Cinquante Nuances plus sombres

réalisé par James Foley

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden, Kim Basinger, Bella Heathcote, Eric Johnson, Eloise Mumford, Luke Grimes, Victor Rasuk…

titre original : Fifty Shades Darker

Comédie dramatique romantique érotique américaine. 1h58. 2017.

sortie française : 8 février 2017

interdit aux moins de 12 ans

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C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Suis-je maso ? Ne pouvais-je pas attendre la sortie en téléchargement pour le regarder tranquillement chez moi et éviter de payer pour voir quelque chose de mauvais ? Je ne devais d’ailleurs pas aller voir en salles Cinquante Nuances plus sombres, suite du médiocre Cinquante Nuances de Grey. D’autres films m’attendaient (et m’attendent encore) dans les salles obscures. Finalement, sans vous révéler le comment du pourquoi (1/ parce que ça ne vous regarde pas bande de coquins, 2/ parce qu’en plus on s’en balance de ma vie), je suis donc allée voir ce film, toujours adapté du nullissime « roman » éponyme de E. L. James (oui, en plus de ça, j’ai osé lire ce machin… là vous devez vous dire qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi). Pour ce deuxième volet, bye bye Sam Taylor-Johnson (ce qui n’est pas une mauvaise chose pour elle…) pour faire place derrière la caméra à un certain (en ce qui me concerne, un inconnu) James Foley. Ce changement a-t-il été bénéfique ? Pas du tout ! Cinquante Nuances plus sombres est pour moi clairement pire que le premier volet (c’était déjà le cas du bouquin) en sachant que ce premier film atteignait déjà des sommets de conneries. Le début est problématique (enfin tout est problématique dans ce film, juste pour vous dire qu’on est dans le bain de la médiocrité dès le générique) : en effet, si vous vous souvenez de la fin du premier film (allez, oui, je prends le risque de vous spoiler, je suis vilaine), Ana quitte donc Christian, comprenant ENFIN qu’il était frappé et violent au pieu (et qu’il y prenait son pied). Chrissounet va-t-il reconquérir Ana ? Fin de suspense… Oui, au bout de dix minutes, ce problème est vite réglé. Vous le constatez en peu de temps : Ana est une jeune femme résistante. Grey achète tous les portraits d’Ana (affichés dans la galerie de José, l’ami photographe violeur mais pas trop – ce dernier ne lui ayant même pas demandé l’autorisation), s’incruste évidemment à cette expo très chic et demande à Ana de dîner ensemble. Juste un dîner (mais bien sûr). Et Ana accepte la proposition « parce qu’elle a faim ». Ca ne s’invente pas.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Jamie Dornan, Kim Basinger

Bref, tout ça pour dire qu’on en revient rapidement au même point, à part que ce psychopathe de Grey débarque avec sa barbe de trois jours et un pull tout moche. On commence aussi à connaître son passé, ce qui pourrait expliquer vaguement pourquoi Grey est très porté sur le sado-masochisme (vive la psychologie de comptoir). On commence alors à observer quelques grosses incohérences (là tu te dis que tout le monde s’en bat les ovaires sur ce tournage). En effet, dans les flashbacks, on nous montre un homme (certainement un mec de sa mère, une « pute camée ») brûler le corps du petit Christian avec des cigarettes. Dans le premier volet, normalement, si je n’ai pas raté un épisode, le torse de Christian était lisse comme un cul de bébé. Et vu que lui et Ana ne jouent pas au Scrabble, Ana aurait dû voir dès le premier opus les traces de brûlures sur le corps de son chéri. Or, elle ne découvre ça que dans ce deuxième opus ce qui semble TOTALEMENT illogique ! Autre exemple : Ana, se préparant à aller au bal masqué (nous y reviendrons), enfile un porte-jarretelles puis met sa robe argentée. Mais en sortant du bal, elle retire sa robe et paaaaf le porte-jarretelles a disparu ! Ou encore, pour vous citer un dernier exemple parmi tant d’autres, Christian revient comme s’il n’avait rien eu après un accident d’hélicoptère, il était même porté disparu mais tout va bien, il PETE LA FORME ! C’est aussi le monde des Bisounours dans lequel on gagne de l’argent facilement (et on l’étale également) grâce à un travail trop facilement obtenu. Je vous parlais un peu plus haut du jeune ami potentiellement violeur d’Ana, qui a le privilège d’exposer ses photographies dans une belle galerie d’art à son jeune âge alors que nous savons très bien que ce genre de cas reste extrêmement rare. Ana, elle, obtient par le hasard un important poste alors qu’elle débute son travail dans une maison d’édition (rachetée par… oh gros suspense de malade… CHRISTIAN GREY BORDEL !). Evidemment, niveau scène de sexe (parce qu’il faut en parler vu le sujet), comme dans le premier volet, c’est aussi cru qu’un épisode de Joséphine, Ange Gardien.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson

Je comprends la nécessité de limiter le contenu : il s’agit bien entendu d’un film commercial, le but étant de réunir un max de monde dans les salles et d’éviter une censure trop sévère. Mais on ne trouve que six pauvres courtes scènes de jambes qui n’ont rien d’excitantes. Plus on avance dans cette saga, plus on se demande vraiment où sont les fameuses scènes de SM. Encore une fois, une claque aux fesses et être vite fait attaché ne fait pas de vous des amateurs de cette sexualité dite hors-normes. Je ne vous raconte pas non plus la présence insupportable de musique pop du moment qui gâche ces scènes en question. Ce qui est encore plus navrant, c’est de constater par moments (je dis peut-être ça car je suis de nature optimiste, si si) qu’il y avait des possibilités de rendre le film un chouïa moins pire dans le sens où certaines scènes auraient pu être intéressantes si elles avaient été mieux exploitées. Je pense notamment à cette scène avec avec une ancienne soumise de Grey venue faire du mal à notre couple préféré (ou pas). Pour la calmer, Grey lui ordonne de se mettre à genoux, comme il avait certainement eu l’habitude de faire ce type de demande au pieu. C’est peut-être d’ailleurs la vraie seule scène avec un semblant de tension sexuelle (je dis bien un semblant). Au passage, cette ex-soumise en question (prénommée Leila) est la seule qui se détache un peu de ce carnage et qui a aussi un peu de potentiel même s il n’y a rien non plus de fabuleux, loin de là. Le scénario est une catastrophe, un grand vide inédit pour ma part (et pourtant j’en ai vu des films complètement vides). En clair, une fois les dix minutes passées (c’est-à-dire une fois le couple reformé), il ne se passe rien. Mais rien. Qu’est-ce qu’on s’emmerde ! On a vite fait deux histoires d’ex : d’un côté, on a une sorte de « fantôme » qui débarque et qui repart comme si elle sortait de Poudlard, de l’autre on trouve une vieille pédophile qui… fait peur (plus sa tronche que ses actes). Puis, là il y a aussi (toujours vite fait, bien entendu, ne creusons rien) une sombre histoire avec le patron pseudo sexy (un certain Jack) qui veut se taper / violer Ana (on parle toujours de la mauvaise image des femmes dans ce film, mais les hommes prennent aussi cher, ce sont forcément des tarés incapables de se tenir correctement, enfin surtout leur machin entre leurs jambes) et qui visiblement en veut aussi à Grey.

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Bella Heathcote

Il n’y a concrètement pas d’intrigue dans ce film ! N’oublions pas que je suis allée voir Cinquante nuances plus sombres pour me marrer et de ce côté-là, j’ai eu ma dose de scènes et répliques involontairement hilarantes, ridicules et même inutiles Je pense notamment à la fameuse scène de bal masqué. On ne sait pas pourquoi tous ces gens sont déguisés juste pour une soirée organisée par les Grey, ça n’apporte rien. La mise en scène est totalement inexistante et on tente de cacher ce travail de cochon par des effets totalement superficiels. En effet, ce qui saute aux yeux (comme dans le premier volet) est cette lumière qui tente de nous en mettre plein la vue et cette photographie qui rend le film visuellement très lisse. Les acteurs ne peuvent pas bien jouer avec des personnages aussi insignifiants. Cela dit, suite aux carrières menées par Robert Pattinson et Kristen Stewart après Twilight, je n’ai pas envie de dire tant de saloperies que ça sur Jamie Dornan et Dakota Johnson. On ne va pas dire qu’ils jouent bien, non, ils jouent bien comme des patates, c’est un fait. Il n’y a toujours pas d’alchimie entre eux. Mais comment peuvent-ils de toute façon bien jouer avec des personnages aussi creux (même si Ana semble avoir un peu plus de personnalité par rapport au précédent volet – information à prendre tout de même avec des pincettes, surtout par rapport aux premières scènes du film) et une direction d’acteurs totalement à la ramasse ? Même une bonne actrice comme Marcia Gay Harden (décidément de plus en plus méconnaissable – et je ne vais pas m’attarder sur Kim Basinger, qui ressemble à Bogdanov) joue comme un pied. Cinquante Nuances plus sombres est sans surprise un très mauvais film mais paradoxalement il surprend par sa médiocrité qui dépasse tout ce dont on pouvait imaginer. Même pas divertissant, ce film défend en plus de ça des idées assez douteuses, voire même sexistes. Christian Grey est un psychopathe en puissance, qui est finalement plus flippant par son mode de vie au quotidien plutôt qu’au pieu. Et l’auteure du roman / le réalisateur / les scénaristes ne condamnent pas tant que ça le bonhomme puisqu’on lui donne raison de se méfier de tout le monde et de coller Anastasia. Allez, la saga est bientôt terminée…

Cinquante Nuances plus sombres : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

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Elle

réalisé par Paul Verhoeven

avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Efira, Christian Berkel, Judith Magre, Jonas Bloquet, Alice Isaaz, Vimala Pons, Stéphane Bak, Raphaël Lenglet…

Thriller français, allemand. 2h10. 2015.

sortie française : 25 mai 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Elle : Photo Isabelle Huppert

On parle beaucoup de Elle en bien depuis sa présentation en compétition au festival de Cannes. Adapté du roman « Oh… » de Philippe Djian (auteur de 37°2 le matin et aussi parolier de Stéphane Eicher), au passage récompensé par le prix Interallié, il marque aussi le retour de Paul Verhoeven après Black Book (2006) qui avait révélé Carice Van Houten et le moins connu Tricked (2012). Le réalisateur néerlandais ne fait pas son retour n’importe où : en France. C’est la première fois qu’il tourne chez nous alors. Ce choix, assez risqué de la part d’un réalisateur ne maîtrisant pas notre langue (le tournage n’a pas été évident à cause de ce point en question) est logique puisque le roman se déroule lui-même en France. Certes, avec un peu d’imagination, le livre aurait certainement pu se dérouler ailleurs (avec un autre type de travail d’adaptation). Mais il faut avouer que l’histoire de Djian est très ancrée dans la culture française, surtout dans son observation et sa critique noire sur la bourgeoise de notre pays (mais encore une fois, ce n’était pas non plus hyper problématique). Ce n’est pas sa narration qui posait problème mais plus le manque de moral totalement assumé qui empêchait notamment Verhoeven de réaliser son film aux Etats-Unis (et cela aurait conduit également à des soucis financiers). Isabelle Huppert est actuellement nommée aux Golden Globes pour sa performance et on la verra peut-être concourir aux Oscars (même si le film n’a rien d’américain… ne cherchons pas plus à comprendre cette nécessité aux Américains de se prendre clairement pour les rois du monde). Il faut avouer qu’elle est formidable et que le prix d’interprétation n’aurait pas été volé (et on croise les doigts pour elle pour les Césars). Pour être honnête, c’est le seul  prix que j’aurais remis à Cannes. Encore une fois, sans faire de lèche au jury de George Miller, alors que beaucoup criaient au scandale de voir son absence (certains lui auraient déjà remis la Palme), pour ma part, je comprends l’absence de Elle dans le palmarès. Pas pour des raisons morales ou « féministes » ou quelque chose dans ce genre (parce que, de ma part, on pouvait s’attendre à ce genre de réactions mais pas de ça ici, je vous rassure). Non. La preuve, c’est que le roman de Philippe Djian m’a plutôt plu. J’avais pris un certain plaisir à suivre le tourbillon intérieur de cette femme torturée, malade et victime, qui décide d’agir à sa façon face au viol et plus généralement face à son passé douloureux. Le film de Paul Verhoeven est pourtant assez fidèle au texte : même histoire (même si, ici, Michèle n’est pas narratrice mais elle apparaît dans tous les plans), même pays, mêmes personnages.

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Etrangement, je ne trouve pas que le film de Verhoeven fonctionne aussi que le texte d’origine, comme si je voyais sur l’écran tous les défauts que j’aurais pu pourtant voir chez Djian (même si je détecte aussi des défauts qui appartiennent, selon moi, uniquement au film). Pourtant, j’admets qu’il a ses qualités et que j’avais vraiment envie d’aimer ce film. L’histoire, malgré sa violence (physique et psychologique), reste « plaisante » à suivre (je sais que le terme peut paraître étrange) dans le sens où on rentre rapidement dedans (le film s’ouvre directement sur la première scène de viol). Le film a beau dépasser les deux heures, on ne s’ennuie pas devant cette histoire assez tragique. Le livre l’était déjà, Paul Verhoeven a le mérite d’avoir renforcer le cynisme. Le ton abordé ne rend pas totalement l’histoire nauséabonde alors qu’elle l’est bien sur le papier. J’avais évidemment peur que le film soit confus dans son propos, qu’il banalise le viol mais évidemment les féministes ne doivent pas s’en faire sur ce point. Il faut dire que Michèle, le personnage principal, qui souffre réellement de la situation, fait tout pour ne pas dramatiser l’inimaginable. Il y a un vrai décalage entre la réalité et ce qu’elle veut montrer et prouver aux autres. La scène où elle raconte durant un repas avec des collègues et amis d’un air totalement détaché qu’elle a été violée est limite drôle grâce à ce décalage en question. Il n’y a également pas de surprise (même sans avoir lu le roman) concernant l’identité même du violeur mais cela n’est pas important. Au contraire, cela contribue encore plus à la psychologie complexe de Michèle qui entre clairement dans une sorte de jeu sado-masochiste (même si encore une fois elle condamne son violeur). Cela dit, même si je me posais déjà certaines questions durant ma lecture (et avec le recul je pense que c’est aussi pour cette raison que je ne l’ai pas non plus adorée), j’avoue que je reste un peu sceptique justement sur cette psychologie en question. Certes, le portrait de femme livré dans le long-métrage est intéressant. Je comprends qu’on puisse être fasciné par les différentes facettes présentées par Michèle. Les rôles féminins intéressants restent encore insuffisants dans le cinéma. J’ai parfois eu l’impression que sa complexité justifiait parfois un peu tout et n’importe quoi. On pourra toujours me balancer « ouais, tu comprends, elle est torturée à cause de ça et ci », j’avoue que je n’ai pas toujours trouvé ses réactions très crédibles. De toute façon, contrairement au bouquin, j’ai justement eu du mal avec les personnages. Pourtant, en regardant bien, il y a ces possibles mêmes défauts dans le roman.

Elle : Photo Isabelle Huppert

La différence est juste que Djian comprend mieux la subtilité que Verhoeven (dans le cadre de cette oeuvre). J’ai trouvé les personnages et leurs relations d’un cliché ! C’est étrange en plus de ressentir ce type d’impression quand on voit les efforts de l’équipe à rendre les personnages complexes paradoxaux mais aussi tout le travail concernant le traitement pourtant parfois pertinent des différents thèmes abordé. Paul Verhoeven et David Birke n’hésitaient également pas à crier sur tous les toits à quel point ils avaient été pertinents en modifiant une petite chose du roman : chez Djian, Michèle travaillait dans une société du cinéma (elle bossait même sur des scénarios). Dans Elle, elle travaille dans l’univers du jeu vidéo. Evidemment, je conçois l’argument de Verhoeven, jugeant le manque de challenge et de visualisation dans le travail de Michèle dans le bouquin. Mais sans être méchante, sans vouloir m’attaquer au physique (car Isabelle Huppert est une très belle femme respirant l’intelligence) ou quoi que ce soit dans ce genre, quand je vois Huppert, je ne l’imagine pas une seule seconde bosser dans le milieu du jeu vidéo ! Surtout alors que le film est très subversif, je suis restée sur ma faim. Dans le roman, tout s’enchaîne et je ne me suis pas posée de questions sur ce que je ressentais durant ma lecture. Or, alors que le film est fidèle au texte, j’ai trouvé qu’il y avait une rupture. Encore une fois, je ne me suis pas ennuyée, loin de là. Je dirais juste que le film commence très bien, qu’il m’avait plutôt enthousiasmé et que j’ai perdu cet enthousiasme en question durant sa seconde partie. Clairement, étrangement, je suis restée sur ma faim. Cela me désole réellement d’avoir un avis mitigé car il y a un vrai bon boulot de mise en scène, un ton qui fonctionne et qui tire certainement le film vers le haut, une envie de raconter une histoire complexe (et j’adore les histoires complexes) mêlant le sexe, la mort, la violence (bref des thèmes puissants), de mettre aussi en tête un personnage qui mérite tant d’exister à l’écran. Je parle beaucoup des choses qui ne m’ont pas plu notamment dans son écriture mais le film a de réelles qualités même dans ce même domaine que je pointe pourtant du doigt depuis quelques lignes. Je suis même à la première à être déçue par ma déception. Encore une fois, Isabelle Huppert est incroyable dans ce rôle pas évident et pas toujours compréhensible comme vous avez pu le constater et le reste du casting est également à la hauteur de nos attentes.

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Crash

réalisé par David Cronenberg

avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger, Rosanna Arquette…

Drame érotique canadien, britannique. 1h40. 1996.

sortie française : 17 juillet 1996

interdit aux moins de 16 ans

Crash

James et Catherine Ballard, un couple dont la vie sexuelle s’essouffle quelque peu, va trouver un chemin nouveau et tortueux pour exprimer son amour grâce aux accidents de voiture. A la suite d’une violente collision, ils vont en effet se lier avec des adeptes des accidents…

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Crash, le film tant controversé de David Cronenberg, est l’adaptation du roman du même nom de J.G. Ballard, premier volet de la « Trilogie de béton » et publié en 1973. Il avait également remporté au festival de Cannes en 1996 le prix spécial du jury. Je ne connais pas forcément la filmographie de David Cronenberg de A à Z (même si je m’aperçois que j’ai tout de même vu dix de ses films – il faut que je découvre plus ses premiers films) mais je m’étais déjà aperçue que le réalisateur canadien s’intéressait aux liens réunissant la violence, le sexe et la mort. Ainsi, le contact avec les voitures et la provocation volontaire d’accidents de voiture vont permettre aux personnages de trouver la jouissance. En étant sans cesse à la recherche d’une nouvelle forme de sexualité, en multipliant les expériences, les personnages cherchent à s’épanouir, mais pour pouvoir y arriver, il faut passer par la mort. On peut alors rappeler le surnom – non anodin – de l’orgasme : « la petite mort ». En adaptant le livre de Ballard (également personnage principal de l’histoire), David Cronenberg a voulu exploiter, à sa manière, des théories de psychanalyse, que nous pouvons notamment trouver chez Sigmund Freud. Effectivement, Freud nomme « Thanatos » la pulsion de la mort du plaisir (qui serait alors la frustration) qui habiterait chaque être humain. Il l’oppose à l’ « éros », la pulsion de la vie du plaisir (c’est-à-dire la libido). Si on suit alors ce raisonnement, Eros et Thanatos représentent les deux extrémités de la sexualité de l’homme. Cependant, chez Cronenberg, la frontière entre ces deux notions semble volontairement floue, pour mieux montrer toute la complexité même de l’être humain, comme si l’un répondait et se confondait à l’autre et vice et versa.

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La psychanalyse n’est pas toujours intéressante, cela peut vite devenir bavard (comme dans un autre film de Cronenberg, A Dangerous Method). Heureusement, la mise en scène de Cronenberg est très réussie, parvenant à montrer la voiture, symbole phallique et synonyme de performance et de puissance, instrumentalise l’existence de l’homme par le sexe. Le réalisateur parvient également à filmer les collisions de voiture en tant que représentations de l’acte sexuel (la jouissance passe ainsi par la mort). Crash propose alors une intéressante réflexion sur l’homme dominé par la technologie, le sexe et ses pulsions. Les scènes de sexe sont également réussies même s’il ne faut pas montrer ce film à n’importe qui. Evidemment que certains pourront être choqués. Pour ma part (et pourtant je n’hésite pas à pousser mes coups de gueule quand ce type de scènes me dérange dans certains films), elles ne m’ont pas choquée esthétiquement car elles ne sont vulgaires. Cronenberg ne les filme pas de manière perverse (malgré des personnages tordus), ces scènes ont une véritable signification. De plus, elles sont réellement érotiques, sensuelles et osées tout en restant plutôt violentes ou dérangeantes. Dans l’ensemble, le casting m’a également convaincue. James Spader et Holly Hunter sont toujours impeccables dans la peau de ces personnages tourmentés. Elias Koteas est vraiment la très bonne surprise de ce film, vraiment bluffant. En revanche, j’ai toujours autant de mal avec Deborah Kara Unger, que j’ai toujours trouvée mauvaise et même naturellement vulgaire (et c’est pas une question de sexe : je la trouverais même vulgaire en mère Teresa), hélas cela ne s’arrange pas dans ce film. Même si elle peut être lassante à la longue, j’ai également apprécié la musique composée par Howard Shore.

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Malgré des qualités évidentes et une réflexion psychanalytique sur le rapport entre le sexe et la mort réellement riche, je ne peux pas dire que Crash m’ait réellement plu. La psychologie est au coeur de ce film, elle apparaît dans les thèmes dégagés et même en général dans la mise en scène de Cronenberg. Je crois qu’on arrive aussi à apercevoir ce lien fort entre la mort et le sexe parce qu’on sait ce qu’on regarde, ce sont les contextes extérieurs au film qui nous aident à réfléchir. En revanche, le réalisateur passe selon moi à côté de la psychologie des personnages. Les personnages ne semblent qu’agir, mais j’ai eu du mal à comprendre vraiment ce qu’il se passe dans leur tête. Je vois où veut en venir Cronenberg, c’est-à-dire qu’il veut probablement lier les relations sexuelles devenues mécaniques avec la mécanique des automobiles. Mais tout est si froid, on a du mal à s’attacher ou à s’identifier à cette bande de pervers totalement déshumanisée, on ne comprend pas leurs réactions. En plus, par un gros coup de bol, les Ballard arrivent à trouver, non pas une seule personne aussi timbré qu’eux mais plusieurs personnes ! Certes, les scènes de sexe ne m’ont pas en elles-mêmes dérangées ni concrètement choquées. Cependant, elles ne sont pas assez espacées entre elles, on n’a pas le temps de respirer ou de reprendre le fil de l’histoire. Je ne pourrais pas dire que je me suis ennuyée (le film a l’avantage d’être court) mais j’ai trouvé les scènes très répétitives, surtout dans la seconde partie. J’imagine encore une fois que c’est une volonté de Cronenberg, pour montrer une forme d’addiction, le fait que le sexe soit devenu littéralement mécanique mais l’effet ne fonctionne pas réellement. Enfin, si d’un point de vue purement « visuel » les scènes de sexe ne m’ont pas choquée, le scénario ressemble parfois à du porno stylisé (du genre tout le monde couche avec tout le monde sans se poser de questions, en testant toutes les possibilités possibles). Je ne connais pas les intentions exactes de Cronenberg, avec lui rien ne me semble impossible. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi mais à condition que ce soit véritablement efficace. Or, encore une fois, j’étais plus lassée que réellement impressionnée ou captivée.

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Cinquante Nuances de Grey

réalisé par Sam Taylor-Johnson

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle, Eloise Mumford, Victor Rasuk, Luke Grimes, Marcia Gay Harden, Rita Ora, Callum Keith Rennie, Max Martini, Andrew Airlie…

titre original : Fifty Shades of Grey

Romance, érotique américain. 2h05. 2015.

sortie française : 11 février 2015

interdit aux moins de 12 ans

Cinquante Nuances de Grey

L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Personne n’a pu passer à côté du phénomène « littéraire », Cinquante Nuances de Grey, qui est à l’origine une fanfiction basée sur Twilight. Etant étudiante en lettres un peu fatiguée par certaines lectures parfois cosmiques, je me suis dit que je n’avais rien à perdre, c’est pour cela que j’ai décidé de découvrir la saga de E. L. James. Je peux vous dire à quel point j’en veux énormément à l’époux de cette « romancière » : monsieur James, arrêtez de délaisser votre femme et occupez-vous d’elle. C’est probablement à cause de vous si elle a osé écrire un machin pareil : elle devait être frustrée. Je ne vois que ça comme explication. En clair, Cinquante Nuances de Grey est ce qu’on appelle un torchon. Le sujet est pourtant intéressant, E. L. James aurait pu écrire un livre géant et profond, mais non ce n’est qu’un roman qui ne pourra que satisfaire les pucelles et les femmes de cinquante piges (d’où Cinquante Nuances ?) qui ne se font plus toucher (d’où le terme justifié de « mommy porn »). Il est principalement gâché par une écriture désolante (entre les échanges de mail qui prennent trois tonnes de pages, les répétitions à gogo de « je mouille », « il est sexy Christian », « oh ma déesse intérieure » et j’en passe, et surtout un manque flagrant de vocabulaire, bonjour !). Face à ce carnage navrant et quelque part frustrant, j’en veux aussi profondément aux éditeurs de Vintage Books, qui n’ont pas fait leur boulot. Comment ont-ils pu publier un travail aussi bâclé ? Sérieusement, on a l’impression de lire un brouillon. Bref, vu comme j’avais ri face à tant de bêtises, j’avais quelque part hâte de découvrir son adaptation cinématographique. Je n’attendais pas nécessairement un bon film mais je me suis dit qu’il ne pourrait pas être pire que le livre. Hélas, Sam Taylor-Johnson (photographe, vidéaste, réalisatrice de Nowhere Boy et accessoirement épouse du jeune acteur Aaron Johnson) a réussi cet exploit : le film est encore plus mauvais que le bouquin.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Pour résumer, j’ai ri du début jusqu’à la fin (j’en ai encore mal au ventre). J’avais l’impression de regarder une comédie (et d’ailleurs la salle était pliée en quatre). Au bout d’un moment, j’ai même fini par me demander s’il s’agissait d’une parodie d’une rom com. Finalement, j’ai regardé les choses en face : Cinquante Nuances de Grey se prend très au sérieux et même trop. Il n’y a de quoi fouetter un chat (désolée pour le jeu de mots foireux). Il ne s’agit que d’une comédie romantique avec un peu (mais alors un peu) plus de cul que d’habitude (je reviendrai sur ce point, ne vous en faites pas). Le film accumule tous les clichés et stupidités possibles, comme par exemple les « ooooh bébé », les cadeaux qui coûtent un bras (parce que le bonhomme est un « gentleman »), Ana qui se mordille les lèvres ou rougit comme une idiote ou encore fera n’importe quoi parce qu’elle ne supporte pas l’alcool (même moi bourrée je ne me comporte pas comme ça). Les répliques sont également à mourir de rire et ce n’est pas juste une ou deux comme ça. Les deux « meilleures » dans leur genre restent tout de même pour moi « je ne fais pas l’amour… Je baise. Et très violemment. » (déjà dans le livre, j’étais hilare) et « j’ai… cinquante nuances de folie ! ». Les scènes sont généralement involontairement drôles. Je pense par exemple à celle avec Ana mordillant comme une imbécile son crayon sur lequel le nom Grey est inscrit dessus (ahaha le symbole phallique de la mort !) ou encore à celle avec Ana qui téléphone bourrée à Christian : ce dernier lui répond de ne pas plus boire alors qu’on voit bien le verre de vin posé sur son bureau ! J’avais l’impression de revoir un des sketchs des Inconnus avec Florent Brunel qui parle du tiers-monde alors qu’il y a une grosse bouteille de champagne juste derrière lui ! Quant à la mise en scène, elle est à l’image du décor, c’est-à-dire tape-à-l’oeil et donc en réalité inexistante. De plus, le nombre flagrant de placements de produits finit par agacer.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Cinquante Nuances de Grey n’a même pas réussi à me divertir. Au-delà du rire involontaire omniprésent, il ne se passe tout de même pas grand-chose. Même si j’avais trouvé le roman naze, il m’avait tout de même à peu près amusée dans le sens où on le lit sans problèmes. J’avais au moins l’impression qu’il se passait beaucoup de choses, l’illusion fonctionnait un minimum. Or, malgré pourtant sa fidélité au texte, il ne se passe pratiquement rien dans le film. Je me suis même emmerdée à la fin du film (à peu près quand Ana va rendre visite à sa mère), j’avais même hâte qu’il se termine. La fin est d’ailleurs catastrophique. Déjà, elle était pourrie dans le livre (du genre Ana qui se réveille comme une grosse nouille). Cependant, malgré la nullité effroyable du roman, on avait quelque part envie de découvrir la suite, on a espoir d’en savoir plus sur la personnalité et le passé de Christian. Or, là, non seulement la fin paraît encore plus ridicule, mais en plus on a tout sauf envie de regarder le deuxième épisode. Cela montre bien qu’il n’y a aucune tension dans ce film et surtout la réalisatrice semble se foutre du sort des personnages. De plus, elle ne veut absolument pas approfondir les différents thèmes qui s’imposent comme celui de la domination par exemple (par exemple, qui est finalement le vrai dominant de l’histoire ?). Certes, Sam Taylor-Johnson a eu la lourde tâche d’adapter un roman déjà creux. Cependant, tout en restant fidèle, elle avait largement la possibilité de donner plus de relief à son film. Le thème de la prostitution n’est par exemple jamais exploité. Il y a pourtant cette mini-réflexion dans le roman. C’était maladroit mais E. L. James avait au moins essayé de faire quelque chose. Sam Taylor-Johnson, elle, n’en parle absolument pas. Ana est simplement gênée de recevoir tant de cadeaux mais ne se pose pas plus de questions. Du coup, le message du film est encore plus douteux.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Il est maintenant temps de parler des scènes cruciales, c’est-à-dire les scènes de sexe et de sado-masochisme. Avant d’aller voir ce film, j’avais parfaitement conscience que je n’allais pas aller voir Nymphomaniac : volume III et d’ailleurs quelque part je m’en réjouissais. Je savais qu’il y aurait du sexe relativement soft car il s’agit tout de même d’un film commercial et grand public. Cependant, ne pas trop montrer de sexe pouvait être un challenge intéressant pour la réalisatrice : on peut faire des scènes grandioses avec beaucoup de suggestion et en jouant sur la sensualité et l’imagination. Mais les scènes de sexe sont toutes ratées. Tout d’abord, étant donné qu’elles sont mal réparties, on se rend rapidement compte qu’il n’y en a trop peu par rapport au sujet. Le bouquin est peut-être naze, on pourra détester les scènes de sexe, les trouver vulgaires voire même crétines, mais au moins il y en a beaucoup ! Ces scènes en elles-mêmes ne montrent pas suffisamment qu’il s’agit tout de même à l’origine d’une relation sexuelle anormale ou marginale. Or, sans vouloir passer pour une obsédée, les positions sexuelles restent limitées. La plupart des couples font l’amour en utilisant grosso modo les mêmes pratiques. Ce n’est pas trois tapes sur le cul qui font qu’il s’agit d’une relation sado-masochiste ! De plus, certes, les acteurs sont souvent nus mais honnêtement il n’y a pas de quoi s’émoustiller : on voit vite fait les fesses de Jamie Dornan et de Dakota Johnson (ou plutôt, apparemment, sa doublure), beaucoup les seins de Johnson (sans vouloir m’attaquer au physique, il n’y a franchement rien à voir) et quelques poils pubiens. Les scènes de sexe tournent également vite au ridicule principalement à cause des réactions des personnages. D’un côté, Grey ne semble prendre aucun plaisir (son visage est si monoexpressif) alors que frapper des femmes au pieu est son délire. De l’autre, Ana jouit comme une folle furieuse alors que son partenaire ne la touche même pas !

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

On remarquera également à quel point le sexe est idéalisé dans ce film notamment lorsque la jeune Ana perd sa virginité en ayant directement un orgasme. En réalité, tout le long du film, tout semble si facile pour elle, on ne voit pas réellement de phase d’initiation. De plus, les scènes de cul sont également gâchées par cette omniprésence musicale (du genre du Beyoncé à fond en plein acte, c’est tout sauf érotique). Je plains au passage le pauvre Danny Elfman qui, selon le générique, aurait composé la bande-originale. Hélas, son travail est noyé dans cette soupe qui fera plaisir aux adolescentes qui écoutent un peu trop du NRJ. Enfin, en oubliant un instant les détails « techniques », il n’y a aucune tension sexuelle et les trop peu de scènes SM sont très aseptisées. Même si je l’avais trouvé moyen, La Secrétaire de Steven Shainberg était déjà plus intéressant et lui aussi restait pourtant accessible. Jamie Dornan et Dakota Johnson sont principalement responsables de ce manque de tension sexuelle. Il n’y a tout simplement pas d’alchimie entre eux. Il faut dire que les deux acteurs jouent très mal. De plus, il n’y a quelque chose qui ne fonctionne pas à cause de leur physique. Dornan est certes très beau mais dans ce film, il ne dégage aucun charisme. Or, son personnage est tout de même un tombeur. Dakota Johnson, elle, est clairement trop âgée pour le rôle. Je vous rappelle qu’Ana est est une jeune étudiante de 21-22 ans (pétard, elle a mon âge quand j’y pense). Or, née en 1989 (faites le calcul bande de matheux), la fille de Melanie Griffith et de Don Johnson fait clairement plus que son âge (j’ai le droit de dire qu’elle est ravagée ?). Du coup, on a encore plus de mal à voir l’éveil sexuel d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, elle n’a pas de fraîcheur, on se demande même pourquoi Grey veut absolument coucher avec elle !  Les seconds rôles sont également catastrophiques, comme par exemple la pourtant talentueuse Marcia Gay Harden (mais… qu’a-t-elle fait à sa gueule ?) ou encore (la très mauvaise chanteuse) Rita Ora (avec une coupe de cheveux ridicule), qui réussit à jouer comme un pied alors qu’elle n’apparaît que trente secondes et ne prononce que trois ou quatre courtes phrases. Finalement, le meilleur du casting, c’est le type qui joue le chauffeur de Grey…

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

T’aime

réalisé par Patrick Sébastien

avec Patrick Sébastien, Jean-François Balmer, Michel Duchaussoy, Myriam Boyer, Samuel Dupuy, Marie Denarnaud, Annie Girardot, Jean-François Dérec…

Drame français. 1h30. 1999.

T'aime

Zef, vingt ans, est un simple d’esprit qui ne sait dire qu’un mot: « T’aime ». Toujours heureux, aimant tout le monde, il vit avec sa soeur Sophie dans une ferme du Lot. Attiré par le sourire triste de Marie, il la viole un soir sans se rendre compte de la gravité de son acte. Interné dans un asile psychiatrique, Zef tombe dans un profond mutisme. Hugues, médecin aux méthodes avant-gardistes, est chargé de soigner Marie. Il décide de la mettre en face de Zef, persuade que sa guérison passe par un long réapprentissage de la vie et de l’amour.

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Patrick Sébastien, l’animateur beauf du Plus grand cabaret du monde et des Années Bonheur, avait réalisé et scénarisé son unique film à ce jour, pour notre plus grand bonheur, T’aime (en gros le titre veut dire « je t’aime », mais le personnage principal n’arrive pas à dire le pronom personnel, d’où cette bizarrerie). Ce film est une rareté. Il a été diffusé une fois sur France 2 il y a maintenant quelques années dans la nuit. Il existe en VHS mais il n’est jamais sorti en dvd. Cependant, si vous tenez à voir un chef-d’oeuvre de la nullité absolue, je vous conseille d’aller le regarder sur YouWatch, vous ne serez pas déçus ! Je vais vous résumer le film, comme ça, vous verrez de quoi Patrick Sébastien est capable : Zef est un handicapé mental qui voit sa soeur qui a des tendances SM (en gros, son mec lui donne de petites tapes mais le bruitage donne l’impression qu’elle est battue à mort – Fifty Shades of Grey a de la concurrence, youhou !) et qui aime bien ça puisqu’elle dit à son mec en plein orgasme « Je t’aime ». Notre Zef va alors assimiler violence et amour ensemble à cause de son idiote de soeur. Bref, dans la nuit, il croise la jolie Marie. Et il l’aime (ou « t’aiiiiiime »). Et il la viole. Enfin c’est ce qu’on nous dit. Quand on voit la scène, on a juste l’impression qu’il la brutalise. Après cet événement, Zef et Marie atterrissent chacun dans un hôpital psychiatrique. Marie rencontre alors Hugues Michel (incarné par notre cher Patrick Sébastien), un psychiatre rebelle comme un Tokio Hotel qui ressemble vaguement à une rockstar ringarde et à un gourou, très proche de sa patiente et surtout aux méthodes révolutionnaires. Il veut que le violeur et la victime se rencontrent. Surtout, il apprend que Zef n’a pas voulu la violer (bahh non voyons, cherchons des excuses à un acte ignoble), qu’il a agi à cause de sa conne de soeur (les gars : le sado-masochisme, c’est le mal) et que peuchère, il a des besoins sexuels. « L’avenir de l’humanité, c’est pas le valium, c’est l’amour » dira ce cher Hugues Michel, également poète et philosophe, qui parle d’ailleurs tout seul sur sa moto parce qu’il réfléchit sur l’état de notre monde.

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Grâce à ce psychiatre hors du commun, Zef et Marie s’aimeront à coups de tartines. Mieux, Marie dira qu’elle fera l’amour avec Zef juste pour faire des enfants (bah oui, elle a été violée, faut pas déconner non plus, ils vont pas baiser juste pour le plaisir). Mais un méchant ne veut pas que l’amour triomphe : le père de Marie, ce sale bobo capitaliste. Voyons, non, c’est pas normal, il ne veut pas que sa fille se mette en couple avec son violeur, c’est lamentable ça ! En plus, il n’est pas poli. Petit échange musclé entre le père et le psychiatre : – Toi, je te crève. / – Je vous crève. / – Tu me menaces ? / – Je ne vous menace pas, je rectifie. On se vouvoie, non ? Je vous crève, on dit. Il dira également plus tard, toujours à son pire ennemi, le psychiatre : « Vous vous prenez pour le Christ mais vous êtes trop gras !« . Bref, voilà un bon résumé du film, je crois que vous avez compris que Sébastien a signé un grand moment de rigolade involontaire. Je ne dis pas l’animateur (je précise que même si je n’aime pas ses émissions, je n’ai rien contre lui – même s’il aime bien se faire passer pour le vilain petit canard) n’est pas sincère dans sa démarche mais il nous a fait un mix improbable, ridicule, douteux et vraiment niais (le mot est faible) sur le viol, le milieu psychiatrique et l’amour (tout ça ensemble dans la même phrase, déjà on voit que quelque chose cloche). Tout est absolument délirant de bêtises, de bons sentiments, de métaphores et de répliques involontairement drôles (« L’amour absolu est un épouvantail qui attire les oiseaux ») ou encore de plans foireux sur des bouches qui hurlent très mal. Patrick Sébastien a tout fait : il a réalisé, scénarisé, dialogué (tel un Woody Allen ou un Nanni Moretti). Mais regardons les choses en face : il n’a aucun talent en ce qui concerne le cinéma. Les acteurs jouent vraiment très mal, tout particulièrement Samuel Dupuy en handicapé mental hyper caricatural (j’avais l’impression de revoir le Simple Jack de Ben Stiller dans Tonnerre sous les tropiques !), Patrick Sébastien qui prend une drôle de voix histoire de dire « hey hey, je suis acteur », Jean-François Balmer et Jean-François Dérec (qui martyrise le gentil violeur Zef) sont catastrophiques et Myriam Boyer (en mère alcoolique qui fait du chantage sexuel) mériterait deux baffes histoire de la faire taire (elle hurle trop et très mal en plus). Pour compléter, on a aussi cette pauvre Annie Girardot, peut-être la moins pire de ce carnage. Pour ne rien arranger, on a droit à la pénible chanson de Patrick Fiori qui s’intitule également T’aime (« T’aime, t’es mon seul, t’aime, t’aime, t’es ma douleur suprême, t’es mon soleil, mon or, mon diadème« , ça vole haut ça aussi).

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