Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

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Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson

American Horror Story : Freak Show

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

avec Jessica Lange, Sarah Paulson, Evan Peters, Finn Wittrock, Kathy Bates, Michael Chiklis, Angela Bassett, Frances Conroy, Denis O’Hare, Emma Roberts, John Carroll Lynch, Grace Gummer, Wes Bentley, Danny Huston, Neil Patrick Harris, Skyler Samuels, Naomi Grossman, Patti LaBelle, Jyoti Amge, Erika Ervin, Mat Fraser, Ben Woolf, Gabourey Sidibe, Lee Tergesen, Matt Bomer, Lily Rabe,  Celia Weston, Mare Winningham, Jamie Brewer…

Anthologie horrifique américaine. 4e saison. 2014-2015.

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En 1952, dans la ville de Jupiter, en Floride, s’est installée une foire aux monstres, dirigée par Elsa Mars. Parallèlement, un serial killer clown menace la ville.

Photo Evan Peters, Kathy Bates

American Horror Story s’est intéressé à différents univers : la maison hantée (saison 1), l’hôpital psychiatrique (saison 2), les sorcières (saison 3) et plus récemment l’hôtel (saison 5). Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de la quatrième, Freak Show, qui se déroule dans un cirque (avec des freaks donc) dans les années 1920. N’est-ce pas un peu étrange de commencer directement par la saison 4 de cette série ? Si ça l’est. Peut-être que j’ai pris le risque de passer à côté de certaines choses (heureusement qu’il y a cette chose magique nommé Internet) mais j’en suis arrivée directement là suite à certaines circonstances. En gros, sans trop le vouloir, en squattant chez ma frangine et son keum, j’ai découvert la fin de la saison 3 (retenez cette magnifique leçon de vie : ne vous la jouez pas à la Franck Dubosc). Bon, comme une conne, je connais du coup la fin de Coven, mais je me suis promis de la regarder en entier un de ces quatre. Du coup, voyant que j’étais mine de rien en train de kiffer la fin de la saison 3, on m’a proposé d’enchaîner directement avec cette fameuse saison 4 intitulée Freak Show. Même s’il y a quelques liens avec certaines saisons (je pense ici au personnage de Pepper dont on suivra le reste de ses aventures dans la deuxième saison), cela n’a pas été un handicap de n’avoir jamais vu les saisons précédentes étant donné qu’il s’agit d’une anthologie. L’avantage que j’ai peut-être par rapport à des fans de la première heure est que je ne peux pas comparer par rapport aux autres saisons, j’ai une sorte de regard neuf. Je ne sais pas du tout ce qu’ont pensé les fans de ce Freak Show, mais pour ma part, même si on pourrait effectivement faire quelques remarques, j’ai vraiment adoré cette saison ! La saison est composée de treize épisodes hyper riches dans lesquels les scénaristes ne perdent pas de temps : chaque épisode a son lot de rebondissement, on ne s’ennuie pas une seconde, il y a au début plusieurs intrigues (l’histoire des siamoises dont la mère vient d’être assassinée, celle avec le clown serial killer, celle avec Dandy et sa mère qui veulent acheter le cirque) qui finissent par se rejoindre avec celle du cirque, dirigée par la mystérieuse Elsa Mars.

Photo Erika Ervin, Mat Fraser

Le risque était évidemment qu’on se perde dans ces fameuses intrigues mais les scénaristes s’en sortent vraiment bien. Ainsi, on comprend bien tous les enjeux sans se mélanger. De plus, tous les personnages sont mis en avant même les plus secondaires. Le seul petit reproche que je pourrais faire est la sorte de projection faussement laborieuse sur les siamoises (on s’attend à une certaine fin par rapport à ces images et finalement je trouve ces séquences inutiles). En tout cas, je trouve que cette saison tient ses promesses en ce qui concerne l’horreur. Certes, les gens habitués à des images vraiment violentes, gores ou dans cette veine-là ne seront pas nécessairement choqués (en tout cas pas plus que ça) mais je trouve le résultat tout de même audacieux pour un objet télévisuel. Le dernier épisode essaie évidemment de donner à certains personnages une fin digne mais il est difficile de parler de happy end car les scénaristes n’ont pas fait de concession en ce qui concerne le sort des personnages. Puis, si l’opposition entre les « monstres » physiques et les monstres qui ont l’air « normaux » et « propres » n’est pas nécessairement originale, le discours sur la monstruosité fonctionne très bien. Cette saison défend bien toutes les minorités et les opprimés en mettant en scène des personnages « différents » (on pourra notamment remercier les producteurs d’avoir engagé certains acteurs qui sont comme leurs personnages). Certes, les personnages ne sont pas des saints, tous finalement deviennent des meurtriers pour des raisons différentes. C’est justement leurs pulsions meurtrières qui rendent ces freaks humains et qu’ils sont au même rang que les gens appartenant à ce qu’on pourrait appeler la « norme ». Je trouve même ce parti assez courageux. Au-delà du propos, la mise en scène est très soignée tout comme l’esthétique en général qui parvient à reconstituer l’ambiance dérangeante que peuvent avoir les cirques dans un certain imaginaire (cauchemardesque) collectif. Il y a même de chouettes séquences rendant hommage à l’expressionnisme allemand notamment.

Photo Sarah Paulson

Enfin, cette quatrième saison d’American Horror Story bénéficie d’un excellent casting. Jessica Lange, pilier de cette série depuis la première saison (hélas, elle n’est pas dans la cinquième et j’ai beau avoir pris la série en cours de route, elle nous manque beaucoup !), est époustouflante dans ce rôle de femme qui ne cherche que la gloire pour se faire aimer et mieux accepter ce qu’elle est vraiment. Elle arrive très bien à montrer son côté manipulateur, son égocentrisme et son envie de starification tout en restant fragile, ce qui rend son personnage plus attachant. De plus, il est intéressant de la présenter comme une sorte de personnage avant-gardiste (tout en restant mal aimé) à travers les références à David Bowie. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation du petit nouveau de la bande, Finn Wittrock. Son rôle était pourtant casse-gueule quand on y pense, c’est-à-dire qu’il aurait pu très vite tomber dans la caricature. Or, il trouve pour moi le ton parfait, c’est-à-dire qu’il parvient à incarner littéralement le monstrueux fils à maman en restant charismatique. Ce personnage est très intéressant dans le sens où on voit sa monstruosité prendre de plus en plus de place et l’interprétation suit cette intéressante évolution. Sarah Paulson m’a également épatée dans le rôle des siamoises, parvenant à donner une personnalité à chacune (même s’il y a évidemment des petits accessoires qui contribuent aussi à cet aspect mais l’actrice fait un formidable travail qui méritait d’être soulignée). Je ne vais pas non plus trop m’attarder sur les acteurs (que ce soit les principaux ou les guests) car ils sont tous bons pour être honnête (même si je trouve Emma Roberts un peu en dessous même si elle s’en sort tout de même pas trop mal non plus) mais je tenais vraiment à souligner mes petits coups de coeur. En tout cas, sachez que cette saison m’a tellement plu que je suis déjà en train de découvrir Hotel, la dernière saison !

Photo Finn Wittrock