que le film a dû leur paraître très long (et à mon avis pas toujours compréhensible en plus alors que les enfants font tout de même partie du public visé – malgré une lecture adulte).

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

C’est dommage car la seconde partie du film est plus active et plus réussie, heureusement elle relève pour moi un peu le niveau. En effet, je dois avouer que les scènes d’action en jettent vraiment, elles sont bien calibrées, les effets spéciaux sont bluffants, les décors sont époustouflants, il y a également une dose d’humour juste comme il en faut. Ceci dit, si je peux me permettre, malgré les moyens déployer qui permettent aux spectateurs de retourner en enfance, d’être émerveillés par les images projetées (et je fais partie de ces spectateurs en question), j’ai tout de même trouvé le film un peu désuet (je parle ici dans le mauvais sens du terme). Attention, j’aime les films qui sont « vintage » ou qui rendent hommage à certaines périodes etc… Mais là, pour caricaturer mon idée, il y a un moment où j’ai l’impression que le film était arrivé un peu après la bataille, c’est assez étrange comme sensation, ça tue presque l’originalité du film. Heureusement, pour dissimuler ce sentiment, j’ai pu me rattraper sur le « message » qui est finalement à contre-courant de ce que les films « futuristes » nous proposent actuellement. Brad Bird nous présente avec honnêteté ce que nous faisons à la planète mais le pessimisme ne sauvera pas la Terre. En revanche, sans prétendre apporter de solutions concrètes, l’optimisme, l’imagination et la solidarité nous aideront à reprendre notre planète en main. Cela dit, Brad Bird confond parfois optimisme et niaiserie. La fin en est un parfait exemple : et vas-y la musique très lourdingue de Michael Giacchino (déjà que sa musique m’avait saoulée dans Jupiter Ascending) à fond les ballons en nous présentant des gens des quatre coins de la planète avec des phrases vraiment au ras des pâquerettes ! Malgré un spectacle qui ne m’a pas totalement satisfaite, le casting m’a tout de même plutôt emballé. Le duo entre George Clooney et Britt Robertson (sosie officiel de Jennifer Lawrence ?) fonctionne très bien et même si on ne le voit pas beaucoup, j’ai beaucoup apprécié voir Hugh Laurie dans le rôle du méchant. Cependant, à mon avis, la vraie bonne surprise de ce film est la jeune Raffey Cassidy, qui joue son rôle avec plus de nuances et apporte un peu d’émotion.

À la poursuite de demain : Photo George Clooney, Raffey Cassidy

Interstellar

réalisé par Christopher Nolan

avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine, John Lithgow, Casey Affleck, Mackenzie Foy, Wes Bentley, Timothée Chalamée, David Gyasi, David Oyelowo, Ellen Burstyn, Matt Damon…

Film de science-fiction américain. 2h50. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

Interstellar

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

Interstellar : Photo Anne Hathaway, David Gyasi, Matthew McConaughey

J’ai mis du temps à aller voir Interstellar au cinéma, pratiquement un mois après sa sortie. Le film avait beau m’attirer, les critiques étant, dans l’ensemble, plutôt bonnes, j’avais pourtant quelques réserves (et le manque de temps n’a sûrement rien arrangé). En effet, à part Memento que je trouve vraiment excellent, je n’aime pas forcément le travail de Nolan malgré un talent évident. Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’aime bien Batman Begins mais j’ai énormément de mal avec The Dark Knight (pourtant si aimé par le public) et The Dark Knight Rises. Je n’ai également pas aimé Le Prestige, qui m’ennuie énormément (peut-être à cause du fameux « truc » que j’ai deviné très tôt et qui m’a sûrement plombé mon visionnage). Quant à Inception, je trouve qu’il s’agit d’un très bon divertissement, remontant le niveau des blockbusters, mais le mix Paprika de Satoshi Kon / Philip K. Dick / Kubrick me dérange beaucoup. Cependant, j’ai voulu donner à Interstellar sa chance, en essayant de ne prendre aucun parti. Avant d’aller le voir, j’ai ôté de mon esprit toutes les critiques que j’avais lues et j’ai tout fait pour ne pas avoir une dent d’avance contre Nolan, qui commençait alors à m’agacer ces derniers temps. A ma grande surprise, j’ai adoré ce film. Beaucoup d’expressions pourraient désigner ce film mais je dirais qu’il s’agit d’une odyssée spatiale puissante et bouleversante humaniste, s’apparentant à un conte humaniste, philosophique, métaphysique, écologiste et tragique. Interstellar fait pour moi partie des meilleurs sortis au cinéma cette année.

Interstellar : Photo Mackenzie Foy, Matthew McConaughey

Comme promis, Nolan nous offre un magnifique spectacle en mettant le paquet sur des effets spéciaux grandioses et sur une reconstitution époustouflante de l’espace. Mais heureusement, le film ne se limite pas qu’à une formidable expérience visuelle maîtrisée. L’histoire en elle-même est très émouvante. Je dois même avouer que j’étais souvent au bord des larmes. J’ai totalement adhéré au lien qui unit la relation fusionnelle entre Cooper et sa fille Murphy avec le voyage dans l’espace-temps. Je n’ai pas de connaissances scientifiques (je me suis tapée 7 au bac de SVT/physique et c’était cher payé), il y a probablement des erreurs sur des faits. Mais l’histoire est pour moi bien racontée et le film en lui-même est si captivant que j’ai « oublié » ce possible problème durant la séance. Il est également si scotchant que je n’ai également pas vu passer les 2h50, que je redoutais pourtant. Quant au langage scientifique employé par les personnages, il est complexe pourtant je ne me suis pas sentie perdue face aux dialogues. La musique délicate de Hans Zimmer, qui contribue à l’atmosphère visuelle et émotionnelle, m’a également séduite. Enfin, le casting est vraiment bon. Matthew McConaughey montre encore une fois l’étendue de son talent en incarnant ce père astronaute avec beaucoup de justesse. Je n’aime pas spécialement Anne Hathaway, même si je n’ai rien contre elle et qu’elle m’a parfois plu dans des films, mais je remarque qu’elle est toujours à l’aise dans les films de Nolan (oui, je l’avais bien aimé en Catwoman dans The Dark Knight Rises). J’ai même trouvé l’actrice assez émouvante. Enfin, Jessica Chastain, qu’on voit pourtant peu, livre également une interprétation remarquable.

Interstellar : Photo Jessica Chastain

Captain America : le soldat de l’hiver

réalisé par Anthony et Joe Russo

avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Anthony Mackie, Samuel L. Jackson, Robert Redford, Sebastian Stan, Cobie Smulders, Frank Grillo, Emily VanCamp…

titre original : Captain America : The Winter Soldier

Film d’action, science-fiction américain. 2h08. 2014.

sortie française : 26 mars 2014

Captain America, le soldat de l'hiver

Après les événements cataclysmiques de New York de The Avengers, Steve Rogers aka Captain America vit tranquillement à Washington, D.C. et essaye de s’adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d’intrigues qui met le monde en danger. S’associant à Black Widow, Captain America lutte pour dénoncer une conspiration grandissante, tout en repoussant des tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l’étendue du plan maléfique est révélée, Captain America et Black Widow sollicite l’aide d’un nouvel allié, le Faucon. Cependant, ils se retrouvent bientôt face à un inattendu et redoutable ennemi – le Soldat de l’Hiver.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Chris Evans, Scarlett Johansson

Comme j’avais bien apprécié Captain America : First Avenger, il était logique que je découvre les suites des aventures de Steve Rogers. Comme nous l’annonçait la fin du premier film et comme nous l’avons vu dans Avengers, nous ne sommes plus dans les années 1940. Rogers fait un bond dans le temps et se retrouve à notre époque : 70 ans se sont alors écoulées. J’aimerais parler de ce film en le considérant comme un objet à part, mais je dois avouer que j’ai du mal à éviter les comparaisons avec les deux autres longs-métrages qui mettent en scène ce super-héros. Le long-métrage de Joss Whedon, qui réunissait notre Captain America, Nick Fury, la Veuve Noire et le Faucon, m’avait beaucoup plu. Pourtant, étrangement, j’ai mis un certain temps à m’adapter à cette nouvelle époque, à quitter une précédente ère qui donnait du charme au précédent film et même à revoir des personnages que j’avais déjà vus. L’histoire n’est pas inintéressante mais elle ne m’a pas captivée plus que ça. Le début est d’ailleurs étrange. En effet, on retrouve rapidement les mêmes personnages que dans « Avengers », cela permet alors à l’histoire de démarrer très rapidement, pratiquement in medias res. Pourtant, je n’ai pas ressenti les mêmes choses que pour … First Avenger et Avengers.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Sebastian Stan

Il y a pourtant de l’action et des effets spéciaux rendant le film spectaculaire ainsi que des personnages qui réussissent à s’imposer. En effet, notre « Captain America », toujours aussi bien incarné par Chris Evans, reste un personnage toujours aussi attachant et touchant, dépassé par cette nouvelle époque et qui a un bon fond. J’ai également été contente de retrouver Scarlett Johansson en Black Widow, sexy sans être vulgaire ni potiche, ou encore Samuel L. Jackson en Nick Fury. Robert Redford est également un convaincant et charismatique méchant, tout comme Sebastian Stan, le fameux « soldat de l’hiver ». Quant à Anthony Mackie, il m’a agréablement surprise dans le rôle du Faucon. Dans « Avengers », je trouvais ce personnage trop effacé. Je ne pourrais pas trop dire si c’était dû au scénario qui ne lui laissait pas vraiment sa place ou à l’acteur Jeremy Renner, que j’aime bien pourtant. On retrouve aussi quelques touches d’humour, notamment à travers le duo formé par Captain America et Black Widow, mais de nouveau moins appuyé toujours par rapport aux deux autres films. Pour conclure, dans l’ensemble, Captain America : le soldat de l’hiver est pour un moi un honnête divertissement. J’étais ravie de retrouver le super-héros, ses potes et des méchants, mais le résultat ne m’a pas autant emballé par rapport au précédent film de Joe Johnson et à Avengers.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Anthony Mackie