La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

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Lion

réalisé par Garth Davis

avec Dev Patel, Sunny Pawar, Nicole Kidman, Rooney Mara, David Wenham, Priyanka Bose…

Drame, biopic, aventure américain, australien, britannique. 1h58. 2016.

sortie française : 22 février 2017

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Lion : Photo Dev Patel, Rooney Mara

Nommé six fois aux Oscars dont dans la catégorie « meilleur film », Lion fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Pourtant on pouvait craindre le pire : sur le papier, ce film, très vite comparé à Slumdog Millionaire (il a été nommé aux Oscars, ça se passe en Inde avec tout ce qu’on connait de là-bas, Dev Patel est au casting… bref, tout de suite les raccourcis), pouvait être très lourdingue. On ne va pas se mentir, ce premier long-métrage de Garth Davis (qui a réalisé quatre épisodes de la première saison de Top of the Lake) est assez académique et veut clairement nous tirer quelques larmes (visiblement cela a fonctionné sur certains spectateurs présents dans ma salle). Il a aussi ses quelques défauts. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée (le film m’a même plutôt captivée), il me semble qu’il y a un déséquilibre entre les deux grandes parties, c’est-à-dire entre l’enfance de Saroo en Inde et sa vie à l’âge adulte en Australie. Je précise que je n’ai pas pu chronométrer,  je parle ici de ressenti, à me confirmer alors concernant cette organisation temporelle. J’ai eu l’impression que la première partie prenait bien son temps (ce qui est souvent justifié vu que beaucoup d’éléments seront repris pour l’enquête personnelle du personnage principal) tandis que la seconde (qui se déroule pourtant bien sur plusieurs années) m’a semblé un peu trop rapide par rapport à ce contenu. Cela dit, je ne vais pas non plus cracher sur ce film. Oui, il veut émouvoir ses spectateurs et même s’il n’est pas toujours subtil de ce côté-là (notamment avec les images d’archive avec le véritable Saroo et ses familles – même si je trouve ça choupi aussi), l’émotion est tout de même bien présente (non, je n’ai pas pleuré mais le film ne m’a pas laissée indifférente, loin de là). Lion est tiré de l’histoire vraie de Saroo Brierley, ce dernier l’ayant relatée dans son ouvrage Je voulais retrouver ma mère (A Long Way Home) publié en 2013. Cet aspect biographique ajoute aussi certainement à l’émotion voire même à ce côté tire-larmes facilement reprochable. Cela dit, on a quand même envie de dire : quelle histoire ! Je ne suis pas étonné qu’elle ait pu séduire Hollywood. Même s’il y a selon moi quelques déséquilibres, le scénario adapté par l’auteur australien Luke Davies (son nom ne vous dira peut-être rien mais un de ses romans, Candy, avec Heath Ledger et Abbie Cornish, avait été adapté au cinéma en 2006) retrace bien une histoire passionnante qui interroge sur la question des liens familiaux et qui met aussi en avant une triste réalité en Inde (même s’il ne s’agit pas non plus d’un scoop mais c’est tout de même bien d’en parler).

Lion : Photo Abhishek Bharate, Sunny Pawar

La mise en scène m’a agréablement surprise : elle est assez intéressante surtout dans le cadre d’une production assez « académique » et en plus il s’agit d’un premier long-métrage. Garth Davis parvient à saisir cette Inde trop grande pour un petit garçon, et hélas très pauvre, avec tout ce qui suit derrière (notamment la traite des enfants). J’avais peur qu’on tombe dans le misérabilisme, je dirais juste que Davis filmer ce pays sans concession. Et certaines scènes font mine de rien leur petit effet, on a parfois froid dans le dos. Ce travail de mise en scène également cohérent avec le très beau travail esthétique. Certes, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une sorte de grande pub pour Google Earth mais ce choix de photographie qui valorise très bien les espaces et aussi l’idée d’un voyage, qu’il soit géographique ou plus « métaphorique » : un voyage avec les souvenirs permettant de revenir aux sources. Ce plein de couleurs vives est logique pour filmer l’Inde et plus généralement le voyage. Je crois aussi que ce choix permet de créer une sorte de bulle pour le personnage principal face à ses souvenirs dans ce récit terriblement vrai. Dev Patel, récompensé par un BAFTA du meilleur acteur second rôle et nommé aux Oscars (et j’aurais préféré qu’il le remporte face au lauréat de Moonlight), est excellent dans le rôle de Saroo adulte. Il est à la fois si solaire et désespéré, il transmet beaucoup de sentiments et de questionnements d’une scène à l’autre; surtout, il parvient à exprimer son état obsessionnel. Le petit Sunny Pawar (Saroo enfant) porte bien son prénom : ce gamin est vraiment lumineux et naturel ! Malgré sa choucroute orange indescriptible et son Botox qui a massacré son visage (si joli autrefois), Nicole Kidman livre également une très bonne performance. Son personnage est déjà d’une grande humanité et son interprétation permet aussi de révéler ses faiblesses et blessures. Je regrette juste qu’on ne voit pas suffisamment le toujours aussi bon David Wenham et surtout la fascinante Rooney Mara. Pour conclure, Lion aurait pu être plombé par certains défauts, il est certain qu’il n’est pas parfait. Il remplit tout de même pour moi ses charges, en abordant avec aisance certains thèmes (les liens familiaux, la question des origines et de l’identité pour se construire, le rôle du numérique qui a son utilité ou encore les conséquences de la pauvreté, capable aussi de détruire une famille). Il aurait pu être superficiel mais il évite de tomber dans ce piège. Larmoyant, il l’est peut-être. Il reste tout de même émouvant grâce à une histoire finalement bien racontée. Bref, le film n’a rien de révolutionnaire mais pourtant je l’ai trouvé à sa manière assez bon.

Lion : Photo Nicole Kidman, Sunny Pawar

Dernier train pour Busan

réalisé par Yeon Sang-ho

avec Gong Yoo, Kim Soo-Ahn, Jeong Yu-mi, Ma Dong-seok, Choi Woo-shik, Ahn So-hee, Kim Eui-sung…

titre original :  Busanhaeng

Film fantastique, action coréen. 1h58. 2016.

sortie française : 17 août 2016

interdit aux moins de 12 ans

busan

Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

Dernier train pour Busan : Photo

Vous connaissez mon amour pour le cinéma coréen (j’ai été gâtée cet été), j’étais « obligée » d’aller découvrir en salle Dernier train pour Busan, qui s’est fait remarquer durant le dernier festival de Cannes, projeté à l’occasion de la Séance de minuit. Il s’agit du premier film-live du réalisateur Yeon Sang-ho (dont je découvre son travail avec ce dernier long-métrage), connu notamment pour The King of Pigs. Dernier train pour Busan, qui serait apparemment la suite de Seoul Station, pourrait être résumé de manière trop simpliste (comme on l’a souvent lu dans la presse ou même dans des blogs) par le « calcul suivant »: Snowpiercer (également un film coréen dans un train avec un fort message social) + 28 jours plus tardWorld War Z (pour la rapidité des zombies) + autres films de zombie en général. Effectivement, depuis quelques années, que ce soit au cinéma ou à la télévision, les zombies sont à la mode. Mais ce long-métrage coréen n’est pas simplement un de plus dans la liste. On pourrait davantage penser à The Host de Bong Joon-ho, autre pépite du cinéma d’action et fantastique venant tout droit de Corée du Sud (que ce soit pour la présence de « créatures » rapides et redoutables, le message de solidarité, les interrogations autour de la paternité, la critique acerbe envers la solidarité, le mélange d’action, d’humour et d’émotion…). Il y a même un moment où j’ai pensé à Oldboy de Park Chan-wook notamment avec cette scène où les trois personnages masculins traversent le train infesté de zombies avec des battes de base-ball. Mais rassurez-vous : on a beau penser à quelques films, on saura pourtant étonné à quel point Dernier train pour Busan ne ressemble pas à tout ce qu’on a vu jusqu’à présent. Ce qui nous frappe justement (et même paradoxalement) est son inventivité. Je n’aurais jamais cru dire ça de ce film quand on lit le synopsis qui tient sur pas grand-chose quand on y pense : une attaque de zombies dans un train. Pourtant, le réalisateur sait se servir de toutes les possibilités que lui offre ce train : les couloirs, les portes, les toilettes, les endroits pour mettre les bagages etc… L’espace du train nourrit constamment le scénario qui parvient à nous à surprendre. Surtout les Coréens savent prendre de réels risques contrairement aux blockbusters américains : on sait que leur cinéma ne se permet pas de faire de compromis. Ainsi, chaque personnage est exposé aux dangers. Même s’il y a une hiérarchisation logique entre les personnages principaux et secondaires, tout le monde est finalement traité à égalité.

Dernier train pour Busan : Photo Gong Yoo

C’est une des forces de ce film : contrairement à de nombreux films d’action, les personnages de notre récit ont de la consistance. Certes, ils incarnent des figures rejetées de la société coréenne (la scène de l’expulsion par les autres passagers est particulièrement flagrante), facilement identifiables mais ce n’est pas pour autant des caricatures vides de sens. Le groupe qu’on suit est alors très attachant et touchant : le père cupide qui bosse beaucoup au point qu’il en délaisse sa fille (adorable et d’une grande humanité pour son jeune âge); le couple (un gars un peu lourd mais courageux et de son épouse enceinte); les deux mamies soeurs, le clochard et les adolescents. Au passage, les acteurs sont tous excellents, permettant de rendre leurs personnages encore plus humains et complexes. On retrouve donc dans Dernier train pour Busan de l’action et des bonnes idées très bien exécutées, le tout étant lisible pour le spectateur et jamais bourrin, là encore un très bon équilibre semble avoir été trouvé. Il n’y a rien de gore ou de sanglant (alors qu’on parle de films de zombies) mais ce n’est pas lisse ou consensuel pour autant. L’extrême rapidité des zombies (que ce soit à travers le processus de métamorphose – autant drôle qu’effrayant – ou leurs agissements) est déjà en soi suffisamment violent. Mais surtout, encore une fois, ce qui expliquerait encore plus cette absence de sang, finalement, la véritable violence dans ce long-métrage vient principalement des hommes à cause de leur méfiance, leur racisme même (thème qui était déjà présent dans un autre film coréen sorti cet été, The Strangers – est-ce révélateur d’un mal de leur société ?), qui préfèrent penser à leurs gueules que de privilégier la solidarité. C’est d’ailleurs pour cela qu’on aime suivre ce petit groupe de personnages : malgré les défauts qu’ils peuvent éventuellement avoir, ils font appel à un semblant d’humanité et pensent de plus en plus aux autres malgré le désespoir les entourant (leur évolution est certes rapide mais semble crédible dans le contexte du film) Le message est donc si fort qu’il n’y a pas de nécessité absolue de montrer à tout prix du sang, je comprends en tout cas ce choix. Dernier train pour Busan est donc une réussite en terme de divertissement mais il n’y a pas que ce point à retenir. C’est là où j’en viens au lien que nous pouvons faire à The Host : il y a derrière un véritable fond (je parlais déjà plus haut de la forte réflexion sociale), une réflexion qui nous concerne tous.

Dernier train pour Busan : Photo Yu-mi Jeong

Sans vouloir faire à tout prix de l’anti-américanisme (car je ne suis pas anti-américaine, j’aime aussi comme beaucoup de gens regarder des blockbusters US), on est face à ce que les Américains ne savent pas faire (en tout cas rarement) en terme de blockbuster : oui, on peut proposer du divertissement (spectaculaire et effrayant) tout en offrant en même temps de la profondeur dans le propos (et pas de la psychologie de comptoir) et de vraies choses. Oui, un film d’action peut être de qualité, il peut être exigeant dans la mise en scène (virtuose, énergique et efficace) ainsi que dans l’écriture (d’une grande habilité) tout en étant accessible (on prend clairement son pied). Oui, on peut aussi prendre le risque de torturer ses personnages, même les plus importants. Dernier train pour Busan est surtout un film qui m’a incroyablement émue. Ceux qui me suivent depuis un moment savent que je suis une grande sensible ayant tendance à sortir facilement les mouchoirs. Cela faisait un moment que je n’avais pas pleuré comme ça au cinéma (pourtant j’ai vu de beaux films cette année). Je vous confie tout (ou presque) : j’ai pleuré trois fois. Et pas juste trois petites larmounettes. Nooon, de vraies larmes, comme une madeleine, pardi ! Alors, je sais que pleurer devant un film n’est pas toujours un signe de qualité (j’ai déjà pleuré devant des films très moyens ou qui m’ont agacée, je l’admets) mais là j’ai réellement été bouleversée par le sort des personnages, les choix qu’ils adoptent pour sauver le groupe, par tout ce qu’ils traversent. Je n’ai jamais eu la sensation que c’était tire-larmes ou quoi que ce soit dans ce genre-là. Dernier Train pour Busan est donc un film à voir absolument (et je ne m’en cache pas – malgré les beaux films que j’ai pu regarder cette année, c’est pour l’instant mon préféré de l’année même si elle est loin d’être terminée). Beaucoup de films de zombies ouvrent souvent une réflexion sur l’humain et notre société; ce film coréen s’inscrit évidemment dans cette lignée mais à mon sens,dans ce genre en question, il s’agit aussi du film de zombie le plus émouvant de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. Finalement, je le qualifie facilement de film de zombie (certains pourraient – logiquement – parler également de film catastrophe) alors qu’il s’agit de bien plus que ça et c’est pour cette raison qu’il sort aisément du lot.

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Transsiberian

réalisé par Brad Anderson

avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Ben Kingsley, Eduardo Noriega, Kate Mara, Thomas Kretschmann…

Thriller britannique, espagnol, américain, allemand, lituanien. 1h50. 2008.

sortie française (dvd) : 25 octobre 2011

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant à l’étranger

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Dans le Transsibérien qui les amène de Pékin à Moscou, Roy et Jessie, un couple d’Américains, font la connaissance de Carlos et Abby. Ignorant que Carlos a dissimulé de la drogue dans les bagages de Jessie, le couple va sombrer dans un engrenage meurtrier auquel Grinko, policier de son état, va plus que contribuer.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer

Je connaissais Transsiberian de nom mais je n’avais jamais eu l’occasion de le regarder et je n’avais pas forcément entendu d’échos ou lu des critiques dessus. Ma médiathèque proposait ce film qui possède un joli casting. De plus, le réalisateur n’est autre que Brad Anderson, connu pour avoir signé l’excellent The Machinist avec un Christian Bale sombre et anorexique (selon moi, un de ses meilleurs rôles). Certes, la jaquette du dvd m’a tout de même inquiétée notamment avec cette remarque sortie de nulle part (certainement des éditeurs qui diraient tout et n’importe quoi pour vendre des dvd, en tout cas il n’y avait pas de source journalistique dessus), attention : « Alfred Hitchcock aurait apprécié ». Hum… Qu’il y ait de vagues emprunts à Hitchcock c’est une chose : après tout, le train est un élément qui apparaît à de nombreuses reprises dans sa filmographie, les personnages ne sont très nets et cachent des choses, le rôle des femmes etc… (après, honnêtement, je dois avouer que l’influence hitchcockienne ne m’a pas sauté aux yeux en regardant le film). De là à dire que Hitchcock himself  « aurait apprécié », faut pas déconner non plus ! Pire, cette jaquette (en tout cas, celle que j’avais entre les mains) est mensongère voire même misogyne (n’ayons pas peur des mots) : elle présente en tête le nom d’Eduardo Noriega (comme si c’était LE héros), puis dessous ceux de Woody Harrelson et Ben Kingsley. Or, sans vouloir révéler les grandes lignes de l’intrigue, Noriega n’a pas du tout le premier rôle. Non, en réalité le premier rôle est tenu par… Emily Mortimer ! Bref, je trouve la manière de vendre le film vraiment déplorable. Revenons donc au long-métrage, qui n’a pas eu droit à une sortie dans les salles de cinéma françaises. Sans dire que je l’ai trouvé génial, quand on voit les daubes qui sont parfois diffusées au cinéma, j’avoue que je ne comprends pas trop sa sortie directement en dvd (et encore ça aussi a pris un temps fou !). Après, quand on sait de quoi est capable Brad Anderson, Transsiberian peut décevoir même si je ne dirais pas non plus qu’il s’agit d’un mauvais film. Même s’il met du temps à se mettre en place, il se laisse tout de même regarder, sa deuxième partie étant meilleure (notamment plus rythmée) et un peu plus surprenante que la première.

Transsiberian : photo Brad Anderson, Thomas Kretschmann

Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que les éléments mis en place, comme le train ou la neige, n’ont pas été suffisamment été mis en avant alors qu’ils ont un réel potentiel cinématographique (et de nombreux films le démontrent). Je ne me suis pas sentie si dépaysée que ça, je trouve qu’il manque une atmosphère qui aurait pu exister à partir des éléments que je viens d’évoquer. Du coup, l’ensemble peut paraître un peu bateau, presque un peu déjà vu, même si ça reste à peu près efficace en terme de divertissement. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire mais elle reste tout à fait correcte. Je regrette tout de même de voir son manque de personnalité. En revanche, le scénario a des maladresses (même si pas tout est à jeter) comportant quelques facilités d’écriture voire même quelques incohérentes et alignant quelques clichés sur la Russie / l’URSS (pas tout est faux mais c’est tout de même très grossi). De plus, la fin est un peu trop manichéenne (pour ne pas dire américanisée) même si elle se révèle cohérente par rapport à des éléments mis en place plus tôt dans le récit. Cela dit, à partir des personnages (cela sera particulièrement parlant avec le personnage de Jessie), le scénario tente tout de même de livrer un propos intéressant autour du mensonge et des apparences. Ainsi, les personnages ont l’air volontairement caricaturaux (le scout américain et son épouse faussement « nunuche », le méchant séducteur évidemment espagnol sinon c’est pas marrant, sa copine qui a un côté sauvage et « daaark » avec le look qui va avec, le méchant russe) mais finalement, mais petit à petit, on s’aperçoit que certains personnages ne sont pas ce qu’ils ont l’air. Cet aspect fonctionne grâce à son casting international. Bon, j’avoue que j’ai trouvé Woody Harrelson un peu « faux » au début mais petit à petit, quelque chose fonctionne, en tout cas après son interprétation ne m’a plus dérangée. Bref, pas un film indispensable à regarder malgré ses ambitions mais on peut tout de même y trouver son compte si on ne s’attend pas à grand chose.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer, Woody Harrelson