[MC2018] Collège attitude

réalisé par Raja Gosnell

avec Drew Barrymore, Michael Vartan, David Arquette, John C. Reilly, Molly Shannon, Leelee Sobieski, Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer, Garry Marshall…

titre original : Never Been Kissed

Comédie américaine. 1h47. 1999.

sortie française : 14 juillet 1999

Un film se déroulant dans un lycée / collège / université  

Si Josie Geller, rédactrice au « Chicago Sun-Times », rencontre le succès dans sa profession pour sa rigueur et ses compétences, sa vie privée est un véritable désert et elle attend encore le prince charmant qui lui donnera son premier vrai baiser. Quand son rédacteur en chef lui propose un reportage sur les lycéens des années 90, Josie, qui ambitionne de devenir grand reporter, accepte, bien que ses souvenirs de lycée soient quelque peu douloureux. Rassemblant tout son courage, Josie infiltre South Glen en tenue jeune, essayant d’adopter le style étudiant.

Collège Attitude est le premier film de la société de production de la sympathique actrice Drew Barrymore (« Flower Films » – le nom fait peur mais c’est pourtant cette même société derrière le génial Donnie Darko) qui s’est également attribué le premier rôle. Ce rôle principal en question est celui de Josie (en référence au dessin animé culte Josie et les Pussycats), une jeune journaliste de 25 ans qui doit faire le reportage de sa vie : elle se fait alors passer pour une ado dans un lycée pour enquêter (comment et qui est l’ado de son époque ?). Oui, un lycée, vous avez bien lu, il n’y a d’erreur de ma part, je suis même allée re-vérifier pour la rédaction de ce billet. Bref, ceci est tellement logique alors le film s’intitule en français Collège attitude. Il ne faut donc pas croire que les blems de traductions datent d’aujourd’hui et que tout était donc mieux avant. Revenons donc à notre Josie, la jeune adulte qui se glisse dans la peau d’une lycéenne dans le but de progresser professionnellement dans le monde du journaliste (visiblement, dans tous nos films, le métier de journaliste vend du rêve). Pas évident donc pour cette femme mal dans sa peau et encore vierge, qui a été malmenée et certainement harcelée durant ses années lycée. Bon, on se demande rapidement si cette histoire d’infiltration est réellement crédible (même si Drew Barrymore faisait très jeune – et avait également presque 25 ans comme son personnage), on sait d’entrée que l’histoire en elle-même est grosse comme un camion. Mais étonnamment, on peut éventuellement se laisser prendre au jeu, on a envie d’y croire même si l’histoire ne collerait en réalité pas nécessairement à la réalité. Je n’ai spécialement envie de descendre ce film qui n’a jamais prétendu être un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit. Je savais très bien à quoi m’attendre en regardant ce teen-movie (en précisant que je n’ai aucun mépris pour ce genre même si je n’ai jamais prétendu en être fan). Le film est ce qu’il est : très daté dans son époque (avec tous les codes possibles des années 90), sans prétention, très Barbie. Drew Barrymore n’a jamais été une grande actrice mais pourtant on a toujours de la sympathie et de l’attachement pour elle même dans ses films et rôles les plus idiots. Je ne pense pas que David Arquette soit réellement un bon acteur mais dans les rôles d’idiots (comme dans Scream), son « interprétation » passe pas trop mal. Leelee Sobieski (je me suis aperçue que je connaissais très mal cette actrice) est finalement la réelle bonne surprise de ce long-métrage.

A noter au passage quelques petits seconds rôles (à l’époque ils n’étaient pas les stars qu’elles sont à l’heure actuelle) à droite et à gauche bien sympathiques : Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer… L’ensemble n’est pas désagréable à regarder (malgré des gags gros comme un éléphant), comme n’importe quel teen-movie et comédie romantique des années 90 (c’est moi ou ces deux genres ont du mal à se renouveler depuis quelques années ?). Bref, je ne vais pas vous mentir : j’ai même passé un sympathique moment devant ce film. Bon, on ne va pas s’attarder sur la mise en scène assez pauvre, en même temps, je n’ai pas voulu regarder ce film pour rechercher une possible qualité de ce côté-là. Par ailleurs, avant d’écrire cette chronique, je lui avais même accordé une petite moyenne. Mais après réflexion, quelque chose m’a réellement chiffonnée et qui m’a poussée à descendre légèrement ma note (même si la note est toujours quelque chose à prendre avec des pincettes, d’où l’intérêt de parler des films). La fin est problématique et je ne suis pas la seule à l’avoir remarquée. Attention, quelques spoilers : sans surprise (en même temps il ne fallait pas à s’attendre à en avoir), tout le monde au lycée finit par connaître le fameux secret dont le beau prof Sam (incarné par le très lisse Michael Vartan, qui semble avoir disparu de nos écrans), qui avait très envie de coucher avec son élève Josie (déjà tu sens une tension sexuelle entre un prof et possiblement une mineure – en tout cas du point de vue du prof, tu te poses des questions). Or, il devient fou furieux quand il apprend que Josie est en réalité une adulte… avec qui il pourrait alors réaliser alors son désir en toute légalité. Bref, je me suis demandée s’il s’agissait d’une apologie de la pédophilie au bout d’un moment. Sans déconner, je comprends le schéma pris par le scénario : dans ce type de films, il faut toujours que le personnage principal passe par cette étape où il se fâche avec son chéri / crush pour pouvoir mieux le reconquérir notamment en s’excusant ou en faisant tout pour réparer ses erreurs. Mais là il faut avouer que le scénario ne s’y prend nécessairement très bien, c’est assez maladroit pour rester gentille. College Attitude aurait pu être un film  plus « speggle » (seuls ceux qui ont vu le film comprendront de quoi je parle). Il a des défauts gros comme un camion mais je comprends les spectateurs « adeptes » de ce film, presque un peu nostalgiques.

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Girls (saison 1)

Créée par Lena Dunham

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Andrew Rannells, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Kathryn Hahn, James LeGros, Chris O’Dowd…

Série comique américaine. 1ere saison. 2012.

girlssaison1

Cette première saison met en scène quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années entrant dans la vie active et qui ont toutes leurs problèmes : Hannah Horvatz, éternelle stagiaire qui rêve de devenir écrivain et sort plus ou moins avec un garçon à la sexualité débridée, Marnie est une jeune fille sérieuse mais qui s’ennuie avec son petit ami, Jessa a fait le tour du monde et vit sa vie de « hippie » et Shoshanna est encore une étudiante fan de Sex and the City et toujours vierge.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Cela faisait un moment que je souhaitais parler de cette série mais je ne savais pas trop comment m’y prendre alors j’ai décidé de l’évoquer de temps en temps sur ce blog, en allant tout simplement de saison en saison. J’ai aussi revu cette série très récemment histoire d’avoir un nouveau regard et je dois avouer que cela a été bénéfique. En effet, même si j’avais déjà beaucoup aimé cette première saison (sinon je n’aurais pas forcément voulu regarder le reste), certaines qualités m’ont vraiment sauté aux yeux en la redécouvrant. Je ne sais pas si Lena Dunham, créatrice, mais aussi scénariste et même réalisatrice d’un grand nombre d’épisodes, avait déjà en tête le scénario pour les saisons à venir mais quand on voit tout ce qui se passe jusqu’à présent (saison 4), je trouve qu’elle a vraiment bien su rebondir et utiliser à bon escient tous les éléments mis en place dès cette première saison. La série en général n’est peut-être pas parfaite, elle ne plaira pas non plus à tout le monde, notamment pour son côté très cru (il faut dire qu’elle est produite par Judd Apatow, cela ne peut pas être un hasard), parfois Lena Dunham peut énerver pour son côté très donneuse de leçons (un peu comme son personnage Hannah d’ailleurs) mais je dois reconnaître qu’elle a un parcours admirable pour son jeune âge. Je ne vais pas trop critiquer son travail de showrunner ici car je n’ai pas trop de critiques négatives en ce qui concerne cette première saison en particulier, les critiques viendront vraiment plus tard au fil des autres saisons. Ce qui est sûr, c’est que la jeune actrice/réalisatrice/productrice, qui avait d’ailleurs décroché le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique après la diffusion de cette première saison, est une jeune femme qui sait observer et les retranscrire. Sur le papier, le résumé de Girls pourrait limite inquiéter dans le sens où on ne verrait pas forcément en quoi cette série pourrait être novatrice et surtout, avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à un énième Sex and the City. Mais justement, Girls est l’anti-Sex and the City ! Les héroïnes en question sont jeunes, paumées, ont du mal à trouver du travail, vivent des appartements miteux et ont parfois des relations sexuelles trèèès étranges !

Photo Adam Driver, Lena Dunham

Il n’est pas toujours facile d’aimer les personnages de Girls car elles ont quand même leurs défauts qui sont d’ailleurs mis de plus en plus en avant au fil des saisons. Mais quelque part, et encore une fois, en donnant une seconde chance (si on peut dire ça comme ça) à cette première saison qui m’avait déjà convaincue, j’aime aussi les personnages parce que justement elles ne sont pas parfaites et quelque part, en ce qui me concerne, je me reconnais en elles ou alors je reconnais des personnes de mon entourage. J’avoue ne pas me reconnaître en Marnie (une fille assez coincée, voire même frustrée et déjà coincée dans sa routine), c’est peut-être même le personnage que j’aime le moins, mais au fil de mes expériences, j’avoue connaître beaucoup de Marnie autour de moi, des personnages qui m’agacent ou alors je ne comprends pas forcément leur manière de vivre (même si je n’ai évidemment pas de leçons à donner). Quelque part, Marnie est un personnage réussi, assez réaliste de ce qui se passe chez pas mal de jeunes de la vingtaine (je pense par exemple à beaucoup qui sont « en couple » depuis longtemps mais à 20/22 ans sont déjà épuisés par cette longue relation). Finalement, même si encore une fois il ne s’agit pas de mon personnage préféré, j’ai appris avec le temps à apprécier ce personnage. On va quand même parler d’Hannah car même si la série s’appelle Girls, ce personnage est tout de même le point de départ de l’histoire en étant vraiment mis en avant. Il faut quand même le dire : Hannah est très énervante notamment à cause de son égocentrisme (notamment quand Marnie apprend tout ce qu’il y a dans le journal intime d’Hannah, Hannah lui demande si dans un autre contexte elle aurait aimé son écriture) voire même limite irresponsable (comme sa blague douteuse sur la pédophilie face à son futur boss qui n’est évidemment plus son futur boss). Ceci dit, j’ai fini par aimer Hannah parce que je me reconnais un peu en elle : ses complexes physiques, son manque de confiance en elle (même si elle le traduit par une sorte d’excès de confiance, ce qui est tout le contraire de mon caractère), son goût pour l’écriture et ses angoisses. J’aime aussi beaucoup Jessa même si là encore ce n’est pas forcément évident d’apprécier ce personnage et qu’il faut quelque part un petit temps d’adaptation. Jessa, la cousine anglaise de Shoshanna, est une baba hippie cool qui a beaucoup voyagé, elle est assez délurée, un peu détachée de ce qui se passe dans la société, elle est assez spontanée, vive mais peu aussi paraître vulgaire. A priori, je n’ai rien à voir cette fille, et au début, à cause de son apparence, je n’ai pas non plus tout de suite accroché au personnage. Mais là encore, c’est le temps qui m’a permis de m’attacher à cette jeune fille qui a finalement un coeur énorme et cache une grande sensibilité. Je dois avouer que je me reconnais un peu en elle justement parce que j’ai un côté un peu grande gueule comme elle (et comme Hannah aussi), limite révolutionnaire (ahaha la scène dans le jardin d’enfant est énorme) mais après c’est aussi une manière pour ne pas montrer toutes mes émotions. Mais je dois avouer que je me sens très proche de Shoshanna, notamment parce qu’elle est speed, parle très vite (et je vous assure que j’ai un certain débit et que cela me demande beaucoup de boulot pour parler à un rythme modéré), qu’elle est coquette (au niveau de la garde-robes, là encore, on se ressemble, j’adore le « on »), elle dit vraiment ce qu’elle pense (certes, Hannah et Jessa sont aussi franches mais pas autant que Shoshanna, non, elles ne peuvent pas rivaliser), raconte n’importe quoi quand elle est sous l’emprise d’alcool et de drogues ce qui lui arrive rarement et est concentrée sur ses études.

Photo Lena Dunham

La série a beau s’appeler Girls et mettre des personnages féminins en avant, Dunham n’a pourtant pas délaissé les hommes qui ont chacun un rôle important. Le personnage le plus charismatique reste Adam, le mec bizarre d’Hannah, un gars assez pessimiste et asocial qui passe au début pour un détraqué sexuel mais après on apprend vraiment à l’apprécier, à comprendre d’où vient son côté sombre et on s’aperçoit là encore qu’il a un bon fond. Il est aussi drôle car il ne sait pas se comporter correctement (du genre il débarque comme un fou avec un paquet de shampoings dans la douche alors qu’Hannah y est déjà puis après pisse dedans alors que sa copine y est toujours !).J’aime également beaucoup Ray, le meilleur pote de Charlie, qui n’hésite également à dire ce qu’il pense et balance des phrases très cassantes. Charlie est un personnage un peu trop lisse et gentil mais ce n’est pas forcément un reproche dans le sens où ce sont justement ses qualités qui vont lasser sa petite amie Marnie. Enfin, comme beaucoup de fans, j’aime énormément Elijah. Alors certes, on reprend un peu le cliché du meilleur ami gay mais j’adore vraiment sa personnalité et j’étais vraiment heureuse de voir à quel point il prenait de la place au fil des saisons. Ce gars est à lui tout seul une tornade ! Girls est aussi connu pour son côté trash, que ce soit à travers des répliques très salaces et surtout des scènes assez crues. Je dois avouer que la première fois que j’ai regardé cette série, les scènes de sexe et tout ça m’ont gênée. Pas tellement à cause du contenu mais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment gratuit, du genre une pseudo revendication pour se détacher des autres séries. Certes, je pense qu’il y a quand même toujours maintenant une part de provocation, qui se confirme d’ailleurs au fil des saisons. Cependant, en revoyant cette première saison, les scènes en question ne m’ont plus autant gênée car je pense avoir compris où Dunham a voulu en venir.
Photo Allison Williams
En fait, je dois même dire que maintenant ces scènes de sexe en question sont pour moi très drôles. Je pense notamment à celle avec Jessa qui couche avec son ex – qui est en couple – alors que Shoshanna est encore dans l’appartement, la scène de masturbation d’Adam (pendant ce temps, Hannah en profite pour lui prendre des sous) ou encore à la scène de sexe avec les parents d’Hannah sous la douche qui se finit évidemment par un accident ! Et puis, je dois avouer que ça fait du bien de voir des filles normales avoir des relations sexuelles. De plus, même si c’est cru, même s’il y a quelque chose de gratuit, les scènes ont le mérite de ne pas sur-érotiser les actrices, on cherche plutôt la normalité même dans les actes sexuels les moins banals. Surtout, pour moi, les scènes de sexe assez représentatives d’une certaine sexualité entre jeunes adultes : soit les jeunes semblent assez libérés (cela passe aussi par le porno et les sextos) soit ils connaissent déjà la frustration (alors que, selon les points de vue, on pourra tout simplement dire qu’il s’agit de relations sexuelles « normales »), soit encore on aborde la question de la virginité tardive. C’est aussi une jeunesse en même temps préoccupée par la contraception et qui peut aussi avoir un comportement irresponsable malgré cette peur MST notamment. La série a aussi le mérite de mettre en avant à plusieurs reprises la masturbation féminine, vraiment trop peu représentée ou évoquée à la télé ou au cinéma. Mais heureusement, la série ne se limite pas non plus qu’à la question du sexe chez les jeunes adultes. La drogue, notamment dans les soirées, fait partie des sujets abordés (même s’il sera renforcé davantage dans les saisons suivantes, avec Jessa), le harcèlement sexuel au travail (avec les collègues d’Hannah qui traitent Adam de pervers mais acceptent volontiers de se laisser toucher par leur boss sans broncher) ou encore le fait de flirter avec son boss.
Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet
Mais c’est surtout le discours sur l’angoisse de l’avenir qui m’a vraiment parlé. Cette question est évidemment abordée notamment à travers la confrontation entre Hannah et ses parents, qui n’ont pas la même vision des choses, que ce soit à propos du travail ou des relations amoureuses. Comment être rassurée par son avenir quand on voit que les études ne servent finalement à rien et qu’on est toujours l’éternelle stagiaire évidemment pas payée et qu’on est obligée de squatter dans des appartements pourris ? Cependant, même si la série pointe assez justement ces angoisses et que ça fait aussi du bien de voir… la réalité tout simplement, Dunham n’est pas tendre avec sa génération. Elle montre clairement que c’est une génération qui a envie d’être adulte, qui est confrontée à des problèmes d’adultes et en même temps refuse aussi de grandir même si cette génération en question n’appartient plus à la tranche adolescente. Je ne sais pas si, comme Hannah, Dunham est « la voix de [sa] génération » mais en tout cas elle a vraiment compris pas mal de choses sur la sienne et donc aussi la mienne. La série ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde mais elle a le mérite d’être courte : il n’y a que dix épisodes par saison et chaque épisode dure environ 25 minutes. Du coup, cela permet aux scénaristes de ne pas non plus s’étendre sur des éléments insignifiants, la série gagne en rythme et en efficacité tout simplement. On sent aussi qu’il y a un grand soin accordé à la réalisation et à l’esthétique qui n’est pourtant pas la première chose qui saute aux yeux. Il n’y a pas de chichis mais on voit bien que les réalisateurs (Dunham en fait partie) ont voulu retranscrire un New York à la fois jeune, moderne et en même temps il y a quelque chose de volontairement crade et triste. Enfin, la série possède un excellent casting, la plupart sont tout simplement amis dans la vraie vie et se connaissent depuis longtemps et cela se ressent : on sent au moins une complicité entre les personnages. Pour conclure, cette première saison, qui ne plaira peut-être pas tout le monde, est pour moi bonne, même meilleure que je ne le pensais. Elle possède de vraies qualités d’écriture, a des personnages en béton auxquels on s’attache finalement avec le temps, en mettant vraiment en avant leurs qualités et leurs failles, et donne envie de regarder la saison 2 (j’en parlerai sur mon blog mais pas tout de suite, histoire que le blog ne se transforme pas en sorte de fan-club de Girls).
 Photo Allison Williams, Jemima Kirke, Lena Dunham

Cinquante Nuances de Grey

réalisé par Sam Taylor-Johnson

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle, Eloise Mumford, Victor Rasuk, Luke Grimes, Marcia Gay Harden, Rita Ora, Callum Keith Rennie, Max Martini, Andrew Airlie…

titre original : Fifty Shades of Grey

Romance, érotique américain. 2h05. 2015.

sortie française : 11 février 2015

interdit aux moins de 12 ans

Cinquante Nuances de Grey

L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Personne n’a pu passer à côté du phénomène « littéraire », Cinquante Nuances de Grey, qui est à l’origine une fanfiction basée sur Twilight. Etant étudiante en lettres un peu fatiguée par certaines lectures parfois cosmiques, je me suis dit que je n’avais rien à perdre, c’est pour cela que j’ai décidé de découvrir la saga de E. L. James. Je peux vous dire à quel point j’en veux énormément à l’époux de cette « romancière » : monsieur James, arrêtez de délaisser votre femme et occupez-vous d’elle. C’est probablement à cause de vous si elle a osé écrire un machin pareil : elle devait être frustrée. Je ne vois que ça comme explication. En clair, Cinquante Nuances de Grey est ce qu’on appelle un torchon. Le sujet est pourtant intéressant, E. L. James aurait pu écrire un livre géant et profond, mais non ce n’est qu’un roman qui ne pourra que satisfaire les pucelles et les femmes de cinquante piges (d’où Cinquante Nuances ?) qui ne se font plus toucher (d’où le terme justifié de « mommy porn »). Il est principalement gâché par une écriture désolante (entre les échanges de mail qui prennent trois tonnes de pages, les répétitions à gogo de « je mouille », « il est sexy Christian », « oh ma déesse intérieure » et j’en passe, et surtout un manque flagrant de vocabulaire, bonjour !). Face à ce carnage navrant et quelque part frustrant, j’en veux aussi profondément aux éditeurs de Vintage Books, qui n’ont pas fait leur boulot. Comment ont-ils pu publier un travail aussi bâclé ? Sérieusement, on a l’impression de lire un brouillon. Bref, vu comme j’avais ri face à tant de bêtises, j’avais quelque part hâte de découvrir son adaptation cinématographique. Je n’attendais pas nécessairement un bon film mais je me suis dit qu’il ne pourrait pas être pire que le livre. Hélas, Sam Taylor-Johnson (photographe, vidéaste, réalisatrice de Nowhere Boy et accessoirement épouse du jeune acteur Aaron Johnson) a réussi cet exploit : le film est encore plus mauvais que le bouquin.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Pour résumer, j’ai ri du début jusqu’à la fin (j’en ai encore mal au ventre). J’avais l’impression de regarder une comédie (et d’ailleurs la salle était pliée en quatre). Au bout d’un moment, j’ai même fini par me demander s’il s’agissait d’une parodie d’une rom com. Finalement, j’ai regardé les choses en face : Cinquante Nuances de Grey se prend très au sérieux et même trop. Il n’y a de quoi fouetter un chat (désolée pour le jeu de mots foireux). Il ne s’agit que d’une comédie romantique avec un peu (mais alors un peu) plus de cul que d’habitude (je reviendrai sur ce point, ne vous en faites pas). Le film accumule tous les clichés et stupidités possibles, comme par exemple les « ooooh bébé », les cadeaux qui coûtent un bras (parce que le bonhomme est un « gentleman »), Ana qui se mordille les lèvres ou rougit comme une idiote ou encore fera n’importe quoi parce qu’elle ne supporte pas l’alcool (même moi bourrée je ne me comporte pas comme ça). Les répliques sont également à mourir de rire et ce n’est pas juste une ou deux comme ça. Les deux « meilleures » dans leur genre restent tout de même pour moi « je ne fais pas l’amour… Je baise. Et très violemment. » (déjà dans le livre, j’étais hilare) et « j’ai… cinquante nuances de folie ! ». Les scènes sont généralement involontairement drôles. Je pense par exemple à celle avec Ana mordillant comme une imbécile son crayon sur lequel le nom Grey est inscrit dessus (ahaha le symbole phallique de la mort !) ou encore à celle avec Ana qui téléphone bourrée à Christian : ce dernier lui répond de ne pas plus boire alors qu’on voit bien le verre de vin posé sur son bureau ! J’avais l’impression de revoir un des sketchs des Inconnus avec Florent Brunel qui parle du tiers-monde alors qu’il y a une grosse bouteille de champagne juste derrière lui ! Quant à la mise en scène, elle est à l’image du décor, c’est-à-dire tape-à-l’oeil et donc en réalité inexistante. De plus, le nombre flagrant de placements de produits finit par agacer.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Cinquante Nuances de Grey n’a même pas réussi à me divertir. Au-delà du rire involontaire omniprésent, il ne se passe tout de même pas grand-chose. Même si j’avais trouvé le roman naze, il m’avait tout de même à peu près amusée dans le sens où on le lit sans problèmes. J’avais au moins l’impression qu’il se passait beaucoup de choses, l’illusion fonctionnait un minimum. Or, malgré pourtant sa fidélité au texte, il ne se passe pratiquement rien dans le film. Je me suis même emmerdée à la fin du film (à peu près quand Ana va rendre visite à sa mère), j’avais même hâte qu’il se termine. La fin est d’ailleurs catastrophique. Déjà, elle était pourrie dans le livre (du genre Ana qui se réveille comme une grosse nouille). Cependant, malgré la nullité effroyable du roman, on avait quelque part envie de découvrir la suite, on a espoir d’en savoir plus sur la personnalité et le passé de Christian. Or, là, non seulement la fin paraît encore plus ridicule, mais en plus on a tout sauf envie de regarder le deuxième épisode. Cela montre bien qu’il n’y a aucune tension dans ce film et surtout la réalisatrice semble se foutre du sort des personnages. De plus, elle ne veut absolument pas approfondir les différents thèmes qui s’imposent comme celui de la domination par exemple (par exemple, qui est finalement le vrai dominant de l’histoire ?). Certes, Sam Taylor-Johnson a eu la lourde tâche d’adapter un roman déjà creux. Cependant, tout en restant fidèle, elle avait largement la possibilité de donner plus de relief à son film. Le thème de la prostitution n’est par exemple jamais exploité. Il y a pourtant cette mini-réflexion dans le roman. C’était maladroit mais E. L. James avait au moins essayé de faire quelque chose. Sam Taylor-Johnson, elle, n’en parle absolument pas. Ana est simplement gênée de recevoir tant de cadeaux mais ne se pose pas plus de questions. Du coup, le message du film est encore plus douteux.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Il est maintenant temps de parler des scènes cruciales, c’est-à-dire les scènes de sexe et de sado-masochisme. Avant d’aller voir ce film, j’avais parfaitement conscience que je n’allais pas aller voir Nymphomaniac : volume III et d’ailleurs quelque part je m’en réjouissais. Je savais qu’il y aurait du sexe relativement soft car il s’agit tout de même d’un film commercial et grand public. Cependant, ne pas trop montrer de sexe pouvait être un challenge intéressant pour la réalisatrice : on peut faire des scènes grandioses avec beaucoup de suggestion et en jouant sur la sensualité et l’imagination. Mais les scènes de sexe sont toutes ratées. Tout d’abord, étant donné qu’elles sont mal réparties, on se rend rapidement compte qu’il n’y en a trop peu par rapport au sujet. Le bouquin est peut-être naze, on pourra détester les scènes de sexe, les trouver vulgaires voire même crétines, mais au moins il y en a beaucoup ! Ces scènes en elles-mêmes ne montrent pas suffisamment qu’il s’agit tout de même à l’origine d’une relation sexuelle anormale ou marginale. Or, sans vouloir passer pour une obsédée, les positions sexuelles restent limitées. La plupart des couples font l’amour en utilisant grosso modo les mêmes pratiques. Ce n’est pas trois tapes sur le cul qui font qu’il s’agit d’une relation sado-masochiste ! De plus, certes, les acteurs sont souvent nus mais honnêtement il n’y a pas de quoi s’émoustiller : on voit vite fait les fesses de Jamie Dornan et de Dakota Johnson (ou plutôt, apparemment, sa doublure), beaucoup les seins de Johnson (sans vouloir m’attaquer au physique, il n’y a franchement rien à voir) et quelques poils pubiens. Les scènes de sexe tournent également vite au ridicule principalement à cause des réactions des personnages. D’un côté, Grey ne semble prendre aucun plaisir (son visage est si monoexpressif) alors que frapper des femmes au pieu est son délire. De l’autre, Ana jouit comme une folle furieuse alors que son partenaire ne la touche même pas !

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

On remarquera également à quel point le sexe est idéalisé dans ce film notamment lorsque la jeune Ana perd sa virginité en ayant directement un orgasme. En réalité, tout le long du film, tout semble si facile pour elle, on ne voit pas réellement de phase d’initiation. De plus, les scènes de cul sont également gâchées par cette omniprésence musicale (du genre du Beyoncé à fond en plein acte, c’est tout sauf érotique). Je plains au passage le pauvre Danny Elfman qui, selon le générique, aurait composé la bande-originale. Hélas, son travail est noyé dans cette soupe qui fera plaisir aux adolescentes qui écoutent un peu trop du NRJ. Enfin, en oubliant un instant les détails « techniques », il n’y a aucune tension sexuelle et les trop peu de scènes SM sont très aseptisées. Même si je l’avais trouvé moyen, La Secrétaire de Steven Shainberg était déjà plus intéressant et lui aussi restait pourtant accessible. Jamie Dornan et Dakota Johnson sont principalement responsables de ce manque de tension sexuelle. Il n’y a tout simplement pas d’alchimie entre eux. Il faut dire que les deux acteurs jouent très mal. De plus, il n’y a quelque chose qui ne fonctionne pas à cause de leur physique. Dornan est certes très beau mais dans ce film, il ne dégage aucun charisme. Or, son personnage est tout de même un tombeur. Dakota Johnson, elle, est clairement trop âgée pour le rôle. Je vous rappelle qu’Ana est est une jeune étudiante de 21-22 ans (pétard, elle a mon âge quand j’y pense). Or, née en 1989 (faites le calcul bande de matheux), la fille de Melanie Griffith et de Don Johnson fait clairement plus que son âge (j’ai le droit de dire qu’elle est ravagée ?). Du coup, on a encore plus de mal à voir l’éveil sexuel d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, elle n’a pas de fraîcheur, on se demande même pourquoi Grey veut absolument coucher avec elle !  Les seconds rôles sont également catastrophiques, comme par exemple la pourtant talentueuse Marcia Gay Harden (mais… qu’a-t-elle fait à sa gueule ?) ou encore (la très mauvaise chanteuse) Rita Ora (avec une coupe de cheveux ridicule), qui réussit à jouer comme un pied alors qu’elle n’apparaît que trente secondes et ne prononce que trois ou quatre courtes phrases. Finalement, le meilleur du casting, c’est le type qui joue le chauffeur de Grey…

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan