Baby Driver

réalisé par Edgar Wright

avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Eiza Gonzalez, Jon Hamm, Jamie Foxx, Jon Bernthal…

Film d’action, thriller, policier musical américain, britannique. 1h53. 2017.

sortie française : 19 juillet 2017

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort

Impossible de passer à côté du phénomène Baby Driver, le film « le plus cool de l’été » selon la presse et les internautes. Je ne suis pas allée voir ce film que pour être dans la hype : j’aime beaucoup le travail d’Edgar Wright, le créateur et réalisateur de la sitcom Spaced / Les Allumés. Surtout, je suis une grande fan absolue de la trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz, Le Dernier Pub avant la Fin du Monde), co-écrite (et interprétée) par les excellents Simon Pegg et Nick Frost (déjà sur le coup sur Spaced). Cela dit, si j’aime beaucoup le travail du trio, je reste davantage plus sceptique aux projets solo de Wright. Je sais que son Scott Pilgrim vs The World est un film culte (certains diront même qu’il s’agit du meilleur film du réalisateur) mais personnellement, même si je lui reconnais des qualités et trouve l’ensemble plaisant, je n’ai jamais compris le fort enthousiasme autour. Et j’avais peur que ce soit aussi le cas avec ce Baby Driver. Si ce Baby Driver m’a un peu plus emballée que Scott Pilgrim, je rencontre finalement des problèmes similaires. Je vais commencer par les points positifs. Tout d’abord, même si je lui reproche quelques longueurs, il s’agit d’un divertissement efficace, bien rythmé, qui ne m’a pas ennuyée. Il faut dire que la scène d’introduction sait donner le ton : on va être dans un film d’action / de braquage musical. Un concept à part et totalement assumé par le réalisateur. A l’origine, je ne suis pas spécialement une grande spécialiste ni une grande fan des scènes de course-poursuite et de fusillade (cela ne m’empêche évidemment pas d’aimer certains grands films) mais j’ai pourtant trouvé les scènes en question très réussies. La mise en scène est indéniablement remarquable et dynamique. Wright a du talent et de l’ambition, ça se voit à l’écran et ça fait même parfois plaisir à voir ! En revanche, le concept de film de braquage / d’action musical est certes ambitieux mais il a finalement aussi ses limites. J’ai évidemment apprécié certaines séquences musicales, bien chorégraphiées, en imaginant que les choix des titres ont été sélectionnés avec précaution. Certes, la musique dans un film à concept musical est essentielle. Mais au bout d’un moment, cette bande-originale a fini par me gaver. Je veux bien admettre que cette musique en surdose permet aux spectateurs de se mettre dans la peau de Baby : le jeune homme a des acouphènes en permanence suite à un accident de voiture survenu durant son enfance, du coup il écoute sans cesse de la musique pour couvrir son insupportable bruit dans ses oreilles.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Eiza Gonzalez, Jamie Foxx, Jon Hamm

Sa vie est devenue littéralement une comédie musicale en permanence pour surmonter un handicap. Cela dit, cette musique en permanence est très mal dosée : on a sans cesse l’impression que Wright nous colle dans son film sa playlist idéale (certes très sympathique au passage) ! On tombe aussi hélas dans la caricature de l’amour de la pop culture à outrance (c’est hélas de plus en plus le cas au cinéma ces derniers temps et je suis en train de saturer) : chaque scène est forcément un clin d’oeil à une oeuvre artistique (rien que le titre et l’histoire en elle-même font référence à The Driver de Waler Hill et Taxi Driver de Martin Scorsese). Je n’ai rien contre les références, même très assumées (la preuve, j’adore Tarantino), elles peuvent nourrir une oeuvre, lui donner du sens, mais cela me dérange quand j’ai l’impression qu’elles finissent par manger le film et qu’elles échappent à son créateur. Pour le scénario, je suis vraiment partagée. Je ne dis pas qu’il est foncièrement mauvais. L’histoire tient à peu près debout (dans le sens où on y croit pendant la séance) même s’il y a évidemment quand même certaines choses grossières ou pas toujours crédibles. Par exemple, Baby tombe dans le braquage parce qu’il faisait des conneries gosse et qu’il a toujours été un formidable conducteur : cela serait très invraisemblable dans la vraie vie mais dans le film, même si l’histoire de Baby n’est pas banale, ça passe étonnamment bien. En revanche, d’autres faits ne semblent pas crédibles et gâchent parfois tout ce qui a été mis en place : par exemple, on a du mal à croire que le boss incarné par Kevin Spacey tolère le comportement intolérable de Jamie Foxx en taré de service incapable ou encore toujours ce même Spacey change d’avis (lors de son dernier échange avec Baby) comme il changerait de culotte. Mais surtout, ce que je regrette le plus, c’est que ce scénario en question manque d’épaisseur. Le pire, c’est que je ne suis pas sûre que Wright en ait tellement conscience. On sent qu’il a voulu créer une sorte de psychologie des personnages, notamment avec le traumatisme d’enfance de Baby et sa relation avec Debora, qui lui rappelle sa mère (et qui me rappelle Shelly dans Twin Peaks). Certes, le personnage de Baby est tout mignon, il est attachant même s’il est très (et limite trop) lisse (je ne remets pourtant pas en cause Ansel Elgort qui m’inspire beaucoup de sympathie) mais cette histoire créée autour de lui m’a paru creuse et facile.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Lily James

On a l’impression que Wright nous envoie un message subliminal si surligné du style : « les gars, mon film est TRES COOL comme Fonzy mais il n’est pas non plus vide, REGARDEZ, MON PERSONNAGE IL SOUFFRE, IL A UN PASSE ». Je ne dis pas que je cherchais un film profond en allant voir Baby Driver, je ne cherche pas à tout intellectualiser. Mais la forme (avec la musique, les références, le fameux côté « cool ») est tellement présente, très appuyée et travaillée qu’elle finit par bouffer le reste et on a ce sentiment d’avoir vu un film certes plaisant mais qui cache justement ses maladresses avec cette surcharge formelle. C’est pour cela que je trouve l’absence de Pegg et Frost déplaisante quitte à jouer les nostalgiques de service. Wright a selon moi encore du mal à s’en sortir seul dans l’écriture : certes, les films en collaboration avec Pegg et Frost ne sont pas d’une profondeur à la Bergman, n’exagérons rien non plus. Cela dit, même si l’équipe jouait très fortement avec des codes cinématographiques et de la pop culture et des répliques très bien senties, je n’avais pas le sentiment que le fond et les personnages principaux étaient délaissés et cernés par la forme justement, je ne me suis jamais dit que leurs films étaient marrants mais creux : bref, je trouvais qu’il y avait un bon compromis entre un certain nombre d’éléments. Dans le cas de Baby Driver, je reste dubitative : oui, c’est plutôt un bon divertissement mais il manque de consistance. On ne dépasse pas plus que ça l’exercice de style. Tout le monde crie déjà au film culte mais pour ma part, hélas, je sais qu’il ne va pas me marquer plus que cela, comme ce fut déjà le cas avec Scott Pilgrim. Concernant le casting et les personnages, là encore, il y a du bon et du moins bon. En fait, concrètement, les acteurs sont tous bons (même si Jamie Foxx cabotine mais ça passe bien par rapport au personnage). Cela dit, Ansel Elgort est si lisse et incarne un personnage qui l’est aussi tout (on imagine que cet aspect-là est volontairement mis en avant) autant qu’il ne s’impose pas face à ses partenaires si charismatiques. Je regrette aussi que Lily James qui ne m’a pourtant pas laissée indifférente n’ait pas un personnage plus développé : elle finit par ne servir que de faire-valoir au personnage principal.

Baby Driver : Photo Eiza Gonzalez, Jon Hamm

Mad Max 2

réalisé par George Miller

avec Mel Gibson, Bruce Spence, Vernon Wells…

titre original : Mad Max 2 : The Road Warrior

Film d’action, science-fiction australien. 1h37. 1981. 

sortie française : 11 août 1982

Mad Max 2

Dans un futur non défini, les réserves de pétrole sont épuisées et la violence règne sur le monde. Max, un ancien de la sécurité routière, se porte aux secours d’une communauté de fuyards aux prises avec des pirates de la route. La bataille se concentre autour d’une citerne de raffinerie.

Mad Max 2 : Photo

Après avoir parlé du premier Mad Max ainsi que du quatrième volet Fury Road, je compte enfin (!!) aborder les deux autres films de la saga culte australienne de George Miller. Juste après avoir vu ce film, je pensais l’avoir autant adoré que le premier mais finalement avec le recul nécessaire des vacances, même si j’ai beaucoup aimé ce second opus, il m’a tout de même moins marqué que le précédent (peut-être est-ce pour cette raison que j’ai mis autant de temps à écrire cette critique si « attendue »). Mais ce n’est pas non plus bien dramatique, j’ai quand même trouvé cette suite très bonne. On prend toujours un certain plaisir à retrouver cet anti-héros qu’est Max Rockatansky, un homme pas au premier plan de l’action, qui a vécu des choses très douloureuses (comme nous l’avons vu à la fin du 1) mais qui va de nouveau mettre sa force et sa rage au service d’une communauté. Il faut dire que Mel Gibson est de nouveau parfait dans le rôle principal, il possède un tel charisme ! Je trouve les seconds rôles également bons même si je trouve les interprétations et les personnages moins forts que ceux du premier volet (d’où peut-être aussi ce petit quelque chose que je reproche à ce second film). Puis, encore une fois, même si je suis de nouveau plus convaincue par l’écriture du premier, le scénario de cette suite va à l’essentiel, c’est un choix qui fonctionne lorsqu’on connait le caractère même du personnage principal. De plus, j’adhère également de nouveau à l’univers présenté par George Miller, qui prend plus de place que le scénario en lui-même. Quand on enchaîne les films de la saga, il est intéressant de voir l’évolution même de cet univers.

Mad Max 2 : Photo Mel Gibson

On retrouve bien les éléments mis en place dans le premier film mais sans qu’on ait l’impression de voir une sorte de remake déguisé, il s’agit bien de la continuité du premier : cela peut paraître paradoxal et pourtant ces éléments fonctionnent bien ensemble. J’ai d’ailleurs lu sur quelques blogs que Miller n’était apparemment pas totalement satisfait du premier volet et que dans un sens, ce second volet serait comme une version améliorée du premier. C’est vrai que c’est quelque chose qu’on arrive à ressentir (notamment en ce qui concerne l’esthétique, bien plus soignée contrairement au premier film aux allures plus modestes – il faut dire que le budget est bien plus conséquent ici) même sans connaître cette information. L’esthétique m’a vraiment convaincue malgré parfois le côté kitsch de certains costumes notamment. Mais cela ne m’a pas dérangée, cela donne un certain charme à ce second volet. Le spectateur est toujours plongé dans un monde post-apocalyptique, il y a toujours ce combat pour le pétrole, cette violence inouïe, ce goût pour la vitesse. Le réalisateur australien parvient de nouveau à mettre en scène cette violence et brutalité qui caractérise tant cette saga mythique, en trouvant un très bon équilibre : les personnages en prennent plein la gueule, le spectateur en a parfaitement conscience, c’est même choquant (j’imagine surtout à l’époque) mais on ne tombe pas non plus dans le mauvais goût qui pourrait nous écoeurer. Mais Miller joue davantage avec les codes du western et réussit son pari, le mélange des genres et des univers cinématographiques étant efficace et explosif pour notre plus grand bonheur. Il faut évidemment parler des scènes d’action, indispensables dans la saga culte. Je pense surtout la longue course-poursuite finale génialement dingue ! Là encore, George Miller et son équipe ont de nouveau mis le paquet. Enfin, la bande-originale, toujours signée par le génial Brian May, est également excellente, permettant de nouveau d’être plongé dans un monde chaotique.

Mad Max 2 : Photo Mel Gibson

Mad Max : Fury Road

réalisé par George Miller

avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Zoe Kravitz, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Nathan Jones, Josh Helman, Megan Gale, Angus Sampson, Abbey Lee, Courtney Eaton, Coco Jack Gillies, Gillian Jones…

Film de science-fiction, action australien, américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 mai 2015

Mad Max: Fury Road

Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s’est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…

Mad Max: Fury Road : Photo Hugh Keays-Byrne

Voulant rester un minimum dans l’actualité, je livre déjà ma critique du dernier Mad Max mais je précise d’emblée que vous découvrirez mes impressions sur Mad Max 2 et 3 sur ce blog au cours de ces deux mois d’été. Il est difficile de classer concrètement ce Mad Max : Fury Road, présenté en hors compétition au dernier festival de Cannes. Est-ce une suite ? Un remake ? Un reboot ? Miller préfère dire qu’il revisite la saga culte qu’il a créée. En tout cas, peu importe le nom, un nouveau film des années après peut toujours effrayer. Or, ce quatrième volet est selon moi le meilleur de la saga ! Il m’a vraiment enthousiasmée et est pour l’instant le meilleur blockbuster de l’année. Je précise que je l’ai vu en 3D, ce gadget n’était pas vraiment utile – comme pratiquement souvent – mais le film n’était pas désagréable à regarder avec ces lunettes et je n’ai pas eu trop mal à la tête en sortant bizarrement avec que ça pète dans tous les sens. En tout cas, il s’agit tout d’abord d’un excellent divertissement. Personnellement, alors que j’avais déjà regardé pour être à jour tous les autres Mad Max, j’avais quand même peur que toute cette vitesse, annoncée notamment dans la bande-annonce (je n’ai pas pu y échapper), me fatigue rapidement. Or, Miller arrive à filmer des scènes d’action bluffantes et violentes d’une grande richesse visuelle et vraiment rythmées : entre vitesse, virtuosité et fureur, ces scènes d’action en question, qui ne semblent jamais s’arrêter pour notre plus grand bonheur, ont en plus le mérite de ne perdre son spectateur en route, au contraire, l’action est toujours très lisible. On ne pourra pas non plus échapper à l’esthétique du film. Franchement, c’est d’une beauté inouïe ! Entre des décors écrasants, des costumes et le maquillage soignés, la musique explosive ou encore la lumineuse photographie, on en prend plein les yeux !

Mad Max: Fury Road : Photo Charlize Theron

Au fil de la saga, les Mad Max appartiennent de plus en plus au genre post-apocalyptique et dans cet épisode, Miller ne le fait que le confirmer. En présentant un univers aussi époustouflant, le réalisateur est également parvenu à montrer à la fois la destruction, la monstruosité ou encore le désespoir. Face à ce chaos jouissif, Miller a également su ajouter à la fois de l’humour et de l’émotion, l’ensemble paraît du coup très bien dosé. Mais on ne peut résumer ce dernier volet de Mad Max à de l’action et de beaux décors. L’histoire racontée est également très riche. Le scénario semble simple, voire même trop simple quand on lit certaines critiques. Je peux comprendre cette impression étant donné qu’on en prend plein la vue non-stop pendant deux bonnes heures. Mais il serait injuste de dire qu’il n’y a pas de scénario. Au contraire, je pense que sa qualité, en tant que grand divertissement, est justement de livrer une histoire en apparence simple, accessible, mais qui comporte en réalité des enjeux plus profonds. Comme dans les précédents épisodes, Miller raconte avec une véritable efficacité les conséquences de la bêtise et de la folie humaine. Mieux, il va encore plus au bout de toutes les idées qu’il avait mises en place auparavant. Le scénario (et pas que) met également énormément en avant l’action des femmes, on peut même carrément parler d’oeuvre féministe. Quand on voit à quel point Hollywood est sexiste, je dois avouer que de voir un film féministe fait vraiment du bien et surtout Miller, qui a beau être un homme, livre ce type de discours avec beaucoup de pertinence. Je pense que le scénario est bien plus remarquable qu’il en a l’air et que le film en lui-même ne fonctionnerait pas totalement sans cette écriture plus riche qu’elle en a l’air.

Mad Max: Fury Road : Photo Tom Hardy

Mad Max : Fury Road fonctionne également grâce à des personnages forts, tous très bien interprétés. Tom Hardy s’en sort vraiment bien dans le rôle de Max. On ne pourra évidemment pas oublier Mel Gibson, qui était franchement formidable dans ce rôle mais Hardy ne se fait pas écraser par les performances de son prédécesseur, il parvient à redonner vie à ce personnage mythique, notamment par son charisme. On retiendra surtout sa partenaire féminine, Charlize Theron, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Je crois qu’on est déjà tous fan de Furiosa, un personnage qui restera dans les annales ! Tellement qu’elle écrase parfois un peu trop Hardy. Il faut dire que Max a toujours été un héros, ou plutôt un anti-héros, en retrait, là c’est peut-être un petit plus visible. Mais ce n’est pas non plus dramatique et réjouissons-nous de voir un personnage féminin avec autant de couilles dans un tel blockbuster. Les seconds rôles sont également très bons. Comme beaucoup, j’étais contente de revoir l’impressionnant Hugh Keays-Byrne, alias Toecutter dans le premier volet. Il incarne cette fois-ci un autre méchant (ce qui est possible vu qu’il est méconnaissable avec son maquillage sacrément bien foutu, disons les choses), le (également) déjà culte Immortal Joe. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation de Nicholas Hoult, dont le personnage est attachant et rempli de nuances. Enfin, je trouve que la bande de filles qui accompagne Furiosa (Rosie Huntington-Whiteley, Zoe Kravitz, Riley Keough…) assez convaincante. J’avais au début peur que ce soit vite un défilé de mode mais finalement on les sent toutes investies et défendent toutes bien leurs personnages. Encore une fois, c’est bien de voir de jolis rôles féminins. Comme quoi, les belles actrices ne sont pas juste des potiches. George Miller a dit qu’il avait voulu réinventer le mythe qu’il a crée et il a totalement réussi son pari, dans un sens, on pourrait même aller plus loin en parlant d’invention. Je trouve cela formidable un papi de plus de 70 ans réaliser un film aussi audacieux et contemporain. Cela fait du bien de voir un grand blockbuster, réellement divertissant, accessible et profond à la fois, écrasant vraiment les gros films d’action bien fades à côté de cette magnifique proposition de cinéma.

Mad Max: Fury Road : Photo Nicholas Hoult, Riley Keough

Mad Max

réalisé par George Miller

avec Mel Gisbon, Joanne Samuel, Hugh Keays-Byrne, Steve Bisley…

Film d’action, science-fiction australien. 1h25. 1979. 

sortie française : 13 janvier 1982

Mad Max

Sur les autoroutes désertées d’une Australie méconnaissable, une guerre sans merci oppose motards hors-la-loi et policiers Interceptor, qui tentent de triompher de la vermine au volant de voitures aux moteurs surgonflés. Dans ce monde en pleine décadence, les bons, les méchants, le manichéisme disparaissent…

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Suite à la sortie de Mad Max : Fury Road, je me suis dit qu’il était enfin temps que je découvre cette saga culte qui a permis au grand public de découvrir Mel Gibson. J’avais les dvd chez moi depuis longtemps mais je ne sais pas trop pourquoi, je n’avais pas ressenti l’envie de les regarder. Alors, commençons par le commencement, c’est-à-dire par le premier volet qui s’intitule tout bêtement Mad Max. Je dois avouer que je ne l’ai pas tout de suite adoré même si j’ai tout de même rapidement beaucoup aimé ce film. En effet, je trouve que l’action met un peu de temps à arriver. Vu depuis quelques semaines maintenant, je commence vraiment à comprendre son succès et finalement je peux affirmer que j’aime de plus en plus ce long-métrage. Le scénario est assez classique mais finalement il est très efficace, il va à l’essentiel ce qui rend encore plus le film captivant, confirmant l’univers présenté, c’est-à-dire assez brut. Mais ce sont surtout la mise en scène, l’univers et un habile mélange des genres qui est selon moi réellement intéressant et qui peut expliquer cet enthousiasme général pour ce film à faible budget. En effet, le réalisateur combine à merveille à la fois le film post apocalyptique, le road movie, le western et le film de vengeance. Après, le film a tendance à être très axé sur l’action, la vitesse et des histoires de vendetta. Pour moi, il s’agit bien d’un film post apocalyptique mais on conviendra que cet univers sera de plus en plus développé au fil des films (et le dernier volet ne fait que le confirmer) tout comme cette histoire sur la guerre du pétrole sera davantage mise en avant dans le second film. Malgré quelques lenteurs au début de ce premier film, j’ai trouvé le résultat jouissif.

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Je dois avouer que j’avais principalement peur de regarder ce film de peur que toutes ces bagnoles et routes finissent par me gaver. Mais la mise en scène nerveuse de George Miller permet de rester scotcher, sans jamais être lassé, face à ces scènes de vitesse montrant la folie, la bêtise et les déviances d’une société en perdition. La violence est évidemment au coeur de ce film et même des années après, alors que nous sommes dans une époque où on voit tout et n’importe quoi à la télé, cette violence dans Mad Max a toujours un impact de nos jours. Je dirais que Miller est parvenu à montrer la violence gratuite des hommes, ce qui parvient à secouer les spectateurs, qui comprend encore plus la situation, mais on n’a pas l’impression que cette violence soit gratuite car, au-delà de son rôle esthétique, elle a une véritable signification. Justement, parlons-en de l’esthétique du film. Il faut quand même le dire : elle est très réussie. Comme je l’ai dit, Miller a su parfaitement filmer la route, ses dangers, sa violence, son côté brut, voire presque un peu crasseux. Il faut dire qu’au-delà d’un véritable savoir-faire de la part de Miller, le film possède de magnifiques décors et une remarquable photographie, permettant encore une fois d’appuyer sur le contexte post-apocalyptique. La bande-originale de Brian May est également très réussie et correspond très bien à l’univers proposé par Miller. Enfin, les acteurs sont tous excellents à commencer par Mel Gibson, très charismatique et attachant dans le rôle de cet anti-héros. Steve Bisley, qui incarne l’ami de Max, est également très convaincant. On retiendra également l’interprétation remarquable de Hugh Keays-Byrne (qui joue d’ailleurs de nouveau le rôle du méchant dans Mad Max : Fury Road).

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Crash

réalisé par David Cronenberg

avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger, Rosanna Arquette…

Drame érotique canadien, britannique. 1h40. 1996.

sortie française : 17 juillet 1996

interdit aux moins de 16 ans

Crash

James et Catherine Ballard, un couple dont la vie sexuelle s’essouffle quelque peu, va trouver un chemin nouveau et tortueux pour exprimer son amour grâce aux accidents de voiture. A la suite d’une violente collision, ils vont en effet se lier avec des adeptes des accidents…

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Crash, le film tant controversé de David Cronenberg, est l’adaptation du roman du même nom de J.G. Ballard, premier volet de la « Trilogie de béton » et publié en 1973. Il avait également remporté au festival de Cannes en 1996 le prix spécial du jury. Je ne connais pas forcément la filmographie de David Cronenberg de A à Z (même si je m’aperçois que j’ai tout de même vu dix de ses films – il faut que je découvre plus ses premiers films) mais je m’étais déjà aperçue que le réalisateur canadien s’intéressait aux liens réunissant la violence, le sexe et la mort. Ainsi, le contact avec les voitures et la provocation volontaire d’accidents de voiture vont permettre aux personnages de trouver la jouissance. En étant sans cesse à la recherche d’une nouvelle forme de sexualité, en multipliant les expériences, les personnages cherchent à s’épanouir, mais pour pouvoir y arriver, il faut passer par la mort. On peut alors rappeler le surnom – non anodin – de l’orgasme : « la petite mort ». En adaptant le livre de Ballard (également personnage principal de l’histoire), David Cronenberg a voulu exploiter, à sa manière, des théories de psychanalyse, que nous pouvons notamment trouver chez Sigmund Freud. Effectivement, Freud nomme « Thanatos » la pulsion de la mort du plaisir (qui serait alors la frustration) qui habiterait chaque être humain. Il l’oppose à l’ « éros », la pulsion de la vie du plaisir (c’est-à-dire la libido). Si on suit alors ce raisonnement, Eros et Thanatos représentent les deux extrémités de la sexualité de l’homme. Cependant, chez Cronenberg, la frontière entre ces deux notions semble volontairement floue, pour mieux montrer toute la complexité même de l’être humain, comme si l’un répondait et se confondait à l’autre et vice et versa.

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La psychanalyse n’est pas toujours intéressante, cela peut vite devenir bavard (comme dans un autre film de Cronenberg, A Dangerous Method). Heureusement, la mise en scène de Cronenberg est très réussie, parvenant à montrer la voiture, symbole phallique et synonyme de performance et de puissance, instrumentalise l’existence de l’homme par le sexe. Le réalisateur parvient également à filmer les collisions de voiture en tant que représentations de l’acte sexuel (la jouissance passe ainsi par la mort). Crash propose alors une intéressante réflexion sur l’homme dominé par la technologie, le sexe et ses pulsions. Les scènes de sexe sont également réussies même s’il ne faut pas montrer ce film à n’importe qui. Evidemment que certains pourront être choqués. Pour ma part (et pourtant je n’hésite pas à pousser mes coups de gueule quand ce type de scènes me dérange dans certains films), elles ne m’ont pas choquée esthétiquement car elles ne sont vulgaires. Cronenberg ne les filme pas de manière perverse (malgré des personnages tordus), ces scènes ont une véritable signification. De plus, elles sont réellement érotiques, sensuelles et osées tout en restant plutôt violentes ou dérangeantes. Dans l’ensemble, le casting m’a également convaincue. James Spader et Holly Hunter sont toujours impeccables dans la peau de ces personnages tourmentés. Elias Koteas est vraiment la très bonne surprise de ce film, vraiment bluffant. En revanche, j’ai toujours autant de mal avec Deborah Kara Unger, que j’ai toujours trouvée mauvaise et même naturellement vulgaire (et c’est pas une question de sexe : je la trouverais même vulgaire en mère Teresa), hélas cela ne s’arrange pas dans ce film. Même si elle peut être lassante à la longue, j’ai également apprécié la musique composée par Howard Shore.

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Malgré des qualités évidentes et une réflexion psychanalytique sur le rapport entre le sexe et la mort réellement riche, je ne peux pas dire que Crash m’ait réellement plu. La psychologie est au coeur de ce film, elle apparaît dans les thèmes dégagés et même en général dans la mise en scène de Cronenberg. Je crois qu’on arrive aussi à apercevoir ce lien fort entre la mort et le sexe parce qu’on sait ce qu’on regarde, ce sont les contextes extérieurs au film qui nous aident à réfléchir. En revanche, le réalisateur passe selon moi à côté de la psychologie des personnages. Les personnages ne semblent qu’agir, mais j’ai eu du mal à comprendre vraiment ce qu’il se passe dans leur tête. Je vois où veut en venir Cronenberg, c’est-à-dire qu’il veut probablement lier les relations sexuelles devenues mécaniques avec la mécanique des automobiles. Mais tout est si froid, on a du mal à s’attacher ou à s’identifier à cette bande de pervers totalement déshumanisée, on ne comprend pas leurs réactions. En plus, par un gros coup de bol, les Ballard arrivent à trouver, non pas une seule personne aussi timbré qu’eux mais plusieurs personnes ! Certes, les scènes de sexe ne m’ont pas en elles-mêmes dérangées ni concrètement choquées. Cependant, elles ne sont pas assez espacées entre elles, on n’a pas le temps de respirer ou de reprendre le fil de l’histoire. Je ne pourrais pas dire que je me suis ennuyée (le film a l’avantage d’être court) mais j’ai trouvé les scènes très répétitives, surtout dans la seconde partie. J’imagine encore une fois que c’est une volonté de Cronenberg, pour montrer une forme d’addiction, le fait que le sexe soit devenu littéralement mécanique mais l’effet ne fonctionne pas réellement. Enfin, si d’un point de vue purement « visuel » les scènes de sexe ne m’ont pas choquée, le scénario ressemble parfois à du porno stylisé (du genre tout le monde couche avec tout le monde sans se poser de questions, en testant toutes les possibilités possibles). Je ne connais pas les intentions exactes de Cronenberg, avec lui rien ne me semble impossible. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi mais à condition que ce soit véritablement efficace. Or, encore une fois, j’étais plus lassée que réellement impressionnée ou captivée.

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