Moi, Daniel Blake

réalisé par Ken Loach

avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan, Sharon Percy…

titre original : I, Daniel Blake

Drame britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

daniel

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

Je suis depuis une dizaine d’années (oui, déjà, malgré mon jeune âge) que je suis la carrière de Ken Loach, devenu rapidement un de mes réalisateurs préférés. J’étais donc obligée d’aller voir son dernier long-métrage, Moi, Daniel Blake, qui a remporté la Palme d’or au dernier festival de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. Loach, qui a déjà remporté un certain nombre de prix dans ce festival (et ailleurs d’ailleurs), avait déjà remporté la Palme d’or en 2006 (il y a donc pile poil dix ans) avec Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley). Alors, évidemment, face à un tel prix, on se demande plus ou moins toujours si le choix du jury a été bon ou non. C’est évidemment toujours compliqué de s’attaquer à ce genre de question car dans un premier temps, je n’ai pas vu tous les films en compétition mais il y a toujours une part de subjectivité. Cela dit, à ce stade-là, j’approuve et j’applaudis le choix du jury qui a récompensé  (pour moi) un des meilleurs films de cette année. Je suis d’ailleurs toujours étonnée de voir un Ken Loach toujours aussi inspiré avec son fidèle scénariste Paul Laverty (ne l’oublions pas !). Après tout, les deux proposent depuis des années des thèmes et aspects similaires : des personnages issus d’un milieu social peu élevé qui doivent affronter un système social monstrueux, un schéma parfois manichéen, un scénario en apparence simple, une mise en scène sobre ou encore un environnement grisâtre. A force de voir des réalisateurs se péter la gueule parce que, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, ils se sont répétés, je redoute toujours le film de trop de Loach. Et honnêtement même ses films dits « mineurs » ont pour moi toujours un intérêt. Ce qui est intéressant chez lui, c’est qu’on pourrait se dire qu’il a fait le tour mais finalement je m’aperçois qu’il y a toujours un détail à traiter. Finalement, on s’aperçoit à quel point il y a de variations autour de la misère sociale. Bref, je suis étonnée de ne pas ressentir de lassitude autour du travail de Loach et Laverty, cette équipe fonctionne toujours aussi bien. Pour moi, en tout cas, Moi, Daniel Blake n’a rien d’un film mineur dans sa carrière. Il s’agit d’un de ses longs-métrages les plus sombres de sa carrière et c’est peut-être même celui qui donne le plus envie de se lever et de lutter.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns

Ken Loach et Paul Laverty s’intéressent ici à une figure qu’on ne voit pas tant que ça au cinéma (en tout cas dans leur univers c’est pratiquement une nouveauté) : le « vieux » au chômage qui ne peut pas retourner au travail non pas par paresse (le personnage principal est au contraire quelqu’un qui se bouge) mais pour des raisons de santé. Le fameux Daniel Blake a des problèmes cardiaques et en plus de ça a été victime d’un accident durant son boulot. Il ne peut se résoudre à aller travailler sur un chantier. Le Pôle Emploi version anglaise (mais soyons réalistes : ce genre de merde arrive également en France) fait du grand n’importe quoi avec son dossier. Le voilà en train de se battre contre un système monstrueux, absurde et inhumain. Il n’est pas le seul à se faire avoir (le but étant que ces gens-là baissent les bras pour qu’ils puissent renoncer à leurs droits dont notamment une aide financière) : Katie et sa petite famille en sont le parfait exemple. C’est grâce à ce point commun malgré eux que la jeune Londonienne qui élève seule ses deux enfants et le veuf Daniel Blake vont devenir amis. Finalement, toutes les générations sont concernées par ce système et les choses ne sont pas prêtes à s’arranger. La rencontre entre les deux personnages est intéressante pour plusieurs raisons. Au-delà de rendre le propos encore plus universel, cela permet de confronter les personnages face à cette lutte différemment. Daniel Blake est celui qui ne veut pas baisser les bras, qui reste digne jusqu’au bout, qui a aussi un certain bagou. Il sait se rebeller quand il le faut (on comprendra donc mieux le « sens » du titre vers la fin du long-métrage) et veut montrer qu’on doit continuer à exister en tant qu’être humain, le système ne prenant pas en compte cette dimension. Katie n’a pas moins de mérites que son nouveau pote mais elle pète tout de même les plombs (je pense ici à l’émouvante scène à la banque alimentaire) cède rapidement aux solutions immorales (vol et prostitution). Au passage, j’apprécie qu’on nous suggère certaines scènes. Avec certains réalisateurs, ça aurait déjà viré au trash gratuit pour rendre les choses encore plus misérables et racoleuses.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

La mise en scène est donc sobre (par son réalisme, on pense toujours chez lui au documentaire, vu qu’il en réalise), comme toujours chez Loach mais n’a rien de mauvaise. Au contraire, tout en restant discret, en laissant les personnage vivre et évoluer les personnages (et les interprètes). Tout a l’air très naturel, spontané et pourtant on n’est jamais dans quelque chose de brouillon. Je trouve son travail toujours aussi efficace et formidable. Le scénario est également bien écrit dans le sens où il parvient mettre à retranscrire la lente mais sûre descente en enfer d’un chômeur. A noter au passage la qualité de certains dialogues. Le film commence banalement et plus il avance plus les événements deviennent sombres et désespérants. Oui, on pourra dire que c’est prévisible mais ce n’est pas dérangeant dans le sens où ce choix-là reste cohérent avec le propos du film : littéralement, notre système nous tue. Oui, c’est vrai que le film peut paraître manichéen mais encore une fois Loach et Laverty transforment ce point qui aurait pu être négatif en quelque chose qui donne de la force pour pouvoir lutter contre le système. Moi, Daniel Blake est à la fois un film sombre, désespérant et en même temps donne envie de se lever et de rester solidaires. Evidemment que le film fait tout pour nous émouvoir mais je n’ai pas trouvé ça tire-larmes dans le sens où encore une fois Loach et Laverty savent s’arrêter là où il le faut et finalement l’émotion sonne vraie. Beaucoup de films de Ken Loach m’ont émue mais je dois même avouer que c’est la première fois que je verse quelques larmes devant une de ses oeuvres. Enfin, Moi, Daniel Blake est porté par un excellent casting. Dans le rôle du rôle-titre, Dave Johns, issu du milieu du stand-up et de la télévision et qui joue pour la première fois dans un film, est impeccable et criant de vérité en incarnant cette sorte de justicier modeste des temps modernes. Face à un sujet aussi difficile, Johns parvient, notamment grâce à son langage (et son accent de Newcastle), à illuminer son personnage. Il ne faut pas non plus oublier de parler de sa partenaire Hayley Squires (sorte de sosie de Lily Allen et de Mila Kunis) est également formidable.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

Publicités

Les Nouveaux Héros

réalisé par Don Hall et Chris Williams

avec les voix V.O. de Scott Adsit, Ryan Potter, Daniel Henney, T.J. Miller, Jamie Chung, Damon Wayans Jr., Genesis Rodriguez, James Cromwell, Alan Tudyk, Maya Rudolph, Katie Lowes, Abraham Benrubi…

avec les voix V.F. de Kyan Khojandi, Maxime Baudouin, Damien Ferrette…

Film d’animation américain. 1h42. 2014.

sortie française : 11 février 2015

Les Nouveaux Héros

Un petit génie de la robotique nommé Hiro Hamada découvre qu’un complot criminel menace de détruire la ville de San Fransokyo. Avec l’aide de son plus proche ami, Baymax le robot infirmier, et de ses compagnons qu’il va transformer en une bande de superhéros high-tech, Hiro va tout faire pour sauver la ville et sa population de l’infâme Yokai…

Les Nouveaux Héros : Photo

Lorsque j’ai découvert la bande-annonce des Nouveaux Héros au cinéma (en allant voir la première partie de Hunger Games 3), je dois avouer qu’il ne me tentait absolument pas (déjà le titre français me faisait fuir). Je n’ai pourtant rien contre les histoires de robots mais l’histoire ne me parlait pas plus que cela et l’animation en elle-même ne me séduisait pas vraiment. J’ai commencé à m’intéresser à ce film lorsqu’il a remporté l’Oscar du meilleur film d’animation il y a deux mois. Je pensais que ça serait Dragons 2 qui l’aurait à la place. Surtout je voulais connaître le film qui avait osé battre mon chouchou (Le conte de la Princesse Kaguya). Petite présentation rapide des Nouveaux Héros : il s’agit d’une adaptation du comics Big Hero 6 (également le titre original de ce film d’animation) . Depuis le rachat de Marvel Entertainment par la Walt Disney Company en fin 2009, il s’agit aussi du premier Disney qui adapte un Marvel Comics. Pour des raisons de droit d’auteur, certains personnages du comics n’apparaissent pas dans cette adaptation. Certains noms de personnages ou de lieux ont également été modifiés pour les besoins du film. Cependant, sans avoir lu les comics, je trouve que les scénaristes ont trouvé une bonne solution pour garder à la fois l’esprit des comics tout en s’adaptant à un public américain. En effet, l’action se déroulait à Tokyo dans le comics. Cette fois-ci, les studios ont situé l’histoire à San Fransokyo (vous l’aurez compris, un mélange de San Francisco et de Tokyo). Evidemment, face au Conte de la Princesse Kaguya, je ne peux pas affirmer que Les Nouveaux Héros mérite son Oscar. Et pourtant, à ma plus grande surprise, j’ai adoré ce dernier Disney, pour moi bien plus intéressant que les récents qui ont été faits (comme La Reine des Neiges qui est en train de m’horripiler).

Les Nouveaux Héros : Photo

Je m’attendais à un gentil film d’animation assez moyen, avec des gags lourds, en réalité Les Nouveaux Héros est un très bon film, et je peux même dire qu’il s’agit d’un de mes préférés sortis cette année. Il est à la fois divertissant, rythmé, accessible pour tout le monde (les enfants, les adultes, les geeks, les fans de science et d’autres types de gens j’imagine), intelligent et profond. Même si l’humour est souvent au rendez-vous et est dosé juste comme il le faut, le long-métrage est aussi étonnamment sombre et même très émouvant (je dois avouer que j’ai versé quelques larmes à la fin). Sans vouloir trop en dire, je ne m’attendais à voir un film qui traiterait surtout de la mort, et plus précisément, du deuil et de l’absence. Cela prouve bien à quel point les films d’animation n’ont rien d’enfantin à l’origine. Je me demande d’ailleurs comment ont pu réagir les enfants en découvrant certains éléments du scénario. Cette noirceur apparaît aussi à travers le thème de la vengeance. Sur le papier, il semble y avoir un méchant et un gentil (et même des gentils), sauf que les réalisateurs ont réussi à ne pas rendre les personnages aussi manichéens que ça. En réalité, le méchant et le gentil (Hiro) agissent pour la même raison (la vengeance donc, puisque je parlais de ça à l’instant) et on s’aperçoit que le gentil peut basculer à n’importe quel moment du côté du méchant (et étrangement, on peut même s’inquiéter du sort du méchant !). Le procédé, simple et pourtant pas si original que ça (la dualité), fonctionne à merveille et permet d’humaniser les personnages. Je n’aime pas trop ce terme un peu naïf et bêbête mais on va dire que le « message » passe aussi du coup parfaitement et s’adapte pour n’importe quel public (les adultes et les enfants).

Les Nouveaux Héros : Photo

L’amitié est également au coeur de ce film. Certes, il n’y a rien d’original mais le thème est traité de manière efficace, du coup j’ai été touchée par la relation entre Hiro et Baymax, deux personnages intelligents et attachants. Baymax a beau être un robot, il est réellement attendrissant, que ce soit avec son look de Chamallow et sa morale (il a été pour soigner les gens). Ce personnage est réellement réussi car paradoxalement il est à la fois adulte (c’est un personnage imposant, rassurant et qui va réellement guider Hiro à faire les bons choix) et enfant (à chaque fois qu’il a l’occasion d’apprendre de nouveaux gestes ou de nouvelles expressions) Il est vrai que le long-métrage se concentre beaucoup sur ces deux personnages (allez, ça serait son seul petit défaut mais j’ai tellement aimé ce film que je lui pardonne cette petite faute) mais je trouve que les seconds rôles arrivent quand même à trouver leur place. Ils sont également très attachants et apportent aussi pas mal d’humour. J’ai en tout cas cru à cette bande soudée, qui permet aussi au héros de ne pas basculer du mauvais côté. Je reviens aussi juste aussi un instant sur le travail d’animation. Contrairement à ce que je pensais en regardant la bande-annonce, l’animation est en réalité très réussie tout comme les décors. Je craignais de voir un film froid ou tape-à-l’oeil visuellement mais en réalité, tout en restant précise et en n’oubliant pas les détails pour croire à ce monde futuriste, l’esthétique a quelque chose de fluide. Du coup c’est très agréable à regarder ! De plus, la musique de Henry Jackman correspond également à cet univers futuriste mais n’est pas non plus envahissante ou trop robotisée. En fait, les croisements entre les cultures américaines et japonaises et entre Disney et Marvel ont été réalisés très habilement. Enfin, en ce qui concerne le doublage, je n’ai pas vu le film en V.O. mais la V.F. est réussie, en tout cas, rien d’alarmant à signaler.

Les Nouveaux Héros : Photo