Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Maman a tort

réalisé par Marc Fitoussi

avec Emilie Dequenne, Jeanne Jestin, Annie Grégorio, Sabrina Ouazani, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Grégoire Ludig, Jean-François Cayrey, Joshua Mazé, Louvia Bachelier…

Comédie dramatique française, belge. 1h50. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film français

Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin.
Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

Maman a tort : Photo Jeanne Jestin

Maman a tort, qui marque la deuxième collaboration entre le réalisateur Marc Fitoussi et l’actrice belge Emilie Dequenne, est un film sur qui suit une adolescente dans le monde du travail (grâce à son stage d’observation de 3e). Ce n’est pas forcément un choix très banal : on a l’habitude de suivre un personnage adolescent, dans une sorte de récit d’apprentissage, dans un contexte plus approprié à son univers (l’école ou un camp de vacances par exemple). Marc Fitoussi a eu cette idée de ce film lorsqu’il a tourné son documentaire L’Education anglaise (sur le séjour linguistique d’ados à Bristol). Effectivement, ce n’est pas forcément courant d’écrire une histoire autour du fameux stage d’observation dont tout le monde se fout royalement en France. Marc Fitoussi parvient à en tirer quelque chose d’intéressant. Il réussit à confronter deux univers, celui de l’enfance (voire même de l’adolescence) et celui de l’âge adulte. C’est toujours casse-gueule de signer un film dramatique avec une touche de légèreté : beaucoup de films tentent cet entre-deux sans pourtant y arriver. Fitoussi s’en sort très bien de son côté. Son film aurait pu être bancal par ce choix de ton, il ne l’est pourtant pas. Selon moi, s’il fonctionne, c’est qu’on y trouve une progression cohérente dans la manière de raconter l’histoire. Au début du long-métrage, Anouk est une fillette naïve et pleine d’insouciance qui aimerait faire bouger les choses. A la fin du film, si on espère qu’elle ne perdra pas son dynamisme une fois qu’elle passera l’âge adulte pour de bon (on sent qu’elle est au moins devenue une adolescente, c’est déjà ça), l’héroïne a déjà une vue plus objective sur le monde des adultes via celui du travail. Le spectateur se retrouve alors dans la même situation qu’Anouk : dans un premier temps, même si on voit déjà des petites choses dérangeantes au bureau (comme les deux pestes qui envoient Anouk ranger un placard), on ne se dit pas que l’ambiance est aussi pourrie, on relativise, on pourrait presque voir le « bon » côté des choses. Le film est plus solaire et même drôle dans sa première partie. Puis, une fois qu’on s’intéresse un peu plus de près à l’entreprise, une accumulation d’aspects négatifs se succède: le harcèlement, le burn-out, la dépression en général et surtout les grandes lâchetés. Maman a tort a le mérite de présenter des réalités par petites touches ce qui rend selon moi le rendu plus crédible (personnellement, même si je n’ai plus l’âge d’Anouk depuis longtemps, en tant que jeune fille qui découvre petit à petit le monde du travail, je me suis parfois identifiée à ce personnage ou en tout cas à son regard).

Maman a tort : Photo Annie Grégorio, Emilie Dequenne

Maman a tort devient alors au fur et à mesure un film plus grave, même s’il ne perd pas non plus son petit quelque chose « léger » présent dès le début. La construction du scénario m’a alors paru assez pertinent et cohérent. Certains diront que les thèmes sont survolés : pour moi, encore une fois, il ne s’agit que du regard d’une enfant sur le monde des adultes et du travail qui est littéralement « en observation ». Trop en dire n’aurait pas été très réaliste et sur ce point, Fitoussi marque aussi pas mal de points. Je regrette juste une des dernières scènes, avec Anouk qui va à sa boum sur du Metronomy à fond les ballons, j’avais l’impression que ça n’avait rien à foutre là (même si je comprends grosso modo la démarche de Fitoussi concernant la désillusion adolescente : Anouk a forcément grandi après cette expérience). Quant à la mise en scène, elle n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même convenable. De plus, son côté parfois didactique ne pourrit pas non plus le film et surtout sa dimension plus sombre. Emilie Dequenne est, comme souvent et sans surprise, formidable. Son rôle n’est pas évident, assez complexe, même un peu ingrat (elle ne tient pas le « beau » rôle). Elle est évidemment victime d’un système qui broie tout le monde (employés et clients) et qui pousse les gens à perdre leur humanité au nom du chiffre. Elle-même fait de son mieux pour survivre au quotidien, de vivre avec certaines vérités et surtout avec ce qu’elle a pu faire à plusieurs reprises. Cela dit (même s’il ne s’agit que de mon ressenti), le film ne tranche pas totalement en ce qui concerne ce personnage. Je n’ai pas l’impression que Marc Fitoussi essayait de la victimiser à 100%, qu’il montre qu’elle a tout de même sa part de responsabilité et qu’on n’est pas si sûrs qu’elle changera (même si elle dit qu’il y en aura). C’est surtout Jeanne Jestin (qu’on a pu voir dans Le Passé d’Asghar Farhadi) qui bluffe à chacune de ses apparitions (espérons que nous continuerons à la voir au cinéma, elle est prometteuse). Elle parvient à montrer les différents aspects de sa personnalité, qui évolue via l’adolescence : elle est à la fois solaire (ses habits assez colorés, qui tranchent avec un univers assez froid, semblent le confirmer), naïve, combative, idéaliste et lucide. Enfin, les seconds rôles sont également très bons, que ce soit Nelly Antignac et Camille Chamoux, parfaites en pestes de service (la caricature fonctionne merveilleusement bien !) ou encore Annie Grégorio qui est toujours plaisante avec son phrasé et surtout son accent chantant !

Maman a tort : Photo Emilie Dequenne, Jeanne Jestin

Célibataire, mode d’emploi

réalisé par Christian Ditter

avec Dakota Johnson, Rebel Wilson, Alison Brie, Leslie Mann, Damon Wayans Jr., Anders Holm, Nicholas Braun, Jake Lacy…

titre original : How To Be Single

Comédie américaine. 1h50. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

Movie Challenge 2017 : Un feel-good movie

Il y a toutes sortes de manières de vivre en célibataire. Il y a ceux qui s’y prennent bien, ceux qui s’y prennent mal… Et puis, il y a Alice. Robin. Lucy. Meg. Tom. David… À New York, on ne compte plus les âmes en peine à la recherche du partenaire idéal, que ce soit pour une histoire d’amour, un plan drague… ou un mélange des deux ! Entre les flirts par SMS et les aventures d’une nuit, ces réfractaires au mariage ont tous un point commun : le besoin de redécouvrir le sens du mot célibataire dans un monde où l’amour est en constante mutation. Un vent de libertinage souffle de nouveau sur la ville qui ne dort jamais !

Célibataire, mode d'emploi : Photo Dakota Johnson, Rebel Wilson

Christian Ditter n’est pas pour moi un nom inconnu : c’était lui qui avait réalisé la sympathique comédie romantique Love, Rosie (avec Lily Collins et Sam Claflin), une adaptation d’un roman de Cecilia Ahern directement sorti en dvd chez nous. C’est principalement pour cette raison que j’ai voulu regarder Célibataire, mode d’emploi, adapté du premier roman de Liz Tuccillo. Tuccillo est connue pour avoir travaillé sur la série de HBO Sex & the City en tant que scénariste ou pour avoir co-écrit avec Greg Behrendt Laisse tomber, il te mérite pas ! / He’s Just Not that Into You (adapté au cinéma sous le titre français Ce que pensent les hommes). Honnêtement, en dehors de ce petit argument, Célibataire, mode d’emploi me faisait plus fuir qu’autre chose : le film avait l’air d’être un mélange d’ambiance et de vulgarité pour montrer ce qu’est la femme actuelle (je m’étouffe), tout ce dont je me méfie. Les premières minutes ne m’ont pas du tout rassurée avec Rebel Wilson… qui fait du Rebel Wilson show comme un peu trop souvent. Elle emmène notre héroïne Alice, interprétée par Dakota Johnson (jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu son « talent » ou quelque chose dans ce genre-là), se déchaîner dans des clubs ou bars, se bourrer la gueule et coucher avec n’importe qui. Le film suit également parallèlement deux autres histoires secondaires. D’un côté, Lucy (Alison Brie) croise constamment la route de Tom, ce dernier finissant par tomber amoureux d’elle. De l’autre, on s’intéresse à la grande soeur d’Alice, Meg (Leslie Mann), un médecin qui pense avant tout à sa carrière à sa vie personnelle. Jusqu’au jour où devenir mère devient une obsession. Célibataire, mode d’emploi n’est finalement pas la grosse daube prévue. Certes, on ne va pas se mentir : c’est pas la comédie du siècle, loin de là. En même temps, je ne pense pas que le film prétend révolutionner quoi que ce soit. Cela dit, il tente de proposer un propos différent à travers le portrait plus ou moins croisé de quatre femmes. Et ce propos en question est plutôt positif pour la représentation de la femme d’aujourd’hui. Comment une femme peut-elle être heureuse tout en préservant son indépendance ? Etre en couple est-il alors compatible avec cette indépendance ? En partant sur quatre portraits de femmes de 25 à 40 ans environ (même si encore une fois le film privilégie davantage l’histoire d’Alice), Célibataire, mode d’emploi montre les différentes possibilités d’un épanouissement de la femme moderne sans être prisonnière de sa vie amoureuse.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Alison Brie

Alice enchaîne les histoires amoureuses mais comprend qu’elle peut être heureuse sans hommes (la demoiselle devenant dépendante affective), les relations amoureuses n’étant pas toujours source de bonheur. Robin, elle, privilégie clairement le travail et les amitiés à l’amour : c’est ça qui la rend heureuse. L’amitié est aussi une belle valeur qu’on ne doit pas négliger. Meg pense que le bonheur réside dans le célibat et finit par confondre indépendance et solitude. Elle a fini par nier ses propres désirs, s’enfermant dans ses convictions.  Bref, on peut être une femme indépendante, en étant épanouie dans un travail passionnant tout en ayant envie de maternité. Grâce au personnage de Meg, sans tomber dans la contradiction, le film a le mérite de ne pas être culpabilisant envers certaines femmes et ne tombe pas dans de l’extrémisme. Le casting est plutôt bon. On ne va pas dire que les acteurs vont remporter un Oscar, les personnages ne sont pas non plus d’une grande profondeur mais ils sont tous bons pour ce genre de film assez léger. Leurs personnages sont plutôt attachants. Dakota Johnson m’avait agacée voire même inquiétée dans la saga Cinquante Nuances. Finalement, elle ne sort pas si mal. Elle est plutôt fraîche et attachante dans le rôle de cette jeune femme qui cherche finalement le bonheur et la liberté. Comme je le disais au début, Rebel Wilson fait du Rebel Wilson. Je l’aime bien mais il faut avouer qu’elle se répète au fil des films. Cela dit, alors que ça partait plutôt mal, son personnage devient plus intéressant. Elle n’est pas uniquement une fêtarde déjantée qui aime bien coucher à droite et à gauche. La fin, qui permet d’en savoir définitivement plus ce personnage, m’a par ailleurs surprise. Alison Brie est toujours aussi pétillante et confirme bien ici son potentiel. Son duo avec Anders Holm fonctionne avec elle et là encore son personnage surprend, le film montre de nouveau qu’il n’est pas aussi prévisible qu’il en a l’air. Enfin, Leslie Mann est certainement celle qui se détache pour moi du lot (même si encore une fois le reste du casting est plutôt bon). Certes, Célibataire, mode d’emploi ne frappe pas nécessairement pour ses qualités cinématographiques – même si globalement le travail (par rapport à ce qu’on attend de ce type de production) reste très correct. Il est certain qu’il vise au premier abord un public féminin. Il s’agit d’un sympathique film, bien rythmé, plutôt divertissant, qui n’est pas aussi tarte qu’il en a l’air même s’il n’est pas non plus révolutionnaire. J’aimerais bien connaître l’avis des mecs mais je n’ai pas eu l’impression que le public masculin était si négligé que ça.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Leslie Mann

Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Félix Moati, Carole Franck, Philippe Rebbot…

Comédie dramatique française. 1h42. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Movie Challenge 2017 : Un film engagé

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Hippocrate : Photo Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Reda Kateb

Présenté au festival de Cannes 2014 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, Hippocrate est un film qui semble marquer une frontière entre le film social et « autobiographique ». En effet, avant de se lancer dans le cinéma, le réalisateur Thomas Lilti était médecin et fils de médecin comme Benjamin, le personnage principal de ce long-métrage (Benjamin étant aussi au passage le second prénom du réalisateur). Lilti a aussi tenu à tourner dans l’ancien hôpital dans lequel il travaillait. La médecine est un sujet qui obsède encore le réalisateur (son dernier film étant Médecin de campagne). Par ailleurs, certaines vraies infirmières apparaissent au casting pour accentuer encore plus la crédibilité du récit. Mais on ne peut pas limiter Hippocrate à cet aspect très réaliste, à ce vécu qu’on ressent sans cesse, même si cette dimension est effectivement à prendre en compte par rapport à ce que le réalisateur a voulu pointer du doigt. Justement, ce long-métrage se présenterait avant tout comme un cri d’alarme : nous savons tous que les hôpitaux français se portent mal (nous n’avons pas attendu Hippocrate pour savoir ça). Comme dans beaucoup de milieux, on préfère privilégier le profit à la qualité et surtout à l’humanité. J’ai toujours été très sensible aux films engagés, appartenant au cinéma social, dénonçant les travers d’un pays ou d’un système. Je suis sensible au propos même de Hippocrate. J’adhère au propos mais pas nécessairement à la proposition « artistique » : ce n’est pas parce qu’on signe un film social, très réaliste, parfois proche du documentaire, qu’on doit négliger certains points. Déjà, pour être honnête, je me suis énormément ennuyée (en dehors de la fin, là au moins elle a su susciter un minimum mon intérêt). Cela paraît vraiment regrettable de ressentir ce type de désagrément alors que le film tend justement à nous montrer le rythme infernal du personnel. Je ne suis pas entrée dans le récit alors que paradoxalement on débute directement à l’hôpital en suivant Benjamin, ce jeune interne. Le spectateur est alors dans la même situation que Benjamin : on découvre en même temps que lui le réel fonctionnement d’un hôpital et ses petits secrets (notamment dans les moments de détente). Je comprends la démarche du réalisateur lorsqu’il nous montre différents moments : dans la vie d’un hôpital, il se passe forcément des événements sans lien les uns avec les autres. Mais je trouve que le film manque tout de même de fil rouge. Il arrive assez tard dans le film, ce qui rend le tout encore plus décousu, comme si les débats lancés (notamment sur l’euthanasie) sortaient de nulle part.

Hippocrate : Photo Vincent Lacoste

Même la toute fin semble bâclée, comme si les dernières minutes  du film n’avaient servi à rien. De plus, si j’applaudis le côté « réaliste », certaines scènes (notamment à la fin) m’ont paru très exagérées. J’ai même cherché des avis de médecin et d’internes : si beaucoup s’accordent sur la retranscription réaliste de leur profession, pas mal d’entre eux (même ceux qui ont apprécié le film) ont également trouvé cette fin pas toujours très crédible. Bref, le scénario m’a paru confus, ne laissant pas réellement les personnages exister à l’écran. Seul le personnage d’Abdel est intéressant et se détache du lot. Il faut aussi souligner au passage l’excellente interprétation de Reda Kateb qui avait remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. Je suis un peu plus sceptique concernant Vincent Lacoste. J’aime bien ce jeune acteur qui fait du bien au cinéma français, il ne joue pas si mal dans Hippocrate (même si sa nomination aux César me parait excessive). Mais je ne l’ai pas trouvé très à l’aise. J’aime bien son air à la ramasse mais là je ne sais pas s’il correspond réellement au personnage qu’il incarne (personnellement, malgré tout le bien que je pense de lui, je n’aimerais pas me faire soigner par Lacoste !). En plus, il fait vraiment jeune : son physique ne l’aide pas à s’approprier de son personnage me semble-t-il. Je ne parle même pas des seconds rôles vraiment invisibles, notamment celui tenu par Jacques Gamblin, qui incarne le père du héros. Or, dans le scénario, il y a, me semble-t-il, une piste concernant le lien entre père et fils dans le milieu professionnel et même une esquisse sur les magouilles que cette relation peut entraîner dans le monde du travail, en l’occurrence ici dans la médecine. De plus, si le travail concernant ce point n’a rien de honteux (surtout dans le cadre d’un film qui se veut réaliste), la mise en scène ne m’a pas non plus réellement totalement convaincue (j’avais parfois l’impression de regarder un téléfilm) même si on peut de nouveau reconnaître qu’elle capte bien l’urgence permanente dans un hôpital. Bref, l’ensemble est donc certainement assez réaliste, le message certainement fort et important mais il ne se passe rien. Je ne parle pas ici que de scénario qui m’a semblé assez vide, je parle de ressenti global. J’entends la colère du réalisateur mais je ne l’ai pas nécessairement ressentie. Et plus généralement, je n’ai pas ressenti d’autres types d’émotions. Encore une fois, je ne pense pas que son statut pseudo documentaire doit tout excuser. Il y a d’autres films qui s’inscrivent grosso modo dans la même veine et qui ont su provoquer chez moi beaucoup plus d’émotions et de réactions que celui-ci.

Hippocrate : Photo Reda Kateb

Where to Invade Next

réalisé par et avec Michael Moore

Documentaire américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 septembre 2016

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Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Présenté dans plusieurs festivals (Toronto, Berlin, Deauville…), probablement dans la liste des prochains nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleur documentaire » (le contraire me décevrait), Where to invade next marque le retour de Michael Moore devant et derrière après six années d’absence. Le bonhomme est toujours aussi engagé et surtout aussi critique envers son pays d’origine, les Etats-Unis. A partir de son expérience personnelle et de ses voyages, Michael Moore se met en scène : comment peut-il aider le gouvernement américain à améliorer les conditions de vie de ses citoyens et plus généralement son système ? Comme on dit, l’herbe est toujours plus verte ailleurs ! Le réalisateur de Bowling for Columbine part alors dans différents pays Européens (ainsi qu’en Tunisie) afin de leur piquer leurs bonnes idées pour les redonner aux Américains : le travail (et tout ce qui va avec, notamment les congés payés) en Italie, l’école du bonheur en Finlande, les bonnes cantines en France, l’université gratuite en Slovénie, le travail de mémoire pour aller de l’avant en Allemagne qui traite bien ses employés au travail, les prisons en Norvège (qui interrogent aussi sur la question de la peine de mort), la chute des banquiers et la lutte des femmes en Islande,  l’interdiction de condamner toute personne possédant de la drogue (et en proposant de les aider à ne plus être dépendant) au Portugal ou encore le printemps arabe en Tunisie. Certains points sont évidemment discutables lorsqu’on en connait certains. On sait par exemple, de notre point de vue français, que les cantines dans l’Hexagone ne sont pas toutes excellentes comme celle présentée dans le film (qui se situe en Normandie). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement à tout prix ce film, cela ne m’a pas gênée pour plusieurs raisons. La première est que Michael Moore assume clairement (en le disant même assez tôt dans le film, après son escapade en Italie) ce choix : il ne va évidemment pas montrer les failles (heureusement sinon on ne s’en sortirait plus) ou les choses qui ne vont pas dans les pays que je viens de citer. Il sait qu’on ne vit pas dans le monde des Bisounours. Il a l’air candide mais tout ça reste de la mise en scène complètement assumée. Cela nous pousse alors à notre deuxième point : même s’il y a des choses certainement imparfaites dans n’importe quel pays, il faut savoir relativiser lorsqu’on sait que l’on possède des choses plus positives qu’ailleurs, même lorsque cet ailleurs fait rêver tout le monde (ou presque). Ce que je veux dire est que même une cantine médiocre en France restera meilleure qu’une cantine moyenne américaine.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Troisièmement, et c’est peut-être le point le plus important à retenir, le but est d’exposer clairement sa critique envers les Etats-Unis et de poser de bonnes questions pour pouvoir changer son pays. Surtout Michael Moore parvient répondre à sa problématique de base : peut-on améliorer le système américain en piquant des idées aux autres ? La réponse va alors bien plus loin qu’un simple oui ou non. Le film a beau être critique envers les Etats-Unis (ce qui n’est pas une surprise venant de Michael Moore), il est pourtant étonnamment optimiste. Là encore dit comme ça on pourrait avoir l’impression d’être dans le pays des Bisounours. Mais le message est réellement fort : les Etats-Unis ont les cartes en main depuis très longtemps, les autres n’ont fait que piquer leurs idées qu’ils n’ont pas su mettre en place ! Le discours de Moore, évidemment appuyé par sa part de mise en scène qui séduira certains (dont moi) tout comme il pourra énerver d’autres spectateurs, m’a séduit et m’a paru pertinent. Je dois même admettre que j’ai eu l’impression d’élargir mon champ de vision en ce qui concerne certains points (notamment sur l’esclavage moderne dans les prisons américaines, je n’avais jamais étudié cette question de cette manière !). Surtout, au-delà d’une réelle réflexion, les séquences provoquent diverses réactions dans le sens où on passe volontiers du rire (notamment avec un Michael Moore faussement étonné par ses découvertes – que ce soit face aux cantines françaises sans fast-food et Coca ou en Italie avec les congés payés) à de l’émotion (je pense par exemple à la rencontre du père d’un des garçons tués par le monstrueux et glaçant Anders Breivik). Les rencontres entre les différents intervenants (politiciens, patrons, travailleurs, enfants, étudiants, prisonniers etc… bref, c’est assez varié comme vous pouvez le constater) sont également très enrichissantes. Le tout a beau durer deux heures, le temps passe très vite, l’ensemble est rythmé ça ne m’a pas paru barbant ou quoi que ce soit de ce genre. Il faut dire qu’au-delà d’un discours que j’ai trouvé passionnant et un Michael Moore toujours attachant, le montage est assez bien foutu, les plans soignés et surtout il y a une logique entre les différents voyages, une réelle connexion entre chaque pays et thèmes abordés. La pédagogie n’a alors absolument rien d’un gros mot, bien au contraire. Where to invade next est, malgré des reproches possibles à faire selon le point de vue, un documentaire passionnant, original et rafraîchissant.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Toni Erdmann

réalisé par Maren Ade

avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Witterborn…

Drame allemand, autrichien. 2h42. 2016.

sortie française : 17 août 2016

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Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

Toni Erdmann : Photo Sandra Hüller

Tout d’abord, je voulais remercier Baz’art ainsi que Haut et Court pour m’avoir fait gagner des places de cinéma m’incitant à aller découvrir Toni Edrmann. Il  le troisième long-métrage de la réalisatrice allemande Maren Ade (Everyone Else), semble avoir séduit la presse et le public présents au dernier festival de Cannes (comme le soutient ardemment la phrase d’accroche pas du tout discrète sur l’affiche française) au point que beaucoup le voyaient remporter la Palme d’or. Mais le jury présidé par George Miller en a décidé autrement en ne lui donnant aucune récompense au palmarès. Des rumeurs – qui me semblent crédibles après avoir découvert le film – prétendent même que le réalisateur culte de Mad Max aurait détesté cette oeuvre allemande. Je n’ai pas détesté, cela dit, je comprends (quel que soit le spectateur) un avis aussi tranchant. Ca m’a frustrée de ne pas avoir autant aimé que prévu. Commençons par le constat général de beaucoup de spectateurs (fans ou non du film) ont fait : la longueur. 2h40 c’est quelque chose. Et ça me faisait peur. A juste titre. La longueur est pour moi ce qui tue tout le potentiel évident de ce long-métrage. Je précise que j’ai tout de même réussi à regarder le film en entier, j’ai vu également des films bien plus chiants que celui-là. Je n’arrive même pas à dire si je me suis réellement ennuyée, ce n’est pas nécessairement le sentiment qui est ressorti le plus à la fin de ma séance. Mais pourtant oui, j’ai bien senti ce sentiment de trop. Je ne comprends pas comment Maren Ade a pu arriver à signer un film aussi long, à étirer pratiquement toutes ses scènes. Il y a des fois où c’est certainement justifié, un choix assumé mais, comme beaucoup d’éléments dans ce film, il finit par se retourner contre lui et « tue » le film. En effet, la longueur peut éventuellement créer des situations drôles, la plupart du temps des situations de gêne voire même de réel malaise, ce qui crée des scènes réellement intéressantes et réussies. Parfois la réussite des scènes réside dans des petits détails qui peuvent sembler très secondaires (du genre voir les bêtises du père dans un arrière-plan alors que la fille est en pleine conversation sérieuse avec un de ses collègues). Après il va falloir être clair : la presse a évoqué un film hilarant, à se pisser dessus et tout ça. On va remettre les points sur les « i » : certes, il y a des scènes drôles (la scène du restaurant par exemple ou encore la fameuse scène de la fête à poil). Il y a donc des scènes qui mettent à l’aise mais qui sont drôles. C’est déjà ça (en tout cas pour moi car il n’y a rien de plus subjectif que l’humour). Mais ce n’est pas une comédie.

Toni Erdmann : Photo Peter Simonischek

Toni Edrmann est un drame avec des scènes drôles (enfin parfois) parce que le spectateur ressent le malaise entre deux êtres différents qui s’aiment mais qui ne parviennent pas à communiquer ni à se comprendre. Avant de poursuivre (et de tenter d’enchaîner car j’ai l’impression qu’il y a 3000 trucs à dire sur ce film, désolée si ce billet paraît bordélique !), il faut revenir sur cette fameuse longueur, vraiment problématique : des scènes semblent s’étirer inutilement. Je pense notamment à cette scène interminable de présentation au travail entre Ines et son boss où on a l’impression d’assister à un cours d’économie. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, on imagine que cela avait certainement un intérêt pour Ade, pour créer une ambiance ou même dire quelque chose, sauf qu’on a vraiment hâte de passer à la scène suivante, de voir les personnages et plus généralement l’histoire évoluer. En fait je dirais que c’est même frustrant comme si les choix de Maren Ade se retournaient sans cesse contre son film. Evidemment que le travail d’Ines en Roumanie est important dans le déroulement du scénario mais aussi pour dresser les portraits des personnages et par conséquent l’opposition (qui ne m’a pas semblé manichéenne, ce qui est un bon point et pourtant vu la description, ce n’était pas gagné) entre Ines et Winfried / Toni. Le père est un baba cool qui aime s’amuser et surtout se déguiser et rire. Il est également proche des gens en dépit des différences culturelles et sociales (je pense à cette scène, qui m’a pourtant fortement ennuyée pour des raisons de rythme, durant laquelle Toni, avec Ines, rencontre des Roumains qui viennent tout juste d’être licenciés plus ou moins par sa faute). Ines est une femme assez froide, clairement dépressive (plus que son père – beaucoup de critiques sont allées sur ce terrain mais je ne l’ai pas perçu si dépressif que ça, ce n’est pas pour moi le terme le plus approprié), au bord du burn-out, qui a des relations sexuelles malsaines (la scène en question n’est pas non plus très réussie) et tente de se faire respecter par ses collègues masculins (en affirmant de ne pas être féministe) dans un milieu sexiste. Pire : son travail, dans lequel elle ne prend évidemment jamais conscience des Roumains qui l’entourent, consiste à licencier des gens. Bref, Ines est une représentation du capitalisme à elle seule tandis que son père veut détourner ce système par le rire, s’en moquer même. Il y a de bonnes idées, des choses à dire sur notre monde (qui a forcément évolué – il y a un « clash » de générations), si triste, coincé et malsain à la fois, lui-même une grosse farce, au point qu’il peut rendre distants des gens qui s’aiment, qui partagent le même sens.

Toni Erdmann : Photo Sandra Hüller

La réalisatrice, bonne observatrice, veut raconter quelque chose et même plusieurs choses et parfois elle s’y prend bien dans cet ensemble assez confus pas aussi intense et émouvant que je l’aurais imaginé (même si j’admets que la scène d’embrassade – présente sur l’affiche – est touchante). Elle a réussi à éviter une opposition bête et simple entre les deux personnages. Le portrait des personnages ne déçoit pas. Ca a l’air très caricatural comme ça mais pourtant à l’écran les personnages ont leur complexité, j’ai même réussi à les apprécier malgré la dureté des portraits dressés. Après il faut le dire aussi : Peter Simonischek et Sandra Hüller sont tous les deux excellents ! Ce n’était pas facile d’interpréter pour le premier un personnage deux en un j’ai envie de dire, notamment en montrant la part de comédie lorsqu’il devient Toni Edrmann. Pour Hüller, comme je l’ai raconté plus haut, elle incarne un personnage antipathique et pourtant son interprétation ne fige pas son personnage, on croit encore un minimum en son humanité. De plus le duo fonctionne bien : malgré les oppositions entre les deux personnages, une distance même entre eux, il y a bien une complicité qui apparaît dans le sens où j’ai cru à leur relation familiale. Cela dit, encore une fois, l’écriture (au sens large) reste parfois fragile. Les bonnes idées ne font pas tout. On a l’impression qu’Ade veut en faire trop détailler son histoire et paradoxalement ne raconte pas grand-chose ni n’informe réellement les spectateurs sur les personnages, notamment sur leur passé. Pire : je me suis presque dit, à la fin du film, « tout ça pour ça ». Je ne vais pas révéler la fin mais ceux qui l’ont vu me comprendront en ce qui concerne l’évolution des personnages et de l’histoire. Se taper 2h40 pour arriver à cette conclusion, ça fout limite les boules ! Vraiment, quitte à se répéter, on en vient toujours au même point : la longueur. J’ai également été déçue par la mise en scène pas à la hauteur des ambitions de la réalisatrice. Esthétiquement, là encore, les choix adoptés sont à double tranchant. Maren Ade a voulu privilégié des tons ternes, logiquement associés à la déprime et la mélancolie, mais aussi à l’environnement économique. Mais ça reste tout de même moche visuellement, on a limite l’impression de regarder un téléfilm. Pourtant, je ne suis pas du genre à critiquer l’esthétique ou à être trop exigeante, surtout dans ce type de production. Mais là ce point gênant m’a réellement frappée. Toni Edrmann est donc un film ambitieux, porté par de belles interprétations (pour moi, seuls des prix d’interprétation auraient pu être acceptés) et des répliques souvent drôles (même si le film n’a rien d’une comédie contrairement à ce qui a été vendu) mais qui reste fragile sur de nombreux points, notamment dans son croisement entre le grotesque et la réalité.

Toni Erdmann : Photo Peter Simonischek, Sandra Hüller

99 Homes

réalisé par Ramin Bahrani

avec Andrew Garfield, Michael Shannon, Laura Dern, Tim Guinee, Noah Lomax, J. D. Evermore…

Drame américain. 1h47. 2014.

sortie française (e-cinema) : 18 mars 2016

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Rick Carver, homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash, père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles.

99 Homes : Photo Andrew Garfield, Michael Shannon

99 Homes a remporté le Grand Prix au festival américain de Deauville et a permis à Michael Shannon de décrocher des nominations aux Golden Globes et Screen Actors Guild Awards (et dommage qu’il n’est pas été nommé aux Oscars au passage). Pourtant, encore une fois (parce que c’est en train de devenir une mauvaise habitude), nous ne comprenons pas comment ce film n’ait pas réussi à avoir une sortie convenable au cinéma et se retrouve avec une sortie en vod (plus précisément en e-cinema). Il ne méritait pas un tel sort. Je suis en tout cas ravie d’avoir découvert ce petit bijou issu du cinéma indépendant américain. 99 Homes est un film coup-de-poing sur une triste réalité : les désastres du marché immobilier sur la population américaine. Ca fait vraiment mal au coeur de voir toutes ces familles expulsées de chez elles pratiquement du jour au lendemain. Le réalisateur Ramin Bahrani (dont je ne connaissais pas le travail jusqu’à présent) a su saisir toute la violence d’une telle situation, qui se déroule tous les jours aux Etats-Unis. On est très loin du fameux rêve américain qui s’effondre rapidement. Ou alors ce rêve américain est bâti à partir de faits douteux et immoraux et atteint vite ses limites. Richard Carver et Dennis Nash, initialement des victimes de ce système immobilier (même si Carver peut d’emblée incarner le « méchant » de l’histoire étant donné qu’il entraîne Nash dans cette spirale), incarnent la face sombre de ce rêve américain. Richard Carver est une pourriture, et c’est bien le cas, on ne va pas se mentir, mais son portrait permet pourtant d’éviter un manichéisme qui aurait pourtant pu exister (et l’interprétation de l’excellent et charismatique Michael Shannon apporte un véritable plus dans la construction de son personnage). On s’aperçoit que, comme Nash (incarné par Andrew Garfield, qui livre également une très bonne interprétation), des choses l’ont motivé à tenter sa chance quitte à exploiter les autres et à en subir les conséquences (une vie de famille désastreuse, la peur d’être en danger au quotidien etc…). C’est d’ailleurs pour cette raison que le scénario est intéressant : Nash passe du statut de victime à celui de coupable, comme l’a certainement été Carver (même si chez lui cela a pris des proportions extrêmes et qu’il n’a pas de scrupules à faire ce travail) : tout le monde peut franchir cette barrière immorale pour subvenir aux besoins de sa famille (Nash étant père célibataire et vit avec sa mère) et même pour obtenir plus c’est-à-dire se laisser séduire par une vie beaucoup plus confortable.

99 Homes : Photo

L’opposition entre les personnages, encore une fois pas aussi manichéenne qu’elle en a l’air (pour reformuler, je dirais qu’il s’agit plutôt de deux facettes sur une idéologie), permet aussi d’interroger sur une question qui nous concerne finalement tous, même si on ne s’intéresse pas plus que ça aux problèmes immobiliers. En effet, d’un côté, Richard Carver considère les maisons ni plus ni moins comme « des boîtes », il a une image plus matérielle d’une habitation tandis qu’au début Nash et le reste de sa petite famille (la mère est incarnée par une formidable Laura Dern et le petit Noah Lomax s’en sort également bien) sont attachés à la représentation sentimentale d’un lieu. L’injustice de cette situation sociale n’est pas uniquement soulignée par l’attitude perverse de Carver ni par la représentation difficile de ces expulsions. L’injustice sociale est exposée comme un tourbillon impossible à s’en sortir, surtout si on fait partie des fameux « 99 % ». On ressent de A à Z ce cercle vicieux et le réalisateur va au bout de ses idées. 99 Homes parvient donc à montrer la face sombre d’une triste réalité sociale (la crise des subprimes) grâce à un scénario remarquablement bien écrit. Il y a en fait une sorte de mélange entre fiction et réalité qui fonctionne et qui pourrait même réconcilier certains spectateurs avec le drame social. La fiction est évidemment le moteur de ce film parce que les personnages, pourtant complexes, restent identifiables par leur statut, leurs actions et leurs différentes motivations. De plus, les rebondissements fonctionnent également comme si le film n’était pas construit comme un drame social mais presque par moments comme un thriller (même s’il ne s’agit pas d’un thriller), ce qui donne un véritable souffle et une énergie non négligeable. Mais la réalité sociale qui retombe bien sur la gueule des personnages et des spectateurs permet au film de trouver un juste équilibre dans le traitement de son sujet. Par ailleurs, la mise en scène est cohérente les intentions narratives. Elle est à la fois soignée et efficace, voire même nerveuse, se permettant des scènes techniquement moins cadrées pour pouvoir cerner l’action. S’il y a quelques petites libertés dans le cadrage dans certaines scènes, on est très loin des mauvais tics du cinéma indépendant US qui peuvent agacer habituellement. Ce sont la maîtrise de la mise en scène et le scénario inspiré qui permettent de donner en grande partie du rythme au film qui ne comporte par ailleurs aucune longueur. Ambitieux, accessible, profond et cynique à la fois, 99 Homes est pour moi un grand film marquant et bouleversant sur notre monde qu’il faut absolument découvrir.

99 Homes : Photo Michael Shannon

Steve Jobs

réalisé par Danny Boyle

avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels, Michael Stuhlbarg, Katherine Waterston, Perla Haney-Jardine, Ripley Sobo, Makenzie Moss, Sarah Snook, John Ortiz…

Drame, biopic américain. 2h. 2015.

sortie française : 3 février 2016

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Dans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser un portrait intime de l’homme de génie qui y a tenu une place centrale.

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender

Depuis son décès en octobre 2011, Steve Jobs est devenu le personnage de deux biopics : un premier intitulé Jobs réalisé par Joshua Michael Stern avec Ashton Kutcher dans le rôle-titre (je ne l’ai pas vu mais je n’entends que du mal) et le second (donc abordé dans cette chronique) avec Steve Jobs réalisé par Danny Boyle, scénarisé par Aaron Sorkin (scénariste de The Social Network, Le Stratège ou encore la série A la maison-Blanche) avec l’excellent Michael Fassbender dans le rôle tant convoité (et nommé pour aux Oscars pour sa performance). J’aime beaucoup les films de Danny Boyle, The Social Network de David Fincher m’avait également énormément plu, je suis une fan de Fassbender et sans être une accro à la technologie, Steve Jobs est un personnage public intéressant : quatre arguments qui m’ont permis d’aller voir ce deuxième biopic. Hélas, malgré ma bonne volonté, je n’ai pas tout accroché. Cela est vraiment regrettable car pourtant, sur le papier, il y a beaucoup de bonnes choses. En effet, Steve Jobs a le mérite de ne pas tomber dans la construction banale présente dans la majorité des biopics, c’est-à-dire (pour caricaturer) : naissance, découverte du « don », gloire, chute, problèmes familiaux/existentiels, rédemption, mort. Il est construit en trois parties qui représentent en réalité trois périodes phares de Jobs : le lancement du Macintosh en 1984, celui de NeXT Cube en 1988 et celui de l’iMac en 1998. Il reprend alors clairement la structure d’une pièce de théâtre voire même d’un opéra. Le choix est logique : chaque lancement est un show, le personnage de Jobs a quelque chose de tragique et en même temps le scénario, qui se base sur la biographie écrite par Walter Isaacson, ne montre que la préparation de ces shows, les coulisses pour être exacte. Hélas, si je souligne les bonnes intentions et de l’audace, je suis restée totalement en dehors de ce film qui m’a plus ennuyée et fatiguée qu’autre chose. Dès les dix premières minutes, j’ai senti que je n’allais pas du tout accrocher et je ne me suis pas trompée. Je n’ai rien contre les longs dialogues mais là je ne comprenais rien ce que les personnages racontaient. C’était comme si je m’étais incrustée au coeur d’une conversation qui ne me concerne pas du tout ou comme si j’étais face à un gros bug informatique !

Steve Jobs : Photo Kate Winslet

Il faut dire qu’on rentre dans l’histoire in medias res, ce qui m’a gênée dans ce cas. En effet, comme tout le monde, je connais Jobs et certains de ses collaborateurs, et certains produits mais pas non plus à fond ! Personnellement, je me suis sentie écartée de ce projet, je ne parvenais pas à tout comprendre, ni les enjeux ou ni les brouilles entre les personnages, il y a des moments qui ne m’ont pas semblé si clairs que ça. Je ne sais pas si c’est lié à ce flot de paroles, mais j’ai en tout cas trouvé du coup l’écrite, pourtant à l’origine ambitieuse, très surfaite. En réalité, j’ai finalement trouvé tout le film très surfait. La mise en scène est pourtant bonne, les plans soignés (même si, comme souvent chez Boyle, ça devient clippesque), le montage bien exécuté (même si ce dernier m’a encore plus saoulée et perdue) pourtant mais j’ai trouvé l’ensemble pourtant superficiel, ne mettant pas en valeur ni les personnages ni (et surtout) le propos. Steve Jobs veut reprendre les codes du théâtre et de l’opéra mais n’a ni la grâce ni la puissance de ces disciplines artistiques. De plus, je dois avouer que je ne comprends pas bien cette sorte d’acharnement envers Jobs. Attention, je précise ma remarque : les biopics ne sont pas là pour dire que du bien d’un personnage public. Bien sûr qu’ils peuvent et même doivent montrer leurs zones d’ombre. Et bien sûr que Steve Jobs en avait beaucoup : il refusait de reconnaître sa fille, était très arrogant, prétentieux, refusait d’admettre ses torts, a des rapports durs avec ses collaborateurs. Encore une fois, je ne suis pas une pro-Steve Jobs, je ne fais pas cette remarque pour défendre à ce type cet homme, loin de là, puisque je n’étais pas une de ses fans. Mais là, le portrait de cet homme n’est plus uniquement sombre et même antipathique. Je n’ai finalement pas compris pourquoi le réalisateur et/ou le scénariste pourquoi ils ont choisi ce personnage public en particulier pour raconter leur histoire, on a presque l’impression de voir un règlement de compte au bout d’un moment. Cependant, j’ai tout de même aimé les interprétations, toutes justes, de Michael Fassbender en Steve Jobs, Kate Winslet dans le rôle de Joanna Hoffman (partenaire de travail et confidente de Jobs), Seth Rogen en Steve Wozniak (une interprétation qui pourra surprendre pour un acteur habitué à un registre comique), Michael Stuhlbarg en Andy Hertzfeld ou encore Jeff Daniels en John Sculley. Le casting est très cohérent et je comprends les nominations aux Oscars (ou autres cérémonies/académies) de Fassbender et Winslet qui me paraissent justifiées. Cela dit, étant donné que Winslet semble être bien partie pour remporter son deuxième Oscar (vu qu’elle a déjà gagné le Golden Globe et le BAFTA), sans remettre en question la qualité de son travail, j’avoue que son interprétation ne m’a pas non plus bluffée, pas au point d’être sacrée.

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender, Seth Rogen

La Loi du Marché

réalisé par Stéphane Brizé

avec Vincent Lindon, Xavier Mathieu, Karine de Mirbeck…

Drame français. 1h33. 2015.

sortie française : 19 mai 2015

La Loi du marché

À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ?

La Loi du marché : Photo

Présenté au dernier festival de Cannes présidé par les frères Coen, La Loi du Marché a rencontré un joli succès pour être un film pas forcément attrayant pour le grand public : plus de 940 000 spectateurs se sont déplacés dans les salles obscures. Il faut dire que le prix d’interprétation masculine de Vincent Lindon (vraiment émouvant quand il l’a reçu), acteur chouchou de Stéphane Brizé (il avait joué dans ses précédents longs-métrages, Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps) a certainement aidé ce film a rencontré ce succès mérité. La « particularité » de ce long-métrage est le fait que ce cher Vincent Lindon est le seul acteur professionnel de la distribution. En effet, pour être plus précise, les acteurs non professionnels interprètent des personnages qui occupent la même place professionnelle en dehors du tournage. Par exemple, ce sont de véritables employés de supermarchés que l’on voit à l’écran. On trouve même au casting Xavier Mathieu, délégué syndical de la CGT (comédien depuis 2010, on l’a vu par exemple dans Ma part du gâteau de Cédric Klapisch ou encore dans les séries Profilage et Candice Renoir) pour renforcer ce côté réaliste, proche de ce qui passe vraiment dans le quotidien d’une partie des Français. Vincent Lindon livre une interprétation remarquable dans le sens où il ne bouffe pas la prestation des autres acteurs, il ne se sent pas au-dessus, au contraire, on a même l’impression que son jeu valorise les autres acteurs. Surtout, sans en faire des caisses, il réussit à donner de la force et de la dignité à ce personnage que le système veut pourtant écraser. C’est justement ça la réussite de ce film : la manière de décrire le monde du travail et le système capitaliste est réussie dans le sens où on a l’impression d’être dans une sorte d’odyssée. Le réalisme mis en avant par une approche presque documentaire pourra dérouter certains spectateurs, voire même les agacer. Après tout, on pourra toujours demander au réalisateur pourquoi il n’a pas réalisé directement un véritable documentaire, surtout quand on sait que Brizé s’est entouré de certains techniciens « spécialistes » du documentaire : par exemple, le chef opérateur du film n’avait jamais travaillé sur des fictions.

La Loi du marché : Photo

Avec le recul, je pense que Stéphane Brizé a voulu souligner, grâce à la fiction, toute l’absurdité même de ce système. Certaines scènes semblent surréalistes (je pense notamment à la scène avec la banquière qui propose au personnage incarné par Lindon qui lui conseille de prendre une assurance-vie « afin d’envisager l’avenir plus sereinement après sa mort ») et en même temps on ne peut pas s’empêcher de se dire à quel point tout ce qu’on voit à l’écran est véridique et n’est même pas exagéré. Plus réussi encore, c’est la manière de voir à quel ce système bouffe tout le monde : il n’y a pas que les patrons qui profitent de ce système et perdent toute notion d’humanité : même des individus qui appartiennent à la même catégorie sociale que Thierry veulent profiter du système quitte à écraser le personnage principal du film (souvenons-nous de la scène du camping-car pour ne citer que cet exemple-là). Comme l’avait également dénoncé la (bonne) comédie sociale Discount de Louis-Julien Petit (sorti au début de l’année), même s’il ne faut pas non plus faire de généralités, le film montre bien comment certains pions de ce système (je pense là aux vigiles et même au directeur du supermarché) pensent être au-dessus de tout le monde parce qu’on leur donne un petit peu de pouvoir (même si au final ce pouvoir est une illusion). Le film est un peu trop froid, que ce soit au niveau de la mise en scène ou par rapport au travail de lumière (le blanc est du coup très mis en avant) mais après je comprends parfaitement ce choix dans le sens où Brizé insiste vraiment sur une forme de déshumanisation à cause de ce système, disons qu’il va au bout de ses idées. La Loi du Marché est en tout cas pour moi un film à regarder ne serait-ce pour son regard pertinent et d’une grande justesse sur le monde du travail et même je dirais sur notre monde tout court dans lequel le seul moyen de lutter contre ce système est de savoir dire stop.

La Loi du marché : Photo

Girls (saison 1)

Créée par Lena Dunham

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Andrew Rannells, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Kathryn Hahn, James LeGros, Chris O’Dowd…

Série comique américaine. 1ere saison. 2012.

girlssaison1

Cette première saison met en scène quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années entrant dans la vie active et qui ont toutes leurs problèmes : Hannah Horvatz, éternelle stagiaire qui rêve de devenir écrivain et sort plus ou moins avec un garçon à la sexualité débridée, Marnie est une jeune fille sérieuse mais qui s’ennuie avec son petit ami, Jessa a fait le tour du monde et vit sa vie de « hippie » et Shoshanna est encore une étudiante fan de Sex and the City et toujours vierge.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Cela faisait un moment que je souhaitais parler de cette série mais je ne savais pas trop comment m’y prendre alors j’ai décidé de l’évoquer de temps en temps sur ce blog, en allant tout simplement de saison en saison. J’ai aussi revu cette série très récemment histoire d’avoir un nouveau regard et je dois avouer que cela a été bénéfique. En effet, même si j’avais déjà beaucoup aimé cette première saison (sinon je n’aurais pas forcément voulu regarder le reste), certaines qualités m’ont vraiment sauté aux yeux en la redécouvrant. Je ne sais pas si Lena Dunham, créatrice, mais aussi scénariste et même réalisatrice d’un grand nombre d’épisodes, avait déjà en tête le scénario pour les saisons à venir mais quand on voit tout ce qui se passe jusqu’à présent (saison 4), je trouve qu’elle a vraiment bien su rebondir et utiliser à bon escient tous les éléments mis en place dès cette première saison. La série en général n’est peut-être pas parfaite, elle ne plaira pas non plus à tout le monde, notamment pour son côté très cru (il faut dire qu’elle est produite par Judd Apatow, cela ne peut pas être un hasard), parfois Lena Dunham peut énerver pour son côté très donneuse de leçons (un peu comme son personnage Hannah d’ailleurs) mais je dois reconnaître qu’elle a un parcours admirable pour son jeune âge. Je ne vais pas trop critiquer son travail de showrunner ici car je n’ai pas trop de critiques négatives en ce qui concerne cette première saison en particulier, les critiques viendront vraiment plus tard au fil des autres saisons. Ce qui est sûr, c’est que la jeune actrice/réalisatrice/productrice, qui avait d’ailleurs décroché le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique après la diffusion de cette première saison, est une jeune femme qui sait observer et les retranscrire. Sur le papier, le résumé de Girls pourrait limite inquiéter dans le sens où on ne verrait pas forcément en quoi cette série pourrait être novatrice et surtout, avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à un énième Sex and the City. Mais justement, Girls est l’anti-Sex and the City ! Les héroïnes en question sont jeunes, paumées, ont du mal à trouver du travail, vivent des appartements miteux et ont parfois des relations sexuelles trèèès étranges !

Photo Adam Driver, Lena Dunham

Il n’est pas toujours facile d’aimer les personnages de Girls car elles ont quand même leurs défauts qui sont d’ailleurs mis de plus en plus en avant au fil des saisons. Mais quelque part, et encore une fois, en donnant une seconde chance (si on peut dire ça comme ça) à cette première saison qui m’avait déjà convaincue, j’aime aussi les personnages parce que justement elles ne sont pas parfaites et quelque part, en ce qui me concerne, je me reconnais en elles ou alors je reconnais des personnes de mon entourage. J’avoue ne pas me reconnaître en Marnie (une fille assez coincée, voire même frustrée et déjà coincée dans sa routine), c’est peut-être même le personnage que j’aime le moins, mais au fil de mes expériences, j’avoue connaître beaucoup de Marnie autour de moi, des personnages qui m’agacent ou alors je ne comprends pas forcément leur manière de vivre (même si je n’ai évidemment pas de leçons à donner). Quelque part, Marnie est un personnage réussi, assez réaliste de ce qui se passe chez pas mal de jeunes de la vingtaine (je pense par exemple à beaucoup qui sont « en couple » depuis longtemps mais à 20/22 ans sont déjà épuisés par cette longue relation). Finalement, même si encore une fois il ne s’agit pas de mon personnage préféré, j’ai appris avec le temps à apprécier ce personnage. On va quand même parler d’Hannah car même si la série s’appelle Girls, ce personnage est tout de même le point de départ de l’histoire en étant vraiment mis en avant. Il faut quand même le dire : Hannah est très énervante notamment à cause de son égocentrisme (notamment quand Marnie apprend tout ce qu’il y a dans le journal intime d’Hannah, Hannah lui demande si dans un autre contexte elle aurait aimé son écriture) voire même limite irresponsable (comme sa blague douteuse sur la pédophilie face à son futur boss qui n’est évidemment plus son futur boss). Ceci dit, j’ai fini par aimer Hannah parce que je me reconnais un peu en elle : ses complexes physiques, son manque de confiance en elle (même si elle le traduit par une sorte d’excès de confiance, ce qui est tout le contraire de mon caractère), son goût pour l’écriture et ses angoisses. J’aime aussi beaucoup Jessa même si là encore ce n’est pas forcément évident d’apprécier ce personnage et qu’il faut quelque part un petit temps d’adaptation. Jessa, la cousine anglaise de Shoshanna, est une baba hippie cool qui a beaucoup voyagé, elle est assez délurée, un peu détachée de ce qui se passe dans la société, elle est assez spontanée, vive mais peu aussi paraître vulgaire. A priori, je n’ai rien à voir cette fille, et au début, à cause de son apparence, je n’ai pas non plus tout de suite accroché au personnage. Mais là encore, c’est le temps qui m’a permis de m’attacher à cette jeune fille qui a finalement un coeur énorme et cache une grande sensibilité. Je dois avouer que je me reconnais un peu en elle justement parce que j’ai un côté un peu grande gueule comme elle (et comme Hannah aussi), limite révolutionnaire (ahaha la scène dans le jardin d’enfant est énorme) mais après c’est aussi une manière pour ne pas montrer toutes mes émotions. Mais je dois avouer que je me sens très proche de Shoshanna, notamment parce qu’elle est speed, parle très vite (et je vous assure que j’ai un certain débit et que cela me demande beaucoup de boulot pour parler à un rythme modéré), qu’elle est coquette (au niveau de la garde-robes, là encore, on se ressemble, j’adore le « on »), elle dit vraiment ce qu’elle pense (certes, Hannah et Jessa sont aussi franches mais pas autant que Shoshanna, non, elles ne peuvent pas rivaliser), raconte n’importe quoi quand elle est sous l’emprise d’alcool et de drogues ce qui lui arrive rarement et est concentrée sur ses études.

Photo Lena Dunham

La série a beau s’appeler Girls et mettre des personnages féminins en avant, Dunham n’a pourtant pas délaissé les hommes qui ont chacun un rôle important. Le personnage le plus charismatique reste Adam, le mec bizarre d’Hannah, un gars assez pessimiste et asocial qui passe au début pour un détraqué sexuel mais après on apprend vraiment à l’apprécier, à comprendre d’où vient son côté sombre et on s’aperçoit là encore qu’il a un bon fond. Il est aussi drôle car il ne sait pas se comporter correctement (du genre il débarque comme un fou avec un paquet de shampoings dans la douche alors qu’Hannah y est déjà puis après pisse dedans alors que sa copine y est toujours !).J’aime également beaucoup Ray, le meilleur pote de Charlie, qui n’hésite également à dire ce qu’il pense et balance des phrases très cassantes. Charlie est un personnage un peu trop lisse et gentil mais ce n’est pas forcément un reproche dans le sens où ce sont justement ses qualités qui vont lasser sa petite amie Marnie. Enfin, comme beaucoup de fans, j’aime énormément Elijah. Alors certes, on reprend un peu le cliché du meilleur ami gay mais j’adore vraiment sa personnalité et j’étais vraiment heureuse de voir à quel point il prenait de la place au fil des saisons. Ce gars est à lui tout seul une tornade ! Girls est aussi connu pour son côté trash, que ce soit à travers des répliques très salaces et surtout des scènes assez crues. Je dois avouer que la première fois que j’ai regardé cette série, les scènes de sexe et tout ça m’ont gênée. Pas tellement à cause du contenu mais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment gratuit, du genre une pseudo revendication pour se détacher des autres séries. Certes, je pense qu’il y a quand même toujours maintenant une part de provocation, qui se confirme d’ailleurs au fil des saisons. Cependant, en revoyant cette première saison, les scènes en question ne m’ont plus autant gênée car je pense avoir compris où Dunham a voulu en venir.
Photo Allison Williams
En fait, je dois même dire que maintenant ces scènes de sexe en question sont pour moi très drôles. Je pense notamment à celle avec Jessa qui couche avec son ex – qui est en couple – alors que Shoshanna est encore dans l’appartement, la scène de masturbation d’Adam (pendant ce temps, Hannah en profite pour lui prendre des sous) ou encore à la scène de sexe avec les parents d’Hannah sous la douche qui se finit évidemment par un accident ! Et puis, je dois avouer que ça fait du bien de voir des filles normales avoir des relations sexuelles. De plus, même si c’est cru, même s’il y a quelque chose de gratuit, les scènes ont le mérite de ne pas sur-érotiser les actrices, on cherche plutôt la normalité même dans les actes sexuels les moins banals. Surtout, pour moi, les scènes de sexe assez représentatives d’une certaine sexualité entre jeunes adultes : soit les jeunes semblent assez libérés (cela passe aussi par le porno et les sextos) soit ils connaissent déjà la frustration (alors que, selon les points de vue, on pourra tout simplement dire qu’il s’agit de relations sexuelles « normales »), soit encore on aborde la question de la virginité tardive. C’est aussi une jeunesse en même temps préoccupée par la contraception et qui peut aussi avoir un comportement irresponsable malgré cette peur MST notamment. La série a aussi le mérite de mettre en avant à plusieurs reprises la masturbation féminine, vraiment trop peu représentée ou évoquée à la télé ou au cinéma. Mais heureusement, la série ne se limite pas non plus qu’à la question du sexe chez les jeunes adultes. La drogue, notamment dans les soirées, fait partie des sujets abordés (même s’il sera renforcé davantage dans les saisons suivantes, avec Jessa), le harcèlement sexuel au travail (avec les collègues d’Hannah qui traitent Adam de pervers mais acceptent volontiers de se laisser toucher par leur boss sans broncher) ou encore le fait de flirter avec son boss.
Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet
Mais c’est surtout le discours sur l’angoisse de l’avenir qui m’a vraiment parlé. Cette question est évidemment abordée notamment à travers la confrontation entre Hannah et ses parents, qui n’ont pas la même vision des choses, que ce soit à propos du travail ou des relations amoureuses. Comment être rassurée par son avenir quand on voit que les études ne servent finalement à rien et qu’on est toujours l’éternelle stagiaire évidemment pas payée et qu’on est obligée de squatter dans des appartements pourris ? Cependant, même si la série pointe assez justement ces angoisses et que ça fait aussi du bien de voir… la réalité tout simplement, Dunham n’est pas tendre avec sa génération. Elle montre clairement que c’est une génération qui a envie d’être adulte, qui est confrontée à des problèmes d’adultes et en même temps refuse aussi de grandir même si cette génération en question n’appartient plus à la tranche adolescente. Je ne sais pas si, comme Hannah, Dunham est « la voix de [sa] génération » mais en tout cas elle a vraiment compris pas mal de choses sur la sienne et donc aussi la mienne. La série ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde mais elle a le mérite d’être courte : il n’y a que dix épisodes par saison et chaque épisode dure environ 25 minutes. Du coup, cela permet aux scénaristes de ne pas non plus s’étendre sur des éléments insignifiants, la série gagne en rythme et en efficacité tout simplement. On sent aussi qu’il y a un grand soin accordé à la réalisation et à l’esthétique qui n’est pourtant pas la première chose qui saute aux yeux. Il n’y a pas de chichis mais on voit bien que les réalisateurs (Dunham en fait partie) ont voulu retranscrire un New York à la fois jeune, moderne et en même temps il y a quelque chose de volontairement crade et triste. Enfin, la série possède un excellent casting, la plupart sont tout simplement amis dans la vraie vie et se connaissent depuis longtemps et cela se ressent : on sent au moins une complicité entre les personnages. Pour conclure, cette première saison, qui ne plaira peut-être pas tout le monde, est pour moi bonne, même meilleure que je ne le pensais. Elle possède de vraies qualités d’écriture, a des personnages en béton auxquels on s’attache finalement avec le temps, en mettant vraiment en avant leurs qualités et leurs failles, et donne envie de regarder la saison 2 (j’en parlerai sur mon blog mais pas tout de suite, histoire que le blog ne se transforme pas en sorte de fan-club de Girls).
 Photo Allison Williams, Jemima Kirke, Lena Dunham

Une belle fin

réalisé par Uberto Pasolini

avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza, Paul Anderson, Tim Potter…

titre original : Still Life

Comédie dramatique britannique, italien. 1h27. 2013.

sortie française : 15 avril 2015

Une belle fin

Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Uberto Pasolini n’a rien à voir avec Pier Paolo Pasolini. En revanche, il est le neveu de Luchino Visconti. Il est également producteur du fabuleux The Full Monty. Malgré ses liens étroits avec le cinéma, il est pratiquement un débutant derrière la caméra. Cela ne l’a pas empêché de signer un des plus meilleurs films de l’année pour l’instant, Une belle fin. Je dois avouer que je ne l’ai pourtant pas adoré tout de suite, je trouvais notamment sa première partie un peu lente et l’histoire assez déprimante. Mais en réalité, je crois que j’ai voulu me préserver face à tant d’émotions, d’humanité et de vérités. Le film est simple, ou plutôt a l’air simple, mais en réalité il est bien foutu. On comprend vite que la simplicité, la banalité même dégagée tout au long du film est volontaire de la part de Pasolini, notamment en nous mettant en scène un personnage avec un nom commun (John May, sorte de John Doe). Pourtant, ce type qui semble banal (même si son visage ne l’est pas tant que ça) ne fait pas un métier habituel et par ses actes, sa sincérité et son humanité, John May n’est pas un type comme les autres. Grâce à son métier, il nous fait comprendre que chaque vie compte (d’où l’un des sens de Still Life, « encore la vie »). Puis, simple ne signifie pas simpliste. Il y a tout de même un véritable travail de mise en scène. En effet, l’autre sens de Still Life est « nature morte ». Pasolini réussit à mettre en scène littéralement la « vie immobile » du héros : ainsi, le choix des plans fixes est pertinent car il correspond à la vision de John May sur son existence. Les références à la nature morte sont évidemment nombreuses, notamment à travers les gestes minimalistes du personnage principal qui mange régulièrement des pommes et ou encore quand il assemble les photos des morts dans son album. Certains plans ressemblent même à des tableaux. Le réalisateur italien joue également discrètement avec les couleurs, notamment au début avec des couleurs froides (le bleu et le gris).

Une belle fin : Photo Eddie Marsan, Joanne Froggatt

Cependant, même si Still Life est un très beau film, à la fois doux, féroce, tendre, triste et optimiste (cela est étrange de mettre ces adjectifs ensemble, pourtant nous retrouvons bien ces différents sentiments et aspects dans ce long-métrage), le discours social n’a rien de mignon, au contraire, il est assez féroce. Pasolini nous présente l’isolement social des gens dans une société individualiste, matérialiste et égoïste ainsi que la perte des responsabilités morales et sociales face à la disparition d’un proche. Pourtant, le film fait aussi écho aux propres peurs des vivants : que personne ne se déplace pour son enterrement. Comme tout le reste, le scénario a l’air simple mais encore une fois, il est très efficace, cohérent, n’oubliant jamais les détails tout en restant subtil et va au bout de ses idées. La fin est vraiment réussie, à la fois magnifique, onirique et ironique. Enfin, le casting est très bon. Eddie Marsan, toujours abonné aux seconds rôles, est excellent dans le rôle principal. Il l’était déjà très bon dans ses autres films mais là il est vraiment épatant. Il y a beaucoup de pudeur dans son interprétation, ce qui rend d’autant plus son personnage attachant et touchant (attouchant ?) et on sent l’acteur investi, précis et naturel à la fois. Les seconds rôles sont également très bons, notamment Joanne Froggatt. Pour conclure, Une belle fin est une des plus belles réussites de l’année. Certes, le sujet n’est pas forcément joyeux et malgré la tristesse que j’ai eu pendant tout le long de ma séance, Une belle fin est aussi et même surtout une ode à la vie. Il s’agit d’un film modeste, abouti et très profond, qui nous concerne tous et qui est réellement émouvant mais jamais larmoyant alors qu’il l’aurait facilement tomber dans ce piège.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

The IT Crowd

Créée par Graham Linehan

avec Chris O’Dowd, Richard Ayoade, Katherine Parkinson, Matt Berry, Christopher Morris, Noel Fielding…

Série comique britannique. 4 saisons. 2006-2013.

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Chez Reynolds Industries, les hautes tours de l’entreprise sont remplies de beaux et heureux employés qui ne tarissent pas d’histoires de succès. Sauf ceux qui travaillent dans le sous-sol : le département du support informatique. Alors que leurs collègues évoluent dans un cadre magnifique, Jen, Roy et Moss doivent se contenter d’une cave sombre et horrible, et se battre pour en faire un environnement vivable…

The IT Crowd : Photo Chris O'Dowd, Katherine Parkinson, Richard Ayoade

Après avoir dévoré les trois saisons de Black Books (créée par Dylan Moran et Graham Lineham), je recherchais assidûment une nouvelle sitcom britannique aussi drôle et aussi inventive. Des années se sont écoulées et finalement j’ai fini par me réveiller : Graham Linehan a forcément crée d’autres séries. En parcourant la fiche wiki de ce cher bonhomme, je m’aperçois qu’il est à l’origine de la série The IT Crowd. Je connaissais cette série, réputée pour être drôle et culte, surtout de nom, je savais surtout qu’elle avait révélé Chris O’Dowd (vu après dans les films à succès Good Morning England et Mes Meilleures Amies) et Richard Ayoade (le réalisateur de Submarine). Je n’avais jamais eu l’occasion de la regarder mais la blogueuse Sentinelle, réagissant sur mon billet sur Black Books, m’a encouragée à la découvrir. Depuis je la remercie car The IT Crowd fait partie des meilleures séries comiques que j’ai pu voir jusqu’à présent. Quand on observe bien, The IT Crowd présente un schéma similaire à celui de Black Books : deux garçons asociaux et marginaux (dont un est originaire d’Irlande) et une fille un peu plus sociale mais barrée tout de même, coincés dans un lieu de travail fermé. Cependant, malgré ce même schéma similaire à Black Books, The It Crowd n’a rien d’un Black Books bis, elle parvient à exister avec ses propres personnages et ses propres situations. Cela prouve bien que Graham Lineham est un créateur et scénariste inspiré et qu’il a su se renouveler. Cette série, qui présente des geeks, peut faire penser sur le papier à The Big Bang Theory. Cette dernière a d’ailleurs pu être inspirée par la série britannique histoire de combler l’échec du remake américain (annulé après le pilote) car il faut avouer qu’il y a quelques similitudes (même s’il ne s’agit pas non plus d’une copie). J’aime bien The Big Bang Theory mais dans le même genre (geek + humour pour caricaturer), je préfère laaaargement The IT Crowd !

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Graham Linehan assume totalement l’univers geek de sa série : ici, les braves geeks ne vont pas se taper des mannequins sous prétexte qu’être geek est soi-disant à la mode. Non, ici, les deux personnages, Roy et Maurice Moss sont clairement bizarres, asociaux et ne comprennent pas les gens « normaux ». Pire, leur bizarrerie geek va finir par déteindre sur Jen, leur chef incompétente qui était jusqu’à présent dans la norme. Cependant, il ne s’agit pas d’une moquerie contre ces deux geeks. Au contraire, grâce à un grand nombre de références et toute une multitude de détails (notamment dans les décors), Linehan rend hommage à cette communauté. De plus, cet univers, situé dans un monde bien réel, permet de créer des gags ou situations absurdes (souvent liés à des quiproquos) sans tomber dans la vulgarité ni dans la débilité (un peu comme dans Black Books finalement). Au-delà de ces gags, parfois très surprenants, qui fonctionnent plus que bien, on a également droit à des répliques percutantes comme : « Have you tried turning it off and on again? ou « If you type google in Google, you can break the Internet”. On aurait pu avoir une banale sitcom, mais chaque épisode est très inspiré, inventif et rythmé. Du coup, chaque épisode est vraiment réussi et drôle. Evidemment que chaque spectateur aura ses épisodes préférés mais il n’y a pas d’épisodes ratés, ce qui est rare pour une série. Il faut dire que, comme dans ses précédentes séries, Graham Linehan a limité The IT Crowd à quatre saisons qui comportent six épisodes de 24 minutes et c’est bien mieux ainsi, au moins, la qualité ne fléchit jamais. Beaucoup parlent d’une cinquième saison, en réalité, le tout dernier épisode, « The Internet is coming » (ou pour certains « The Last Byte ») est à part. Il dure 45 minutes et donne une véritable conclusion à cette série afin de combler vraiment tous les fans. Nous saurons alors si nos trois héros resteront à vie les losers du sous-sol.

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Chaque épisode réussit toujours à offrir un moment grandiosement barré et hilarant. Il est impossible d’énumérer tous les épisodes mais je retiens tellement de moments cultes : Roy et Moss qui font croire à Jen qu’Internet se résume à une boîte noire avec un bouton rouge, le délire avec le long numéro à composer pour contacter les urgences, la rencontre de Moss avec un cannibale, le repas entre amis qui vire au cauchemar (tout particulièrement pour Roy qui veut draguer un mannequin défiguré), les parodies de la publicité contre le piratage, des réseaux sociaux ou encore d’Anonymous, la version des Chiffres et des Lettres dans la rue, Roy qui tente de comprendre comment les parents de sa copine ont pu dépérir d’un incendie dans un parc aquatique (?!), Douglas qui tombe amoureux d’un transsexuel, le calendrier geek, Moss qui se fait passer pour le mari de Jen etc… (la liste est loin d’être terminée). Malgré tous ces épisodes merveilleux, qui me font hurler de rire rien que d’y penser, j’ai vraiment eu un coup de coeur pour « Work Outing » (« La Soirée Gay » en VF), premier épisode de la saison 2. Il est difficile de résumer correctement cet épisode, mais pour faire court, Jen (et son rencard), Roy et Moss vont voir une comédie musicale intitulée sobrement « Gay ». Les événements s’enchaînent à une vitesse folle qu’on finit par en pleurer de rire (et je ne plaisante pas, j’étais vraiment en larmes et j’en ai encore mal au ventre) mais jamais l’écriture ne s’embrouille, au contraire elle est même ingénieuse et riche en surprises. Je pense qu’il s’agit vraiment d’un sommet de comédie. Selon moi, ce n’est pas uniquement le meilleur épisode de la série. « Work Outing » fait largement partie du top 5 des meilleurs épisodes de sitcoms tout court. Quand je n’ai pas le moral, je vous assure que ça m’arrive de le revoir !

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Au-delà d’une écriture fabuleuse et d’un humour décapant, les personnages, décalés et parfois à la limite du cartoonesque, font partie des points forts de The IT Crowd et sont interprétés par des acteurs brillants. On s’attache vraiment à tous les personnages, même les plus secondaires. Comme beaucoup, mon personnage préféré est Maurice Moss, interprété par un fabuleux Richard Ayoade (au passage, réalisateur de l’excellent Submarine). Reconnaissable avec son look de nerd (la chemise à manches courtes rentrée dans un pantalon court et les grosses lunettes), il a du mal à s’adapter dans la société et n’en comprend pas toujours ses codes. Cela rend alors ce personnage drôle, atypique et lunaire. Surtout, j’adore son phrasé si particulier (parfois enfantin) et son débit rapide (donc à voir vraiment cette série en VO). J’aime évidemment son ami Roy Trenneman (le génial Chris O’Dowd), un geek cynique, lassé par son travail, qui veut au contraire essayer de s’adapter à la société et finalement se retrouve toujours dans des situations foireuses. Jen Barber, incarnée par une excellente Katherine Parkinson, complète ce trio. Contrairement à ses deux compères, elle est sur le papier « normale ». D’ailleurs, les spectatrices se reconnaîtront dans certaines situations (quand elle est énervée à cause de ses règles ou quand elle veut acheter des chaussures qui lui serrent un peu trop les pieds : nous sommes toutes passées par là). Mais elle se retrouve elle aussi dans des situations bizarres car elle est chef du service informatique alors qu’elle sait à peine envoyer un email et surtout utilise souvent le mensonge qui va tout sauf l’aider ! Même si on ne le voit pas beaucoup, Richmond (Noel Fielding) est également un personnage que j’adore. Ce gothique, réfugié derrière la fameuse porte rouge, est particulièrement drôle quand il veut raconter une histoire (il regarde en l’air dans le vide en prenant une voix mélodramatique et dépressive). Enfin, il faut également parler du gros changement de la série : le boss. En effet, dans la première saison, on s’était vraiment habitué à Deynholm Reynholm (Christopher Morris, le réalisateur de We Are Four Lions), la représentation même du PDG crétin qui utilise des méthodes soi-disant révolutionnaires pour aider les employés à mieux faire leur travail, mais en réalité elles sont stupides. Sa disparition m’a évidemment fait un choc car en une saison ce personnage était déjà culte. Comment remplacer l’irremplaçable ? Finalement, Matt Berry, qui interprète son fils Douglas, est la très bonne surprise de cette série. Berry n’a que onze ans d’écart avec Morris mais il est tellement crédible et hilarant en boss inculte et moqueur, qui n’en fout pas une de la journée, obsédé sexuel et si théâtral (son « Faaaaaaaaather » est magnifique) qu’on oublie très rapidement ce détail.

The IT Crowd : Photo Chris O'Dowd, Richard Ayoade

Discount

réalisé par Louis-Julien Petit

avec Olivier Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon, Sarah Suco, M’Barek Belkouk, Zabou Breitman…

Comédie française. 1h45. 2013.

sortie française : 21 janvier 2015

Discount

Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menace leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…

Discount : Photo Corinne Masiero, M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

Lorsque j’ai découvert pour la première fois l’existence même de Discount, je dois avouer que je redoutais le pire. En effet, un (trop) grand nombre de « comédies » françaises ont des titres similaires (en gros, un seul mot parce qu’apparemment, les réalisateurs et/ou producteurs prennent souvent les spectateurs pour des imbéciles incultes). Rappelez-vous de Disco (à quelques lettres près, c’est presque comme Discount ça), Camping, RTT, Safari, Supercondriaque, Fiston, Barbecue et j’en passe (rien que cette courte liste me file des boutons). La bande-annonce ne m’avait pas non plus convaincue des masses. Mais finalement, j’ai fini par aller voir ce film un peu par hasard. Je ne sais pas si c’est parce que je m’attendais à quelque chose d’horrible mais en tout cas Discount est selon moi une agréable bonne surprise. Certes, il ne s’agit certainement pas d’un grand film, ce n’est même pas le film de l’année, mais il est au-dessus des autres comédies françaises actuelles. Selon Télérama (magazine que je n’aime pas forcément), il s’agit d’une « comédie à la Ken Loach ». Discount n’a certainement pas la force, ni une forme de noirceur que possèdent les films du réalisateur britannique. Pourtant, cette comparaison n’est pas autant démesurée que je l’imaginais. En tout cas, il est plus dans la lignée d’un Loach que d’un Onteniente (ce qui est rassurant). Malgré ses maladresses, le premier long-métrage de Louis-Julien Petit déborde de sincérité et d’humanité. Au lieu de nous foutre des stars surpayées et surmédiatisées et un budget colossal (si, si, je vise certaines personnes), le budget de ce film est vraiment « discount » et les acteurs choisis restent plutôt méconnus.

Discount : Photo M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

La mise en scène n’est pas extraordinaire mais elle reste tout de même correcte. Même si cela n’excuse pas tout, je suis souvent bienveillante envers une première réalisation. Le scénario est parfois maladroit (certains points auraient pu être retravaillés ou creusés), pourtant il reste efficace et tient la route. Louis-Julien Petit et son co-scénariste Samuel Doux sont arrivés à donner du relief à leurs personnages en s’intéressant notamment à leurs blessures et c’est pour cela qu’ils sont si attachants. Même la patronne incarnée par Zabou Breitman n’est pas simplement décrite comme une horrible femme sans coeur. Du coup, le film ne tombe jamais dans le manichéisme et parvient à décrire ce système de travail (les patrons qui subissent eux-mêmes des pressions, les vigiles qui prennent un peu trop leurs responsabilités) sans jamais le caricaturer. Au contraire, il y a même une petite touche d’ironie bienvenue. Discount réussit également à pointer du doigt sur des sujets révoltants, comme le chômage qui menace les employés et le gaspillage alimentaire. Mais au-delà de ces sujets franchement pas joyeux, le film est surtout un hymne réussi à la solidarité et à la générosité. Il évite les lourdeurs et, au contraire, il trouve le ton juste entre l’humour et l’émotion. Louis-Julien Petit a également su mettre en avant le décor nordiste. C’est peut-être aussi pour cela que Discount a été comparé aux films de Ken Loach. Enfin, pour finir, Discount est servi par un casting parfait, que ce soit Olivier Barthélémy (très convaincant en leader), la toujours aussi naturelle Corinne Masiero (j’aime toujours autant sa gouaille), le charismatique Pascal Demolon (j’adore également sa voix), la touchante Sarah Suco, le rigolo et tendre M’Barek Belkouk ou encore Zabou Breitman.

Discount : Photo Corinne Masiero