Midnight Special

réalisé par Jeff Nichols

avec Michael Shannon, Jaeden Lieberher, Joel Edgerton, Adam Driver, Kirsten Dunst, Sam Shepard, Sean Bridgers, Dana Gourrier…

Science-fiction, drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 16 mars 2016

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Fuyant d’abord des fanatiques religieux et des forces de police, Roy, père de famille et son fils Alton, se retrouvent bientôt les proies d’une chasse à l’homme à travers tout le pays, mobilisant même les plus hautes instances du gouvernement fédéral. En fin de compte, le père risque tout pour sauver son fils et lui permettre d’accomplir son destin. Un destin qui pourrait bien changer le monde pour toujours.

Midnight Special : Photo Jaeden Lieberher, Michael Shannon

Jeff Nichols est un de mes réalisateurs chouchous. Suivant sa carrière de près, j’ai alors vu tous ses films et je n’ai jamais été déçue, au contraire je les trouve tous excellents. Pour moi, Take Shelter est même un chef-d’oeuvre. J’attendais donc beaucoup Midnight Special (présenté à la dernière Berlinale en compétition), qui avait l’air sur le papier différent des précédents films de Nichols grâce à cette incursion vers la science-fiction. Pour la petite info (pour ceux et celles qui ne l’auraient pas eu), le titre, comme tous les autres longs-métrages de Nichols, fait référence à une chanson folklorique traditionnelle interprétée par des prisonniers du sud-est des Etats-Unis au début du 20e siècle. Cette chanson a été reprise par Huddie William Ledbetter en 1934, puis reprise par Harry Dean Stanton en 1967 dans Luke la main froide. Mais surtout, ce qui peut expliquer davantage le choix du titre, le groupe Creedence Clearwater Revival l’avait interprété dans le film La quatrième dimension en 1983 (merci Allocine). J’avais confiance en Nichols (même si, en même temps, j’avais un peu peur qu’il se casse aussi la gueule avec la SF justement) et Midnight Special est effectivement à la hauteur de tout ce que je pouvais imaginer. On pense évidemment à certains films de Spielberg (Rencontres du Troisième Type, E.T.) ou visiblement à Starman de John Carpenter, les références et les hommages sont visibles. Cela dit, contrairement à beaucoup de films actuels (qu’ils soient bons ou non), je n’ai pas trouvé que ces fameuses références bouffaient le long-métrage. Selon moi, on retrouve vraiment la patte de Nichols là-dedans, il y a alors une véritable cohérence entre ce Midnight Special et le reste de la filmographie du réalisateur américain. Tous les thèmes qu’il aborde depuis le début de sa carrière sont bien présents : le monde de l’enfance, la peur de laisser son enfant partir (dans tous les sens du terme), la peur en général d’ailleurs, la famille fragilisée ou encore la survie dans la nature. Il y a même des images évocatrices, rappelant également son univers esthétique. Rien que ces éléments sont rassurants : on peut confier à Jeff Nichols un budget plus important tout en gardant sa personnalité. Il a d’ailleurs expliqué que les studios lui avaient laissé toute sa liberté, c’est-à-dire qu’il a pu garder le contrôle de son oeuvre et son équipe habituelle. Je pense que ça peut aussi expliquer la réussite de ce film. J’ai en tout cas été sensible (j’étais même émue) aux propos du film qui tournent principalement autour de la perte d’un enfant, même si ici, via la science-fiction, cela reste métaphorique. J’ai senti en tout cas un véritable traumatisme de la part de Jeff Nichols. Les interviews qu’il a donnés m’ont confirmé mon impression, c’est-à-dire qu’il a failli perdre son propre fils.

Midnight Special : Photo Adam Driver, Jaeden Lieberher

Selon son ressenti, on peut voir la place du deuil dans cette oeuvre mais encore une fois il y a plus généralement l’idée de voir son enfant unique et extraordinaire partir, s’émanciper, vivre sa vie dans une autre communauté pour qu’il puisse s’épanouir et être lui-même. Le propos, très beau, est alors comme je l’expliquais, mis en avant intelligemment par les codes de la science-fiction. Il y a quelque chose de classique (certainement par les hommages à certains films cités plus haut) mais en même temps on ne tombe pas dans une nostalgie dégoulinante. Esthétiquement, c’est très réussi, il y a même des scènes assez spectaculaires sans que ce soit « too much » comme on peut le voir dans certains blockbusters. Midnight Special ne se limite pas uniquement à un film de science-fiction esthétiquement réussi qui livre une jolie réflexion autour de l’enfance ou même à une critique du gouvernement américain et des sectes qui sont capables de détruire des enfants en construction personnelle en se servant d’eux dans le but de pouvoir réussir leur entreprise. Selon moi, le film fonctionne en partie très bien grâce à son montage très réfléchi : on parvient à suivre deux histoires en même temps (d’un côté, comment se déroule le « kidnapping », de l’autre, comment se débrouillent les autorités pour retrouver l’extraterrestre et sa famille) sans se perdre et en permettant à l’histoire d’avancer petit à petit. Le rythme est justement aussi un point fort pour moi même si je sais qu’il pourra déranger certains spectateurs. On ne peut pas dire que l’intrigue se déroule rapidement au contraire. Tout est concentré en quelques petits jours et pourtant le temps semble étirer. Je ne me suis pas ennuyée et j’ai trouvé ce choix audacieux. L’attente est à mon avis un des éléments centraux de ce film. Tous les parents au monde se sont certainement retrouvés dans cette situation d’attente, où le temps semble être suspendu alors que les événements se déroulent parfois en peu d’heures ou jours. C’est cette attente en question qui crée une tension dans ce film et même qui participe en quelque sorte à son ambiance. Elle permet aussi de mieux cerner les personnages, leur but aussi. Pas tout est servi sur un plateau, on doit apprendre à comprendre qui ils sont, pourquoi ils doivent agir ainsi et pourquoi justement le temps doit être géré. Ce pari était très risqué car en plus on aurait pu se sentir délaissé en prenant le temps à connaître les personnages mais encore une fois, Nichols a su gérer ce point et lui donner du sens. Enfin, Midnight Special est porté par un excellent casting, que ce soit le charismatique Michael Shannon (acteur fétiche de Jeff Nichols depuis le début de sa carrière), le surprenant Joel Edgerton, le très prometteur Jaeden Lieberher, la douce Kirsten Dunst ou encore Adam Driver qu’on voit définitivement partout (et tant mieux car il est toujours aussi doué).

Midnight Special : Photo Jaeden Lieberher, Kirsten Dunst

 

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Les mondes de Philip K. Dick

Je ne pourrais pas prétendre connaître le travail de Philip K. Dick de A à Z mais cela fait depuis quelques années maintenant (de tête depuis mon entrée à la fac) que je m’intéresse à cet auteur. Je l’ai découvert en regardant certaines adaptations cinématographiques.

Philip K. Dick trouble vos écrans !

♦ J’ai d’abord commencé par ses nouvelles (j’en cite quelques unes si ça peut inciter certains à découvrir son oeuvre) :

  • Le Rapport Minoritaire (The Minority Report), 1956

→ Minority Report de Steven Spielberg (2002) avec Tom Cruise, Colin Farrell, Samantha Morton, Kathryn Morris et Max Von Sydow.

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  • Un jeu guerrier (War Game), 1959
  • Ce que disent les morts (What the dead men say), 1964. La trame est reprise dans Ubik (1966).
  • Ah, être un Gélate (Oh, to be a Blobel), 1964.
  • Souvenirs à vendre (We can remember it for you wholesale), 1966.

Total Recall de Paul Verhoeven (1990) avec Arnold Schwarzenegger, Sharon Stone et Michael Ironside.

Total Recall : Mémoires Programmées (Total Recall) de Len Wiseman (2012) avec Colin Farrell, Kate Beckinsale, Bryan Cranston et Jessica Biel.

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  • La Foi de nos pères (Faith of our fathers), 1967.
  • La Fourmi électrique (The Electric Ant), 1969.
  • Nouveau modèle (Second Variety), 1953.

Planète Hurlante (Screamers) de Christian Duguay (1995) avec Peter Weller.

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  • L’Imposteur (The Impostor), 1953.

Impostor de Gary Fleder (2001) avec Gary Sinise, Vincent D’Onofrio, Mekhi Pfifer, Madeleine Stowe, Tony Shalhoub et Gary Dourdan.

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♦ Puis j’ai eu l’occasion de découvrir deux romans (qui font partie de ses plus connus) qui font

  • Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Do Androids Dream of Electric Sheep ?), 1968.

Blade Runner de Ridley Scott (1982) avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young et Darryl Hannah.

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  • Susbtance Mort (A Scanner Darkly), 1977.

A Scanner Darkly de Richard Linklater avec Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr., Woody Harrelson et Rory Cochrane.

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♦ Il y a eu également d’autres adaptations cinématographiques de ses nouvelles ou romans :

  • La Clause du Salaire (Paycheck), 1953.

Paycheck de John Woo (2003) avec Ben Affleck, Aaron Eckhart, Uma Thurman, Paul Giamatti, Michael C. Hall et Kathryn Morris.

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  • L’Homme doré (The Golden Man), 1954.

Next de Lee Tamahori (2007) avec Nicolas Cage, Jessica Biel, Julianne Moore.

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  • Rajustement (Adjustement Team), 1954.

L’Agence (The Adjustement Bureau) de George Nolfy (2011) avec Matt Damon, Emily Blunt, Anthony Mackie, Terrence Stamp, John Slattery et Michael Kelly.

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♦ Nova Production m’a proposé de regarder avant sa diffusion sur Arte le documentaire sur cet auteur qui s’intitule (vous l’aurez compris au titre de ce billet) Les Mondes de Philip K. Dick. Il s’agit d’une excellente surprise qui plaira à un grand nombre de spectateurs, c’est-à-dire à la fois les fans de l’auteur ou les gens qui connaissent déjà son oeuvre et ceux qui n’ont jamais lu ses nouvelles ou ses romans. Ce documentaire, court, bien rythmé et passionnant, se présente comme une sorte de biographie permettant de mettre en lumière son oeuvre. Ainsi, il n’y a rien de voyeuriste lorsque le documentaire se plonge dans des moments douloureux et intimes (comme la perte de sa soeur). Le but n’est pas qu’on pleure sur son sort (même si c’est évidemment émouvant, je n’ai pas un coeur de pierre !) mais de comprendre ce qui l’a poussé à écrire ou encore pourquoi certains thèmes ou descriptions sont récurrents dans son oeuvre. J’ai également apprécié de voir des documents d’archive avec l’auteur himself. Personnellement, je n’avais jamais réellement eu l’occasion de le voir s’exprimer dans des vidéos donc ça m’a aidée à mieux le cerner. Il y a aussi de nombreux intervenants qui parlent de Philip : sa famille, ses amis, des auteurs de SF, son psy, des scientifiques et même Rutger Hauer. On ne tombe pas dans le défilé de personnalités qui veulent juste montrer leur lien avec Dick, il s’agit de témoignages qui permettent de nouveau d’apprendre à connaître davantage l’hommes, son écriture et ce qu’il a apporté plus généralement à la science-fiction. On s’aperçoit alors à quel point son oeuvre est toujours aussi universelle et que la science-fiction ne devrait pas être une barrière mais au contraire une ouverture sur des questions à la fois actuelles, existentielles et profondément humaines. Enfin, et c’est pour ça que j’écris aussi ce billet, ce documentaire réussit à montrer le lien fort entre les oeuvres de Philip K. Dick et le cinéma. Il faut dire que son oeuvre, très visionnaire, liée à sa personnalité torturée, ne peut être que destinée au cinéma.


Les mondes de Philip K. Dick, documentaire réalisé par Yann Cocquart, co-écrit avec Ariel Kyrou.

Diffusion sur Arte le mercredi 2 mars à 22h35.


Seul sur Mars

réalisé par Ridley Scott

avec Matt Damon, Jessica Chastain, Kristen Wiig, Jeff Daniels, Michael Peña, Sean Bean, Kate Mara, Sebastian Stan, Mackenzie Davis, Chiwetel Ejiofor, Benedict Wong, Aksel Hennie, Donald Glover, Chen Shu…

titre original : The Martian

Film de science-fiction américain. 2h24. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Seul sur Mars

Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

Seul sur Mars : Photo Matt Damon

Seul sur Mars est une adaptation du premier roman d’Andy Weir (publié en 2011). Je n’ai pas lu le roman (même s’il m’intéresse fortement) mais j’ai toujours aimé les films de science-fiction et ces dernières années, le cinéma nous a offerts de belles sensations, notamment avec Interstellar et Gravity. Seul sur Mars semble alors être LE film de science-fiction de l’année à voir. Pourtant, malgré mon attirance pour ce genre de cinéma, je n’étais pas sûre d’aller voir ce film. En effet, même si Ridley Scott reste un très grand réalisateur, je n’aime pas forcément tout ce qu’il fait (même j’adore certains de ses films mais disons que je ne trouve pas le bonhomme régulier) et je ne suis jamais allée au cinéma voir un des films parce que c’était lui qui l’avait réalisé. Cela peut vous paraître très bête mais je trouvais (c’est d’ailleurs toujours le cas) l’affiche tellement laide que j’avais vraiment l’impression qu’il s’agissait limite d’un navet (je ne sais pas si c’est moi mais cette affiche me fait penser aux pochettes des vieilles VSH des années 90 !). Finalement, après avoir découvert les bonnes critiques, que ce soit de la part de la presse ou de mes amis les blogueurs, je me suis dit qu’il fallait tout de même tenter l’expérience même si je ne pensais pas aller voir un chef-d’oeuvre. Juste pour la petite précision, suite à des problèmes d’horaires, j’ai dû aller voir le film en 3D alors que j’ai vraiment du mal avec ça. Finalement, même si ça sert à rien, ce n’était pas forcément ma pire expérience avec ce gadget (et c’est la première que je testais la 3D avec les sous-titres, ça sert à rien mais je vais le dire : c’est de la bombe de voir les mots sortir de l’écran !). Sinon, dans l’ensemble, même s’il ne s’agit pas d’un grand film, j’ai bien aimé ce Seul sur Mars. Je suis allée dans le but de me divertir et effectivement le film est un bon divertissement, ce qui est déjà pas si mal que ça. Certes, il n’est pas parfait mais il reste bien foutu dans son genre. Et encore, j’arriverais presque à excuser certains défauts, en tout cas, je comprends derrière la démarche. Par exemple, je dois avouer que j’ai trouvé le film un peu long mais je ne vois pas comment ce film aurait pu être plus court, il fallait bien exposer l’histoire, montrer aussi cette question de durée (car c’est justement tout le problème posé dans le film : comment sauver quelqu’un face à un temps limité ?).

Seul sur Mars : Photo Jeff Daniels

Je ne dirais pas que le film est pro-américain à la Michael Bay par exemple mais c’est vrai qu’il reprend toutes les bonnes vieilles habitudes qu’aiment tant les Américains, du genre tout le monde s’applaudit et s’embrasse et blablabla. Bon, faut s’y faire, c’est la vie même s’il n’y a de dégueu non plus. Il faut aussi avouer que, contrairement justement aux films que j’ai cités, il y a peut-être moins d’enjeux, en tout cas ils sont peut-être moins intenses parce qu’on sait finalement assez vite comment le film va se terminer. Après, est-ce réellement totalement un défaut ? Je ne pense pas. En effet, ces derniers temps justement, les films de science-fiction étaient tout de même assez sombres. Or, celui-ci a quelque chose de solaire. Cet aspect passe notamment par ses choix esthétiques. Au passage, tous les choix techniques et esthétiques sont vraiment époustouflants sans que ça soit too much. Bref, le film a quelque chose de positif, dans un sens, on pourrait même dire qu’il s’agit plutôt d’un feel good movie dans l’espace. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié toutes les touches d’humour incrustées tout le long du scénario. Alors certes, effectivement, la relecture de Robinson Crusoë aurait pu être renforcée mais j’ai totalement adhéré à ce choix de légèreté. Même les personnages ont tous quelque chose de positif, tout le monde est assez cool. Certes, le personnage incarné par Jeff Daniels n’est pas forcément LE gentil de l’histoire mais pour caricaturer j’ai du mal à le classer totalement parmi les méchants ou les pourris, disons que je comprends le point de vue du personnage. Cela aurait pu être gênant d’un point de vue narratif mais je trouve encore une fois que ça fonctionne. Ce que je veux dire, c’est ce que je comprends qu’il y ait des choses qui puissent gêner certains spectateurs, je comprends les critiques plus négatives ou mitigées mais j’ai adhéré à tous ces choix pour moi plus que défendables. Enfin, Seul sur Mars bénéficie d’un très bon casting. Evidemment, on pense tout d’abord à l’interprétation de Matt Damon. Il est comme souvent très bon, très convaincant et communique toujours sa sympathie et sa bonne humeur, du coup il rend son personnage encore plus attachant qu’il ne l’est déjà sur le papier. Mais tous les seconds rôles sont bons et surtout (en tout cas, c’est ce qui m’a frappée), je trouve le casting très cohérent alors que sur le papier je n’aurais pas nécessairement imaginé tous ces acteurs issus d’horizons assez différents jouer dans un même film.

Seul sur Mars : Photo Aksel Hennie, Jessica Chastain, Kate Mara, Matt Damon, Sebastian Stan

 

The Lobster

réalisé par Yorgos Lanthimos

avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden, Olivia Colman, Ashley Jensen, Ariane Labed, Angeliki Papoulia, John C. Reilly, Léa Seydoux, Ben Whishaw, Michael Smiley…

Science-fiction, comédie dramatique grec, britannique, irlandais, français, néerlandais. 2h. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

The Lobster

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

The Lobster, reparti avec le Prix du jury au dernier festival de Cannes (présidé par les frères Coen), est le premier film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos tourné en anglais. Son passage cannois ainsi que son casting de rêve ont permis à ce film de se faire davantage connaître et à juste titre. En effet, même si je lui ai trouvé quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film assez étrange et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde. Pour ma part, parmi les choses que j’ai moins aimés, j’ai trouvé le film un peu trop long. Je ne me suis pourtant ennuyée mais c’est vrai que j’ai senti quelques longueurs. Le thème musical est également un peu trop répétitif et pas toujours bien utilisé, ce qui peut finir par agacer. Enfin, sans vouloir être méchante, par pitié, pourquoi Léa Seydoux joue-t-elle aussi mal ? Pourquoi récite-t-elle son texte bêtement comme si elle venait de l’apprendre ? Sinon, en dehors de ces trois principaux éléments qui sont, selon moi, des défauts, j’ai vraiment bien aimé ce film qui rappelle évidemment beaucoup l’univers de George Orwell, (notamment avec la présence de la chambre 101 de 1984 ou encore même à La Ferme des Animaux) ou encore à celui de Franz Kafka (lui aussi pour la métaphore animale et également pour son absurdité). The Lobster pourra perturber car il faut avouer que certains contours de l’histoire restent flous. Cependant, même certains pourront douter du travail des scénaristes par rapport à ces imprécisions, je pense que le scénario est volontairement imprécis pour que le spectateur puisse identifier cet univers à son propre monde, finalement autant absurde que celui proposé par Yorgos Lanthimos. Personnellement, je crois que c’est finalement plus le fond qui m’a parlée que la forme pourtant intéressante (la mise en scène m’a plu pour sa précision et sa froideur et semble justement cohérente avec les réflexions défendues) mais qui a ses moments de fragilité. Il est alors intéressant de voir comment les deux parties se répondent et donnent une explication très juste sur l’amour : ainsi, la première partie, qui se déroule dans l’hôtel, montre qu’on ne peut pas forcer les gens à s’aimer. La seconde, qui a lieu au sein de la forêt, appuie le fait qu’on ne peut pas non plus empêcher les gens de s’aimer : les choses doivent finalement arriver quand elles doivent arriver.

The Lobster : Photo Colin Farrell

A partir de ce constat, plusieurs choses m’ont réellement plu : tout d’abord, j’ai trouvé que le passage à la seconde partie n’était pas brutal, il se fait de manière assez naturelle, alors que la division en deux parties aurait pu être assez lourde et trop insistante. Surtout, lorsqu’on regarde la première partie, on aurait pu s’attendre à découvrir les Solitaires comme les « gentils » de l’histoire étant donné qu’ils sont chassés par l’équipe de l’Hôtel et qu’ils sont vus comme des résistants face à la dictature imposée aux célibataires. Or, les Solitaires représentent eux-mêmes une forme de dictature et sont autant ridicules que ceux qui gèrent le sort des célibataires à l’Hôtel (le ridicule passant notamment par le biais de la musique). J’ai donc apprécié qu’on ait évité un manichéisme qui aurait pu pourtant exister. De plus, l’écho au système binaire tant défendu par le système totalitaire de l’Hôtel fonctionne vraiment bien grâce à cette structure elle-même binaire. Il est d’ailleurs intéressant de voir jusqu’où le « concept » est poussé dans le sens où dans le film présente un monde dans lequel il n’y a aucune nuance. Par exemple, on est soit hétérosexuel, soit homosexuel, on ne peut pas être bisexuel. Avec une grande efficacité, The Lobster évoque notre société pas si libre que ça, qui dicte la conduite et la pensée des individus au point de les persuader qu’il n’y a qu’une seule vision de vie possible. Comment ne pas penser à notre société actuelle qui prône la vie à deux à tout prix la vie à deux, comme si vivre seul était une tare ? Mais aussi, comment ne pas penser à cette sorte de mode de ces nouveaux célibataires qui refusent justement toute possibilité de vivre à deux juste par principe ? On pensera évidemment aux sites de rencontres ou même aux speed-dating qui eux aussi ont une vision restreinte des relations de couple, notamment en mettant dans la tête des gens qu’il faut à tout prix que le futur partenaire ait les mêmes goûts ou partage nécessairement des points communs. Par ailleurs, les métaphores (voire même les allégories) auraient également pu être trop appuyées mais le ton m’a paru suffisamment juste pour qu’elles ne nous gonflent pas non plus.

The Lobster : Photo Léa Seydoux

Ainsi, la « représentation » de l’animalisation est très intéressante dans le sens où justement on ne verra jamais la transformation d’un individu en animal une fois qu’il est arrivé à la fin de son séjour. La seule chose qui nous rattache à cette transformation et donc à cette fin sinistre est le frère de David, transformé en chien. Ceux qui échouent tentent de se rattacher à la vie en voulant se transformer en chien, animal fidèle de l’homme, ou encore, en homard (the lobster) car comme l’explique David, il s’agit d’un animal qui vit longtemps, dans l’eau et qu’il peut beaucoup se reproduire. Mais il n’a pas pensé que ce choix était à double tranchant : le homard peut aussi se faire casser les pattes ou se faire bouffer. Il est aussi intéresser de voir que c’est le handicap qui réunirait deux individus. Pour moi, le handicap des personnages serait une représentation de ces critères qu’on attribuerait à tort aux individus pour les persuader de se mettre ensemble alors qu’ils ne sont pas forcément faits pour s’aimer malgré des points communs. Pire, les relations à deux sont vues comme un mensonge et une illusion car en les persuadant d’être pareil que son partenaire, on force les gens à devenir quelqu’un d’autre. Et évidemment, le handicap en guise de points communs entre individus a quelque chose d’absurde. Justement, en parlant de ça, en nous présentant un univers absurde, il est alors logique que l’humour déployé par Yorgos Lanthimos soit lui-même absurde, mais je dirais aussi qu’il y a du cynisme voire même de l’humour noir. Certes, je ne dirai pas que j’étais pliée en deux (en même temps, ce n’était pas le but du film) mais les touches d’humour sont assez efficaces dans le sens où elles appuient là où ça fait mal. Quelque part, même si ce n’est pas forcément le cas en apparence, j’ai trouvé le film émouvant, notamment les dernières minutes du film, très marquantes. Par ailleurs, même si je peux comprendre que ce procédé narratif ait pu énerver certains spectateurs (j’étais d’ailleurs au début plutôt sceptique), la voix off semble vraiment prendre une toute nouvelle dimension une fois qu’on arrive à la fin du long-métrage. En dehors de Léa Seydoux, j’ai trouvé le casting très bon, surtout évidemment en tête (je ne vais pas tous les citer, on ne va plus s’en sortir) Colin Farrell, certes beaucoup moins glamour que d’habitude, mais remarquable ainsi que sa partenaire Rachel Weisz, très émouvante.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

A la poursuite de demain

réalisé par Brad Bird

avec George Clooney, Britt Robertson, Hugh Laurie, Raffey Cassidy, Tim McGraw, Kathryn Hahn, Keegan-Michael Key, Chris Bauer, Judy Greer, Thomas Robinson, Mathieu Lardier…

titre original : Tomorrowland

Film de science-fiction, aventure américain. 2h10. 2015.

sortie française : 20 mai 2015

À la poursuite de demain

Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune… Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

A la poursuite de demain s’inspire de la section futuriste « Tomorrowland », commune aux parcs Disneyland dans le monde. Brad Bird, surtout habitué aux films d’animation (Les Indestructibles en 2004, Ratatouille en 2007), réalise ici son deuxième film de fiction (après Mission Impossible : Protocole Fantôme en 2011). Je n’attendais pas spécialement ce film mais je dois avouer que j’aimais l’idée de découvrir un film « original », c’est-à-dire qu’il ne s’agissait pas d’un remake, d’une suite ou d’un préquel. Surtout, je suis allée le voir dans le but de me divertir. Hélas, A la poursuite de demain n’est pas pour moi l’un des grands divertissements de l’année annoncé depuis des mois. Je n’ai pas forcément détesté le film, il y a des choses très louables dans ce film et on sent derrière l’implication et la sincérité de Brad Bird, qui a préféré ne pas réaliser le prochain Star Wars pour se consacrer à ce film. Mais beaucoup de choses m’ont tout de même dérangée, on va dire que j’ai trouvé le film moyen et très oubliable. Tout d’abord, je me suis tout de même beaucoup ennuyée, surtout dans la première partie du film. J’avais l’impression que le film ne démarrait jamais, le scénario aurait dû, à mon avis, recentrer certaines choses, au lieu de faire du blabla inutile (notamment le fait qu’on voit au début George Clooney et Britt Robertson présenter leur histoire, puis après il n’y a aucun retour dans cette narration mise en place). Le parallèle entre les deux personnages n’est pas très réussi, on a presque l’impression de voir deux films en un tellement que les histoires des deux personnages ont du mal à coller ensemble. Je dois avouer que j’étais à deux doigts de m’endormir au bout d’un moment (et hélas, les nombreux placements de produit ne permettent pas de nous tenir éveiller). La personne qui m’a accompagnée s’est d’ailleurs endormie tout comme d’autres personnes dans la salle, ce qui ne m’a pas du tout étonnée. J’ai d’ailleurs essayé de me mettre à la place des mômes dans la salle. On sait très bien que leur temps de concentration est assez faible, je pense que le film a dû leur paraître très long (et à mon avis pas toujours compréhensible en plus alors que les enfants font tout de même partie du public visé – malgré une lecture adulte).

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

C’est dommage car la seconde partie du film est plus active et plus réussie, heureusement elle relève pour moi un peu le niveau. En effet, je dois avouer que les scènes d’action en jettent vraiment, elles sont bien calibrées, les effets spéciaux sont bluffants, les décors sont époustouflants, il y a également une dose d’humour juste comme il en faut. Ceci dit, si je peux me permettre, malgré les moyens déployer qui permettent aux spectateurs de retourner en enfance, d’être émerveillés par les images projetées (et je fais partie de ces spectateurs en question), j’ai tout de même trouvé le film un peu désuet (je parle ici dans le mauvais sens du terme). Attention, j’aime les films qui sont « vintage » ou qui rendent hommage à certaines périodes etc… Mais là, pour caricaturer mon idée, il y a un moment où j’ai l’impression que le film était arrivé un peu après la bataille, c’est assez étrange comme sensation, ça tue presque l’originalité du film. Heureusement, pour dissimuler ce sentiment, j’ai pu me rattraper sur le « message » qui est finalement à contre-courant de ce que les films « futuristes » nous proposent actuellement. Brad Bird nous présente avec honnêteté ce que nous faisons à la planète mais le pessimisme ne sauvera pas la Terre. En revanche, sans prétendre apporter de solutions concrètes, l’optimisme, l’imagination et la solidarité nous aideront à reprendre notre planète en main. Cela dit, Brad Bird confond parfois optimisme et niaiserie. La fin en est un parfait exemple : et vas-y la musique très lourdingue de Michael Giacchino (déjà que sa musique m’avait saoulée dans Jupiter Ascending) à fond les ballons en nous présentant des gens des quatre coins de la planète avec des phrases vraiment au ras des pâquerettes ! Malgré un spectacle qui ne m’a pas totalement satisfaite, le casting m’a tout de même plutôt emballé. Le duo entre George Clooney et Britt Robertson (sosie officiel de Jennifer Lawrence ?) fonctionne très bien et même si on ne le voit pas beaucoup, j’ai beaucoup apprécié voir Hugh Laurie dans le rôle du méchant. Cependant, à mon avis, la vraie bonne surprise de ce film est la jeune Raffey Cassidy, qui joue son rôle avec plus de nuances et apporte un peu d’émotion.

À la poursuite de demain : Photo George Clooney, Raffey Cassidy

Jupiter : Le destin de l’Univers

réalisé par Andy et Lana Wachowski

avec Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Tuppence Middleton, Gugu Mbatha-Raw, Doona Bae, Tim Pigott-Smith, James d’Arcy, Terry Gilliam, Maria Doyle Kennedy…

titre original : Jupiter Ascending

Film de science-fiction, aventure américain. 2h07. 2015.

sortie française : 4 février 2015

Jupiter : Le destin de l'Univers

Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Mila Kunis

J’avoue ne pas avoir vu tous les films des Wachowski mais même si je n’ai pas forcément aimé ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, j’ai toujours respecté leur travail. J’avais bien aimé le premier Matrix, par contre je n’avais pas compris grand-chose aux deux autres volets de la trilogie. Puis, j’avais été agréablement surprise par Cloud Atlas, une oeuvre complexe mais paradoxalement accessible, longue mais captivante. C’est suite à ce bon souvenir que j’ai voulu aller voir Jupiter : Le destin de l’univers. J’avais même envie de voir ou de revoir (tout dépend du cas) toute leur filmographie. Hélas, je reporte ce projet à plus tard. Je ne m’attendais pas nécessairement à un chef-d’oeuvre mais je souhaitais au moins regarder un film à peu près divertissant et qui tient la route. On en en est très loin. Je vais vous le dire d’entrée, au moins ça sera fait : ce n’est pas un bon divertissement. Aïe aïe aïe. Beaucoup disent que le film est trop court. J’espère qu’ils plaisantent. Honnêtement j’avais hâte que ce machin se termine. Je me suis demandée comment ils avaient pu écrire une crétinerie pareille. J’ai eu l’impression de revoir un vieil épisode de Charmed, avec les mêmes dialogues pourris et des méchants bien nazes. L’histoire est franchement débile mais les Wachowski réussissent paradoxalement à rendre cette ânerie compliquée. Dans l’histoire, je n’ai toujours pas compris pourquoi Jupiter est si particulière que ça. Le film a également des difficultés à creuser les thèmes présents. De plus, on comprend qu’il y a un rapport avec l’immigration et la famille, pourtant les réalisateurs ne se servent pas vraiment des origines russes de l’héroïne ni de la mort du père de Jones. On a juste droit à une série de clichés sur les russes et le décès du paternel juste là à nous émouvoir très très très rapidement. Pour ne rien arranger (ce qui peut expliquer l’impression de revoir les aventures des soeurs Halliwell sur grand écran), on nous sert une histoire d’amour pourrie et dégoulinante. Mais en plus d’être complètement niaise, cette romance est ratée puisqu’il n’y a aucune alchimie entre Mila Cunni Kunis et Shining Channing Tatum.

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Bean

Jupiter Ascending est également le fourre-tout des pires clichés du cinéma américain comme des dialogues interminables alors le méchant a le temps de buter 140 fois la personne en face d’elle, la cérémonie de mariage qui s’interrompt pile poil quand il le faut ou encore une psychologie de comptoir (les méchants nous font tout un foin avec leur mère). Entre-temps, on ne sait pas trop pourquoi, les Wachowski nous livre une interminable scène qui se déroule au sein de l’administration galaxique. J’ai juste envie de dire : pourquoi ??? Les Wachowski auraient-ils des problèmes avec l’administration ? Bordel, tout le monde en a, ce n’est pas pour ça qu’on fait chier tout le monde ! En plus, la scène n’est franchement pas drôle (d’ailleurs, tous les gags tombent à plat). Je ne vous parle de la fin, assez naze dans son genre : Jupiter est très heureuse de récurer des chiottes déjà propres et de se lever à quatre heures du mat’ pour faire du café à sa maman et tous les autres membres de sa famille. Oui, il a fallu se taper plus de deux heures de film interminables pour nous dire que la famille, c’est chouette, et qu’il faut se contenter de ce qu’on a. Wooow. Hélas, face à tant de bêtises scénaristiques, on ne peut même pas se raccrocher au spectacle. J’ai trouvé le résultat indigeste car il y en a trop : trop tape à l’oeil, trop d’effets spéciaux, trop de créatures abominables avec des oreilles laides, trop d’action (j’ai vu le film en 2D et c’est parfois à même lisible, je n’ose même pas imaginer le résultat en 3D), trop de musique envahissante, trop de costumes kitsch (non ce n’est même plus beau au bout d’un moment). Je crois que je suis même devenue épileptique. Enfin, le casting est lamentable. Mila Kunis, probablement présente pour son physique (il faut bien faire plaisir aux messieurs surtout avant cette foutue St-Valentin à la con) est totalement inintéressante. Il faut dire qu’elle n’est pas aidée par le scénario vraiment creux qui ne la valorise absolument pas alors que c’est elle la Jupiter du titre. Elle n’en fout pas une, j’ai rarement vu une héroïne passive. D’habitude, je n’ai rien contre Channing Tatum et Sean Bean mais là ils sont existants. Mais les deux pires sont certainement Eddie Redmayne et Douglas Booth, vraiment ridicules. A chaque fois que Redmayne apparaissait à l’écran, j’avais envie d’exploser de rire. Il y a de quoi : le gars tente de parler comme dans une pièce de Shakespeare (enfin très vaguement – en gros il a la voix perchée) mais avec le nez bouché. Quant à Booth (remember, un des mômes insupportables dans Noé), je me demande vraiment ce qu’on lui trouve, il a autant de talent qu’une endive…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Eddie Redmayne

Interstellar

réalisé par Christopher Nolan

avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine, John Lithgow, Casey Affleck, Mackenzie Foy, Wes Bentley, Timothée Chalamée, David Gyasi, David Oyelowo, Ellen Burstyn, Matt Damon…

Film de science-fiction américain. 2h50. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

Interstellar

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire.

Interstellar : Photo Anne Hathaway, David Gyasi, Matthew McConaughey

J’ai mis du temps à aller voir Interstellar au cinéma, pratiquement un mois après sa sortie. Le film avait beau m’attirer, les critiques étant, dans l’ensemble, plutôt bonnes, j’avais pourtant quelques réserves (et le manque de temps n’a sûrement rien arrangé). En effet, à part Memento que je trouve vraiment excellent, je n’aime pas forcément le travail de Nolan malgré un talent évident. Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’aime bien Batman Begins mais j’ai énormément de mal avec The Dark Knight (pourtant si aimé par le public) et The Dark Knight Rises. Je n’ai également pas aimé Le Prestige, qui m’ennuie énormément (peut-être à cause du fameux « truc » que j’ai deviné très tôt et qui m’a sûrement plombé mon visionnage). Quant à Inception, je trouve qu’il s’agit d’un très bon divertissement, remontant le niveau des blockbusters, mais le mix Paprika de Satoshi Kon / Philip K. Dick / Kubrick me dérange beaucoup. Cependant, j’ai voulu donner à Interstellar sa chance, en essayant de ne prendre aucun parti. Avant d’aller le voir, j’ai ôté de mon esprit toutes les critiques que j’avais lues et j’ai tout fait pour ne pas avoir une dent d’avance contre Nolan, qui commençait alors à m’agacer ces derniers temps. A ma grande surprise, j’ai adoré ce film. Beaucoup d’expressions pourraient désigner ce film mais je dirais qu’il s’agit d’une odyssée spatiale puissante et bouleversante humaniste, s’apparentant à un conte humaniste, philosophique, métaphysique, écologiste et tragique. Interstellar fait pour moi partie des meilleurs sortis au cinéma cette année.

Interstellar : Photo Mackenzie Foy, Matthew McConaughey

Comme promis, Nolan nous offre un magnifique spectacle en mettant le paquet sur des effets spéciaux grandioses et sur une reconstitution époustouflante de l’espace. Mais heureusement, le film ne se limite pas qu’à une formidable expérience visuelle maîtrisée. L’histoire en elle-même est très émouvante. Je dois même avouer que j’étais souvent au bord des larmes. J’ai totalement adhéré au lien qui unit la relation fusionnelle entre Cooper et sa fille Murphy avec le voyage dans l’espace-temps. Je n’ai pas de connaissances scientifiques (je me suis tapée 7 au bac de SVT/physique et c’était cher payé), il y a probablement des erreurs sur des faits. Mais l’histoire est pour moi bien racontée et le film en lui-même est si captivant que j’ai « oublié » ce possible problème durant la séance. Il est également si scotchant que je n’ai également pas vu passer les 2h50, que je redoutais pourtant. Quant au langage scientifique employé par les personnages, il est complexe pourtant je ne me suis pas sentie perdue face aux dialogues. La musique délicate de Hans Zimmer, qui contribue à l’atmosphère visuelle et émotionnelle, m’a également séduite. Enfin, le casting est vraiment bon. Matthew McConaughey montre encore une fois l’étendue de son talent en incarnant ce père astronaute avec beaucoup de justesse. Je n’aime pas spécialement Anne Hathaway, même si je n’ai rien contre elle et qu’elle m’a parfois plu dans des films, mais je remarque qu’elle est toujours à l’aise dans les films de Nolan (oui, je l’avais bien aimé en Catwoman dans The Dark Knight Rises). J’ai même trouvé l’actrice assez émouvante. Enfin, Jessica Chastain, qu’on voit pourtant peu, livre également une interprétation remarquable.

Interstellar : Photo Jessica Chastain

Under the skin

réalisé par Jonathan Glazer

avec Scarlett Johansson, Jeremy Williams, Paul Brannigan…

Film de science-fiction britannique. 1h47. 2013.

sortie française : 25 juin 2014

Under the Skin

Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

Under the Skin : Photo Scarlett Johansson

Avant d’avoir réalisé Sexy Beast et Birth, Jonathan Glazer était un très bon vidéaste. En effet, c’est lui qui a signé les clips de Radiohead (Street Spirit, Karma Police), Blur (The Universal) ou de Jamiroquai (Virtual Insanity) – à voir pour ceux qui ne les auraient toujours pas vus. Pour ce troisième long-métrage, Glazer adapte le roman Sous la peau de Michel Faber. Under the skin est un long-métrage qui se veut expérimental, original et innovant. En effet, certaines scènes ont été filmées en caméra cachée. Glazer joue également beaucoup sur le son, l’espace, le rythme, les sensations et je dois reconnaître que c’est maîtrisé techniquement. Hélas, les belles images et un talent technique ne font pas forcément un bon film. J’ai eu l’impression d’assister à une énorme arnaque cinématographique. J’étais même à deux doigts de sortir de la salle et les gens autour de moi n’en pouvaient plus. Il n’y a tout simplement pas d’histoire. On voit quand même durant une bonne demie-heure, voire même plus une nana dans son camion en train de draguer des hommes puis les ramener dans de l’eau sur un fond noir (ne cherchez pas d’explication) enfin ces derniers disparaissent. Il faut avouer que ce n’est pas très passionnant.

Under the Skin : Photo

A cause de ce problème narratif, on finit même par se demander de quoi ça parle. Il parait aussi que le personnage incarné par Johansson s’appelle Laura. Je n’avais pas remarqué ce petit détail car le film ne dit tellement rien (et je ne crois pas m’être endormie). On ne sait pas non plus qui est ce fichu mec qui poursuit Scarlett tout le long du film. En réalité, le problème de ce film est qu’on ne comprend rien car on ne fait que supposer : d’habitude, j’apprécie les films subtils ou ceux qui jouent beaucoup avec les interprétations mais le scénario est tellement vide qu’on ne peut pas s’intéresser à ce qu’on nous « raconte ». On ne saura pas vraiment pourquoi le personnage de Johansson attire des hommes (je suppose que c’est pour vivre… mais voilà ce n’est qu’une supposition, il n’y a absolument rien de clair sur le sujet) ni ce qui se passe une fois les hommes dans l’eau. La fin est également très ratée. Elle aurait pu être intéressante mais elle arrive comme un champignon justement toujours à cause d’une histoire très inintéressante. On a presque l’impression d’avoir une sorte de « twist » sauf qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. En effet, même si au bout d’un moment, on ne sait toujours pas de quoi parle le film, vu les scènes expérimentales et surtout la toute première scène (et aussi au synopsis), on se doute bien que le personnage de Johansson n’est pas trop « normale ». Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette fin. On a presque envie de rire, ce qui est assez terrible vu que ce n’est pas son but.

Under the Skin : Photo

Mais surtout, à force de jouer sur l’expérimental et de se prendre pour Kubrick, Jonathan Glazer ne raconte rien. En clip ou en court-métrage, le film aurait pu être intéressant. Le projet a du mal à tenir sur un long-métrage. Pour essayer de réaliser son long-métrage, non seulement Glazer accumule les scènes répétitives, mais aussi les scènes ridicules ou grotesques : je pense par exemple à ce pauvre gosse qui chiale sur la plage ou encore à cette interminable scène de repas (en gros, Johansson met une plombe pour bouffer une part de gâteau). Surtout, et c’est peut-être le plus pathétique, c’est qu’on ne ressent rien. Normalement, les films expérimentaux, les fameux « OFNIS », peuvent plaire aux spectateurs car ils provoquent des sensations inédites. Pour ma part, je n’ai absolument rien ressenti, si ce n’est de l’ennui car le film est très mou. Je ne vois pas non plus où veut en venir le film. En gros, l’homme est mauvais, les extraterrestres développent des sentiments humains et Glasgow c’est moche et pluvieux, avec que des goujats. Wow, il a fallu se coltiner un film interminable pour savoir ça (à part pour l’Ecosse – vu que je n’y suis jamais allée), bravo John (ouais, j’ai donné un p’tit surnom au réalisateur, ça le rend plus sympathique). Scarlett Johansson, sexy pour certains, mais pour moi qui ressemble à une prostituée avec son immense rouge à lèvres, son horrible manteau en fourrure et son pull rose (et aussi, personnellement et sans aucune jalousie, je n’aime absolument pas sa coupe de cheveux – on dirait un Lego – mais bon une bonne partie du public a sûrement délaissé ce détail pour regarder autre(s) chose(s)) fait de son mieux pour qu’on s’intéresse à son personnage mais le scénario manque trop de consistance pour qu’elle puisse faire quelque chose d’intéressant.

Under the Skin : Photo

Lucy

réalisé par Luc Besson

avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Choi Min-Sik, Amr Waked, Analeigh Tipton, Frédéric Chau…

Film d’action, science-fiction français. 1h30. 2014.

sortie française : 6 août 2014

Lucy

A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

Lucy : Photo Scarlett Johansson

A l’heure actuelle, Lucy a dépassé les 4,5 millions de spectateurs en France et cartonne également à l’étranger. Histoire de briller en société et de me vider l’esprit avant la rentrée, j’ai fini par aller voir le dernier Besson même si je craignais le pire rien qu’en voyant la bande-annonce. Je comprends les critiques qui défendent un peu ce film, en disant qu’il est divertissant. Certes, je ne me suis pas ennuyée. Mais on reste en réalité scotché face à tant de bêtises et de délires. Je pourrais résumer Lucy en deux mots : débile et prétentieux. Le deuxième mot est particulièrement important. En effet, Besson veut tenter d’allier un cinéma intellectuel avec le cinéma d’action. Sur le papier, pourquoi pas, sauf que Besson se prend tout de même pour Kubrick et Malick, oui rien que ça. Forcément, j’ai eu du mal à prendre ce film comme un simple divertissement puisque Besson se prend vraiment trop au sérieux. Etre ambitieux est une bonne chose mais il faut encore bien accomplir le travail derrière. Il faut constater le carnage : insertions foireuses d’animaux comme si on regardait un doc de National Geographic, les commentaires de Morgan Freeman derrière très lourds sur les dauphins, l’immortalité et la reproduction (blablabla), scènes à se péter de rire involontairement jusqu’à en pleurer et en avoir mal au ventre (grand moment de rigolade lorsque la drogue se propage dans le corps de Lucy, qui saute ainsi dans tous les sens, pareil en ce qui concerne la scène dans l’avion), dialogues peu crédibles (ainsi, lorsque Lucy dit à sa mère qu’elle ressent tout et qu’elle se souvient des sensations lorsqu’elle n’était qu’un foetus, sa mère poursuit « oui très bien ma chérie, très contente que tu m’appelles », normal) ou encore la rencontre entre les deux Lucy (rien que ça).

Lucy : Photo Scarlett Johansson

Le montage, qui introduit alors les fameuses scènes qui rappellent un peu trop les films de Kubrick ou Malick, semble surtout être un moyen de cacher un scénario terriblement pauvre, voire même inexistant. Besson reprend également ses bonnes vieilles habitudes sans aucune surprise (scènes de poursuite en voiture, des méchants asiatiques) en tentant de cacher ce vide scénaristique. Ce scénario ne se penche pas plus que ça sur cette Lucy. Finalement, on ne sait rien d’elle. Malgré les quelques répliques du style « je prends une douche, j’ai examen demain » et la colocataire (forcément à moitié à poil), j’ai eu du mal à imaginer l’imaginer étudiante (j’imagine que ce statut permet de faire un nouveau lien avec le thème de la connaissance). Or, Lucy ne reste que pour moi une blondasse habillée vulgairement (et vas-y le haut léopard, la petite robe rouge, ou encore je mets un soutif noir avec un haut blanc histoire qu’on voit bien mes nichons) qui a d’un coup des pouvoirs improbables et qui débarque en mode connasse qui pète la gueule (hop un ou deux guns, je te fracasse la gueule). Pire, elle demande sans cesse de l’aide aux autres sauf qu’on va vite s’apercevoir que les seconds rôles ne servent à rien. Les réflexions de Besson restent également foireuses. Encore une fois, sur le papier, le sujet était intéressant mais Besson ne le maîtrise pas, confondant beaucoup de notions, comme l’intelligence, la connaissance, les capacités et ne prend surtout jamais en compte celles d’inné / acquis. Du coup, les actes de Lucy paraissent trop improbables pour qu’on croit à l’histoire et au personnage principal. Enfin, je n’ai pas non plus aimé le casting. Il faut être réaliste deux secondes : Besson a probablement plus choisi Scarlett Johansson pour son physique et ses petites tenues que pour son talent. Certes, je ne demandais pas forcément une performance à Oscars, on est bien d’accord, mais là j’ai trouvé Johansson vraiment très mauvaise. Je n’ai pas non plus aimé Choi Min-Sik, que j’aime pourtant beaucoup, mais qui semble ici se caricaturer. Quant à Morgan Freeman (que j’aime bien également), il n’est pas forcément mauvais, mais depuis un certain temps, il joue toujours la même chose (en gros le gars qui apparaît quelques minutes et balance trois phrases bien toutes faites, en utilisant sa voix de vieux sage).

Lucy : Photo Scarlett Johansson

 

Her

réalisé par Spike Jonze

avec Joaquin Phoenix, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde, Chris Pratt, Portia Doubleday…

avec les voix V.O. de Scarlett Johansson, Brian Cox, Stéphanie Sokolinski, Spike Jonze, Bill Hader, Kristen Wiig…

Film de science-fiction, drame, romance américain. 2h06. 2013.

sortie française : 19 mars 2014

Her

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

Her : Photo Joaquin Phoenix

Her, le quatrième long-métrage de Spike Jonze, a remporté l’Oscar et le Golden Globe du meilleur scénario original. Il est vrai que l’histoire en elle-même est originale (même si le film m’a parfois vaguement rappelé un p’tit film belge méconnu, Thomas est amoureux) et pourrait séduire d’avance. J’ai trouvé la vision du futur plutôt intéressante, que ce soit d’un point de vue visuel (on est dans un futur « hipster », l’image est soignée et colorée, ce qui accentue l’image lisse de la société) ou moral (les gens font appel à des auteurs pour écrire des lettres personnelles). Ainsi, Jonze dénonce une société trop exigeante, qui est paradoxalement en sur-communication mais n’arrive plus à communiquer de la manière la plus humaine possible et montre que le métier d’écrivain est en danger. Au-delà de la technologie qui se mêle aux sentiments, Jonze exploite plutôt intelligemment le thème du désir et la projection d’un être idéalisé. J’ai également beaucoup aimé les personnages et évidemment leurs interprètes. Tout d’abord, il est nécessaire de s’attarder sur le personnage principal Theodore Twombly, merveilleusement bien interpréter par Joaquin Phoenix. Au premier abord, le personnage pourrait apparaître complètement barré (le fait qu’il tombe amoureux d’un système d’exploitation). Mais est-il vraiment sonné ? N’est-ce pas plutôt ces gens qui ne sont même plus foutus d’écrire eux-mêmes des lettres extrêmement personnelles qui seraient dingues ? Le décalage crée m’a paru intéressant. J’ai été également touchée par la sincérité, la sensibilité et la solitude du personnage (oui, il y a beaucoup de « s » dans la même phrase). Il est évidemment important de parler de la performance de Scarlett Johansson. A l’origine, c’était l’excellente actrice Samantha Morton qui prêtait la voix à la Samantha du film. Mais Jonze trouvait que sa voix ne collait pas vraiment, et a préféré la voix grave et sensuelle de Johansson. Ca peut paraître un peu débile de dire ça mais Scarlett livre pour moi une de ses meilleures interprétations, alors qu’elle n’apparaît pas une seule fois à l’écran. Je comprends de suite mieux les propos de Quentin Tarantino lorsqu’il a remis à l’actrice le César d’honneur (au passage, c’est quand même aberrant, mais passons). Elle est absente physiquement et pourtant en même temps elle est terriblement présente. Sa voix est très nuancée. Elle est à la fois sympathique, étrange, érotique et même drôle. On arrive même à comprendre comment Theodore a pu être séduit par cette voix et qu’il arrive à aimer. Il est finalement différent de cette société basée sur le culte de l’image, il s’intéresse finalement à la « personnalité » de Samantha. Au-delà d’un développement extrême de la technologie, il y a pratiquement une dimension métaphysique. A l’origine, c’est toujours conseillé de voir les films en version originale, mais ici, c’est vraiment une obligation. J’ai également apprécié les seconds rôles, principalement féminins (Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde), même si leurs actrices apparaissent peu. La musique d’Arcade Fire m’a également séduite, elle accentue l’ambiance du film, qui joue sur la mélancolie.

Her : Photo Joaquin Phoenix

Cependant, vous allez me demander pourquoi je mets que deux étoiles, ce qui peut paraître très sévère. Je sais que certains vont me détester (vous voyez Sandrine Kimberlain dans 9 mois ferme qui hurle « Non, mais c’est pas possible !!! » ? Et bien, là, j’en vois certains qui vont réagir comme ça !) mais je dois être honnête avec moi-même. Je reconnais à ce film des qualités indéniables, je comprends qu’on puisse adorer le résultat final et peut-être que ma note est sévère parce que les critiques sont vraiment excellentes. Principalement (même s’il y a d’autres éléments que je vais vous exposer juste après), c’est vraiment l’ennui et les longueurs qui justifient une note (qui n’est pas non plus catastrophique, il faut quand même relativiser). Déjà, le côté « film sous Prozac » m’a légèrement agacée. Puis , et apparemment je ne suis pas la seule à l’avoir remarqué (des proches, les critiques sur le Net), le film m’a rappelé l’univers de Sofia Coppola. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un calque, c’est plus dans l’ambiance. Evidemment, cela ne dérangera pas les fans de Sofia. Par contre, comme peut-être vous l’avez déjà perçu sur mon précédent blog, j’ai quand même du mal avec cette réalisatrice, qui a tendance à m’ennuyer. Du coup, c’est totalement logique que j’ai eu du mal avec ce Her. J’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs et qu’elles n’étaient pas justifiées. Le problème, quand je m’ennuie, j’ai du mal à être émue. En fait, si je devais faire un résumé de mon ressenti strictement personnel, j’ai trouvé que Theodore était un personnage touchant (et même si le personnage est bien écrit, il me semble que l’interprétation de Phoenix y est pour quelque chose), mais je n’ai forcément trouvé que le film était forcément émouvant, en tout cas, c’est évidemment encore une fois que mon avis, mais il ne m’a pas touchée. De plus, le schéma de la romance est d’ailleurs à double-tranchant. En effet, on voit que la relation établie entre Theodore et Samantha devient petit à petit similaire à un véritable couple en chair et en os. C’est quelque part une qualité, puisque le film arrive à donner vie à cette Samantha et à montrer que l’amour que ressent Theodore pour Samantha est réellement sincère et qu’il se vraiment en couple avec elle. Mais ce qui m’a dérangé, justement, c’est qu’une fois qu’on a découvert un peu les lignes du pitch de départ, je n’ai plus été surprise (peut-être à part la scène avec Isabella, et encore je me doutais bien que la question du rapport physique allait finir par se poser). On sait que cette relation est vouée à l’échec (enfin, il faut être réaliste, je suis pas médium). Pourquoi alors s’attarder autant longtemps sur les hauts et les bas de cette histoire d’amour ? Etait-ce utile de faire durer ce film plus de deux heures ? Sincèrement, je ne pense pas. J’avais hâte qu’il se termine et surtout j’avais toujours l’impression que c’était là. Ca m’a fait ça une fois, deux fois, puis trois, quatre fois. Surtout, au fil des scènes, j’avais l’impression que le film ne savait pas toujours où il allait, j’ai trouvé qu’il y avait de plus en plus des moments de flottement. En bref, je me sens complètement en décalage avec les critiques (presse ou spectateurs), je répète que c’est vraiment une impression qui m’appartient, mais je reconnais tout de même derrière du talent et du travail.

Her : Photo Joaquin Phoenix, Portia Doubleday

Real

réalisé par Kiyoshi Kurosawa

avec Takeru Sato, Haruka Ayase, Jô Odagiri, Shôta Sometani…

titre original : Riaru : Kanzen naru kubinagaryû no hi

Film de science-fiction japonais. 2h07. 2012.

sortie française : 26 mars 2014

Real

Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d’autant qu’ils s’aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l’inconscient de sa compagne. Mais le système l’envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Real : Photo

Ce dernier long-métrage de Kiyoshi Kurosawa est une adaptation du roman de Rokuro Inui qui s’intitule A perfect day for Plesiosaur. Le réalisateur japonais met en scène un jeune homme qui entre en contact avec l’esprit de sa petite-amie, qui est plongée dans un coma suite à une tentative de suicide. Même s’il ne s’agit pas forcément de la même chose, on peut tout de même penser à certains films comme Eternal Sunshine of the Spotless mind de Michel Gondry, Paprika du regretté Satoshi Kon, Inception de Christopher Nolan ou en passant par l’univers de Philip K. Dick en ce qui concerne la littérature. En effet, toutes ces oeuvres exploitaient le thème de la conscience. Peut-on savoir ce qui se passe dans notre conscience ? Comment peut-on y pénétrer ? En quoi cette conscience peut-elle avoir une influence sur la vie réelle ? Real emprunte ces même questions qui ont déjà habité certains auteurs ou réalisateurs. Heureusement, je n’ai pas eu cette impression de déjà-vu. Le film mélange habilement les genres, comme la science-fiction, le fantastique, la romance, le manga, le film de monstre et même le conte, ou encore les effets spéciaux, plutôt réussis, s’insèrent bien avec la poésie dégagée.

Real : Photo

Le sujet peut sembler compliqué, le fait notamment qu’il y ait cette alternance entre réel et irréel, et ce voyage dans la conscience / inconscience et même les consciences / inconsciences. Cependant, Kurosawa fait tout pour rendre son film accessible. Le film dure deux heures, pourtant le temps passe plutôt vite (j’ai légèrement ressenti les longueurs les dernières minutes finales mais dans l’ensemble je ne me suis pas ennuyée), car Kurosawa a su écrire un scénario dynamique (même si le gros twist, qui relance pourtant bien l’intrigue, se devine très rapidement) et cohérent et sa mise en scène est précise et efficace. Grâce au procédé qui explore les frontières de la conscience, Real pourrait finalement être dans la continuité de Shokuzai et même de Kairo, notamment le fait que le film montre le poids des fantômes du passé sur le présent qui a fait naître un sentiment de culpabilité pesant. Au-delà des questions sur la réalité et la conscience, Kurosawa met en scène une touchante et sincère histoire d’amour, qui évite de tomber dans la niaiserie. La seule chose qui m’a un peu dérangée est le dinosaure. L’animal n’a rien de choquant d’un point de vue technique (il arrive plutôt bien à s’incruster dans le décor réel), il a une forte charge symbolique, représentant ainsi le passé, mais la manière dont il apparaît peut paraître un peu grotesque, kitsch.

Real : Photo