L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

Mon Roi

réalisé par Maïwenn

avec Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel, Louis Garrel, Isild Le Besco, Patrick Raynal, Paul Hamy, Yann Goven, Chrystèle Saint-Louis Augustin, Norman Thavaud…

Drame, romance français. 2h. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Movie Challenge 2017 : Un film réalisé par une femme

monroi

Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

J’avais adoré Polisse, qui avait rencontré un joli succès en salles ainsi que le prix du jury à Cannes. Certes, il avait certainement ses défauts selon moi (faut savoir être honnête) mais il fonctionnait réellement dans le sens où il provoque diverses émotions et réflexions. En revanche, les critiques n’avaient pas été tendres avec Mon Roi, qui avait pourtant permis à son actrice principale, Emmanuelle Bercot (principalement connue pour son travail de scénariste et maintenant de réalisatrice notamment avec La Tête Haute et La Fille de Brest) de remporter le prix d’interprétation féminin (ex-aequo avec Rooney Mara pour Carol de Todd Haynes). J’avais juste remarqué que les sites / blogs / magazines féminins (voire même féministes) avaient plutôt défendu ce film. J’ai tout de même voulu voir ce que donnait ce long-métrage par pure curiosité. Hélas, les critiques cannoises avaient vu juste. Ce film n’avait rien à faire à Cannes et encore moins en compétition. Je le dis direct : il faut arrêter de voir du sexisme et de la misogynie partout (même s’il y a certainement des bouffons dans le lot, comme partout), parce qu’on ose dire que ce film n’est pas terrible. On ne dit pas qu’il est hystérique parce que c’est Maïwenn (et par extension, une réalisatrice) qui est derrière la caméra. Ni parce que le personnage principal est une femme (parce que Giorgio est dans son genre également très hystérique). Non, c’est juste une impression globale qui apparaît dès les premières minutes du film. En gros, pour Maïwenn, la passion, c’est baiser et se hurler dessus. Tout est noir ou blanc avec elle. Il n’y a aucune analyse ou réflexion pertinente. Le scénario se limite alors au schéma suivant : rencontre, baise, dispute, réconciliation (au pieu ou ailleurs d’ailleurs), dispute (avec hurlement comme toujours), grossesse, séparation, accouchement, réconciliation, dispute, divorce, baise, dispute. Et le film dure deux bonnes heures, bon sang ! Je vous assure qu’il m’a paru très long et répétitif. En plus, je déteste ces films qui enchaînent les scènes se déroulant sur plusieurs années (ici dix ans) comme on zapperait de chaîne à la télé.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

Je comprends que Maïwenn ne pouvait pas tout montrer de la vie de ce couple en deux heures, il fallait bien sélectionner certains événements qui sembleraient importants dans la construction et déconstruction de leur amour mais la sélection faite par la réalisatrice semble extrêmement réductrice. On observe aussi quelques indices pour montrer l’évolution (notamment physique) des personnages mais les ellipses sont pour moi mal gérées : t’as vraiment l’impression qu’on te balance les différentes scènes un peu n’importe comment, une sorte de best of (enfin, best, pas toujours) de leur vie épuisante. Le montage qui se concentre alors sur certains événements de la vie de Tony et Giorgio (qui n’est pas pour moi, contrairement à ce que j’ai lu, un pervers narcissique, juste un bouffon ou un connard pour moi, n’utilisons pas des termes scientifiques pour si peu) prouve encore plus à quel point Maïwenn ne maîtrise pas bien son sujet, qu’elle se laisse déborder, un peu comme ses personnages par leurs émotions. Enfin, la réalisatrice va nous sortir que son film est sur l’addiction (ici amoureuse / affective). Cela ne justifie pas tout au bout d’un moment, même si je ne nie pas que certaines relations puissent être destructrices. Tout est absolument grossier et creux. Même les significations plus psychologiques manquent cruellement de subtilités et de réelle recherche. Certes, dans Polisse, il y en avait déjà qui n’était pas d’une grande finesse (je dois l’admettre, même en ayant aimé le film). Mais ça restait tout de même un minimum pertinent. Là, dès les premières minutes du film, lorsqu’on découvre l’héroïne dans un centre de rétablissement suite à son accident de ski, on comprend à quel point ce qu’on va voir sera lourdingue. Par exemple, pour bien expliquer la démarche aux spectateurs, visiblement des demeurés, la psy demande pourquoi Tony s’est blessée au genou et par ailleurs : parce que genou, ça fait aussi « je-nous ». Elle et son couple. Boudi, ça part mal. L’accident de ski, là aussi, grosse métaphore de malade : il faut que Tony se relève littéralement après son histoire d’amour passionnelle et compliquée. Tony traîne aussi avec une bande de jeunes kékés alors qu’elle a quarante balais. Là encore quelle subtilité !

Mon Roi : Photo Isild Le Besco, Louis Garrel, Vincent Cassel

Allez, dernier exemple, juste pour qu’on s’éclate un peu : Tony (prénom / surnom cliché, à l’image de Giorgio, t’as l’impression d’être dans Confessions intimes) s’appelle en réalité Marie-Antoinette. Vous comprenez, à cause de Giorgio, son « roi » (des connards), elle en perdrait la tête ! Niveau prénom, Maïwenn n’a épargné personne, le môme de ce couple de hurleurs se prénommant Sinbad, vous avez bien lu, Sinbad (je m’excuse si des Sinbad me lisent). Que reste-t-il alors (un minimum) de ce que j’ai vu ? La mise en scène reste malgré tout assez correcte même si elle tombe parfois dans l’hystérie, à l’image de tout ce qu’il y a de présent à l’écran. Mais je dois avouer que ce n’est pas le pire, par rapport à tout ce qu’il y a d’horribles dans ce film. De plus, même si cela ne sauve pas en rien le film, les interprétations restent assez bonnes alors que les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario et le peu de consistance des personnages. Certes, Emmanuelle Bercot ne mérite pas pour moi son prix d’interprétation cannois, assez excessif (j’ai envie de dire, comme le film). Elle passe beaucoup de temps à hurler, pleurer et tout ça : c’est un fait. Cela dit, je m’attendais tout de même à pire. On sent qu’elle est concernée par son personnage, elle livre étrangement une interprétation assez sincère et convaincante. Encore une fois, vu le contexte, je ne peux pas lui jeter des pierres. Avec un scénario mieux écrit, je suis certaine qu’elle aurait encore mieux jouer même si c’est déjà le cas. Vincent Cassel s’en sort également bien même s’il cabotine et qu’il joue ce genre de rôles depuis une plombe (il y a des fois où ça m’exaspère). Bref, il n’y a pas de subtilités dans le jeu de Bercot ni dans celui de Cassel, on est forcément dans quelque chose d’excessif mais les acteurs sont au moins dans ce qu’on leur demande et on peut tout de même se dire qu’ils sont crédibles. Même le couple qu’il forme à l’écran reste malgré tout crédible. Dans les seconds rôles, on notera la très bonne performance de Louis Garrel, qui fait preuve d’un naturel et d’un humour (oui, il est drôle, quel scoop !) qui fait du bien à cet ensemble pas toujours très digeste.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot

Allez pour le plaisir, des extraits de mon live-tweet (cliquez sur les vignettes pour agrandir).

monroi1 monroi2

monroi3 monroi4 monroi5

monroi6monroi7 monroi8

monroi9 monroi10

Elle

réalisé par Paul Verhoeven

avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Efira, Christian Berkel, Judith Magre, Jonas Bloquet, Alice Isaaz, Vimala Pons, Stéphane Bak, Raphaël Lenglet…

Thriller français, allemand. 2h10. 2015.

sortie française : 25 mai 2016

interdit aux moins de 12 ans

elle

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Elle : Photo Isabelle Huppert

On parle beaucoup de Elle en bien depuis sa présentation en compétition au festival de Cannes. Adapté du roman « Oh… » de Philippe Djian (auteur de 37°2 le matin et aussi parolier de Stéphane Eicher), au passage récompensé par le prix Interallié, il marque aussi le retour de Paul Verhoeven après Black Book (2006) qui avait révélé Carice Van Houten et le moins connu Tricked (2012). Le réalisateur néerlandais ne fait pas son retour n’importe où : en France. C’est la première fois qu’il tourne chez nous alors. Ce choix, assez risqué de la part d’un réalisateur ne maîtrisant pas notre langue (le tournage n’a pas été évident à cause de ce point en question) est logique puisque le roman se déroule lui-même en France. Certes, avec un peu d’imagination, le livre aurait certainement pu se dérouler ailleurs (avec un autre type de travail d’adaptation). Mais il faut avouer que l’histoire de Djian est très ancrée dans la culture française, surtout dans son observation et sa critique noire sur la bourgeoise de notre pays (mais encore une fois, ce n’était pas non plus hyper problématique). Ce n’est pas sa narration qui posait problème mais plus le manque de moral totalement assumé qui empêchait notamment Verhoeven de réaliser son film aux Etats-Unis (et cela aurait conduit également à des soucis financiers). Isabelle Huppert est actuellement nommée aux Golden Globes pour sa performance et on la verra peut-être concourir aux Oscars (même si le film n’a rien d’américain… ne cherchons pas plus à comprendre cette nécessité aux Américains de se prendre clairement pour les rois du monde). Il faut avouer qu’elle est formidable et que le prix d’interprétation n’aurait pas été volé (et on croise les doigts pour elle pour les Césars). Pour être honnête, c’est le seul  prix que j’aurais remis à Cannes. Encore une fois, sans faire de lèche au jury de George Miller, alors que beaucoup criaient au scandale de voir son absence (certains lui auraient déjà remis la Palme), pour ma part, je comprends l’absence de Elle dans le palmarès. Pas pour des raisons morales ou « féministes » ou quelque chose dans ce genre (parce que, de ma part, on pouvait s’attendre à ce genre de réactions mais pas de ça ici, je vous rassure). Non. La preuve, c’est que le roman de Philippe Djian m’a plutôt plu. J’avais pris un certain plaisir à suivre le tourbillon intérieur de cette femme torturée, malade et victime, qui décide d’agir à sa façon face au viol et plus généralement face à son passé douloureux. Le film de Paul Verhoeven est pourtant assez fidèle au texte : même histoire (même si, ici, Michèle n’est pas narratrice mais elle apparaît dans tous les plans), même pays, mêmes personnages.

ellea

Etrangement, je ne trouve pas que le film de Verhoeven fonctionne aussi que le texte d’origine, comme si je voyais sur l’écran tous les défauts que j’aurais pu pourtant voir chez Djian (même si je détecte aussi des défauts qui appartiennent, selon moi, uniquement au film). Pourtant, j’admets qu’il a ses qualités et que j’avais vraiment envie d’aimer ce film. L’histoire, malgré sa violence (physique et psychologique), reste « plaisante » à suivre (je sais que le terme peut paraître étrange) dans le sens où on rentre rapidement dedans (le film s’ouvre directement sur la première scène de viol). Le film a beau dépasser les deux heures, on ne s’ennuie pas devant cette histoire assez tragique. Le livre l’était déjà, Paul Verhoeven a le mérite d’avoir renforcer le cynisme. Le ton abordé ne rend pas totalement l’histoire nauséabonde alors qu’elle l’est bien sur le papier. J’avais évidemment peur que le film soit confus dans son propos, qu’il banalise le viol mais évidemment les féministes ne doivent pas s’en faire sur ce point. Il faut dire que Michèle, le personnage principal, qui souffre réellement de la situation, fait tout pour ne pas dramatiser l’inimaginable. Il y a un vrai décalage entre la réalité et ce qu’elle veut montrer et prouver aux autres. La scène où elle raconte durant un repas avec des collègues et amis d’un air totalement détaché qu’elle a été violée est limite drôle grâce à ce décalage en question. Il n’y a également pas de surprise (même sans avoir lu le roman) concernant l’identité même du violeur mais cela n’est pas important. Au contraire, cela contribue encore plus à la psychologie complexe de Michèle qui entre clairement dans une sorte de jeu sado-masochiste (même si encore une fois elle condamne son violeur). Cela dit, même si je me posais déjà certaines questions durant ma lecture (et avec le recul je pense que c’est aussi pour cette raison que je ne l’ai pas non plus adorée), j’avoue que je reste un peu sceptique justement sur cette psychologie en question. Certes, le portrait de femme livré dans le long-métrage est intéressant. Je comprends qu’on puisse être fasciné par les différentes facettes présentées par Michèle. Les rôles féminins intéressants restent encore insuffisants dans le cinéma. J’ai parfois eu l’impression que sa complexité justifiait parfois un peu tout et n’importe quoi. On pourra toujours me balancer « ouais, tu comprends, elle est torturée à cause de ça et ci », j’avoue que je n’ai pas toujours trouvé ses réactions très crédibles. De toute façon, contrairement au bouquin, j’ai justement eu du mal avec les personnages. Pourtant, en regardant bien, il y a ces possibles mêmes défauts dans le roman.

Elle : Photo Isabelle Huppert

La différence est juste que Djian comprend mieux la subtilité que Verhoeven (dans le cadre de cette oeuvre). J’ai trouvé les personnages et leurs relations d’un cliché ! C’est étrange en plus de ressentir ce type d’impression quand on voit les efforts de l’équipe à rendre les personnages complexes paradoxaux mais aussi tout le travail concernant le traitement pourtant parfois pertinent des différents thèmes abordé. Paul Verhoeven et David Birke n’hésitaient également pas à crier sur tous les toits à quel point ils avaient été pertinents en modifiant une petite chose du roman : chez Djian, Michèle travaillait dans une société du cinéma (elle bossait même sur des scénarios). Dans Elle, elle travaille dans l’univers du jeu vidéo. Evidemment, je conçois l’argument de Verhoeven, jugeant le manque de challenge et de visualisation dans le travail de Michèle dans le bouquin. Mais sans être méchante, sans vouloir m’attaquer au physique (car Isabelle Huppert est une très belle femme respirant l’intelligence) ou quoi que ce soit dans ce genre, quand je vois Huppert, je ne l’imagine pas une seule seconde bosser dans le milieu du jeu vidéo ! Surtout alors que le film est très subversif, je suis restée sur ma faim. Dans le roman, tout s’enchaîne et je ne me suis pas posée de questions sur ce que je ressentais durant ma lecture. Or, alors que le film est fidèle au texte, j’ai trouvé qu’il y avait une rupture. Encore une fois, je ne me suis pas ennuyée, loin de là. Je dirais juste que le film commence très bien, qu’il m’avait plutôt enthousiasmé et que j’ai perdu cet enthousiasme en question durant sa seconde partie. Clairement, étrangement, je suis restée sur ma faim. Cela me désole réellement d’avoir un avis mitigé car il y a un vrai bon boulot de mise en scène, un ton qui fonctionne et qui tire certainement le film vers le haut, une envie de raconter une histoire complexe (et j’adore les histoires complexes) mêlant le sexe, la mort, la violence (bref des thèmes puissants), de mettre aussi en tête un personnage qui mérite tant d’exister à l’écran. Je parle beaucoup des choses qui ne m’ont pas plu notamment dans son écriture mais le film a de réelles qualités même dans ce même domaine que je pointe pourtant du doigt depuis quelques lignes. Je suis même à la première à être déçue par ma déception. Encore une fois, Isabelle Huppert est incroyable dans ce rôle pas évident et pas toujours compréhensible comme vous avez pu le constater et le reste du casting est également à la hauteur de nos attentes.

ellie

Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

tom

Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

Tu ne tueras point

réalisé par Mel Gibson

avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, Sam Worthington, Hugo Weaving, Rachel Griffiths, Luke Bracey, Richard Roxburgh…

titre original : Hacksaw Ridge

Film de guerre, drame, biopic américain, australien. 2h11. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

melgibson 507759-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

On ne va pas juger l’homme qui a pu défrayer la chronique par le passé (en espérant tout de même qu’il ait changé) mais uniquement l’artiste, extrêmement talentueux, que ce soit devant ou derrière la caméra. Dix ans après le très bon Apocalypto, Mel Gibson revient en force avec Tu ne tueras point, présenté récemment à la Mostra de Venise. Le film est tiré d’une formidable histoire vraie, celle de Desmond Doss, très fervent adventiste du septième jour, refusant de toucher une arme sur le front. Il fut le premier objecteur de conscience à avoir reçu la Médaille d’or après avoir sauvé 75 hommes seul lors de la bataille d’Okinawa. Un sacré exploit de la part de la « Brindille » de sauver autant de gens sans armes, en suivant ses convictions, surtout que les infirmiers étaient des cibles encore plus privilégiées. Le film rend hommage à cet homme de conviction qui est toujours resté modeste et n’a jamais souhaité se mettre en avant, même après tant de bravoure au combat. Pour la petite anecdote, Desmond Doss a refusé de voir son histoire transposée en film pendant des années, de peur que ça mette en l’air toutes ses valeurs. Il n’a accepté que cette proposition quelques mois avant sa mort en 2006 à l’âge de 87 ans. L’histoire en elle-même est formidable mais nous savons bien que parfois cela ne suffit pas à créer de bons films. Mais Mel Gibson et un des scénaristes de la série The Pacific Robert Schenkkan (également lauréat du Pulitzer pour sa pièce Kentucky Cycle et du Tony Award pour la pièce All The Way) ont su retranscrire ce récit pour en tirer quelque chose de brillant, que ce soit en terme d’émotion et de réflexion. Tu ne tueras point (en VO Hacksaw Ridge, qui représente dans le film la falaise où se déroule le combat) est pour moi déjà un grand film parvenant parfaitement à mêler histoire individuelle et histoire collective. La division du long-métrage en deux parties distinctes est assez pertinente de ce point de vue en question (même si au fond on pourra aussi compter une 3e partie : celle du combat contre l’administration). La première partie présente une certaine (fausse) candeur (même si on comprend d’emblée les moments de souffrance dans la vie de Desmond lui permettant de choisir de ne pas combattre avec une arme), la seconde est à la fois héroïque et insoutenable par la violence des images.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield, Teresa Palmer

La construction du scénario est intéressante pour plusieurs raisons. La première raison est celle de donner de la consistance au personnage de Desmond Doss. Il n’y a pas d’ambiguïté chez ce personnage dans le sens où il est jusqu’au bout courageux, ayant le mérite de suivre ses convictions même durant la barbarie la plus inimaginable. Cela aurait pu être superficiel de se concentrer sur l’extrême bonté de cet homme mais le scénario, en procédant par étapes (certains éléments, parfois anodins, serviront plus tard au récit), montre bien qu’on ne peut pas avoir une telle foi du genre au lendemain, qu’il y a de nombreux facteurs qui construisent l’identité d’un individu. La seconde raison est celle de montrer l’horreur inattendue de la guerre, créant une sorte de contraste avec la vision utopique (mais possible) de Desmond. Dès la première partie, notamment à travers le père du héros, un alcoolique violent traumatisé par la Première Guerre Mondiale, on connait clairement les dangers de la guerre et des risques que va prendre Desmond. Lui-même sait à quel point il prend des risques, il n’est pas non plus inconscient (même si certains pensent le contraire, d’où la partie où il doit confronter sa pensée avec celle de l’administration militaire). On a beau savoir à quel point la guerre est atroce, elle dépasse pourtant tout ce dont on pouvait imaginer. Les images sont vraiment horribles, il n’y a aucun mot asses fort pour décrire la barbarie qu’a su retranscrire Mel Gibson. Le réalisateur n’a jamais fait de concession en ce qui concerne la violence et il le prouve de nouveau. On aurait pu craindre le trash pour le trash ou encore le voyeurisme, mais ce n’est pas le cas. C’est juste une envie d’être le plus réaliste possible, de ne pas édulcorer les faits. Les séquences en question sont monumentales, entre cette violence insupportable et les actes de bravoure de Doss qui ne baissent jamais les bras. Je ne suis pas forcément friande de films de guerre. Lorsque je les apprécie, je suis évidemment souvent sonnée par la violence et les scènes spectaculaires mais c’est vraiment la première fois que je suis émue devant un film de ce genre. A partir de l’attaque à Hacksaw Ridge, croyez-moi, j’ai pleuré jusqu’à la fin (les larmes à la fin de la séance se transformant en fontaine).

Tu ne tueras point : Photo Hugo Weaving

Tu ne tueras point n’est pas qu’une réussite émotionnelle, mais aussi esthétique. Le résultat est juste époustouflant dans sa reconstitution de la guerre, notamment en ce qui concerne les décors, les costumes ou le soin accordé à la photographie par exemple. Certaines séquences sont d’une incroyable virtuosité, nous permettant d’être en immersion dans l’action. En fait, je n’ai pas eu la sensation d’avoir regardé un film mais de l’avoir vécu. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale (qui aurait dû être composée par le regretté James Horner) signée par Rupert Gregson-Williams. Certains reprocheront quelques symboles christiques mais ils trouvent selon moi bien leur place dans le récit, ce choix m’a paru cohérent. Quant à la fin, avec les images d’archive, je reconnais que ça pourrait sembler de trop mais le film en lui-même est tellement bon qu’on ne s’attarde pas non plus sur ce point d’autant plus compréhensible si on est admiratif du véritable parcours de Desmond Doss (comment ne pas l’être ?). Dans le rôle principal, Andrew Garfield livre une sublime interprétation. Il a su trouver le ton juste pour interpréter ce personnage candide et attachant sans tomber dans la caricature. Le reste du casting (beaucoup d’australiens dans le lot, comme Gisbon) est également très bon : dans les seconds rôles, on remarquera en particulier Rachel Griffiths en mère amante et malmenée et Hugo Weaving méconnaissable en père alcoolique et violent (mais paradoxalement n’est pas juste une brute méchante, son personnage est également bien creusé de ce côté-là). Vince Vaughn, plutôt habitué aux comédies, s’en sort bien en sergent au langage fleuri (son personnage m’a fait penser au sergent du même type dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick). Cela faisait un moment qu’on n’avait plus réellement vu Sam Worthington ce qui est assez regrettable, le bonhomme en question s’en sort finalement bien tout comme Teresa Palmer qui a également le mérite de ne pas passer pour une potiche. Je ne sais pas du tout comment les choses vont se passer, si Hollywood (je parle précisément des Oscars – même s’il n’y a pas que ça dans la vie et heureusement) va enfin pardonner à Gibson et admettre à quel point le travail qu’il a fourni est merveilleux, signant pour son retour un grand film (n’ayons pas peur des mots).

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

States of Grace

réalisé par Daniel Destin Cretton

avec Brie Larson, John Gallagher Jr., Stephanie Beatriz, Rami Malek, Kaitlyn Dever, Keith Stanfield, Kevin Hernandez…

titre original : Short Term 12

Drame américain. 1h40. 2013.

sortie française : 23 avril 2014

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer

124941-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

States of Grace : Photo Brie Larson, Kaitlyn Dever

Le titre « français », States of Grace, ne donne pas forcément envie de découvrir ce film. Son titre original, Short Term 12, est plus intéressant même s’il s’éloigne du personnage principal. « Short Term 12 », c’est donc le nom du foyer pour adolescents dans lequel bosse (et dirige) la fameuse Grace de notre titre « français ». Il faut savoir qu’avant d’être un long-métrage, il est passé par la case court-métrage en 2008 (portant le même nom). Ce sujet tient à coeur au réalisateur hawaïen Daniel Destin Cretton lui-même ayant été éducateur en centre spécialisé. Il voulait même à l’origine en tirer un documentaire (avant de signer ce premier long de fiction, il réalisait des docs pour HBO et Discovery Channel). Finalement, le réalisateur a préféré signé une fiction pour des raisons pratiques (les autorisations étant difficiles à obtenir) et morales (Cretton ne voulant pas non plus avoir l’impression d’exploiter les jeunes). Le risque quand on signe une fiction, en voulant partir de base sur le documentaire ou en étant influencé par ce genre, est de perdre justement cette part de fiction. Certes, on sent derrière le vécu du réalisateur, on le sent également bien documenté mais on est bien face à une histoire qui fonctionne de A à Z. Une histoire certes « simple » en apparence mais qui reste pourtant bien construite, logique mais sans être non plus attendue ou sirupeuse et surtout il n’y a pas de surenchère dans l’émotion, la dureté du milieu ou même dans les quelques moments de joie. Evidemment, la sincérité ne sauve pas toujours tous les films mais ici c’est véritablement un atout. On croit à l’histoire proposée, aux personnages, à leurs réactions, à leurs souffrances. Ce centre pour ados semble si vivant à l’écran, on a l’impression d’être en immersion dans cette enrichissante expérience humaine même si derrière il y a des difficultés émotionnelles pour les êtres qui y sont impliqués. On se sent proche des personnages tout simplement même si on ne connait pas ce milieu. Grace, qui illumine ce film, malgré toutes ses souffrances et ses interrogations, est bien le personnage principal mais les seconds rôles parviennent aussi à exister, même les plus petits. Le film évoque des situations sociales difficiles mais n’est pas un drame social. Ce n’est pas la volonté du réalisateur même s’il dépeint derrière une réalité. C’est un beau film d’espoir sur l’humain, plus particulièrement l’enfant ou de l’adolescent qui peut malgré ce qu’il peut traverser de pire (même si ça va forcément le marquer à vie et que ça sera parfois un obstacle pour sa construction) devenir un adulte plein d’avenir et d’espoir.

States of Grace : Photo Brie Larson, John Gallagher Jr.

States of Grace est donc un film émouvant (oui, j’ai pleuré, vous commencez à avoir l’habitude) sachant très bien mêler avec une grande cohérence histoire personnelle et histoire collective. Ce long-métrage est donc très bien écrit, toujours crédible, et bien structuré, notamment par cette idée de boucle (la première et la dernière scène sont similaires que ce soit au niveau du dialogue ou de l’action à venir après ce dialogue) mais également bien mis en scène. Ce n’était pourtant pas évident mais pour un premier long-métrage de fiction, Daniel Destin Cretton s’en sort plus que bien. Il a su éviter les tics très pénibles d’un certain cinéma indépendant américain (et pourtant j’aime et je défends énormément ce cinéma en question mais il faut parfois savoir être honnête. On retrouve dans son travail de nouveau ce mélange de force et de sensibilité. Le montage est également selon moi de qualité, permettant de donner du rythme à ce film déjà énergique rien que par son sujet. States of Grace est évidemment porté par l’excellente Brie Larson, récemment oscarisée pour Room de Lenny Abrahamson cette année mais qui aurait dû selon moi être, au moins, en compétition dans la célèbre cérémonie américaine (d’ailleurs, le film tout court aurait dû concourir). Son interprétation est d’une grande justesse. Il y a chez elle une combinaison incroyable entre la force et la fragilité. Elle est également naturelle mais sans entrer dans les clichés extrêmes d’un certain cinéma indépendant américain actuel (encore une fois). John Gallagher Jr. (une découverte en ce qui me concerne) est également très bon dans ce rôle plus décontracté en apparence cachant évidemment bien son douloureux passé. Les ados sont également tous convaincants, que ce soit Kaitlyn Dever (vous l’avez sûrement vue dans la très bonne série Justified ou dans le naze Girls Only) ou Keith Stanfield (qu’on a pu voir dans Dope produit par Forest Whitaker ou encore dans Straight Outta Compton), tous les ados des ados sombres aux idées suicidaires et ayant des relations toxiques avec des parents monstrueux. On sera également ravi de retrouver Rami Malek, en ce moment connu pour son rôle sombre dans l’excellente série Mr Robot, dans un rôle secondaire sympathique (il incarne un jeune sortant de la fac voulant se faire une expérience) et finalement plus intéressant qu’il en a l’air dans le sens où il représente le regard du spectateur qui ne connait pas encore ce milieu et qui apprend et observe petit à petit. Finalement, à l’image des protagonistes, le spectateur ressort de ce grand petit film grandi.

short

Where to Invade Next

réalisé par et avec Michael Moore

Documentaire américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 septembre 2016

097151-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Présenté dans plusieurs festivals (Toronto, Berlin, Deauville…), probablement dans la liste des prochains nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleur documentaire » (le contraire me décevrait), Where to invade next marque le retour de Michael Moore devant et derrière après six années d’absence. Le bonhomme est toujours aussi engagé et surtout aussi critique envers son pays d’origine, les Etats-Unis. A partir de son expérience personnelle et de ses voyages, Michael Moore se met en scène : comment peut-il aider le gouvernement américain à améliorer les conditions de vie de ses citoyens et plus généralement son système ? Comme on dit, l’herbe est toujours plus verte ailleurs ! Le réalisateur de Bowling for Columbine part alors dans différents pays Européens (ainsi qu’en Tunisie) afin de leur piquer leurs bonnes idées pour les redonner aux Américains : le travail (et tout ce qui va avec, notamment les congés payés) en Italie, l’école du bonheur en Finlande, les bonnes cantines en France, l’université gratuite en Slovénie, le travail de mémoire pour aller de l’avant en Allemagne qui traite bien ses employés au travail, les prisons en Norvège (qui interrogent aussi sur la question de la peine de mort), la chute des banquiers et la lutte des femmes en Islande,  l’interdiction de condamner toute personne possédant de la drogue (et en proposant de les aider à ne plus être dépendant) au Portugal ou encore le printemps arabe en Tunisie. Certains points sont évidemment discutables lorsqu’on en connait certains. On sait par exemple, de notre point de vue français, que les cantines dans l’Hexagone ne sont pas toutes excellentes comme celle présentée dans le film (qui se situe en Normandie). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement à tout prix ce film, cela ne m’a pas gênée pour plusieurs raisons. La première est que Michael Moore assume clairement (en le disant même assez tôt dans le film, après son escapade en Italie) ce choix : il ne va évidemment pas montrer les failles (heureusement sinon on ne s’en sortirait plus) ou les choses qui ne vont pas dans les pays que je viens de citer. Il sait qu’on ne vit pas dans le monde des Bisounours. Il a l’air candide mais tout ça reste de la mise en scène complètement assumée. Cela nous pousse alors à notre deuxième point : même s’il y a des choses certainement imparfaites dans n’importe quel pays, il faut savoir relativiser lorsqu’on sait que l’on possède des choses plus positives qu’ailleurs, même lorsque cet ailleurs fait rêver tout le monde (ou presque). Ce que je veux dire est que même une cantine médiocre en France restera meilleure qu’une cantine moyenne américaine.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Troisièmement, et c’est peut-être le point le plus important à retenir, le but est d’exposer clairement sa critique envers les Etats-Unis et de poser de bonnes questions pour pouvoir changer son pays. Surtout Michael Moore parvient répondre à sa problématique de base : peut-on améliorer le système américain en piquant des idées aux autres ? La réponse va alors bien plus loin qu’un simple oui ou non. Le film a beau être critique envers les Etats-Unis (ce qui n’est pas une surprise venant de Michael Moore), il est pourtant étonnamment optimiste. Là encore dit comme ça on pourrait avoir l’impression d’être dans le pays des Bisounours. Mais le message est réellement fort : les Etats-Unis ont les cartes en main depuis très longtemps, les autres n’ont fait que piquer leurs idées qu’ils n’ont pas su mettre en place ! Le discours de Moore, évidemment appuyé par sa part de mise en scène qui séduira certains (dont moi) tout comme il pourra énerver d’autres spectateurs, m’a séduit et m’a paru pertinent. Je dois même admettre que j’ai eu l’impression d’élargir mon champ de vision en ce qui concerne certains points (notamment sur l’esclavage moderne dans les prisons américaines, je n’avais jamais étudié cette question de cette manière !). Surtout, au-delà d’une réelle réflexion, les séquences provoquent diverses réactions dans le sens où on passe volontiers du rire (notamment avec un Michael Moore faussement étonné par ses découvertes – que ce soit face aux cantines françaises sans fast-food et Coca ou en Italie avec les congés payés) à de l’émotion (je pense par exemple à la rencontre du père d’un des garçons tués par le monstrueux et glaçant Anders Breivik). Les rencontres entre les différents intervenants (politiciens, patrons, travailleurs, enfants, étudiants, prisonniers etc… bref, c’est assez varié comme vous pouvez le constater) sont également très enrichissantes. Le tout a beau durer deux heures, le temps passe très vite, l’ensemble est rythmé ça ne m’a pas paru barbant ou quoi que ce soit de ce genre. Il faut dire qu’au-delà d’un discours que j’ai trouvé passionnant et un Michael Moore toujours attachant, le montage est assez bien foutu, les plans soignés et surtout il y a une logique entre les différents voyages, une réelle connexion entre chaque pays et thèmes abordés. La pédagogie n’a alors absolument rien d’un gros mot, bien au contraire. Where to invade next est, malgré des reproches possibles à faire selon le point de vue, un documentaire passionnant, original et rafraîchissant.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Dernier train pour Busan

réalisé par Yeon Sang-ho

avec Gong Yoo, Kim Soo-Ahn, Jeong Yu-mi, Ma Dong-seok, Choi Woo-shik, Ahn So-hee, Kim Eui-sung…

titre original :  Busanhaeng

Film fantastique, action coréen. 1h58. 2016.

sortie française : 17 août 2016

interdit aux moins de 12 ans

busan

Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

Dernier train pour Busan : Photo

Vous connaissez mon amour pour le cinéma coréen (j’ai été gâtée cet été), j’étais « obligée » d’aller découvrir en salle Dernier train pour Busan, qui s’est fait remarquer durant le dernier festival de Cannes, projeté à l’occasion de la Séance de minuit. Il s’agit du premier film-live du réalisateur Yeon Sang-ho (dont je découvre son travail avec ce dernier long-métrage), connu notamment pour The King of Pigs. Dernier train pour Busan, qui serait apparemment la suite de Seoul Station, pourrait être résumé de manière trop simpliste (comme on l’a souvent lu dans la presse ou même dans des blogs) par le « calcul suivant »: Snowpiercer (également un film coréen dans un train avec un fort message social) + 28 jours plus tardWorld War Z (pour la rapidité des zombies) + autres films de zombie en général. Effectivement, depuis quelques années, que ce soit au cinéma ou à la télévision, les zombies sont à la mode. Mais ce long-métrage coréen n’est pas simplement un de plus dans la liste. On pourrait davantage penser à The Host de Bong Joon-ho, autre pépite du cinéma d’action et fantastique venant tout droit de Corée du Sud (que ce soit pour la présence de « créatures » rapides et redoutables, le message de solidarité, les interrogations autour de la paternité, la critique acerbe envers la solidarité, le mélange d’action, d’humour et d’émotion…). Il y a même un moment où j’ai pensé à Oldboy de Park Chan-wook notamment avec cette scène où les trois personnages masculins traversent le train infesté de zombies avec des battes de base-ball. Mais rassurez-vous : on a beau penser à quelques films, on saura pourtant étonné à quel point Dernier train pour Busan ne ressemble pas à tout ce qu’on a vu jusqu’à présent. Ce qui nous frappe justement (et même paradoxalement) est son inventivité. Je n’aurais jamais cru dire ça de ce film quand on lit le synopsis qui tient sur pas grand-chose quand on y pense : une attaque de zombies dans un train. Pourtant, le réalisateur sait se servir de toutes les possibilités que lui offre ce train : les couloirs, les portes, les toilettes, les endroits pour mettre les bagages etc… L’espace du train nourrit constamment le scénario qui parvient à nous à surprendre. Surtout les Coréens savent prendre de réels risques contrairement aux blockbusters américains : on sait que leur cinéma ne se permet pas de faire de compromis. Ainsi, chaque personnage est exposé aux dangers. Même s’il y a une hiérarchisation logique entre les personnages principaux et secondaires, tout le monde est finalement traité à égalité.

Dernier train pour Busan : Photo Gong Yoo

C’est une des forces de ce film : contrairement à de nombreux films d’action, les personnages de notre récit ont de la consistance. Certes, ils incarnent des figures rejetées de la société coréenne (la scène de l’expulsion par les autres passagers est particulièrement flagrante), facilement identifiables mais ce n’est pas pour autant des caricatures vides de sens. Le groupe qu’on suit est alors très attachant et touchant : le père cupide qui bosse beaucoup au point qu’il en délaisse sa fille (adorable et d’une grande humanité pour son jeune âge); le couple (un gars un peu lourd mais courageux et de son épouse enceinte); les deux mamies soeurs, le clochard et les adolescents. Au passage, les acteurs sont tous excellents, permettant de rendre leurs personnages encore plus humains et complexes. On retrouve donc dans Dernier train pour Busan de l’action et des bonnes idées très bien exécutées, le tout étant lisible pour le spectateur et jamais bourrin, là encore un très bon équilibre semble avoir été trouvé. Il n’y a rien de gore ou de sanglant (alors qu’on parle de films de zombies) mais ce n’est pas lisse ou consensuel pour autant. L’extrême rapidité des zombies (que ce soit à travers le processus de métamorphose – autant drôle qu’effrayant – ou leurs agissements) est déjà en soi suffisamment violent. Mais surtout, encore une fois, ce qui expliquerait encore plus cette absence de sang, finalement, la véritable violence dans ce long-métrage vient principalement des hommes à cause de leur méfiance, leur racisme même (thème qui était déjà présent dans un autre film coréen sorti cet été, The Strangers – est-ce révélateur d’un mal de leur société ?), qui préfèrent penser à leurs gueules que de privilégier la solidarité. C’est d’ailleurs pour cela qu’on aime suivre ce petit groupe de personnages : malgré les défauts qu’ils peuvent éventuellement avoir, ils font appel à un semblant d’humanité et pensent de plus en plus aux autres malgré le désespoir les entourant (leur évolution est certes rapide mais semble crédible dans le contexte du film) Le message est donc si fort qu’il n’y a pas de nécessité absolue de montrer à tout prix du sang, je comprends en tout cas ce choix. Dernier train pour Busan est donc une réussite en terme de divertissement mais il n’y a pas que ce point à retenir. C’est là où j’en viens au lien que nous pouvons faire à The Host : il y a derrière un véritable fond (je parlais déjà plus haut de la forte réflexion sociale), une réflexion qui nous concerne tous.

Dernier train pour Busan : Photo Yu-mi Jeong

Sans vouloir faire à tout prix de l’anti-américanisme (car je ne suis pas anti-américaine, j’aime aussi comme beaucoup de gens regarder des blockbusters US), on est face à ce que les Américains ne savent pas faire (en tout cas rarement) en terme de blockbuster : oui, on peut proposer du divertissement (spectaculaire et effrayant) tout en offrant en même temps de la profondeur dans le propos (et pas de la psychologie de comptoir) et de vraies choses. Oui, un film d’action peut être de qualité, il peut être exigeant dans la mise en scène (virtuose, énergique et efficace) ainsi que dans l’écriture (d’une grande habilité) tout en étant accessible (on prend clairement son pied). Oui, on peut aussi prendre le risque de torturer ses personnages, même les plus importants. Dernier train pour Busan est surtout un film qui m’a incroyablement émue. Ceux qui me suivent depuis un moment savent que je suis une grande sensible ayant tendance à sortir facilement les mouchoirs. Cela faisait un moment que je n’avais pas pleuré comme ça au cinéma (pourtant j’ai vu de beaux films cette année). Je vous confie tout (ou presque) : j’ai pleuré trois fois. Et pas juste trois petites larmounettes. Nooon, de vraies larmes, comme une madeleine, pardi ! Alors, je sais que pleurer devant un film n’est pas toujours un signe de qualité (j’ai déjà pleuré devant des films très moyens ou qui m’ont agacée, je l’admets) mais là j’ai réellement été bouleversée par le sort des personnages, les choix qu’ils adoptent pour sauver le groupe, par tout ce qu’ils traversent. Je n’ai jamais eu la sensation que c’était tire-larmes ou quoi que ce soit dans ce genre-là. Dernier Train pour Busan est donc un film à voir absolument (et je ne m’en cache pas – malgré les beaux films que j’ai pu regarder cette année, c’est pour l’instant mon préféré de l’année même si elle est loin d’être terminée). Beaucoup de films de zombies ouvrent souvent une réflexion sur l’humain et notre société; ce film coréen s’inscrit évidemment dans cette lignée mais à mon sens,dans ce genre en question, il s’agit aussi du film de zombie le plus émouvant de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. Finalement, je le qualifie facilement de film de zombie (certains pourraient – logiquement – parler également de film catastrophe) alors qu’il s’agit de bien plus que ça et c’est pour cette raison qu’il sort aisément du lot.

busaaan

La Liste de Schindler

réalisé par Steven Spielberg

avec Liam Neeson, Ralph Fiennes, Ben Kingsley, Caroline Goodall, Embeth Davidtz…

titre original : Schindler’s List

Film historique, biopic, drame, guerre américain. 3h15. 1993.

sortie française : 2 mars 1994

Movie Challenge 2016 : un film tourné / sorti l’année de ma naissance (1993)

18979736.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Evocation des années de guerre d’Oskar Schindler, fils d’industriel d’origine autrichienne rentré à Cracovie en 1939 avec les troupes allemandes. Il va, tout au long de la guerre, protéger des juifs en les faisant travailler dans sa fabrique et en 1944 sauver huit cents hommes et trois cents femmes du camp d’extermination de Auschwitz-Birkenau.

La Liste de Schindler : Photo Ben Kingsley, Liam Neeson

La Liste de Schindler est une adaptation du roman homonyme de l’auteur australien Thomas Keneally (lauréat du Booker Prize), publié en 1982, lui-même tiré de l’histoire véritable d’Oskar Schindler, un industriel allemand qui a pu sauver 1100 Juifs qui devaient périr dans le camp de concentration de Plaszow. Ce long-métrage, notamment classé 8e dans le top 100 de l’American Film Institute, a remporté sept Oscars dont meilleurs film et réalisateur. Il est souvent considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre de Steven Spielberg qui s’est véritablement investi dans ce projet (même s’il ne devait pas le réaliser à l’origine – Roman Polanski et Martin Scorsese avaient été sollicités – Polanski a refusé le projet car ça lui rappelait trop son histoire; quant à Scorsese, il ne se sentait pas légitime, pensant que seul un juif devait être derrière la caméra), lui-même ayant des origines juives. Le réalisateur n’a d’ailleurs pas voulu toucher de salaire. Dans ce projet, il y avait évidemment la volonté de ne pas oublier de telles horreurs pour que ça ne puisse plus jamais se reproduire et de penser aux victimes et aux survivants. Mais ce qui a intéressé Spielberg (et aussi l’auteur du roman), c’est le portrait du fameux Oskar Schindler du titre. Il s’agit d’un personnage ambigu : il est d’abord présenté comme un homme cherchant à tirer un profit matériel de la situation. Mais petit à petit, on le sent de plus en plus concerné et humanisé. Ce choix est donc intéressant puisque le film veut éviter d’emblée le manichéisme (ce qui est hélas trop souvent le cas dans ce type de sujets) en proposant un regard qui évolue au fil du film. Surtout, on assiste à la naissance et la construction d’un héros dans un monde totalement déshumanisé. Liam Neeson (certainement un de ses meilleurs rôles) est impeccable dans le rôle-titre, parvenant à montrer toute la complexité de ce personnage. Les seconds rôles sont également très réussis merveilleusement bien interprétés. Ralph Fiennes est parfait dans le rôle du nazi dans toute sa « splendeur », qui n’a aucune compassion pour l’humain et en surajoute dans la violence gratuite dès qu’il le peut. Ben Kingsley est également excellent et émouvant dans le rôle du comptable juif de Schindler. Il n’y a évidemment pas que les personnages principaux qui marquent ce long-métrage. Déjà, tous les personnages secondaires, même le moindre petit rôle, parviennent à exister. Ce « détail » est très important dans le « message » délivré par le film : à la fin du film, Schindler regrette de n’avoir sauvé « que » 1100 personnes. Pourtant, 1100 personnes sauvées, c’est déjà énorme pour l’humanité et bien plus : c’est littéralement sauver l’humanité.

La Liste de Schindler : Photo Ralph Fiennes

La Liste de Schindler est également connu et remarqué pour ses choix esthétiques, principalement marqués par un sublime noir et blanc. Mais il y a aussi une légère (mais qui a son importance) touche de couleur avec la fameuse petite fille en rouge qui a aussi marqué tous les esprits pour de bonnes raisons. Le résultat est à la fois sobre et élégant (mais ce n’est jamais too much), un bon compromis semble avoir été trouvé. C’est toujours délicat de s’attaquer à l’esthétique face à un tel sujet (peut-on esthétiser une horreur qui a véritablement existé ?) mais elle trouve parfaitement sa place dans le sens où l’esthétique est cohérente avec le propos. Ce choix de la petite fille en rouge génère aussi, sans surenchère, de l’émotion et surtout s’inscrit dans une des étapes d’humanisation et de prise de conscience de Schindler. La mise en scène est aussi exemplaire, soignée mais là encore on trouve une certaine mesure. J’ai également beaucoup aimé la musique, que ce soit celle signée par le grand John Williams ou encore celle qui concerne certains morceaux utilisés durant des scènes fortes (je pense notamment à la présence de Bach ou encore à des chansons en yiddish). La fin est évidemment émouvante (tout de même un peu longue en ce qui me concerne) lorsqu’on passe enfin à la couleur à l’époque du tournage, en sortant en quelque sorte de la « fiction » (ce qui nous fait confirmer le travail de mémoire mis en place tout le long de l’oeuvre) : on voit les véritables survivants (et en dernier Liam Neeson himself) de la liste déposer des pierres sur la tombe de Schindler à Jérusalem. Après je dois l’admettre : même si j’ai trouvé le film indéniablement réussi et émouvant, je n’ai pas non plus le coup de coeur total, ce n’est pas mon Spielberg préféré. Je ne sais pas si c’est parce que j’en attendais trop ou quelque chose comme ça, mais je préfère livrer un avis totalement honnête. Le pire est que je n’ai concrètement rien de spécifique à lui reprocher : certes, le film est long mais dans l’ensemble, même s’il ne s’agit pas du film le plus rythmé du monde (ce qui n’a rien d’un reproche, c’est un choix tout à fait logique par rapport à l’intrigue), je ne me suis pas ennuyée. Parfois ça ne s’explique pas, il n’y a pas toujours besoin de démontrer quelque chose par a+b ! Cela dit, je suis la première à dire (enfin pas en théorie, heiin, c’est une expression) qu’il faut voir ce film émouvant, sincère, parfois poétique, parfois dépeint avec une justesse étonnante une page sombre de l’Histoire.

La Liste de Schindler : Photo

Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

highheels

Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

The Following

Créée par Kevin Williamson

avec Kevin Bacon, James Purefoy, Shawn Ashmore, Natalie Zea, Annie Parisse, Valorie Curry, Adan Canto, Nico Tortorella, Kyle Catlett, Connie Nielsen, Sam Underwood, Jessica Stroup, Zuleikha Robinson, Gregg Henry, Valerie Cruz, Tiffany Boone…

Thriller / policier / drame américain. 3 saisons. 2013-2015.

follo

Joe Carroll, un serial killer diabolique, utilise la technologie pour créer une secte de tueurs en séries, tous reliés les uns aux autres alors qu’ils sont dispersés aux quatre coins des Etats-Unis. L’ancien agent du FBI Ryan Hardy, qui l’a traqué et capturé par le passé, qui a même écrit un livre sur lui et qui connait la moindre de ses ruses, se voit contraint de reprendre du service…

Photo James Purefoy

Connu pour avoir écrit le scénario des Scream, Souviens-toi… l’été dernier ou encore The Faculty, Kevin Williamson est aussi le créateur de deux séries ultra connues (pour l’une, on peut vraiment dire culte) : Dawson et Vampire Diaries. Il a aussi crée une série un peu moins connue mais qui valait au départ le tour : The Following. Une secte très dangereuse est au coeur de ce programme qui a duré en tout trois saisons, chacun comportant quinze épisodes d’une quarantaine de minutes. La secte meurtrière est celle fondée par un certain Joe Carroll, un charismatique professeur de littérature, fan absolu d’Edgar Allan Poe. Les crimes paraissent absurdes dit comme ça mais finalement à peine plus que ceux perpétués par des terroristes actuellement soi-disant au nom d’une religion. La série a donc le mérite de dénoncer les dérives du fanatisme sans prendre le risque de viser une communauté. Il y a quelque chose d’assez réaliste dans la manière de présenter la secte, la folie des membres, l’horreur des actes etc… Mais en même temps, le fait de choisir une figure aussi culte que celle de Poe en guise de cause donne une autre dimension à la série, qui va au-delà de la question de la fiction. Disons que ça donne du piment, ce petit quelque chose particulier qui a su me séduire quand je l’ai découverte. Dans la première saison, on suit alors la traque de Joe Carroll, évadé de prison, et encore plus motivé pour commettre un max de crimes odieux. Le premier épisode était vraiment fort : très violent (j’étais là tout le long « nooon mais la nana va pas faire ça… OHHH ELLE VIENT DE FAIRE UN TRUC DEGUEU ! »), très intense, on comprend les enjeux assez rapidement,  on cerne également bien la dualité entre Carroll et le flic Ryan Hardy et on a tout de suite envie d’enchaîner les autres épisodes. Et effectivement, la première saison est vraiment addictive. Pour moi, il s’agit d’un critère essentiel lorsque je regarde une série. J’ai limite besoin d’avoir ma dose et là c’était véritablement le cas au point où je faisais abstraction de certains défauts, le principal étant celui de faire passer le FBI pour une bande d’incapables, il faut bien l’admettre. Mais encore une fois, la première saison est si captivante que je n’ai pas forcément fait gaffe sur le moment sur certains détails.

Photo James Purefoy, Kevin Bacon

Quand on voit la fin de la première saison, on a l’impression qu’une boucle est bouclée et que rien ne laisse présager une seconde saison. Finalement, face aux bonnes audiences (au début donc, car après ça s’est bien cassé la gueule… étonnant que cette série ait tenu trois saisons !), une deuxième saison voit donc le jour. On sent les scénaristes pris au dépourvu. En tant que spectatrice de lat première saison, face à cette annonce, j’étais partagée. D’un côté, en tant qu’addict’, j’étais ravie de voir l’aventure se prolonger; de l’autre, j’avais peur que ça tourne en rond, qu’on n’ait plus à dire. Etrangement, cette deuxième saison se situe entre les deux. Je fais en tout cas partie des spectatrices (plus que) satisfaites par la suite même si je comprends les critiques davantage négatives à son égard. Certes, si on regarde bien, il n’y a pas beaucoup de nouveautés, il y a des effets de répétition mais encore une fois étrangement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Je trouve que l’histoire de la deuxième saison tient debout par rapport à ce qu’on a vu au cours de la première saison. Certes, ça tourne un peu en rond mais en même temps c’est assez réaliste dans le sens où on ne se débarrasse pas d’une secte du jour au lendemain. Le comeback de Joe Carroll peut paraître un peu de trop (du genre « coucou, j’étais mort bah en fait non JE VOUS AI EU ») mais la recette fonctionne toujours autant. Il faut dire que James Purefoy (connu pour avoir incarné Marc Antoine de la géniale série Rome) est parfait dans le rôle. Il est étrange d’avoir autant envie de revoir un salaud pareil. Son duel avec Kevin Bacon (même si son interprétation n’est pas forcément fine mais ça passe) fonctionne également bien même si je peux admettre que la dimension psychologique des personnages n’est pas suffisamment poussé (ce n’est en tout cas pas le point fort de la série). Mais cela reste toujours intense et addictif. De plus, même s’il n’y a pas des tonnes de changements, certains ajouts fonctionnent. Si je n’aime pas nécessairement les personnages des jumeaux qui tombent trop dans la caricature et manquent de charisme – à l’image des autres followers (le point noir de la série), en revanche, j’ai tout de même beaucoup aimé le personnage incarné par Connie Nielsen.

Photo James Purefoy

Et puis, arrive la troisième et ultime saison. On savait que la deuxième saison était une idée déjà folle mais finalement ça marche. Mais je sais au fond de moi qu’une troisième serait – vraiment – de trop. On sent la fausse bonne idée. Surtout, d’après ce que j’ai compris, il y a eu pas de mal de changements dans les équipes, notamment en ce qui concerne celle des scénaristes. Hélas, tous ces changements ont été une très mauvaise idée. Tout ce que je craignais arrive pour de bon. En ce qui concerne les séries, comme vous avez pu le constater à travers mes notations dans mes différents bilans, je reste plus tolérante. Une série me séduit de base si je parviens à regarder facilement les différents épisodes, si je ne peux pas m’en passer. Cela ne signifie pas qu’on doit admettre toutes les bêtises mais je ferme plus facilement les yeux que pour les films. En général, je ne suis donc pas exigeante. Mais là alors, cette troisième saison bat des records de connerie télévisuelle. Elle flingue à elle seule toutes les bonnes choses qui ont été mises en place durant les précédentes saisons. Alors que The Following avait le mérite d’être une série plus que divertissante, voilà qu’elle devient réellement chiante (veuillez excuser ma grossièreté). J’ai mis des mois (et je ne plaisante pas) pour terminer cette dernière saison. C’est d’une lenteur incroyable, Joe Carroll (l’âme de la série) est pratiquement absent (certes, on va l’exécuter mais cela n’excuse pas tout), Kevin Bacon se perd et en fait des toooonnes pour montrer la noirceur de son personnage, son personnage n’a – miraculeusement – plus de problèmes cardiaques, les méchants (qui parlent 3h avant d’essayer de tuer Hardy… le gars devrait être mort depuis un siècle mais face à de tels crétins, pas étonnant qu’il soit encore vivant !) sont encore plus bidons que tous ceux qu’on avait pu voir jusqu’à présent, le problème avec les jumeaux qui s’éternisent etc… Seule la fin reste valable : même si on sait qu’il n’y aura plus d’autres saisons, elle laisse tout de même une ouverture par rapport aux sorts des personnages, surtout celui de Ryan Hardy car on sait très bien que c’est le genre d’histoires qui ne peut pas trouver d’issue aussi rapidement dans la réalité. Ca fait mal au coeur de constater un tel gâchis.

Photo Jessica Stroup, Kevin Bacon, Michael Ealy

Les Flingueuses

réalisé par Paul Feig

avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy, Demian Bichir, Marlon Wayans, Thomas F. Wilson, Michael Rapaport, Jane Curtin, Ben Falcone…

titre original : The Heat

Comédie policière américaine. 1h57. 2013.

sortie française : 21 août 2013

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer de rire

21022372_20130724154657123.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

D’un côté il y a l’agent spécial du FBI, Sarah Ashburn, une enquêtrice rigoureuse et méthodique dont la réputation la précède tant pour son excellence que son arrogance démesurée. De l’autre l’agent de police de Boston, Shannon Mullins, reconnue pour son fort tempérament et son vocabulaire fleuri. L’une comme l’autre, n’ont jamais eu de partenaire dans le travail… ni vraiment d’amis.
Ainsi, lorsque ces deux représentantes de la loi radicalement opposées sont obligées de faire équipe pour arrêter un baron de la drogue sans pitié, elles se retrouvent à devoir lutter non seulement contre un puissant syndicat du crime, mais aussi et surtout contre l’envie de s’entretuer.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

J’ai vu Les Flingueuses il y a un bon mois lors de son passage sur W9 (non, il n’y a pas que les Ch’tis à Mykonos sur cette chaîne) mais je dois avouer que je n’assumais pas totalement d’avoir bien aimé ce film vu ses notes moyennes sur Allocine et Imdb (j’espère que vous n’allez pas me lyncher, heiiin). Mais j’avais envie de le chroniquer dans le cadre du Movie Challenge. C’est un fait (en ce qui me concerne) : ce film m’a littéralement fait pleurer de rire. Pourtant, même si j’aime bien jusqu’à présent les films de Paul Feig (aurais-je ce même avis en regardant le prochain Ghostbusters ?), je ne m’attendais pas à grand-chose. Au pire, j’espérais juste passer un petit moment sans prétention. Non seulement j’ai été servie en terme de divertissement mais en plus j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une vraie bonne comédie. Certes, il ne s’agit pas d’une comédie révolutionnaire. C’est avant tout une nouvelle relecture du buddy-movie avec un duo de femmes – chose assez rare dans ce genre cinématographique (et il est certain que les mentalités à Hollywood doivent changer même si on prend le risque de mettre des femmes pour en mettre). Et ça fait mine de rien du bien. Des pas comme ça, même s’ils paraissent minimes, restent nécessaires. Le duo est formé par Sandra Bullock et Melissa McCarthy. D’un côté, Bullock incarne un agent du FBI psychorigide, de l’autre côté, McCarthy une flic locale décontractée au langage fleuri. Evidemment, alors que tout les oppose, les deux femmes vont se rapprocher et former une équipe soudée. Logique et prévisible. Mais ce n’est tellement pas dérangeant car ce duo fonctionne réellement bien à l’écran. C’est vrai que le film met vraiment en avant le talent comique évident de Melissa McCarthy. Si on n’est pas fan de cette actrice, à mon avis, vous n’aimerez pas ce film. En revanche, pour les autres ça sera un bonheur de la voir autant s’exprimer ! Il faut dire qu’elle aurait pas mal improvisé (même si le réalisateur assure que cela n’aurait pas pris le dessus sur le script), notamment lors de la scène (hilarante) dans laquelle elle se lâche avec le monologue « Quelqu’un a-t-il vu les couilles du commissaire ? ». Cette information ne m’a pas vraiment étonnée, on sent cette part d’impro. L’impro peut être quelque chose de très risquée car certains acteurs transforment cet exercice en show à part entière au point de bouffer le film. Ca peut être aussi le moyen de combler des lacunes possibles à un film.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Certes, il ne s’agit pas du film du siècle et c’est clair qu’en sortant du film on pense à la performance imposante (qui plaira ou non) de McCarthy. Mais je crois que son interprétation permet plus de faire ressortir les qualités générales du film, dans un sens, elle le bonifie. Encore une fois, je ne dis pas qu’il y a un scénario de fou derrière et on pourra même dire qu’il y a un côté déjà vu (si on devait émettre une éventuelle remarque), je ne suis pas en train d’idéaliser le film, loin de là. L’intrigue est d’ailleurs assez banale, reconnaissons-le. Mais les répliques bien senties et les situations dingues qui s’enchaînent sont déjà drôles en elles-mêmes. Un film mal écrit n’aurait pas pu être drôle même avec la géniale McCarthy (oui, je l’admire de plus en plus). Il y avait quand même un bon travail déjà fait, sans ça, rien n’aurait pu fonctionner. Surtout, même si l’interprétation de Melissa McCarthy est remarquable, elle ne tombe pas non plus totalement dans un one-man show. Sa partenaire parvient à exister malgré tout avec un rôle certainement moins exubérant. Sans dire qu’il s’agit d’une grande actrice, j’ai toujours bien aimé Sandra Bullock dans les comédies dans lesquelles elle est en mode bad ass (même si au début elle paraît coincée). Ce rôle lui convient donc à merveille car en plus elle sait faire évoluer son personnage, en tout cas elle est également crédible. Mais encore une fois, j’insiste surtout sur le bon fonctionnement du duo. Les deux interprétations sont complémentaires malgré l’apparente opposition et on sent une réelle complicité entre les deux actrices. Les Flingueuses n’est donc pas la comédie du siècle mais elle vaut finalement mieux que son titre français peu engageant. Ce film a le mérite d’offrir un honnête et bon divertissement qui montre à quel point les femmes, notamment celles qui ne correspondent pas aux canons de beauté, sont capables d’avoir des couilles – même si je ne pense pas qu’il ait la prétention d’être féministe ou quoi que ce soit dans ce genre. Le reste suit : la mise en scène reste tout de même tout à fait correcte dans ce genre de production et le montage participe également au rythme effréné de ce film qui dure pratiquement deux bonnes heures et dans lequel pourtant on ne s’ennuie pas ni on se sent gavé par toute cette énergie. Mais il s’agit ici d’une bonne énergie qui parvient à être communicative. Ce film m’a en tout cas fait un bien fou et remplit pas si mal que ça ses objectifs.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Blue Ruin

réalisé par Jeremy Saulnier

avec Macon Blair, Amy Hargreaves, Devin Ratray, Kevin Kolack, David W. Thompson, Bonnie Johnson…

Thriller, drame américain. 1h34. 2013.

sortie française : 9 juillet 2014

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2016 : Un film dont le titre comporte une couleur

311213.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Un vagabond solitaire voit sa vie bouleversée lorsqu’il retourne à sa maison d’enfance pour accomplir une vieille vengeance. Se faisant assassin amateur, il est entraîné dans un conflit brutal pour protéger sa famille qui lui est étrangère.

Blue Ruin : Photo Macon Blair

Après avoir vu Green Room (que j’ai trouvé excellent), j’ai eu envie de découvrir le deuxième long-métrage de Jeremy Saulnier, Blue Ruin, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes en 2013. Oui, ce gars a l’air obsédé par les couleurs mais passons. Pour la petite histoire, le titre du film fait référence à la voiture (une Pontiac Bonneville) qui sert d’abri au personnage principal de ce long-métrage. De plus, selon le réalisateur dans une interview, cette couleur est le reflet du ton du film « dur et brutal » (ce qui est très juste) et c’est aussi une expression qui signifie « débâcle » (à l’image de la situation du personnage principal). Il s’agit a priori d’une simple histoire de vengeance : un SDF veut buter le type qui a supprimé la vie de ses parents, ce dernier étant sorti de prison. La vengeance prend alors forme dans les deux sens (la famille du méchant de base de l’histoire – pour caricaturer – s’en mêle) même si le film privilégie le point de vue de notre vagabond, le prénommé Dwight, qui démarre, à partir de son époque donc (dans les années 2010 donc), les hostilités. Cela dit, il s’agit d’un revenge movie surprenant à sa façon même si je ne pense pas (et c’est peut-être ce qui fait aussi le charme de ce film) que Saulnier ait la prétention de révolutionner quoi que ce soit. En effet, on ne s’attend pas nécessairement à voir un Dwight, en quête de vengeance, aussi peu doué pour manier les armes (dans ce genre d’histoire, on a généralement l’habitude de voir un ancien vétéran ou quelqu’un qui a en tout cas souvent été en contact avec les armes et non un amateur) ou encore la première scène, dans laquelle on voit une gentille et bienveillante flic, qui a une attitude maternelle, annoncer à Dwight la sortie de prison de l’assassin de ses parents. Le scénario est donc assez simple mais d’une réelle efficacité. Jeremy Saulnier va droit au but et même si on a l’impression qu’il privilégie l’action, il n’oublie pas pour autant son propos ni la psychologie des personnages. Il pose à ce moment-là une réflexion pertinente sur l’utilisation dangereuse des armes à feu, mises trop facilement entre les mains d’individus qui perdent le contrôle de la situation en ne sachant pas les utiliser et encore moins à bon escient. La réflexion autour de la vengeance, bien qu’elle ne soit pas neuve (mais bon, ça ne me dérange pas plus que ça encore une fois, du moment que le résultat suit, sinon on n’irait plus voir de films) fonctionne également (le film montrant alors son inutilité). La mise en scène est également une belle réussite, surtout venant de la part d’un réalisateur quasi-débutant. Au-delà de la précision, on ressent dans son travail une folle énergie et une certaine maturité.

Blue Ruin : Photo Amy Hargreaves

Si on a parlé de revenge movie au début, je dirais pourtant que Jeremy Saulnier parvient à mélanger différents codes pour mieux se les approprier et en faire quelque chose d’assez unique justement. Avec cette voiture qui joue un rôle essentiel, on pense au road-movie, le côté bras-cassé de Dwight rapproche également le film avec une sorte de comédie noire et l’ultra-violence dépasse le simple film de violence, on pense alors davantage à un cinéma presque horrifique. On pourra même établir un parallèle avec l’univers des Coen (notamment avec Sang pour Sang / Blood Simple). L’espace est aussi quelque chose parfaitement bien saisi. On sent que l’environnement qui entoure les personnages a son importance dans le récit en tant que contexte. D’ailleurs, dans la première partie du film, Dwight n’ouvre pratiquement pas la bouche (le film comporte par ailleurs peu de dialogues ce qui permet de ne pas tomber dans des propos trop explicatifs, encore une fois, il va à l’essentiel) mais ce n’est pas plombant pour autant car suivre ce personnage dans cet environnement particulier (une Amérique pauvre) est intense. Dès les premières minutes, on a envie de savoir jusqu’où cet homme peut aller dans sa soif de vengeance. Il y a d’ailleurs quelque chose de très intéressant dans ce film : l’apparence. En effet, la fameuse première partie privilégie alors un personnage énigmatique avec cette apparence de vagabondage, qui attire plus la pitié que la crainte. Or, une fois qu’il parvient à se débarrasser de cette longue barbe et de ses habits puants et qu’il redevient un individu de tout ce qu’il y a de plus « normal » dans notre société en ce qui concerne l’apparence, il paraît finalement encore plus flippant. Le propos sur la dangerosité des armes prend alors encore plus de dimension : n’importe quel individu peut être concerné par ce problème. Macon Blair (au passage, meilleur ami d’enfance de Jeremy Saulnier depuis leur plus tendre enfance !) est tout simplement excellent dans le rôle de Dwight. Il donne beaucoup d’humanité et de sensibilité à ce personnage attachant qui bascule pourtant dans le côté obscur. Dommage qu’il ne parvienne pas encore à avoir une filmographie plus solide alors que son talent me paraît évident. Pour conclure, Blue Ruin est pour moi une sacrée bonne surprise. Profond sans trop intellectualiser à tout prix, en apparence classique mais en réalité sait s’imposer à sa façon en jouant habilement avec différents codes cinématographiques, ce long-métrage montre (et Green Room le confirme) le renouveau possible du cinéma indépendant américain avec Jeremy Saulnier dont je suis maintenant la carrière de très près.

Blue Ruin : Photo Macon Blair

Green Room

réalisé par Jeremy Saulnier

avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber, Macon Blair…

Thriller américain. 1h36. 2015.

sortie française : 27 avril 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

310812.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

Green Room : Photo Alia Shawkat, Anton Yelchin

J’avais failli aller voir Blue Ruin, le deuxième long-métrage de Jeremy Saulnier au cinéma mais ça ne s’est pas fait, à mon grand regret. J’ai donc foncé pour découvrir son troisième long-métrage (son premier étant Murder Party) qui a bénéficié de bonnes critiques mais qui ne va certainement pas rencontrer de succès au box-office, ce qui est regrettable. J’espère qu’il trouvera encore plus de spectateurs avec le temps. Qu’est-ce que la « Green Room » du titre ? Il peut y avoir plusieurs sens. En dehors du film, il s’agit d’un des salons de réception de la Maison-Blanche. Pour la petite info (je précise encore une fois : merci papi wiki), qui peut prendre du sens dans la compréhension générale de l’oeuvre (en tout cas en ce qui concerne mon interprétation) c’est dans cette pièce que le président James Madison y signa la première déclaration de guerre des Etats-Unis. Dans le monde de la musique, et c’est qui semble mis en avant dans un premier temps dans le long-métrage, la « green room » désigne les coulisses. Effectivement, il s’agit même du point de départ de l’intrigue. Je pense qu’une autre interprétation reste envisageable : la forêt, qui entoure le local dans lequel se déroule l’action, est également très présente. C’est un moyen pour renforcer le huis-clos, comme si aucune issue n’était possible même en cas de sortie de la véritable « green room » mais c’est aussi une manière de relier toutes les informations que nous avons dite autour du lieu politique qui existe ayant le même nom que le titre de ce long-métrage. La nature, c’est le lien qu’on peut établir avec la soif de survie et surtout la violence qui déferle à partir d’un premier événement. Green Room semble avoir été vendu comme une sorte de film d’horreur (je ne l’invente pas, je ne fais que répéter les commentaires que j’ai entendus dans la salle de la part de jeunes spectateurs finalement peu intéressés et qui ont commenté tout le long). Il s’agit pour moi d’un survival qui joue avec les codes du film de guerre. Le film assume totalement ce choix avec le parallèle avec l’histoire du paintball racontée par Pat et la transformation des personnages encore en vie qui deviennent des sortes de soldats (que ce soit par le look mais aussi dans la mentalité). Dit comme ça, ça peut sembler assez lourd mais à l’écran, ce parallèle avec la guerre fonctionne et ne gâche pas du tout tout ce qui a été mis en place. De plus, c’était d’autant plus intéressant si on met le thème de la guerre et plus généralement de la violence avec le milieu néo-nazi : ces personnes qui appartiennent à ce groupe ne sont simplement des gens violents.

Green Room : Photo Patrick Stewart

Ce qui est intéressant, c’est de voir l’organisation qui existe au coeur de ce groupe, comme s’il s’agissait finalement d’un camp militaire qui respecterait une hiérarchie. C’est justement ce point-là qui est effrayant, encore plus que la violence qui règne tout le long du film et qui ne fait qu’accroître au fil des scènes. Ceux qui attaquent nos braves punks ne semblent même plus penser par eux-mêmes, ils ne font qu’obéir à des ordres comme des chiens (ces animaux ayant une place importante dans le film). En parlant justement de frayeur, le film est effectivement sans cesse sous tension. Le film n’est pas « gore » contrairement à ce que j’ai pu entendre. Il y a de la violence physique mais c’est plus l’atmosphère sans cesse sous tension que j’ai retenue et qui m’a réellement effrayée. Personnellement, je n’étais pas à l’aise en regardant le film. J’avais toujours l’impression qu’un truc allait partait en brioche en un clin d’oeil. Pour continuer, le casting assure, incarnant tous des personnages crédibles. Anton Yelchin, dont je suis de près sa carrière, s’en sort très bien dans le rôle du guitariste réservé mais qui sait s’exprimer et utiliser son esprit. Alia Shawkat, en bassiste forte, est surprenante. Certes, ça fait un peu cliché de voir encore une bassiste, et non un bassiste dans un groupe de punk en l’occurrence. Mais son interprétation parvient à dépasser l’image qu’on a tous (et je précise d’ailleurs que personne ne tombe dans la caricature). Il est d’ailleurs intéressant de savoir que le rôle qu’elle interprète aurait dû à l’origine être tenu par un acteur (visiblement connu selon les propos du réalisateur). Je trouve que ça ajoute un truc en plus, une force dans son personnage. Ca change des potiches qu’on voit un peu trop souvent au cinéma. Callum Turner et Max Webber, qui incarnent respectivement le chanteur et le batteur du groupe, sont également très convaincants. En tout cas, les quatre interprètes sont tous bons et surtout parviennent à jouer ensemble : du coup, leur groupe semble soudé, on croirait même à leur existence. Imogen Poots livre également une bonne interprétation. Là encore on a droit à un personnage féminin qui a des couilles et qui possède une personnalité intéressante, dans le sens où elle se remet en question par rapport au groupe auquel elle appartient à l’origine. Patrick Stewart dans le rôle du chef des skinheads est également épatant, en étant à la fois charismatique et effrayant. Enfin, on notera également la présence énigmatique de Macon Blair (le personnage principal de Blue Ruin).

Green Room : Photo Alia Shawkat, Anton Yelchin, Callum Turner, Imogen Poots, Joe Cole

Green Room est donc pour moi un film furieux à voir qui mérite bien ses louanges. Certes, il n’est pas a priori parfait. Le début peut sembler un peu long à se mettre en place, surtout qu’on n’en apprend pas plus que ça sur les personnages. L’intrigue en elle-même autour de la « green room » n’intervient également pas rapidement si on regarde bien et peut-être que cela pourra frustrer certains spectateurs. Mais le film m’a tellement intriguée et happée tout le long qu’avec le recul je mets de côté ces petites choses qui pourraient déranger. C’est le genre de film auquel je pense même des jours après l’avoir vu et en général, pour moi c’est très bon signe. Le scénario est simple, il reste néanmoins d’une grande efficacité, à l’image d’ailleurs de la mise en scène et permet de comprendre où Jeremy Saulnier a voulu en venir. Et l’analyse que nous pouvons faire de ce film est pour moi une pure merveilleuse malgré les possibles imperfections visibles. J’aime justement qu’il y ait une apparente simplicité a priori et de voir à quel point il y a plus de profondeur et d’intelligence pour aborder son sujet mais sans intellectualiser à tout prix. Surtout, même si ça ne pète pas nécessairement dans tous les sens, il y a une véritable énergie qui ressort dans ce film. Il faut dire que le scénario étant bâti autour d’un groupe de punk aide beaucoup à insuffler cette dynamique mais je ne pense pas qu’il y ait que cet élément en question. La présence de la musique n’est pas superficielle, tout comme la violence n’est jamais gratuite dans le film. Non seulement il s’agit d’un moyen pour mieux faire ressortir des sentiments primitifs chez les personnages mais je crois qu’il permet au propos déjà mis en place d’avoir encore plus de consistance, notamment autour du rôle des apparences. Surtout, on sent l’amour qu’a Jeremy Saulnier pour le punk, lui-même ayant fait partie d’un groupe (justement, physiquement, il n’a rien d’un punk). La sincérité ne fait pas toujours de bons films, nous sommes bien d’accord, mais pourtant, ce film en déborde tellement au point que ça a fini par me toucher (le terme peut paraître très étrange en parlant de ce film, j’en ai conscience), surtout de la part d’un jeune réalisateur qui fait preuve d’une maturité plaisante à constater.

Green Room : Photo Imogen Poots