Mr Robot (saisons 1 et 2)

Créée par Sam Esmail

avec Rami Malek, Christian Slater, Portia Doubleday, Carly Chaikin, Michael Cristofer, Martin Wallström, Stephanie Corneliussen, Grace Gummer, B.D. Wong, Craig Robinson, Gloria Reuben, Michel Gill, Joey Badass…

Série dramatique, thriller. saisons 1 et 2. 1992-2004.

Elliot est un jeune programmeur anti-social qui souffre d’un trouble du comportement qui le pousse à croire qu’il ne peut rencontrer des gens qu’en les hackant. Il travaille pour une firme spécialisée dans la cyber-sécurité mais un homme connu sous le nom de Mr Robot l’approche un jour pour faire tomber une compagnie surpuissante qui fait partie de celles qu’il doit justement protéger…

Photo Christian Slater, Rami Malek

Le réalisateur américano-égyptien Sam Esmail avait une toute petite carrière (si on peut appeler ça « carrière ») avant de créer, réaliser, scénariser et produire la série-événement Mr Robot. Pourtant, après avoir découvert les deux premières saisons (la troisième devrait débarquer cet été), on a une toute autre opinion sur Esmail : son travail impressionne et n’a rien d’un débutant. Mr Robot devait être un long-métrage mais le projet devenant de plus en plus long et complexe, il s’est transformé en série télé. La première saison est, selon son créateur, une introduction à son récit : cela signifie également que Sam Esmail connaît déjà la fin de Mr Robot. Cela se ressent et j’ai même envie de dire que ce point me rassure (je ne supporte pas quand une série ne sait pas où elle va). Effectivement, sans spoiler, la première saison se concentre sur Elliot (un hacker solitaire et drogué) et sa rencontre avec le fameux Mr Robot du titre. Dans la seconde saison, on connait donc le secret d’Elliot et la réelle identité de Mr Robot, et surtout on a constaté la réussite du plan des personnages pour faire couler la Evil Corp. Il y a évidemment des questions qui mériteront des réponses dans la saison 3 (c’est aussi pour cette raison que je l’attends de pied ferme !) mais c’est surtout l’occasion de faire intervenir d’autres types de personnages : le FBI. La série est brillante sur de nombreux points et cela peut paraître étrange que je pointe l’intervention du FBI en premier dans cette chronique. Je trouve juste qu’on ne la cite pas suffisamment, surtout que la deuxième me semble assez sous-estimée. Le FBI n’est ici pas un pantin, contrairement à ce qu’on peut voir dans de nombreuses séries (t’as parfois l’impression que le FBI est composé d’une bande de nouilles). Justement, elle a une longueur d’avance sur les personnages principaux qui sont alors réellement en danger constamment. Les deux saisons de Mr Robot semblent se distinguer par une vague question de twists. Je connais beaucoup de gens qui ont moins accroché à la saison 2 une fois qu’on a dépassé les révélations de la première saison. Il faut avouer que le twist en fin de première saison en jette.

Photo Carly Chaikin, Rami Malek

Personnellement, je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait durant cette première saison mais je ne parvenais pas nécessairement à tout remettre en place dans le bon ordre. On parle de twist alors qu’en réalité il y en a plusieurs liés ensemble, et c’est plutôt cet ensemble en question qui crée réellement la surprise plutôt que la révélation sur Elliot. Révélation qui n’est d’ailleurs pas impossible à deviner. Ni d’ailleurs celle présente dans la deuxième saison (un peu plus évidente vu qu’on commence à connaître les mécanismes et l’histoire en elle-même). Mais je ne pense pas que ce soit un défaut (sans vouloir défendre à tout prix la série). Je reste persuadée de toute façon qu’un bon twist est fait pour être découvert (je crois que c’est même le scénariste de Usual Suspects qui confirmait cette théorie) parce qu’il ne faut prendre le spectateur piégé pour un imbécile. Les indices sont d’ailleurs volontairement mis en avant pour les spectateurs : eux sont lucides contrairement à Elliot qui nage de plus en plus en plein délire au fil des épisodes. Ils permettent aussi d’accentuer le décalage entre les pensées troubles d’Elliot (traduites par une voix off angoissante) et les images. Ce décalage entre la réalité concrète et la vision tronquée du personnage principale se traduit aussi par l’ambiance même de la série. Ainsi, pour ne citer que ces exemples en question, les tons grisâtres et froids ou encore la musique électro de MacQuayle (à la fois discrète et sombre) contribuent à cette atmosphère pesante. On ne peut pas limiter cette série à une succession de révélations. Mr Robot, c’est avant tout une série qui décrit un monde inquiétant, littéralement fou. Peut-on changer ce monde malade par des gens malades ? Jusqu’où peut-on utiliser la technologie dans le but de sauver la population ? Beaucoup diront qu’il n’y a rien de révolutionnaire, la série s’inscrivant dans la même lignée que Fight Club (la seule chanson connue présente dans l’un des épisodes des Where is my mind ? des Pixies, ce choix-là ne me semble pas anodin). Je n’ai pas lu le roman de Chuck Palahniuk mais comme beaucoup (sans l’adorer non plus), j’aime bien le film de David Fincher. Je redoutais de fortes similitudes entre les deux oeuvres et honnêtement je trouve Mr Robot plus intéressant que le long-métrage culte. Malgré des sujets très actuels qui peuvent paraître très cool aux yeux d’un certain public (les hackers, la drogue, l’étrangeté etc.), Mr Robot n’a pas une volonté de paraître cool ou bizarre contrairement à ce que je redoutais. Elle a beau avoir son univers, des sujets qui toucheront certainement plus les jeunes, cette série a le mérite de ne pas être superficielle et va pour l’instant au bout de ses idées.

Photo Martin Wallström

Mr Robot, clairement inspiré par le printemps arabe (c’est même Sam Esmail qui le revendique), est une série ayant une problématique bien plus complexe qu’elle en a l’air. Sa densité pourrait rebuter, pourtant cette oeuvre reste accessible et captivante. Sa mise en scène est d’une grande précision (on nous prouve encore une fois à quel point la frontière entre cinéma et télévision est de plus en plus floue), son esthétique cohérente avec l’ensemble du projet et son scénario bien réfléchi nous présentant des personnages profonds. Rami Malek (qui avait remporté un Emmy Award très mérité pour sa performance) est juste bluffant et hypnotisant dans le rôle d’Elliot. Le travail qu’il a livré sur la voix off est également très important. La voix off est toujours un exercice risqué mais elle apporte réellement quelque chose, que ce soit dans l’ambiance de la série ou encore dans l’approche de la psychologie du personnage. On ressent vraiment ce sentiment de solitude et d’intériorisation en permanence grâce à cet outil. Son partenaire Christian Slater (récompensé par un Golden Globe) livre aussi une excellente interprétation. Les autres seconds rôles sont également très bons, avec un casting assez divers, représentant tous les genres (oui ça fait du bien de voir des filles qui n’ont rien de potiche) et communautés. Portia Doubleday est surprenante dans le rôle d’Angela. On aurait pu redouter un rôle trop lisse mais il s’agit finalement d’un des personnages les plus intéressants de cette série, son personnage évoluant au fil des deux saisons. L’évolution est progressive et paraît crédible : elle rend alors le personnage très ambigu. Avec Angela, on est pratiquement face à une étude concernant les mécanismes humains : un individu, face à des circonstances, peut perdre sa morale au fil des saisons alors que sa cause et sa souffrance sont à l’origine louables. Carly Chaikin est également surprenante en hackeuse un peu délurée mais qui affiche au fil des épisodes une personnalité plus profonde. A noter aussi un casting remarquable côté seconds rôles. Je pense notamment aux Wellick, un couple complètement tordu, incarné par la stupéfiante Stephanie Corneliussen et l’énigmatique Martin Wallström (petite dédicace au passage à Lilylit), ou encore la surprenante Grace Gummer. Mr Robot est pour moi une des séries les plus ambitieuses et fascinantes que j’ai pu regarder jusqu’à présent. J’espère que la prochaine saison sera aussi passionnante que les deux premières.

Photo Grace Gummer

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Harvie Krumpet

réalisé par Adam Elliot

avec les voix de Geoffrey Rush, John Flaus, Julie Forsyth et Kamahl

Film d’animation, comédie dramatique australien. 24 mn. 2003.

Movie Challenge 2016 : un court-métrage

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Le récit de la vie triste et étrange de Harvie Krumpet, qui décide de quitter son existence misérable en Europe et de tenter sa chance à travers le monde.

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 Adam Elliot est peut-être un nom qui ne vous est totalement inconnu. Il a remporté un certain succès en 2009 avec l’excellent film d’animation Mary & Max. Avant ce long-métrage, il était passé par la case « court-métrage » notamment avec Harvie Krumpet qui avait remporté l’Oscar du meilleur court-métrage. Comme pour Mary & Max (et les autres films par Elliot), ce film a été crée à partir de pâte à modeler. Ce genre de technique m’épate toujours autant et le résultat est effectivement à la hauteur. Esthétiquement, le travail est donc indiscutable. Il n’y a d’ailleurs pas que l’animation autour de la pâte à modeler qui est remarquable. Le travail autour des couleurs et de la luminosité n’est pas à négliger, que ce soit esthétiquement ou autour de ses différentes significations au fil de l’histoire. Je trouve aussi le choix d’établir son animation avec de la pâte à modeler cohérent par rapport aux personnages et à l’ambiance même du film : ça rend étrangement les personnages humains et paradoxalement en même temps à part, uniques. Pour moi, surtout avec le travail de photographie, ça fait ressortir chez les personnages à la fois de la poésie et une forme de mélancolie. On remarque un autre type de cohérence dans la filmographie d’Adam Elliot : comme dans Mary & Max, Adam Elliot met en scène un personnage malade (en l’occurrence ici le Harvie Krumpet) souffrant d’une maladie neurologie, le syndrome de Gilles de la Tourrette. Pour couronner le tout, frappé par la foudre, il va perdre une de ses testicules ! Il ne s’agit pas du seul personnage à être différent, sa propre fille adoptive n’ayant pas de mains suite aux effets de la thalidomide. Même sans la maladie, il est un être différent, en étant un immigré (Harvie Krumpet – le nom du titre n’étant jamais anodin – étant son nom australien, à l’origine il se nomme Harvek Milos Krumpetzki). Tous ces choix ne sont certainement pas un hasard, le réalisateur australien souffrant de tremblements physiologiques, une maladie héréditaire (source ici). La différence (quelle que soit sa nature) est évidemment au coeur de cette oeuvre et elle est très bien traitée. Le message est simple et clair mais d’une grande efficacité : même si on ne fait partie de la norme, on doit continuer à profiter de la vie. Mieux : notre différence peut devenir une force. C’est très bateau dit comme ça mais pourtant c’est la vérité et j’ai envie de dire que ça fait du bien. La différence ne réside donc pas uniquement par rapport à ce qu’on est physiquement ou psychologiquement mais aussi par rapport aux choix qu’on décide de faire pour vivre sa vie.

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En clair, en croisant la statue du poète Horace, Harvie Krumpet décide de mettre en application la fameuse locution « Carpe Diem » dans son existence (notamment par le choix « marginal » du naturisme). Non seulement on n’est pas obligés de subir certains désagréments de la vie mais en plus on est libre de choisir sa propre différence. Notre normalité, voire même parfois les malheurs qui nous touchent, transforment notre vision de notre existence et surtout font de nous des êtres uniques. « Normalement » (en tout cas il s’agit de ma normalité), quand on le peut évidemment, il faut privilégier la version originale. Mais ici, c’est encore plus vrai ! La voix de l’excellent acteur australien Geoffrey Rush (qui « incarne » ici le narrateur) correspond complètement à l’univers instauré par Adam Elliot. A priori, elle a quelque chose de neutre, comme si le spectateur était en train de regarder une sorte de biopic. Pourtant, par petites touches, elle incarne à seule la complexité de notre monde, à la fois absurde, tragique par le comportement parfois incompréhensif de l’homme, drôle pour tous les petits moments que nous pouvons vivre et constater autour de nous. Il est le conteur mais par sa voix, on parvient à mieux cerner le comportement de Harvie ainsi que ses émotions. A travers ces beaux messages, Adam Elliot nous livre un petit bijou vacillant avec justesse entre la tragédie et la comédie. Tragique parce que même si on retient quelque chose de positif, la vie menée par Harvie reste difficile et que ses souffrances face aux événements (deuil à plusieurs reprises, éloignement avec ses proches, donc solitude, tentative de suicide etc…) sont réelles et si proches de ce qu’on pourraient / peuvent connaître les spectateurs. Drôle, pas uniquement à cause du message positif qu’on peut en tirer. Adam Elliot reprend merveilleusement bien les codes de l’humour absurde voire même du burlesque, notamment avec les fameux jeux de mots (notamment en VO les « fakts » qui ont l’air très anodins, parfois délirants, en tout cas ils font souvent rire ou sourire). Enfin, le format court de ce film est évidemment un avantage (il faut vraiment le faire pour s’emmerder devant un court-métrage même si c’est – hélas – possible) on a l’impression qu’Adam Elliot a su trouver la durée idéale pour raconter son histoire. Je vous conseille en tout cas de découvrir Harvie Krumpet (que vous trouverez assez facilement sur Internet, notamment sur Youtube), une vraie bonne surprise drôle, émouvante, intelligente et vraiment bien foutue.

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Jack (2015)

réalisé par Edward Berger

avec Ivo Pietzcker, Georg Arms, Luise Heyer…

Drame allemand. 1h43. 2014.

sortie française : 8 avril 2015 (cinéma) / 7 octobre 2015 (dvd)


 

Jack a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées : ambiance triste / beaucoup de films cultes à découvrir.

Evidemment, un immense merci à Diaphana (voici son site) !

 

Jack

Fonceur, tenace et plein de ressources, Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son petit frère Manuel, six ans, et leur mère célibataire aimante, mais totalement immature, Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement va venir bouleverser le quotidien de ce trio. Les services de protection de l’enfance décident alors de retirer la garde des deux garçons à la jeune femme et de placer Jack dans un centre d’hébergement.

Jack : Photo

Jack avait reçu de très bonnes critiques à sa sortie mais face à une forte concurrence, ça avait été très difficile pour moi d’aller le voir et puis pour être honnête, il n’a pas été très bien vendu. Le titre fait vraiment très passe-partout (et rappelle l’affreux film de Francis Ford Coppola) et l’affiche est affreuse au point de rendre ce pauvre môme laid, ce qui n’est pas très sympa et classe de ma part, faut l’avouer. Finalement, cela a été un tort d’avoir raté ce film en salle et j’espère que sa sortie dvd / vod lui sera bénéfique. Certes, sur le papier, on pourrait avoir une impression de déjà-vu : un gamin livré à lui-même dans une grande ville à cause de sa mère incapable de l’élever. On pourra penser à un tas de films, notamment à l’excellent Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda. Ceci dit, malgré des thèmes pas forcément nouveaux, Edward Berger, principalement issu du monde de la télévision, parvient à faire quelque chose de réellement intéressant et à donner sa propre vision (à partir d’un témoignage d’une de ses connaissances) autour de l’irresponsabilité parentale, de la solitude dans les grandes villes, des enfants qui n’arrivent pas à rester des enfants. L’histoire se base alors à partir du point de vue du Jack du titre. La caméra ne quitte pas une seule seconde le garçon. Le réalisateur a décidé de nommer Jack car selon lui, cela fait penser aux pionniers américains. Et il faut avouer que le garçon allemand rappelle un petit aventurier américain (notamment dans les quelques scènes auprès de la nature), on pensera aussi volontiers à Tom Sawyer. J’ai en tout cas tout de suite accroché au personnage, merveilleusement bien interprété par Ivo Pietzcker. Il s’agit de son premier rôle au cinéma mais il est impressionnant, si mature, il semble véritablement comprendre toute la complexité de son personnage. Ce qui nous saute aux yeux est de voir son comportement d’adulte, notamment dans la manière de gérer l’appartement et surtout son petit frère Manuel. Je ne vous parlerais évidemment pas de la fin dans laquelle Jack va prendre une véritable décision d’adulte. On comprend rapidement qu’il joue le rôle d’adulte. En réalité, les rôles sont inversés. Sanna, la mère de Jack et Manuel, est aimante mais elle est incapable de s’occuper d’eux. Elle agit comme une adolescente (physiquement, on comprend rapidement qu’elle les a eus très jeune, peut-être même quand elle est encore encore mineure), a totalement oublié ses responsabilités, ramène n’importe quel mec chez elle, se fait même surprendre par son propre fils en plein acte (sans que cela la dérange plus que ça) et on peut même dire qu’elle est totalement égoïste.

Jack : Photo

Ce qui est alors intéressant, au-delà de l’inversement des rôles qui peut montrer à quel point notre société va mal (certes, ce n’est pas un scoop), c’est de voir ici comment Jack redevient parfois un enfant au contact justement de cette mère qui fuit ses responsabilités. C’est alors cette relation avec sa mère qui rend Jack encore plus attachant et plus complexe. Finalement, même s’il y a une dénonciation évidente des dérives de nos sociétés (notamment dans le fait de voir des adultes qui considèrent Jack comme un adulte lorsqu’ils le voient ou veulent le voir !), on n’est pas totalement dans le drame social comme par exemple dans le même cas que le film d’Emmanuelle Bercot La Tête Haute, en tout cas, ce n’est pas totalement comme ça que je perçois ce film (même si j’ai lu beaucoup de critiques qui faisaient le rapprochement avec l’univers des Dardenne). C’est avant tout un drame qui met en scène un enfant face aux obstacles qui le font grandir trop vite (et l’amour qu’il a pour sa mère en fait partie). Pour reformuler, pour vous livrer mon ressenti, je dirais que la critique sociale est un bon moyen pour parler d’un drame plus individuel. Au-delà d’un portrait réussi de Jack emboîté par une critique sociale pertinente, j’ai beaucoup aimé la mise en scène énergique, qui encore une fois ne perd pas une seule fois son personnage principal. Par conséquent, au-delà d’apprécier encore plus Jack (et aussi le petit Manuel), je trouve que cette mise en scène donne davantage de force à l’ensemble du film. De plus, Edward Berger parvient aussi à présenter Berlin comme une ville effrayante, qui ne se préoccupe pas des individus. Puis, comme dans beaucoup de films avec un arrière-fond social, la mise en scène se colle avec ce qu’il y a de plus proche dans la réalité. Je sais que ce n’est pas forcément la tasse de tout le monde, parfois ça me débecte également, mais la précision de la mise en scène tout comme des cadres permet d’avoir un ensemble agréable à regarder. Le scénario est plutôt simple mais (pour reprendre une bonne vieille formule que j’utilise un peu trop sur ce blog) il est efficace. Le seul reproche qu’on pourrait tout de même lui faire est sa seconde partie, un peu moins captivante en étant un peu plus répétitive. Sinon, il s’agit tout de même pour moi d’un bon film qui a le mérite d’être émouvant sans vouloir à tout prix nous faire pleurer. Finalement, comme ce petit Jack, qui reste digne malgré toutes les épreuves qu’il doit traverser.

Jack : Photo

 

Seul sur Mars

réalisé par Ridley Scott

avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Wiig, Jeff Daniels, Michael Peña, Sean Bean, Kate Mara, Sebastian Stan, Mackenzie Davis, Chiwetel Ejiofor, Benedict Wong, Aksel Hennie, Donald Glover, Chen Shu…

titre original : The Martian

Film de science-fiction américain. 2h24. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Seul sur Mars

Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Seul sur Mars : Photo Matt Damon

Seul sur Mars est une adaptation du premier roman d’Andy Weir (publié en 2011). Je n’ai pas lu le roman (même s’il m’intéresse fortement) mais j’ai toujours aimé les films de science-fiction et ces dernières années, le cinéma nous a offerts de belles sensations, notamment avec Interstellar et Gravity. Seul sur Mars semble alors être LE film de science-fiction de l’année à voir. Pourtant, malgré mon attirance pour ce genre de cinéma, je n’étais pas sûre d’aller voir ce film. En effet, même si Ridley Scott reste un très grand réalisateur, je n’aime pas forcément tout ce qu’il fait (même j’adore certains de ses films mais disons que je ne trouve pas le bonhomme régulier) et je ne suis jamais allée au cinéma voir un des films parce que c’était lui qui l’avait réalisé. Cela peut vous paraître très bête mais je trouvais (c’est d’ailleurs toujours le cas) l’affiche tellement laide que j’avais vraiment l’impression qu’il s’agissait limite d’un navet (je ne sais pas si c’est moi mais cette affiche me fait penser aux pochettes des vieilles VSH des années 90 !). Finalement, après avoir découvert les bonnes critiques, que ce soit de la part de la presse ou de mes amis les blogueurs, je me suis dit qu’il fallait tout de même tenter l’expérience même si je ne pensais pas aller voir un chef-d’oeuvre. Juste pour la petite précision, suite à des problèmes d’horaires, j’ai dû aller voir le film en 3D alors que j’ai vraiment du mal avec ça. Finalement, même si ça sert à rien, ce n’était pas forcément ma pire expérience avec ce gadget (et c’est la première que je testais la 3D avec les sous-titres, ça sert à rien mais je vais le dire : c’est de la bombe de voir les mots sortir de l’écran !). Sinon, dans l’ensemble, même s’il ne s’agit pas d’un grand film, j’ai bien aimé ce Seul sur Mars. Je suis allée dans le but de me divertir et effectivement le film est un bon divertissement, ce qui est déjà pas si mal que ça. Certes, il n’est pas parfait mais il reste bien foutu dans son genre. Et encore, j’arriverais presque à excuser certains défauts, en tout cas, je comprends derrière la démarche. Par exemple, je dois avouer que j’ai trouvé le film un peu long mais je ne vois pas comment ce film aurait pu être plus court, il fallait bien exposer l’histoire, montrer aussi cette question de durée (car c’est justement tout le problème posé dans le film : comment sauver quelqu’un face à un temps limité ?).

Seul sur Mars : Photo Jeff Daniels

Je ne dirais pas que le film est pro-américain à la Michael Bay par exemple mais c’est vrai qu’il reprend toutes les bonnes vieilles habitudes qu’aiment tant les Américains, du genre tout le monde s’applaudit et s’embrasse et blablabla. Bon, faut s’y faire, c’est la vie même s’il n’y a de dégueu non plus. Il faut aussi avouer que, contrairement justement aux films que j’ai cités, il y a peut-être moins d’enjeux, en tout cas ils sont peut-être moins intenses parce qu’on sait finalement assez vite comment le film va se terminer. Après, est-ce réellement totalement un défaut ? Je ne pense pas. En effet, ces derniers temps justement, les films de science-fiction étaient tout de même assez sombres. Or, celui-ci a quelque chose de solaire. Cet aspect passe notamment par ses choix esthétiques. Au passage, tous les choix techniques et esthétiques sont vraiment époustouflants sans que ça soit too much. Bref, le film a quelque chose de positif, dans un sens, on pourrait même dire qu’il s’agit plutôt d’un feel good movie dans l’espace. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié toutes les touches d’humour incrustées tout le long du scénario. Alors certes, effectivement, la relecture de Robinson Crusoë aurait pu être renforcée mais j’ai totalement adhéré à ce choix de légèreté. Même les personnages ont tous quelque chose de positif, tout le monde est assez cool. Certes, le personnage incarné par Jeff Daniels n’est pas forcément LE gentil de l’histoire mais pour caricaturer j’ai du mal à le classer totalement parmi les méchants ou les pourris, disons que je comprends le point de vue du personnage. Cela aurait pu être gênant d’un point de vue narratif mais je trouve encore une fois que ça fonctionne. Ce que je veux dire, c’est ce que je comprends qu’il y ait des choses qui puissent gêner certains spectateurs, je comprends les critiques plus négatives ou mitigées mais j’ai adhéré à tous ces choix pour moi plus que défendables. Enfin, Seul sur Mars bénéficie d’un très bon casting. Evidemment, on pense tout d’abord à l’interprétation de Matt Damon. Il est comme souvent très bon, très convaincant et communique toujours sa sympathie et sa bonne humeur, du coup il rend son personnage encore plus attachant qu’il ne l’est déjà sur le papier. Mais tous les seconds rôles sont bons et surtout (en tout cas, c’est ce qui m’a frappée), je trouve le casting très cohérent alors que sur le papier je n’aurais pas nécessairement imaginé tous ces acteurs issus d’horizons assez différents jouer dans un même film.

Seul sur Mars : Photo Aksel Hennie, Jessica Chastain, Kate Mara, Matt Damon, Sebastian Stan

 

Une belle fin

réalisé par Uberto Pasolini

avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza, Paul Anderson, Tim Potter…

titre original : Still Life

Comédie dramatique britannique, italien. 1h27. 2013.

sortie française : 15 avril 2015

Une belle fin

Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Uberto Pasolini n’a rien à voir avec Pier Paolo Pasolini. En revanche, il est le neveu de Luchino Visconti. Il est également producteur du fabuleux The Full Monty. Malgré ses liens étroits avec le cinéma, il est pratiquement un débutant derrière la caméra. Cela ne l’a pas empêché de signer un des plus meilleurs films de l’année pour l’instant, Une belle fin. Je dois avouer que je ne l’ai pourtant pas adoré tout de suite, je trouvais notamment sa première partie un peu lente et l’histoire assez déprimante. Mais en réalité, je crois que j’ai voulu me préserver face à tant d’émotions, d’humanité et de vérités. Le film est simple, ou plutôt a l’air simple, mais en réalité il est bien foutu. On comprend vite que la simplicité, la banalité même dégagée tout au long du film est volontaire de la part de Pasolini, notamment en nous mettant en scène un personnage avec un nom commun (John May, sorte de John Doe). Pourtant, ce type qui semble banal (même si son visage ne l’est pas tant que ça) ne fait pas un métier habituel et par ses actes, sa sincérité et son humanité, John May n’est pas un type comme les autres. Grâce à son métier, il nous fait comprendre que chaque vie compte (d’où l’un des sens de Still Life, « encore la vie »). Puis, simple ne signifie pas simpliste. Il y a tout de même un véritable travail de mise en scène. En effet, l’autre sens de Still Life est « nature morte ». Pasolini réussit à mettre en scène littéralement la « vie immobile » du héros : ainsi, le choix des plans fixes est pertinent car il correspond à la vision de John May sur son existence. Les références à la nature morte sont évidemment nombreuses, notamment à travers les gestes minimalistes du personnage principal qui mange régulièrement des pommes et ou encore quand il assemble les photos des morts dans son album. Certains plans ressemblent même à des tableaux. Le réalisateur italien joue également discrètement avec les couleurs, notamment au début avec des couleurs froides (le bleu et le gris).

Une belle fin : Photo Eddie Marsan, Joanne Froggatt

Cependant, même si Still Life est un très beau film, à la fois doux, féroce, tendre, triste et optimiste (cela est étrange de mettre ces adjectifs ensemble, pourtant nous retrouvons bien ces différents sentiments et aspects dans ce long-métrage), le discours social n’a rien de mignon, au contraire, il est assez féroce. Pasolini nous présente l’isolement social des gens dans une société individualiste, matérialiste et égoïste ainsi que la perte des responsabilités morales et sociales face à la disparition d’un proche. Pourtant, le film fait aussi écho aux propres peurs des vivants : que personne ne se déplace pour son enterrement. Comme tout le reste, le scénario a l’air simple mais encore une fois, il est très efficace, cohérent, n’oubliant jamais les détails tout en restant subtil et va au bout de ses idées. La fin est vraiment réussie, à la fois magnifique, onirique et ironique. Enfin, le casting est très bon. Eddie Marsan, toujours abonné aux seconds rôles, est excellent dans le rôle principal. Il l’était déjà très bon dans ses autres films mais là il est vraiment épatant. Il y a beaucoup de pudeur dans son interprétation, ce qui rend d’autant plus son personnage attachant et touchant (attouchant ?) et on sent l’acteur investi, précis et naturel à la fois. Les seconds rôles sont également très bons, notamment Joanne Froggatt. Pour conclure, Une belle fin est une des plus belles réussites de l’année. Certes, le sujet n’est pas forcément joyeux et malgré la tristesse que j’ai eu pendant tout le long de ma séance, Une belle fin est aussi et même surtout une ode à la vie. Il s’agit d’un film modeste, abouti et très profond, qui nous concerne tous et qui est réellement émouvant mais jamais larmoyant alors qu’il l’aurait facilement tomber dans ce piège.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Miele

réalisé par Valeria Golino

avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi, Libero De Rienzo…

Drame italien, français. 1h36. 2013.

sortie française : 25 septembre 2013

Miele

Irene vit seule dans une maison au bord de la mer non loin de Rome. Son père et son amant la croient étudiante. En réalité, sous le nom de code Miele, elle aide clandestinement des personnes en phase terminale à mourir dignement en leur administrant un barbiturique puissant. Un jour elle procure une de ces doses mortelles à un nouveau « client », Monsieur Grimaldi. Elle découvre cependant quʼil est en parfaite santé mais quʼil veut mettre fin à ses jours, ayant perdu goût à la vie. Bien décidée à ne pas être responsable de ce suicide, elle va tout faire pour l’en empêcher.

Miele : Photo Jasmine Trinca

Le festival de Cannes a présenté en 2013 dans la catégorie « Un certain regard » le premier long-métrage de la sympathique actrice italienne Valeria Golino. Cette dernière, qui adapte le roman Vi Perdono écrit par Angela Del Fabbro (en réalité Mauro Covacich) s’attaque à un sujet difficile, c’est-à-dire l’euthanasie, un sujet très tabou, tout particulièrement en Italie. On retrouvait d’ailleurs ce même sujet dans un autre film italien sorti cette même année, La Belle Endormie réalisé par Marco Bellocchio (la critique est prévue pour demain – au moins ça sera fait), qui reprenait en guise de trame le cas d’Eluana Englaro. Cependant, les deux films ont des points de vue assez différents, et pour être franche, j’ai largement préféré le film de l’inexpérimentée Golino à celui du réalisateur de Vincere. Pour aborder le sujet, Golina met en scène une jeune femme, qui prend le doux surnom de « Miele » pour pouvoir assurer ses services. Elle tombe dans cette pratique illégale parce qu’elle croit en ce qu’elle fait. La sincérité de l’héroïne est très touchante. Cependant, là où le film devient intéressant, c’est qu’il ne prend pas forcément un parti pris, le propos est au contraire assez nuancé et ne tente pas d’imposer un point de vue aux spectateurs. Golino n’a pas la prétention de vouloir affirmer quelque chose, elle pose simplement des questions, notamment sur notre conscience face à la mort. Ces nuances sont également apportées grâce au personnage de Carlo, qui pète la forme (contrairement aux personnes euthanasiées, qui souffrent de maladies incurables) mais qui veut juste en finir avec la vie.

Miele : Photo Carlo Cecchi, Jasmine Trinca

Golino réussit à traiter d’autres sujets plus universels (le suicide et la solitude) sans tomber dans la facilité. Il est également intéressant de noter le contraste intéressant entre la mort et le comportement de Irene/Miele qui respire la vie. Selon moi, Valeria Golino s’en sort dans l’ensemble plutôt bien en tant que réalisatrice et je suis pour qu’elle repasse derrière la caméra. On voit qu’il y a vraiment des efforts de sa part pour donner de la poésie et de la sensibilité à son film, même si on a parfois l’impression qu’elle filme certaines scènes uniquement dans un but purement esthétique. Il y a quelques maladresses mais on les pardonne assez facilement vu qu’il ne s’agit que d’un premier film et que Golino maîtrise quand même tellement bien son sujet (très casse-gueule). Il me semble aussi qu’il y a un petit problème avec la musique : bien que je partage apparemment les mêmes goûts musicaux de cette chère Valeria, je trouve qu’elle en abuse parfois un peu. Il est vrai que la musique a son importance dans le long-métrage puisque c’est grâce à elle que Miele va pouvoir s’enfermer dans une bulle pour mieux affronter la réalité. Cependant, j’avais vraiment parfois l’impression que l’actrice/réalisatrice mettait les morceaux de sa playlist idéale ! Dans l’ensemble, Miele est une jolie petite réussite, assez maîtrisée, qui a le mérite de poser les bonnes questions sans être prétentieux. Le sujet est traité avec délicatesse, et Valeria Golino évite les scènes larmoyantes. Jasmine Trinca, dans le rôle-titre, ainsi que son partenaire Carlo Cecchi, sont impeccables.

Miele : Photo Jasmine Trinca

Hungry Hearts

réalisé par Saverio Costanzo

avec Adam Driver, Alba Rohrwacher, Robert Maxwell, Jake Weber…

Drame italien. 1h53. 2014.

sortie française : 25 février 2015

Hungry Hearts

Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.

Hungry Hearts : Photo Alba Rohrwacher

Hungry Hearts, le quatrième long-métrage de Saverio Costanzo (réalisateur de La Solitude des nombres premiers, pas encore vu mais cela ne devrait pas tarder) fait partie de mes coups de coeur de ce début d’année. Je suis ressortie de la séance totalement secouée et bouleversée, j’en avais même les larmes aux yeux. Par contre, je déconseille ce film aux femmes enceintes ou à celles qui comptent fonder une famille. Hungry Hearts est tiré du roman de Marco Franzoso, Il Bambino Indaco (jamais sorti en France d’après ce que j’ai compris). Dans le livre, l’histoire se déroule en Italie mais Costanzo a préféré situer son récit à New York : « Dans mon esprit, il fallait que les personnages évoluent dans une mégalopole violente où ils puissent se perdre et ressentir la solitude, afin que le spectateur comprenne mieux le désarroi de cette mère. Or aucune ville italienne ne correspond à cette définition ». Visiblement, le réalisateur a bien fait d’avoir opté pour cette solution. Le film débute comme une comédie romantique (Jude et Mina se rencontrent dans les toilettes bloquées d’un restaurant asiatique est très drôle), pourtant la suite ne va pas être aussi joyeuse. L’amour entre ces deux personnages sera pourtant toujours fort mais le couple se détériore dès la grossesse de Mina, cette dernière étant persuadée de porter en elle un enfant indigo après avoir consulté une voyante. Mais évidemment, la folie de Mina va surtout se révéler au grand jour après son accouchement à travers son alimentation ainsi que celle de son fils. Ainsi, étant devenue elle-même vegan (oui, je sens que ce film ne va pas faire plaisir à tout le monde), elle donne ce type de nourriture à son bébé. L’enfant en question ne peut pas grandir et Mina maigrit à vue d’oeil et est de plus en plus épuisée. A cause de l’étrange comportement de Mina, la petite famille est de plus en plus isolée. Jude s’inquiète pour son enfant mais au début refuse de voir que ses problèmes de croissance et de santé à venir sont liés au comportement alimentaire de Mina. Et lorsqu’il finit par ouvrir les yeux sur la situation, le film prend alors un autre tournant. Chacun va alors vouloir à nourrir l’enfant à sa manière tout en surveillant le comportement de l’autre, ce qui donnera lieu parfois à des scènes cocasses (par exemple, Jude qui va se réfugier dans une église pour nourrir son fils).

Hungry Hearts : Photo Adam Driver, Alba Rohrwacher

A ce moment-là, Hungry Hearts prend des allures de film d’épouvante. On pensera évidemment à l’excellent Rosemary’s Baby de Roman Polanski à part que les rôles sont ici inversés. Cette fois-ci, c’est bien la mère qui devient inquiète. Le fait qu’elle soit étrangère renforce encore plus (sans jeux de mots) l’étrangeté même de ce personnage. Pourtant, cela serait injuste de la qualifier comme la méchante de l’histoire car elle ne se rend même pas compte du mal qu’elle fait à son propre enfant. En effet, si le spectateur se penchera plus naturellement de son côté, Jude a pourtant sa part de responsabilité, comme le montre notamment la scène de reproduction (pour la qualifier grossièrement). Cependant, même si Mina nous fait flipper et qu’on a sans cesse peur pour son enfant, Hungry Hearts n’est pourtant pas un film manichéen. Quelque part, on a l’impression que ce drame pourrait arriver à n’importe qui. C’est alors ce mélange particulier mais habile entre plusieurs genres qui donnent une puissance folle au long-métrage. Mais il s’agit surtout d’un magnifique film d’amour dans lequel chacun va à la fois aimer et redouter son partenaire. Au-delà d’une réflexion intelligente et de l’émotion, Hungry Hearts bénéficie d’une très bonne mise en scène. Soignée et précise, elle parvient à montrer la détérioration et l’isolement de ce jeune couple face à une ville immense et intemporelle qui semble les écraser. J’ai également aimé le scénario, bien construit, qui alterne les points de vue, du coup cela donne encore plus de rythme au film ainsi que plus de consistance aux personnages. Saverio Costanzo a également travaillé sur tous les moindres détails, que ce soit au niveau de la mise en scène ou du scénario : le début pas si anodin (l’indigestion de Jude annonce les problèmes alimentaires de Mina), la photo de mariage accrochée sur la porte du frigo (le mariage se détruit littéralement encore une fois à cause de la nourriture), le rêve qui annonce le drame final etc… Même si je sais que cela a pu perturber certains spectateurs, pour ma part, j’ai aimé le montage saccadé, renforçant davantage l’atmosphère menaçante. De plus, j’ai adoré la bande-originale de Nicola Piovani (pour ceux qui ne se rappellent pas, il avait été oscarisé pour son travail pour La vie est belle de Roberto Benigni) et j’espère qu’elle sera un jour disponible. Enfin, le film est servi par les magnifiques interprétations d’Adam Driver (l’acteur talentueux de Girls dont la carrière risque de décoller à la sortie du prochain Star Wars) et Alba Rohrwacher (dans la vie, compagne de Costanzo et soeur d’Alice Rohrwacher, la réalisatrice du récent Les Merveilles) qui n’ont pas volé leur Coupe Volpi à la Mostra de Venise.

Hungry Hearts : Photo Adam Driver

Je voyage seule

réalisé par Maria Sole Tognazzi

avec Margherita Buy, Stefano Accorsi, Fabrizia Sacchi, Gianmarco Tognazzi, Alessia Barela, Lesley Manville, Bruno Wolkowitch…

titre original : Viaggio sola

Comédie italienne. 1h25. 2013.

sortie française : 9 juillet 2014

Je voyage seule

Irene vient d’avoir 40 ans. Elle n’a ni mari, ni enfants mais un travail dont tout le monde rêve : elle est « l’invitée surprise » des hôtels de luxe, ce client redouté qui note et juge incognito les standards des services hôteliers. En dehors de son travail, il y a sa sœur Silvia et son ex Andrea. Irene ne recherche pas la stabilité, elle se sent libre et privilégiée. Pourtant, un événement va remettre en question ses certitudes…

Je voyage seule : Photo Margherita Buy, Stefano Accorsi

En France, on a un peu entendu parler de ce film à cause du lamentable résumé qu’a bafouillé Claire Chazal au Journal de 20 heures (notamment « Je voyage seule est l’histoire d’une femme de 40 ans qui voyage toute seule » ou encore « un événement va remettre la question en vie, sa question en jeu »). A cause de ses explications pourries mais involontairement hilarantes, j’imagine que beaucoup n’ont pas voulu aller voir ce film (ça peut se comprendre). Heureusement, Je voyage seule vaut bien mieux que ce très mauvais synopsis. Certes, la mise en scène de Maria Sole Tognazzi (oui, il s’agit bien de la fille d’Ugo Tognazzi) n’est pas exceptionnelle, ni très inventive. Cependant, elle et ses scénaristes Ivan Cotroneo (Amore) et Francesca Marciano (Miele) ont peint avec intelligence et subtilité le portrait d’une femme célibataire et sans enfants, dans une société italienne qui privilégie pourtant la famille (c’est ce qu’on voit d’ailleurs à travers la soeur de l’héroïne), qui trouve son bonheur dans la solitude. Même si un ton frais et léger est omniprésent, les doutes d’Irene touchent. En effet, doit-elle se marier et fonder une famille comme sa soeur histoire qu’elle ne soit plus montrée du doigt ? Aurait-elle dû poursuivre une relation amoureuse avec son meilleur ami ?

Je voyage seule : Photo Margherita Buy

Même si l’héroïne se remet en question, pour une fois, la solitude n’est pas perçu ici comme quelque chose de négatif, contrairement à ce qu’on peut voir d’habitude dans d’autres films. Certaines scènes sont répétitives cependant elles ne sont pas gênantes car il s’agit du quotidien de l’héroïne et surtout à chaque nouveau voyage professionnel, on trouve un nouvel élément important pour comprendre Irene. Ces répétitions passent également plutôt bien car le film est rythmé et drôle. Margherita Buy (vue dans Le Caïman et Habemus Papam, tous deux réalisés par Nanni Moretti), qui a remporté le Donatello de la meilleure actrice pour son interprétation, est excellente dans le rôle de cette femme qui aspire à la liberté et à l’indépendance. Son personnage est très intéressant, profond et complexe. En effet, Irene vit dans son monde faux (et apparemment cela finit par lui convenir). Pourtant, paradoxalement, elle n’est pas forcément une femme fausse. Rien qu’en faisant le choix de ne pas rentrer dans le moule montre qu’elle n’en est pas une. Les scènes avec le couple « pas assez chic » pas bien accepté par le personnel d’un hôtel de luxe montrent également l’humanité dégagée par Irene alors qu’elle se révèle plutôt froide lorsqu’elle procède à ses quotidiennes inspections. Les seconds rôles sont également bien travaillés et bien interprétés.

Je voyage seule : Photo Margherita Buy

The Homesman

réalisé par Tommy Lee Jones

avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Miranda Otto, Sonja Richter, John Lithgow, William Fichtner, David Dencik, Tim Blake Nelson, James Spader, Meryl Streep, Evan Jones, Hailee Steinfeld…

Drame, western américain. 2h02. 2014.

sortie française : 18 mai 2014

The Homesman

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

The Homesman : Photo Grace Gummer, Tim Blake Nelson, Tommy Lee Jones

Après Trois enterrements, l’acteur Tommy Lee Jones réalise son second long-métrage, The Homesman, tiré du roman Le Charlot des Damnés de Glendon Swarthout. Il a présenté son film au festival de Cannes en compétition, mais contrairement à son précédent film (qui lui avait permis de décrocher le prix d’interprétation masculine ainsi que le prix du scénario pour Guillermo Arriaga), celui-ci est reparti les mains vides. J’avais largement préféré Trois enterrements et je comprends que The Homesman n’ait rien remporté à Cannes. Le film a clairement des défauts. En premier, le film a quelques longueurs. Puis, Tommy Lee Jones ne met pas toujours en valeur ses personnages féminins, je pense surtout aux trois folles du film. En effet, au début on connait l’histoire de ces trois femmes qui ont perdu la raison, et une fois que le voyage commence, finalement pas grand chose ne se passe. On a l’impression même que le réalisateur ne sait pas comment filmer ces personnages-là comme des femmes et finit finalement par les délaisser. On ne comprend pas non plus comment Mary Bee Cuddy, qui vient de New York, a pu se retrouver dans un coin perdu à l’Ouest. La fin n’est pas non plus totalement satisfaisante, comme si Tommy Lee Jones ne savait pas comment terminer son film alors qu’il avait la possibilité de lui donner une magnifique fin et surtout le spectateur peut être perdu, ne voyant pas toujours cela veut en venir.

The Homesman : Photo

Cependant, malgré ses maladresses, The Homesman n’est pourtant pas un ratage, loin de là. Même si le côté féministe m’a paru bancal par moments, Tommy Lee Jones parvient cependant à peindre une époque dans laquelle la femme ne trouve pas sa place. Mais surtout, au-delà de l’aspect féministe, en mêlant sensibilité et dureté, il réussit à toucher en mettant en scène des personnages, homme (George Briggs) et femmes (les trois femmes ainsi que Mary Bee Cuddy), qui n’arrivent pas à trouver leur place dans ce monde et qui se détruisent. La question de l’espace est également bien exploitée, que ce soit à travers le voyage qui va de l’ouest à l’est (le trajet a un réel sens) ou la manière de filmer les magnifiques paysages. Le duo formé par Tommy Lee Jones-Hilary Swank est tout simplement fantastique. D’un côté, le réalisateur s’est donné un rôle à la fois drôle (il dit les choses « cash »), émouvant (il va se retrouver très attaché aux quatre femmes) et dur. De l’autre, Swank, qui semble retrouver enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, incarne parfaitement cette femme qui semble forte de l’extérieur mais qui est en réalité fragile (elle souffre de la solitude), mystérieuse, et finalement qui est en train de sombrer dans la folie (ce qui est compliqué, vu sa mission envers les trois autres femmes). La manière d’avoir traité les personnages des folles m’a semblé maladroite, cependant, les trois actrices qui les interprètent (Grace Gummer, Mirando Otto, Sonja Richter) sont toutes convaincantes et surtout elles ont beaucoup de présence.

The Homesman : Photo Hilary Swank

The Double

réalisé par Richard Ayoade

avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska, Wallace Shawn, Noah Taylor, Yasmin Paige, Cathy Moriarty, James Fox, Sally Hawkins, Chris O’Dowd, Craig Roberts…

Drame, thriller britannique. 1h33. 2013.

sortie française : 13 août 2014

The Double

Garçon timide, Simon vit en reclus dans un monde qui ne lui témoigne qu’indifférence. Ignoré au travail, méprisé par sa mère et rejeté par la femme de ses rêves, il se sent incapable de prendre son existence en main. L’arrivée d’un nouveau collègue, James, va bouleverser les choses, car ce dernier est à la fois le parfait sosie de Simon et son exact contraire : sûr de lui, charismatique et doué avec les femmes. Cette rencontre amène James à prendre peu à peu le contrôle de la vie de Simon…

The Double : Photo Jesse Eisenberg

Après la bonne surprise Submarine, l’acteur de la série The IT Crowd Richard Ayoade, reconverti en réalisateur, signe son second long-métrage The Double, adapté du roman de Dostoïevski. Quant au scénario,il a été co-écrit par Avi Korine (le frère de Harmony, ce dernier étant l’un des producteurs exécutifs). Hélas, The Double est beaucoup moins convaincant que Submarine, même s’il a ses qualités. Esthétiquement, le film est remarquable. Les décors permettent de plonger le spectateur dans un temps à la fois indéfini, décalé et sombre. Les jeux avec l’espace et la lumière sont également intéressants et la photographie est très belle. Le film est également sauvé par son humour noir. Hélas on a l’impression de regarder une oeuvre pas aboutie, qui manque de consistance et qui n’apporte rien de neuf à un sujet passionnant, celui de la dualité. Je m’attendais aussi à un film plus dérangeant. Si le thème de la solitude est plutôt bien traité, par contre, les questions de l’identité et de l’affirmation de soi ne sont pas forcément toujours bien exploitées. En effet, en utilisant qu’un seul point de vue, tout m’a semblé un peu trop facile et clair, les pistes n’étant pas assez brouillées. Malgré un montage hystérique, l’effet schizophrène ne fonctionne pas du tout. Surtout l’angoisse fait souvent place à l’ennui, le début étant particulièrement mou. Du coup, malgré des procédés théâtraux pourtant bienvenus, la dimension tragique qu’aurait dû posséder ce film n’est pas suffisamment présente.

The Double : Photo Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska

La musique d’Andrew Hewitt est très réussie mais elle n’est pas toujours bien utilisée et devient même lassante. Heureusement qu’il y a Jesse Eisenberg, qui parvient parfaitement à donner vie à deux personnages différents (d’un côté, un asocial invisible aux yeux de la société, de l’autre un homme sûr de lui et aimé de tous) avec le même physique. En revanche, Mia Wasikowska est pour moi une erreur de casting. Elle n’arrive jamais à trouver son interprétation : elle est soit trop théâtrale, sauf qu’elle ne trouve jamais son rythme (ce qui se voit encore plus quand on entend le débit impressionnant de Eisenberg), soit elle a l’air de s’en foutre (le risque quand on joue une dépressive). En conclusion, même s’il s’est un peu raté (il ne s’agit pas non plus d’une catastrophe), Richard Ayoade reste pour moi un réalisateur à suivre. Certes, il n’a pas tout inventé (les références, de Hitchcock à Lynch en passant par Gilliam ou Kafka, sont très – trop ? – visibles), mais il a tout de même un univers intéressant, décalé, avec de l’humour noir. Peut-être qu’il a vu un peu gros pour un deuxième film.

The Double : Photo Jesse Eisenberg

Her

réalisé par Spike Jonze

avec Joaquin Phoenix, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde, Chris Pratt, Portia Doubleday…

avec les voix V.O. de Scarlett Johansson, Brian Cox, Stéphanie Sokolinski, Spike Jonze, Bill Hader, Kristen Wiig…

Film de science-fiction, drame, romance américain. 2h06. 2013.

sortie française : 19 mars 2014

Her

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

Her : Photo Joaquin Phoenix

Her, le quatrième long-métrage de Spike Jonze, a remporté l’Oscar et le Golden Globe du meilleur scénario original. Il est vrai que l’histoire en elle-même est originale (même si le film m’a parfois vaguement rappelé un p’tit film belge méconnu, Thomas est amoureux) et pourrait séduire d’avance. J’ai trouvé la vision du futur plutôt intéressante, que ce soit d’un point de vue visuel (on est dans un futur « hipster », l’image est soignée et colorée, ce qui accentue l’image lisse de la société) ou moral (les gens font appel à des auteurs pour écrire des lettres personnelles). Ainsi, Jonze dénonce une société trop exigeante, qui est paradoxalement en sur-communication mais n’arrive plus à communiquer de la manière la plus humaine possible et montre que le métier d’écrivain est en danger. Au-delà de la technologie qui se mêle aux sentiments, Jonze exploite plutôt intelligemment le thème du désir et la projection d’un être idéalisé. J’ai également beaucoup aimé les personnages et évidemment leurs interprètes. Tout d’abord, il est nécessaire de s’attarder sur le personnage principal Theodore Twombly, merveilleusement bien interpréter par Joaquin Phoenix. Au premier abord, le personnage pourrait apparaître complètement barré (le fait qu’il tombe amoureux d’un système d’exploitation). Mais est-il vraiment sonné ? N’est-ce pas plutôt ces gens qui ne sont même plus foutus d’écrire eux-mêmes des lettres extrêmement personnelles qui seraient dingues ? Le décalage crée m’a paru intéressant. J’ai été également touchée par la sincérité, la sensibilité et la solitude du personnage (oui, il y a beaucoup de « s » dans la même phrase). Il est évidemment important de parler de la performance de Scarlett Johansson. A l’origine, c’était l’excellente actrice Samantha Morton qui prêtait la voix à la Samantha du film. Mais Jonze trouvait que sa voix ne collait pas vraiment, et a préféré la voix grave et sensuelle de Johansson. Ca peut paraître un peu débile de dire ça mais Scarlett livre pour moi une de ses meilleures interprétations, alors qu’elle n’apparaît pas une seule fois à l’écran. Je comprends de suite mieux les propos de Quentin Tarantino lorsqu’il a remis à l’actrice le César d’honneur (au passage, c’est quand même aberrant, mais passons). Elle est absente physiquement et pourtant en même temps elle est terriblement présente. Sa voix est très nuancée. Elle est à la fois sympathique, étrange, érotique et même drôle. On arrive même à comprendre comment Theodore a pu être séduit par cette voix et qu’il arrive à aimer. Il est finalement différent de cette société basée sur le culte de l’image, il s’intéresse finalement à la « personnalité » de Samantha. Au-delà d’un développement extrême de la technologie, il y a pratiquement une dimension métaphysique. A l’origine, c’est toujours conseillé de voir les films en version originale, mais ici, c’est vraiment une obligation. J’ai également apprécié les seconds rôles, principalement féminins (Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde), même si leurs actrices apparaissent peu. La musique d’Arcade Fire m’a également séduite, elle accentue l’ambiance du film, qui joue sur la mélancolie.

Her : Photo Joaquin Phoenix

Cependant, vous allez me demander pourquoi je mets que deux étoiles, ce qui peut paraître très sévère. Je sais que certains vont me détester (vous voyez Sandrine Kimberlain dans 9 mois ferme qui hurle « Non, mais c’est pas possible !!! » ? Et bien, là, j’en vois certains qui vont réagir comme ça !) mais je dois être honnête avec moi-même. Je reconnais à ce film des qualités indéniables, je comprends qu’on puisse adorer le résultat final et peut-être que ma note est sévère parce que les critiques sont vraiment excellentes. Principalement (même s’il y a d’autres éléments que je vais vous exposer juste après), c’est vraiment l’ennui et les longueurs qui justifient une note (qui n’est pas non plus catastrophique, il faut quand même relativiser). Déjà, le côté « film sous Prozac » m’a légèrement agacée. Puis , et apparemment je ne suis pas la seule à l’avoir remarqué (des proches, les critiques sur le Net), le film m’a rappelé l’univers de Sofia Coppola. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un calque, c’est plus dans l’ambiance. Evidemment, cela ne dérangera pas les fans de Sofia. Par contre, comme peut-être vous l’avez déjà perçu sur mon précédent blog, j’ai quand même du mal avec cette réalisatrice, qui a tendance à m’ennuyer. Du coup, c’est totalement logique que j’ai eu du mal avec ce Her. J’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs et qu’elles n’étaient pas justifiées. Le problème, quand je m’ennuie, j’ai du mal à être émue. En fait, si je devais faire un résumé de mon ressenti strictement personnel, j’ai trouvé que Theodore était un personnage touchant (et même si le personnage est bien écrit, il me semble que l’interprétation de Phoenix y est pour quelque chose), mais je n’ai forcément trouvé que le film était forcément émouvant, en tout cas, c’est évidemment encore une fois que mon avis, mais il ne m’a pas touchée. De plus, le schéma de la romance est d’ailleurs à double-tranchant. En effet, on voit que la relation établie entre Theodore et Samantha devient petit à petit similaire à un véritable couple en chair et en os. C’est quelque part une qualité, puisque le film arrive à donner vie à cette Samantha et à montrer que l’amour que ressent Theodore pour Samantha est réellement sincère et qu’il se vraiment en couple avec elle. Mais ce qui m’a dérangé, justement, c’est qu’une fois qu’on a découvert un peu les lignes du pitch de départ, je n’ai plus été surprise (peut-être à part la scène avec Isabella, et encore je me doutais bien que la question du rapport physique allait finir par se poser). On sait que cette relation est vouée à l’échec (enfin, il faut être réaliste, je suis pas médium). Pourquoi alors s’attarder autant longtemps sur les hauts et les bas de cette histoire d’amour ? Etait-ce utile de faire durer ce film plus de deux heures ? Sincèrement, je ne pense pas. J’avais hâte qu’il se termine et surtout j’avais toujours l’impression que c’était là. Ca m’a fait ça une fois, deux fois, puis trois, quatre fois. Surtout, au fil des scènes, j’avais l’impression que le film ne savait pas toujours où il allait, j’ai trouvé qu’il y avait de plus en plus des moments de flottement. En bref, je me sens complètement en décalage avec les critiques (presse ou spectateurs), je répète que c’est vraiment une impression qui m’appartient, mais je reconnais tout de même derrière du talent et du travail.

Her : Photo Joaquin Phoenix, Portia Doubleday