Big Little Lies (saison 1)

Créée par Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Zoë Kravitz, Laura Dern, Alexander Skarsgård, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling

avec Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Zoë Kravitz, Laura Dern, Alexander Skarsgård, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling…

Comédie dramatique américaine. Saison 1. 2017.

Quand Madeline, Jane et Celeste se lient d’amitié par l’intermédiaire de leurs enfants, elles ne se doutent pas qu’elles vont se retrouver, des mois plus tard, au centre d’un tragique accident, survenu à la fête de l’école. Qui est mort ? Qui est responsable ? Et pour quelle raison ? Secrets, rumeurs et mensonges ne faisant pas bon ménage, tout l’univers de la petite ville de Monterey va être secoué de violents soubresauts.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Big Little Lies est l’adaptation du roman éponyme en VO de Liane Moriarty (en VF Petits Secrets, Grands Mensonges). Cette mini-série, produite par HBO (décidément une grande chaîne), est composée par une belle équipe : son créateur n’est autre qu’Edward E. Kelley, notamment connu pour avoir travaillé sur Ally McBeal. Tous les épisodes ont été réalisés par Jean-Marc Vallée, le réalisateur canadien qui a le vent en poupe depuis quelques années (C.R.A.Z.Y., Wild, Dallas Buyers Club, Victoria : les jeunes années d’une reine). Surtout, quelle belle brochette d’actrices dans les rôles principaux : Reese Witherspoon, Nicole Kidman (également ici productrices), Shailene Woodley (n’oublions pas qu’elle avait été révélée à la télévision dans The Secret Life of the AmericanTeenager), Laura Dern et Zoë Kravitz. Décidément, les choses bougent – peut-être plus à la télévision qu’au cinéma – pour donner des rôles puissants et réalistes aux femmes d’aujourd’hui sans cesse sous pression pour différentes raisons aussi bien sociales que sexuelles. . La mini-série, aux airs de Desperate Housewives en le mêlant à l’art du whodunit, sait tenir en haleine sur sept épisodes. En effet, le spectateur sait que quelqu’un est mort durant une soirée caritative. Mais on ne sait pas qui est cette personne décédée, qui est le meurtrier, ni pourquoi. On saura juste que tous les personnages que l’on va suivre sont impliqués de près et / ou de loin avec cet événement. Il faudra alors attendre les dernières minutes du dernier épisode pour tout connaître. On nous rappelle l’événement à venir plusieurs fois dans les épisodes (et même dans le fabuleux générique avec la chanson de Michael Kiwanuka, Cold Little Heart), comme si les protagonistes ne pouvaient pas y échapper : il y a quelque chose qui sonne de l’ordre du tragique. Surtout quand on voit les différents portraits des femmes : Madeline est a priori celle qui a l’air d’avoir le moins de problèmes : elle est dynamique, grande-gueule, sociable, se mêle beaucoup de ce qui ne la regarde pas, ce qui énerve beaucoup de gens. Mais derrière ce joli sourire permanent (tenu par une Reese Witherspoon convaincante et impliquée) se cache une femme blessée et perdue, bien plus fragile qu’elle en a l’air : sa fille aînée, qui fait évidemment sa crise d’ado comme prévue, est très proche de la nouvelle épouse de son ex-mari, incarnée par une surprenante Zoë Kravitz absolument parfaite en jeune femme très portée sur le bien-être personnel, le yoga et tout ce qui va avec. Et si tout va bien a priori avec son gentil nouveau mari (le très touchant Adam Scott), Madeline reste marquée par son précédent divorce.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Celeste (incarnée par une Nicole Kidman bouleversante) est une mère au foyer qui commence à rêver d’indépendance, notamment en voulant reprendre le travail. Mais son mari (le glacial Alexander Skarsgård) ne l’entend pas de cette façon. La relation avec son mari est certainement un des points les plus marquants et les mieux traités dans cette série : si Celeste est parfois complice des relations brutales avec son mari (ce qui rend ce personnage bien plus complexe et ambigu), elle est surtout victime de violences conjugales. Enfin, le troisième personnage, qui engendre donc une troisième intrigue comme vous l’aurez compris, est Jane (Shailene Woodley m’a bluffée dans ce rôle enfin mature qui lui va comme un gant), la jeune maman de l’adorable petit Ziggy, débarquant alors tous les deux à Monterey, la mère souhaitant un nouveau départ pour une raison au début inconnue. La série débute par ailleurs sur cet enfant, perturbé de ne pas connaître l’identité de son père (nous comprendrons au fil des épisodes pourquoi), est accusé d’avoir frappé la fille de l’hystérique Renata (l’excellente Laura Dern). Bref, Celeste, Jane et Madeline deviennent alors copines et les trois intrigues vont alors devenir complémentaires et auront évidemment du sens par rapport aux réponses que le spectateur attend depuis les premières minutes de la série. La série déborde alors de qualités, la première comme vous l’aurez deviné, est son scénario, qui aurait pu se transformer en foutoir géant, mais qui sait merveilleusement bien nous tenir en haleine. Alors oui, on pourra toujours dire qu’on avait compris quelques trucs dans l’intrigue (pour ma part, j’avais deviné l’intrigue par rapport au harcèlement scolaire mais pas nécessairement tout le reste) mais je crois que cela prouve plus la cohérence justement de la narration qui sait où elle va. De plus ce scénario a su complètement prendre en compte la complexité des personnages, surtout des féminins. Pour ma part, bien que j’adore voir les femmes mises en avant dans les oeuvres cinématographiques et télévisuelles (parce qu’on en a besoin), je redoute toujours de voir des clichés véhiculés, surtout dans le cadre de portraits-croisés de femmes n’ayant pas la vie rose. Or, ce qui m’a étonnée est de voir à quel point la série n’était pas cliché. Cela fait du bien de voir des femmes, certes ici aisées, ordinaires, qui ne sont pas des wonderwomen, ont leurs failles, leurs blessures, font des erreurs, bref elles ne sont parfaites contrairement à ce qu’elles veulent (et doivent) montrer en public, elles mais restent tout de même des femmes fortes.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Surtout, Big Little Lies montre à quel point les femmes, même si elles peuvent s’opposer entre elles (chacune pense bien agir, surtout pour défendre leurs progénitures), peuvent être solidaires face au danger. Si le postulat de départ avait donc, comme je le disais, quelque chose de tragique, la série ne l’est pas. Elle frôle volontairement mais elle ne l’est pas : au bout du tunnel, l’espoir est là parce que chaque femme peut s’en sortir. Même transportée dans un tourbillon d’événements qui peut la conduire vers une situation irréparable, la femme en tant que figure peut y voir la lumière. Les enfants, justement, jouent un rôle important dans la construction de ces identités féminines. Chaque femme va se battre pour protéger son enfant, quitte à se mettre la communauté à dos, à fuir quelque chose, ou au contraire à affronter aussi des situations douloureuses. Ils ne sont pas simplement des objets faisant avancer le récit. Les différentes intrigues se rejoignant permettent aussi de livrer un discours pertinent sur le rôle de l’éducation et de l’environnement, ce sont ces derniers qui permettent à l’enfant de se construire : les liens du sang n’ont rien à voir avec les actes que les enfants peuvent commettre. Enfin, le point commun entre les personnages principaux concernent la sexualité, illustrant la plupart du temps des rapports de domination : que ce soit une infidélité, un viol, des relations sexuelles brutales, aussi bien douloureuses que purement jouissives, elle fait partie de la vie quotidienne d’une femme et surtout elle peut la transformer et avoir des conséquences irréversibles. Accompagnés par une mise en scène solide et une lumière froide, les décors parviennent à retranscrire le milieu social des personnages, mais aussi leur nature profonde littéralement, le mot « nature » pouvant être combiné à l’environnement géographique. Les personnages, nageant en eaux troubles, vivent à côté de l’océan, ce dernier pouvant être vu comme la représentation de la transparence (face à ce monde d’apparences), mot à prendre dans tous les sens du terme. Jamais caricatural, Big Little Lies est une fabuleuse série féministe. Visiblement, alors que Jean-Marc Vallée ne veut pas de saison 2, Reese Witherspoon et Nicole Kidman travailleraient déjà sur de nouvelles intrigues en collaboration avec Liane Moriarty : selon elles, ce projet devrait aboutir uniquement s’il en vaut la peine. Etant donné que j‘ai beaucoup aimé la conclusion de cette mini-série qui me semble parfaite, je suis un peu sceptique sur un éventuel retour mais je répondrai à l’appel si Madeline, Jane et Celeste reviennent sur le petit écran.

Photo Zoë Kravitz

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Grave

réalisé par Julia Ducournau

avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux, Bouli Lanners, Jean-Louis Sbille…

Epouvante-horreur, drame français, belge. 1h38. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

interdit aux moins de 16 ans

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Grave : Photo

Difficile de passer à côté du phénomène Grave, grand vainqueur à Gérardmer cette année et présenté l’année précédente à la Semaine de la Critique à Cannes (pour ne citer que ces festivals). Il s’agit du premier long-métrage de l’ex-étudiante de la FEMIS, Julia Ducournau : elle avait co-signé Mange, un téléfilm pour Canal + en 2012 et un court-métrage intitulé Junior (et on retrouve dans le casting une certaine Garance Marillier). Grave, co-produit par Julie Gayet, a vite fait le buzz pour ses scènes cannibalistes. On a lu à plusieurs reprises (que ce soit dans la presse ou même sur les réseaux sociaux) que des spectateurs avaient gerbé à cause de certaines scènes visiblement insupportables. C’est pour cette raison que je n’ai pas tenu à découvrir ce film en salles, de peur que mon petit coeur, mon foie, mon estomac et mon cerveau (oui, tout ça) ne supportent pas ce choc (rappelez-vous que j’ai vu Salo de Pasolini en deux fois, le tout avec ma poubelle à côté parce que je sentais que j’allais physiquement dégueuler). Cela dit, entre temps, plusieurs blogueurs m’ont prévenue, je cite, qu’en fait il n’était pas si gore mais la fin était tout de même épicée. J’ai également bien retenu toutes les informations que j’ai lues (sans me spoiler) : le film ne serait pas à proprement parler gore malgré sa réputation. La réalisatrice dit elle-même qu’il s’agit plus d’un drame, parfois comique, mélangé au body horror. J’accepte tout à fait ce postulat et effectivement c’est ce qu’on constate très rapidement. Mais cela ne m’a pas empêchée d’être fortement déçue. En fait, j’ai l’impression d’avoir été confrontée à ma séance de It Follows (également un film de genre d’auteur absolument adoré pour tout le monde alors qu’il a pour moi un certain nombre de défauts / éléments problématiques) en terme de déception (ici encore plus élevée). Mon problème n’est pas nécessairement lié au manque de gore même si je reviendrai tout de même sur ce point. La mise en scène en elle-même n’est pas ce qui m’a gênée, je n’ai pas de reproche à lui faire, c’est peut-être même l’un des seuls points positifs que je relève. C’est globalement l’écriture qui m’a réellement chiffonnée. Cette oeuvre a été vantée pour son intelligence, sa psychologie et que sais-je. Justement, j’ai trouvé l’écriture terriblement pauvre, pas du tout fine et parfois même incohérente et tombant sans cesse dans la sur-référence.

Grave : Photo

Par exemple, l’héroïne se prénomme Justine en référence au personnage de Sade (déjà on y va avec de gros sabots – et c’est ça tout le long du film) nous est présentée comme une jeune fille intelligente (on comprend même qu’elle serait probablement surdouée) qui aurait même son petit caractère. Première question que je me suis automatiquement posée : pourquoi ne refuse-t-elle pas toutes les actions liées au bizutage (parce qu’elle ne résiste pas vraiment) ? On va me répondre : parce que justement, c’est à cause du bizutage qui fout la pression. Justement, le bizutage. La réalisatrice prétend que son film n’est pas sur le bizutage. Je veux bien la croire. Sauf que ce bizutage en question prend une place bien trop importante dans le film par rapport à ce que la réalisatrice a voulu raconter. Surtout, je n’ai pas cru une seule seconde à l’environnement. Pour le bizutage dans les grandes écoles, je suis parfaitement au courant de ce qui se passe, de la violence et de l’humiliation autour. Les visages ont beau être anonymes (le film ne se concentre que véritablement sur les trois personnages principaux), on ne croit pas que ces jeunes-là puissent être l’élite de la France (et j’ai même envie de dire que ça concerne aussi justement Justine, sa soeur et son coloc’ sans être méchante). Surtout, on retrouve tous les clichés possibles et insupportables (et je ne trouve pas que Ducournau en joue particulièrement bien) sur les films de campus. Il est aussi étrange de ne pas utiliser la prépa vétérinaire suffisamment à fond pour le scénario. Certes, Justine est une jeune végétarienne qui défend les animaux avec conviction. On ne peut que penser à cette scène où la jeune fille défend avec pertinence les animaux victimes de zoophilie en établissant une comparaison avec les victimes (humaines) de viol. Cela dit, cela me parait aberrant que face à sa faim grandissante Justine ne tente même pas de s’attaquer à un des animaux présents dans la prépa ou dans les alentours. Le traitement de la relation entre les soeurs m’a également semblé problématique. Je n’ai jamais eu l’impression d’être face à des soeurs tellement elles sont distantes ce qui est bizarre vu le secret familial qu’elles partagent. Les réactions d’Alexia ne m’ont pas paru crédibles : pourquoi ne l’empêche-t-elle de lutter contre le cannibalisme (et même l’incite) ? Pour se sentir moins seule (au passage, un sentiment pas réellement exploité que ce soit de son côté ou celui de Justine) ? Mouais.

Grave : Photo Garance Marillier

J’avoue que je n’ai en tout cas globalement pas cru aux réactions des personnages qui évoluent aussi vite qu’ils changent de chemises. Julia Ducournau a en tout cas insisté de nombreuses fois sur la profondeur de son film (à l’entendre, on a l’impression qu’elle a réinventé à elle seule le cinéma, elle est insupportable), sur les thèmes mis en avant, que son film ne parle finalement pas de cannibalisme etc. Donc on relève les principaux thèmes traités : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la découverte de la sexualité (avec un parallèle lourdingue avec l’animalité et la faim) et de son corps littéralement en mutation, l’héritage familial… Mais tous ces sujets en question sont pour moi traités sans aucune finesse et surtout superficiellement. Il parait aussi qu’il y avait un twist (on en revient donc au fameux drame autour du drame familial avec une mère étonnamment très peu présente). Il doit y en avoir un vu la scène finale (en mode : toi, spectateur, là, tu dois être sur le cul). Twist que j’ai deviné trèèèèès tôt. Revenons enfin au cannibalisme, qui est un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Je n’ai pas de souci avec ça mais il y a un moment, il aurait tout de même fallu voir un minimum de scènes en rapport avec ce mal. De plus, à force de naviguer entre plusieurs genres sans réellement les exploiter (mais plutôt en les survolant), je n’ai finalement rien ressenti et encore moins une quelconque petite tension ou un sentiment de malaise. Au bout d’un moment, le fait que ce ne soit pas un pur film d’horreur n’excuse pas tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au surprenant We are what we are de Jim Mickle qui a de réelles similitudes avec Grave : un drame autour de deux soeurs cannibales à cause d’un héritage familial. Sur le principe donc, rien de gore (le film ne l’est pas et n’a qu’une petite interdiction qu’aux moins de 12 ans) mais pourtant le film tient bien ses promesses : une tension qui monte jusqu’au point final réellement cannibale, logique vu le mal qui ronge les protagonistes. Il manque ça à Grave : quand le meurtre inimaginable et final à cause des pulsions des personnages arrive pour de bon, on nous épargne tellement tout au nom du « drame » (comme si cela était incompatible alors que cela n’est pas nécessairement le cas) que finalement ça laisse indifférent alors que ça aurait dû envoyer du pâté ou cela aurait dû provoquer un électrochoc.

Grave : Photo

Je pense même à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (l’exemple me paraît pertinent : le film, très esthétique comme celui de Ducournau, reprend le thème du cannibalisme) qui sur le principe n’est pas un proprement parler un film gore, loin de là. Mais là encore (même s’il a été très discuté), son final sait chambouler, le cannibalisme est bel et bien utilisé, il ne s’agit pas d’une fausse promesse. Revenons justement à l’esthétique (puisque j’établissais une comparaison avec l’esthétique très prononcée de Refn) : certes, on ne va pas se mentir, le film est très soigné de ce côté-là, l’équipe a très bien bossé, c’est indéniable. Je n’aime pas saloper le travail bien fait. Cela dit, je n’ai pas toujours trouvé ces choix en question toujours très pertinents ni d’une réelle profondeur dans le sens où j’avais vraiment l’impression de voir une sorte de caricature du film arty bobo (avec en plus des choix musicaux qui ne m’ont pas aidée à faire abstraction) : pour moi, on était plus proche de la prétention et de la complaisance que dans une quelconque démarche artistique qui devait accompagner une signification. Côté interprétation, je n’ai pas non plus été tant bluffée que ça par rapport à toutes les louanges que j’ai pu entendre. La jeune Garance Marilier et Rabat Naït Oufella ont certes une certaine fraîcheur qui permet de s’intéresser un peu à eux mais je n’ai pas trouvé qu’ils jouaient si bien que ça, j’ai retrouvé tous ces tics clichés d’acteurs de films d’auteur à la française. Quant à Ella Rumpf, j’ai vraiment trouvé qu’elle surjouait tout le long. tPour finir tout de même sur une touche un peu plus joyeuse (et pour éviter qu’un fan du film m’assassine à coup de batte de base-ball), parmi les petits points positifs que je relève (je ne suis pas totalement un monstre), la mise en scène est ambitieuse, le soin apporté à la photographie est également remarquable et enfin on ne peut qu’admirer le travail des maquilleurs sur quelques scènes.

Grave : Photo Garance Marillier

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

The Secret Life of Words

réalisé par Isabel Coixet

avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Cámara, Eddie Marsan, Julie Christie, Leonor Watling…

Drame, romance espagnol, irlandais. 1h55. 2004.

sortie française : 19 avril 2006

Movie Challenge 2017 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion 

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Un lieu isolé au milieu de la mer. Une plateforme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, et où vient d’avoir lieu un accident.
Une femme mystérieuse et solitaire, essayant d’oublier son passé, débarque sur la plateforme pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Entre eux se crée une étrange intimité, un lien fait de secrets, tissé de vérités, de mensonges, d’humour et de souffrance, qui ne les laissera pas indemnes et changera leur vie.

The Secret Life of Words avait remporté quatre Goyas (l’équivalent des César espagnols) en 2006 dont meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleur scénario original. Produit par les frères Almodovar (la présence de Javier Camara est certainement liée à la présence des Almodovar dans la production), ce long-métrage tourné en langue anglaise marque aussi les retrouvailles de la réalisatrice Isabel Coixet avec l’actrice canadienne Sarah Polley après Ma vie sans moi (également produit par Pedro Almodovar). Il s’agit d’une jolie surprise qui mérite le coup d’œil. Pourtant, au départ j’étais assez sceptique : je m’attendais à un film assez pénible et ennuyeux : il faut avouer qu’un film se déroulant sur une plateforme pétrolière n’est pas ce qui lui a de plus attirant avec en plus un personnage principal qui ne cause pas des masses. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Il dure presque deux heures mais je ne me suis pas ennuyée, je suis rentrée petit à petit dans l’histoire et j’avais envie de connaître les secrets des personnages, surtout celui d’Hanna (vu qu’on connait celui de Josef assez rapidement). Hanna est un personnage absolument bouleversant notamment par ses différents sens. Elle nous touche quand elle décide de ne plus rien écouter et de s’isoler en éteignant son appareil auditif. Elle nous intrigue quand elle mange comme quatre les délicieux plats de Simon, un cuisinier qui tente de donner du bonheur aux braves marins qui, eux-mêmes cachent leurs petits secrets (la nourriture semble aussi représenter littéralement une sorte d’appétit sexuel). Elle est émouvante quand elle décide de parler et même de se confier à Josef même quand elle ne dit pas totalement la vérité : des indices assez subtils permettent de comprendre la vérité face à des propos modifiés. Ce n’est pas donc pas toujours évident de capturer le non-dit sans tomber dans certains pièges mais Isabel Coixet relève ce défi haut la main. De plus, l’opposition entre Hanna et Josef aurait pu être très lourde : lui est un grand baraqué temporairement aveugle qui parle beaucoup, elle est toute frêle, sourde et silencieuse. Pourtant, cette opposition apparaît également avec habilité et même mieux : elle se transforme en complémentarité. Les sens sont alors un moyen pour les personnages de se réfugier suite à des histoires douloureuses et difficiles à exprimer.

The Secret Life of Words est un film d’une grande pudeur sachant pourtant exprimer l’indicible. Il a su allier histoire intime et Histoire avec un grand H (ici, on évoque la guerre des Balkans). Il trouve également un très bon équilibre entre les différentes émotions qu’il veut relever chez le spectateur. Il aurait pu être larmoyant et plombant, ce n’est pas du tout le cas. Ce film touche parce qu’il sonne vrai et juste que ce soit dans les dialogues ou encore les réactions des personnages. Il bouleverse également parce qu’il a su prendre en compte la place de la souffrance tout en offrant un minimum de l’espoir à ses personnages. Ainsi, la vie continue : les blessures ne pourront jamais totalement disparaître mais elles pourront tout de même être atténuées, la possibilité d’un bonheur et d’un avenir restant possible. On n’a pas besoin d’entendre ni de voir l’horreur qu’un individu peut vivre mais justement le fait qu’on n’en sache pas trop permet aux spectateurs de « visualiser » ce que personne ne voudrait voir. Le scénario m’a donc convaincue : on nous raconte finalement une belle histoire avec une apparente simplicité et efficacité mais qui est plus complexe qu’elle en a l’air jouant sans cesse avec une véritable intelligence avec les oppositions et les paradoxes. La place des dialogues et non-dialogues a aussi son importance, que ce soit pour appréhender les personnages ou encore pour évoquer le passé : Josef parle beaucoup pour ne pas dire la vérité, Hanna, elle, est dans l’incapacité de dire la vérité et doit utiliser des stratagèmes pour dire sa vérité (par exemple, quand elle évoque, dans une scène déchirante, un épisode qu’elle a vécu en utilisant la troisième personne). La mise en scène d’Isabel Coixet est en même temps sobre et délicate. A noter aussi l’importance du lieu assez particulier : une plateforme pétrolière. Cet endroit en question, assez dangereux, crée une sorte de huis-clos qui renforce l’isolement des personnages, isolement qui permet paradoxalement aussi à Hanna et Josef de se rapprocher et d’apprendre à communiquer, que ce soit verbalement ou par d’autres moyens. De plus, différentes nationalités se côtoient sur ce bateau : là encore, difficile de ne pas voir le parallèle entre les langues pratiquées par les quelques individus sur ce bateau et le sujet de la communication. L’actrice (et réalisatrice) canadienne Sarah Polley prouve qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Je regrette qu’on ne la voit pas plus souvent au cinéma. Elle aurait pu rendre son personnage glauque, pourtant, sans jamais en faire des tonnes ni tomber dans une certaine caricature, elle reste gracieuse et lumineuse. Tim Robbins est également comme souvent excellent dans le rôle a priori d’un grincheux mais qui a un grand coeur. Le couple Polley-Robbins fonctionne également : on a envie de voir leur couple triompher sur les blessures de la vie. Enfin, les seconds rôles, que ce soit Javier Camara, Eddie Marsan ou encore Julie Christie, sont également très bons.

The Secret life of words : Photo Sarah Polley

Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

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Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

Les Indestructibles

réalisé par Brad Bird

avec les voix originales de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson, Jason Lee, Elizabeth Pena…

avec les voix françaises de Marc Alfos, Deborah Perret, Lorie, Amanda Lear, Bruno Salomone, Patrick Poivre d’Arvor…

titre original : The Incredibles

Film d’animation, action, comédie familiale américaine. 2h. 2004.

sortie française : 24 novembre 2004

Movie Challenge 2016 : Un film d’animation

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Bob Paar était jadis l’un des plus grands super-héros de la planète. Tout le monde connaissait « Mr. Indestructible », le héros qui, chaque jour, sauvait des centaines de vies et combattait le mal. Mais aujourd’hui, Mr. Indestructible est un petit expert en assurances qui n’affronte plus que l’ennui et un tour de taille en constante augmentation.
Contraint de raccrocher son super costume quinze ans plus tôt à la suite d’une série de
lois ineptes, Bob et sa femme, Hélène, ex-Elastigirl, sont rentrés dans le rang et s’efforcent de mener une vie normale avec leurs trois enfants.
Rongeant son frein, rêvant de repasser à l’action, Bob bondit sur l’occasion lorsqu’une mystérieuse convocation l’appelle sur une île lointaine pour une mission top-secret. Il va découvrir que derrière cette alléchante proposition, se cache un génie malfaisant avide de
vengeance et de destruction.

Les Indestructibles : Photo

J’ai beau aimé les films de Pixar (en général), Les Indestructibles était l’un des seuls films des studios que je n’avais pas encore vu pour différentes raisons. La première était son sujet qui ne m’attirait pas plus que ça. Encore une fois, je n’ai rien contre les super-héros mais je n’irai pas à regarder un film parce qu’il y a des super-héros. Entre-temps, j’ai enfin découvert l’univers de Brad Bird avec Tomorrowland  (A la poursuite de demain) et si vous avez un peu suivi, ça ne m’a pas vraiment enchantée. Mais histoire d’être moins inculte, je me suis enfin décidée à le regarder. Je ne dirais pas que j’ai été déçue vu que le résultat ne m’a pas réellement surprise, comme si je m’attendais plus ou moins à ça depuis longtemps. Mais il est certain que ce film ne va pas me réconcilier avec Brad Bird. Certes, je ne dis pas que c’est mauvais. On peut être déçus par des films Pixar pour les raisons qui nous appartiennent mais on ne peut pas les accuser de faire du mauvais travail, il y a forcément à chaque fois des qualités évidentes à ne pas négliger. Même si ce n’est pas mon coup de coeur en terme d’animation (peut-être qu’il faudrait que je me remette dans le contexte de l’époque ?), je trouve évidemment ce travail en question indéniablement réussi. J’ai également vu le film en VF donc je ne pourrais juger que sur ce que j’ai vu. J’ai trouvé le doublage français plutôt bon (même si la présence de la chanteuse has-been Lorie / Laure Pester n’est pas ce qui me réjouit le plus). Enfin, alors que j’avais rejeté son travail dans Tomorrowland (mais aussi dans Jupiter Ascending des désormais soeurs Wachowski – je crois qu’ici vous étiez en train de vous dire que j’avais une dent contre lui alors que ce n’est pas le cas), la musique de Michael Giacchino (un habitué des films de Pixar : Ratatouille, Là-Haut, Cars 2, Vice-Versa…) est excellente. Je ne dis pas que je l’écouterais en boucle sur mon Spotify comme cela m’arrive quand j’ai des coups de coeur avec certaines bandes-originales. D’ailleurs, je n’irai pas à parler de coup de coeur ici mais je dirais pourtant que cette musique en question est essentielle au déroulement même de l’histoire. La musique a souvent un rôle important dans les films mais là c’est encore plus vrai. Je le dis en toute honnêteté : pour moi, sans ce travail de composition musicale, j’aurais eu un avis sur ce film encore plus négatif.

Les Indestructibles : Photo

Cela dit, j’avoue donc ne pas comprendre le succès de ce film et je ne pense pas que je me précipiterai pour aller voir sa suite qui devrait sortir en 2018. Pour moi, Pixar représente grosso modo le compromis entre une animation de qualité, le bon divertissement et une réelle réflexion. Bref, on retrouve souvent une double-lecture dans les films de ce studio. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas ici. C’est possible qu’il y en ait une. Je ne sais pas depuis quand le film a été préparé mais vu sa sortie en 2004, on peut y voir des liens avec tout ce qui est lié au 11 septembre 2001. Peut-être que c’est moi qui en voit trop ou qui envie d’en voir trop. Après il est certain que le film parle de tous types de héros, ceux qui doivent sauver le monde (notamment les politiciens, les leaders mais plus généralement les postes à responsabilité), ceux qui sont parents et surtout ceux qui doivent gérer ces deux responsabilités au point de devoir vivre une double vie. Cela dit, je reste tout de même sceptique. Je ne nie donc pas le travail de réflexion mise en place par le réalisateur et par les scénaristes, cela ne m’a pas paru vide mais je dirais que ça ne m’a pas semblé valorisé. J’ai l’impression que l’équipe Pixar a avant tout voulu mettre en avant tout ce qui touche au divertissement : une famille sympathique, de l’action, un méchant fou, de l’hommage (sur un ton parfois parodique) aux films de super-héros voire même aux films d’espionnage et on peut continuer la liste encore longtemps. Peut-être que mon problème justement avec ce film c’est qu’au fond je n’ai pas été satisfaite d’un point de vue divertissement et que je n’arrive même pas à me raccrocher totalement au « fond » du film vu que je ne trouve pas que ce soit hyper poussé non plus (j’ai vraiment connu Pixar plus inspiré de ce côté-là). Certes, Les Indestructibles se laisse regarder. Mais je ne suis pas éclatée, loin de là. J’ai trouvé l’histoire assez longue à se mettre en place (et le film est d’ailleurs pour moi trop long tout simplement), les gags pas très drôles, la parodie ne m’a pas plus convaincue que ça, les personnages (en dehors d’Edna Mode, sorte de sosie de Chantal Thomass, même si les créateurs de Pixar se sont inspirés de la costumière Edith Head) sympathiques (en dehors du méchant car c’est un méchant justement) mais finalement très caricaturaux (et ne parviennent pas pour moi à dépasser la caricature – ce critère n’étant pas toujours quelque chose de négatif). Finalement j’ai trouvé ce film assez banal par rapport à tout ce que j’ai pu entendre. Le film a beau essayé de se montrer ambitieux, d’être certainement plus profond qu’il en a l’air, pour moi on assiste encore à une éternelle opposition (que j’ai vu sans réel plaisir – avec du plaisir, mon avis aurait sûrement été différent) entre des gentils et des méchants qui se battent.

Les Indestructibles : Photo

Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

highheels

Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

Musarañas

réalisé par Juanfer Andrés et Esteban Roel

avec Macarena Gomez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar, Carolina Bang…

Thriller, épouvante-horreur espagnol français. 1h30. 2014.

sortie française (dvd) : 6 avril 2016

musaranas

Deux sœurs, dans l’Espagne d’après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

Shrew's Nest : Photo Macarena Gómez

J’ai découvert l’existence de Musarañas complètement par hasard dans le dernier Mad Movies simplement à travers une publicité qui mettait en avant le nom du talentueux et déjanté Alex de la Iglesia en tant que producteur (sa femme, l’actrice Carolina Bang, a également co-produit ce film dans lequel elle apparaît le temps de quelques scènes). En fouillant sur le Net, je me suis aperçue que j’avais déjà entendu parler de ce film mais sous un autre nom : Shrew’s Nest. J’avais notamment perçu une affiche avec ce nom anglais qui me rappelait trop les daubes et films moyens d’horreur dont on voit trop souvent sur le marché. Je n’avais même pas capté que le film n’avait rien d’américain malgré le nom des acteurs dessus ! Bref, ce film a remporté aux Goya (les César espagnols) le prix des meilleurs maquillage et coiffure et a reçu également deux nominations dans les catégories « meilleure actrice » pour Macarena Gomez (qu’on a pu voir dans le surprenant Les Sorcières de Zugarramurdi) ainsi que « meilleur premier film ». Je regrette vraiment que ce film sorte en France directement en dvd. Encore une fois, c’est le genre de sortie qui est regrettable. J’ai également consulté les notes sur Allocine et Imdb assez moyennes ce qui m’a étonnée. Pour ma part, il s’agit pratiquement d’un coup de coeur. Je suis entrée directement dans le film et je ne me suis jamais ennuyée. En clair, j’étais réellement plongée dans l’histoire présentée rapidement dans un huis-clos. Le film s’ouvre rapidement alors sur l’enfance de deux soeurs, l’une (dont on ne connaît pas le prénom, à l’image du secret au coeur du film) serait à l’origine de la mort de la mère lorsque cette dernière l’a mise au monde, l’autre a donc plus que jouer les rôles de grande soeur. A l’âge adulte, on découvre la grande soeur (Montse) très pieuse, qui a l’air plus vieille qu’elle n’en a l’air (merci aux maquilleurs d’avoir accentué les traits particuliers de Macarena Gomez afin de l’enlaidir et la rendre plus effrayante) et surtout est très malade : elle ne peut pas sortir de chez elle. Elle a aussi tendance à voir son père dans son imagination, disparu durant la guerre. Le huis-clos s’installe rapidement, on comprend rapidement que l’intrigue va se dérouler dans ce lieu austère en présence de cette femme qui n’a pas l’air saine d’esprit et qui n’hésite pas à lever la main sur sa petite soeur, qui vient d’avoir 18 ans, si elle fait quelque chose qui ne plairait pas à Dieu. S’ajoute alors la présence du voisin du haut, qui garde aussi un secret expliquant la fuite qu’il comptait prendre, tombé méchamment dans les escaliers et qui trouve donc refuge au domicile des deux soeurs.

Shrew's Nest : Photo

Peu de personnages avec une connexion assez simple (soeur, voisin), un seul lieu, des éléments sombres : a priori, rien d’extraordinaire, pourtant la simplicité peut aussi être d’une grande efficacité. Personnellement, c’est d’abord ce constat qui m’a beaucoup plu dans ce film. L’idée ne marche uniquement pas sur le papier, le résultat se ressent à l’écran. On sait que le danger peut arriver à n’importe quel moment à cause de Montse, une femme perturbée dont on connait les réactions (même si on n’irait pas à la soupçonner d’actes plus affreux) et qui pourtant malgré sa folie reste attachante. Le terme est peut-être fort, peut-être pas le plus approprié mais pourtant justement lorsqu’on nous dévoile les raisons de sa folie, on finit par voir en elle une humaine qui n’est qu’une victime de la folie d’autrui, le tout mêlé au contexte de l’époque dans lequel la femme avait des droits réduits (le personnage incarné par Silva, qui peut sembler un peu plus anodin à côté, apporte selon moi, un commentaire complémentaire à la place de la femme en Espagne dans les années 50). Personnellement j’avais compris au bout d’un moment le fameux secret de Montse (l’introduction et certaines répliques étant de précieux indices), j’avais beau le savoir au fond de moi avant qu’on nous le dise officiellement, ça ne m’a pas gâchée le plaisir de voir tout simplement la folie éclater dans un unique lieu, difficile à échapper alors qu’il y a des voisins à côté qui pourraient intervenir. Après, c’est vrai qu’on pourra penser à Misery mais honnêtement la possible référence ne m’a pas gênée étant donné que j’étais captivée par le film. La qualité de la mise en scène, précise, et du scénario, crédible et cohérent, a rapidement pris le dessus dans mon appréciation. De plus, on sent aussi l’influence d’Alex de la Iglesia : le tout aurait pu être « banal », on retrouve un grain de folie (littéralement) bienvenu, présent dans des scènes sanglantes à la fois violentes et drôles, le tout apporte beaucoup à l’action. Je n’ai pas trouvé cet aspect  gratuit car les réalisateurs ont su trouver un juste équilibre (justement, le reproche qu’on peut faire à Iglesia est parfois d’en faire trop et de nous fatiguer – et je suis pourtant très cliente de son cinéma). Si on parle de huis clos, on est systématiquement obligé d’évoquer la manière de gérer l’espace et même le temps. Les deux réalisateurs (il faut rappeler qu’il s’agit de leur premier long-métrage) gèrent ces notions à la fois avec élégance, pertinence et crédibilité. L’appartement devient même pratiquement un nouveau personnage à part. Esthétiquement, l’ensemble est également réussi : c’est classique et austère mais encore une fois, le soin apporté ne fait pas tomber le film dans le too much.

Shrew's Nest : Photo Hugo Silva, Nadia de Santiago

Macarena Gomez est formidable dans le rôle de Montse. Il n’y a pas que son allure sombre qui montre la folie de son personnage : sa manière de s’exprimer et ses expressions contribuent énormément à la construction de son identité. Certains diront que sa performance est démonstrative mais je ne partage pas son avis étant donné que l’actrice, qui a une gueule unique, parvient à retranscrire une palette d’émotions à son personnage. De plus, comme je le disais plus haut, son personnage a suffisamment de consistance psychologique pour que son interprète ne tombe pas dans la gesticulation gratuite. Nadia de Santiago est également une bonne surprise, surtout quand on est face à une interprétation aussi forte que celle de Gomez. Elle a beau incarner la douceur, l’innocence et la raison, ni son personnage ni son interprétation ne se font écraser par sa partenaire. Je dirais même qu’il y a une formidable complémentarité entre les personnages des deux soeurs (malgré leur opposition), renforcée par les performances de Gomez et Santiago. Les hommes du casting sont moins mis en avant mais restent néanmoins bons, confirmant ainsi la cohérence de ce petit casting (en nombre, pas en ce qui concerne le talent). Hugo Silva (qu’on voit de plus en plus dans d’audacieux films espagnols) est convaincant dans un rôle plus ambigu qu’il en a l’air et encore une fois, l’écriture de son personnage, pourtant secondaire, est intéressante. Enfin, même si on le voit peu, à travers des apparitions fantomatiques, Luis Tosar (certainement l’acteur du casting le plus connu du film) est très bon et se sert de nouveau bien de son allure sombre et énigmatique.

Shrew's Nest : Photo

Spotlight

réalisé par Tom McCarthy

avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, Liev Schreiber, John Slattery, Brian d’Arcy James, Stanley Tucci, Jamey Sheridan, Billy Crudup, Neal Huff, Doug Murray, Richard Jenkins…

Drame américain. 2h08. 2015.

sortie française : 27 janvier 2016

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Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.

Spotlight : Photo Brian d'Arcy James, John Slattery, Mark Ruffalo, Michael Keaton, Rachel McAdams

Spotlight est inspiré de faits réels qui ont secoué le monde entier : en 2001, « Spotlight », une rubrique du Boston Globe spécialisée dans l’investigation menée par un petit groupe de journalistes, révèle le plus grand scandale de pédophilie de l’Eglise catholique (et d’autres articles sur ce sujet seront évidemment publiés l’année suivante). Au-delà de vouloir dénoncer les prêtres pédophiles qui ont profité de leur pouvoir pour abuser d’enfants innocents souvent issus d’un milieu social défavorisé ou d’une famille éclatée, les articles pointent du doigt la complicité de l’Eglise qui était au courant en se contentant de muter les coupables et qui a acheté le silence des victimes. On compterait au total 1500 victimes d’abus sexuels. Les journalistes qui ont enquêté durant plusieurs longs mois ont été récompensés par le prix Pultizer en 2003. Spotlight est nommé à six reprises aux Oscars et très sincèrement j’espère qu’il va repartir avec plusieurs statuettes. Evidemment que l’histoire en elle-même secoue les spectateurs (il fallait voir les réactions des spectateurs dans ma salle !) mais heureusement le film ne se repose pas uniquement sur cet aspect-là. La mise en scène de Tom McCarthy (réalisateur du très bon mais encore méconnu The Visitor) est sobre, l’ensemble peut paraître classique mais c’est justement grâce à cette apparente simplicité que le film fonctionne pleinement et surtout qu’il parvient à captiver, à passionner et à nous faire partager la passion de ces journalistes qui bossent énormément et avec leurs tripes. Ainsi, il est bien de rappeler que sobriété et classique ne sont pas nécessairement synonyme de quelque chose de plat. Le scénario est finalement cohérent avec le travail de mise en scène. Il a quelque chose de ludique pour les spectateurs, pas nécessairement habitués à cet univers particulier du journalisme ni à la complexité d’un travail d’enquête. Or, malgré la complexité de cette enquête, on n’est jamais perdu. Tout est expliqué clairement aux spectateurs afin de ne pas les perdre mais on ne les prend pas non plus pour des imbéciles dans le sens où le langage journaliste parait crédible. Beaucoup de critiques ont fait un rapprochement logique avec Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula et c’est vrai que Spotlight s’inscrit dans cette même veine : il reprend très bien les codes de ce genre et a par ailleurs un petit côté seventies (les journalistes travaillent à l’ancienne) tout en restant contemporain. De plus, le film trouve un très bon rythme qui permet aux spectateurs de ne pas s’ennuyer.

Spotlight : Photo Brian d'Arcy James, John Slattery, Liev Schreiber, Mark Ruffalo, Michael Keaton

Pourtant, pour imager mon propos, on ne retrouve pas un rythme ultra rapide (ce qui est important pour retracer le long travail effectué par les journalistes) mais ce n’est pas pour autant mou. En effet, Spotlight bénéficie d’un montage très efficace qui permet à l’intrigue d’avancer tout en suivant le travail de plusieurs journalistes sur des terrains différents au même moment. De plus, le film entre rapidement dans le vif du sujet. Spotlight est aussi une réussite dans la manière de présenter les personnages et leur rapport avec la ville de Boston. Il est intéressant de voir qu’il s’agit d’un personnage venant d’ailleurs (Marty Baron) qui permet aux autres de se plonger ou plutôt de se replonger dans une affaire qu’ils ne voulaient pas forcément voir. Boston, qui est pourtant la ville que l’on connait, est présentée comme une ville dans laquelle tout le monde connait tout le monde, c’est presque une sorte de grand village : finalement, cette situation aurait pu toucher absolument tout le monde, même ceux qui préparent l’article. De plus, j’ai aimé le fait qu’on n’en connaisse pas trop sur les personnages (cela dit, l’article de Première « Que sont devenus les vrais journalistes du film ? » est plutôt intéressant pour mieux les connaître). Disons qu’on connait juste l’essentiel, c’est-à-dire leur rapport avec la ville et le catholicisme, sans qu’on n’ait l’impression qu’ils soient traités de manière superficielle. Au contraire, même sans trop les connaître, je suis parvenue à m’attacher à chaque journaliste, chacun ayant finalement son petit truc. Cependant, personne ne se tire la couverture, le casting étant pour moi très cohérent. Pour ne citer que cette petite partie du casting (j’ai notamment une pensée pour Brian d’Arcy James, son nom n’étant pas sur l’affiche alors qu’il était autant excellent et présent que ses partenaires), je suis évidemment très contente de voir Mark Ruffalo et Rachel McAdams nommés aux Oscars même si c’est dommage de ne pas voir Michael Keaton dans la course. De plus, les personnages sont pour moi attachants car on ressent leur implication, leurs convictions. Tom McCarthy trouve alors un très juste équilibre : tout en n’oubliant jamais l’équipe de « Spotlight », l’enquête est finalement le personnage principal de l’histoire. Par sa sobriété, Spotlight est un excellent film qui parvient à rendre hommage aux bons journalistes qui exercent leur métier avec passion et qui font un travail nécessaire (tout comme ce film), aux victimes qui sont respectées et pointe du doigt les institutions religieuses.

Spotlight : Photo Brian d'Arcy James, Mark Ruffalo, Rachel McAdams

Ida

réalisé par Pawel Pawlikowski

avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Dawid Ogrodnik, Joanna Kulig…

Drame polonais. 1h22. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Ida

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska

Ida est un film qui semble être sorti de nulle part et finalement, grâce à un étonnant bouche-à-oreilles, ce petit film polonais en noir et blanc a réussi à trouver son public (tout de même 500 000 entrées en France). Il a évidemment remporté un grand nombre de prix (il a notamment tout raflé aux European Film Awards), sa consécration finale étant l’Oscar du meilleur étranger, au passage, une première pour la Pologne. La bande-annonce m’avait déjà intriguée à l’époque et j’avais lu de très bonnes critiques, que ce soit dans la presse ou sur différents blogs. Il est resté longtemps dans mon cinéma mais je ne sais pas trop pourquoi, je ne suis pas allée le voir. De plus, Pawel Pawlikowski n’est pas pour moi un réalisateur totalement méconnu puisque j’avais vu un de ses longs-métrages, My Summer of Love (avec Natalie Press, Emily Blunt et Paddy Considine), un film qui m’avait déçue et pourtant je le trouvais tout de même intéressant. Son Oscar tout comme l’ultra sévère critique de Chonchon (comme quoi, je ne suis pas la seule à killer les films – soyons solidaires !) m’ont poussée à le découvrir une bonne fois pour toutes. Je ne dirais pas que je suis déçue mais je trouve tout de même certaines critiques excessives. Je n’ai pas vu tous les films nommés dans sa catégorie aux Oscars (bon, j’en ai vu tout de même 3 sur 5), mais oui, j’aurais préféré que Les Nouveaux Sauvages gagne à la place. Cependant, ne tournons pas trop autour du pot : certes, j’ai aimé Ida malgré mes petits reproches, notamment une première partie un peu trop longue à mon goût. Cependant, même si le film ne m’a pas autant bouleversée que j’aurais pu l’imaginer, j’ai tout de même été touchée par l’histoire, notamment sa seconde partie, selon moi plus réussie et qui permet au film de prendre tout son sens. Voir cette jeune fille (Ida / soeur Anna) qui décide de son sort, à prendre en quelque sorte un nouveau départ, est très touchant. Il est également intéressant de voir comment le portrait d’Ida, qui reste le personnage principal, est mis en parallèle avec les personnages secondaires, comme celui de la tante d’Ida et du jeune musicien. D’un côté, Pawel Pawlikowski réussit à montrer les différentes réactions suscitées par l’Histoire. La tante a toujours mal à se relever suite aux souffrances infligées à sa famille juive (ce qui explique son alcoolisme et ses idées sombres) à cause de la Shoah tandis qu’Ida accepte malgré tout ce passé douloureux qui fait partie d’elle et c’est en l’acceptant qu’elle pourra faire les choix et devenir la femme qu’elle devait être. De l’autre, le musicien joue un rôle très important. La musique représente à la fois tout ce qui semble interdit au sein du couvent (elle représente alors un espace de liberté possible) et paradoxalement elle représente aussi une forme de spiritualité et de foi.

Ida : Photo Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska

Nous comprenons alors que les révélations sur les parents d’Ida ne sont qu’un prétexte pour évoquer les choix de chaque individu face à son histoire et cela dépasse bien la question de la religion et de la spiritualité. Cependant, je peux comprendre que certains spectateurs aient pu être frustrés par cette partie du scénario. Il n’est pas faux de dire que les vingt dernières minutes relancent le film. Pour moi, cela serait réducteur de dire que tout l’intérêt du film réside à la fin. Pourtant, cette dernière partie permet effectivement au propos de prendre forme. Quelque part, le scénario est plutôt puissant, pour moi la magie a tout de même opéré et pourtant il est dommage de voir une première partie un peu moins à la hauteur. Au-delà d’une histoire qui peut sembler simple, mais qui est en réalité bien plus complexe, nous ne pouvons pas passer à côté de ce qui touche l’esthétique. Tout d’abord, la mise en scène est très soignée, précise et calculée. J’avais peur que cette forme de minimalisme me rebute mais en fait pas du tout. Le travail qu’a effectué le réalisateur est ambitieux mais n’est jamais pour moi prétentieux. De plus, le noir et blanc est vraiment magnifique, mettant vraiment en relief les personnages et les décors. Effectivement, ce choix rend le film un peu plus froid mais je pense que c’est voulu par le réalisateur, notamment par la présence de la neige, qui renforce cette idée de froideur. Le noir et blanc montre également la grande part d’Histoire qui secoue notre héroïne et les personnages secondaires. Sans dire que ce choix rend ce film sublime, je trouve que le noir et blanc renforce tout de même bien la dualité d’Ida / soeur Anna, à la fois face à un passé sombre et une foi et un destin qui confirme l’envie de vivre sa vie comme elle l’entend. Enfin, Ida est servi par un très bon casting. Agata Trzebuchowska, qui incarne Ida, n’avait jamais joué dans un film avant celui-ci pourtant elle a beaucoup de talent et dégage une quantité d’émotions. Dans un rôle plus secondaire mais tout de même important, j’ai également beaucoup aimé l’interprétation d’Agata Kulesza. qui incarne la troublante Wanda (la tante d’Ida), une femme qui peut sembler dure (en contraste avec l’apparence innocente et fraîche de sa nièce) mais qui est en réalité très fragile.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik