Stronger

réalisé par David Gordon Green

avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson…

Drame, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 7 février 2018

En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Il va alors devoir endurer des mois de lutte pour espérer une guérison physique, psychologique et émotionnelle.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany

L’histoire de Jeff Bauman a fait le tour du monde. Après avoir perdu ses deux jambes lors des attentats de Boston en 2013, Bauman a réussi à apporter des informations précieuses au FBI pour arrêter les terroristes. Les Américains l’ont alors considéré comme un héros, Bauman faisant alors des apparitions médiatiques un peu partout (le film expose évidemment cette problématique). Le personnage de Bauman apparaissait déjà dans Traque à Boston (Peter Berg, 2017), interprété par Dan Whelton. Je n’attendais pas spécialement la sortie de Stronger, au moins je ne peux pas parler de déception ou quoi que ce soit : j’ai vu à l’écran tout ce que j’imaginais du film avant même de le voir, en me basant sur le synopsis et la bande-annonce. J’étais même capable d’anticiper toutes les étapes du scénario (en précisant que je ne connaissais pas l’histoire de ce jeune homme) : les pleurs, les disputes, les reproches, les moments de désespoir et d’espoir etc… Certes, ce sont des étapes logiques face à un tel traumatisme qui bouleverse autant la vie de Bauman que celle de sa famille et de ses proches. Cela reste forcément regrettable de constater autant de prévisibilités. Le résultat est par conséquent plutôt tire-larmes : par conséquent, cela m’a empêchée d’être réellement bouleversée par cette belle leçon de vie sur le papier. Cela dit, quelques séquences restent plutôt touchantes (je pense notamment à la rencontre entre Jeff et son sauveur Carlos). Concernant la mise en scène, je suis partagée. Je ne m’attendais pas spécialement à voir un travail très ambitieux par rapport au sujet et à la manière dont le film a été vendu. Je ne peux donc pas non plus parler de déception puisque je n’attendais rien côté mise en scène : on sait très bien quand on va voir ce genre de films que l’oeuvre va surtout tenir sur la qualité même de l’histoire. Paradoxalement, même si la mise en scène est dans l’ensemble simplement correcte, il y a pourtant mine de rien bel et bien quelques petites tentatives plus ambitieuses qui fonctionnent discrètement. Je pense notamment à la séquence où Jeff et son ex se retrouvent à l’hôpital : le personnel hospitalier s’occupe alors des bandages de Jeff, ce dernier demande alors à Erin de l’épauler pendant ce moment en évitant de regarder ses jambes. Le travail autour des bandages qui apparaît en arrière-fond s’apparente alors à une sorte de décor presque artificiel implanté, presque comme s’il s’agissait d’un fond vert. Jeff se sent hors de son corps à cet instant et rien que ce petit détail de mise en scène, pas forcément visible au premier abord, être cohérente avec la phase psychologique du protagoniste.

Stronger : Photo Jake Gyllenhaal, Miranda Richardson, Tatiana Maslany

Il y en a un autre aussi (que je n’avais pas remarqué seule, heureusement qu’on me l’a signalé) au début du film, lorsque Jeff n’a pas encore été victime de l’attentat. Il s’arrête quelques secondes sur une sorte de butte me semble-t-il : il se retrouve alors derrière une sorte de grillage. Or, dans le plan  en question, la barre horizontale blanche du grillage semble « couper » une partie des jambes du personnages, là où on lui coupera littéralement ses jambes suite à l’attentat. Bref, il n’y a pas tout à jeter, ça étonne presque de voir ces quelques bonnes idées se retrouver parmi d’autres certainement beaucoup plus plates. Même si d’autres films ont certainement mieux traiter cette question autour de la notion de « héros » (récemment, Un jour dans la vie de Billy Lynn d’Ang Lee), la vraie bonne idée (et certainement réel intérêt qu’on peut trouver au long-métrage) est d’avoir évoqué ce sujet en question et non pas se focaliser uniquement sur le handicap (même si le résultat reste larmoyant). Jeff Bauman est alors un héros ordinaire malgré lui, qui doit apprendre à accepter l’amour que des inconnus lui portent et surtout à accepter qu’on puisse le voir comme un symbole. Il est un poil regrettable de voir le film prendre une direction finale patriotique, d’autant plus que son portrait général de Boston post-attentat est plutôt intéressant (la communauté est, par sa bienveillance et générosité extrême, lourde, trop pour les petites épaules de Jeff). Heureusement, les interprétations sont largement à la hauteur. Jake Gyllenhaal prouve de nouveau à quel point il choisit bien ses rôles qu’il incarne toujours avec conviction et crédibilité. Tatiana Maslany, surtout connue par un certain public pour la série Black Orphan, est également remarquable. Cela fait du bien en plus de voir, alors qu’on a l’habitude du contraire, une fille plutôt banale physiquement, sans réels artifices, ce qui facilite certainement pour les spectateurs une certaine identification. En mère un poil alcoolo et possessive, Miranda Richarson (méconnaissable) complète merveilleusement bien la distribution. A noter pour la petite anecdote la présence d’acteurs non-professionnels interprétant leur propre rôle (ex : plusieurs membres du personnel hospitalier). Stronger est un petit film plutôt correct et oubliable remplissant le cahier des charges qui ne parvient pas réellement à transcender son sujet malgré une démarche honnête et respectueuse par rapport au véritable Jeff Bauman et plus globalement aux victimes des attentats.

Stronger : Photo

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La Femme au tableau

réalisé par Simon Curtis

avec Helen Mirren, Ryan Reynolds, Daniel Brühl, Katie Holmes, Max Irons, Charles Dance, Tatiana Maslany, Antje Traue, Elizabeth McGovern, Jonathan Pryce, Tom Schilling, Moritz Bleibtreu, Frances Fisher, Henry Goodman, Nina Kunzendorf, Justus von Dohnányi…

titre original : Woman in Gold

Drame britannique, américain. 1h50. 2015.

sortie française : 15 juillet 2015 (cinéma) / 18 novembre 2015 (dvd)


 

La femme au tableau a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées : le meilleur du cinéma / les derniers bons films aimés par les internautes.

Evidemment, un immense merci à M6-SND !

La femme au tableau

Lorsqu’il fait la connaissance de Maria Altmann, un jeune avocat de Los Angeles est loin de se douter de ce qui l’attend… Cette septuagénaire excentrique lui confie une mission des plus sidérantes : l’aider à récupérer l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt, exposé dans le plus grand musée d’Autriche, dont elle assure que celui-ci appartenait à sa famille ! D’abord sceptique, le jeune avocat se laisse convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille, jusqu’à sa fuite aux Etats-Unis. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre la « Joconde autrichienne » à sa propriétaire légitime… Faute de recours, ils décident d’intenter un procès au gouvernement autrichien pour faire valoir leur droit et prendre une revanche sur l’Histoire.

La femme au tableau : Photo Helen Mirren, Ryan Reynolds

Pour ceux qui ont envie de connaître la véritable histoire des personnages dans les grandes lignes (peut-être que ça poussera certains d’entre vous à découvrir ce film), je vous fais un petit résumé car je trouve cela intéressant pour mieux comprendre les enjeux même de ce film. Je ne considère pas vraiment les lignes ci-dessous comme un spoiler dans le sens où n’importe qui peut connaître cette histoire en fouillant sur le Net ou en regardant même des reportages dessus. Mais je me suis dit que certains voudraient justement profiter de l’occasion pour connaître cette histoire, je ne veux donc pas trop vous gâcher la surprise. Bref, lisez mes impressions juste après ce premier paragraphe informatif. La Femme au tableau est tiré de l’histoire vraie de Maria Altmann et de  Randy Schonberg. En effet, Maria Altman est une Autrichienne juive qui s’est exilée aux Etats-Unis suite à la montée du nazisme. En 1998, la dame étant tout de même déjà septuagénaire, elle décide de récupérer le Portrait d’Adele Bloch-Bauer I de Gustav Klimt. La Adele du portrait était tout simplement la tante de Maria. Ce tableau appartenait donc à sa famille mais les nazis l’ont dérobé. Il s’est donc retrouvé jusqu’en 2006 au musée du Belvédère à Vienne. Pour cela, elle fait appel à un certain Randy Schonberg, un jeune avocat avec des soucis financiers. Il est également lui-même d’origine autrichienne et sa famille connait déjà Maria. Il a surtout l’impression d’être « reconnu » parce qu’il est le petit-fils du compositeur d’Arnold Schönberg. Randy accepte la demande de Maria au début pour des raisons financières puis finalement suite à son voyage en Autriche et en comprenant pourquoi Maria tient tant à récupérer ce bien familial, il va se sentir personnellement concerné et va réellement s’impliquer dans cette mission. Finalement, face à ce combat difficile et acharné, Maria réussit à récupérer ce tableau qui est tout de même l’équivalent de La Joconde en Autriche ! Depuis, vous pourrez voir ce fameux tableau, racheté par le milliardaire Roland Lauder (c’est le fils d’Estée Lauder pour ceux qui ne le sauraient pas) à la Neue Galerie qui se situe à New York. Enfin, Randy Schonberg a ouvert un cabinet spécialisé dans la restitution d’oeuvres d’art.

La femme au tableau : Photo Max Irons, Tatiana Maslany

Les biopics ou tout ce qui tourne autour des histoires vraies (c’est typiquement hollywoodien) ne sont pas forcément mon genre de prédilection (même si dans le lot, il y a évidemment de très bons films), je redoutais un peu à l’idée de découvrir ce film qui a un titre français absolument affreux encore une fois. Cela dit, le sujet m’intéressait et puis je fais de mon mieux pour ne plus rater de films avec la formidable Helen Mirren. Finalement, La Femme au tableau est plutôt une bonne surprise. Certes, ce n’est pas forcément LE film de l’année mais il est bien meilleur qu’il en a l’air. Après, je ne crie pas non plus au génie dans le sens où la mise en scène de Simon Curtis (My Week with Marilyn) n’est pas non plus très ambitieuse même si elle n’est pas non plus mauvaise, elle est même tout à fait correcte. Il faut aussi reconnaître une envie de nous faire sortir les mouchoirs. Cependant,  le film m’a tout de même beaucoup touchée, en tout cas quelque chose fonctionne véritablement bien malgré ces quelques défauts et facilités. Ce n’est pas la première fois que le cinéma évoque cette sombre période de l’histoire de l’art liée au nazisme. Récemment, Georges Clooney revenait sur ce sujet avec le pas très réussi et assez lourdingue Monuments Men. Je trouve ici tout le propos autour de l’importance de l’art tout de même plus pertinent, surtout dans ce type de production assez grand public. Certes, ce n’est pas forcément nouveau mais cela reste intéressant de voir comme l’histoire individuelle rejoint l’Histoire collective, c’est-à-dire comment l’Histoire peut avoir des répercussions sur les histoires individuelles et jusqu’à quand. A travers cette histoire vraie et donc aussi par le biais de l’art, le film de Simon Curtis a voulu souligner le rapport de l’homme face à l’Histoire : assumer ses responsabilités serait-il un moyen de tourner la page ?

La femme au tableau : Photo Katie Holmes, Ryan Reynolds

Là encore, rien de révolutionnaire mais le long-métrage traite plutôt bien la question de l’identité, notamment à travers l’utilisation du langage. Si le film ne possède pas toujours une mise en scène très intéressante (mais encore une fois pas non plus honteuse), en revanche j’ai bien aimé son esthétisme (j’ai notamment apprécié la différence entre les deux époques). La reconstitution de l’époque (par les costumes et les décors) est très réussie, la photographie est également remarquable (et honnêtement le film m’a même donné envie d’aller à Vienne, j’ai très envie de me programmer ce voyage !). De plus, j’ai apprécié la belle musique de Hans Zimmer et Martin Phipps. Enfin, les interprétations de deux acteurs principaux ne sont certainement pas totalement étrangers à la réussite de ce film. Helen Mirren est de nouveau excellente dans le rôle de cette femme « excentrique » (elle n’a pas sa langue dans sa poche et a un certain sens de la répartie), elle réussit à rendre son personnage combative, chaleureuse et fragile à la fois. Je vous conseille vraiment de regarder le film en version originale car l’accent de Mirren est un régal et apporte un vrai petit plus ! De plus, j’ai été très surprise par l’interprétation de Ryan Reynolds qui parvient à ne pas se faire manger par la pourtant très impressionnante Mirren. J’avais vraiment du mal avec cet acteur auparavant mais je trouve qu’il progresse réellement de film en plus et ça fait plaisir de voir que rien n’est jamais perdu ! Les seconds rôles sont également bons, je pense notamment au toujours très sympathique Daniel Brühl ou encore à Tatiana Maslany qui interprète le personnage de Maria plus jeune (je ne l’avais jamais vue dans des films ou séries – en tout cas je ne l’avais jamais remarquée auparavant) qui s’en sort pas mal du tout. Par contre, voir Katie Holmes jouer cinq minutes faire « la femme de », ça fait un peu de la peine…

La femme au tableau : Photo Antje Traue