Call Me by Your Name

réalisé par Luca Guadagnino

avec Timothée Chalamet, Armie Hammer, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel, Victoire du Bois, André Aciman…

Drame, romance italien, américain, français. 2h11. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Call Me By Your Name : Photo Timothée Chalamet

Après Amore et A Bigger Splash (le remake de La Piscine), Call Me by Your Name serait le dernier volet de la trilogie du désir de Luca Guadagnino. Je mets ma phrase au conditionnel car une suite de Call Me by Your Name serait également déjà envisagée (seul le futur nous le confirmera). Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme d’André Aciman (qui, au passage, apparaît quelques minutes dans le film). On retrouve au scénario James Ivory (à l’origine, il devait réaliser le long-métrage) qui vient justement de décrocher un Oscar pour son travail. Ivory est notamment connu pour avoir adapté les oeuvres d’Edward Morgan Forster (Chambre avec vueMaurice et Howards Ends) : des similitudes entre certaines d’entre elles et Call Me by Your Name sont possiblement détectables au premier abord. L’histoire d’amour dans Chambre avec vue se déroulait déjà dans une Florence culturelle. Maurice présente une histoire d’amour homosexuelle, difficile à vivre à cause de la pression sociale. Sur le papier, le tout retranscrit dans les années 80, Call Me By Your Name fait penser à une sorte de mélange entre ces deux oeuvres de Forster (et je ne suis pas sûre que ce soit le fruit du hasard). Film autant acclamé par le public que par les critiques, Call Me by Your Name m’a plutôt plu. Enfin, au début j’ai cru qu’il m’avait déçue pour être honnête. Puis, petit à petit, le film vieillit bien, il me touche même lorsque j’y pense, fait extrêmement rare en ce qui me concerne. Je lui trouve également plus de qualités que de défauts (et en réalité, je ne lui trouve qu’un véritable défaut). Guadagnino a su présenter avec sensibilité, chaleur et délicatesse une romance éphémère mais inoubliable (qui se déroule exactement sur six semaines) durant des vacances d’été (le truc typique que beaucoup d’ados ont vécu, le fameux « premier amour de vacances »). La jolie photographie solaire illumine cette Italie écrasée par la chaleur, qui va de pair avec la découverte des corps et de la sexualité. L’essence de ce premier amour né dans cette parenthèse paradisiaque (une sorte de jardin d’Eden) fait certainement partie de ces éléments qui semblent avoir autant embarqué les spectateurs. La mise en scène de Guadagnino est à la fois fluide, élégante, même virtuose : cela ne m’aurait d’ailleurs pas spécialement dérangé de le voir nommé aux Oscars contrairement à certain(e)s. L’histoire en elle-même est assez touchante (le générique de fin en particulier, un peu à la Good Times) dans le sens où on croit complètement à ce jeune couple, à la naissance de leurs sentiments et de leurs désirs.

Call Me By Your Name : Photo

Le couple formé par Timothée Chalamet (un peu tête à claques mais il est tout de même très bon, ne soyons pas de mauvaise foi) et Armie Hammer (très charismatique – je suis étonnée que les critiques s’attardent autant sur Chalamet alors que Hammer livre une interprétation remarquable) fonctionne à merveille, une évidence même de les réunir. La bande-originale, qui mêle titres phares des années 80 et chansons originales magnifiques de Sufjan Stevens (« Mystery of Love » est la chanson coup de coeur de ce début d’année), accompagne avec douceur et émotion le long-métrage. Cela dit, Call Me by Your Name souffre selon moi d’un réel problème – même si cela n’enlève en rien ses indéniables qualités : sa longueur. Ainsi, la première partie paraît vraiment longue alors que l’oeuvre se déroule sur un temps relativement court (je vous rappelle que tout est basé sur un amour éphémère). Certes, la découverte de l’autre passe par plusieurs phases, comme l’observation ou le déni. Mais tout de même, cela prend bien trop de temps pour finalement le peu que ça raconte (surtout qu’on sait comment l’histoire va prendre fin). De plus, à cause de cette longueur, tous les divers sous-textes (aussi bien culturels qui nourrissent l’histoire qu’éventuellement plus « sociaux ») intelligemment mis en place finissent par se diluer alors qu’en réalité ils sont juste très pertinents. Je mets « sociaux » entre guillemets volontairement, je reviens juste sur un point sur lequel je ne suis pas toujours d’accord avec mes collègues blogueurs (bref, point de remarque négative ou positive, juste selon moi une observation). Luca Guadagnino refuse de qualifier son film de « gay ». Effectivement, de ce côté-là il a réussi sa mission dans le sens où 95% du film (voire plus, je ne me suis amusée à compter avec un chronomètre ou quoi que ce soit), on ne se concentre pas plus que ça sur le fait qu’il s’agit d’une histoire d’amour entre deux hommes : au fond, on se fiche complètement de leur sexe, ils s’aiment et sont attirés l’un par l’autre. On ne parle d’ailleurs pas de ce sujet et les parents d’Elio (incarnés par l’excellent Michael Stuhlbarg et une étonnante Amira Casar) sont bienveillants avec leur fils. Cela dit, entre le contexte historique (les années 80 – j’ai du mal à croire que l’époque ne sert juste à nous plonger dans un récit rétrospectif – même si les thèmes du souvenir et du passé sont effectivement effleurés) et la toute fin (je ne spoile pas), l’homosexualité finit tout de même par entrer en jeu. Bref, on en revient donc à nos moutons : d’où mon utilisation de « sociaux » à prendre avec beaucoup de pincettes même si le film n’a pas du tout pour but d’être militant ou quoi que ce soit.

Call Me By Your Name : Photo Esther Garrel, Timothée Chalamet

Les références culturelles sont également importantes pour nourrir le récit (en tout cas (et ma lecture du roman actuellement va dans ce sens) même si elles s’éparpillent également à cause des longueurs. Il est pour moi certain que ces références ne peuvent pas servir uniquement de décors. Ainsi, les décors naturels ensoleillés, les différents plans insistant sur les statues antiques, la profession des parents d’Elio (la mère est traductrice, le père universitaire dans la culture gréco-romaine), la figure même d’Oliver (pour moi un mélange d’Apollon et Eros et au prénom faisant déjà référence à la nature) enrichissent la narration qui n’est pas aussi banale qu’elle en a l’air. La scène avec la pêche, un peu trop grossière, n’est pas uniquement une manière de montrer l’éveil sexuel du jeune Elio ou encore le souvenir qu’il garde de son amant plus âgé (dans le livre, il a 24 ans) : on y verrait presque une métaphore du fruit défendu (même si rien n’est condamnable). Aucune scène de sexe entre les deux hommes n’est jamais montrée (ce qui est regrettable dans le sens où, en revanche, une scène de sexe hétérosexuelle est présente dans le film). Même le choix des prénoms n’a absolument rien d’anodin (et appuie encore plus le propos fusionnel « appelle-moi par ton nom ») avec ce jeu de miroir entre Elio et Oliver (eLIO-OLIver pour mieux illustrer le propos). Je me permets de vous partager cet article que j’ai trouvé très pertinent sur le rôle des références mythologiques dans l’intrigue. Enfin, j’y vois aussi avec ces toutes ces nombreuses références culturelles antiques, le tout avec l’omniprésence de la nature, un parallèle judicieux avec les notions d’inné et acquis. Cela est logique dans le sens où Call Me by Your Name est aussi un récit d’apprentissage : cela peut aussi expliquer pourquoi Oliver est plus âgé qu’Elio tout comme on pourrait aussi y voir un film sur la famille (et pas uniquement sur le désir). Enfin, autre point intéressant : la dimension babélienne via la multitude des langues et nationalités entendues et présentes via différents personnages appuie l’universalité de cette romance. Call Me by Your Name fonctionne globalement car même s’il intellectualise certainement bien plus qu’on ne pourrait le croire et qu’il comporte certainement plusieurs niveaux de lecture, les spectateurs pourront suivre aisément (et s’émouvoir devant) les aventures d’Elio en Italie sans être parasités. 

Call Me By Your Name : Photo

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Zombeavers

réalisé par Jordan Rubin

avec Lexi Atkins, Rachel Melvin, Cortney Palm, Hutch Dano, Jake Weary, Peter Gilroy…

Comédie, épouvante-horreur américain. 1h25. 2014.

sortie française (dvd) : 17 février 2015

Zombeavers

Un groupe d’adolescents, partis pour un week-end de débauche au bord d’une rivière, se retrouve confronté à une horde de castors-zombies affamés. Pour réussir à rester en vie, les jeunes vont devoir affronter ces animaux d’une nouvelle espèce…

Zombeavers : Photo Cortney Palm, Lexi Atkins, Rachel Melvin

Cela faisait des mois que je crevais d’envie de découvrir ce fameux Zombeavers, qui a tout pour être culte (c’est peut-être même déjà le cas, qu’on me le confirme ou non). J’ai découvert ce film purement par hasard, en me baladant dans les rayons dvd à la Fnac. Mon regard a croisé la magnifique jaquette du dvd : entre le titre prometteur, le sourire d’enfer du gros méchant castor et les trois cruchasses derrière, je me suis dit « bon sang Tina, ça sent le chef-d’oeuvre ! ». Plusieurs mois se sont écoulés sans que je puisse avoir l’occasion de regarder ce film. Finalement, en lisant la critique de ce film sur le blog de Girlie Cinéphilie, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je me débrouille pour le regarder, que ce film m’attendait sagement quelque part. Par le grand des hasards, en squattant la télé de ma frangine, je vois qu’il passe sur le câble. Chouuuueeeeetttttte ! Bref, j’ai pu réaliser le rêve le plus cher de ces trois derniers mois (je suis ambitieuse, je le sais, merci). Il est toujours difficile de « noter » (même si j’ai conscience que la note n’est pas ce qu’il y a de plus important dans un film – d’où l’intérêt même des critiques) ce type de films, c’est-à-dire un nanar. Dans son genre, sans crier au génie (car j’ai quand même une pensée pour les vrais bons films), j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un nanar hilarant et divertissant, qui assume totalement son délire. Ce n’est déjà pas si mal. Il faut évidemment prendre ce film à je-ne-sais-pas-combien-de-degrés. Si on le prend vraiment comme un film volontairement nanardesque, dans un sens, il y a vraiment des choses réussies. Disons que je ne l’ai pas trouvé aussi nul que prévu. Enfin, il y a des choses nazes mais encore une fois on est dans un contexte nanardesque, finalement ce n’est pas gênant (même si le film n’est pas non plus nickel et que le côté « nanar » n’excuse pas toujours tout). C’est toujours délicat d’accorder la moyenne à ce type de films, peut-être qu’il faudrait créer une catégorie « notes pour les nanars » comme cela se fait sur de nombreux sites. Donc, pour la note, il ne faut pas être choqué ou trop s’interroger. C’est juste pour dire : il s’agit d’un nanar kiffant. Bref, revenons à nos moutons (ou plutôt nos castors). Le film reprend alors un schéma assez classique des films d’horreur : six étudiants (trois filles et trois garçons), très portés sur la chose, superficiels et surtout très bêtes, sont confrontés à des animaux (en l’occurrence ici des castors) qui ont muté suite à un stupide accident de la route dans lequel des produits toxiques provenant d’un camion ont pollué les eaux. Pire : ces castors en question ont le pouvoir de transformer les humains qu’ils mordent en castors-zombies (d’où la magnifique et subtile contraction « zombeavers »).

Zombeavers : Photo Peter Gilroy

On s’amusera alors à coeur joie de voir toutes ces métaphores très inspirées autour du castor. En effet, en anglais, « beaver » désigne à la fois le fameux castor ainsi que le sexe féminin. Ainsi, on a par exemple droit au méchant castor entre les jambes de la blonde, à une tonne de blagues salaces autour du cul, à un « zombeaver » bouffant les testicules de l’un d’entre eux ou encore à des scènes de sexe totalement absurdes (du genre, l’un d’eux gardera son espèce de bonnet sur la tête pendant l’acte !). Je dois avouer que le résultat est vraiment délirant, j’étais écroulée de rire ! De plus, Zombeavers joue volontiers avec les clichés des films d’horreur, comme par exemple, le fait de mettre en scène des étudiants à la sexualité débridée, qui aiment faire la fête ou encore qui se retrouvent isolés au fin fond de la campagne. Sans compter que le film compte pas mal de bonnes répliques (du genre, le gars vient de perdre son pied à cause d’un vilain castor et sa copine qui propose son bikini riquiqui pour lui faire un garrot !). Il faut dire que le réalisateur s’est donné beaucoup de mal à créer une ambiance volontairement nanardesque. Je ne dirais pas qu’il y a une mise en scène de folie mais c’est vrai que l’ambiance très 80s (même si le film se déroule de nos jours) a quelque chose de plaisant. Il faut dire que le truc le plus fou de ce film vient de l’animation même des castors. C’est évidemment trèèèès mal fait mais mon dieu, que c’est drôle ! Chaque scène avec les castors est franchement un pur bonheur ! Comme je le disais, le scénario joue pas mal sur des clichés. Alors évidemment qu’il ne s’agit pas du scénario du siècle, ça pouvait être encore plus délirant qu’il ne l’est déjà mais j’ai quand même été parfois surprise, que ce soit par rapport au sort réservés au personnage ou à sa structure même. En parlant de quelque chose qui aurait pu être encore plus fun, je regrette juste qu’on mette du temps à voir les castors (encore une fois, dans le genre débile, ça vaut le détour), ça prend vraiment trop de temps à nous montrer ces fameuses bêbêtes, même si encore une fois c’est très amusant de voir cette bande d’étudiants écervelés (on se demande même comment ils ont fait pour devenir étudiants, mais bon, j’imagine que tout est possible) dire autant de conneries et agir comme des crétins de service ! J’ai également trouvé le film un peu trop court : disons que le délire aurait pu être prolongé, plus « approfondi ». Après, quelque part, ce n’est pas non plus totalement un défaut car quelque part un film plus long nous aurait peut-être lassés. Enfin, j’avoue ne pas trop savoir quoi penser des acteurs. C’est clair qu’ils surjouent tous les débiles. Après, est-ce volontaire ou non ? Mystère… (je dirais qu’il y a probablement un peu des deux).

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Snow Therapy

réalisé par Ruben Östlund

avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Clara Wettergren, Vincent Wettergren, Kristofer Hivju, Fanni Metelius, Brady Corbet…

titre original : Turist (VO), Force Majeure (titre international)

Comédie dramatique suédoise, danoise, norvégienne, française. 1h58. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

Snow Therapy

Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Snow Therapy : Photo Clara Wettergren, Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Vincent Wettergren

Je n’avais pas forcément prévu d’aller voir Snow Therapy (prix du jury dans la section « Un certain regard » au dernier festival de Cannes), mais les bonnes critiques sur les blogs et sa nomination aux Golden Globes dans la catégorie « meilleur film étranger » m’ont poussée à aller le voir. Je vais d’abord commencer par exposer les points que j’ai trouvés positifs. Tout d’abord, le sujet en lui-même est très intéressant : comment un simple événement peut-il révéler chez un être humain sa nature la plus profonde face à la peur et au danger ? Pour nourrir son scénario, Ruben Östlund s’est inspiré de l’histoire d’un de ses amis : alors qu’il s’est retrouvé face à un homme armé qui a commencé à tirer, cet ami a suivi son instinct et s’est enfui, laissant sa femme seule. Le réalisateur a également écrit son scénario en s’inspirant d’une étude scientifique qui prouverait la théorie suivante : dans une situation de danger, les hommes fuient alors que les femmes protègent les personnes qu’elles peuvent sauver. A partir de ses observations, Ruben Östlund peint un portrait intéressant sur le couple voire même sur la famille. Je dois avouer que certaines fonctionnent plutôt bien, parvenant à la fois à faire rire et à créer le malaise. En fait, c’est le malaise qui provoque le rire. Par exemple, le spectateur (à l’instar de l’homme de ménage de l’hôtel) pourra prendre une certaine forme de plaisir à voir Tomas (le sosie de Mark Wahlberg) humilié par sa femme (sorte de sosie de Marina Hands) devant leurs amis ou encore voir le personnage principal pleurant et hurlant dans le couloir de l’hôtel. On peut également se réjouir de voir cette famille Ikéa avoir des vacances de merde. Dans l’ensemble les deux acteurs principaux, Johannes Bah Kuhnke et Lisa Loven Kongsli, sont plutôt bons. J’ai également apprécié les seconds rôles, tenus par Kristofer Hivju (Tormund Giantsbane dans Game of Thrones) et Fanni Metelius. Ces derniers parviennent à amener une touche d’humour supplémentaire et à compléter la réflexion mise en place. Notons également une jolie photographie, parvenant à mettre en avant de très beaux paysages. Cela est important puisque le décor joue tout de même un rôle important. 

Snow Therapy : Photo Clara Wettergren, Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli, Vincent Wettergren

Hélas, si je lui reconnais volontiers des qualités, j’avoue ne pas avoir été totalement convaincue (décidément, je choisis mal mes films en ce moment – ne croyez pas que je suis aigrie). Certes, Snow Therapy vacille volontairement sans cesse entre le drame et la comédie. Hélas, je ne trouve pas que ce ton particulier tienne tout le long du film. En effet, il y a des moments où je ne savais plus comment réagir. Finalement c’est l’ennui qui a fini par prendre le dessus. Personnellement, j’ai trouvé le film bien trop long, ça finit par tourner en rond, à enchaîner un lot de scènes inutiles, je n’en voyais plus la fin. Du coup, toute la puissance présente au début finit par se perdre. Il y a d’ailleurs beaucoup d’éléments mis en place qui ne parviennent pas à tenir la longueur. Je pense par exemple à tous ces plans fixes. Au début, cette technique fonctionne, elle crée effectivement un malaise. Le spectateur est notamment témoin du drame qui touche cette famille. Mais encore une fois, je n’ai pas ressenti ce malaise du début jusqu’à la fin. Il y a des moments où j’ai l’impression de voir un débutant qui ne savait pas quoi faire avec sa caméra. Or, Ruben Östlund signe ici son quatrième long-métrage. On est pour moi loin d’un Michael Haneke qui utilise ce même type de mise en scène, même si le travail d’Östlund reste tout à fait honorable. De plus, « L’été » des Quatre saisons de Vivaldi est bien trop utilisée, on finit par haïr cette musique. Là encore, on pourra vite comprendre ce qu’a voulu faire le réalisateur, c’est-à-dire jouer avec les décors froids et montagnards pour pouvoir montrer les failles des personnages. Mais au bout d’un moment, la musique finit par lasser, voire même agacer. D’autres scènes sont également très répétitives : on entend par exemple 150 fois les détonations qui déclenchent les avalanches ou encore on voit un grand nombre de fois ou encore les dameuses en route le soir. J’imagine là encore qu’il s’agit d’un choix assumé du réalisateur (peut-être est-ce aussi un moyen pour dénoncer la routine installée au sein du couple ?) mais cela ne fait que rajouter des longueurs inutiles.

Snow Therapy : Photo Johannes Bah Kuhnke, Kristofer Hivju

Je comprends également le point de départ et la métaphore : cette avalanche n’est qu’un prétexte pour pouvoir aborder un sujet plus profond et psychologique. Elle représente aussi l’avalanche de sentiments qui ressortent chez les personnages. Cependant, je ne comprends pas comment Ruben Östlund a pu faire un film de deux heures sur un fait minime. En réalité, ce qui m’a dérangée, c’est que je n’arrivais pas à savoir si le réalisateur avait conscience de cela. En tout cas, même si c’est le cas, je ne trouve pas qu’il s’en sert réellement pour son film. On voit effectivement l’évolution des personnages (la famille n’est pas si idéale que ça) mais se disputer, voire mettre sa famille en péril pour un simple événement comme celui-là paraît peu crédible. On se doute bien que la famille ne devait pas bien aller avant ce voyage en France. Cependant, je regrette tout de même que le réalisateur n’ait pas plus mis en avant les actions passées des personnages (Tomas évoque notamment une infidélité – mais c’est vraiment trop bref), on aurait mieux compris leurs réactions. De plus, la théorie véhiculée par le réalisateur est intéressante mais à cause d’elle, les personnages finissent par ne plus être attachants. J’ai eu l’impression que Tomas s’en prenait plein la gueule tout le long du film, par contre Ebba semble un peu trop épargnée. Certes, Tomas n’a pas eu un comportement exemplaire mais on ne peut pas s’empêcher de se demander ce qu’on aurait fait à sa place. Ebba, elle, semble trop irréprochable. Même quand Tomas se rattrape avant la scène finale, c’est toujours Ebba qui a le dernier mot (c’est elle qui fait arrêter le bus). Je ne comprends pas trop cette position pseudo « girl power » (confirmée pour moi avec l’amie qui a librement une double vie). Heureusement que les acteurs sont tout de même convaincants, cela sauve un peu cette mauvaise impression. Il y a également des scènes pas toujours crédibles. Enfin, pour finir ma chronique sur ce film que je trouve intéressant mais maladroit, je regrette juste le manque de crédibilité de certaines scènes : il n’y a personne sur les pistes, pas de neige autour de la route, un chauffeur de bus trop abruti…

Snow Therapy : Photo Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli