Lady Bird

réalisé par Greta Gerwig

avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith…

Comédie dramatique américaine. 1h34. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Lady Bird : Photo Danielle Macdonald, Saoirse Ronan

L’actrice Greta Gerwig, certainement une des figures les plus emblématiques du cinéma indépendant américain (Frances Ha de Noah Baumbach, To Rome With Love de Woody Allen ou encore 20th Century Women de Mike Mills), était déjà passée derrière la caméra accompagnée par Joe Swanberg (désormais connu pour avoir crée la surprenante série Easy). Ils avaient alors co-réalisé Hannah Takes the Stairs et Nights and Weekends. Cette fois-ci, Gerwig se retrouve seule à la réalisation avec ce Lady Bird, lauréats des Golden Globe de la meilleure comédie et de la meilleure actrice dans une comédie. Pour la première fois également, dans le cadre d’une réalisation, elle ne passe plus devant la caméra. Lady Bird était certainement un projet qui devait tenir à coeur pour la réalisatrice vu qu’elle puise beaucoup dans son propre vécu. En effet, comme son héroïne Christine (qui veut qu’on la surnomme Lady Bird), elle a vécu à Sacramento et est allée dans une école catholique pour filles. Sa mère (c’était elle qui s’appelait Christine pour la petite anecdote) était, comme le personnage de Laurie Metcalf, infirmière. Cela dit, Gerwig ne veut pas qu’on voit Lady Bird comme une pure autobiographie malgré ces éléments intéressants à connaître pour appréhender la démarche plus intime : elle dit elle-même que sa Lady Bird est une sorte d’alter-ego fantasmée. La sincérité du projet est réellement touchante, tout comme l’amour que la réalisatrice porte pour Sacramento, enjolivée par une chouette photographie à l’argentique. En dehors des derniers mouvements #MeToo qui peut expliquer le comment du pourquoi, il est étonnant (et un peu énervant) de voir la réalisatrice nommer dans la catégorie « meilleurs réalisateurs(trices) » alors que la mise en scène, tout juste correcte pour rester gentille (on sent Gerwig appliquée mais ça n’excuse pas tout), n’est certainement pas le point fort de ce long-métrage. L’écriture est ce qui anime Greta Gerwig, cela se ressent, notamment dans la description des relations entre Christine et sa mère (pour la petite anecdote, le film devait à l’origine se nommé « Mères et filles »). C’est certainement l’élément le plus intéressant de ce film honnête mais assez banal et manquant d’enjeux. Gerwig réussit plutôt bien à exposer les rapports complexes entre la fille et la figure maternelle, entre amour profond et conflit, ce dernier certainement lié à des problèmes de communication. Le choix du pseudo de l’héroïne pourrait également paraître lourd avec cette métaphore de quitter le nid et de prendre son envol (tout comme, au passage, la fin où elle accepte finalement son véritable prénom). Pourtant, en fouillant bien, ce choix est un peu plus creusé.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

Le pseudo « Lady Bird » marque évidemment la rupture avec la famille (c’est elle qui prénomme l’enfant) tout comme il peut être en lien avec la tradition catholique (notre héroïne est scolarisée dans une école religieuse). En effet, chez les chrétiens, le nom de confirmation est aussi ce qui vous fait basculer dans la vie d’adulte, comme le cherche Christine (au prénom déjà littéralement christique). Mais on peut aussi voir aussi dans ce « Lady Bird » un nom de rockstar. Et dans un sens, cette Christine est aussi une petite rockstar à sa façon (en tout cas cherche parfois à l’être), rebelle aux cheveux grossièrement colorés en rouge. Malgré tous ces bons points intéressants, je ne sais pas si je commence à ressentir une certaine lassitude d’un certain cinéma indépendant américain, mais la sauce n’a pas tellement pris. Greta Gerwig ne renouvelle pas non plus le teen-movie (genre qui, de toute façon, a du mal à trouver un nouveau souffle). On retrouve alors tous les mêmes clichés possibles de ces deux visions du cinéma : le ton pseudo cynique, une scène de fête, la première relation sexuelle, la copine qui a des problèmes de poids (elle se fâche puis finalement non, parce que l’héroïne retrouve le droit chemin des valeurs et tout ça), la peste superficielle (qui, forcément, baise beaucoup), le beau gosse pseudo artiste et philosophe alors que – spoilers – c’est un connard. Pour ne rien arranger, le film a beau ne pas dépasser les 1h30, des longueurs se font clairement sentir (heureusement, la seconde partie est un peu plus intéressante). Bref, même si l’ensemble n’est pas mauvais et qu’il y a même des points défendables, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi ce film en particulier, et pas un autre du même genre, atterrit aux Oscars, pourquoi il semble être au coeur d’une hype (comme trop de films actuellement – un par semaine, on en est là). Lady Bird n’a donc rien du film absolument génial qu’on loue tant depuis des lustres même s’il y a des choses intéressantes. L’ensemble est alors trop anecdotique et manque d’universalité pour convaincre réellement. Il doit beaucoup à la qualité de son casting. Saoirse Ronan endosse le rôle de « Lady Bird » comme un gant, elle parvient à rendre son personnage, pourtant antipathique et aux problèmes limités, attachant. Décidément, depuis ses débuts, l’actrice irlandaise ne me déçoit pas, bien au contraire. Le talent de Laurie Metcalf (qu’on voit un peu partout dans des films et séries, comme Desperate Housewives ou Scream 2) est également enfin reconnu, cela fait plaisir. Ensemble, Ronan et Metcalf produisent au moins quelques jolies petites étincelles.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

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Brooklyn

réalisé par John Crowley

avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen, Jim Broadbent, Julie Walters, Jessica Paré, Brid Brennan, Fiona Glascott, Nora-Jane Noone, Jenn Murray, Eva Birthistle, Eileen O’Higgins…

Drame, romance irlandais, britannique, canadien. 1h53. 2015.

sortie française : 9 mars 2016

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Dans les années 50, attirée par la promesse d’un avenir meilleur, la jeune Eilis Lacey quitte son Irlande natale et sa famille pour tenter sa chance de l’autre côté de l’Atlantique. À New York, sa rencontre avec un jeune homme lui fait vite oublier le mal du pays… Mais lorsque son passé vient troubler son nouveau bonheur, Eilis se retrouve écartelée entre deux pays… et entre deux hommes.

Brooklyn : Photo Saoirse Ronan

Brooklyn est une adaptation du roman à succès de Colm Tóibín, réalisée par John Crowley (Intermission, Boy A) et scénarisée par l’écrivain Nick Hornby (qui a déjà une expérience dans ce domaine, en étant le scénariste du plutôt bon Une Education de Lone Scherfig et du désastreux Wild de Jean-Marc Vallée). La présence de Hornby au scénario, le casting et l’histoire (comme vous l’avez compris, j’aime beaucoup l’histoire de l’Irlande, notamment celle liée à l’immigration) m’ont fortement attirée. Je n’ai pas du tout été déçue par ce film, bien au contraire. Je suis persuadée que certains ne vont pas aimer ce film, ou en tout cas lui trouver des défauts alors que j’estime que ces éléments en question sont des qualités. Ainsi, ce qui m’a frappée est sa simplicité, notamment l’histoire en elle-même ou encore la mise en scène. Ayant beaucoup étudié en cours l’exil (le terme étant très large) dans la littérature et le cinéma, j’avais une certaine attente de ce film par rapport à ce thème en question. J’ai aimé qu’on traite de ce sujet efficacement mais sans non plus l’intellectualiser à tout prix (même si le prénom de l’héroïne n’a rien de hasardeux non plus). Les métaphores sont visibles (il y a un parallèle entre l’homme aimé et le lieu dans lequel Eilis aimerait être, le prénom même de l’héroïne est assez explicite) mais ils n’alourdissent pas non plus le récit. Il y a vraiment un bon équilibre trouvé entre la réflexion autour de l’exil et l’histoire plus personnelle de l’héroïne. On voit alors toutes les étapes de cet exil, qu’on connait pourtant tous : la difficulté de quitter sa famille quand on est encore chez soi, le voyage (en bateau avec le mal de mer et tout le reste qui va avec), la difficulté de s’intégrer dans ce nouveau pays puis de trouver finalement ses marques (notamment à travers les relations sociales), sans compter qu’il va aussi y avoir d’autres questions légitimes lorsque Eilis retourne en Irlande suite à un tragique événement : où est vraiment son chez-elle ? A-t-elle même un chez-elle ? Les étapes de ce parcours auraient pu m’ennuyer. Je reconnais encore une fois que c’est assez bateau quand on y pense (en tout cas je comprends de nouveau le reproche des détracteurs), au fond, l’histoire est assez mince. Finalement, le but est presque de montrer le « quotidien » d’une immigrée.

Brooklyn : Photo Domhnall Gleeson, Saoirse Ronan

Mais j’ai justement aimé le fait de suivre le quotidien de cette jeune femme. L’évolution de son personnage m’a paru très naturelle, ce qui n’est pas toujours évident à montrer dans les films. Cela passe par beaucoup de détails, que ce soit dans son attitude ou encore les costumes. Comme vous l’avez compris, j’ai totalement adhéré à l’écriture, d’une grande finesse, mais le film peut aussi compter sur une mise en scène d’une grande efficacité tout en gardant elle aussi de la finesse ainsi que de l’élégance. Le long-métrage possède également d’autres atouts : de jolies photographies et lumières mettent bien en avant chaque endroit, ce qui accentue davantage les interrogations de l’héroïne sur sa place dans le monde. Les décors et costumes sont à la fois élégants, lumineux et sobres à la fois : au-delà d’aider à la contextualisation de l’époque, à travers ces éléments, on voit l’évolution et les sentiments des personnages. Mais encore une fois, il n’y a pas de fausse note : c’est beau esthétiquement mais il n’y en a jamais trop non plus. La musique signée par Michael Brook est également agréable sans qu’elle envahisse les scènes. Parlons maintenant des interprétations. Je suis la carrière de Saoirse Ronan depuis longtemps (depuis Reviens-moi de Joe Wright qui l’a révélée) et comme souvent, elle m’épate. Elle mérite sa nomination aux Oscars pour son excellente interprétation (même si encore une fois, je suis ravie que ce soit Brie Larson qui l’ait remporté pour Room). Elle ne cherche jamais à être à tout prix dans la performance, ça fait de nouveau du bien d’observer une interprétation très subtile, très sensible et finalement très crédible. On a beau de ne pas avoir connu ce genre de situation mais j’ai totalement cru à ses réactions et à ses sentiments. Le reste du casting est également impeccable. Emory Cohen et Domhnall Gleeson (eux aussi font leur petit bout de chemin) sont également très bons en interprétant des personnages opposés, on comprend pourquoi Eilis tombe sous le charme de ces deux hommes. D’autres seconds rôles sont également très bons. Je pense notamment à la toujours dynamique Julie Walters qui apporte de bons moments comiques ou encore à l’excellent Jim Broadbent. J’étais également de retrouver d’autres actrices irlandaises dont on n’entend plus trop en France comme par exemple Jenn Murray (la terrifiante jeune fille dans Dorothy d’Agnès Merlet), Eva Birthistle (l’héroïne de Just a Kiss de Ken Loach) ou encore Nora-Jane Noone (Bernadette dans The Magdalene Sisters) qui sont également toutes impeccables. Pour conclure, j’ai adoré Brooklyn. Si je savais que je pouvais aimer à cause de son sujet autour de l’immigration, en revanche, je ne savais pas du tout si j’allais accrocher aux histoires d’amour. Grâce à sa sensibilité qui m’a frappée, je suis ressortie de la salle totalement bouleversée par tant de justesse au point d’avoir souvent les yeux humides.

Brooklyn : Photo Emory Cohen, Saoirse Ronan

Byzantium

réalisé par Neil Jordan

avec Gemma Artenton, Saoirse Ronan, Caleb Landry Jones, Sam Riley, Jonny Lee Miller, Kate Ashfield, Maria Doyle Kennedy…

Film fantastique britannique, irlandais, américain. 2h. 2012.

sortie française (dvd) : 2 janvier 2014

Byzantium

Dans une petite ville côtière, deux jeunes femmes aussi séduisantes que mystérieuses débarquent de nulle part. Clara fait la connaissance de Noel, un solitaire, qui les recueille dans sa pension de famille déserte, le Byzantium. Eleanor, étudiante, rencontre Frank, en qui elle voit une âme sœur. Bientôt, elle lui révèle leur sombre secret… Eleanor et Clara sont nées voilà plus de deux siècles et survivent en se nourrissant de sang humain. Trop de gens vont finir par l’apprendre pour que leur passage dans la ville n’ait aucune conséquence sanglante…

Byzantium : Photo Gemma Arterton, Saoirse Ronan

En 1994, Neil Jordan avait réalisé Entretien avec un vampire, adapté du roman d’Anne Rice. Presque vingt ans plus tard, le réalisateur irlandais retourne au film de vampire avec Byzantium, une adaptation de la pièce de Moira Buffini, qui s’est d’ailleurs chargée d’écrire le scénario. Le film n’a pas réussi à trouver son public et en France il est sorti directement en dvd. Même si je le trouve un peu surestimé, j’avais tout de même aimé Entretien avec un vampire et certains films de Neil Jordan m’ont particulièrement marquée (The Crying Game, The Butcher Boy et Breakfast on Pluto font partie de ma longue liste de mes films préférés). Je pensais alors que ce Byzantium pourrait me plaire. Certes, il aurait dû avoir une sortie dans les salles françaises (après tout, ce n’est pas pire que certaines daubes). Pourtant, Byzantium m’a énormément déçue. On est loin d’un Entretien avec un vampire ou du génial Morse. Tout d’abord, ça manque cruellement de mordant (non, mon jeu de mots n’est pas pourri). J’ai eu l’impression que le film ne démarrait jamais, c’est vraiment mou du genou. Les nombreux flashbacks auraient pu rythmer le film, malheureusement ce n’est pas vraiment le cas. C’est dommage car du coup, les quelques bonnes idées scénaristiques (notamment en ce qui concerne la transformation en vampire) se noient dans cet ennui.

Byzantium : Photo Gemma Arterton

De plus, on ne peut pas non plus dire que le film respire l’originalité et il y a aussi beaucoup d’éléments dans le scénario qui sont plutôt prévisibles. Puis, finalement, comme dans Twilight, les vampires peuvent s’exposer au soleil. Je ne dis pas que c’est le nouveau Twilight mais après tout, on a critiqué ce film à cause de ce fait, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas faire de même pour Byzantium (même si les deux filles ne brillent pas au soleil). C’est dommage que l’ensemble ne m’ait pas vraiment plu. Mis à part la cascade de sang que j’ai trouvée assez kitsch laide, le film est très beau visuellement. Le personnage de Clara, la vampire qui se prostitue depuis deux siècles pour pouvoir vivre, m’a fait bondir. La dimension sexuelle a toujours été importante dans le mythe des vampire, mais là, non seulement ce n’est pas vraiment crédible, mais en plus c’est tapageur, il y a un moment où t’as juste l’impression que c’est l’occasion que c’est pour faire plaisir au public masculin. Gemma Artenton n’est pourtant pas mauvaise mais son personnage apparaît du coup trop vulgaire et antipathique, j’ai du mal à m’attacher à elle. J’ai préféré sa soeur Eleanor, incarnée par une convaincante Saoirse Ronan, qui est plus touchante, même si ce n’est pas pour moi suffisant pour aimer ce film.

Byzantium : Photo Saoirse Ronan

The Grand Budapest Hotel

réalisé par Wes Anderson

avec Ralph Fiennes, Tony Revolori, F. Murray Abraham, Jude Law, Mathieu Amalric, Adrien Brody, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Tilda Swinton, Saoirse Ronan, Tom Wilkinson, Edward Norton, Léa Seydoux, Bill Murray, Owen Wilson, Jason Schwartzman, Bob Balaban, Paul Schlase…

Comédie dramatique américaine. 1h40. 2013.

sortie française : 26 février 2014

The Grand Budapest Hotel

Le film retrace les aventures de Gustave H, l’homme aux clés d’or d’un célèbre hôtel européen de l’entre-deux-guerres et du garçon d’étage Zéro Moustafa, son allié le plus fidèle.
La recherche d’un tableau volé, oeuvre inestimable datant de la Renaissance et un conflit autour d’un important héritage familial forment la trame de cette histoire au coeur de la vieille Europe en pleine mutation.

The Grand Budapest Hotel : Photo Paul Schlase, Ralph Fiennes, Tilda Swinton, Tony Revolori

Le dernier long-métrage du déjanté Wes Anderson, récemment récompensé par le Grand Prix du jury au festival de Berlin, est une belle réussite cinématographique. Inspiré notamment des oeuvres de l’auteur Stefan Zweig, The Grand Budapest Hotel est probablement le film le plus sombre du réalisateur. Il est assez mélancolique, à l’image de l’esprit nostalgique des deux personnages principaux (Gustave et Zero). Cependant, même si le film est émouvant juste comme il faut, comme toujours chez Anderson, on retrouve également un ton parfois léger, mais aussi des scènes utilisant un humour noir et absurde, qui pourront probablement en dérouter certains. L’univers se rapproche parfois de celui de Fantastic Mr Fox, le métrage animé du réalisateur, notamment grâce à l’hôtel qui ressemble à une maison de poupées (et pourtant, ce lieu existe réellement : il s’agit du « Görlitzer Warenhaus », un ancien grand magasin historique d’un centre commercial à la frontière de l’Allemagne, la Pologne et la République Tchèque) ou encore les accélérés des mouvements des personnages. Le film croise également l’univers d’Agatha Christie, grâce au mystère autour d’un meurtre et d’un tableau volé mais aussi grâce à l’environnement aristocratique et la multitude de personnages réunis.

The Grand Budapest Hotel : Photo Saoirse Ronan, Tony Revolori

La mise en scène est précise et le scénario est bien écrit, permettant ainsi de donner beaucoup de rythme mais surtout d’avoir un récit clair alors qu’on pourrait facilement s’embrouiller. Le film séduit également grâce à des répliques grinçantes, à des décors et des costumes incroyablement beaux, qui reconstituent parfaitement l’époque et une atmosphère aristocratique ainsi qu’une excellente musique d’Alexandre Desplat. Wes Anderson a également su réunir une distribution internationale incroyable, qui fait même rêver, même si certains restent peu de temps. On appréciera notamment de découvrir Tilda Swinton méconnaissable avec ses trois tonnes de maquillage et de prothèses. Les deux personnages principaux sont vraiment excellents. Ralph Fiennes joue avec conviction cet homme qui n’a pas évolué avec son temps. Il faut vraiment le voir en V.O. pour apprécier son accent et ses phrases qui donnent cette impression de retour en arrière et de préciosité. Tony Revolori est sûrement une des révélations de cette année cinématographique, incarnant un personnage très attachant, apportant beaucoup de fraîcheur à ce film qui en possède déjà énormément.

The Grand Budapest Hotel : Photo Adrien Brody

How I live now – Maintenant c’est ma vie

réalisé par Kevin MacDonald

avec Saoirse Ronan, George Mackay, Tom Holland, Harley Bird, Anna Chancellor…

titre original : How I live now

Drame, science-fiction, action britannique. 1h46. 2013.

sortie française : 12 mars 2014

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie)

Daisy, une adolescente new-yorkaise, passe pour la première fois ses vacances chez ses cousins dans la campagne anglaise. Rires, jeux, premiers émois… Une parenthèse enchantée qui va brutalement se refermer quand éclate sur cette lande de rêve la Troisième Guerre Mondiale…

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo Saoirse Ronan

Kevin MacDonald, principalement connu pour avoir réalisé Le Dernier Roi d’Ecosse, qui avait permis à Forest Whitaker de décrocher l’Oscar du meilleur acteur, adapte le roman de Meg Rosoff, paru en 2004. Hélas, le retour du réalisateur est très décevant. Je me suis même demandée comment il a pu réaliser une daube pareille. Je ne le pensais pas aussi crétin. Tout d’abord, les éléments qui concernent la Troisième Guerre Mondiale ne sont pas très bien utilisés. On comprend qu’il s’agit d’une guerre autour du nucléaire. Mais le sujet reste assez vague, on ne comprend pas tous les enjeux, on ne connaît pas l’ennemi. Puis, il faut avouer qu’il ne se passe quand même pas grand-chose. On a également l’impression que cette guerre dure quinze jours (en gros, elle se termine quand Daisy et la petite chieuse reviennent à la maison – il ne s’est pas passé beaucoup de temps apparemment). On voit d’abord des jeunes s’amuser dans la campagne (limite ça ressemble à une publicité), puis une fois la guerre qui éclate (action qui met un temps fou à arriver, c’est la première fois que j’ai hâte de voir une guerre sur grand écran !), en gros, on voit deux filles marcher, se plaindre (« j’ai soif », « j’ai mal aux piiiiieds », et il manque plus que « j’ai envie de pisser » et t’as la totale !), qu’est-ce que c’est passionnant tout ça ! Pour voir ça, honnêtement, je préfère encore regarder Pékin Express.

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo George Mackay, Saoirse Ronan

Ensuite, les personnages m’ont beaucoup agacée, tout particulièrement « Daisy-Elizabeth ». Je ne critique pas l’interprétation de la jeune actrice irlandaise Saoirse Ronan, elle fait le job comme on dit. Mais son personnage est juste insupportable et très caricatural, du style, « je suis une ado rebelle parce que je suis blonde platine, j’écoute du rock et j’ai des piercings d’abord et je parle avec mépris parce que je t’emmerde » ou encore « ne m’appelle pas Elizabeth, mon p’tit nom à moi c’est Daisy ». J’exagère à peine. Cette description s’applique d’abord pour la première partie du film. On croit qu’on a vu le pire. Mais Daisy va tomber amoureuse. Et pas de n’importe qui, puisqu’il s’agit de son propre cousin ! Les relations sont très saines visiblement. Et dans le film, cette relation incestueuse ne semble jamais remise en question. Voyons, c’est normal de coucher avec son cousin et d’envisager même un avenir avec lui. Qu’il n’y ait pas de suite à ce film, je ne veux pas voir à quoi ressembleront leurs enfants, s’il vous plaît. C’est quand même paradoxal que Daisy, qui semble rebelle et moderne, se comporte comme une femme du Moyen-Age. Bref, je disais que Daisy tombait amoureuse de son cousin, mais du genre en mode relou. « Oh Eddiiiiiiie, où es-tu ? », « Oh Eddiiiiiie je reviendrai pour toi » et bla bla bla. A force, tu finis par haïr ce prénom – et même pire, les gens qui s’appellent Eddie (ou Edouard). Notre jeune héroïne s’adoucit et devient carrément niaise. En fait, au bout d’un moment, l’enjeu du film est : « Mais où est Eddie ? ». En gros, s’il est vivant, même si les autres crèvent comme des rats, c’est pas grave, puisqu’Eddie est vivant et qu’il fera probablement des gamins à sa cousine.

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo Saoirse Ronan

Tout le long du film, ce personnage entend des voix (très énervantes) dans sa tête. « Pourquoi ??? ». On croit qu’on va avoir une réponse quand le fameux cousin lui dit une réplique du style : « Ne te préocuppe pas de ces voix dans ta tête qui te dictent des règles ». Mais, non, pas de réponse non plus. Qui est alors Daisy ? Une ex-anorexique (probablement) ? Une ex-suicidaire ? Une folle ? Un peu des trois à la fois ? Autre chose ? La cerise sur le gâteau est probablement la fin. Ce qui est « drôle », c’est que les répliques de Daisy semblent vouloir montrer l’intérêt du film. En gros, elle dit un truc complètement niais du genre « J’ai réfléchi, j’ai changé grâce à l’amouuuuuuuur, je resterai à la campagne avec mon chéri alors que je ne ressemble à rien avec ce look de citadine, maintenant c’est ma vie ». L’avantage, c’est que ça explique un peu le titre stupide du film, qui ne présageait déjà rien de bon. Mais en fait, quand le film s’est terminé et pendant que la salle pleine à craquer se vidait – on était trois- je me suis dit : « mais tout ça pour ça ? ». Sérieusement, il fallait vraiment une Troisième guerre mondiale (qui implique donc des morts ! tragédie !) pour nous dire ça ? C’est pas du foutage de gueule ? Ce que je retiens de ce film : en gros, on s’en cogne de cette foutue guerre et du nucléaire, c’est juste une histoire d’amour adolescente mais attention, c’est pas comme dans les Twilight, Harry Potter ou Hunger Games. Non, là c’est entre cousins. ON S’EN FOUT !

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo Harley Bird