Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson

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Under the skin

réalisé par Jonathan Glazer

avec Scarlett Johansson, Jeremy Williams, Paul Brannigan…

Film de science-fiction britannique. 1h47. 2013.

sortie française : 25 juin 2014

Under the Skin

Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

Under the Skin : Photo Scarlett Johansson

Avant d’avoir réalisé Sexy Beast et Birth, Jonathan Glazer était un très bon vidéaste. En effet, c’est lui qui a signé les clips de Radiohead (Street Spirit, Karma Police), Blur (The Universal) ou de Jamiroquai (Virtual Insanity) – à voir pour ceux qui ne les auraient toujours pas vus. Pour ce troisième long-métrage, Glazer adapte le roman Sous la peau de Michel Faber. Under the skin est un long-métrage qui se veut expérimental, original et innovant. En effet, certaines scènes ont été filmées en caméra cachée. Glazer joue également beaucoup sur le son, l’espace, le rythme, les sensations et je dois reconnaître que c’est maîtrisé techniquement. Hélas, les belles images et un talent technique ne font pas forcément un bon film. J’ai eu l’impression d’assister à une énorme arnaque cinématographique. J’étais même à deux doigts de sortir de la salle et les gens autour de moi n’en pouvaient plus. Il n’y a tout simplement pas d’histoire. On voit quand même durant une bonne demie-heure, voire même plus une nana dans son camion en train de draguer des hommes puis les ramener dans de l’eau sur un fond noir (ne cherchez pas d’explication) enfin ces derniers disparaissent. Il faut avouer que ce n’est pas très passionnant.

Under the Skin : Photo

A cause de ce problème narratif, on finit même par se demander de quoi ça parle. Il parait aussi que le personnage incarné par Johansson s’appelle Laura. Je n’avais pas remarqué ce petit détail car le film ne dit tellement rien (et je ne crois pas m’être endormie). On ne sait pas non plus qui est ce fichu mec qui poursuit Scarlett tout le long du film. En réalité, le problème de ce film est qu’on ne comprend rien car on ne fait que supposer : d’habitude, j’apprécie les films subtils ou ceux qui jouent beaucoup avec les interprétations mais le scénario est tellement vide qu’on ne peut pas s’intéresser à ce qu’on nous « raconte ». On ne saura pas vraiment pourquoi le personnage de Johansson attire des hommes (je suppose que c’est pour vivre… mais voilà ce n’est qu’une supposition, il n’y a absolument rien de clair sur le sujet) ni ce qui se passe une fois les hommes dans l’eau. La fin est également très ratée. Elle aurait pu être intéressante mais elle arrive comme un champignon justement toujours à cause d’une histoire très inintéressante. On a presque l’impression d’avoir une sorte de « twist » sauf qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. En effet, même si au bout d’un moment, on ne sait toujours pas de quoi parle le film, vu les scènes expérimentales et surtout la toute première scène (et aussi au synopsis), on se doute bien que le personnage de Johansson n’est pas trop « normale ». Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans cette fin. On a presque envie de rire, ce qui est assez terrible vu que ce n’est pas son but.

Under the Skin : Photo

Mais surtout, à force de jouer sur l’expérimental et de se prendre pour Kubrick, Jonathan Glazer ne raconte rien. En clip ou en court-métrage, le film aurait pu être intéressant. Le projet a du mal à tenir sur un long-métrage. Pour essayer de réaliser son long-métrage, non seulement Glazer accumule les scènes répétitives, mais aussi les scènes ridicules ou grotesques : je pense par exemple à ce pauvre gosse qui chiale sur la plage ou encore à cette interminable scène de repas (en gros, Johansson met une plombe pour bouffer une part de gâteau). Surtout, et c’est peut-être le plus pathétique, c’est qu’on ne ressent rien. Normalement, les films expérimentaux, les fameux « OFNIS », peuvent plaire aux spectateurs car ils provoquent des sensations inédites. Pour ma part, je n’ai absolument rien ressenti, si ce n’est de l’ennui car le film est très mou. Je ne vois pas non plus où veut en venir le film. En gros, l’homme est mauvais, les extraterrestres développent des sentiments humains et Glasgow c’est moche et pluvieux, avec que des goujats. Wow, il a fallu se coltiner un film interminable pour savoir ça (à part pour l’Ecosse – vu que je n’y suis jamais allée), bravo John (ouais, j’ai donné un p’tit surnom au réalisateur, ça le rend plus sympathique). Scarlett Johansson, sexy pour certains, mais pour moi qui ressemble à une prostituée avec son immense rouge à lèvres, son horrible manteau en fourrure et son pull rose (et aussi, personnellement et sans aucune jalousie, je n’aime absolument pas sa coupe de cheveux – on dirait un Lego – mais bon une bonne partie du public a sûrement délaissé ce détail pour regarder autre(s) chose(s)) fait de son mieux pour qu’on s’intéresse à son personnage mais le scénario manque trop de consistance pour qu’elle puisse faire quelque chose d’intéressant.

Under the Skin : Photo

Captain America : le soldat de l’hiver

réalisé par Anthony et Joe Russo

avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Anthony Mackie, Samuel L. Jackson, Robert Redford, Sebastian Stan, Cobie Smulders, Frank Grillo, Emily VanCamp…

titre original : Captain America : The Winter Soldier

Film d’action, science-fiction américain. 2h08. 2014.

sortie française : 26 mars 2014

Captain America, le soldat de l'hiver

Après les événements cataclysmiques de New York de The Avengers, Steve Rogers aka Captain America vit tranquillement à Washington, D.C. et essaye de s’adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d’intrigues qui met le monde en danger. S’associant à Black Widow, Captain America lutte pour dénoncer une conspiration grandissante, tout en repoussant des tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l’étendue du plan maléfique est révélée, Captain America et Black Widow sollicite l’aide d’un nouvel allié, le Faucon. Cependant, ils se retrouvent bientôt face à un inattendu et redoutable ennemi – le Soldat de l’Hiver.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Chris Evans, Scarlett Johansson

Comme j’avais bien apprécié Captain America : First Avenger, il était logique que je découvre les suites des aventures de Steve Rogers. Comme nous l’annonçait la fin du premier film et comme nous l’avons vu dans Avengers, nous ne sommes plus dans les années 1940. Rogers fait un bond dans le temps et se retrouve à notre époque : 70 ans se sont alors écoulées. J’aimerais parler de ce film en le considérant comme un objet à part, mais je dois avouer que j’ai du mal à éviter les comparaisons avec les deux autres longs-métrages qui mettent en scène ce super-héros. Le long-métrage de Joss Whedon, qui réunissait notre Captain America, Nick Fury, la Veuve Noire et le Faucon, m’avait beaucoup plu. Pourtant, étrangement, j’ai mis un certain temps à m’adapter à cette nouvelle époque, à quitter une précédente ère qui donnait du charme au précédent film et même à revoir des personnages que j’avais déjà vus. L’histoire n’est pas inintéressante mais elle ne m’a pas captivée plus que ça. Le début est d’ailleurs étrange. En effet, on retrouve rapidement les mêmes personnages que dans « Avengers », cela permet alors à l’histoire de démarrer très rapidement, pratiquement in medias res. Pourtant, je n’ai pas ressenti les mêmes choses que pour … First Avenger et Avengers.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Sebastian Stan

Il y a pourtant de l’action et des effets spéciaux rendant le film spectaculaire ainsi que des personnages qui réussissent à s’imposer. En effet, notre « Captain America », toujours aussi bien incarné par Chris Evans, reste un personnage toujours aussi attachant et touchant, dépassé par cette nouvelle époque et qui a un bon fond. J’ai également été contente de retrouver Scarlett Johansson en Black Widow, sexy sans être vulgaire ni potiche, ou encore Samuel L. Jackson en Nick Fury. Robert Redford est également un convaincant et charismatique méchant, tout comme Sebastian Stan, le fameux « soldat de l’hiver ». Quant à Anthony Mackie, il m’a agréablement surprise dans le rôle du Faucon. Dans « Avengers », je trouvais ce personnage trop effacé. Je ne pourrais pas trop dire si c’était dû au scénario qui ne lui laissait pas vraiment sa place ou à l’acteur Jeremy Renner, que j’aime bien pourtant. On retrouve aussi quelques touches d’humour, notamment à travers le duo formé par Captain America et Black Widow, mais de nouveau moins appuyé toujours par rapport aux deux autres films. Pour conclure, dans l’ensemble, Captain America : le soldat de l’hiver est pour un moi un honnête divertissement. J’étais ravie de retrouver le super-héros, ses potes et des méchants, mais le résultat ne m’a pas autant emballé par rapport au précédent film de Joe Johnson et à Avengers.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Anthony Mackie

Lucy

réalisé par Luc Besson

avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Choi Min-Sik, Amr Waked, Analeigh Tipton, Frédéric Chau…

Film d’action, science-fiction français. 1h30. 2014.

sortie française : 6 août 2014

Lucy

A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini. Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

Lucy : Photo Scarlett Johansson

A l’heure actuelle, Lucy a dépassé les 4,5 millions de spectateurs en France et cartonne également à l’étranger. Histoire de briller en société et de me vider l’esprit avant la rentrée, j’ai fini par aller voir le dernier Besson même si je craignais le pire rien qu’en voyant la bande-annonce. Je comprends les critiques qui défendent un peu ce film, en disant qu’il est divertissant. Certes, je ne me suis pas ennuyée. Mais on reste en réalité scotché face à tant de bêtises et de délires. Je pourrais résumer Lucy en deux mots : débile et prétentieux. Le deuxième mot est particulièrement important. En effet, Besson veut tenter d’allier un cinéma intellectuel avec le cinéma d’action. Sur le papier, pourquoi pas, sauf que Besson se prend tout de même pour Kubrick et Malick, oui rien que ça. Forcément, j’ai eu du mal à prendre ce film comme un simple divertissement puisque Besson se prend vraiment trop au sérieux. Etre ambitieux est une bonne chose mais il faut encore bien accomplir le travail derrière. Il faut constater le carnage : insertions foireuses d’animaux comme si on regardait un doc de National Geographic, les commentaires de Morgan Freeman derrière très lourds sur les dauphins, l’immortalité et la reproduction (blablabla), scènes à se péter de rire involontairement jusqu’à en pleurer et en avoir mal au ventre (grand moment de rigolade lorsque la drogue se propage dans le corps de Lucy, qui saute ainsi dans tous les sens, pareil en ce qui concerne la scène dans l’avion), dialogues peu crédibles (ainsi, lorsque Lucy dit à sa mère qu’elle ressent tout et qu’elle se souvient des sensations lorsqu’elle n’était qu’un foetus, sa mère poursuit « oui très bien ma chérie, très contente que tu m’appelles », normal) ou encore la rencontre entre les deux Lucy (rien que ça).

Lucy : Photo Scarlett Johansson

Le montage, qui introduit alors les fameuses scènes qui rappellent un peu trop les films de Kubrick ou Malick, semble surtout être un moyen de cacher un scénario terriblement pauvre, voire même inexistant. Besson reprend également ses bonnes vieilles habitudes sans aucune surprise (scènes de poursuite en voiture, des méchants asiatiques) en tentant de cacher ce vide scénaristique. Ce scénario ne se penche pas plus que ça sur cette Lucy. Finalement, on ne sait rien d’elle. Malgré les quelques répliques du style « je prends une douche, j’ai examen demain » et la colocataire (forcément à moitié à poil), j’ai eu du mal à imaginer l’imaginer étudiante (j’imagine que ce statut permet de faire un nouveau lien avec le thème de la connaissance). Or, Lucy ne reste que pour moi une blondasse habillée vulgairement (et vas-y le haut léopard, la petite robe rouge, ou encore je mets un soutif noir avec un haut blanc histoire qu’on voit bien mes nichons) qui a d’un coup des pouvoirs improbables et qui débarque en mode connasse qui pète la gueule (hop un ou deux guns, je te fracasse la gueule). Pire, elle demande sans cesse de l’aide aux autres sauf qu’on va vite s’apercevoir que les seconds rôles ne servent à rien. Les réflexions de Besson restent également foireuses. Encore une fois, sur le papier, le sujet était intéressant mais Besson ne le maîtrise pas, confondant beaucoup de notions, comme l’intelligence, la connaissance, les capacités et ne prend surtout jamais en compte celles d’inné / acquis. Du coup, les actes de Lucy paraissent trop improbables pour qu’on croit à l’histoire et au personnage principal. Enfin, je n’ai pas non plus aimé le casting. Il faut être réaliste deux secondes : Besson a probablement plus choisi Scarlett Johansson pour son physique et ses petites tenues que pour son talent. Certes, je ne demandais pas forcément une performance à Oscars, on est bien d’accord, mais là j’ai trouvé Johansson vraiment très mauvaise. Je n’ai pas non plus aimé Choi Min-Sik, que j’aime pourtant beaucoup, mais qui semble ici se caricaturer. Quant à Morgan Freeman (que j’aime bien également), il n’est pas forcément mauvais, mais depuis un certain temps, il joue toujours la même chose (en gros le gars qui apparaît quelques minutes et balance trois phrases bien toutes faites, en utilisant sa voix de vieux sage).

Lucy : Photo Scarlett Johansson

 

Her

réalisé par Spike Jonze

avec Joaquin Phoenix, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde, Chris Pratt, Portia Doubleday…

avec les voix V.O. de Scarlett Johansson, Brian Cox, Stéphanie Sokolinski, Spike Jonze, Bill Hader, Kristen Wiig…

Film de science-fiction, drame, romance américain. 2h06. 2013.

sortie française : 19 mars 2014

Her

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

Her : Photo Joaquin Phoenix

Her, le quatrième long-métrage de Spike Jonze, a remporté l’Oscar et le Golden Globe du meilleur scénario original. Il est vrai que l’histoire en elle-même est originale (même si le film m’a parfois vaguement rappelé un p’tit film belge méconnu, Thomas est amoureux) et pourrait séduire d’avance. J’ai trouvé la vision du futur plutôt intéressante, que ce soit d’un point de vue visuel (on est dans un futur « hipster », l’image est soignée et colorée, ce qui accentue l’image lisse de la société) ou moral (les gens font appel à des auteurs pour écrire des lettres personnelles). Ainsi, Jonze dénonce une société trop exigeante, qui est paradoxalement en sur-communication mais n’arrive plus à communiquer de la manière la plus humaine possible et montre que le métier d’écrivain est en danger. Au-delà de la technologie qui se mêle aux sentiments, Jonze exploite plutôt intelligemment le thème du désir et la projection d’un être idéalisé. J’ai également beaucoup aimé les personnages et évidemment leurs interprètes. Tout d’abord, il est nécessaire de s’attarder sur le personnage principal Theodore Twombly, merveilleusement bien interpréter par Joaquin Phoenix. Au premier abord, le personnage pourrait apparaître complètement barré (le fait qu’il tombe amoureux d’un système d’exploitation). Mais est-il vraiment sonné ? N’est-ce pas plutôt ces gens qui ne sont même plus foutus d’écrire eux-mêmes des lettres extrêmement personnelles qui seraient dingues ? Le décalage crée m’a paru intéressant. J’ai été également touchée par la sincérité, la sensibilité et la solitude du personnage (oui, il y a beaucoup de « s » dans la même phrase). Il est évidemment important de parler de la performance de Scarlett Johansson. A l’origine, c’était l’excellente actrice Samantha Morton qui prêtait la voix à la Samantha du film. Mais Jonze trouvait que sa voix ne collait pas vraiment, et a préféré la voix grave et sensuelle de Johansson. Ca peut paraître un peu débile de dire ça mais Scarlett livre pour moi une de ses meilleures interprétations, alors qu’elle n’apparaît pas une seule fois à l’écran. Je comprends de suite mieux les propos de Quentin Tarantino lorsqu’il a remis à l’actrice le César d’honneur (au passage, c’est quand même aberrant, mais passons). Elle est absente physiquement et pourtant en même temps elle est terriblement présente. Sa voix est très nuancée. Elle est à la fois sympathique, étrange, érotique et même drôle. On arrive même à comprendre comment Theodore a pu être séduit par cette voix et qu’il arrive à aimer. Il est finalement différent de cette société basée sur le culte de l’image, il s’intéresse finalement à la « personnalité » de Samantha. Au-delà d’un développement extrême de la technologie, il y a pratiquement une dimension métaphysique. A l’origine, c’est toujours conseillé de voir les films en version originale, mais ici, c’est vraiment une obligation. J’ai également apprécié les seconds rôles, principalement féminins (Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde), même si leurs actrices apparaissent peu. La musique d’Arcade Fire m’a également séduite, elle accentue l’ambiance du film, qui joue sur la mélancolie.

Her : Photo Joaquin Phoenix

Cependant, vous allez me demander pourquoi je mets que deux étoiles, ce qui peut paraître très sévère. Je sais que certains vont me détester (vous voyez Sandrine Kimberlain dans 9 mois ferme qui hurle « Non, mais c’est pas possible !!! » ? Et bien, là, j’en vois certains qui vont réagir comme ça !) mais je dois être honnête avec moi-même. Je reconnais à ce film des qualités indéniables, je comprends qu’on puisse adorer le résultat final et peut-être que ma note est sévère parce que les critiques sont vraiment excellentes. Principalement (même s’il y a d’autres éléments que je vais vous exposer juste après), c’est vraiment l’ennui et les longueurs qui justifient une note (qui n’est pas non plus catastrophique, il faut quand même relativiser). Déjà, le côté « film sous Prozac » m’a légèrement agacée. Puis , et apparemment je ne suis pas la seule à l’avoir remarqué (des proches, les critiques sur le Net), le film m’a rappelé l’univers de Sofia Coppola. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un calque, c’est plus dans l’ambiance. Evidemment, cela ne dérangera pas les fans de Sofia. Par contre, comme peut-être vous l’avez déjà perçu sur mon précédent blog, j’ai quand même du mal avec cette réalisatrice, qui a tendance à m’ennuyer. Du coup, c’est totalement logique que j’ai eu du mal avec ce Her. J’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs et qu’elles n’étaient pas justifiées. Le problème, quand je m’ennuie, j’ai du mal à être émue. En fait, si je devais faire un résumé de mon ressenti strictement personnel, j’ai trouvé que Theodore était un personnage touchant (et même si le personnage est bien écrit, il me semble que l’interprétation de Phoenix y est pour quelque chose), mais je n’ai forcément trouvé que le film était forcément émouvant, en tout cas, c’est évidemment encore une fois que mon avis, mais il ne m’a pas touchée. De plus, le schéma de la romance est d’ailleurs à double-tranchant. En effet, on voit que la relation établie entre Theodore et Samantha devient petit à petit similaire à un véritable couple en chair et en os. C’est quelque part une qualité, puisque le film arrive à donner vie à cette Samantha et à montrer que l’amour que ressent Theodore pour Samantha est réellement sincère et qu’il se vraiment en couple avec elle. Mais ce qui m’a dérangé, justement, c’est qu’une fois qu’on a découvert un peu les lignes du pitch de départ, je n’ai plus été surprise (peut-être à part la scène avec Isabella, et encore je me doutais bien que la question du rapport physique allait finir par se poser). On sait que cette relation est vouée à l’échec (enfin, il faut être réaliste, je suis pas médium). Pourquoi alors s’attarder autant longtemps sur les hauts et les bas de cette histoire d’amour ? Etait-ce utile de faire durer ce film plus de deux heures ? Sincèrement, je ne pense pas. J’avais hâte qu’il se termine et surtout j’avais toujours l’impression que c’était là. Ca m’a fait ça une fois, deux fois, puis trois, quatre fois. Surtout, au fil des scènes, j’avais l’impression que le film ne savait pas toujours où il allait, j’ai trouvé qu’il y avait de plus en plus des moments de flottement. En bref, je me sens complètement en décalage avec les critiques (presse ou spectateurs), je répète que c’est vraiment une impression qui m’appartient, mais je reconnais tout de même derrière du talent et du travail.

Her : Photo Joaquin Phoenix, Portia Doubleday