Le Sens de la Fête

réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Alban Ivanov, Eye Haidara, William Lebghil, Kevin Azaïs, Antoine Chappey, Benjamin Lavernhe, Suzanne Clément, Judith Chemla, Hélène Vincent, Gabriel Naccache, Sam Karmann…

Comédie française. 1h57. 2017.

sortie française : 4 octobre 2017

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.

Le Sens de la fête : Photo Hélène Vincent, Kévin Azaïs

Le duo Eric Toledano-Olivier Nakache a fait beaucoup de bien dans le paysage de la comédie française. Certes, Samba (qui n’est pas une comédie) m’avait déçue et j’avais carrément détesté Je préfère qu’on reste amis. Cela dit, Intouchables est une bonne comédie même si son succès peut paraître démesuré. Surtout, j’ai toujours eu une folle affection pour Nos Jours Heureux et Tellement proches, deux films qui ont en commun le sens de la collectivité. Bonne nouvelle : Le Sens de la Fête entre dans cette même lignée. Certes, contrairement à beaucoup de personnes sur la blogosphère, je n’ai pas non plus eu le coup de coeur tant espéré. La première raison est son rapprochement avec un film que je déteste tant de tout mon coeur (je crois que la moitié de la planète est au courant) : Birdman. Certes, le film de Toledano et Nakache ne prétend pas reprendre l’exercice de style avec un (pseudo) unique plan-séquence. Mais pourtant, tout le long, on pense au film oscarisé, ce qui peut parfois faire sortir l’esprit de mon visionnaire. Comme dans le long-métrage d’Inarritu, il y a une sorte de caméra-fleuve au rythme similaire qui suit pratiquement sans cesse Max (Jean-Pierre Bacri), se confrontant à une multitude de personnages tous plus ou moins barrés. Pour couronner le tout, la bande-originale signée par Avishai Cohen nous fait penser à cette (putain de) batterie déjà présente dans Birdman. Je n’ai pas non plus apprécié la trame narrative autour de Suzanne Clément, un peu reléguée ici au plan de « potiche » alors qu’elle mérite tellement mieux ! Après, on peut effectivement voir où les réalisateurs veulent en venir dans le parallèle entre les catastrophes professionnelles et celles d’ordre personnel. Mais ça reste tout de même un point discutable selon moi. En dehors de ces quelques petits reproches, Le Sens de la fête est tout de même une très chouette comédie française, ce qui devient visiblement rare. Les réalisateurs nous prouvent qu’on est encore capable en France de faire un film populaire drôle sans tomber dans l’humour raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Le film réussit à parler à un large public sans forcément tomber dans un résultat trop consensuel. Surtout, s’il est merveilleux en terme d’humour, il sait aussi le mêler avec élégance et habileté à l’émotion. L’humour repose aussi bien sur des répliques cinglantes (dont seul Bacri a le secret pour les balancer) tout comme il fonctionne grâce à son rythme presque en cohérence avec la bande-originale. En réalité, c’est principalement la succession d’événements malheureux se déroulant sur une durée limité (à peine quelques heures) qui permet de faire ressortir différents ressorts comiques.

Le Sens de la fête : Photo Gilles Lellouche

Ainsi, les personnages, la plupart du temps assez attachants, ont certes tous des caractéristiques « stéréotypées », mais ils ne tombent non plus dans des excès ou même des clichés (dans le sens où les personnages restent crédibles) : le patron grincheux et sous pression, le photographe has-been pique-assiettes, le chanteur ringard qui massacre des chansons italiennes et veut faire tourner les serviettes, le prof de français (très à cheval sur le vocabulaire) dépressif serveur à ses heures perdues qui drague la mariée, le boulet de service qui comprend que dalle, l’employée énergique mais très grossière et grande-gueule, le marié imbuvable qui récite des discours interminables, la mariée toute douce mais soumise etc… Finalement, à l’intérieur de ce mariage sont représentées avec un mélange de tendresse et de satire différentes figures de notre société. L’humour repose aussi également sur des effets de répétition ou d’attente pour ne citer que ces exemples. En tout cas, tous ces différents effets comiques s’emboîtent malicieusement bien entre eux par une mécanique bien huilée au point d’en arriver à créer un climax fort en humour mais aussi en émotion. Oui, il y a bien une certaine émotion qui arrive parfois là on s’y attend le moins. Il touche aussi plus globalement pour le regard qu’il offre sur la collectivité (en n’oubliant jamais la place de l’individu dans le groupe) : si la bêtise de l’un d’entre eux peut avoir des conséquences sur les autres, ce sont aussi les erreurs de chacun qui permettent l’union, la solidarité et la force d’un groupe. La mise en scène est remarquable par sa fluidité parvenant à capter la pluralité des situations, le tout sur un fabuleux sens du tempo. Tous les acteurs, que ce soit les plus confirmés ou les moins connus (même si certains ont déjà une certaine reconnaissance), sont tous excellents. On a envie de dire que Jean-Pierre Bacri fait du Bacri : c’est pas faux mais il le fait tout de même toujours aussi bien, et peut-être même encore mieux que d’habitude (en fait, je ne vois pas qui d’autre aurait pu interpréter le rôle). Surtout, s’il est bien à la tête de cette grande troupe, il ne bouffe pas non plus les seconds rôles. Ce point était essentiel puisque le film parle justement de cohésion. Bacri n’est pas le seul à faire ce qu’il sait déjà faire (Lellouche, Rouve, Macaigne, Vincent… sont également concernés) mais on ne sent jamais de la lassitude ou une forme de paresse. Le Sens de la Fête est alors une formidable comédie parfois touchante, présentant parfois un regard désabusé sur notre société mais tout de même optimiste et surtout très humaine.

Le Sens de la fête : Photo Jean-Pierre Bacri

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J’ai tué ma mère

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément, Niels Schneider, Manuel Tadros…

Drame canadien. 1h40. 2009.

sortie française : 15 juillet 2009

Movie Challenge 2016 : Un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

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Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

J'ai tué ma mère : photo Anne Dorval, Xavier Dolan

J’ai tué ma mère, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes en 2009, est le premier long-métrage du réalisateur québécois Xavier Dolan qu’on ne présente plus. Il écrit le scénario (parfois autobiographique) alors qu’il n’a que seize ans et le réalise à dix-neuf ans ! Certains spectateurs / critiques sont admiratifs, d’autres jaloux ou tout simplement agacés (il faut dire que le bonhomme a une certaine assurance / n’est pas modeste – au choix). Une chose est certaine : en général, Xavier Dolan ne laisse pas indifférent. J’ai adoré certains de ses films (Mommy, Laurence Anyways), j’en ai détesté certains (Les Amours Imaginaires). Mais étonnamment, je situe J’ai tué ma mère dans aucune de ces catégories situées à l’extrémité l’une de l’autre. Par rapport à ce que j’ai vu dans Les Amours Imaginaires ou même par rapport au personnage public et parfois ses déclarations « choc », je n’ai pas trouvé qu’il frimait contrairement à ce que je m’attendais. Bien sûr, il y a un peu de maniérisme par moments, une envie de démontrer ce qu’il sait faire, il y a des scènes mettant en avant l’esthétique qui fonctionnent (je pense notamment à la scène de sexe faisant référence au travail de Pollock ou à la dernière assez automnale), d’autres moins (le face-à-face caméra en noir et blanc… même si les scènes en elles-mêmes trouvent leur utilité). Mais dans l’ensemble, quand on connaît les autres films de Xavier Dolan, on pourra presque (pas trop non plus) le trouver sobre. Ca étonne pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que finalement sans certains artifices Dolan est capable de faire des choses intéressantes (même si encore une fois j’aime aussi ses films très esthétiques). Mais en même temps, peut-être influencée justement par cette sobriété, j’ai trouvé ce film fragile, pas assez abouti pour me convaincre. Après j’ai conscience qu’il s’agit justement de son premier film. Et il fait aussi des choses formidables pour un débutant ! Mais ce n’est pas le chef-d’oeuvre annoncé par certains, pas pour moi (pour moi j’aime des films imparfaits). On sent de l’ambition dans la mise en scène, une envie de proposer des choses artistiquement. Mais j’ai trouvé l’histoire en elle-même bancale. Oui ça parle de la relation compliquée entre une mère et un fils. Oui ça peut faire partie de la vie de certains individus. Mais en dehors de la dernière partie du film, l’histoire manque selon moi d’enjeux. L’ensemble n’est pourtant pas déplaisant à découvrir, je ne me suis pas ennuyée. Mais ça reste un enchaînement de disputes, de crise et de scènes montrant l’ado rebelle.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

Malgré une part de narcissisme (encore une fois pas si énorme contrairement à ce que je m’attendais), ce film à consonance autobiographique reste sincère. Xavier Dolan manque de maturité en tant que réalisateur (enfin maintenant il a « grandi »). Cela dit, en tant que jeune homme, malgré son jeune âge, même si certains passages peuvent paraître un peu superficiels ou un peu faciles (j’ai même envie de dire un peu « adolescents » dans un sens), on sent qu’il comprend des choses adulte, qu’il a déjà un recul sur un sujet aussi fort et compliqué que les liens familiaux, en l’occurrence ici entre une mère et un fils. Certes, il y a parfois des répliques un peu faciles (on revient toujours à ces fameuses scènes face caméra en noir et blanc) mais son regard sur les relations entre haine et amour débordant m’a tout de même semblé très pertinent. On sent que ce n’est pas quelque chose balancé comme ça, on sent tout simplement le vécu mais aussi un recul assez étonnant. Pourtant, ce thème en question a été traitée et re-traitée de nombreuses fois, que ce soit au cinéma, en littérature ou dans d’autres domaines. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’au fond (même s’il y a quelques petits indices donnés mais c’est pas non plus réellement expliqué) il n’y a pas de vraie cause dans cette sorte de rupture entre cette mère et son fils, il y a plus une idée d’un tout (notamment l’adolescence) qui conduit à cet éloignement. En tout cas, Xavier Dolan apporte bien sa pierre à l’édifice. En parlant de Dolan, comme vous pouvez le voir (et même le savoir vu que ça fait partie de sa réputation), il n’est pas uniquement le réalisateur de ce long-métrage. Il fait un peu tout (la parodie du Palmashow était à peine exagérée) comme on le sent. Il tient logiquement le premier rôle. Dans Les Amours Imaginaires, je l’avais trouvé vraiment mauvais. Ici, il s’en sort mieux. Certes (est-ce que je dois rappeler les fameuses scènes qui m’ont dérangée ?), je ne trouve pas que ce soit un grand acteur, son interprétation n’est pas parfaite mais il s’en sort tout de même pas si mal. En tout cas, je l’ai senti plus à l’aise, plus sincère tout simplement parce qu’il y a une part de lui dans son personnage. Anne Dorval est vraiment excellente dans le rôle de la mère. Sa performance aurait pu être limitée à une sorte d’hystérie mais heureusement ce n’est pas le cas. Il y a quelque chose dans son interprétation qui est criant de vérité. Enfin, même si on ne la voit pas tant que ça (et pourtant on a l’impression qu’elle est tout le temps présente), j’ai également beaucoup apprécié l’interprétation de Suzanne Clément, également actrice fétiche de Dolan.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

Laurence Anyways

réalisé par Xavier Dolan

avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri, Susie Almgren…

Drame canadien, français. 2h48. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Laurence Anyways

C’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme, après que celui-ci a décidé de changer de sexe. Dans les années 1990, Laurence décide de devenir une femme mais, paradoxalement, tente néanmoins de sauver sa relation amoureuse avec Fred (Frédérique), laquelle accepte fort mal la décision de Laurence et la cascade des désagréments qu’elle suscite.

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Deux ans après l’insupportable Les Amours Imaginaires, le jeune prodige québécois Xavier Dolan réalise son déjà troisième long-métrage, Laurence Anyways, présenté au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » (dans cette catégorie, Suzanne Clément avait remporté le prix d’interprétation féminine). Le film a remporté la Queer Palm, prix refusé par le réalisateur, affirmant qu’il s’agissait en réalité d’un marqueur d’exclusion (et pour être honnête, je suis totalement d’accord avec ce qu’il dit, même s’il l’a dit avec une certaine violence). De plus, Dolan, qui passe de nouveau pour un petit con (on ne se défait pas d’une réputation comme ça), était énervé, souhaitant voir son film dans la sélection officielle en compétition. Certes, le comportement qu’a eu Dolan n’est pas forcément génial, je l’accorde. Cela dit, je trouve également que Laurence Anyways pouvait largement rejoindre la sélection officielle. Je vous le confirme : je me suis bien réconciliée avec Dolan. Certes, son meilleur film reste pour l’instant le bouleversant Mommy mais Laurence Anyways est vraiment un petit bijou, une incroyable tornade d’émotions, confirmant le talent indéniable de Dolan, qui a appris à ne plus faire des films pour ses amis hipsters en contemplant son nombril. Au contraire, avec un sujet pourtant assez précis, qui ne concerne pas nécessairement tout le monde, loin de là (la transsexualité), Dolan réussit à réaliser un film très universel. Il est intéressant de voir l’évolution positive entre Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways. Esthétiquement, Les Amours Imaginaires était pourtant réussi, on sentait bien la maîtrise technique du réalisateur, mais Dolan ne parvenait pas à sortir de sa culture cinématographique, on sentait trop ses influences. Du coup, le résultat était horriblement superficiel et prétentieux (et pour ne rien arranger, le scénario était abominable).

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Evidemment, Dolan fait partie de ces réalisateurs qui veulent montrer ce qu’ils savent faire avec une caméra, il veut absolument faire esthétiquement un beau film, ce qui est tout à fait à son honneur. Mais on a enfin l’impression que cette esthétique n’est pas gratuite. Dolan a enfin compris que cette esthétique pouvait être compatible avec le thème central de ce film, c’est-à-dire la mutation, qui concerne à la fois chaque personnage ainsi que le couple. Ainsi, Laurence, figure (pas lourdingue) du papillon, né dans un corps d’homme, se transforme pour pouvoir devenir la femme qu’elle a toujours été. Fred aimerait supporter la transsexualité de Laurence mais elle ne supporte pas le regard des autres. Mais en s’enfermant dans un schéma social traditionnel, Fred mute aussi en quelque sorte, en perdant peu à peu son extravagance. Pour schématiser, Laurence doit vivre dans la marginalité pour réussir sa transformation tandis que Fred croit que son bonheur doit passer par la conformité et le regard des gens. Dolan a su mettre en scène dans cette passionnante fresque de presque trois heures toute la complexité d’une histoire d’amour, sur une dizaine d’années, qui ne parvient pas aboutir à cause des exigences de chacun. Laurence et Fred veulent obtenir ce que tout individu cherche dans sa vie, c’est-à-dire le bonheur. Mais ce bonheur est incompatible entre les désirs de chacun (en quelque sorte une forme d’égoïsme, mais sans la connotation négative) et le regard des autres. Au-delà d’une esthétique époustouflante, qui retranscrit cette mutation comme une expérience proche de l’onirisme, ainsi que toutes les étapes émotives des personnages, comme dans Mommy, j’ai été étonnée de la maturité de Dolan dans le traitement de ses sujets. L’amour impossible était clairement au coeur des Amours Imaginaires mais son traitement était trop superficiel. Ici, il reprend ce thème, visiblement si cher, mais en le traitant cette fois-ci avec une forme de subtilité et surtout en comprenant réellement sa complexité. Melvil Poupaud (en jetant un coup d’oeil à sa filmographie, je m’aperçois que je connais mal cet acteur) et Suzanne Clément sont tous les deux excellents et illuminent à chaque scène ce film déjà lumineux de sensibilité et d’une réelle intelligence.

Laurence Anyways : Photo Melvil Poupaud

Mommy

réalisé par Xavier Dolan

avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément, Patrick Huard…

Drame canadien. 2h20. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Mommy

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Mommy : Photo Anne Dorval

Avant de voir Mommy, je n’avais pas forcément une bonne image de Xavier Dolan. Pourtant, avant de m’attaquer à sa filmo, j’avais beaucoup aimé le clip polémique qu’il avait signé pour le groupe Indochine, College Boy (avec le héros de Mommy, Antoine Olivier Pilon). Puis, j’ai découvert Les amours imaginaires (je publierai ma critique en novembre) sur Arte, et là catastrophe : malgré un talent esthétique, je n’aime pratiquement rien dans ce film mal joué, prétentieux et d’un ennui à mourir. Ensuite, j’ai suivi le festival de Cannes cette année et j’ai pratiquement regardé toutes les conférences sur presse. Alors que je m’attendais de nouveau à revoir le petit con qui avait tendance à m’énerve, je vois un jeune homme plus calme, beaucoup moins prétentieux, qui défend avec conviction son dernier bébé. Puis, sa réaction lorsqu’il a reçu le prix du jury – peut-être un peu exubérante – m’a beaucoup touchée, j’ai enfin vu sa sincérité. Je dois également avouer que j’étais curieuse de découvrir Anne Dorval, que je connais surtout pour la série Le coeur a ses raisons, dans un registre dramatique. Malgré l’emballement de la presse, j’avais toujours en tête ma très mauvaise expérience des Amours imaginaires en tête et puis je suis toujours un peu méfiante quand un film est à ce point aimé par tous. Je ne suis pas allée voir le film tout de suite mais finalement je me suis dis que je devais le voir histoire de me faire ma petite idée.

Mommy : Photo Antoine-Olivier Pilon

Finalement, j’ai bien fait d’avoir donné une seconde chance à Dolan. Je n’ai pas seulement aimé Mommy, j’ai adoré. Dolan a réussi à me plonger dans un tourbillon d’émotions. Le film m’a bien confirmé que le bonhomme était devenu plus mature. Il est soigné esthétiquement, mais cette fois-ci le but n’est pas pour Dolan d’étendre toutes ses connaissances techniques. Le format carré 1:1 (déjà utilisé pour le clip d’Indochine) met en valeur les personnages et en même temps les emprisonne : l’atmosphère est étouffante, on sait que le jeune Steve risque de péter un câble d’un moment à l’autre et surtout la séparation, causée par une loi imaginaire dans le Canada de 2015, semble inévitable. Les seuls moments où ce format disparaît sont ceux où les personnages respirent durant un instant le bonheur. Le film dure 2h20 mais il passe vraiment vite car il est rythmé et le scénario bien construit. Malgré sa longue durée, honnêtement, je ne vois pas ce que Dolan aurait pu couper. Chaque scène, même chaque plan, semble nécessaire et signifie quelque chose, par rapport à la construction de l’histoire ou à l’approche des personnages. La mise en scène est soignée, très maîtrisée pour un jeune réalisateur et surtout, par rapport aux Amours Imaginaires (oui, j’en fais une obsession), ne paraît pas superficielle et ceci pour une simple raison : le film respire la sincérité. Mommy est un film ambitieux mais je n’ai pas senti que Dolan avait fait ce film pour se la péter. A l’image des personnages, cette histoire sort de ses tripes. On sait tous que sa relation avec sa mère joue un rôle important dans son travail et il a dit lui-même Steve lui ressemble. Malgré cette influence autobiographique, Dolan a signé un film très universel.

Mommy : Photo Anne Dorval

Dolan a signé un film fort émotionnellement et plusieurs scènes resteront gravées. La bande-originale (Céline Dion, Lana Del Rey, Dido, Counting Crows, Oasis, Eiffel ’65, Andrea Bocelli…) est également sympa. Je craignais que Dolan ait de nouveau mis sa playlist idéale et qu’elle soit trop envahissante, surtout les premières minutes du film, mais en réalité, elle trouve sa place dans le film : la scène avec les trois personnages qui chantent du Céline Dion ou encore celle dans le karaoké sont assez significatives. Enfin, les acteurs sont impeccables. Anne Dorval est fabuleuse dans le rôle de cette mère qui semble se comporter comme une adolescente avec son look très 90s mais qui fait vraiment tout pour que son fils sorte de cette spirale infernale. Dans le rôle du fils en question, Antoine Olivier Pilon est également excellent. Il a beau être violent, insultant envers sa mère, le personnage qu’il incarne est très attachant (peut-être l’est-il parce qu’il n’a pas toujours été ainsi ?). Dans cette relation mère-fils, Suzanne Clément, qui incarne la voisine bègue, parvient à trouver sa place. Même si elle s’ouvre dans quelques scènes, ce personnage est plus dans la retenue. Ce qui est émouvant, c’est que le spectateur comprend pourquoi elle est devenue bègue et pourquoi elle s’attache autant à cette famille, mais jamais son personnage Kyla n’en parlera. La maturité de Dolan, que j’évoquais un peu plus haut, apparaît aussi dans le traitement des personnages, surtout les féminins. Pour conclure, Mommy est un magnifique film, à la fois d’une immense tendresse et d’une insolence étonnante. Je vais rejoindre la critique de Positif : on peut très bien détester les autres films de Dolan et adorer Mommy.

Mommy : Photo Suzanne Clément