[MC2018] A Taxi Driver

réalisé par Jang Hoon

avec Song Kang-ho, Thomas Kretschmann, Yoo Hae-jin…

Drame historique coréen. 2h17. 2017.

titre original : Taeksi woonjunsa

sortie française  : 24 octobre 2017

Un film ni américain ni européen 

En 1980, un journaliste allemand est à Séoul pour faire son reportage sur le soulèvement  étudiant et syndical de Gwangju, s’opposant à la dictature de Chun Doo-hwan. Pour s’y rendre, il est obligé de prendre un taxi…

A Taxi Driver : Photo

A Taxi Driver (à ne pas confondre avec le chef-d’oeuvre de Martin Scorsese qui porte – presque – le même titre) est passé inaperçu en France et c’est pourtant si dommage étant donné qu’il vaut véritablement le coup d’oeil. Je ne peux qu’encourager les fans assidus de cinéma coréen à découvrir ce long-métrage qui a remporté un grand succès en Corée du Sud, en devenant même premier du box-office de 2017 avec ses 12 millions de spectateurs dans les salles là-bas. C’est tellement dommage qu’il ait eu une sortie aussi confidentielle. Il est tiré d’une histoire vraie, méconnue en Europe : le journaliste allemand Jürgen Hinzpeter se rend à Gwangju pour filmer les violentes luttes étudiantes et syndicales se déroulant en 1980. Face aux routes barrées par le gouvernement, il a besoin de quelqu’un connaissant bien le pays pour le conduire à sa destination. Il va donc faire appel à un certain « Kim Sa-bok », en tout cas c’est le nom qu’il lui donne. En réalité, on ne connaîtra jamais l’identité de ce chauffeur de taxi du titre qui a participé à la diffusion des images de ce soulèvement (d’où l’intérêt de l’article indéfini « un » dans le titre). Même la production du film n’a pas réussi à retrouver la trace de cet homme entré malgré lui dans l’histoire et préférant retourner dans l’anonymat. A Taxi Driver surprend pour son mélange de tons (sans vouloir faire de généralités, je constate qu’il s’agit pratiquement d’une « habitude » dans le cinéma coréen contemporain mais qui continue toujours de surprendre). Il commence sur un ton léger, voire même comique, même si la vie du Taxi Driver n’a rien de facile non plus : les personnages principaux sont encore loin des événements, ce ton impliquant alors une certaine distance avec la révolte à Gwangju. Il y a pratiquement un côté absurde dans la situation du chauffeur de taxi, peu informé dans ce qui se passe dans son propre pays : c’est finalement la figure de l’étranger qui va lui ouvrir les yeux. Le but n’est évidemment pas de dire que les Occidentaux sont supérieurs ou quoi que ce soit, mais de pointer du doigt le manque de communication en Corée pour mieux contrôler sa population.

A Taxi Driver : Photo

Petit à petit, le long-métrage prend une direction plus dramatique lorsque les protagonistes sont arrivés à leur destination, dans un climat de violence (loin des petites chamailleries nous faisant décrocher quelques sourires dans la première partie), réalisant les contestations des étudiants face au régime mis en place. Enfin, via un procédé peut-être parfois facile par moments, appuyant alors sur la véracité de l’histoire (notamment en nous exposant des images hors de la fiction), A Taxi Driver devient poignant dans sa troisième partie (je traduis : j’ai encore pleuré). Au-delà de nous livrer une réflexion intéressante mêlée à une vive émotion finale, le long-métrage porte un regard pertinent sur la question de l’héroïsme. Qui sont les véritables héros ? Ceux qui font connaître les grandes histoires ? Ceux qui y participent et y sont au premier plan ? Ceux de l’ombre ? A-t-on besoin d’être reconnu comme un héros pour en être un ? Rythmée, intense, sachant prendre en compte l’intimité et l’émotion de petits individus au coeur d’une page d’Histoire, la mise en scène est une belle réussite. Elle est également complétée par une approche esthétique plutôt surprenante par rapport à ce que j’imaginais avant de découvrir le film.En effet, dans un premier temps, l’esthétique semble assez proche d’un certain cinéma social. Puis, elle semble plus soignée lorsqu’on avance dans le film, face aux scènes plus enflammées. La photographie sublime alors la lumière. Cette transformation visuelle est logique par rapport à l’évolution narrative bien construite. Enfin, le duo Song Kang-ho/Thomas Kretschmann fonctionne également bien, même si l’acteur allemand s’efface parfois (à juste titre) pour son partenaire coréen, qui, décidément, ne déçoit jamais. Leurs personnages sont touchants grâce à leur complicité prenant forme au fur et à mesure des scènes malgré le barrage culturel et linguistique et leurs comportements s’adaptant naturellement à l’évolution historique. Ainsi, Peter est au départ un arriviste qui s’humanise et comprend alors peu à peu le véritable rôle que doit jouer un journaliste pour permettre à la vérité d’éclater dans le monde, une visibilité nécessaire pour faire changer les choses. Quant à Kim Man-seob (le nom a été modifié pour la fiction), il n’est qu’un homme ordinaire et humble vivant dans une situation précaire (il doit élever seul sa fille avec un petit salaire), qui pense avant tout à survivre en étant embarqué dans une situation qui le prend au dépourvu.

A Taxi Driver : Photo

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Transsiberian

réalisé par Brad Anderson

avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Ben Kingsley, Eduardo Noriega, Kate Mara, Thomas Kretschmann…

Thriller britannique, espagnol, américain, allemand, lituanien. 1h50. 2008.

sortie française (dvd) : 25 octobre 2011

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant à l’étranger

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Dans le Transsibérien qui les amène de Pékin à Moscou, Roy et Jessie, un couple d’Américains, font la connaissance de Carlos et Abby. Ignorant que Carlos a dissimulé de la drogue dans les bagages de Jessie, le couple va sombrer dans un engrenage meurtrier auquel Grinko, policier de son état, va plus que contribuer.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer

Je connaissais Transsiberian de nom mais je n’avais jamais eu l’occasion de le regarder et je n’avais pas forcément entendu d’échos ou lu des critiques dessus. Ma médiathèque proposait ce film qui possède un joli casting. De plus, le réalisateur n’est autre que Brad Anderson, connu pour avoir signé l’excellent The Machinist avec un Christian Bale sombre et anorexique (selon moi, un de ses meilleurs rôles). Certes, la jaquette du dvd m’a tout de même inquiétée notamment avec cette remarque sortie de nulle part (certainement des éditeurs qui diraient tout et n’importe quoi pour vendre des dvd, en tout cas il n’y avait pas de source journalistique dessus), attention : « Alfred Hitchcock aurait apprécié ». Hum… Qu’il y ait de vagues emprunts à Hitchcock c’est une chose : après tout, le train est un élément qui apparaît à de nombreuses reprises dans sa filmographie, les personnages ne sont très nets et cachent des choses, le rôle des femmes etc… (après, honnêtement, je dois avouer que l’influence hitchcockienne ne m’a pas sauté aux yeux en regardant le film). De là à dire que Hitchcock himself  « aurait apprécié », faut pas déconner non plus ! Pire, cette jaquette (en tout cas, celle que j’avais entre les mains) est mensongère voire même misogyne (n’ayons pas peur des mots) : elle présente en tête le nom d’Eduardo Noriega (comme si c’était LE héros), puis dessous ceux de Woody Harrelson et Ben Kingsley. Or, sans vouloir révéler les grandes lignes de l’intrigue, Noriega n’a pas du tout le premier rôle. Non, en réalité le premier rôle est tenu par… Emily Mortimer ! Bref, je trouve la manière de vendre le film vraiment déplorable. Revenons donc au long-métrage, qui n’a pas eu droit à une sortie dans les salles de cinéma françaises. Sans dire que je l’ai trouvé génial, quand on voit les daubes qui sont parfois diffusées au cinéma, j’avoue que je ne comprends pas trop sa sortie directement en dvd (et encore ça aussi a pris un temps fou !). Après, quand on sait de quoi est capable Brad Anderson, Transsiberian peut décevoir même si je ne dirais pas non plus qu’il s’agit d’un mauvais film. Même s’il met du temps à se mettre en place, il se laisse tout de même regarder, sa deuxième partie étant meilleure (notamment plus rythmée) et un peu plus surprenante que la première.

Transsiberian : photo Brad Anderson, Thomas Kretschmann

Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que les éléments mis en place, comme le train ou la neige, n’ont pas été suffisamment été mis en avant alors qu’ils ont un réel potentiel cinématographique (et de nombreux films le démontrent). Je ne me suis pas sentie si dépaysée que ça, je trouve qu’il manque une atmosphère qui aurait pu exister à partir des éléments que je viens d’évoquer. Du coup, l’ensemble peut paraître un peu bateau, presque un peu déjà vu, même si ça reste à peu près efficace en terme de divertissement. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire mais elle reste tout à fait correcte. Je regrette tout de même de voir son manque de personnalité. En revanche, le scénario a des maladresses (même si pas tout est à jeter) comportant quelques facilités d’écriture voire même quelques incohérentes et alignant quelques clichés sur la Russie / l’URSS (pas tout est faux mais c’est tout de même très grossi). De plus, la fin est un peu trop manichéenne (pour ne pas dire américanisée) même si elle se révèle cohérente par rapport à des éléments mis en place plus tôt dans le récit. Cela dit, à partir des personnages (cela sera particulièrement parlant avec le personnage de Jessie), le scénario tente tout de même de livrer un propos intéressant autour du mensonge et des apparences. Ainsi, les personnages ont l’air volontairement caricaturaux (le scout américain et son épouse faussement « nunuche », le méchant séducteur évidemment espagnol sinon c’est pas marrant, sa copine qui a un côté sauvage et « daaark » avec le look qui va avec, le méchant russe) mais finalement, mais petit à petit, on s’aperçoit que certains personnages ne sont pas ce qu’ils ont l’air. Cet aspect fonctionne grâce à son casting international. Bon, j’avoue que j’ai trouvé Woody Harrelson un peu « faux » au début mais petit à petit, quelque chose fonctionne, en tout cas après son interprétation ne m’a plus dérangée. Bref, pas un film indispensable à regarder malgré ses ambitions mais on peut tout de même y trouver son compte si on ne s’attend pas à grand chose.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer, Woody Harrelson