La La Land

réalisé par Damien Chazelle

avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno…

Comédie musicale, romance américaine. 2h08. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

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Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, Whiplash, qui avait permis à J.K. Simmons (présent dans La La Land le temps de quelques scènes) de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, m’avait énormément plu, on pouvait même parler de coup de coeur. Je suis donc allée voir La La Land non pas principalement à cause du buzz (qui finit par écoeurer) et toutes les nombreuses récompenses qu’il récolte à son passage mais avant tout parce que je sais à quel point Chazelle est un jeune réalisateur ambitieux et talentueux âgé seulement de 32 ans. La La Land donne littéralement le « la » avec cette impressionnante scène d’ouverture sur une autoroute (avec Another Day of Sun). Hélas, mon enthousiasme n’a pas tenu la distance au fur et à mesure de l’histoire, construite sur un schéma saisonnier. La La Land ne manque pourtant pas de qualités. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce film, on doit reconnaître à Damien Chazelle et toute son équipe un travail colossal et très réfléchi. Esthétiquement et techniquement, le film est absolument époustouflant et d’une grande précision, dans lequel tout (et je n’exagère pas quand je dis « tout ») semble avoir une signification. Le jeu avec les couleurs est notamment très pertinent par rapport à l’évolution et aux pensées des personnages (je ne peux que vous inviter à regarder la vidéo pertinente du Fossoyeur de Films). Le long-métrage traite aussi de sujets universels qui pourront toucher divers spectateurs : comment réaliser ses rêves qui peuvent paraître démesurés (à l’image de l’esthétique) lorsqu’on rencontre des désillusions et des obstacles ? Un rêve professionnel est-il toujours compatible avec sa vie privée ? En fonction des choix que l’on fait à un moment de sa vie, ne finit-on pas par rêver de sa vie ? Finalement, on retrouve des thèmes communs avec le précédent long-métrage de Chazelle. Comme dans Whiplash, il y a bien cette question du sacrifice qui revient dans l’esprit des personnages. Le titre est par ailleurs assez intéressant à analyser par rapport aux thèmes mis en avant par Chazelle. Il fait référence à Los Angeles (on pourrait presque lire le titre L.A. L.A. Land) et plus généralement, il s’agit aussi d’un clin d’oeil à une expression qui désigne une situation déconnectée de la réalité.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La ville américaine, celle de tous les rêves qu’on peut réaliser, est donc très bien valorisée, dans le sens où elle a l’air hors du commun avec ses couleurs très pétantes et plus généralement tout semble démesuré. Mais je ne vais pas tourner du pot pendant une plombe : La La Land m’a fortement déçue (et le buzz autour a certainement accentué ma déception même si je l’aurais certainement eue). Et je suis déçue d’être déçue quand je vois de telles qualités en face de moi. Croyez-moi, je n’ai pas envie de balancer des saloperies sur ce film (même si en sortant de la salle, j’ai clairement dit que je n’avais pas du tout aimé ce film, depuis mon avis a peu évolué) parce qu’il a la cote partout (parce qu’on a l’impression que chaque année je m’amuse à être la vieille bique solo face contre tout le monde qui vénère LE film de l’année, mais non je ne suis pas comme ça). Plusieurs éléments m’ont réellement posé problème durant ma séance au point de gâcher les qualités pourtant bien présentes. Dans un premier temps, et c’est particulièrement problématique dans le cadre d’une comédie musicale, je reste assez sceptique en ce qui concerne la musique justement. Certes, j’aime vraiment certains titres (je les écoute même actuellement chez moi) : Another Day of Sun, Someone in the Crowd ou encore City of Stars (et je n’ai retenu que ceux-là, ce qui n’est pas bon signe). Mais dans le contexte du film, la musique ne m’a pas plus emballée que ça, surtout lorsque certains morceaux reviennent plus fois sans réelle variation. Ce qui m’a également déçue est la banalité de l’histoire par rapport à la forme du film. On va me dire que le 3/4 des films ont des histoires très classiques et je suis entièrement d’accord avec vous. Ce que je veux dire, c’est que selon moi la forme a priori assez spectaculaire, le choix justement de réaliser une comédie musicale, devrait nous faire « oublier » cet aspect assez classique. Or, je me suis vraiment dit en sortant de la salle « tout ça pour ça ». Après j’ai aussi conscience du projet même de Chazelle : une comédie musicale plus « réaliste » (les personnages ne dansent pas comme des balles, une grande partie du film qui ne contient pas nécessairement de scènes musicales etc…).

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Cela peut donc paraître paradoxal vu que je disais juste avant que le film avait un côté hors du commun (en tout cas visuellement). Peut-être que j’exprime mal mon idée, peut-être que je dois aussi admettre qu’il ne m’a tout simplement pas touchée. Du coup, peut-être que je me suis focalisée sur cette idée parce que le film ne parvenait tout simplement à m’emballer autant que je le souhaitais. Il faut dire que je me suis pas mal ennuyée durant ma séance. J’ai dû vérifier plusieurs fois la durée en sortant de la salle. Sincèrement, et sans exagérer, je pensais que ce long-métrage durait au moins 2h30. Or, il ne dure que deux grosses heures. Et je les ai bien senties ! En plus, pour ne rien arranger, j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un certain temps à se mettre en place. Là encore, je respecte la démarche de Chazelle d’instaurer une démarche malgré tout à peu près réaliste (même si le film ne donne de nouveau pas cette impression via cette esthétique) dans le sens où un couple met du temps à se trouver et passe par différentes étapes (au passage, je ne suis pas d’accord avec les critiques évoquant un coup de foudre). Je pensais que le schéma saisonnier donnerait de l’élan au scénario, or je n’ai pas trouvé que c’était spécialement le cas. Le couple formé par Mia et Sebastien est mignon et même très attachant (la scène finale, qui a pu bouleverser certains spectateurs, est assez significative). Mais le film est même parfois trop concentré sur tous les deux. Ainsi, les personnages secondaires ne parviennent pas à exister alors que j’ai l’impression qu’ils avaient bien un intérêt pour appuyer certains propos (je pense notamment au rôle de la soeur, elle-même en couple). Il n’y a d’ailleurs pas que les personnages qui sont noyés par certains éléments. Je n’ai pas spécialement une grande culture en comédie musicale  mais on sent qu’il y a une voire même plusieurs références à chaque scène. J’imagine que cela a du sens pour Chazelle, toujours dans ce jeu et même cette frontière entre illusion et réalité, le cinéma et particulièrement Hollywood étant une machine à rêves. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que ça envahissait l’écran, comme si Chazelle nous étalait à tout prix son savoir.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

Face à ce lot de reproches que je fais au film (même si encore une fois, à côté je complimente aussi d’autres éléments), je dois par contre admettre les très bonnes interprétations de Ryan Gosling et Emma Stone. Je ne m’en suis jamais cachée, j’ai toujours aimé Gosling (non, je ne suis pas une midinette, heiiiiin) et il s’en sort ici à merveille dans ce rôle de jazzman (avec son éternel air Droopy qui lui va si bien) qui semble un peu hautain mais qui a un amour profond pour la musique qu’il défend et qu’il a dans la peau. Emma Stone, c’est une histoire plus compliquée entre elle et moi. Je l’ai toujours trouvée très rafraîchissante, avec un vrai potentiel mais dans certains films, je ne vois parfois que des tics et mimiques en tout genre. Pourtant, Stone m’a ici bluffée. Elle n’a pas l’air de livrer une interprétation extraordinaire dans le sens où elle n’est finalement pas dans de la sur-performance comme on a l’habitude de le voir. Par ailleurs, elle n’a pas non plus une voix époustouflante et ne fait pas des pas impressionnants (et on peut d’ailleurs dire la même chose concernant Gosling). Pourtant, Emma Stone est juste parfaite dans le rôle de Mia. J’ai envie de dire : elle est Mia. Là encore, cela s’applique aussi à Gosling mais Emma Stone a quelque chose en elle (que ce soit physiquement ou vocalement par exemple) un mélange assez intriguant entre la modernité et une image classique de la femme des années 50, voire même 60. Surtout, pour conclure ce billet sur une note positive, il y a une vraie bonne alchimie entre Gosling et Stone, déjà présente dans leur première collaboration, la bonne surprise Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra (bon, par contre, je mets à la poubelle Gangster Squad de Ruben Fleischer qui marquait leur seconde collab’). Pour conclure, en toute honnêteté, je n’ai pas spécialement aimé La La Land et j’imagine que la masse d’excellentes critiques ne m’a certainement aidée à l’apprécier. J’aurais réellement aimé partager l’enthousiasme des fans, être touchée par cette histoire d’amour certes classique (mais pour moi, durant ma séance, juste banale) mais qui a quelque chose d’universel mais ce ne fut pas le cas malgré un magnifique couple de cinéma qui crève l’écran. Mais je ne peux que m’incliner face à cette masse de boulot qui apparaît à chaque plan.

La La Land : Photo Emma Stone

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The Nice Guys

réalisé par Shane Black

avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Margaret Qualley, Kim Basinger, Angourie Rice, Matt Bomer, Ty Simpkins…

Comédie policière américaine. 1h56. 2016.

sortie française : 15 mai 2016

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

Cela peut paraître assez étonnant mais en dehors de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, je n’ai jamais été confrontée au travail de réalisateur et surtout de scénariste de Shane Black  (L’Arme Fatale, Last Action Hero, Le Dernier Samaritain) : bref, on ne me jette pas des tomates, ça peut arriver d’être à côté de la plaque. Je sais que certains cinéphiles sont allés voir The Nice Guys, présenté l’an dernier à Cannes en hors compétition (et qui devait être une série télé) parce que justement Black était derrière la caméra. Pour ma part, en plus des bonnes critiques que j’ai pu entendre, j’avais surtout hâte de voir le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling dans un buddy movie. On ne va pas tourner autour du pot pendant un siècle : sans crier au chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé The Nice Guys (« la suite spirituelle de Kiss Kiss Bang Bang » selon Shane Black mai selon moi en moins noir) qui a déjà le mérite d’être un très bon divertissement, plus que la moyenne. L’histoire m’a tout de suite embarquée et on ne s’ennuie pas une seconde, le film étant suffisamment bien rythmé (le montage étant assez efficace) mais sans fatiguer non plus et permettant de garder une action lisible face à un enchaînement assez fou entre les rebondissements, les gags et des dialogues assez bien trouvés (on peut même parler d’un effet ping-pong). Le scénario a l’air léger, pourtant l’explosif mélange entre le message politique et l’univers du porno montre qu’il est plus ambitieux qu’il en a l’air et surtout qu’il sait plutôt bien jouer sur les oppositions (qui ne sont pas uniquement présentes dans le traditionnel duo du buddy movie). Le film joue aussi merveilleusement bien avec les différents codes grâce à une mise en scène habile. J’ai également beaucoup aimé la reconstitution de ce Los Angeles des années 1970, assez solaire et burlesque, parfois même jazzy sans que l’ensemble m’ait paru vide ou superficiel (même si paradoxalement le travail esthétique – volontairement clinquant – peut donner une impression contraire). Bref, techniquement le film est très maîtrisé sur de nombreux aspects et sert complètement à la fois le propos et le ton général (on pourra parler de coolitude). Le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling fonctionne également plus que très bien (même si j’admets avoir eu une préférence pour Gosling mais le duo m’a paru tout de même équilibré). Crowe joue très bien avec son côté brute pratiquement légendaire sans non plus tomber dans une mauvaise parodie de lui-même. Gosling prouve de nouveau qu’il a un réel potentiel comique. Comment ne pas rire devant son air Droopy et toutes les conneries qu’il débite dans le plus grand sérieux (oui, Ryan Gosling cause !) ?

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley, Russell Crowe

On parle de duo (logique dans un buddy movie) mais à ce stade-là, avec la présence de la jeune Holly (jeune mais qui prend finalement les rênes des opérations), on pourrait même parler de trio. A mon avis, ce n’est pas un hasard si ce personnage a pratiquement le même prénom que son père (Holland) : elle a un visage de poupon, pourtant, « the guy », c’est elle dans l’histoire. On ne tombe pas dans le cliché de la pauvre gamine qui sert de rebondissement narratif (du genre, le cas typique : se faire kidnapper, le papounet devant la retrouver). Non, elle n’a pas ce rôle qui aurait pu être présent ou elle n’a pas ce pseudo rôle « féminin » comme on a l’habitude de le voir si souvent dans des grosses productions hollywoodiennes. Son interprète, l’australienne Angourie Rice, est par ailleurs une révélation et je suis certaine qu’on la reverra très vite sur les écrans. Cela dit, je n’ai pas adoré le film car j’ai eu l’impression d’avoir vu ce type de film des tonnes de fois. Encore une fois, j’ai conscience que Black a volontairement parodié / pastiché / rendu hommage (à voir selon les scènes – la frontière entre ces termes, dans le cadre de ce film, m’a semblé volontairement floue) aux films des années 1970, qu’il y a donc des traits très volontairement forcés : le film se veut tout simplement old school et ça aide évidemment à rendre le tout très agréable. Je sais aussi qu’il y a des tas de films qui fonctionnent de cette même manière (tout dépend évidemment des univers, des époques évoqués etc…). Je l’ai tout de même trouvé, par ces nombreux procédés, sans réelle surprise et un peu trop classique (même si pour moi, ce.terme n’a rien d’une insulte à l’origine), comme s’il lui manquait ce petit truc pour que je puisse réellement adorer. Peut-être que le film a été un peu trop survendu, en tout cas, je suis restée sur ma faim alors que je me suis tout de même éclatée tout le long. Peut-être justement aussi que le film, à force de vouloir être cool à tout prix et de nous étaler les différents procédés (bien) utilisés, atteint parfois ses limites. Après, il s’agit vraiment d’un petit bémol. Qu’on soit bien d’accord : The Nice Guys reste tout de même une belle réussite, une bonne comédie d’action sans prétention tout en alliant une certaine maîtrise technique et narrative. Ce film prouve qu’on est encore capable de réaliser de bons divertissements hollywoodiens sans tomber dans la stupidité et en maniant bien les différents codes et en gardant un minimum d’exigence.

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

My Life Directed by Nicolas Winding Refn

réalisé par Liv Corfixen

avec Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Kristen Scott Thomas, Alejandro Jodorowsky…

Documentaire américain. 58 mn. 2014.

sortie française (dvd) : 27 avril 2016

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Liv Corfixen est femme de réalisateur. Une position qui n’est pas toujours aisée, et elle tient à nous le prouver dans un documentaire qu’elle a entièrement écrit et réalisé. En obtenant le Prix de la mise en scène à Cannes en 2011 pour son film DRIVE, le Danois Nicolas Winding Refn jouit d’un statut de cinéste culte : adulé par le public, consacré par la critique, il a désormais pour principale préoccupation de rendre ce succès pérenne. Ainsi, lorsqu’il début le tournage de son nouveau projet ONLY GOD FORGIVES en 2013, il s’inquiète : ce film, plus confidentiel, saura-t-il répondre aux attentes de ses spectateurs ? Liv s’inquiète aussi, mais surtout pour son mari, ses enfants, et pour elle-même, car si Nicolas se jette à corps perdu dans son film, il semble toutefois mettre de côté sa propre famille. Elle décide donc de prendre la caméra, et de faire de Nicolas un sujet d’observation, afin de nous offrir une vision large de la vie du réalisateur, un portrait à la fois intime et instructif, à mi-chemin entre le reportage et le making-of.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Suite au succès international de Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui avait déjà bâti une jolie petite carrière au Danemark et même en Grande-Bretagne (Bleeder, la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux), tourne en Thaïlande Only God Forgives. Il emmène toute sa famille (son épouse Liv Corfixen, actrice qu’on a pu voir dans Bleeder) ainsi que de ses deux jeunes filles. En effet, la famille avait été séparée pendant dix mois pendant le tournage de Drive (Liv et ses filles étaient au Danemark, Nicolas à Los Angeles) et tout le monde avait trop souffert de cette situation. Liv, qui doit s’occuper des enfants, décide alors de prendre une caméra pour filmer leur quotidien, sans trop savoir où ce film va l’amener. Elle a pris conscience qu’elle était en train de filmer une sorte de thérapie de couple, captant les états d’âme de son mari et même les siens. Que signifie être épouse d’artiste ? Comment vivre quotidiennement avec quelqu’un qui ne vit que pour son art ? On sent qu’il ne s’agit que d’un premier film, qu’il y a un manque d’expérience de réalisatrice. Peut-être que c’est un film qui plaira davantage aux fans de Nicolas Winding Refn qui veulent en savoir plus sur lui (y aurait-il presque un côté people dans ce doc ?) et qui ne fera qu’énerver de nouveau ses détracteurs. Peut-être aussi que ce film aurait pu faire partie d’une édition dvd de Only God Forgives. Au fond, ce n’est pas si grave, le résultat m’a tout de même beaucoup plu. Si on est fan de Refn, je pense que ça vaut le coup de découvrir le regard de son épouse sur son homme. Malgré le côté un peu brouillon (nous dirons qu’il s’agit parfois aussi d’un aspect proche de la spontanéité), Liv Corfixen livre un documentaire intimiste, parfois proche du making-of, très intéressant, qui apporte un point de vue intéressant sur la vie de famille des artistes dont nous ne connaissons pas toujours. L’amour semble évident dans le couple Refn tout comme il est évident de voir l’amour que porte Refn à ses enfants, qu’il aime s’en occuper quand il le peut. Mais son travail et son obsession pour atteindre la perfection artistique (et je dirais même pour être encore plus reconnu) bouffe clairement sa vie de famille et de couple. La scène avec Ryan Gosling qui joue avec les petites est certes mignonne (ahhhh Ryanou !) mais elle est très révélatrice du fonctionnement de la famille. Il faut savoir qu’après le tournage de ce film, les Refn ont suivi une thérapie de couple et d’après ce qu’ils ont révélé dans des interviews, cette thérapie ainsi que ce film les auraient aidé à être encore plus soudés qu’avant.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Nicolas Winding Refn est présenté comme un artiste plein de doutes et de contradictions : il peut être très sûr de lui un jour et le lendemain dire qu’il s’agit d’une grosse daube sans aucun sens. Pour ma part, j’ai trouvé ça touchant de le voir finalement très humain. Pourtant Liv Corfixen n’hésite pas à faire des reproches à son mari, à le filmer dans ses mauvais jours qui ne le rendent pas si sympathiques que ça. L’intimité du couple est particulièrement mise en avant au point de voir carrément Refn le matin encore dans son lit. Il est alors intéressant de voir à quel point la vie privée et la vie publique peuvent se rejoindre. J’ai beaucoup parlé du réalisateur danois et c’est vrai que c’est tout de même important de le souligner étant donné qu’il est au coeur du projet, que c’est avant tout lui qu’on voit. On a envie de savoir comment il travaille dans des conditions parfois difficiles avec son esprit torturé, mais aussi comment il est en privé, que ce soit dans les moments agréables ou pénibles qui ne le mettent pas toujours à son avantage. Le titre du film met bien en avant son nom complet mais il y a aussi ce « My Life » qu’il faut prendre en compte. C’est pour ça que nous ne pouvons pas totalement le classer dans le making-of, même s’il ne s’agit pas non plus d’un autoportrait ni d’un portrait tout court. Le côté inclassable a quelque chose de bordélique mais honnêtement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Bref, il s’agit aussi d’un film sur Liv Corfixen. Ce n’est pas toujours évident d’être réalisateur et en quelque sorte acteur de son propre documentaire. Dans ce genre en question, beaucoup aiment (et le font très bien) se mettre en scène. Liv Corfixen n’est pas dans cette démarche. Elle ne devait pas être le personnage de ce film mais elle finit par le devenir. On ne la voit pas tant que ça physiquement, parfois simplement dans un reflet avec sa caméra (comme au début du film en guise d’introduction) et pourtant elle est autant présente que son mari, tous les deux sont au coeur du sujet même. Pourtant, alors qu’on a beau taxer de Refn comme le roi des ego-trip, il n’y a pas de narcissisme de la part de Corfixen même si elle comble sa frustration (on comprend qu’être mère au foyer n’était certainement pas son ambition première et aurait peut-être préféré continuer à faire partie de projets artistiques) en créant un objet filmique certes imparfait mais unique, intéressant, certainement plus complexe qu’il en a l’air même s’il n’avait pas cette prétention première au départ. Peut-être qu’il méritait de durer plus longtemps (une petite heure me semble court) pour aller encore plus loin dans la réflexion mise en place mais à mon avis ça vaut le coup d’oeil.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo