Lady Bird

réalisé par Greta Gerwig

avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith…

Comédie dramatique américaine. 1h34. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Lady Bird : Photo Danielle Macdonald, Saoirse Ronan

L’actrice Greta Gerwig, certainement une des figures les plus emblématiques du cinéma indépendant américain (Frances Ha de Noah Baumbach, To Rome With Love de Woody Allen ou encore 20th Century Women de Mike Mills), était déjà passée derrière la caméra accompagnée par Joe Swanberg (désormais connu pour avoir crée la surprenante série Easy). Ils avaient alors co-réalisé Hannah Takes the Stairs et Nights and Weekends. Cette fois-ci, Gerwig se retrouve seule à la réalisation avec ce Lady Bird, lauréats des Golden Globe de la meilleure comédie et de la meilleure actrice dans une comédie. Pour la première fois également, dans le cadre d’une réalisation, elle ne passe plus devant la caméra. Lady Bird était certainement un projet qui devait tenir à coeur pour la réalisatrice vu qu’elle puise beaucoup dans son propre vécu. En effet, comme son héroïne Christine (qui veut qu’on la surnomme Lady Bird), elle a vécu à Sacramento et est allée dans une école catholique pour filles. Sa mère (c’était elle qui s’appelait Christine pour la petite anecdote) était, comme le personnage de Laurie Metcalf, infirmière. Cela dit, Gerwig ne veut pas qu’on voit Lady Bird comme une pure autobiographie malgré ces éléments intéressants à connaître pour appréhender la démarche plus intime : elle dit elle-même que sa Lady Bird est une sorte d’alter-ego fantasmée. La sincérité du projet est réellement touchante, tout comme l’amour que la réalisatrice porte pour Sacramento, enjolivée par une chouette photographie à l’argentique. En dehors des derniers mouvements #MeToo qui peut expliquer le comment du pourquoi, il est étonnant (et un peu énervant) de voir la réalisatrice nommer dans la catégorie « meilleurs réalisateurs(trices) » alors que la mise en scène, tout juste correcte pour rester gentille (on sent Gerwig appliquée mais ça n’excuse pas tout), n’est certainement pas le point fort de ce long-métrage. L’écriture est ce qui anime Greta Gerwig, cela se ressent, notamment dans la description des relations entre Christine et sa mère (pour la petite anecdote, le film devait à l’origine se nommé « Mères et filles »). C’est certainement l’élément le plus intéressant de ce film honnête mais assez banal et manquant d’enjeux. Gerwig réussit plutôt bien à exposer les rapports complexes entre la fille et la figure maternelle, entre amour profond et conflit, ce dernier certainement lié à des problèmes de communication. Le choix du pseudo de l’héroïne pourrait également paraître lourd avec cette métaphore de quitter le nid et de prendre son envol (tout comme, au passage, la fin où elle accepte finalement son véritable prénom). Pourtant, en fouillant bien, ce choix est un peu plus creusé.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

Le pseudo « Lady Bird » marque évidemment la rupture avec la famille (c’est elle qui prénomme l’enfant) tout comme il peut être en lien avec la tradition catholique (notre héroïne est scolarisée dans une école religieuse). En effet, chez les chrétiens, le nom de confirmation est aussi ce qui vous fait basculer dans la vie d’adulte, comme le cherche Christine (au prénom déjà littéralement christique). Mais on peut aussi voir aussi dans ce « Lady Bird » un nom de rockstar. Et dans un sens, cette Christine est aussi une petite rockstar à sa façon (en tout cas cherche parfois à l’être), rebelle aux cheveux grossièrement colorés en rouge. Malgré tous ces bons points intéressants, je ne sais pas si je commence à ressentir une certaine lassitude d’un certain cinéma indépendant américain, mais la sauce n’a pas tellement pris. Greta Gerwig ne renouvelle pas non plus le teen-movie (genre qui, de toute façon, a du mal à trouver un nouveau souffle). On retrouve alors tous les mêmes clichés possibles de ces deux visions du cinéma : le ton pseudo cynique, une scène de fête, la première relation sexuelle, la copine qui a des problèmes de poids (elle se fâche puis finalement non, parce que l’héroïne retrouve le droit chemin des valeurs et tout ça), la peste superficielle (qui, forcément, baise beaucoup), le beau gosse pseudo artiste et philosophe alors que – spoilers – c’est un connard. Pour ne rien arranger, le film a beau ne pas dépasser les 1h30, des longueurs se font clairement sentir (heureusement, la seconde partie est un peu plus intéressante). Bref, même si l’ensemble n’est pas mauvais et qu’il y a même des points défendables, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi ce film en particulier, et pas un autre du même genre, atterrit aux Oscars, pourquoi il semble être au coeur d’une hype (comme trop de films actuellement – un par semaine, on en est là). Lady Bird n’a donc rien du film absolument génial qu’on loue tant depuis des lustres même s’il y a des choses intéressantes. L’ensemble est alors trop anecdotique et manque d’universalité pour convaincre réellement. Il doit beaucoup à la qualité de son casting. Saoirse Ronan endosse le rôle de « Lady Bird » comme un gant, elle parvient à rendre son personnage, pourtant antipathique et aux problèmes limités, attachant. Décidément, depuis ses débuts, l’actrice irlandaise ne me déçoit pas, bien au contraire. Le talent de Laurie Metcalf (qu’on voit un peu partout dans des films et séries, comme Desperate Housewives ou Scream 2) est également enfin reconnu, cela fait plaisir. Ensemble, Ronan et Metcalf produisent au moins quelques jolies petites étincelles.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

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Elle est trop bien

réalisé par Robert Iscove

avec Freddie Prinze Jr., Rachael Leigh Cook, Jodi Lyn O’Keefe, Paul Walker, Matthew Lillard, Anna Paquin, Kevin Pollak, Usher Raymond, Clea DuVall, Sarah Michelle Gellar, Gabrielle Union, Kieran Culkin, Alexis Arquette…

titre original : She’s all that

Comédie romantique américaine. 1h35. 1999.

sortie française : 30 juin 1999

Movie Challenge 2016 : Un film se passant dans un lycée

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Parce que Taylor a rompu avec Zack, ce qui risque de lui faire perdre sa réputation de président de classe, d’étudiant d’honneur et de capitaine de l’équipe de football, il parie avec son meilleur ami et rival, Dean, que n’importe quelle fille, à condition d’être bien maquillée, peut remporter le concours de reine du bal de fin d’année. C’est alors que Laney Boggs croise leur route et tombe dans les filets des deux compères. Cette élève de dernière année, dont l’ambition est de décrocher une bourse pour entrer dans une école d’art, n’a pas de temps à consacrer à la toilette.

Elle est trop bien : Photo

Elle est trop bien serait une sorte de teen-movie culte (très « typique » des années 1990) malgré les mauvaises critiques que j’ai pu entendre. Disons que j’ai l’impression que c’est grâce à ses défauts que le film est aussi connu. Pour ma part, j’avais eu une « première » approche de ce film en regardant directement sa parodie, Sex Academy (Not Another Teen Movie) de Joel Gallin avec Chris Evans. La parodie m’avait vraiment fait marrer, malgré sa débilité constante et son humour assez lourd, j’avais réussi à faire quelques rapprochements avec d’autres teen-movies très connus et assez similaires visiblement. Mais sans avoir vu Elle est trop bien, LE film qui a vraiment servi de fil conducteur, j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose, de quelques vannes aussi. Le Movie Challenge m’a donné une sacrée opportunité. Non, je ne peux crier un mensonge du style : « non mais en fait, ce film passait à la télé, on m’a ligotée et j’ai dû le regarder de force ». Certes, le Movie Challenge me donne la possibilité de regarder des classiques ou films cultes. Mais quand j’ai vu la catégorie « film qui déroule dans un lycée », j’ai tout de suite pensé à Elle est trop bien. Je sais qu’il y avait probablement des films plus intelligents à regarder mais je ne voulais tout simplement pas mourir bête et assouvir ma curiosité (ça va loin, je sais). Pour la note (même si je sais que ce n’est pas le truc le plus important), pour être honnête, j’ai été très embêtée car selon mon humeur (même si je suis souvent de bonne humeur, faut pas croire que je suis une grosse rageuse tout le temps), j’aurais été capable de lui accorder la moyenne (allez, jetez-moi des tomates pourries, profitez-en, ça n’arrivera pas tous les jours). Faut avouer : ça se laisse regarder. Je ne me suis jamais ennuyée, le concept en lui-même n’est pas si idiot que ça. D’ailleurs, Dix bonnes raisons de te larguer de Gil Gunger (avec Julia Stiles et le regretté Heath Ledger) reprend un peu cette trame qui peut rappeler des comédies shakespeariennes. On pensera évidemment aussi beaucoup au Pygmalion de George Bernard Show. Cela dit, sans crier au génie, le long-métrage de Gunger me semble plus ambitieux que ce Elle est trop bien, certes une rom-com sympathique (et pour être honnête, je comprends qu’il ait aussi ses fans) mais qui a des défauts gros comme un camion, il faut bien l’avouer (même si je m’attendais à un résultat vraiment plus dégueulasse).

Elle est trop bien : Photo Freddie Prinze Jr., Rachael Leigh Cook

L’histoire du pari n’était donc pas mauvaise en elle-même mais c’est son traitement qui ne parait pas crédible (et là je m’aperçois vraiment à quel point Sex Academy avait tapé là où il le fallait). Certes, l’héroïne Laney ne se met pas en valeur mais elle n’a absolument rien d’affreux. Il y a des filles dans son école qui ont un physique moins accepté par la société que le sien. Elle est censée être repoussante parce qu’elle porte des lunettes, qu’elle met des salopettes et qu’elle est artiste ! C’est le monde à l’envers ! Le point de départ se transforme ainsi très rapidement en grosse blague, même si j’accepte cette absurdité, le film étant encore une fois pas si désagréable que ça. Finalement, le film est alors très prévisible (ça encore, je ne vais pas trop taper dessus car je savais à quoi m’attendre). En revanche, la débilité de certaines scènes relèvent tout de même du génie dans un sens. Je pense notamment à l’émission avec Matthew Lillard qui ne tombe pas dans la parodie mais plutôt à quelque chose de grossier et honnêtement pas très drôle finalement ou encore cette affreuse scène avec des poils dans une pizza, tout ça pour nous dire que Taylor est un gars bien qui combat les horribles injustices qui se passent tous les jours dans les écoles et surtout dans les cantines, bref c’est le Batman de son lycée, capable de défendre le frangin de sa bien-aimée. De plus, l’ensemble est assez guimauve et rempli de clichés, que ce soit sur les adolescents, les rivalités garçons/filles, le lycée ou encore sur les artistes. Seul vrai point positif : la chorégraphie au bal de fin d’année n’est pas mal du tout ! Freddie Prinze Jr fait partie de ces figures phares de films pour ados dans les années 1990 puis est rapidement devenu un has-been (comme Sarah Michelle Gellar, son épouse, même si cette dernière avait plus de potentiel). Je l’avais déjà trouvé mauvais dans Souviens-toi l’été dernier de Jim Gillepsie et là il ne fait que confirmer l’impression que j’avais déjà sur lui. On a l’impression qu’il ne connait qu’une expression et encore je suis gentille. Sa partenaire Rachael Leigh Cook, sans dire qu’elle joue bien, sauve un peu le désastre côté casting et apporte une certaine fraîcheur malgré la « noirceur » de son personnage.

Elle est trop bien : Photo Freddie Prinze Jr., Paul Walker

Girls Only

réalisé par Lynn Shelton

avec Keira Knightley, Chloe Grace Moretz, Sam Rockwell, Mark Webber, Ellie Kemper, Jeff Garlin, Gretchen Mol, Daniel Zovatto, Kaitlyn Dever…

Titre original : Laggies

Comédie américaine. 1h40. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

Girls Only

A l’aube de ses 30 ans, on ne peut pas dire que Megan soit fixée sur son avenir. Avec son groupe d’amies déjà bien installées dans la vie, le décalage se creuse de jour en jour. Et ce n’est pas le comportement des hommes qui va l’apaiser ! Au point qu’elle se réfugie chez Annika, une nouvelle amie… de 16 ans. Fuyant avec joie ses responsabilités, elle préfère partager le quotidien insouciant de l’adolescente et ses copines. Jusqu’à croiser le père d’Annika au petit-déjeuner…

Girls Only : Photo Keira Knightley

Après Humpday et Ma meilleure amie, sa soeur et moi, Lynn Shelton, qui commence à se faire un nom au sein du cinéma américain indépendant, réalise Laggies. Oui, j’insiste sur le titre original car ce titre « français » (en gros, traduire par de l’anglais, mouahahaha) est vraiment dégueulasse. On ne peut pas autant duper le spectateur, ou plutôt la spectatrice. Non, Laggies n’est pas un film destiné aux gamines de 12 ans pendant une soirée pyjama en train de se gaver de bonbecs. Trouver une traduction convenable de « laggies » est très difficile, mais en cherchant sur le net, j’ai tout de même compris ce qu’il signifie. En gros, il y a l’idée de « retard », de « traîner ». Cela correspond effectivement à la vie de Megan, le personnage principal. En effet, à presque 30 piges, Megan est un peu à la ramasse par rapport au reste de son entourage : elle n’a pas vraiment de travail fixe, elle a certes un petit ami mais n’a aucune envie de se marier avec lui et ses abominables amies sont toutes mariées et mères de famille. Bref, elle fuit et se met à traîner avec des ados qu’elle a croisés par hasard. Bref, à partir de là, on voit bien où veut en venir Lynn Shelton. La réalisatrice traite de l’éternel difficile passage à l’âge adulte. Elle veut aussi montrer que les gens sont parfois coincés dans leur propre vie à cause des diktats de la société alors que pour trouver leur voie (personnelle et professionnelle), il faut qu’ils écoutent leurs propres désirs et aspirations. C’est un film qui semble également interroger sur la maturité et la responsabilité : quand la jeunesse se termine-t-elle ? Peut-on être responsable tout en restant insouciant ? Enfin, chaque individu semble traverser une période floue pour pouvoir reprendre sa vie en main. Certes, rien de bien nouveau dans ces thèmes mais on pouvait tout de même espérer une nouvelle manière de les traiter. Je ne m’attendais pas spécialement au film du siècle mais j’espérais tout de même voir un film sympathique qui pouvait parler un minimum aux spectateurs (oui, même les mecs peuvent être concernés – malgré ce titre français crétin).

Girls Only : Photo Keira Knightley

Certes, Laggies se laisse tout de même regarder, en tout cas, personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Cependant, cela ne signifie pas que le film est bon. Le film aurait pu être intéressant en revisitant en quelque sorte le teen-movie chez un personnage adulte ou encore il aurait pu s’amuser du décalage entre Megan la trentenaire et Annika l’adolescente. Hélas, Lynn Shelton passe à côté du potentiel de son film. Hélas, les thèmes pas nouveaux restent alors… des thèmes pas nouveaux. Le film est à l’image des « amies » de Megan : superficiel. Les thèmes intéressants ne sont que survolés, la question du travail est même au bout d’un moment totalement délaissée de côté. Il n’y a vraiment aucune originalité, on a l’impression d’avoir vu ce film des milliers de fois et la mise en scène est trop plate. Les facilités de scénario sont vraiment regrettables, on n’a vraiment aucune surprise. Pire, les clichés véhiculés sont déplorables. Certes, ce que souligne sur le papier Shelton est juste : effectivement, la société dicte bien le comportement des individus. On sait très bien que certains construisent une vie de famille, se marient etc… juste pour entrer dans un moule et non pour écouter leurs propres envies. On sait bien aussi que ces personnes en question n’hésitent pas à critiquer celles qui ne font pas comme elles. Mais là, Shelton nous présente tous les trentenaires comme des coincés, des gens autoritaires, totalement égocentriques. Les amies de Megan sont des sortes de clones des personnages de Desperate Housewives. Il n’y a absolument aucune nuance chez ces personnages alors qu’on peut être trentenaire, avoir une vie rangée et tout de même rire un minimum, non ? Là, non, les ados sont forcément tous cool et sympas (et font même du skateboard !) et les adultes sont tous vilains ! Comment le film peut-il être crédible avec ce ramassis de bêtises ? De plus, à part être sympathique, on reste vraiment indifférent au sort des personnages. On ne rit pas vraiment, on n’est pas non plus ému. Le spectateur se fiche royalement du sort de chacun. Face à tant de clichés, de superficialité et de vide, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Keira Knightley reste sympathique même si elle sourit parfois bêtement, Chloe Grace Moretz est également crédible en ado cool même si ça serait chouette qu’elle arrête de jouer les ados attardées, je pense qu’elle vaut mieux que ça. Sam Rockwell est pour moi celui qui s’en sort le mieux mais son personnage est totalement sous-exploité. En revanche, les seconds rôles comme Ellie Kemper ou Mark Webber sont franchement catastrophiques.

Girls Only : Photo Keira Knightley