Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

Cinquante Nuances plus sombres

réalisé par James Foley

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden, Kim Basinger, Bella Heathcote, Eric Johnson, Eloise Mumford, Luke Grimes, Victor Rasuk…

titre original : Fifty Shades Darker

Comédie dramatique romantique érotique américaine. 1h58. 2017.

sortie française : 8 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

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C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Suis-je maso ? Ne pouvais-je pas attendre la sortie en téléchargement pour le regarder tranquillement chez moi et éviter de payer pour voir quelque chose de mauvais ? Je ne devais d’ailleurs pas aller voir en salles Cinquante Nuances plus sombres, suite du médiocre Cinquante Nuances de Grey. D’autres films m’attendaient (et m’attendent encore) dans les salles obscures. Finalement, sans vous révéler le comment du pourquoi (1/ parce que ça ne vous regarde pas bande de coquins, 2/ parce qu’en plus on s’en balance de ma vie), je suis donc allée voir ce film, toujours adapté du nullissime « roman » éponyme de E. L. James (oui, en plus de ça, j’ai osé lire ce machin… là vous devez vous dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi). Pour ce deuxième volet, bye bye Sam Taylor-Johnson (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour elle…) pour faire place derrière la caméra à un certain (en ce qui me concerne, un inconnu) James Foley. Ce changement a-t-il été bénéfique ? Pas du tout ! Cinquante Nuances plus sombres est pour moi clairement pire que le premier volet (c’était déjà le cas du bouquin) en sachant que ce premier film atteignait déjà des sommets de conneries. Le début est problématique (enfin tout est problématique dans ce film, juste pour vous dire qu’on est dans le bain de la médiocrité dès le générique) : en effet, si vous vous souvenez de la fin du premier film (allez, oui, je prends le risque de vous spoiler, je suis vilaine), Ana quitte donc Christian, comprenant ENFIN qu’il était frappé et violent au pieu (et qu’il y prenait son pied). Chrissounet va-t-il reconquérir Ana ? Fin de suspense… Oui, au bout de dix minutes, ce problème est vite réglé. Vous le constatez en peu de temps : Ana est une jeune femme résistante. Grey achète tous les portraits d’Ana (affichés dans la galerie de José, l’ami photographe violeur mais pas trop – ce dernier ne lui ayant même pas demandé l’autorisation), s’incruste évidemment à cette expo très chic et demande à Ana de dîner ensemble. Juste un dîner (mais bien sûr). Et Ana accepte la proposition « parce qu’elle a faim ». Ca ne s’invente pas.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Jamie Dornan, Kim Basinger

Bref, tout ça pour dire qu’on en revient rapidement au même point, à part que ce psychopathe de Grey débarque avec sa barbe de trois jours et un pull tout moche. On commence aussi à connaître son passé, ce qui pourrait expliquer vaguement pourquoi Grey est très porté sur le sado-masochisme (vive la psychologie de comptoir). On commence alors à observer quelques grosses incohérences (là tu te dis que tout le monde s’en bat les ovaires sur ce tournage). En effet, dans les flashbacks, on nous montre un homme (certainement un mec de sa mère, une « pute camée ») brûler le corps du petit Christian avec des cigarettes. Dans le premier volet, normalement, si je n’ai pas raté un épisode, le torse de Christian était lisse comme un cul de bébé. Et vu que lui et Ana ne jouent pas au Scrabble, Ana aurait dû voir dès le premier opus les traces de brûlures sur le corps de son chéri. Or, elle ne découvre ça que dans ce deuxième opus ce qui semble TOTALEMENT illogique ! Autre exemple : Ana, se préparant à aller au bal masqué (nous y reviendrons), enfile un porte-jarretelles puis met sa robe argentée. Mais en sortant du bal, elle retire sa robe et paaaaf le porte-jarretelles a disparu ! Ou encore, pour vous citer un dernier exemple parmi tant d’autres, Christian revient comme s’il n’avait rien eu après un accident d’hélicoptère, il était même porté disparu mais tout va bien, il PETE LA FORME ! C’est aussi le monde des Bisounours dans lequel on gagne de l’argent facilement (et on l’étale également) grâce à un travail trop facilement obtenu. Je vous parlais un peu plus haut du jeune ami potentiellement violeur d’Ana, qui a le privilège d’exposer ses photographies dans une belle galerie d’art à son jeune âge alors que nous savons très bien que ce genre de cas reste extrêmement rare. Ana, elle, obtient par le hasard un important poste alors qu’elle débute son travail dans une maison d’édition (rachetée par… oh gros suspense de malade… CHRISTIAN GREY BORDEL !). Evidemment, niveau scène de sexe (parce qu’il faut en parler vu le sujet), comme dans le premier volet, c’est aussi cru qu’un épisode de Joséphine, Ange Gardien.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson

Je comprends la nécessité de limiter le contenu : il s’agit bien entendu d’un film commercial, le but étant de réunir un max de monde dans les salles et d’éviter une censure trop sévère. Mais on ne trouve que six pauvres courtes scènes de jambes qui n’ont rien d’excitantes. Plus on avance dans cette saga, plus on se demande vraiment où sont les fameuses scènes de SM. Encore une fois, une claque aux fesses et être vite fait attaché ne fait pas de vous des amateurs de cette sexualité dite hors-normes. Je ne vous raconte pas non plus la présence insupportable de musique pop du moment qui gâche ces scènes en question. Ce qui est encore plus navrant, c’est de constater par moments (je dis peut-être ça car je suis de nature optimiste, si si) qu’il y avait des possibilités de rendre le film un chouïa moins pire dans le sens où certaines scènes auraient pu être intéressantes si elles avaient été mieux exploitées. Je pense notamment à cette scène avec avec une ancienne soumise de Grey venue faire du mal à notre couple préféré (ou pas). Pour la calmer, Grey lui ordonne de se mettre à genoux, comme il avait certainement eu l’habitude de faire ce type de demande au pieu. C’est peut-être d’ailleurs la vraie seule scène avec un semblant de tension sexuelle (je dis bien un semblant). Au passage, cette ex-soumise en question (prénommée Leila) est la seule qui se détache un peu de ce carnage et qui a aussi un peu de potentiel même s il n’y a rien non plus de fabuleux, loin de là. Le scénario est une catastrophe, un grand vide inédit pour ma part (et pourtant j’en ai vu des films complètement vides). En clair, une fois les dix minutes passées (c’est-à-dire une fois le couple reformé), il ne se passe rien. Mais rien. Qu’est-ce qu’on s’emmerde ! On a vite fait deux histoires d’ex : d’un côté, on a une sorte de « fantôme » qui débarque et qui repart comme si elle sortait de Poudlard, de l’autre on trouve une vieille pédophile qui… fait peur (plus sa tronche que ses actes). Puis, là il y a aussi (toujours vite fait, bien entendu, ne creusons rien) une sombre histoire avec le patron pseudo sexy (un certain Jack) qui veut se taper / violer Ana (on parle toujours de la mauvaise image des femmes dans ce film, mais les hommes prennent aussi cher, ce sont forcément des tarés incapables de se tenir correctement, enfin surtout leur machin entre leurs jambes) et qui visiblement en veut aussi à Grey.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Bella Heathcote

Il n’y a concrètement pas d’intrigue dans ce film ! N’oublions pas que je suis allée voir Cinquante nuances plus sombres pour me marrer et de ce côté-là, j’ai eu ma dose de scènes et répliques involontairement hilarantes, ridicules et même inutiles Je pense notamment à la fameuse scène de bal masqué. On ne sait pas pourquoi tous ces gens sont déguisés juste pour une soirée organisée par les Grey, ça n’apporte rien. La mise en scène est totalement inexistante et on tente de cacher ce travail de cochon par des effets totalement superficiels. En effet, ce qui saute aux yeux (comme dans le premier volet) est cette lumière qui tente de nous en mettre plein la vue et cette photographie qui rend le film visuellement très lisse. Les acteurs ne peuvent pas bien jouer avec des personnages aussi insignifiants. Cela dit, suite aux carrières menées par Robert Pattinson et Kristen Stewart après Twilight, je n’ai pas envie de dire tant de saloperies que ça sur Jamie Dornan et Dakota Johnson. On ne va pas dire qu’ils jouent bien, non, ils jouent bien comme des patates, c’est un fait. Il n’y a toujours pas d’alchimie entre eux. Mais comment peuvent-ils de toute façon bien jouer avec des personnages aussi creux (même si Ana semble avoir un peu plus de personnalité par rapport au précédent volet – information à prendre tout de même avec des pincettes, surtout par rapport aux premières scènes du film) et une direction d’acteurs totalement à la ramasse ? Même une bonne actrice comme Marcia Gay Harden (décidément de plus en plus méconnaissable – et je ne vais pas m’attarder sur Kim Basinger, qui ressemble à Bogdanov) joue comme un pied. Cinquante Nuances plus sombres est sans surprise un très mauvais film mais paradoxalement il surprend par sa médiocrité qui dépasse tout ce dont on pouvait imaginer. Même pas divertissant, ce film défend en plus de ça des idées assez douteuses, voire même sexistes. Christian Grey est un psychopathe en puissance, qui est finalement plus flippant par son mode de vie au quotidien plutôt qu’au pieu. Et l’auteure du roman / le réalisateur / les scénaristes ne condamnent pas tant que ça le bonhomme puisqu’on lui donne raison de se méfier de tout le monde et de coller Anastasia. Allez, la saga est bientôt terminée…

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

L’Idéal

réalisé par Frédéric Beigbeder

avec Gaspard Proust, Audrey Fleurot, Jonathan Lambert, Anamaria Vartolomei, Camille Rowe, Anthony Sonigo, Jérôme Niel…

Comédie française. 1h30. 2016.

sortie française : 15 juin 2016

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic ainsi qu’à Orange Studio

Cinetrafic vous propose plusieurs listes de films :

http://www.cinetrafic.fr/film-2017

http://www.cinetrafic.fr/film-francais

ideal

L’ancien concepteur-rédacteur Octave Parango de « 99 francs » s’est reconverti dans le « model scouting » à Moscou. Cet hédoniste cynique mène une vie très agréable dans les bras de jeunes mannequins russes et les jets privés de ses amis oligarques… jusqu’au jour où il est contacté par L’Idéal, la première entreprise de cosmétiques au monde, secouée par un gigantesque scandale médiatique.
Notre antihéros aura sept jours pour trouver une nouvelle égérie en sillonnant les confins de la Russie post-communiste, sous les ordres de Valentine Winfeld, une directrice visuelle sèche et autoritaire.
Entre les réunions de crise à Paris, les castings à Moscou, une élection de Miss en Sibérie, une fête chez un milliardaire poutinien et une quête des « new faces » aux quatre coins de l’ex-URSS, le fêtard paresseux et la workaholic frigide vont apprendre à se supporter et peut-être même à se sauver.

L'Idéal : Photo

Frédéric Beigbeder, écrivain et journaliste à succès, avait déjà adapté un de ses romans en passant derrière la caméra, avec L’Amour dure trois ans. Pour son second long-métrage, il adapte de nouveau un de ses textes, Au secours, pardon !, intitulé ici L’Idéal (qui fait clairement référence à la célèbre marque L’Oréal). Il s’agit aussi d’une sorte de suite de 99 Francs, qui a connu l’adaptation du même nom, réalisée par Jan Kounen et avec Jean Dujardin dans le rôle principal. On suit toujours le même personnage, Octave Parango, interprété cette fois-ci par Gaspard Proust (qui avait obtenu le premier rôle dans L’Amour dure trois ans). Ce changement d’acteur n’est pas dérangeant, Beigbeder dit d’ailleurs qu’il ne s’agit pas réellement d’une suite mais plus concrètement d’un reboot dans le sens où on retrouve un même personnage dans une autre version mais toujours dans un même registre (je reprends ici les propos de Beidbeder himself, il en parlera mieux que moi !). On ne change finalement pas tant que ça d’univers : le monde de la mode reste toujours lié à celui de la publicité, de l’image, du sexisme ou encore de la perversité. Pour ma part, sans avoir détesté (je lui avais accordé la moyenne, je lui avais donc reconnu quelques qualités), j’avais eu du mal avec le film (puisque je n’ai pas lu le bouquin) 99 Francs. J’avais peur d’avoir le même type d’avis pour L’Idéal. Je lui mets la même note, cela dit (histoire d’être claire) je dirais que j’ai légèrement préféré L’Idéal à 99 Francs. Frédéric Beigbeder n’est pas nécessairement un meilleur réalisateur que Jan Kounen, je dirais juste que l’histoire (même si encore une fois, le schéma reste grosso modo similaire) m’a peut-être plus parlée ou quelque chose comme ça et je ne me suis pas ennuyée contrairement à 99 Francs. Frédéric Beigbeder parle d’un milieu qu’il connaît vu qu’il évolue dans le milieu du show-biz (c’est moi ou ce terme est complètement ringard ?). Il y a même une part autobiographique, notamment dans la première scène du film dans laquelle on voit un petit garçon dans une fête de son père avec des filles peu vêtues : le père de l’écrivain-réalisateur fréquentait des patrons d’agences de mannequins. Le film a beau avoir un côté caricatural ou en tout cas de tout ce qu’on peut imaginer de commun dans le milieu du mannequinat et de la publicité, on sent tout de même qu’il frappe juste dans ses observations. C’est toute la difficulté que j’ai avec Frédéric Beigbeder : il a conscience de la bêtise de son milieu, sa lucidité fait toujours plaisir à entendre car le bonhomme est drôle, mais en même temps il a ce côté nombriliste parfois insupportable et finalement fait partie et s’intègre bien de ce milieu qu’il dénonce. C’est quelque chose que j’ai de nouveau ressenti en regardant L’Idéal.

L'Idéal : Photo

L’Idéal est donc un film plutôt sympathique à regarder, parfois pertinent mais qui ne parvient pas à l’être tout le long par le regard flou de Beigbeder sur son sujet. On ne peut évidemment pas s’empêcher de penser à un film sorti cette année évoquant le milieu de la mode et du mannequinat, The Neon Demon. On aime ou on n’aime pas le film de Nicolas Winding Refn, il a au moins le mérite de ne pas nous laisser indifférents. Or, s’il n’est pas désagréable, le long-métrage de Beigbeder a beau parfois viser juste dans certaines scènes, a beau montrer la vulgarité, l’absurdité et la méchanceté de ce milieu (le film devenant – hélas – vulgaire par moments), on aurait aimé qu’il aille finalement plus loin dans le traitement de son sujet (même si une des dernières scènes m’a bien fait marrer). Le problème majeur du film reste sa construction narrative. On prend le 3/4 du temps à nous présenter ce que nous savons finalement déjà des dessous du mannequinat. Le seul « rebondissement », en réalité c’est la fameuse découverte de la fille idéale pour sauver l’entreprise, qui permettra alors à Octave de changer de regard sur ce milieu tout comme sa collègue, au point de former à la fin une famille hors norme loin de la société de consommation (c’est donc très gros). L’évolution des personnages m’a semblé vraiment brusque, surtout quand on voit à quel point ils sont pourris par le milieu dans lequel ils appartiennent. La mise en scène reste tout de même correcte (sans dire que Beigbeder a un talent de ouf dans ce domaine), esthétiquement on a ce qu’on attend par rapport au sujet présenté (beaucoup de séquences qui semblent sorties d’une publicité). Le casting est également très bon. Pas évident de reprendre le rôle tenu par Jean Dujardin (et qui le faisait très bien). Gaspard Proust s’en sort vraiment très bien. Il parvient à redonner vie à Octave s’en copier la performance de Dujardin mais en livrant quelque chose de personnel et cohérent (voire même complémentaire) par rapport à ce qu’on connait déjà du personnage (même si on peut regarder L’Idéal sans avoir vu ou connaître 99 Francs). Le reste du casting est également à la hauteur : Audrey Fleurot est impeccable dans le rôle de cette femme odieuse et très bosseuse, Jonathan Lambert est également très surprenant en patronne tyrannique (non, il n’y a pas d’erreur de ma part dans cette phrase), Camille Rowe très crédible en mannequin stupide et raciste ou encore Anamaria Vartolomeil s’en sort très bien.

L'Idéal : Photo Audrey Fleurot, Gaspard Proust

Love

réalisé par Gaspar Noé

avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin, Juan Saavedra, Gaspar Noé, Vincent Maraval, Stella Rocha…

Drame pornographique. 2h20. 2015.

sortie française : 15 juillet 2015

interdit aux moins de 18 ans

love

Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d’Electra lui demande, très inquiète, s’il n’a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu’il lui soit arrivé un accident grave.
Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d’excès et d’erreurs…

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman, Klara Kristin

A part de vivre dans une grotte, tout le monde a entendu parler de Love de Gaspar Noé, au coeur de nombreuses polémiques. Forcément, en le présentant comme un porno (c’est Noé lui-même qui lui dit), il fallait s’y attendre. Et en plus en 3D (même si je ne l’ai pas vu dans ces conditions mais ça va, je m’en remets). Le film a crée l’événement au Festival de Cannes durant la Séance de Minuit. Forcément (bis) bande de coquinous. Intéressant donc de voir un pénis en gros plan ? Mais noooon… Notre cher Gaspar Noé nous dira qu’il s’agit d’un film d’amour. On veut bien le croire. On va d’abord commencer dans ce billet par répondre à certaines questions phares qui apparaissent avant de regarder ce film : est-ce pornographique ? Voit-on vraiment du sexe comme on nous l’avait promis ? Je ne vais pas vous faire une liste de tout ce qu’on peut voir à l’écran comme actes sexuels non simulés. Je parle d’un point strictement « objectif », en me tenant à des définitions officielles : arrêtons de tourner autour du pot, oui c’est pornographique. Oui, il y a beaucoup de scènes de sexe très explicites. On voit tout, souvent en gros plan. Les présentations étant faites, on peut maintenant passer à mon avis. On nous avait promis un film certes pornographique mais il devait être concentré sur une histoire d’amour : c’était même une histoire d’amour avec du sexe. Gaspar Noé nous disait même qu’il s’agissait d’un film de Bisounours par rapport à ses autres films. Etant donné que je découvre Noé avec ce fameux Love, je veux bien le croire. Je veux bien aussi croire en ses intentions de base : après tout, le sexe fait partie de l’amour. Le problème principal (même s’il y en a d’autres selon moi) est que ce cher Gaspar semble avoir une vision très différente de la même de l’amour. Attention, je respecte ça, c’est son droit ! Mais cette vision en question fait un mal fou à son film et au propos qu’il a voulu véhiculé. Gaspar Noé nous présente donc un jeune couple qui décide d’alimenter sa vie sexuelle en organisant des parties de jambes en l’air avec une autre demoiselle. Bon, déjà, là on comprend qu’il y a un décalage entre sa vision de l’amour et de la sexualité et celle de la majorité des gens. Je ne juge pas les gens, chacun fait ce qu’il veut au pieu ! Mais il faut dire les choses : certaines pratiques ont beau être désacralisées de nos jours (il n’y a qu’à lire certains articles dans la presse), elles restent tout de même marginalisées (je prononce ce terme encore une fois sans jugement négatif ou quoi que ce soit mais plus par observation). En nous présentant alors ce couple (qui fonctionne donc à trois) comme une sorte de représentation de l’amour et de la sexualité universelle, on part du mauvais pied.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

S’il n’y a eu que ça, ça passerait. Le problème, c’est que de nombreux éléments vont dans ce sens : on est donc face à des jeunes parisiens-artistes-étudiants, qui vivent dans de beaux appartements – bref, le rêve ou alors ils ont des parents qui les aident très grassement -, qui prennent de la coke comme s’ils bouffaient du chocolat, qui baisent à droite et à gauche parce qu’ils ne sont pas foutus de se contrôler trois secondes. Evidemment tout le monde parle anglais couramment en France, c’est bien connu. Bref, si on est un spectateur à peu près lambda, on ne peut pas s’attacher à de tels personnages, elles ont tellement l’air de vivre dans un autre monde que celui de la plupart des êtres humains (et donc des spectateurs). Pour ne rien arranger, même si en soi il ne s’agit pas d’un défaut (je dirais même qu’il s’agit d’un des points forts de ce long-métrage raté à mes yeux comme vous l’aurez deviné), l’esthétique (très porté sur des tons chauds) fait penser à quelque chose de l’ordre du fantasme et encore une fois il y a quelque chose de l’ordre de l’irréel. Si je peux comprendre le choix esthétique purement lié à un des thèmes les plus importants de ce long-métrage, le « portrait » des personnages reste tout de même une sorte d’énigme, presque une contradiction à ce que Noé semble avoir voulu mettre en place initialement sur papier. Pire, Gaspar Noé tombe dans la crétinerie, le narcissisme et l’égocentrisme. Il est très fier par exemple d’avoir écrit un scénario tenant sur sept pauvres pages tout en étirant son film en looooongueur ! Sans déconner, je ne comprends pas comment ce Love peut durer plus de deux heures pour une histoire aussi creuse digne d’un candidat de Secret Story. C’est le néant ! C’est bien beau de nous montrer du cul pendant une plombe (ah il y en a, on ne nous a point menti !), de soigner l’esthétique qui relève certainement le niveau général de ce long-métrage, il aurait fallu nous proposer une bien meilleure histoire. On se fout complètement de ces personnages avec des problèmes qui nous paraissent lointaines et limite mineures pour nous évoluant dans une histoire qui a du mal à aller très loin. La voix-off de Karl Glusman qui joue comme un pied (il était pourtant pas mal dans The Neon Demon de Nicolas Winding Refn) est tout simplement insupportable, elle ressemble à une caricature ! C’est si mal écrit et si mal dit ! Glusman n’est d’ailleurs pas le seul à être mauvais : ses partenaires féminines (c’est moi ou elles ont déjà des noms d’actrices X ?) ne valent pas mieux. Je me demande comment elles pu réussir à mettre ne serait-ce un pied sur un plateau de tournage… (en dehors de l’argument « cul » bien sûr).

Love : Photo Karl Glusman

Outre les nombreuses crétineries présentes, Love est d’une grande prétention pour deux principales raisons. La première s’appelle Gaspar Noé. Il s’aime et aime se mettre en scène. Les caméos et références à leur petite personne ne sont pas toujours des éléments gênants dans des films mais tout dépend de la manière dont les choses sont représentées. Tout dépend aussi de la personne en question. On ne va pas se mentir : j’ai du mal avec Gaspar Noé. Je ne parle pas ici de ses qualités de réalisateur puisque je viens de découvrir son travail mais bien du personnage public. Rien qu’en interview, je le trouve insupportable. Hélas, les traits de sa personnalité qui ont tendance à m’agacer en dehors des plateaux semblent ressortir dans son propre long-métrage. En clair, il aime s’évoquer : le bébé s’appelle Gaspar, le réalisateur fait une apparition en incarnant un personnage qui prénomme… Noé, Murphy veut devenir cinéaste et veut faire un film avec « sang, du sperme et des larmes ». VOILA. Deuxièmement, je me suis demandé tout le long où était l’amour. Certes, je ne nie pas la relation entre Murphy et Electra mais je n’ai pas cru à leur histoire d’amour ni à de la passion, un comble pour un film qui s’intitule Love ! Gaspar Noé aura beau défendre son projet comme un film autour de l’amour avec du sexe, on y verra surtout un film sur le sexe, on finit par oublier l’amour dans tout ça. C’est vraiment dommage car encore une fois le projet de base était vraiment intéressant mais il n’est défendu que par un réalisateur qui s’aime un peu trop et surtout qui aime un peu trop la provocation. Cela dit, dans ce ratage, reste certains points positifs. La mise en scène reste tout de même assez maîtrisée. Puis, comme je l’avais dit plus haut, esthétiquement, c’est soigné et c’est vraiment le point fort du film. Je regrette juste des sortes de coupes noires durant certaines scènes avec une musique pseudo-sensuelle bien gonflante. Je m’attendais aussi à quelque chose de très misogyne et finalement je n’ai pas eu ce ressenti même si le rapport qu’a Gaspar Noé avec le sexe féminin reste tout de même étrange (elles ont toutes des foufounes très fournies façon 70s – ce qui n’est pas hyper crédible quand on sait que beaucoup de jeunes femmes s’épilent le maillot) mais j’imagine que c’est pour mieux promouvoir le pénis (qu’on voit vraiment partout – même au gros avec cette inutile scène d’éjaculation faciale en 3D… tu sens le fantasme à la Marc Dorcel) au cinéma, souvent censuré, alors que ce n’est pas nécessairement le cas pour le vagin.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

Mustang

réalisé par Deniz Gamze Ergüven

avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit İşcan, Tuğba Sunguroğlu, İlayda Akdoğan, Nihal Koldaş, Ayberk Pekcan, Bahar Kerimoğlu, Burak Yigit…

Drame turc, français, allemand. 1h33. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Movie Challenge 2016 : un film qui n’est pas en anglais ni en français

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C’est le début de l’été.
Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.
La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger.
Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Mustang a parcouru un beau chemin depuis sa présentation au dernier festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Dépassant déjà les 500 000 entrées en France (ce qui est énorme pour un film turc), il représente actuellement la France aux Oscars pour la catégorie « meilleur film étranger ». Je suis certaine qu’il devrait repartir avec quelques prix aux César. Oui, on est en train de se mélanger les pinceaux : le long-métrage est réalisé par une réalisatrice turque, avec des acteurs turcs, en langue turque, qui se déroule en Turquie. Alors pourquoi représente-t-il la France ? Parce que le long-métrage est co-produit par la France et la réalisatrice est une ancienne élève de la Fémis. J’avoue que je ne comprends pas trop ce délire, surtout quand on voit que le dernier film de Jean-Jacques qui devait représenter la Chine aux Oscars et qui finalement a été refusé car il n’était pas assez chinois (alors que, pour être honnête, sur le papier, il avait tout d’un film chinois). Cela ne changera évidemment rien à la qualité du film et tant mieux pour le film s’il parvient à remporter des récompenses. Je suis pour la présence de Mustang aux Oscars dans cette catégorie mais pour représenter un autre pays qui me semblait plus légitime. Sinon, je suis allée voir Mustang suite à l’enthousiasme général de la presse et surtout des spectateurs (notamment my friends les blogueurs) grâce au festival Télérama. Je regrette vraiment d’avoir loupé ce film en 2015 car je suis certaine qu’il aurait pu entrer dans mon top 15 des meilleurs films de l’an dernier. Beaucoup ont évoqué un lien avec Virgin Suicides de Sofia Coppola. Certes, Mustang présente bien cinq jeunes frangines et a été réalisé par une femme. En dehors de ça, j’ai du mal à voir un véritable lien entre ces deux longs-métrages (par ailleurs, la réalisatrice ne revendique pas du tout cette référence mais plutôt Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini). En tout cas, le film m’a évidemment touchée par son sujet, plus que jamais d’actualité. Il s’agit d’un beau film sur la liberté féminine qui n’est pas évidente à acquérir dans certains endroits de notre planète à l’heure actuelle qui dénonce notamment les mariages forcés, le patriarcat hypocrite et oppressant ou encore l’absurdité de certains dogmes soit disant liés à la religion.

Mustang : Photo Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Günes Nezihe Sensoy, Ilayda Akdogan, Tugba Sunguroglu

Mustang est clairement revendiqué par sa réalisatrice comme un film politique, cependant, cet aspect-là n’alourdit pas la fiction. Mais nous savons bien qu’un discours aussi juste que pertinent ne fait pas forcément un bon film. Heureusement, Deniz Gamze Ergüven a des choses intéressantes à nous proposer. Sur le papier, j’avais un peu peur de m’ennuyer car j’avais peur que de voir les différents mariages successifs des soeurs devienne vite lassant. Mais en réalité, le scénario, co-écrit par également une ancienne étudiante de la Fémis, Alice Winocour, est bien écrit. Il ne perd pas de temps en nous présentant rapidement la situation qui va faire basculer les cinq héroïnes dans un cauchemar au sein de leur propre maison. Il est également intéressant, une fois le film terminé, de voir le scénario formant une sorte de boucle narrative. De plus, le scénario, qui semble pourtant simple, fonctionne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’il parvient à montrer les différentes étapes de cet emprisonnement. Puis, il arrive à détresser le portrait individuel de chaque soeur (chacune ayant un destin différent face à cette oppression) tout en parvenant à montrer leur union. On s’attache vraiment à chacune de ces jeunes filles, chacune a son petit truc qu’il la caractérise sans qu’on tombe pour autant dans la caricature. Ce n’était pourtant pas facile étant donné qu’il s’agit d’une famille nombreuse. L’ensemble s’avère évidemment émouvant. Je n’ai pas pleuré contrairement aux autres (nombreux) spectateurs qui chialaient autour de moi mais je dois avouer que je ne suis pas non plus restée insensible. Mais il ne s’agit pas d’une émotion facile pour autant, il n’y a rien de tire-larmes. Il faut dire que le caractère combatif des personnages (certaines plus que d’autres, comme la petite dernière Lale, qui raconte l’histoire, sans que la voix-off soit plombante) permet selon moi à trouver un certain équilibre dans le ton. De plus, le long-métrage est parfois solaire, notamment dans la manière de présenter la complicité entre les soeurs, le tout aidé par une jolie photographie. Le film ne se prive pas non plus d’humour, que ce soit dans les répliques, qui montrent de nouveau le lien fort entre les soeurs ainsi que leurs personnalités affirmées, ou dans certaines scènes qui ont pourtant derrière de nouveau une charge politique et actuelle (je pense ici au match de foot avec le public exclusivement féminin). Porté par une mise en scène efficace et énergique, un scénario bien écrit, un discours juste, Mustang bénéficie aussi d’un excellent casting, surtout les cinq jeunes filles à la crinière qui représente bien le combat des personnages qu’elles interprètent à la recherche de leur liberté.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Bachelorette

réalisé par Leslye Headland

avec Kristen Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher, Rebel Wilson, Adam Scott, James Marsden, Kyle Bornheimer, Hayes MacArthur, Andrew Rannells…

Comédie américaine. 1h26. 2012.

sortie française : 17 octobre 2012

Movie Challenge 2016 : Un film avec un mariage

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Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier !
Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse.
Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…

Bachelorette : photo Isla Fisher, Kirsten Dunst, Lizzy Caplan

Bachelorette est le premier long-métrage de Leslye Headland (Jamais entre amis). Il s’agit de l’adaptation de sa propre pièce de théâtre qui était à l’origine une tragédie puis s’est transformée en comédie involontairement. La pièce faisait partie d’un cycle sur les sept péchés capitaux et celle-ci portait sur la gourmandise. La réalisatrice prétend aussi qu’elle s’est inspirée de nombreux films dont l’excellent After Hours de Martin Scorsese ou encore les films de Pedro Almovodar et ceux de Quentin Tarantino (rien que ça !). Quand je lis les propos de la réalisatrice sur la fiche sur Allocine, on se dit que la meuf a un sacré melon. Quand on regarde cette petite comédie, on pense tout sauf à ces grandes références ! On pensera plus volontiers à des comédies moins fines (mais pour ma part très plaisantes) comme Very Bad Trip de Todd Phillips et Mes Meilleures Amies de Paul Feig. Bachelorette s’est fait démonter la gueule un peu partout (il n’y a qu’à voir les notes presse et spectateurs sur Allocine ou même sur Imdb où il atteint à peine la moyenne). Vous allez peut-être être étonné mais je n’ai pas trouvé ce film si lamentable et honteux que ça. Certes, je ne dis pas qu’il s’agit nécessairement d’un bon film dans le sens où le « talent » de Leslye Headland pour la mise en scène ne m’a pas du tout sauté aux yeux (pour ne pas dire qu’elle n’en a pas vraiment), le film a clairement ses défauts mais au moins il se laisse regarder et se révèle finalement plus drôle que prévu. Et honnêtement, vu l’affiche, le sujet et tout ça, je n’en attendais pas plus. En ce qui concerne l’humour, c’est clair, ce n’est pas hyper fin : ça tourne principalement autour du sexe (on peut même dire du sperme !). Cela dit, sans vouloir faire de féminisme à deux balles, je me demande si le film ne s’est pas fait cassé parce que les personnages principaux sont des femmes qui sont grossières, vulgaires, pestes (pour rester ultra polie) et aiment coucher. J’ai l’impression que ça passe toujours mieux auprès des spectateurs quand il s’agit d’hommes (dans ce type de rôles). Bon après on me dira qu’il y a toujours Mes Meilleures Amies qui est dans cette veine mais les films avec de tels personnages féminins restent rares. Peut-être que Bachelorette (qui va pourtant plus loin que le film de Paul Feig même s’il reste en dessous) arrive un peu après la bataille.

Bachelorette : photo Andrew Rannells, Isla Fisher

Je reconnais que c’est parfois un peu trop vulgaire, on sent qu’il y a des répliques de trop juste pour tenter de marquer le coup (même si elles passent grâce à ses interprètes). Je suis sûre que la comédie aurait gagner en consistance et en crédibilité en ayant moins grossière. Cela dit, malgré cette vulgarité qui m’a parfois dérangée, j’ai tout de même trouvé le film plutôt drôle grâce à de bonnes répliques bien envoyées et surtout grâce à son rythme effréné qui donne un peu plus de poids comique à certaines scènes. Après, dans un sens, ce rythme empêche certainement aux personnages d’avoir davantage de consistance. Cela dit, sans dire que c’est le film le plus cinématographique que j’ai pu voir (c’est un euphémisme), il parvient tout de même à ne pas être une sorte de pièce de théâtre filmée comme on aurait pu le craindre. Le portrait de ces trois femmes pathétiques n’est certes pas non plus ce qu’il y a de plus fin (à l’image du film tout simplement) mais étrangement j’ai tout de même accroché aux personnages comme si ça me parlait ou quelque chose dans ce genre (pourtant je ne suis pas du tout trentenaire ni trop désespérée). Même si les traits sont (très) grossis et qu’on ne fera pas toutes ces généralités sur les femmes (heureusement, sinon ça serait terrible d’être une femme !), sans dire que c’est profond non plus, Leslye Headland tente de peindre les relations complexes entre les femmes entre solidarité et rivalité. On regrettera tout de même la fin qui reste un peu trop clean par rapport à tout le reste mis en place. Le trio d’actrices reste plutôt bon. Kristen Dunst est géniale dans le rôle de cette femme jalouse, hypocrite, psychorigide, ancienne anorexique, qui mène clairement sa petite bande. Lizzy Caplan s’en tire également bien dans le rôle de cette sorte de junkie cynique et c’est toujours aussi plaisant de voir Isla Fisher interpréter les cruches de service. Rebel Wilson s’en sort pas si mal mais son personnage n’est pas suffisamment mis en avant. Pour conclure, Bachelorette n’est pas le film si déplorable dont j’ai pu lire d’ultra mauvaises critiques, ça reste pour moi suffisamment divertissant. Sans dire que c’est forcément génial, il n’est pas aussi dégueulasse que prévu et n’est pas pire que d’autres comédies américaines moyennes de cette même lignée.

Bachelorette : photo Kirsten Dunst, Rebel Wilson

Wild

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Reese Witherspoon, Laura Dern, Gaby Hoffmann, Thomas Sadoski, Michiel Huisman

Drame, biopic américain. 1h56. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Wild

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaie de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Wild : Photo Reese Witherspoon

Wild raconte l’histoire vraie de Cheryl Strayed (une romancière visiblement peu connue en France), qui avait raconté son expérience dans le livre du même nom. Je ne suis pas allée voir Wild en salles car je sentais le truc foireux arriver à des kilomètres : le film pompeux tiré d’une histoire vraie réalisé pour décrocher des Oscars et avec une actrice qui tente de se montrer pas glamour, même nous montrer ses cheveux gras. Le film est en plus réalisé par Jean-Marc Vallée dont le précédent film, le pour moi surestimé Dallas Buyers Club, a permis à Matthew McConaughey et Jared Leto de décrocher ces fameux Oscars en question. Wild a effectivement permis à Reese Witherspoon et Laura Dern d’être dans la fameuse course. Le film n’a pas obtenu d’autres nominations. En général (je dis bien en général, car il y a toujours des exceptions et tout ça), c’est pas bon signe quand les Oscars nomment uniquement les acteurs. Mais bon, le temps a passé et allez savoir pourquoi, j’ai fini par rattraper ce film qui me semblait dispensable. Hélas, j’avais bien senti le truc foireux. Sur le papier (et le titre n’arrange rien), on pourrait penser qu’il s’agit d’une sorte de Into the Wild. C’est vrai qu’il y a de vagues similitudes. Mais Wild est à des kilomètres du film de Sean Penn. Pourtant, lorsqu’on sait que c’est l’excellent auteur Nick Hornby qui s’est chargé de l’écriture du scénario, on a envie d’aimer un minimum ce film. L’ensemble n’est pourtant pas désagréable à regarder, je ne me suis pas spécialement emmerdée mais ça ne m’a pas du tout emballée, en dehors de regarder les très beaux paysages américains. Cela ne me dérange pas que le sujet en lui-même ne soit pas si neuf que ça (la redécouverte de soi dans la nature et en solitaire, le combat contre nos propres démons, la rédemption après la descente en Enfer etc…) mais c’est juste que c’est mal fait et le film n’apporte rien de plus à ces thèmes-là en question. L’écriture n’est pas du tout subtile, en tombant rapidement dans des sentiments totalement lourdingues et la mise en scène est vraiment plate (je faisais déjà ce reproche dans Dallas Buyers Club).

Wild : Photo Laura Dern

Je ne remets pas du tout la véracité des faits mais les éléments dramatiques s’accumulent tellement qu’on finit par se demander si l’histoire n’a pas été fabriquée de toutes pièces pour nous faire chialer à tout prix. Personnellement, même si mon jugement peut paraître sévère (après tout, on n’a pas forcément tous les mêmes réactions), je n’ai pas compris pourquoi Cheryl tombait dans l’addictions aux drogues et au sexe suite au décès de sa mère (forcément dramatique puisqu’elle meurt brutalement d’un cancer et a eu une vie de merde d’après ce que j’ai compris). Je veux dire, il faut avouer que vu comme c’est présenté dans le film, sa réaction paraît totalement disproportionnée. Evidemment, son passé dramatique nous ait présenté à travers de mauvais flashbacks sirupeux, très mal insérés dans le récit. Surtout, il y a un vrai problème dans ce film : le périple dans la nature. Comme je le disais, les paysages sont magnifiques, il y a même un moment où je me suis dit « tiens Tina, tu devrais faire ce genre de rando un de ces quatre ». Sauf que justement, je ne devrais pas avoir ce genre de pensées ! Je veux dire, sa randonnée ne devrait juste pas sembler facile, surtout quand on voit le tout petit gabarit de Witherspoon ! Alors, oui, on voit parfois Reese qui a mal au pied ou qui a du mal à supporter ce monstrueux sac à dos mais ça doit durer grand max cinq minutes. On ne sent pas du tout la fatigue, la sueur, la confrontation avec le physique. Cheryl a l’air de traverser les différents obstacles plutôt facilement. Contrairement à ce que je pensais avant de voir le film, Cheryl a même les cheveux propres alors qu’elle n’a pas vraiment l’occasion de se les laver (au fond, je dois être jalouse : au bout de trois jours quand tout va bien, mes cheveux sont déjà dégueu). Bref, ce que je veux dire, c’est que le film met en scène une femme qui est censée se retrouver parce qu’elle se retrouve volontairement seule dans la nature, or on n’a pas réellement l’impression que c’est cette confrontation avec la nature qui va permettre à Cheryl à se retrouver. Honnêtement, elle aurait pu rester chez elle en faisant appel à son passé, ça serait la même chose.

Wild : Photo Reese Witherspoon

De plus, Wild ne parle que de passé mais finalement quand on y pense, il ne parvient pas à évoquer le futur alors que Cheryl fait cette démarche sportive/spirituelle pour pouvoir aussi mieux aborder les années à venir. Le film se termine avec la voix off (déjà bien envahissante, du genre elle prend les spectateurs pour des demeurés pas capables de regarder correctement les images) qui nous balance vite fait deux infos sur ce qu’est devenue Cheryl… Déjà que le film n’est hyper passionnant (honnêtement, on se demande presque comment cette histoire a pu intéresser autant de gens, elle est déjà en soi pas intéressante et au fond ne méritait même pas d’être le sujet d’un film), là on reste totalement sur sa faim, on se dit pour de bon « tout ça pour ça ». De plus, difficile d’aimer ce film avec un personnage principal aussi tête-à-claques. Malgré tout ce qu’elle a vécu, je ne me suis pas du tout attachée à Cheryl. J’ai eu l’impression d’assister pendant deux bonnes heures au caprice d’une petite conne qui a déconné (ça fait beaucoup le mot « conne » dans une même phrase, désolée). Reese Witherspoon tente pourtant de faire exister ce personnage. Ce n’est pas qu’elle est mauvaise (j’apprécie cette actrice d’habitude) mais c’est juste qu’elle n’est pas crédible. Certes, sa démarche a l’air sincère (elle est tombée amoureuse du bouquin de Strayed et est même la productrice du film) mais elle n’aurait jamais dû se donner le rôle. Parfois, ça se transforme un peu au Reese Witherspoon show au point d’avoir des personnages secondaires inintéressants (on se demande vraiment pourquoi Dern a été nommée aux Oscars, j’ai rien contre elle pourtant). Je ne sais pas si on peut parler de déception vu que je sentais la nullité à des kilomètres, je dirais que mon visionnage n’a fait que confirmer mes mauvaises impressions (pourtant j’évite de juger un film que je n’ai pas vu, uniquement à cause de sa promo). L’ensemble est inintéressant, vide, même pas émouvant. Les beaux paysages ne font pas tout au bout d’un moment…

Wild : Photo Reese Witherspoon

Que Viva Eisenstein !

réalisé par Peter Greenaway

avec Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata, Lisa Owen, Stelio Savante…

titre original : Eisenstein in Guanajuato

Biopic néerlandais, mexicain, finlandais, belge. 1h45. 2015.

sortie française : 8 juillet 2015 (cinéma) / 1 septembre 2015 (dvd)


 

Que viva Eisenstein a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées :  les nouveautés cinéma et les films qui nous attendent en 2016.

Evidemment, un immense merci à Pyramide films (voici également leur page Facebook).

Que viva Eisenstein !

En 1931, fraîchement éconduit par Hollywood et sommé de rentrer en URSS, le cinéaste Sergueï Eisenstein se rend à Guanajuato, au Mexique, pour y tourner son nouveau film, Que Viva Mexico ! Chaperonné par son guide Palomino Cañedo, il se brûle au contact d’Éros et de Thanatos. Son génie créatif s’en trouve exacerbé et son intimité fortement troublée. Confronté aux désirs et aux peurs inhérents à l’amour, au sexe et à la mort, Eisenstein vit à Guanajuato dix jours passionnés qui vont bouleverser le reste de sa vie.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Ca peut paraître un peu honteux d’avouer cela venant de la part d’une cinéphile mais je vais tout vous dire durant cette chronique : je n’ai vu aucun film d’Eisenstein (OH MY GOD !). D’ailleurs, jusqu’à présent, je n’avais vu aucun film de Peter Greenaway ! Bref, étant face à mon inculture cinématographique, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Eisenstein (même si j’avais déjà lu des documents ou articles sur le bonhomme), je n’ai pas eu le temps de regarder au moins un film de sa carrière mais j’ai tout fait pour regarder des extraits de ses films (la magie d’Internet) et de relire de nouveau quelques papiers sur lui. J’ai fait cette démarche dans le but de pouvoir être objective, en tout cas, pour éviter d’être totalement de mauvaise foi. Ceci dit, malgré mes efforts, je pense que mal connaître le cinéaste russe ne changera pas grand-chose à mon avis très négatif. Pourtant, j’avais envie d’aimer ce film qui a des qualités esthétiques évidentes même si elles peuvent agacer. En effet, on ne peut pas passer à côté des couleurs flamboyantes du Mexique, ni à côté du montage très électrique (les plans s’enchaînent à une vitesse !), ni au mélange entre fiction et documentaire (des images d’archive sont judicieusement insérées avec les images de fiction en split screen, le rendu esthétique est en tout cas très intéressant et ne choque pas finalement), ni à la musique classique qui intervient souvent. Comme je vous le disais, je découvre le travail de Greenaway. On sent qu’il aime occuper de larges espaces, il y a aussi une précision dans son travail de mise en scène. Bref, il y a quelque chose de démesuré et d’outrancier dans ce film, ce qui n’a rien de négatif ou positif, c’est tout simplement un constat. Ce choix-là semblait cohérent par rapport à la grandeur même d’Eisenstein. Eisenstein est d’ailleurs présenté comme un personnage hystérique – même si on perçoit bien sa timidité, qui parle beaucoup (et même s’il ne parle finalement jamais russe même quand il parle avec des russes, son fort accent contribue aussi à rendre ce personnage encore plus exacerbé). Le film possède en tout cas une esthétique plaisante même si elle trouve vite ses limites et les deux acteurs principaux, Elmer Bäck et Luis Alberti, sont très bons, mais l’ensemble ne m’a pas plu. Pour être honnête, j’ai même eu du mal à aller au bout de l’oeuvre… Le film s’intitule peut-être Que Viva Eisenstein ! mais je ne dirais pas Que Viva Greenaway !

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Je ne m’attendais pas forcément à voir un film sur la vie de A à Z d’Eisenstein, d’ailleurs le film est plutôt présenté officiellement sur une période précise de sa vie, c’est-à-dire durant le tournage de Que Viva Mexico ! (suspense… au Mexique !). Déjà, on ne verra pas grand-chose de ce tournage. Bon… j’étais un peu déçue mais après tout, je me suis dit que ce tournage n’était qu’un prétexte pour parler d’autre chose. J’ouvre mon esprit, j’accepte les sujets qui pourront être abordés. Je comprends rapidement que le film va tourner autour de la sexualité, de la mort et de la liberté, bref des choses qui parlent à tout le monde. Sauf qu’au final Peter Greenaway veut tellement parler de choses plus universelles et même au fond plus personnelles qu’il a l’air de s’en foutre totalement de son Eisenstein. Tout ce qui l’intéresse est de parler de sexualité, voire même d’homosexualité, d’après ce que j’ai compris, des thèmes qui lui tiennent à coeur. Encore une fois, je n’ai rien contre ça. Ceci dit, il y a des manières d’aborder certains sujets. Et vous savez (si vous êtes des habitués du blog) que je n’aime pas quand j’ai l’impression de voir des scènes totalement gratuites et j’aime encore moins la prétention. Pas de bol pour Greenaway. Pour moi, Que Viva Eisenstein ! se veut intelligent alors qu’en réalité il s’agirait plutôt de masturbation intellectuelle. Le terme convient finalement très bien pour ce film provocateur, qui ferait passer La Vie d’Adèle pour un épisode du Club Dorothée ! Je n’ai rien contre les scènes de nu, voire même d’amour, et peu importe si les personnages sont hétéros, homosexuels ou bi (je préfère prévenir, qu’on ne m’accuse pas de certaines choses !). Mais voir un gars intégralement nu plusieurs scènes d’affilée m’a un petit peu tapé sur le système (alors oui c’est un film sur l’éveil sexuel mais bon c’est gratuit et ça ne justifie pas tant de bitas !)  et les scènes de cul (pornographiques, on peut le dire sans exagérer) qui durent une plombe m’ont achevée ! Pire, durant ces scènes en question, les personnages commencent (encoooore) une nouvelle conversation pseudo philosophique-existentielle ! Il y a un moment où j’ai lâché l’affaire, je n’arrivais même plus à écouter les dialogues autour d’Eros et Thanatos, ce baratin m’a gonflée, je ne supporte pas quand j’ai l’impression d’être prise pour une conne. Le film n’est pas si long que ça mais t’as l’impression qu’il dure trois heures ! Alors je sais qu’on peut avoir l’impression que je me focalise sur pas grand-chose mais pour moi justement ce sont ces petits trucs en question qui gâchent tout le potentiel d’un beau projet. Finalement, tous les efforts esthétiques du monde ne servent rien lorsqu’on est face à tant de propos creux (mais on veut nous démontrer le contraire, héhé malin le Peter !) et pire : eux-mêmes deviennent finalement gratuits et gonflants, ils n’aident même plus à appuyer un quelconque propos.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Lolo

réalisé par Julie Delpy

avec Julie Delpy, Dany Boon, Vincent Lacoste, Karin Viard, Antoine Lounguine, Elise Larnicol, Juliette Lamet, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Ramzy Bedia, Georges Corraface…

Comédie française. 1h40. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

Lolo

En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Lolo : Photo Dany Boon, Julie Delpy, Vincent Lacoste

Je n’ai pas encore regardé l’intégralité de la filmographie de Julie Delpy en tant que réalisatrice (je n’ai pas encore vu Looking for Jimmy ni Le Skylab) mais ceux que j’ai pu voir m’ont vraiment plu, en tout cas j’accroche vraiment à l’univers de Julie Delpy. J’essaie d’être une spectatrice « fidèle » à son travail et c’est uniquement pour cette raison que je me suis déplacée voir son dernier film Lolo au cinéma. J’ai beau aimé le travail de Delpy, la bande-annonce de Lolo m’avait limite fait fuir, je trouvais que ça faisait trop… comment dire ça ? Comédie française quoi (si vous voyez ce que je veux dire, je ne veux pas être méchante, hein). Mais j’avais tout de même confiance en Delpy, je me suis dit qu’elle avait suffisamment de talent pour que le film soit un peu plus que ça, qu’il ne fallait pas tout le temps se fier aux bandes-annonces et mettre de côté ses a priori. Hélas, même s’il n’y a rien de honteux et que j’ai passé un plutôt bon moment devant ce film, Lolo reste tout de même une petite déception, surtout quand on sait de quoi est capable Julie Delpy. J’ai eu l’impression qu’on avait perdu pendant un peu plus de 1h30 la Julie des films indie entre Woody Allen et Jean-Luc Godard. Certes, on sent de temps en temps sa patte mais en voulant réaliser une comédie plus populaire (ce qui n’a rien de négatif à la base mais qui, à mon avis, n’est pas quelque chose qui ressemble à sa personnalité), toutes les bonnes idées, les choses à dire en général qui auraient pu paraître pertinentes n’ont pas autant de force qu’on aurait pu l’espérer. Julie Delpy a voulu traiter ces éternels sujets (pourtant toujours d’actualité) sur les différences entre les classes sociales et les relations malsaines entre une mère et son fils. Certes, c’est toujours aussi plaisant de voir pourtant une réalisatrice venant d’un bon milieu critiquer la bêtise des bobos, leurs préjugés absurdes notamment sur les provinciaux (du genre Biarritz est pour eux une ville provinciale) ou encore la caricature finalement à peine exagérée de leurs soirées (notamment la soirée mode avec Karl Lagerfeld dans le métro ou Frédéric Beigbeder qui présente une émission de cuisine !). Même si ce n’est pas forcément nouveau encore une fois, c’est également toujours aussi jouissif de voir un sale gosse psychopathe qui entube tout le monde et qui fout bien sa merde comme il le faut, à cause d’un amour plus que maladif envers sa mère.

Lolo : Photo Dany Boon

Evidemment que tout cela prête à sourire voire même à faire rire par moments (même si je n’étais pas non plus pliée en quatre), il y a des répliques bien senties, le film a une certaine fraîcheur communicative, l’ensemble est loin d’être déplaisant mais la réflexion ne va pas très loin, pas autant qu’on aurait pu le souhaiter. Par conséquent, le manque de profondeur fait un peu de mal à l’humour qui n’est pas aussi grinçant qu’on aurait pu l’espérer. Du coup, on a juste la sensation d’avoir regardé une simple comédie romantique un peu moins culcul que la moyenne. Si l’ensemble reste divertissant, on a aussi la sensation que Delpy est passée à côté de ce film qui me semble inabouti. Je regrette également la vulgarité de certains dialogues même s’ils sont parfois drôles (par exemple la scène dans le train). Certes, Julie Delpy est connue pour son langage cru, hélas elle semble parfois ne plus faire la différence entre ce qui est cru et vulgaire. Je suis partagée en ce qui concerne la fin. J’ai effectivement aimé la dernière scène, finalement assez cynique et sans pitié pour les personnages. En revanche, la manière dont sont amenées toutes les révélations autour de ce Lolo ne m’ont pas paru très crédibles. On a un peu l’impression qu’elles arrivent un peu comme ça parce qu’il fallait bien les caler quelque part, la fin approchant à grands pas. Par contre, rien à dire sur le casting. L’interprétation de Dany Boon (qui se fait parfois lyncher un peu trop gratuitement – j’avais besoin de passer mon mini coup de gueule) est plutôt bonne voire même surprenante dans le sens où on ne l’attend pas dans ce rôle finalement plus subtil et plus doux, il a même un côté involontairement séducteur, je veux dire, je comprends pourquoi Violette a pu être séduite par cet homme qui, a priori, n’est pas un tombeur et surtout pas son genre physiquement ou socialement. Julie Delpy est également très convaincante dans ce rôle de névrosée bobo (même si elle a l’habitude de jouer ce rôle-là mais bon j’avoue ne pas me lasser de ce type de personnage qu’elle incarne merveilleusement bien). Mais je dois avouer (en ce qui me concerne) que c’est surtout Vincent Lacoste qui se détache du lot dans ce rôle de gamin manipulateur odieux voire même carrément psychopathe. Enfin, même si je ne suis pas vraiment fan du personnage qu’elle incarne, Karin Viard reste tout de même crédible en meilleure amie bobo très très libérée sexuellement.

Lolo : Photo Vincent Lacoste

L’homme irrationnel

réalisé par Woody Allen

avec Joaquin Phoenix, Emma Stone, Parker Posey, Jamie Blackley, Meredith Hagner, Ben Rosenfield, Susan Pourfar…

titre original : Irrational Man

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2015.

sortie française : 14 octobre 2015

L'Homme irrationnel

Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Il a le sentiment que quoi qu’il ait entrepris – militantisme politique ou enseignement – n’a servi à rien.Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Si Jill est amoureuse de son petit copain Roy, elle trouve irrésistibles le tempérament torturé et fantasque d’Abe, comme son passé exotique. Et tandis que les troubles psychologiques de ce dernier s’intensifient, Jill est de plus en plus fascinée par lui. Mais quand elle commence à lui témoigner ses sentiments, il la rejette. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie. Mais ce choix déclenche une série d’événements qui le marqueront, lui, Jill et Rita à tout jamais.

L'Homme irrationnel : Photo Emma Stone, Joaquin Phoenix

J’ai beau aimé certains films de Woody Allen, je ne comptais pas spécialement aller voir L’homme irrationnel au cinéma. Mais le « hasard » fait bien les choses : mes cinémas proposant des horaires qui ne me convenaient pas (les seuls films avec des séances qui concordaient avec mon emploi du temps étaient des machins du style Aladin), je me suis rabattue sur le film d’Allen, le seul cette semaine qui avait des horaires sympas. C’est vrai que je ne suis pas toujours copine avec Woody Allen, il a fait de très bons films mais il est aussi capable de se planter royalement quand il s’y met, donc je ne savais pas trop si j’allais aimer ou non. Etant donné que j’avais bien aimé ses deux derniers films (Blue Jasmine et Magic in the Moonlight), j’ai croisé les doigts pour passer un bon moment devant ce dernier long-métrage (comme on dit, jamais deux sans trois !). Bonne nouvelle : j’ai aimé L’homme irrationnel. Comme pour les précédents films d’Allen que j’ai cités, je ne crierais pas au chef-d’oeuvre mais l’ensemble m’a tout même beaucoup plu malgré quelques défauts. Il faut avouer que Woody Allen a fait mieux (même si j’ai largement préféré Irrational Man à Crimes et délits dans la même veine), le film n’atteint pas le niveau d’un Match Point par exemple, certains fans ont été frustrés (ce que je peux parfaitement comprendre) car Allen recycle (comme il le fait souvent, ne soyons pas étonnés) des thèmes ou références qui lui sont chers comme par exemple celui du meurtre parfait, de la chance, l’opportunisme, la morale ou encore Dostoievski et Kant, le tout se mélangeant à une bonne dose de philosophie (Joaquin Phoenix incarnant ici un professeur de philo). Certes, il y a quelque chose de déjà vu, mais comme l’ensemble m’a plu, disons que cela ne m’a pas gênée de revoir certains thèmes déjà abordés (surtout que, sans donner d’excuses à Allen, ce n’est pas plus le seul réalisateur à se recycler). Woody Allen a beau avoir presque 80 ans, il a toujours une vision assez pertinente de notre monde et une écriture aussi toujours inspirée. Certes, on peut regretter une première partie de film qui met un peu trop de temps à se mettre en place mais dans la seconde partie, l’écriture est d’une grande fluidité, tout s’enchaîne à merveille, les dialogues sont également toujours aussi efficaces (même si on pourra regretter les dialogues entre Phoenix et Stone qui hurlent des choses assez secrètes, heureusement que leurs voisins sont sourds !).

L'Homme irrationnel : Photo Joaquin Phoenix

Woody Allen signe un film assez plaisant, plutôt divertissant, avec un ton qui peut sembler léger et en même temps j’ai trouvé le propos très profond. Je vais rester vague histoire de ne pas trop en dire (cela serait fortement dommage) mais encore une fois, il a réussi à traiter les sujets dont je parlais juste avant, avec beaucoup d’intelligence et de cynisme à la fois. Ce n’est pas seulement le déroulement de l’histoire qui est intéressant et qui permet de mettre en avant toute la réflexion autour de l’homme face à la mort qui le fait vivre (ou revivre dans un sens), de sa ligne de conduite, de la morale et de la raison tout comme le fait qu’il n’est pas toujours bon de se mêler des affaires des autres, que cela peut avoir des conséquences : la confrontation même entre Abe Lucas et la jeune Jill est finalement assez pertinente et permet de faire surgir certaines interrogations : qu’a-t-on le droit de faire ? Est-ce que souhaiter une chose qui pourrait éventuellement être utile nous permet d’agir de la sorte ? La théorie peut-elle être pratiquée dans tous les cas, surtout lorsqu’il s’agit de morale ? La voix off est certes un peu lourde, elle n’était peut-être pas forcément utile (en tout cas elle est un peu trop démonstrative) mais elle souligne à sa façon l’opposition entre les deux personnages et donc entre deux types de pensée. Bien qu’elle ne soit pas extraordinaire, la mise en scène reste réussie. Joaquin Phoenix est impeccable dans le rôle de ce professeur de philosophie désabusé qui va retrouver un sens à sa vie d’une manière radicale ! Je suis un peu plus partagée en ce qui concerne Emma Stone. Pour être franche, je trouvais qu’elle jouait mieux dans Magic in the Moonlight. Là, je l’ai trouvée certes convaincante, elle correspond bien au rôle, mais (et je l’avais déjà remarquée dans certains films dans lesquels elle joue), elle a vraiment trop de mimiques, parfois on ne voit pas le personnage mais l’actrice en train de jouer et c’est assez agaçant. Après mon plaisir n’a pas été gâché car le film est suffisamment fort mais je tenais tout de même à le souligner. En revanche, Parker Posey (qui joue surtout dans des films indépendants) est une très bonne surprise et je trouve que les critiques n’ont pas suffisamment parlé d’elle alors que son interprétation est très bonne. Pour conclure, L’homme irrationnel n’est peut-être pas LE meilleur film d’Allen, effectivement sur le papier, il ne se renouvelle pas et pourtant on pourra être surpris par la manière de se réinventer, de raconter une histoire pourtant complexe et de mélanger les genres.

L'Homme irrationnel : Photo Joaquin Phoenix, Parker Posey

Girls (saison 1)

Créée par Lena Dunham

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Andrew Rannells, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Kathryn Hahn, James LeGros, Chris O’Dowd…

Série comique américaine. 1ere saison. 2012.

girlssaison1

Cette première saison met en scène quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années entrant dans la vie active et qui ont toutes leurs problèmes : Hannah Horvatz, éternelle stagiaire qui rêve de devenir écrivain et sort plus ou moins avec un garçon à la sexualité débridée, Marnie est une jeune fille sérieuse mais qui s’ennuie avec son petit ami, Jessa a fait le tour du monde et vit sa vie de « hippie » et Shoshanna est encore une étudiante fan de Sex and the City et toujours vierge.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Cela faisait un moment que je souhaitais parler de cette série mais je ne savais pas trop comment m’y prendre alors j’ai décidé de l’évoquer de temps en temps sur ce blog, en allant tout simplement de saison en saison. J’ai aussi revu cette série très récemment histoire d’avoir un nouveau regard et je dois avouer que cela a été bénéfique. En effet, même si j’avais déjà beaucoup aimé cette première saison (sinon je n’aurais pas forcément voulu regarder le reste), certaines qualités m’ont vraiment sauté aux yeux en la redécouvrant. Je ne sais pas si Lena Dunham, créatrice, mais aussi scénariste et même réalisatrice d’un grand nombre d’épisodes, avait déjà en tête le scénario pour les saisons à venir mais quand on voit tout ce qui se passe jusqu’à présent (saison 4), je trouve qu’elle a vraiment bien su rebondir et utiliser à bon escient tous les éléments mis en place dès cette première saison. La série en général n’est peut-être pas parfaite, elle ne plaira pas non plus à tout le monde, notamment pour son côté très cru (il faut dire qu’elle est produite par Judd Apatow, cela ne peut pas être un hasard), parfois Lena Dunham peut énerver pour son côté très donneuse de leçons (un peu comme son personnage Hannah d’ailleurs) mais je dois reconnaître qu’elle a un parcours admirable pour son jeune âge. Je ne vais pas trop critiquer son travail de showrunner ici car je n’ai pas trop de critiques négatives en ce qui concerne cette première saison en particulier, les critiques viendront vraiment plus tard au fil des autres saisons. Ce qui est sûr, c’est que la jeune actrice/réalisatrice/productrice, qui avait d’ailleurs décroché le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique après la diffusion de cette première saison, est une jeune femme qui sait observer et les retranscrire. Sur le papier, le résumé de Girls pourrait limite inquiéter dans le sens où on ne verrait pas forcément en quoi cette série pourrait être novatrice et surtout, avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à un énième Sex and the City. Mais justement, Girls est l’anti-Sex and the City ! Les héroïnes en question sont jeunes, paumées, ont du mal à trouver du travail, vivent des appartements miteux et ont parfois des relations sexuelles trèèès étranges !

Photo Adam Driver, Lena Dunham

Il n’est pas toujours facile d’aimer les personnages de Girls car elles ont quand même leurs défauts qui sont d’ailleurs mis de plus en plus en avant au fil des saisons. Mais quelque part, et encore une fois, en donnant une seconde chance (si on peut dire ça comme ça) à cette première saison qui m’avait déjà convaincue, j’aime aussi les personnages parce que justement elles ne sont pas parfaites et quelque part, en ce qui me concerne, je me reconnais en elles ou alors je reconnais des personnes de mon entourage. J’avoue ne pas me reconnaître en Marnie (une fille assez coincée, voire même frustrée et déjà coincée dans sa routine), c’est peut-être même le personnage que j’aime le moins, mais au fil de mes expériences, j’avoue connaître beaucoup de Marnie autour de moi, des personnages qui m’agacent ou alors je ne comprends pas forcément leur manière de vivre (même si je n’ai évidemment pas de leçons à donner). Quelque part, Marnie est un personnage réussi, assez réaliste de ce qui se passe chez pas mal de jeunes de la vingtaine (je pense par exemple à beaucoup qui sont « en couple » depuis longtemps mais à 20/22 ans sont déjà épuisés par cette longue relation). Finalement, même si encore une fois il ne s’agit pas de mon personnage préféré, j’ai appris avec le temps à apprécier ce personnage. On va quand même parler d’Hannah car même si la série s’appelle Girls, ce personnage est tout de même le point de départ de l’histoire en étant vraiment mis en avant. Il faut quand même le dire : Hannah est très énervante notamment à cause de son égocentrisme (notamment quand Marnie apprend tout ce qu’il y a dans le journal intime d’Hannah, Hannah lui demande si dans un autre contexte elle aurait aimé son écriture) voire même limite irresponsable (comme sa blague douteuse sur la pédophilie face à son futur boss qui n’est évidemment plus son futur boss). Ceci dit, j’ai fini par aimer Hannah parce que je me reconnais un peu en elle : ses complexes physiques, son manque de confiance en elle (même si elle le traduit par une sorte d’excès de confiance, ce qui est tout le contraire de mon caractère), son goût pour l’écriture et ses angoisses. J’aime aussi beaucoup Jessa même si là encore ce n’est pas forcément évident d’apprécier ce personnage et qu’il faut quelque part un petit temps d’adaptation. Jessa, la cousine anglaise de Shoshanna, est une baba hippie cool qui a beaucoup voyagé, elle est assez délurée, un peu détachée de ce qui se passe dans la société, elle est assez spontanée, vive mais peu aussi paraître vulgaire. A priori, je n’ai rien à voir cette fille, et au début, à cause de son apparence, je n’ai pas non plus tout de suite accroché au personnage. Mais là encore, c’est le temps qui m’a permis de m’attacher à cette jeune fille qui a finalement un coeur énorme et cache une grande sensibilité. Je dois avouer que je me reconnais un peu en elle justement parce que j’ai un côté un peu grande gueule comme elle (et comme Hannah aussi), limite révolutionnaire (ahaha la scène dans le jardin d’enfant est énorme) mais après c’est aussi une manière pour ne pas montrer toutes mes émotions. Mais je dois avouer que je me sens très proche de Shoshanna, notamment parce qu’elle est speed, parle très vite (et je vous assure que j’ai un certain débit et que cela me demande beaucoup de boulot pour parler à un rythme modéré), qu’elle est coquette (au niveau de la garde-robes, là encore, on se ressemble, j’adore le « on »), elle dit vraiment ce qu’elle pense (certes, Hannah et Jessa sont aussi franches mais pas autant que Shoshanna, non, elles ne peuvent pas rivaliser), raconte n’importe quoi quand elle est sous l’emprise d’alcool et de drogues ce qui lui arrive rarement et est concentrée sur ses études.

Photo Lena Dunham

La série a beau s’appeler Girls et mettre des personnages féminins en avant, Dunham n’a pourtant pas délaissé les hommes qui ont chacun un rôle important. Le personnage le plus charismatique reste Adam, le mec bizarre d’Hannah, un gars assez pessimiste et asocial qui passe au début pour un détraqué sexuel mais après on apprend vraiment à l’apprécier, à comprendre d’où vient son côté sombre et on s’aperçoit là encore qu’il a un bon fond. Il est aussi drôle car il ne sait pas se comporter correctement (du genre il débarque comme un fou avec un paquet de shampoings dans la douche alors qu’Hannah y est déjà puis après pisse dedans alors que sa copine y est toujours !).J’aime également beaucoup Ray, le meilleur pote de Charlie, qui n’hésite également à dire ce qu’il pense et balance des phrases très cassantes. Charlie est un personnage un peu trop lisse et gentil mais ce n’est pas forcément un reproche dans le sens où ce sont justement ses qualités qui vont lasser sa petite amie Marnie. Enfin, comme beaucoup de fans, j’aime énormément Elijah. Alors certes, on reprend un peu le cliché du meilleur ami gay mais j’adore vraiment sa personnalité et j’étais vraiment heureuse de voir à quel point il prenait de la place au fil des saisons. Ce gars est à lui tout seul une tornade ! Girls est aussi connu pour son côté trash, que ce soit à travers des répliques très salaces et surtout des scènes assez crues. Je dois avouer que la première fois que j’ai regardé cette série, les scènes de sexe et tout ça m’ont gênée. Pas tellement à cause du contenu mais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment gratuit, du genre une pseudo revendication pour se détacher des autres séries. Certes, je pense qu’il y a quand même toujours maintenant une part de provocation, qui se confirme d’ailleurs au fil des saisons. Cependant, en revoyant cette première saison, les scènes en question ne m’ont plus autant gênée car je pense avoir compris où Dunham a voulu en venir.
Photo Allison Williams
En fait, je dois même dire que maintenant ces scènes de sexe en question sont pour moi très drôles. Je pense notamment à celle avec Jessa qui couche avec son ex – qui est en couple – alors que Shoshanna est encore dans l’appartement, la scène de masturbation d’Adam (pendant ce temps, Hannah en profite pour lui prendre des sous) ou encore à la scène de sexe avec les parents d’Hannah sous la douche qui se finit évidemment par un accident ! Et puis, je dois avouer que ça fait du bien de voir des filles normales avoir des relations sexuelles. De plus, même si c’est cru, même s’il y a quelque chose de gratuit, les scènes ont le mérite de ne pas sur-érotiser les actrices, on cherche plutôt la normalité même dans les actes sexuels les moins banals. Surtout, pour moi, les scènes de sexe assez représentatives d’une certaine sexualité entre jeunes adultes : soit les jeunes semblent assez libérés (cela passe aussi par le porno et les sextos) soit ils connaissent déjà la frustration (alors que, selon les points de vue, on pourra tout simplement dire qu’il s’agit de relations sexuelles « normales »), soit encore on aborde la question de la virginité tardive. C’est aussi une jeunesse en même temps préoccupée par la contraception et qui peut aussi avoir un comportement irresponsable malgré cette peur MST notamment. La série a aussi le mérite de mettre en avant à plusieurs reprises la masturbation féminine, vraiment trop peu représentée ou évoquée à la télé ou au cinéma. Mais heureusement, la série ne se limite pas non plus qu’à la question du sexe chez les jeunes adultes. La drogue, notamment dans les soirées, fait partie des sujets abordés (même s’il sera renforcé davantage dans les saisons suivantes, avec Jessa), le harcèlement sexuel au travail (avec les collègues d’Hannah qui traitent Adam de pervers mais acceptent volontiers de se laisser toucher par leur boss sans broncher) ou encore le fait de flirter avec son boss.
Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet
Mais c’est surtout le discours sur l’angoisse de l’avenir qui m’a vraiment parlé. Cette question est évidemment abordée notamment à travers la confrontation entre Hannah et ses parents, qui n’ont pas la même vision des choses, que ce soit à propos du travail ou des relations amoureuses. Comment être rassurée par son avenir quand on voit que les études ne servent finalement à rien et qu’on est toujours l’éternelle stagiaire évidemment pas payée et qu’on est obligée de squatter dans des appartements pourris ? Cependant, même si la série pointe assez justement ces angoisses et que ça fait aussi du bien de voir… la réalité tout simplement, Dunham n’est pas tendre avec sa génération. Elle montre clairement que c’est une génération qui a envie d’être adulte, qui est confrontée à des problèmes d’adultes et en même temps refuse aussi de grandir même si cette génération en question n’appartient plus à la tranche adolescente. Je ne sais pas si, comme Hannah, Dunham est « la voix de [sa] génération » mais en tout cas elle a vraiment compris pas mal de choses sur la sienne et donc aussi la mienne. La série ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde mais elle a le mérite d’être courte : il n’y a que dix épisodes par saison et chaque épisode dure environ 25 minutes. Du coup, cela permet aux scénaristes de ne pas non plus s’étendre sur des éléments insignifiants, la série gagne en rythme et en efficacité tout simplement. On sent aussi qu’il y a un grand soin accordé à la réalisation et à l’esthétique qui n’est pourtant pas la première chose qui saute aux yeux. Il n’y a pas de chichis mais on voit bien que les réalisateurs (Dunham en fait partie) ont voulu retranscrire un New York à la fois jeune, moderne et en même temps il y a quelque chose de volontairement crade et triste. Enfin, la série possède un excellent casting, la plupart sont tout simplement amis dans la vraie vie et se connaissent depuis longtemps et cela se ressent : on sent au moins une complicité entre les personnages. Pour conclure, cette première saison, qui ne plaira peut-être pas tout le monde, est pour moi bonne, même meilleure que je ne le pensais. Elle possède de vraies qualités d’écriture, a des personnages en béton auxquels on s’attache finalement avec le temps, en mettant vraiment en avant leurs qualités et leurs failles, et donne envie de regarder la saison 2 (j’en parlerai sur mon blog mais pas tout de suite, histoire que le blog ne se transforme pas en sorte de fan-club de Girls).
 Photo Allison Williams, Jemima Kirke, Lena Dunham

Después de Lucia

réalisé par Michel Franco

avec Tessa Ia, Hernan Mendoza, Gonzalo Vega Sisto…

Drame mexicain, français. 1h43. 2012.

sortie française : 3 octobre 2012

interdit aux moins de 12 ans

Después de Lucía

Lucia est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra, tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.

Después de Lucía : Photo Tessa Ia

Les cours ont repris et entre-temps j’ai réussi à voir Después de Lucia, un film qui colle parfaitement à l’actualité scolaire. J’avais envie de faire un article sur différents films qui abordent le harcèlement scolaire mais finalement en ce qui concerne ce sujet en particulier, ce deuxième long-métrage du réalisateur mexicain Michel Franco (son premier étant visiblement le dérangeant Daniel y Ana) est pour moi idéal pour aborder ce sujet important mais hélas encore tabou. Récompensé par le prix Un Certain Regard au festival de Cannes (présidé par Tim Roth… tellement fan de Franco qu’il joue dans son dernier film, Chronic, également récompensé à Cannes), Después de Lucia part au début sur une histoire de deuil. On ne verra jamais la fameuse Lucia du titre puisqu’elle est morte dans un accident de voiture : cela va alors servir de point de départ au long-métrage. Ainsi, ceux qui restent (son mari Roberto et sa fille Alejandra) essaient de surmonter leur deuil chacun à leur manière : Roberto se plonge dans son boulot, Alejandra essaie de rester cool auprès de ses nouveaux camarades. Mais surmonter un deuil n’est jamais évident et cela peut même avoir de dramatiques conséquences : s’isoler. Ainsi, Roberto va se plonger dans son travail au restaurant mais ne va pas voir que sa fille est harcelée par ses camarades (même quand Alejandra se fait couper par ses camarades, il ne se pose pas plus de questions que ça). Et en retour, ne voulant pas enfoncer son père (et aussi certainement par honte), Alejandra préfère se taire. Alors qu’on aurait pu, à partir d’un tel sujet, avoir un film très larmoyant, mais Franco préfère au contraire opter pour le choix du silence, de la solitude et de l’éloignement des individus. Michel Franco a pris un énorme risque en se concentrant énormément sur le harcèlement scolaire : on aurait pu avoir deux films en un. Mais ce choix-là est pertinent dans le sens où il y a une continuité entre les deux sujets : le harcèlement scolaire et le deuil ne font qu’un. Le harcèlement scolaire peut vite se transformer en une lente mort. Sans spoiler, la fin est d’ailleurs intéressante car encore une fois, on retrouve d’une manière assez subtile le lien entre le décès de Lucia et les conséquences de ce terrible drame qu’est le harcèlement scolaire.

Después de Lucía : Photo Tessa Ia

Après, même si le thème du deuil est vraiment bien traité (j’insiste), il faut avouer que Después de Lucia marque vraiment des points en ce qui concerne sa manière de traiter le harcèlement scolaire. Certains diront qu’il s’agit d’un point de vue extrême de cette situation (j’ai lu beaucoup de critiques qui se demandent pourquoi on a besoin de voir tant d’horreurs etc…) et effectivement je suis tout de même d’accord avec eux sur le fait que le scénario va vraiment loin (dans un sens, heureusement, sinon ça serait – vraiment – le chaos dans les écoles). Ceci, dans un premier temps, même s’ils restent rares, des cas extrêmes existent et c’est bien aussi d’en parler et surtout de le montrer, de créer le malaise là où il peut vraiment faire mal et nous faire réagir. Puis, suite à des choses que j’ai pu voir ou lire, je trouve que Michel Franco a quand même saisi toutes les phases que rencontrent les victimes du harcèlement scolaire (même dans les cas les plus banals) : Alejandra pense qu’il s’agit au début de mauvaises remarques, que ça va passer, elle laisse couler, elle s’isole mais finalement la méchanceté ne semble même plus avoir de limites. Comme beaucoup de spectateurs (et visiblement le réalisateur est assez fier de cette connexion), j’ai remarqué quelques similitudes bienvenues avec l’univers de Michael Haneke (mais heureusement, je n’ai pas eu une impression d’imitation). Ainsi, son style froid et son goût pour un certain immobilisme renforcent certes cette situation extrême mais montrent aussi à quel point le harcèlement peut s’intégrer dans le quotidien d’une jeune fille et que cette violence extrême a quelque chose qui peut devenir banal (et c’est ce qui choque encore plus). Le réalisateur montre aussi bien tout le paradoxe de ces ados : sans vouloir spoiler, Alejandra est aussi la cible idéale à cause de sa sexualité. Pourtant, ces agresseurs ont aussi une vie sexuelle à côté et l’exposent d’une certaine manière.

Después de Lucía : Photo

Le traitement des harcèlements est également assez réussi pour deux raisons : tout d’abord, même si on arrive à retenir quelques visages, je trouve qu’on voit bien l’effet de groupe, comme si les méchants de l’histoire n’en formaient qu’un. Puis, Franco n’a aucune pitié pour ces gosses qui eux-mêmes n’en ont pas, n’ont jamais de compassion ni d’empathie, certains n’hésitent pas à être des manipulateurs. Même si c’est quelque chose qu’on a déjà vu au cinéma (cela n’a rien d’un reproche), le réalisateur mexicain montre bien que le mal n’a pas d’âge. Surtout, et là encore, je trouve que cela renforce la violence (psychologique) qu’a ce film, ces ados, bien que leurs actes restent absolument abominables et inexcusables, ne sont pas si différents de leur victime, personnellement je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’ils auraient pu être amis s’ils avaient eu une meilleure mentalité. On se dit même que d’autres de la bande avaient totalement le potentiel d’être des victimes. Là encore, même s’il y a un effet déclencheur auprès des harceleurs (qui ne justifie rien, répétons-le), on sent finalement qu’Alejandra aurait pu de toute façon être une victime pour n’importe quelle raison, cela renforce cette violence gratuite dont la jeune fille est victime. On sent aussi que le contexte est important (on sait qu’il y a un taux de violence très élevé au Mexique ou encore on comprend bien aussi que les gamins sont issus d’un milieu plutôt aisé) mais pourtant ce qui est intéressant, c’est que le film reste malgré tout universel. Después de Lucia est un film difficile à regarder, parfois insoutenable, mais je pense qu’il doit être vu, non seulement pour son traitement du harcèlement scolaire (de ce que j’ai vu, c’est LE film qui en parle vraiment le mieux) mais aussi pour ses qualités de mise en scène et d’écriture. Enfin, les acteurs sont évidemment tous impeccables, surtout Tessa Ia, absolument bouleversante et qui transmet beaucoup d’émotions alors qu’elle parle finalement assez peu, elle n’en fait jamais des caisses mais on sent qu’elle comprend parfaitement ce qu’elle joue.

Después de Lucía : Photo

The Room

réalisé par Tommy Wiseau

avec Tommy Wiseau, Juliette Danielle, Greg Sestero…

Drame américain. 1h40. 2003.

The Room

Johnny est fou amoureux de Lisa mais elle le trompe avec Mark, le meilleur ami de Johnny.

Room

Avant de commencer ma chronique, je tenais à remercier Borat pour m’avoir fait découvrir cette perle involontairement hilarante du début jusqu’à la fin ! Je vous conseille également de lire l’excellente critique de Nanarland et de regarder la critique vidéo (avec les sous-titres français pour vous aider) de Doug Walker du Nostalgia Critic (première partie ici et deuxième partie ). Ma chronique ne prétend pas rivaliser avec celles que je viens de citer mais elle a tout d’abord pour but de confirmer ce que tout le monde pense de ce film, puis peut inciter les gens qui ne connaissent pas ce film de le découvrir. Oui, je conseille de regarder un film clairement mauvais parce qu’on ne peut imaginer à quel point c’est possible de se rater à ce point. Déjà quand on regarde l’affiche, avec la gueule fatiguée en gros plan du mystérieux Tommy Wiseau (mais on sent que le gars se trouve beau), on se pose sérieusement des questions sur le contenu du film. Qui est alors ce fameux Wiseau ? Personne ne sait vraiment qui il est. On ne connait pas vraiment son âge, ni d’où il vient (mais son accent est effroyable), ni comment il a pu obtenir un budget de 6 millions de dollars (ce qui est énorme pour un petit film d’auteur avec que des acteurs inconnus !). Ce qui est sûr, c’est que le gars s’aime à mort malgré son look très particulier (je vais en rester là car je risque d’être blessante et je n’aime pas m’attaquer au physique des gens). Et il croit en son « talent » : il est ainsi l’acteur principal, le réalisateur, le producteur et le scénariste de ce film, rien que ça ! Et évidemment, il s’est attribué le beau rôle : celui de Johnny, un gars trop beau (enfin, pas selon mes goûts, mais encore une fois Wiseau a très confiance en lui : tant de narcissisme est magnifique à voir), qui sort avec cette pétasse de Lisa (bah je crois que c’est le message du film, non ?), qui le trompe avec son meilleur ami Mark (à lui, pas elle, hein). Mais pourquoi le trompe-t-elle alors qu’il est parfait, irréprochable, qu’il l’aime, lui offre des fleurs, la baise comme un dieu (oui, parce que Wiseau aime montrer son cul, il en est fier !) etc… ?

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A l’origine, il ne s’agit que d’une banale histoire d’adultère. Sauf que… certaines choses étranges (qui ont participé à la réputation de ce nanar) apparaissent au fil du film. Ainsi, certains personnages, dont on ne connaît pas vraiment leur identité, débarquent comme ça, sans aucune raison, chez Johnny et Lisa (ou plutôt « Hi Johnny », répété au moins 300 fois). Par exemple, on a aucune idée de l’identité de ce fameux Denny, ce voisin trèèèès bizarre (vraiment, le gars est effrayant avec son sourire de psychopathe) qui s’incruste vraiment chez Lisa et Johnny jusqu’au… pieu. Autre exemple : on passe d’une conversation à l’autre sans raison. Par exemple, la mère de Lisa évoque son cancer du sein, mais bon Lisa s’en fout royalement (elle n’a pas l’air trop touchée) et visiblement Wiseau aussi puisque cette information est totalement inutile ! Ou encore dans une autre scène, Johnny parle de ses problèmes au travail (au passage, on ne sait pas trop où il bosse, mais bon là encore une fois, on s’en cogne !) et puis tout d’un coup, sans aucune raison, il demande tout naturellement à Mark : « How is your sex life ? ». WHAAAT ? En parlant de sexe, il est alors intéressant de se pencher sur les scènes « érotiques » du film, nombreuses et inutiles (parce que là, c’est la cerise sur le gâteau). On a l’impression de revoir les téléfilms érotiques qui passaient sur M6 le dimanche soir, vous voyez le genre ? Le film date de 2003 mais il était déjà dépassé, les scènes en question sont d’une rare ringardise ! En plus, elles sont assez longues (en gros Wiseau met une plombe à filmer les « préliminaires », que c’est intéressant) et très répétitives (parfois on se demande si Wiseau n’a pas remis volontairement la même scène – histoire qu’on admire à plusieurs reprises son cul – je vous le confirme, il aime ses fesses). Elles sont également toutes mal filmées, du genre quand Mark et Lisa font l’amour dans les escaliers, la caméra filme surtout… la rampe des escaliers (c’est très… intéressant ?), ou encore Wiseau nous ressort tous les pires clichés possibles : musique épouvantablement niaise, le décor idyllique avec le voile blanc sur le lit etc… Evidemment, les relations entre Mark (l’amant au physique de mannequin) et Lisa ne se résument qu’à leurs nuits au lit, mais évidemment, le scénario étant très creux, on ne saura jamais rien de leur véritable relation (je pense qu’il n’y a rien à comprendre).

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Je me suis également marrée face à certains enchaînements, du genre après une scène de jambes en l’air entre Lisa et Johnny (donc jusque là tout va bien entre eux), Lisa va se plaindre auprès de sa mère « oooh Johnny is so boriiiing » (et cette relou de mère qui ne fait que répéter comme un perroquet « mais Johnny est bien blablabla », putain ta fille te dit qu’elle ne l’aime plus, écoute-la bordel !). Ce film, qui se prend beaucoup au sérieux (non, Wiseau, personne ne te croit quand tu parles de « comédie noire »), part vraiment dans des délires incroyables où le non-talent triomphe. Evidemment, face à un tel désastre « artistique » (mettons des guillemets un peu partout), les acteurs ne peuvent que jouer comme des cochons. Mais la palme revient de nouveau à Wiseau. Non seulement il a un accent improbable mais en plus il grogne sans aucune raison et on a l’impression que chaque mot est mal prononcé, a une mauvaise intonation, rien n’est naturel (ça a lui demandé des efforts pour manquer à ce point de spontanéité ?). Et attention, les gestes grotesques accompagnent les répliques de choc (la plus culte reste « YOU ARE TEARING ME APART, LISA » avec les cheveux et les bras qui se balancent fortement pour montrer son désarroi). En parlant de répliques, on remarquera également que certaines sont d’une rare évidence (« Mais il est mort ? », s’interroge Lisa en voyant le cadavre de son mec inanimé avec une balle dans la tête et ses vêtements baignant le sang, tout va bien – cette scène de mort est d’ailleurs incroyablement mal filmée avec les ralentis pourris et tout ça) ou encore que d’autres n’ont pas l’air… dans le bon ordre. Si, si ! Du coup, ça donne des scènes vraiment chelou ! Mais j’ai envie de dire, tout est bizarre dans ce film, on parle de beaucoup de sujets sans trop comprendre pourquoi, comme de football ou de drogue. Greg Sestero, qui « joue » Mark, a co-écrit (avec Tom Bissell) suite au « succès » de ce film (oui dans un sens, il a au moins le mérite d’avoir une réputation chez les amateurs de nanars !) The Disaster Artist (qui a remporté de sérieuses récompenses littéraires). D’après ce que j’ai lu, la société de production de Seth Rogen a acquis les droits du livre et on parle des frères Franco pour interpréter Wiseau et Sestero. En septembre dernier, on a appris que les scénaristes Scott Neustadter et Michael H. Weber devaient faire partie de l’aventure. Affaire à suivre…

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