Jusqu’à la garde

réalisé par Xavier Legrand

avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Thomas Gioria, Mathilde Auneveux, Florence Janas, Mathieu Saïkaly…

Drame français. 1h33. 2017.

sortie française : 7 février 2018

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Jusqu’à la Garde : Photo Denis Ménochet, Thomas Gioria

Xavier Legrand (qui est parallèlement acteur – surtout au théâtre) avait déjà dirigé Denis Ménochet, Léa Drucker et Mathilde Auneveux dans Avant que de tout perdre, César du meilleur court-métrage (et également nommé aux Oscars). Premier long-métrage de Legrand, Jusqu’à la garde marquerait un lien avec le court, pourrait même être vu comme une suite (je vous confirmerai cela quand je l’aurai vu – je compte en parler dans le cadre du Movie Challenge). Lauréat de deux Lion d’argent à la Mostra de Venise 2017 (mise en scène et premier film), Jusqu’à la garde est un film saisissant et poignant sur la violence conjugale : on ne voit pas tant que ça des films traitant ce sujet très actuel et difficile (je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à Tyrannosaur de Paddy Considine, lui-même une prolongation de son court-métrage Dog Altogether). Le scénario est a priori très simple dans le sens où il ne cherche pas à multiplier à tout prix les péripéties. En effet, la scène d’ouverture permet de poser le cadre c’est-à-dire on nous expose dans les faits la situation familiale des personnages chez le juge (Miriam et Antoine parlent très peu mais pourtant, cela ne nous empêche pas d’avoir déjà une petite idée sur qui ils sont). Puis, jusqu’à sa fameuse séquence finale très marquante et traumatisante où il y a un passage à l’acte, tout le film est construit autour d’une menace qui se retient d’éclater alors qu’on sait inévitablement qu’elle va finir par exploser dans la gueule des victimes qui ne parviennent pas à fuir. Non, on ne verra jamais Antoine frapper quelqu’un tout comme on ne verra pas un personnage ayant un oeil au beurre noir. Par ailleurs, l’autre finesse du film est nous présenter Miriam jamais victimisée malgré sa situation pourtant évidente par rapport à son ex-mari. Pourtant, le spectateur a sans cesse peur pour les personnages. J’ai lu des critiques (que je respecte évidemment) qui disaient qu’on pouvait avoir au début du film un doute sur l’identité d’Antoine (est-ce qu’il est violent avec sa famille ou non ?). Pour ma part, et c’est aussi ce qui explique selon moi la réussite de ce film, c’est qu’on a beau ne jamais voir ses actes de violence, même on n’a effectivement pas de preuves sur ce qu’il a pu faire auparavant, on sait qu’Antoine est dangereux, comme si le spectateur avait une longueur d’avance sur la justice (qui ne protège pas comme elle devrait le faire – il faut attendre le pire pour qu’elle agisse pour de bon). En fait, ce sont des petits indices qui guident le spectateur sur la brutalité d’Antoine, comme par exemple les silences, la précision des plans (quelque chose de froid et inquiétant en ressort), les différents sons issus du quotidien (les clignotants, la ceinture de sécurité etc.). Les références à La Nuit du Chasseur de Charles Laughton ou à Shining de Stanley Kubrick, clairement revendiquées, sont utilisées judicieusement : comme ces grands films, le danger vient de celui qu’on ne devrait pas soupçonner, de celui qui devrait plutôt protéger. Au-delà de nous parler de violence conjugale, le film traite bien des thèmes du harcèlement, d’intrusion même, qui font peut-être dans un sens autant mal que des coups.

Jusqu’à la Garde : Photo Denis Ménochet, Léa Drucker

Je dois aussi vous avouer que j’ai bien pleuré durant la séquence finale insoutenable qui ne cherche pourtant pas à être larmoyante. Sa fin est particulièrement réussie, parvenant à mêler différents sentiments : le soulagement, l’admiration et la méfiance (je parle pour ce dernier terme de la voisine, personnage autant responsable que « voyeuse »). Cela dit, je vais passer pour une chieuse même si cela n’enlève rien à la qualité du film ni à ma très bonne appréciation. Je n’ai pas globalement pas plus adhéré que ça aux choix narratifs concernant Joséphine, la soeur de Julien. Par exemple, je reviens sur la fameuse scène d’anniversaire où Joséphine chante sur scène pratiquement les larmes aux yeux, la boule au ventre, en tirant bien la gueule, comme si elle savait que le pire allait se produire. Cela dit, même si la scène en elle-même fonctionne, l’utilisation de ce motif (la mise en scène d’un personnage qui affiche une expression décalée par rapport à la chanson qu’il chante) reste vu et revu, fait sans réelle originalité. La scène des toilettes est également pour moi très maladroite : peut-être qu’elle signifie le poids de gérer d’autres problèmes personnels lorsque sa famille a volé en éclats tout comme on peut partir sur d’autres hypothèses autour de la construction de sa propre famille, impossible face au divorce désastreux de ses propres parents. Cela dit, ne sachant pas vraiment ce qu’a voulu dire le réalisateur, utiliser la grossesse en guise de symbole narratif m’a semblé très facile (autant, par exemple, les scènes dans les films et séries où on fait justement disparaître une grossesse au lieu de passer par la case « avortement »). Surtout, ce qui m’a globalement énervée est de ne pas utiliser la moindre information sur la soeur alors que le réalisateur n’hésite justement pas à utiliser tous les détails possibles sur les autres membres de la famille pour faire avancer l’intrigue et pour montrer que le danger est inévitable. Je reste persuadée que ce personnage a été sacrifié (en tout cas mal exploité), l’histoire déjà entre le petit Julien et ses parents étant certainement un peu trop forte pour lui laisser réellement une bonne place. En fait, je crois qu’au fond, ce que je veux dire, c’est qu’au-delà de maladresses avec l’arc narratif de ce personnage, le réalisateur tombe étonnamment dans des facilités alors que tout le reste de son film ne tombe justement jamais dans ce piège. En dehors de ces quelques chipotages, je vais finir ma chronique sur une touche positive car Jusqu’à la garde mérite toute l’attention qu’on lui porte actuellement. Impossible de passer à côté de ce casting de qualité. Certainement aidé par son physique (mi-ours mi-rustre), Denis Ménochet livre une interprétation monstrueusement intense, tandis que Léa Drucker parvient à mêler fragilité et force. Enfin, le petit Thomas Gioria, dans son premier rôle au cinéma, est tout simplement bluffant.

Jusqu’à la Garde : Photo Thomas Gioria

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Jumanji : Bienvenue dans la jungle

réalisé par Jake Kasdan

avec Dwayne Johnson, Jack Black,Kevin Hart, Karen Gillan, Nick Jonas, Bobby Cannavale, Alex Wolff, Rhys Darby, Missy Pyle…

titre original : Jumanji : Welcome to the jungle

Fantastique, action américain. 2h. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson, Jack Black, Karen Gillan, Kevin Hart, Nick Jonas

Jumanji, adapté du roman de Chris Van Allsburgh, est un film tellement culte pour une génération (et certainement encore plus depuis le décès du regretté Robin Williams), qu’on le pensait intouchable. Sans surprise, le scénario suivant s’est déroulé ainsi : tout d’abord, on a gueulé suite à l’annonce du projet (« gnagnagna on touche pas à Jumanji« ), puis pratiquement toute la Twittosphère – avec parfois les mêmes qui gueulaient auparavant – s’est extasiée rien qu’après l’avant-première. Je dis bien le terme « extasier » car je ne comprends pas réellement les très bonnes critiques à l’égard de cette suite. Certes, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle se défend sur certains points. Si le film démarre pratiquement tout de suite après les événements du premier opus (enfin, son introduction : le reste du film se déroule de nos jours), il a le mérite de vouloir s’en détacher. Changer de matériau (passer du jeu de société au jeu vidéo) aide certainement à vouloir se différencier de l’original. Le premier Jumanji misait sur la venue du fantastique dans un monde réel tandis que cette suite met en scène des personnages réels dans un monde virtuel et fantastique. Bref, le début de cette suite fait finalement presque penser à une sorte de mélange entre Tron et The Breakfast Club que réellement à Jumanji. Et le reste du film est plutôt une comédie d’action survoltée alors que le premier opus était plutôt une comédie dite « familiale »). La mise en scène des avatars des quatre adolescents joueurs dans le jeu est également une certaine bonne idée. Et cette bonne idée est en partie bien exécutée par le choix même des acteurs, tous très bons. Ainsi, l’avatar choisi est complètement différent de ce que sont les ados qui jouaient à l’origine derrière leurs consoles. Ainsi, le grand baraqué Dwayne Johnson au regard de braise (on adore ses auto-parodies) est l’avatar d’un petit gringalet geek sans amis, Jack Black (avec le physique qu’on lui connait) est en réalité le personnage d’une ado superficielle accro à son portable et à ses selfies sur Instagram, le petit Kevin Hart avec son énorme sac à dos représente en réalité un baraqué sportif et Karen Gillian est une héroïne sexy, bad-ass, sachant se battre alors que la jeune fille qui se cache derrière ce personnage est timide, mal fagoté, détestant faire du sport. Si cette suite diffère du long-métrage de Joe Johnston, elle tente de garder le même type de moral : le jeu est littéralement un moyen ludique pour retenir des leçons de vie.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Dwayne Johnson

Bref, le message sur l’acceptation de soi est simple mais il passe plutôt bien dans le cadre de cette comédie d’action tous publics sans prise de tête. Alors, pourquoi ne suis-je pas totalement convaincue ? J’ai tenté de ne pas faire de rapprochement avec le premier Jumanji, surtout que cette suite refuse de lui ressembler. Mais ce film de Jake Kasdan a beau remplir ses fonctions de gros divertissement, il ne possède pas le charme de celui de Johnston. Attention, je n’idéalise pas le Jumanji avec Robin Williams : c’est un film qui peut paraître un peu niais et même très enfantin et les effets spéciaux ont pris un coup de vieux. Mais j’ai beau le voir et le revoir, il possède toujours autant de charme. Or, ce Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’a pas ce charme en question. Je ne pense pas non plus qu’il traversera le temps comme le précédent film. Surtout, le film de Johnston parvenait à présenter de nombreux obstacles du début jusqu’à la fin. Or, je n’ai pas du tout ressenti ce danger permanent dans le long-métrage de Kasdan. On a l’impression que les personnages passent toutes les épreuves les doigts dans le nez (alors qu’ils perdent des vies comme dans une partie de jeu vidéo) en seulement quelques heures. On finit presque par se demander pourquoi le personnage incarné par Nick Jonas est resté bloqué des années et des années dans ce jeu alors que la bande de The Rock te règle ça en un temps record. Le méchant est également décevant, il ne semble pas si dangereux et effrayant contrairement au Chasseur. Enfin, je reste un poil sceptique sur la soi-disant amélioration des effets spéciaux. Certes, dans cette suite, ils sont beaucoup moins kitsch que dans le premier volet et ils sont adaptés par rapport à l’univers des jeux vidéos. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de trouver l’environnement relativement laid avec cette surcharge de numérique. Finalement, même si les décors et les effets spéciaux étaient désuets, je trouve l’environnement du premier film plus satisfaisant, surtout concernant le côté exotique de l’aventure. Bref, pour conclure, Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’est pas la catastrophe qu’on aurait pu avoir face à notre méfiance naturelle désormais face aux suites (remakes ou autres). Mais je ne suis pas non plus un certain emballement général que j’ai pu constater par la blogosphère cinéphile.

Jumanji : Bienvenue dans la jungle : Photo Karen Gillan

Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi

réalisé par Rian Johnson

avec Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Mark Hamill, Adam Driver, Carrie Fisher, Kelly Marie Tran, Andy Serkis, Benicio Del Toro, Laura Dern, Domhnall Gleeson, Gwendoline Christie, Lupita Nyong’o, Anthony Daniels, Jimmy Vee, Billie Lourd, Justin Theroux…

titre original : Star Wars: The Last Jedi

Aventure, action, science-fiction américain. 2h32. 2017.

sortie française : 13 décembre 2017

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo

Je vous le dis tout de suite : vous pouvez lire ma critique sans crainte, je ne vais pas m’amuser à vous spoiler. Ayant plutôt apprécié le précédent volet (Le Réveil de la Force) malgré quelques petites réserves (certaines étaient peut-être justifiées et d’autres non avec le recul : je m’en aperçois en relisant mon billet), et aimant globalement la saga Star Wars j’attendais énormément l’épisode VIII, Les Derniers Jedi. Depuis la renaissance de Star Wars à la fin des années 90/début des années 2000 (je précise vu que pour l’instant rien ne détrône la « vieille » trilogie), Les Derniers Jedi est mon épisode préféré (et je mets pas loin derrière La Revanche des Sith). Nous savons tous que cette nouvelle trilogie a été lancée pour des raisons commerciales (sinon je m’inquiète pour votre extrême naïveté). Pourtant je suis parvenue à déceler dans ce long-métrage un certain nombre de qualités, alliant à la fois l’esthétique, la technique et une certaine réflexion qui permet de faire naître de réelles émotions. Le but n’est évidement pas de chercher à tout justifier tous les points, de dire que le film est peut-être plus intelligent qu’il ne l’est : bref, je ne fais pas nécessairement partie des fans purs et durs qui le défendraient bec et ongles. Disons que les gros divertissements à gros budget ont tendance à m’agacer ou à me décevoir (quitte à passer pour une cinéphile chiante et compliquée), surtout ces derniers temps. Or, dans un premier temps, Les Derniers Jedi parvient déjà à remplir ses fonctions de gros divertissement. Le précédent volet remplissait déjà ses fonctions mais j’admets avoir parfois senti le temps passer alors qu’il ne dépassait pas les 2h10. Or, ce nouvel épisode, qui dure bien 2h30, est passé pour moi à la vitesse grand V ! Les Derniers Jedi a encore plus de mérite de ce côté-là vu ce qu’il raconte. C’est là où interviennent les fameuses mauvaises critiques justement. Et là aussi où rejoint mon deuxième bon point. Certains reprochent au scénario de ne présenter que des personnages en situation d’échec. Mais justement, c’est selon moi un sacré défi de parler d’échec tout en faisant évoluer les personnages ou du moins les faire confronter à leurs émotions, leurs qualités et leurs défauts. Je ne pense vraiment pas que les échecs des différents personnages sont vains et je suis persuadée qu’ils serviront aussi dans le prochain épisode. Autre bon point : tandis que l’épisode VII faisait trop écho à l’épisode IV, Les Nouveaux Jedi a moins ce côté faussement « copier-coller » avec le V. On sent au pire une inspiration mais cela ne va pas au-delà.

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Daisy Ridley

Même si cela ne va pas changer mon avis global (que plus que positif), le seul vrai point où je suis éventuellement en adéquation avec les détracteurs concerne le duo Finn-Rose (cette dernière étant assez pénible et la manière dont se forme leur « couple » est un chouïa niaise). Mais il n’y a rien non plus d’alertant ou de honteux, surtout que le montage ne s’attarde pas non plus puisqu’il alterne plusieurs axes ! Star Wars sans son visuel extrêmement riche et ses effets spéciaux de folie (et aussi sans son imposante bande-originale) ne serait pas Star Wars. Certes, les incrustations de certaines créatures ne se fondent pas toujours bien dans les magnifiques décors mais ce sont des détails qui ne m’ont pas non plus gênée mon visionnage. Rian Johnson (Looper, Brick) parvient pourtant à nous surprendre par de formidables trouvailles visuelles. Comment ne pas penser à cette scène de dédoublement ? A cette prédominance de rouge sur certains scènes de combat ou de bataille ? Plus globalement, les scènes de combat (notamment la première : le film démarre directement !) sont toutes très réussies, folles mais lisibles. Face à un film aussi énorme et commercial, Johnson a le mérite de mettre sa patte, même si cela fait parfois grincer des dents. Enfin, le casting mêlant à la fois les anciennes figures de la saga et la nouvelle génération se défend plus que bien. La présence de Carrie Fisher a évidemment quelque chose de très émouvant quand on sait qu’on ne la verra pas dans l’épisode IX (et je me demande toujours comment J.J. Abrams va gérer ce problème). C’est encore plus chou de la voir jouer le temps de quelques scènes avec sa fille Billie Lourd. Mark Hamill m’a également agréablement surprise : il casse la baraque. Son interprétation est juste (certainement la plus belle composition de sa carrière) et son rôle captivant. Côté nouvelle génération, Oscar Isaac m’a également agréablement surprise. S’il était déjà remarquable dans le précédent volet, il l’est encore plus ici (son rôle prenant plus d’importance, son charisme aussi). Quant à Adam Driver, il confirme bien tout le bien que je pense de lui depuis plusieurs années. Certes, j’étais un poil sceptique sur son rôle dans Le Réveil de la Force (même si, comme je le disais dans l’intro, mon jugement était peut-être hâtif), je suis bien plus convaincue ici. Sans exagérer, il a tout d’un très grand acteur. J’ai l’impression que ces Derniers Jedi est l’épisode le plus détesté de la saga. Je suis certaine que cet épisode, interrogeant avec une certaine pertinence sur l’échec, l’héroïsme et les désillusions, sera réévalué dans un futur proche.

 

Star Wars - Les Derniers Jedi : Photo Adam Driver

Jackie / T2 Trainspotting

Jackie

réalisé par Pablo Larrain

avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt, Richard E. Grant, John Carroll Lynch…

Biopic, drame américain. 1h40. 2016.

sortie française : 1 février 2017

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Jackie : Photo Natalie Portman

Ayant adoré No, j’avais envie de regarder Jackie pour son réalisateur Pablo Larrain. Jackie marque alors la première excursion du réalisateur chilien aux Etats-Unis (et dans un film tourné en langue anglaise). Co-produit par Darren Aronofsky, Jackie a remporté le Lion d’Argent du meilleur scénario à la Mostra de Venise en 2016 : ce scénario de Noah Oppenheim faisait partie de la Blacklist des scénarios les plus prometteurs en 2010. Jackie n’est pas un film sur la vie de la célèbre First Lady mais plutôt sur ce qu’elle a vécu et ressenti suite à l’assassinat de son mari : comment gérer son deuil (qui fait partie de l’ordre de l’intime) quand on est une personnalité publique fait notamment partie des interrogations présentes dans ce long-métrage. Par son montage fragmenté permettant de sortir d’un schéma linéaire habituel au biopic, le long-métrage ne se veut pas totalement linéaire. Via plusieurs échanges entre le journaliste récompensé par le Pulitzer Theodore H. White incarné par Billy Crudup (Jackie Kennedy lui avait demandé d’écrire un article sur son époux dans lequel il devait établir un parallèle entre son statut de président et la légende du Roi Arthur – ce qu’on retrouve bien dans le long-métrage) et son prêtre (un des derniers rôles du regretté John Hurt), Jackie se livre notamment à travers une rétrospective des événements. Pablo Larrain tente de sortir des sentiers battus en proposant autre chose au biopic traditionnel : son intention est plus que louable. Cela dit, je n’ai pas été convaincue des masses : finalement, j’ai tout de même eu l’impression d’être face à un film académique même si sur la forme il ne veut pas l’être. Je me suis demandée où était passé le talent de Larrain dans ce film qui a peut-être des idées mais qui est rapidement vain. J’ai parfois eu l’impression que ce montage en question, revenant finalement sans cesse sur les mêmes événements qu’on connait tous (la reconstitution est certes de qualité) était un moyen pour cacher un scénario pas si intéressant que ça. Il faut dire que cette narration n’est pas non plus mise en valeur par un ton vraiment trop froid et un rythme assez lent. Les interrogations de Jackie ne m’ont pas semblé plus approfondies que ça et par conséquent, le personnage ne m’a pas paru très intéressant. Je ne vais pas non plus vous mentir : j’ai énormément de mal avec le jeu de Natalie Portman. Sa performance, qui se veut dans la retenue, n’est pour moi pas très réussie dans le sens où elle n’apporte aucune émotion à son personnage. Par ailleurs, je n’ai jamais réussi à voir Jacqueline Kennedy à l’écran mais simplement Portman voulant vaguement ressembler à Kennedy. Restent tout de même une jolie reconstitution des années 60, notamment par le 16 mm, et une bande-originale de Mica Levi intéressante. 

Jackie : Photo Natalie Portman


T2 Trainspotting 2

réalisé par Danny Boyle

avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Anjela Nedyalkova, Irvine Welsh, Kelly Macdonald, Shirley Henderson…

comédie dramatique britannique. 1h57. 2017.

sortie française : 1 mars 2017

D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison.
Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non.
Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer.
Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent.
Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse…

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle

Cette suite du film culte n’a failli jamais voir le jour à cause d’une dispute entre Danny Boyle et Ewan McGregor (Boyle avait préféré choisir Leonardo DiCaprio à la place de McGregor pour La Plage, ce dernier lui en a voulu) qui se sont réconciliés très récemment. A l’origine, un deuxième film était logique puisque le roman Trainspotting d’Irvine Welsh (de nouveau présent dans le casting dans le rôle d’un dealer) était lui-même suivi d’une suite intitulée Porno. Cela dit, ce T2 Trainspotting se base sur un scénario original et non sur la fameuse suite écrite par Welsh. Si j’adore toujours autant le film des années 1990, ce retour des junkies écossais m’a énormément déçue. Le premier volet était d’une énergie pimpante, celui-ci est d’une mollesse exaspérante. Certes, les personnages ont vieilli (et ce thème est donc omniprésent dans ce volet) mais cela n’excuse pas non plus tout. En clair, je me contrefichais totalement du devenir de Rent et sa bande. Seul Spud (incarné par le sous-estimé et mal employé Ewen Bremner) est celui qui suscite un peu d’intérêt. Danny Boyle est tombé dans le piège de la nostalgie à outrance (en nous faisant trop de rappels au premier, en mode « ahhhhh le bon vieux temps » comme un grand-père), celle qui n’est pas tendre mais qui agace. Le style de Boyle est connu pour être clinquant : s’il a été bénéfique pour certains de ses films dont justement Trainspotting, il l’est beaucoup moins ici. Trainspotting est certes un film tape-à-l’oeil (cela ressemble à une insulte mais ce n’est pas le cas) mais l’esthétique était cohérente avec les années 1990 et tout son discours sur cette époque par rapport à une jeunesse écossaise complètement paumée. Ici, le style habituel de Boyle paraît inadapté par rapport aux années 2010 : par conséquent, la mise en scène paraît plus ringarde qu’autre chose. Surtout, le véritable problème de ce T2 Trainspotting est son scénario : en dehors de ces quelques pseudo moments rétrospectifs pas intéressants pour un sou, ce scénario ne raconte finalement pas grand-chose une fois les retrouvailles passées : on s’en fout complètement de ce qui peut se passer en terme d’intrigue. En fait, j’ai eu la sensation de voir une succession de scènes qui ne parvenaient pas à être cohérentes entre elles. Même les choix musicaux, qui avaient aussi participé au succès du premier opus, ne sont pas pertinents : on ne se souvient même pas d’un extrait musical même une minute après son passage. Bref, quel immense gâchis !

T2 Trainspotting : Photo Ewen Bremner

S.O.S. Fantômes (2016)

réalisé par Paul Feig

avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Charles Dance, Neil Casey, Michael K. Williams, Andy Garcia, Cecily Strong, Ed Begley Jr., Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Ernie Hudson, Annie Potts, Ozzy Osbourne…

titre original : Ghostbusters

Comédie fantastique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 10 août 2016

Movie Challenge 2017 : Une comédie

Erin et Abby écrivent ensemble un livre sur des phénomènes paranormaux. Mais l’ouvrage n’ayant aucun succès, elles tentent de reprendre une vie normale. Des années plus tard, les deux femmes renouent quand leur œuvre est sur le point d’être rééditée. Devenue une enseignante respectée, Erin ne veut plus en entendre parler. Pour annuler la publication, elle accepte d’aider sur Abby, qui travaille maintenant avec Jillian, sur une enquête paranormale. Là, elles sont confrontées à un fantôme. Elles décident alors de créer une agence de détectives spécialisée et tentent de développer des armes pour lutter contre l’invasion d’esprits qui se prépare… (résumé : Télérama)

S.O.S. Fantômes : Photo Kate McKinnon, Kristen Wiig, Leslie Jones (II), Melissa McCarthy

Je ne vais pas clamer haut et fort que je suis une fan absolue de Ghostbusters. Mais comme beaucoup de cinéphiles (et de spectateurs tout simplement), j’aime énormément le premier opus d’Ivan Reitman. J’ai découvert ce film culte enfant et j’aime le revoir dès qu’il est rediffusé à la télé. J’avoue que j’aime moins le deuxième opus (même si je le trouve tout de même très sympathique). S’attaquer à un reboot d’un film aussi culte (et débarquant des années après) était une tâche compliquée. J’étais moi-même très sceptique de voir ce projet (surtout quand on voit l’état actuel d’Hollywood sans inspiration qui ne fait que recycler de vieux films ou n’offre que des suites). J’avais aussi peur qu’on nous colle des femmes au casting pour parce qu’il fallait mettre des femmes (même si c’est une très bonne chose que Hollywood se réveille enfin), sans qu’il y ait derrière une démarche intéressante. Cela dit, les trop grandes remarques sexistes et même racistes à l’encontre du film (et de l’actrice Leslie Jones) avant même qu’il sorte dans les salles étaient vraiment violentes et rien que pour cette raison, j’avais finalement envie de soutenir ce projet même si encore une fois je n’étais pas rassurée. J’aime énormément Mes Meilleures Amies (Bridesmaids), j’apprécie Spy et Les Flingueuses qui m’ont également provoqué quelques fous rires et dans l’ensemble la nouvelle génération du Saturday Night Live (SNL pour les intimes) me séduit. Voir Paul Feig derrière la caméra réunissant Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon et Leslie Jones me réjouissait. Finalement, les critiques n’ont pas été désastreuses contrairement à ce qu’on attendait. Même des critiques sceptiques à l’origine (comme je l’étais) par le projet semblent avoir apprécié ce nouveau Ghostbusters. Bref, j’étais donc à la fois curieuse et un poil effrayée. Sans crier au chef-d’œuvre (il a ses imperfections), ce nouveau Ghostbusters m’a clairement plu et m’a agréablement surprise. Il n’a pas la prétention de faire oublier les films de Reitman, il assume ses clins d’œil, ses scènes parfois reprises des précédents volets et même ses sympathiques et rassurants caméos (Bill Murray, Dan Aykroyd, Annie Potts, Ernie Hudson, Sigourney Weaver et même le regretté Harold Ramis sous forme de statue !). Je n’ai pas eu la sensation qu’il cherchait à copier, juste de tenter de proposer une comédie différente par son ton (plus graveleux et potache) et les traits de son époque (la technologie – notamment Youtube – s’intègre dans le récit).

Bref, on respecte l’univers original tout en ajoutant sa touche personnelle et sa modernité. J’avais peur que le film soit trop nostalgique : il l’est certainement par moments mais il n’en abuse pas non plus. Je ne m’en suis jamais cachée : les comédies de Paul Feig me plaisent : cela fait du bien, dans le cadre de films à gros budget, de voir la femme valorisée. Pour moi, ce nouveau volet est bien une ode aux femmes fortes, solidaires, drôles, intelligentes, culottées  et indépendantes, le tout sans être un pamphlet qui aurait pu être pénible. Dans un film plus traditionnel, on aurait pu s’attendre à certains schémas du type l’une des héroïnes tombe amoureuse d’un beau gars fort et intelligent. Il n’y a pas d’histoire d’amour et le bonhomme séduisant présent est un pur idiot qui ne sait même pas ce qu’il fout là et porte des lunettes sans verre pour éviter de les salir : cette inversion des rôles (le secrétaire en question reprend le stéréotype habituel de la jeune potiche bêbête séduite par ses partenaires masculins) est donc assez pertinente. Esthétiquement, le film joue parfois avec le kitsch (comme pour rendre hommage à la saga très 80s) mais paradoxalement il est aussi bien foutu (en tout cas les effets spéciaux m’ont convaincue). Le petit reproche pourrais-je donc faire à ce Ghostbusters ? L’ensemble est divertissant mais j’ai parfois senti quelques baisses de rythme. Le casting est vraiment très bon, tirant véritablement le film vers le haut. Kristen Wiig s’en sort très bien dans le rôle de la scientifique coincée qui se retrouve dans des situations improbables. Et ses retrouvailles avec Melissa McCarthy, qui joue certes toujours grosso modo la même chose (mais je ne m’en lasse parce que la voir déblatérer autant de conneries à la seconde) mais qui est toujours aussi drôle, sont juste pour moi un pur bonheur. Leur complicité saute vraiment aux yeux ! Kate McKinnon (connue ces derniers temps pour ses imitations d’Hilary Clinton) est certainement une des très bonnes surprises de ce film, on peut même parler de révélation. Je ne pense pas être la seule à avoir eu un coup de cœur pour elle ! Leslie Jones complète bien ce quatuor assez équilibré même si elle est un peu plus en retrait et débarque plus tard dans l’histoire (je n’ai pas eu l’impression qu’il y en avait une qui tirait la couverture). Chris Hemsworth est également hilarant et irrésistible dans le rôle d’un bel abruti et j’espère que nous le verrons davantage dans un registre comique. Pour conclure, ce Ghostbusters au féminin est une bonne surprise qui ne mérite ni son lynchage ni son échec dans les salles obscures.

S.O.S. Fantômes : Photo Chris Hemsworth

L’Idéal

réalisé par Frédéric Beigbeder

avec Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Jonathan Lambert, Anamaria Vartolomei, Camille Rowe, Anthony Sonigo, Jérôme Niel…

Comédie française. 1h30. 2016.

sortie française : 15 juin 2016

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic ainsi qu’à Orange Studio

Cinetrafic vous propose plusieurs listes de films :

http://www.cinetrafic.fr/film-2017

http://www.cinetrafic.fr/film-francais

ideal

L’ancien concepteur-rédacteur Octave Parango de « 99 francs » s’est reconverti dans le « model scouting » à Moscou. Cet hédoniste cynique mène une vie très agréable dans les bras de jeunes mannequins russes et les jets privés de ses amis oligarques… jusqu’au jour où il est contacté par L’Idéal, la première entreprise de cosmétiques au monde, secouée par un gigantesque scandale médiatique.
Notre antihéros aura sept jours pour trouver une nouvelle égérie en sillonnant les confins de la Russie post-communiste, sous les ordres de Valentine Winfeld, une directrice visuelle sèche et autoritaire.
Entre les réunions de crise à Paris, les castings à Moscou, une élection de Miss en Sibérie, une fête chez un milliardaire poutinien et une quête des « new faces » aux quatre coins de l’ex-URSS, le fêtard paresseux et la workaholic frigide vont apprendre à se supporter et peut-être même à se sauver.

L'Idéal : Photo

Frédéric Beigbeder, écrivain et journaliste à succès, avait déjà adapté un de ses romans en passant derrière la caméra, avec L’Amour dure trois ans. Pour son second long-métrage, il adapte de nouveau un de ses textes, Au secours, pardon !, intitulé ici L’Idéal (qui fait clairement référence à la célèbre marque L’Oréal). Il s’agit aussi d’une sorte de suite de 99 Francs, qui a connu l’adaptation du même nom, réalisée par Jan Kounen et avec Jean Dujardin dans le rôle principal. On suit toujours le même personnage, Octave Parango, interprété cette fois-ci par Gaspard Proust (qui avait obtenu le premier rôle dans L’Amour dure trois ans). Ce changement d’acteur n’est pas dérangeant, Beigbeder dit d’ailleurs qu’il ne s’agit pas réellement d’une suite mais plus concrètement d’un reboot dans le sens où on retrouve un même personnage dans une autre version mais toujours dans un même registre (je reprends ici les propos de Beidbeder himself, il en parlera mieux que moi !). On ne change finalement pas tant que ça d’univers : le monde de la mode reste toujours lié à celui de la publicité, de l’image, du sexisme ou encore de la perversité. Pour ma part, sans avoir détesté (je lui avais accordé la moyenne, je lui avais donc reconnu quelques qualités), j’avais eu du mal avec le film (puisque je n’ai pas lu le bouquin) 99 Francs. J’avais peur d’avoir le même type d’avis pour L’Idéal. Je lui mets la même note, cela dit (histoire d’être claire) je dirais que j’ai légèrement préféré L’Idéal à 99 Francs. Frédéric Beigbeder n’est pas nécessairement un meilleur réalisateur que Jan Kounen, je dirais juste que l’histoire (même si encore une fois, le schéma reste grosso modo similaire) m’a peut-être plus parlée ou quelque chose comme ça et je ne me suis pas ennuyée contrairement à 99 Francs. Frédéric Beigbeder parle d’un milieu qu’il connaît vu qu’il évolue dans le milieu du show-biz (c’est moi ou ce terme est complètement ringard ?). Il y a même une part autobiographique, notamment dans la première scène du film dans laquelle on voit un petit garçon dans une fête de son père avec des filles peu vêtues : le père de l’écrivain-réalisateur fréquentait des patrons d’agences de mannequins. Le film a beau avoir un côté caricatural ou en tout cas de tout ce qu’on peut imaginer de commun dans le milieu du mannequinat et de la publicité, on sent tout de même qu’il frappe juste dans ses observations. C’est toute la difficulté que j’ai avec Frédéric Beigbeder : il a conscience de la bêtise de son milieu, sa lucidité fait toujours plaisir à entendre car le bonhomme est drôle, mais en même temps il a ce côté nombriliste parfois insupportable et finalement fait partie et s’intègre bien de ce milieu qu’il dénonce. C’est quelque chose que j’ai de nouveau ressenti en regardant L’Idéal.

L'Idéal : Photo

L’Idéal est donc un film plutôt sympathique à regarder, parfois pertinent mais qui ne parvient pas à l’être tout le long par le regard flou de Beigbeder sur son sujet. On ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à un film sorti cette année évoquant le milieu de la mode et du mannequinat, The Neon Demon. On aime ou on n’aime pas le film de Nicolas Winding Refn, il a au moins le mérite de ne pas nous laisser indifférents. Or, s’il n’est pas désagréable, le long-métrage de Beigbeder a beau parfois viser juste dans certaines scènes, a beau montrer la vulgarité, l’absurdité et la méchanceté de ce milieu (le film devenant – hélas – vulgaire par moments), on aurait aimé qu’il aille finalement plus loin dans le traitement de son sujet (même si une des dernières scènes m’a bien fait marrer). Le problème majeur du film reste sa construction narrative. On prend le 3/4 du temps à nous présenter ce que nous savons finalement déjà des dessous du mannequinat. Le seul « rebondissement », en réalité c’est la fameuse découverte de la fille idéale pour sauver l’entreprise, qui permettra alors à Octave de changer de regard sur ce milieu tout comme sa collègue, au point de former à la fin une famille hors norme loin de la société de consommation (c’est donc très gros). L’évolution des personnages m’a semblé vraiment brusque, surtout quand on voit à quel point ils sont pourris par le milieu dans lequel ils appartiennent. La mise en scène reste tout de même correcte (sans dire que Beigbeder a un talent de ouf dans ce domaine), esthétiquement on a ce qu’on attend par rapport au sujet présenté (beaucoup de séquences qui semblent sorties d’une publicité). Le casting est également très bon. Pas évident de reprendre le rôle tenu par Jean Dujardin (et qui le faisait très bien). Gaspard Proust s’en sort vraiment très bien. Il parvient à redonner vie à Octave s’en copier la performance de Dujardin mais en livrant quelque chose de personnel et cohérent (voire même complémentaire) par rapport à ce qu’on connait déjà du personnage (même si on peut regarder L’Idéal sans avoir vu ou connaître 99 Francs). Le reste du casting est également à la hauteur : Audrey Fleurot est impeccable dans le rôle de cette femme odieuse et très bosseuse, Jonathan Lambert est également très surprenant en patronne tyrannique (non, il n’y a pas d’erreur de ma part dans cette phrase), Camille Rowe très crédible en mannequin stupide et raciste ou encore Anamaria Vartolomeil s’en sort très bien.

L'Idéal : Photo Audrey Fleurot, Gaspard Proust

Zoolander 2

réalisé par Ben Stiller

avec Ben Stiller, Owen Wilson, Penélope Cruz, Will Ferrell, Kristen Wiig, Cyrus Arnold, Benedict Cumberbatch, Nathan Lee Graham, Christine Taylor, Kiefer Sutherland, Billy Zane, Sting, Milla Jovovich, Justin Theroux, Ariana Grande, Katy Perry, Neil deGrasse Tyson, Mika, Demi Lovato, Olivia Munn, John Malkovich, Anna Wintour, Susan Sarandon, Macaulay Culkin, Kim Kardashian, Kanye West, Kate Moss, Skrillex, Lenny Kravitz, Susan Boyle…

Comédie américaine. 1h42. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

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Blue Steel. Le Tigre. Magnum… Des regards si puissants qu’ils arrêtent des shuriken en plein vol et déjouent les plans de domination mondiale les plus diaboliques. Un seul top model est capable de conjurer autant de puissance et de beauté dans une duck-face : Derek Zoolander ! Quinze ans après avoir envoyé Mugatu derrière les barreaux, Derek et son rival/meilleur ami Hansel, évincés de l’industrie de la mode suite à une terrible catastrophe, mènent des vies de reclus aux deux extrémités du globe. Mais lorsqu’un mystérieux assassin cible des popstars célèbres, les deux has-been des podiums se rendent à Rome pour reconquérir leur couronne de super mannequins et aider la belle Valentina, de la Fashion Police d’Interpol, à sauver le monde. Et la mode.

Zoolander 2 : Photo Ben Stiller, Owen Wilson, Penélope Cruz

J’ai toujours aimé Ben Stiller, que ce soit en tant qu’acteur, réalisateur et scénariste. J’ai cependant mis un temps fou à découvrir Zoolander, je ne l’ai vu que très récemment et je m’étais franchement bien marrée. Bon, après c’est du Ben Stiller, dans le sens où c’est un humour assez caricatural, qui ne vole pas toujours haut mais en même temps est plus sombre qu’il en a l’air (malgré toute la gamme de couleurs flashy via les costumes délirants). C’est pour cette raison que j’ai voulu aller voir cette suite assez attendue par les fans. Pourtant, je n’étais pas hyper rassurée car cette suite n’a pas été très bien reçue par la presse. J’ai fini par relativiser ces critiques assez négatives en me rappelant qu’en général les films réalisés par Ben Stiller ne sont pas réellement appréciés par la presse et qu’ils finissent par trouver un certain statut au fil du temps. Zoolander en fait partie. A sa sortie, il ne faut pas oublier que le film s’était fait casser et n’avait pas remporté un succès fou à sa sortie (on peut même parler d’échec). C’est finalement grâce à sa sortie en vidéo qu’il trouvera son public ! C’est par ailleurs pour cette raison que cette suite a mis du temps à être préparée, Stiller se rappelant de l’échec du premier film au cinéma. Je ne veux pas défendre bêtement cette suite, et je respecte évidemment les avis négatifs de chacun, mais quand je constate le manque d’engouement pour cette suite, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a un peu d’hypocrisie et de mauvaise foi (en tout cas de la part de certains). Je peux me tromper mais je pense que cette suite finira par être appréciée avec le temps. Après je reconnais que mon jugement sur cette suite est peut-être lié au fait que j’ai justement découvert le premier opus assez récemment.

Zoolander 2 : Photo Kristen Wiig, Will Ferrell

J’ai trouvé cette suite réussie pour plusieurs raisons. Déjà, je me suis tout simplement marrée, ce qui est le premier but de n’importe quelle comédie ! Encore une fois, j’adhère à l’humour assez gros, exagéré et tout ce qu’on veut, assez fidèle du premier volet. Certes, il y a évidemment des gags qui sont parfois lourds, d’autres plus réussis que d’autres, mais dans l’ensemble, les différentes situations présentées, les répliques et la crétinerie générale des personnages (incarnés par un casting toujours aussi si inspiré, qui s’éclate avec des expressions faciles ahurissantes !) sont juste pour moi drôles. L’humour n’est pas fin mais pourtant on ne peut s’empêcher de voir toute la bêtise constante qui nous entoure, que ce soit par la presse people, la milieu de la mode en générale ou encore les dérives des réseaux sociaux et des selfies. Le film est pour moi dans son temps, comme l’était par ailleurs le premier opus. Au-delà d’avoir signé un film qui est selon drôle, rythmé et divertissant, je trouve que Stiller parvient à trouver un juste équilibre, en faisant à la fois plaisir aux fans du 1er et à ceux qui découvrent cet univers pour la première fois. Le film prend quelques minutes pour expliquer ce qui s’est passé à la fin du film (ce qu’on connait donc déjà) et tout ce qui a suivi juste après. Certains diront après qu’il y a un effet de répétition, un avis que je peux comprendre mais que je ne partage pas. Je trouve qu’il y a derrière tellement une énergie à recréer un univers, à retrouver les personnages, il y a même une certaine inventivité (dans des détails, ce qui peut paraître paradoxal quand on connait l’humour lourd autour) et une réelle envie de pointer du doigt un milieu, avec les codes qui lui colle dans notre époque. On peut également discuter des guests (il y en a tellement, j’avoue ne pas les avoir tous reconnus). Certes, dans ce genre de films, il y a toujours quelque chose de gratuit, ça peut vite tourner au défilé de stars inutile. Cela dit, vu le sujet (comme dans le premier), ça passe de nouveau sans problèmes et beaucoup de caméos ou de petits rôles sont également jouissifs !

Zoolander 2 : Photo Nathan Lee Graham, Will Ferrell

Les trois frères, le retour

réalisé par Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus, Sofia Lesaffre, Daniel Russo, Biyouna, Antoine Du Merle, Fatima Adoum…

Comédie française. 1h46. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Les Trois frères, le retour

Ils sont trois,
Ils sont frères,
Ils sont de retour.
15 ans après, Didier, Bernard et Pascal sont enfin réunis… par leur mère…
Cette fois sera peut-être la bonne.

Les Trois frères, le retour : Photo Bernard Campan, Didier Bourdon, Pascal Légitimus

Dix-huit ans après Les Trois Frères, nous retrouvons les frères Latour, incarnés par Les Inconnus, dans la suite de leurs aventures. Le premier film était génial et surtout culte. Hélas, ce n’est pas le cas de ce deuxième opus. Evidemment qu’on est content de retrouver le célèbre trio, même s’ils ont perdu quelques cheveux ou ont pris un peu de poids et aussi quelques rides. On les trouve toujours autant sympathiques, c’est d’ailleurs peut-être aussi pour ça que j’accorde une petite étoile au film. Mais on ne trouve pas du tout leur talent dans ce long-métrage. Je reconnais qu’il y a quelques scènes drôles, comme celles avec la mamie pétée de pognons ou encore Campan déguisé en ado attardé. Hélas sur 1h40-45, on doit rire que cinq ou dix minutes, pas plus. Ca fait quand même mince. En fait, les quelques bonnes idées qui apparaissent ne sont jamais totalement exploitées, comme si le rire était limité, ce qui est quand même idiot dans une comédie. Je me doutais bien que ce retour serait moins drôle que le premier mais on pouvait espérer que l’ensemble serait potable. Hélas, plus le film avance, plus il s’enfonce. Il ressemblerait pratiquement à un mauvais téléfilm sans inspiration. Dans le premier, toutes les scènes s’enchaînaient à merveille, les vannes aussi, du coup on avait un film très rythmé. Dans ce retour, c’est assez mou et un peu long. On a également l’impression que l’histoire ne décolle jamais réellement. De plus, le scénario ne tient pas vraiment debout.

Les Trois frères, le retour : Photo Bernard Campan, Didier Bourdon, Pascal Légitimus

Ce qui est assez étrange, c’est que le film ressemble en apparence au premier dans sa structure (et reprend évidemment quelques sketchs). Il y a évidemment cette impression de déjà-vu qui est assez énervante en soi. Mais en même temps, il y a quand même des choses différentes. Mais même les seules différences qu’on relève ne servent pas l’histoire. Par exemple, dans le premier, on trouvait ces frangins losers sympathiques et attachants car on avait l’impression qu’ils étaient victimes des événements. Or, ici, même encore une fois je trouve toujours le trio sympathique, les personnages sont quand même moins attachants, on a parfois l’impression qu’ils cherchent vraiment leurs emmerdes. Il y a même quelque chose de paradoxal dans leur humour. Leurs sketchs, leurs spectacles et Les Trois Frères me font toujours rire alors qu’ils ne sont quand même plus récents. Sur le principe, dans ce nouveau film, on retrouve toujours le même fond, le même système dans l’écriture : des retrouvailles liées à l’héritage maternel, un humour basé sur la caricature, avec toujours cette envie de dénoncer les travers de la société. Hélas, ici, leur humour paraît dépassé, leur vision de la société est un peu datée et plus que jamais manichéenne : les riches sont forcément très très méchants et même très très racistes. J’ai même trouvé certaines scènes assez vulgaires, un sentiment que je n’avais jamais relevé dans le travail des Inconnus jusqu’ici.

Les Trois frères, le retour : Photo Bernard Campan, Didier Bourdon

Je n’ai pas non plus compris l’évolution du personnage de Pascal Légitimus qui est très différent du premier et ce changement ne m’a pas paru justifié. Dans le premier film, il incarnait un homme qui avait réussi, qui travaillait et qui était indépendant. Certes, sa situation financière est intéressante dans ce nouveau film. Mais il s’accroche à une cougar américaine pour vivre. Le problème n’est pas qu’il ait changé, car les gens changent avec le temps. Mais on a l’impression que le film ne prend pas toujours en compte que dix-huit se sont écoulés. Par contre, effectivement, rien a changé du côté de Bourdon et Campan. Le premier se met toujours avec une catho vieille fille pour pouvoir hérité de pépettes en cas de décès de la mère de cette dernière, le deuxième est toujours un acteur raté qui s’est lancé dans un one-man show foireux. En ce qui concerne le deuxième, le running gag avec sa pub de chien est assez lourde. Puis il y a de nouveau un gamin (enfin ici une gamine) qui provoque également quelques péripéties. Mickaël, qui a grandi, reste quand même attachant parce qu’on est nostalgique, par contre la gosse de Campan, qui parle tout le temps vulgairement et en verlan, est insupportable et son interprète, Sofia Lesaffre (mais où sont-ils allés la chercher celle-là ?) joue particulièrement mal ! D’ailleurs, même si le film accumule déjà en lui-même les défauts, pour moi, ce personnage fait énormément de mal à cette suite. En fait, non seulement le film n’est pas réussi, parvenant rarement à faire décrocher un rire, mais surtout c’est même triste de voir des comiques qui n’arrivent plus à être drôles. 

Les Trois frères, le retour : Photo Sofia Lesaffre