[MC2018] Grease

réalisé par Randal Kleiser

avec John Travolta, Olivia Newton-John, Stockard Channing, Jeff Conaway, Andy Tennant, Lorenzo Lamas, Fannie Flagg…

Comédie musicale américaine. 1h45. 1978.

sortie française : 1 septembre 1978

Un film avec une bonne BO

 

A la fin des vacances d’été, les amoureux Danny Zuko et Sandy Olsson, une jeune Australienne de bonne famille, doivent se séparer.
A son retour au lycée Rydell, le jeune homme retrouve sa bande, les T-birds, blousons de cuir et cheveux gominés. Les parents de Sandy ayant décidé de s’installer aux Etats-Unis, la demoiselle intègre la même école…
Passé la surprise des retrouvailles et pour faire bonne figure devant ses copains, Danny adopte une attitude désinvolte qui laisse la jeune fille totalement désemparée. Sandy rejoint alors les Pink Ladies, le pendant féminin des T-Birds.
S’ensuit un jeu du chat et de la souris entre les deux tourtereaux, le tout rythmé par les événements de leur vie de lycéens : démarrage de la saison de football américain, bal de promotion, course de voitures, soirées entre filles, entre garçons, au fast-food, au drive-in

Grease : Photo John Travolta, Olivia Newton-John

La phrase d’accroche sur l’affiche française d’origine m’a toujours fait rire par sa simplicité voire même par sa banalité. Et pourtant, elle résume brièvement mon avis. Effectivement, Grease, « c’est sympa ». C’est déjà un bon début (enfin, ce n’était pas l’avis partagé par les critiques à sa sortie). Mais hélas, je ne ferai donc pas partie de ces fans acharnés de la comédie musicale (adaptée d’un succès de Broadway de Jim Jacobs et Warren Casey en 1972) même si je comprends le culte qu’on lui voue. L’histoire en elle-même est plaisante même si elle n’est absolument pas originale (pour ne pas dire « simpliste »). Sandy et Danny (est-ce un hasard si leurs prénoms riment ?) se retrouvent au même lycée après avoir fait connaissance l’été précédent pendant les vacances. Mais tout les sépare : l’Australienne Sandy est une jeune fille timide voire niaise  (mais rassurez-vous, elle finit par se décoincer) issue d’un bon milieu tandis que Danny est le BG gros dur du lycée qui cache sa sensibilité. Chacun se retrouve alors dans deux « gangs » : les Pink Ladies et les T-Birds. Face à leurs différences qui les empêcheraient a priori l’impossibilité de poursuivre la romance face à des préjugés, je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un lien avec une autre comédie musicale, West Side Story (même si l’affiliation entre les deux films peut paraître superficielle). En fait, Grease pourrait être ce West Side Story sans sa dimension tragique et en plus coloré. Les choix de Grease sont parfois quitte ou double. Ainsi, la surabondance de kitsch et de niaiserie peut autant plaire que faire fuir (et je dirais même que ça participe à un certain vieillissement du film). Cela ne me dérange pas spécialement que l’histoire puisse être assez banale, cela dit, par moments, je l’ai trouvée assez creuse. Mais l’ensemble est tout de même sauvé par une certaine fraîcheur. Grease a pourtant un arrière-fond intéressant (mais, à mes yeux, pas forcément bien poussé) en situant sa mince intrigue dans les années 50. Ce n’est pas la première fois qu’une oeuvre des années 70 se replonge vingt ans auparavant (on pense notamment à la série Happy Days ou encore au film American Graffiti). Ce regard temporel, tendrement nostalgique, renvoient aux spectateurs d’aujourd’hui (notamment une nouvelle génération) qui portent aussi ce même regard alors que certains d’entre eux n’ont pas connu les années 70 et encore moins les années 50. Il est évidemment impossible de ne pas évoquer sa cultissime bande-originale (j’ai toujours été fan de You’re The One That I Want et Summer Nights bien avant de regarder le film).

Grease : Photo John Travolta, Olivia Newton-John

Je ne dirais pas que je l’écoute toute la journée quotidiennement mais elle est entraînante et correspond bien à l’univers et à l’époque mise en avant. Les chorégraphies sont également plutôt sympathiques, en se calquant bien sur les codes voire même les clichés sur les lycées américains : les pom-pom girls, le bal de promo etc… Cela dit, il n’y a rien de bien impressionnant, la mise en scène relativement pauvre n’aide pas non plus à avoir une bien meilleure impression. Grease est souvent définie avant tout comme une comédie musicale alors qu’il s’agit aussi d’un teen-movie. Cela peut aussi expliquer l’intérêt qu’a encore la nouvelle génération pour ce film alors qu’il a pris un sacré coup de vieux. L’ensemble reste gentillet dans le sens où on ne s’aventure pas trop sur des sujets houleux (même l’intrigue avec la fausse méchante Rizzo est balayée, la morale est sauve !).Enfin, passons au casting et aux personnages.John Travolta avait déjà joué dans quelques films estimés comme Saturday Night Fever de John Badham et Carrie de Brian de Palma. Mais on peut dire qu’il est devenu une véritable star grâce à son interprétation dans Grease. Et cela est totalement compréhensif vu son charisme et sa dégaine légendaire. La chanteuse britannique Olivia Newton-John (connue sur la scène country avant d’intégrer le casting de Grease) s’en tire également plutôt bien alors que sur le papier, son personnage aurait pu m’insupporter par sa trop grande innocence (et son changement assez brutal : je trouve le message assez maladroit concernant la position des femmes dans les relations amoureuses…). Stockard Channing se détache du reste du casting, son personnage étant un poil mieux écrit que les autres (enfin, ça reste relatif mais on se comprend). Cela dit, on pourra tout de même être perturbé par l’âge même des acteurs (surtout Stockard Channing et pourtant, encore une fois, j’aime bien son personnage et son interprète) : certains, qui ont déjà la trentaine (et ça se voit), jouent des lycéens. Je suis peut-être indulgente avec ce film uniquement parce qu’il a le mérite d’être correct dans ce qu’il propose en tant que divertissement et certainement aussi parce qu’il a su traverser les années avec une histoire aussi basique, sans réelle péripétie marquante. Est-on trop virulent avec certains films aux histoires similaires aujourd’hui parce qu’il nous manque encore du recul ? En tout cas, encore une fois, tout est une question de rapport avec le temps.

Grease : Photo John Travolta, Olivia Newton-John

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Call Me by Your Name

réalisé par Luca Guadagnino

avec Timothée Chalamet, Armie Hammer, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel, Victoire du Bois, André Aciman…

Drame, romance italien, américain, français. 2h11. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Call Me By Your Name : Photo Timothée Chalamet

Après Amore et A Bigger Splash (le remake de La Piscine), Call Me by Your Name serait le dernier volet de la trilogie du désir de Luca Guadagnino. Je mets ma phrase au conditionnel car une suite de Call Me by Your Name serait également déjà envisagée (seul le futur nous le confirmera). Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme d’André Aciman (qui, au passage, apparaît quelques minutes dans le film). On retrouve au scénario James Ivory (à l’origine, il devait réaliser le long-métrage) qui vient justement de décrocher un Oscar pour son travail. Ivory est notamment connu pour avoir adapté les oeuvres d’Edward Morgan Forster (Chambre avec vueMaurice et Howards Ends) : des similitudes entre certaines d’entre elles et Call Me by Your Name sont possiblement détectables au premier abord. L’histoire d’amour dans Chambre avec vue se déroulait déjà dans une Florence culturelle. Maurice présente une histoire d’amour homosexuelle, difficile à vivre à cause de la pression sociale. Sur le papier, le tout retranscrit dans les années 80, Call Me By Your Name fait penser à une sorte de mélange entre ces deux oeuvres de Forster (et je ne suis pas sûre que ce soit le fruit du hasard). Film autant acclamé par le public que par les critiques, Call Me by Your Name m’a plutôt plu. Enfin, au début j’ai cru qu’il m’avait déçue pour être honnête. Puis, petit à petit, le film vieillit bien, il me touche même lorsque j’y pense, fait extrêmement rare en ce qui me concerne. Je lui trouve également plus de qualités que de défauts (et en réalité, je ne lui trouve qu’un véritable défaut). Guadagnino a su présenter avec sensibilité, chaleur et délicatesse une romance éphémère mais inoubliable (qui se déroule exactement sur six semaines) durant des vacances d’été (le truc typique que beaucoup d’ados ont vécu, le fameux « premier amour de vacances »). La jolie photographie solaire illumine cette Italie écrasée par la chaleur, qui va de pair avec la découverte des corps et de la sexualité. L’essence de ce premier amour né dans cette parenthèse paradisiaque (une sorte de jardin d’Eden) fait certainement partie de ces éléments qui semblent avoir autant embarqué les spectateurs. La mise en scène de Guadagnino est à la fois fluide, élégante, même virtuose : cela ne m’aurait d’ailleurs pas spécialement dérangé de le voir nommé aux Oscars contrairement à certain(e)s. L’histoire en elle-même est assez touchante (le générique de fin en particulier, un peu à la Good Times) dans le sens où on croit complètement à ce jeune couple, à la naissance de leurs sentiments et de leurs désirs.

Call Me By Your Name : Photo

Le couple formé par Timothée Chalamet (un peu tête à claques mais il est tout de même très bon, ne soyons pas de mauvaise foi) et Armie Hammer (très charismatique – je suis étonnée que les critiques s’attardent autant sur Chalamet alors que Hammer livre une interprétation remarquable) fonctionne à merveille, une évidence même de les réunir. La bande-originale, qui mêle titres phares des années 80 et chansons originales magnifiques de Sufjan Stevens (« Mystery of Love » est la chanson coup de coeur de ce début d’année), accompagne avec douceur et émotion le long-métrage. Cela dit, Call Me by Your Name souffre selon moi d’un réel problème – même si cela n’enlève en rien ses indéniables qualités : sa longueur. Ainsi, la première partie paraît vraiment longue alors que l’oeuvre se déroule sur un temps relativement court (je vous rappelle que tout est basé sur un amour éphémère). Certes, la découverte de l’autre passe par plusieurs phases, comme l’observation ou le déni. Mais tout de même, cela prend bien trop de temps pour finalement le peu que ça raconte (surtout qu’on sait comment l’histoire va prendre fin). De plus, à cause de cette longueur, tous les divers sous-textes (aussi bien culturels qui nourrissent l’histoire qu’éventuellement plus « sociaux ») intelligemment mis en place finissent par se diluer alors qu’en réalité ils sont juste très pertinents. Je mets « sociaux » entre guillemets volontairement, je reviens juste sur un point sur lequel je ne suis pas toujours d’accord avec mes collègues blogueurs (bref, point de remarque négative ou positive, juste selon moi une observation). Luca Guadagnino refuse de qualifier son film de « gay ». Effectivement, de ce côté-là il a réussi sa mission dans le sens où 95% du film (voire plus, je ne me suis amusée à compter avec un chronomètre ou quoi que ce soit), on ne se concentre pas plus que ça sur le fait qu’il s’agit d’une histoire d’amour entre deux hommes : au fond, on se fiche complètement de leur sexe, ils s’aiment et sont attirés l’un par l’autre. On ne parle d’ailleurs pas de ce sujet et les parents d’Elio (incarnés par l’excellent Michael Stuhlbarg et une étonnante Amira Casar) sont bienveillants avec leur fils. Cela dit, entre le contexte historique (les années 80 – j’ai du mal à croire que l’époque ne sert juste à nous plonger dans un récit rétrospectif – même si les thèmes du souvenir et du passé sont effectivement effleurés) et la toute fin (je ne spoile pas), l’homosexualité finit tout de même par entrer en jeu. Bref, on en revient donc à nos moutons : d’où mon utilisation de « sociaux » à prendre avec beaucoup de pincettes même si le film n’a pas du tout pour but d’être militant ou quoi que ce soit.

Call Me By Your Name : Photo Esther Garrel, Timothée Chalamet

Les références culturelles sont également importantes pour nourrir le récit (en tout cas (et ma lecture du roman actuellement va dans ce sens) même si elles s’éparpillent également à cause des longueurs. Il est pour moi certain que ces références ne peuvent pas servir uniquement de décors. Ainsi, les décors naturels ensoleillés, les différents plans insistant sur les statues antiques, la profession des parents d’Elio (la mère est traductrice, le père universitaire dans la culture gréco-romaine), la figure même d’Oliver (pour moi un mélange d’Apollon et Eros et au prénom faisant déjà référence à la nature) enrichissent la narration qui n’est pas aussi banale qu’elle en a l’air. La scène avec la pêche, un peu trop grossière, n’est pas uniquement une manière de montrer l’éveil sexuel du jeune Elio ou encore le souvenir qu’il garde de son amant plus âgé (dans le livre, il a 24 ans) : on y verrait presque une métaphore du fruit défendu (même si rien n’est condamnable). Aucune scène de sexe entre les deux hommes n’est jamais montrée (ce qui est regrettable dans le sens où, en revanche, une scène de sexe hétérosexuelle est présente dans le film). Même le choix des prénoms n’a absolument rien d’anodin (et appuie encore plus le propos fusionnel « appelle-moi par ton nom ») avec ce jeu de miroir entre Elio et Oliver (eLIO-OLIver pour mieux illustrer le propos). Je me permets de vous partager cet article que j’ai trouvé très pertinent sur le rôle des références mythologiques dans l’intrigue. Enfin, j’y vois aussi avec ces toutes ces nombreuses références culturelles antiques, le tout avec l’omniprésence de la nature, un parallèle judicieux avec les notions d’inné et acquis. Cela est logique dans le sens où Call Me by Your Name est aussi un récit d’apprentissage : cela peut aussi expliquer pourquoi Oliver est plus âgé qu’Elio tout comme on pourrait aussi y voir un film sur la famille (et pas uniquement sur le désir). Enfin, autre point intéressant : la dimension babélienne via la multitude des langues et nationalités entendues et présentes via différents personnages appuie l’universalité de cette romance. Call Me by Your Name fonctionne globalement car même s’il intellectualise certainement bien plus qu’on ne pourrait le croire et qu’il comporte certainement plusieurs niveaux de lecture, les spectateurs pourront suivre aisément (et s’émouvoir devant) les aventures d’Elio en Italie sans être parasités. 

Call Me By Your Name : Photo

Newness

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Laia Costa, Pom Klementieff, Jessica Henwick, Danny Huston, Matthew Gray Gubler…

Drame, romance américain. 1h52. 2017.

sortie française (Netflix) : 6 février 2018

Séance commune avec Lilylit

L’histoire d’un couple dans un Los Angeles contemporain, en prise avec la culture des rencontres en ligne et les réseaux sociaux.

Newness : Photo

Drake Doremus n’est pas encore d’un grand réalisateur (le sera-t-il un jour ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter). Mais son travail ne me laisse jamais indifférente : j’ai toujours envie de suivre son travail de près au fil des années. Une certaine honnêteté et une pointe d’intelligence et de délicatesse sont perceptibles dans son cinéma. Surtout, ce réalisateur a le mérite d’avoir un univers bien à lui (ce qui n’est pas donné à tout le monde même quand on a du talent), que ce soit à travers ses thèmes (des relations d’amour perturbées et/ou malsaine), avec un véritable sens de l’esthétique (assez froid – le bleu semble décidément être sa couleur phare). Décidément, ses longs-métrages ont toujours du mal à être distribués en France (traduction : ils ne sont jamais sortis dans une salle obscure chez nous, les distributeurs privilégiant sans cesse la VOD à la place). Même si j’ai à chaque fois quelques reproches à faire à ses longs-métrages (je suis une chieuse, c’est bien connu), j’y adhère tout de même toujours un minimum. Surtout, je trouve cela regrettable qu’ils ne parviennent pas à être projetés dans les cinémas : je suis certaine que cela permettrait à Doremus d’être un réalisateur davantage connu en France – en tout cas il le mériterait. Drake Doremus est fasciné (traumatisé ?) par les couples d’aujourd’hui, principalement âgés entre 20 et 30 piges. Il avait déjà dénoncé les complications d’un amour à distance dans Love Crazy avec Anton Yelchin (à noter au passage la dédicace à l’acteur décédé trop jeune à la fin de Newness). La difficulté d’afficher ses sentiments dans une société aseptisée était au coeur de sa jolie tentative SF Equals (avec déjà à l’affiche Nicholas Hoult). On pense aussi à Breathe In qui, à travers une romance entre une jeune étrangère (l’habituée Felicity Jones) et un quadragénaire, expose les failles d’un couple et d’une famille au bord de la crise de nerfs qui se réfugie aussi derrière des illusions. Newness entre logiquement dans la filmographie du réalisateur. En effet, Doremus s’attaque désormais aux applications (et sites) de rencontre. S’ils peuvent permettre à deux êtres de se rencontrer et de vivre des choses ensemble, le constat sur ces applis reste amer. Les personnages l’utilisent quand ils s’ennuient, que ce soit durant leur célibat ou lorsqu’ils sont en couple : qu’est-ce qui le plus inquiétant entre les deux ?. Alors que le téléphone est l’outil représentant la communication, il sert aux personnages à fuir leurs relations au lieu de les résoudre en se parlant.

L’ensemble m’a plutôt plu dans le sens où Drake Doremus cerne plutôt bien le fonctionnement compliqué et malsain des jeunes couples que ce soit à cause de la technologie ou même à cause de leur vision de l’amour et du sexe (je ne veux pas non plus faire de généralités mais il faut avouer que le constat reste alarmant). A plusieurs reprises je me suis dit « mais oui, c’est tellement ça ! ». On me dira que je juge les personnages et leur mode de vie, cela n’est pas entièrement faux. Au début, les personnages m’ont réellement irritée, j’avais l’impression que je devais en vouloir au film plus globalement. Mais je me suis aperçue plus tard que c’était peut-être un choix de la part du réalisateur pour nous faire réagir : il fallait accepter que les personnages puissent faire de mauvais choix et réfléchir comme leurs pieds gauches. Cela dit, ce long-métrage comporte bien pour moi quelques réels défauts, même si, là encore, j’ai eu du mal au début à savoir s’il s’agissait de points négatifs ou positifs. La place du sexe est pour moi autant intéressante que problématique, comme si le réalisateur n’avait pas totalement su trancher. Le sexe se justifie dans le sens où ces sites de rencontre sont avant tout des catalogues pour assouvir des besoins, pas réellement pour construire une relation amoureuse avec quelqu’un. Il y a un côté « zapping » qui inquiète. Le sexe est aussi une solution pour fuir ses problèmes, comme ces sites de rencontre : la limite entre les deux est presque volontairement floue. Cela dit, même si la démarche est compréhensible, le scénario semble justement atteindre ses limites en nous proposant systématiquement le schéma suivant : dispute, sexe, conflit, baise. On ne peut en tout cas pas passer à côté de la qualité des interprétations. Le couple formé par Nicholas Hoult et Laia Costa (la fabuleuse actrice espagnole de l’épatant long-métrage allemand en plan-séquence Victoria de Sebastian Schipper) est tout simplement évident. Leur attachement l’un à l’autre tout comme la fusion plus charnelle qui les unit crèvent les yeux. Hoult et Costa ont d’autant plus de mérites en incarnant des personnages relativement peu sympathiques. Plutôt bien mis en scène, Newness parvient donc à nous intéresser et à toucher grâce à son sujet actuel, n’hésitant pas à plonger ses personnages dans un monde qui provoque le malaise parce que ce monde décrit est malheureusement si vrai. Hélas, Newness semble pas totalement abouti à cause d’une écriture parfois maladroite malgré ses quelques pertinentes idées.

La Forme de l’eau

réalisé par Guillermo Del Toro

avec Sally Hawkins, Doug Jones, Michael Shannon, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer, Nick Searcy, David Hewlett…

titre original : The Shape of Water

Fantastique, drame, romance américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo

Lauréat du Lion d’or et d’une ribambelle de prix – on le voit mal repartir sans Oscars, La Forme de l’eau est déjà aux yeux de certains le chef-d’oeuvre de Guillermo Del Toro. Même si je connais finalement encore mal sa filmographie, je reste persuadée que ses meilleurs films restent L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan. Je vous l’annonce d’emblée : non, La Forme de l’eau n’est pas un chef-d’oeuvre. Oui, j’ai même quelques (petits) reproches à lui faire. Mais oui, il s’agit indéniablement d’un très bon film, peut-être même d’un grand film (seul le futur nous le dira) et c’est déjà une bonne chose. On ne peut évidemment pas passer à côté de son époustouflant sens esthétique rétro-fantastique-poétique qui sert toujours la narration (et vice versa). Rien qu’avec des couleurs très marquées, certainement symboliques (on se demanderait presque si le manteau rouge que porte l’héroïne, qui a un air de Blanche-Neige, ne serait pas un clin d’oeil au Petit Chaperon Rouge pour ne citer que cet exemple), le spectateur sait d’emblée qu’il s’agit d’un conte : il doit alors en accepter ses codes et ses règles. Un conte est par définition un récit souvent oral (d’où la voix off qui se fait discrète) faisant appel au merveilleux. Il allie aussi un aspect enfantin et naïf (avec cette héroïne qui rêve de comédies musicales) et un autre beaucoup plus adulte et surtout cruel (et parfois, Del Toro n’y va pas de main morte – RIP le chat). Bref, le réalisateur reprend parfaitement tous les codes que l’on connait du conte pour sublimer une histoire d’amour autant poétique, douce que profondément cruelle entre deux êtres rejetés par la société, littéralement deux monstres. On pourrait s’attarder des heures sur la beauté splendide qui s’étale sous nos yeux pendant deux heures : la photographie est totalement en accord avec le choix narratif du conte, les décors sont soignés ou encore le maquillage de la Bête est juste fou. Nous passons aussi à des couleurs autant vives (je reviens à cette fameuse couleur rouge, très forte et riche en explication et interprétations à elle seule) à des jeux d’ombre qui nous rappellent l’expressionnisme. Del Toro reprend alors les types présents dans les contes, c’est forcément un peu « grossier » dans le bon sens du terme, mais jamais caricatural. Au-delà de l’écriture qui trouve certainement un équilibre, on peut aussi remercier toute la distribution qui s’en sort merveilleusement bien : les nominations aux Oscars pour Sally Hawkins, Richard Jenkins et Octavia Spencer sont totalement justifiées et l’excellent Michael Stuhlbarg, qu’on voit décidément partout en ce moment, aurait également pu y trouver sa place. 

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Octavia Spencer, Sally Hawkins

On pourra même s’étonner de constater une écriture assez intelligente concernant les méchants (même si la dimension « type » est pourtant toujours présente). Richard Strickland, incarné par l’excellent Michael Shannon, serait selon certaines critiques que j’ai lues un véritable méchant (ne pas y voir ici un règlement de comptes ou quelque chose comme ça – juste un petit désaccord). Justement, ce personnage – pourtant violent, raciste et misogyne (on ne minime évidemment pas l’accumulation évidente de défauts : bref, c’est un sale type) – n’est pourtant pas pour moi le véritable grand méchant du récit. Certes, il est devenu un monstre (en tout cas encore plus qu’il ne l’était avant même – son apparence cachait en tout cas sa nature), autant physiquement (comme si la perte de ses doigts marquait encore plus la perte de son humanité) que moralement. On ne peut évidemment pas le mettre dans la même classe des autres « monstres » qu’il méprise, ces monstres de la différence (une muette, une afro-Américaine, un homosexuel, un Russe – détail important durant la Guerre Froide). Il est également pris dans un système qui le pousse à être encore plus monstrueux qu’il ne l’est : le général Hoyt est pour moi le véritable méchant de l’histoire, le méchant suprême, qu’on voit pourtant très peu mais qui joue un rôle essentiel : il le dit lui-même il décide de tout, il humilie qui il veut. A l’image du cadre de l’histoire (durant la Guerre Froide), il incarne une menace invisible mais réellement dangereuse. Strickland a beau ne pas faire partie de la minorité (c’est un homme Blanc, père de famille aux airs parfaits), on n’a pas forcément envie de le plaindre, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas victime en quelque sorte des agissements de Hoyt (mais d’une autre manière). Cela peut presque paraître étonnant de voir cette nuance chez les personnages alors que l’écriture n’est pas toujours fine (reproche que je faisais déjà à Del Toro dans son Crimson Peak). Le réalisateur mexicain a le mérite d’offrir un cinéma relativement accessible sans vendre son âme au Diable, sa personnalité apparaît sans cesse à travers son oeuvre. Certes, il a beau s’inspirer de films (coucou le rageux Jean-Pierre Jeunet qui voit du plagiat partout), comme par exemple L’Etrange Créature du lac noir de Jack Arnold (le look de la Bête puise clairement dans ce film) ou d’autres références culturelles (La Belle et la Bête) voire même mythologiques (Orphée), Del Toro ne se fait pas écraser pour autant par tout cet héritage qui nourrit considérablement et utilement son oeuvre.

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Sally Hawkins

La Forme de l’eau est alors aussi un hommage au cinéma, celui aussi qui permet de rêver et de s’évader, tout comme le conte qui enjolive les dures réalités ou même les comédies musicales (même si, au secours, cette scène-là est juste gênante : Del Toro ne réussit pas non plus son pari à faire tenir son héroïne muette jusqu’au bout, quel dommage même si on comprend où il veut en venir). La scène où la Créature (habitée par le roi de la transformation Doug Jones) rejointe par Elisa dans le cinéma est certainement une des plus fortes du film car on comprend en peu de temps le nombre d’enjeux mis en place par le réalisateur. La Forme de l’eau est un film très riche sur de nombreux points qui fait preuve d’une rare générosité. Cela dit, comme prévu au début de cette chronique, j’ai quelques petits reproches à lui faire même si cela n’enlève en rien à la qualité générale de ce fabuleux long-métrage qui mérite son succès et toute l’attention qu’on lui porte actuellement. Bref, même si on sent que Del Toro s’est donné du mal pour émouvoir le spectateur, La Forme de l’eau ne m’a réellement émue – même s’il s’agit d’un très beau film même émotionnellement. Selon moi, je n’ai pas réussi à être autant bouleversée par ce conte car le scénario, pourtant bien écrit, reste pour moi un peu trop attendu : aucun rebondissement ne m’a réellement surprise. J’ai presque envie de dire que l’histoire coule presque un peu trop de source. De plus, quelques petits détails me font tiquer. En effet, l’attachement qu’a Elisa pour la Bête est un peu trop rapide. Certes, les parallèles entre elle et l’Amphibien sautent aux yeux : ils ne parlent pas, ils viennent de la mer (on nous dit qu’Elisa a été recueillie près d’une rivière), sont rejetés pour leur différence. Cela dit, on ne ressent chez elle aucune peur au début face à cette étrangeté. Je veux bien croire que sa naïveté et l’identification qu’elle a puisse expliquer cela mais cela parait autant peu crédible que trop rapide. Enfin, autre petit point sur lequel j’aimerais revenir : le sexe. Il est évident que le conte n’est pas aussi enfantin qu’il en a l’air, que ce genre est un moyen d’aborder des sujets plus adultes. Je ne vous apprends évidemment rien sur l’eau en tant que représentation sexuelle (entre autres). Là encore, je comprends la volonté d’exposer quelques scènes de sexe, que ce soit les masturbations matinales de Elisa ou encore la relation sexuelle entre Elisa et la Bête (qui a le mérite d’être onirique). Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver que de Del Toro en montrait et même en disait trop (même s’il n’y a de vulgaire : ce n’est pas le fond de mon propos), que son écriture manquait ici de finesse via ce thème, comme s’il empêchait à son oeuvre d’être encore plus universelle qu’elle ne l’est déjà. La Forme de l’eau a beau être perfectible selon moi, il s’agit tout de même d’une formidable grande réussite.

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Richard Jenkins, Sally Hawkins

Phantom Thread

réalisé par Paul Thomas Anderson

avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson…

Drame américain. 2h11. 2017.

sortie française : 14 février 2018

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

Phantom Thread : Photo Vicky Krieps

Réalisateur de plusieurs bijoux (There will be blood, Magnolia), Paul Thomas Anderson signe son grand retour (je m’étais un peu embrouillée avec lui sur The Master) tout comme il signe celui du gigantesque Daniel Day-Lewis. L’acteur triplement oscarisé a déclaré qu’il s’agirait de son dernier film. On ne sait pas si sa retraite sera réellement définitive (il l’avait déjà prise il y a quelques années avant de reprendre le boulot et de choper d’autres Oscars) mais finir éventuellement sur cette sublime touche est certainement le rêve de nombreux acteurs. Premier film du cinéaste américain à l’étranger, Phantom Thread est a priori un film très classique, que ce soit sur le plan narratif ou sur esthétique. En effet, dans un décor luxueux et millimétré, le tout avec des costumes et décors à tomber par terre, il raconte une histoire d’amour entre un grand couturier et sa muse. Pourtant, et c’est certainement ce qui rend ce grand film aussi puissant, c’est qu’il n’est justement pas aussi classique qu’il en a l’air. On y verrait presque une mise en abyme avec ce monde d’apparences : là c’est la même chose, ne vous fiez pas à ses apparences de simple film classique (même si tout le film semble couler de source). Le long-métrage aurait pu se contenter d’exposer de banales différences entre ces deux individus (âge, classe sociale, attitudes…), c’est en tout cas ce qu’on croit voir au début avant de découvrir finalement une Alma révélant la folie qui se cache en elle. Reynolds et Alma sont des personnages bien plus complexes, autant fascinants que dérangeants par leur attitude ou leur répondant. Paul Thomas Anderson nous présente une histoire d’amour toxique : cela est autant perturbant qu’émouvant. L’amour que Reynolds porte pour son art (qui passe donc par l’amour qu’il a pour sa muse, effaçant la notion de bien-aimée) est aussi fou que celui qu’a Alma pour Reynolds, sous syndrome de Münchhausen. Se faire du mal est ce qui permet à chacun de s’attirer, de se prouver leur amour et leur attachement alors que tout les oppose. Phantom Thread joue sans cesse avec ces oppositions qui s’attirent pour ne former plus qu’un ensemble torturé, entremêlé et sublime à la fois. Le lien entre l’artifice et le naturel est certainement au coeur de ce long-métrage, guidant alors la relation entre les personnages. Le monde artificiel et ultra millimétré de Reynolds (couture, politesse, langage pointu, habitude en général – les scènes de petit-déjeuner sont à la limite du délirant) va se confronter puis se mêler à l’univers d’Alma (presque un synonyme à elle-seule de désordre, telle une gamine qui finit par bouder). Relevée par une excellente photographie (par PTA himself !), les choix esthétiques d’une grande précision et jamais hasardeux se confrontent également entre la froideur d’un monde luxueux et figé (proche du papier glacé dans un magazine) et une certaine chaleur qui prend forme durant les scènes de maladie.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

La place de la nourriture est également importante et évidente dans ce long-métrage : cela surprend au premier abord d’en voir autant, au point de jouer un rôle narratif essentiel, dans un film qui dont le personnage principal possède une vision très particulière sur la beauté et la perfection des corps. Reynolds refuse de manger de la nourriture grasse, il ne faut d’ailleurs pas le déranger au petit-déjeuner, le bonhomme en sera alors fortement irrité tout le long de la journée. Pourtant, sa rencontre avec Alma se déroule dans le restaurant dans lequel elle travaille : il commande un nombre improbable de plats, comme s’il avait littéralement faim d’elle (la nourriture serait presque synonyme de scènes de sexe, complètement absentes). Les aliments vont aussi jouer un rôle central dans la névrose d’Alma, cette dernière servant du produit le plus naturel pour blesser et récupérer à la fois Reynolds. Par ailleurs, cette omniprésence de nourriture, le tout mêlée à certaines scènes à l’esthétique chaude, m’a rappelée des natures mortes. On peut évidemment tomber dans la surinterprétation mais ce rapprochement me semble pertinent sur plusieurs points. La nature morte est l’art par excellence du figement, or ce figement en question apparaît dans les scènes où Reynolds est dans son élément, où il maîtrise justement cet immobilisme (donc, pas dans les scènes aux tons chauds). Encore une fois, les éléments qui pourraient être contradictoires s’attirent, à l’image de ce couple toujours tiraillé entre des univers différents, entre la vie et la mort, mais justement ce tiraillement les rapproche et signe leur amour. Nous nous sommes beaucoup concentrés sur le couple Alma-Reynolds alors qu’une autre relation n’est pourtant pas à négliger : celle entre Reynolds et sa soeur Cyril. Cyril est aussi un personnage sans cesse partagée entre plusieurs caractéristiques : elle est très protectrice avec son frère (elle joue même le rôle de la mère disparue), il y a donc ce mélange de proximité, de froideur, d’agressivité qui peut ressortir. Si elle ne se laisse globalement pas faire (elle tient cette maison de haute couture d’une main de fer), elle cède pourtant aux exigences parfois pénibles de son frère, le laisse dans son confort et sa routine, accepte même de se faire dominer dans un sens (ce qui peut sembler paradoxal avec le caractère qu’elle a). Or, Alma fait ce que Cyril ne peut pas et ne veut pas faire. Bref, il y a toujours l’idée de passer d’un état à un autre, notamment de la position de dominant à dominé (et vice versa), parce que l’amour dans ses états est de toute façon paradoxe et implique aussi un rapport de force. C’est peut-être ça ce fil invisible qui relie sans cesse les personnages, qu’on peut rapprocher de l’histoire des mots cachés dans les ourlets des vêtements. Au passage, les personnages féminins principaux sont très bien écrits (enfin, le personnage principal masculin l’est aussi, hein), refusant d’être de simples potiches, alors que l’univers de la mode est plutôt contraire à cette idée (en tout cas dans nos esprits). 

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

Jonny Greenwood, guitariste de mon groupe chéri Radiohead (PTA a par ailleurs signé quelques clips pour le groupe) et depuis quelques années compositeur fétiche du réalisateur, signe certainement sa plus belle bande-originale : tellement puissante, virtuose, qui remplace pratiquement les répliques (déjà pas nombreuses) mais n’est pas non plus envahissante. Sa nomination aux Oscars est tellement méritée (enfin, il n’y a pas que ça qui mérite d’être nommé – je suis tellement contente de voir le film dans les nominations des grandes cérémonies en général). Pour la petite anecdote, l’idée de ce film serait née à partir d’une remarque que Greenwood aurait faite à PTA sur son accoutrement. Enfin, le trio principal est tout simplement impeccable. Daniel Day-Lewis est la seule réelle star de la distribution et encore une fois, sa réputation de grand acteur est totalement justifiée. J’ai toujours énormément aimé cet acteur et il parvient encore à m’épater : il s’agit de l’une de ses meilleures interprétations de sa très belle carrière. Je sais qu’il n’aura pas l’Oscar du meilleur acteur (coucou Gary Oldman) mais cela ne me dérangerait pas qu’il en remporte un nouveau. Toute la promo et même un certain nombre de critiques a complimenté (à juste titre) le travail de Day-Lewis. Pourtant, il me semble nécessaire de dire autant de bien concernant les interprétations de Vicky Krieps (comme beaucoup de spectateurs, je ne la connaissais pas alors qu’elle a déjà une filmographie assez intéressante !) et de Lesley Manville. Le naturel de la charismatique Krieps (autant physiquement – cela fait tellement de bien de voir une actrice sans artifices – que dans son interprétation) tout comme la précision de son jeu sautent aux yeux. Surtout, cela n’est pas si évident de tenir tête face à ce monstre de Day-Lewis et pourtant elle y arrive haut la main. Lesley Manville, actrice souvent vue dans les films de Mike Leigh, est également un très bon second rôle : la force de son interprétation lui permet de ne pas s’effacer face au couple monstrueux. Phantom Thread est donc un excellent et même déjà un très grand film, d’une époustouflante richesse sur tous les points sans jamais tomber dans la prétention. Aux inspirations hitcockiennes, parfois même drôle par sa noirceur et sa tension, il présente autant le portrait d’un artiste (est-il un double même du cinéaste ?) qu’une histoire d’amour aussi belle que névrosée. Sa virtuosité et son extrême précision n’empêchent pas de faire naître une émotion jamais forcée. Magnifique et fascinant.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

[MC2018] Collège attitude

réalisé par Raja Gosnell

avec Drew Barrymore, Michael Vartan, David Arquette, John C. Reilly, Molly Shannon, Leelee Sobieski, Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer, Garry Marshall…

titre original : Never Been Kissed

Comédie américaine. 1h47. 1999.

sortie française : 14 juillet 1999

Un film se déroulant dans un lycée / collège / université  

Si Josie Geller, rédactrice au « Chicago Sun-Times », rencontre le succès dans sa profession pour sa rigueur et ses compétences, sa vie privée est un véritable désert et elle attend encore le prince charmant qui lui donnera son premier vrai baiser. Quand son rédacteur en chef lui propose un reportage sur les lycéens des années 90, Josie, qui ambitionne de devenir grand reporter, accepte, bien que ses souvenirs de lycée soient quelque peu douloureux. Rassemblant tout son courage, Josie infiltre South Glen en tenue jeune, essayant d’adopter le style étudiant.

Collège Attitude est le premier film de la société de production de la sympathique actrice Drew Barrymore (« Flower Films » – le nom fait peur mais c’est pourtant cette même société derrière le génial Donnie Darko) qui s’est également attribué le premier rôle. Ce rôle principal en question est celui de Josie (en référence au dessin animé culte Josie et les Pussycats), une jeune journaliste de 25 ans qui doit faire le reportage de sa vie : elle se fait alors passer pour une ado dans un lycée pour enquêter (comment et qui est l’ado de son époque ?). Oui, un lycée, vous avez bien lu, il n’y a d’erreur de ma part, je suis même allée re-vérifier pour la rédaction de ce billet. Bref, ceci est tellement logique alors le film s’intitule en français Collège attitude. Il ne faut donc pas croire que les blems de traductions datent d’aujourd’hui et que tout était donc mieux avant. Revenons donc à notre Josie, la jeune adulte qui se glisse dans la peau d’une lycéenne dans le but de progresser professionnellement dans le monde du journaliste (visiblement, dans tous nos films, le métier de journaliste vend du rêve). Pas évident donc pour cette femme mal dans sa peau et encore vierge, qui a été malmenée et certainement harcelée durant ses années lycée. Bon, on se demande rapidement si cette histoire d’infiltration est réellement crédible (même si Drew Barrymore faisait très jeune – et avait également presque 25 ans comme son personnage), on sait d’entrée que l’histoire en elle-même est grosse comme un camion. Mais étonnamment, on peut éventuellement se laisser prendre au jeu, on a envie d’y croire même si l’histoire ne collerait en réalité pas nécessairement à la réalité. Je n’ai spécialement envie de descendre ce film qui n’a jamais prétendu être un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit. Je savais très bien à quoi m’attendre en regardant ce teen-movie (en précisant que je n’ai aucun mépris pour ce genre même si je n’ai jamais prétendu en être fan). Le film est ce qu’il est : très daté dans son époque (avec tous les codes possibles des années 90), sans prétention, très Barbie. Drew Barrymore n’a jamais été une grande actrice mais pourtant on a toujours de la sympathie et de l’attachement pour elle même dans ses films et rôles les plus idiots. Je ne pense pas que David Arquette soit réellement un bon acteur mais dans les rôles d’idiots (comme dans Scream), son « interprétation » passe pas trop mal. Leelee Sobieski (je me suis aperçue que je connaissais très mal cette actrice) est finalement la réelle bonne surprise de ce long-métrage.

A noter au passage quelques petits seconds rôles (à l’époque ils n’étaient pas les stars qu’elles sont à l’heure actuelle) à droite et à gauche bien sympathiques : Jessica Alba, James Franco, Octavia Spencer… L’ensemble n’est pas désagréable à regarder (malgré des gags gros comme un éléphant), comme n’importe quel teen-movie et comédie romantique des années 90 (c’est moi ou ces deux genres ont du mal à se renouveler depuis quelques années ?). Bref, je ne vais pas vous mentir : j’ai même passé un sympathique moment devant ce film. Bon, on ne va pas s’attarder sur la mise en scène assez pauvre, en même temps, je n’ai pas voulu regarder ce film pour rechercher une possible qualité de ce côté-là. Par ailleurs, avant d’écrire cette chronique, je lui avais même accordé une petite moyenne. Mais après réflexion, quelque chose m’a réellement chiffonnée et qui m’a poussée à descendre légèrement ma note (même si la note est toujours quelque chose à prendre avec des pincettes, d’où l’intérêt de parler des films). La fin est problématique et je ne suis pas la seule à l’avoir remarquée. Attention, quelques spoilers : sans surprise (en même temps il ne fallait pas à s’attendre à en avoir), tout le monde au lycée finit par connaître le fameux secret dont le beau prof Sam (incarné par le très lisse Michael Vartan, qui semble avoir disparu de nos écrans), qui avait très envie de coucher avec son élève Josie (déjà tu sens une tension sexuelle entre un prof et possiblement une mineure – en tout cas du point de vue du prof, tu te poses des questions). Or, il devient fou furieux quand il apprend que Josie est en réalité une adulte… avec qui il pourrait alors réaliser alors son désir en toute légalité. Bref, je me suis demandée s’il s’agissait d’une apologie de la pédophilie au bout d’un moment. Sans déconner, je comprends le schéma pris par le scénario : dans ce type de films, il faut toujours que le personnage principal passe par cette étape où il se fâche avec son chéri / crush pour pouvoir mieux le reconquérir notamment en s’excusant ou en faisant tout pour réparer ses erreurs. Mais là il faut avouer que le scénario ne s’y prend nécessairement très bien, c’est assez maladroit pour rester gentille. College Attitude aurait pu être un film  plus « speggle » (seuls ceux qui ont vu le film comprendront de quoi je parle). Il a des défauts gros comme un camion mais je comprends les spectateurs « adeptes » de ce film, presque un peu nostalgiques.

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[MC2018] The Escort

réalisé par Will Slocombe

avec Lyndsy Fonseca, Michael Doneger, Bruce Campbell…

Comédie, romance américaine. 1h30. 2015.

sortie française (VOD) : 12 septembre 2016

Un film qui n’est pas sorti dans les salles en France

Un journaliste accro au sexe et en manque de bonne histoire décide de s’inscrire dans une agence d’escort-girl.

The Escort : Photo Lyndsy Fonseca, Michael Doneger

The Escort est un sympathique petit film indépendant sorti directement en VOD (il est notamment disponible sur Netflix à l’heure actuelle). Je ne sais pas s’il méritait nécessairement de sortir dans une salle française (il faut dire que pas grand-monde ne l’aurait vu, déjà qu’il a du mal à se trouver une place parmi les VOD) mais il reste regrettable qu’il ne soit pas plus connu. Certes, l’ensemble ne marquera pas forcément les esprits mais il n’est pas non plus inintéressant malgré quelques défauts notables indéniables. Le scénario a été écrit par l’acteur principal, le méconnu Michael Doneger (il incarne le journaliste obsédé sexuel loser qui va s’intéresser à Veronica pour écrire l’article de sa vie). Si son interprétation reste tout juste correcte (il faut dire qu’il n’a pas non plus un charisme imposant), son travail en tant que scénariste reste intéressant. Certes, The Escort est, à l’image d’un Pretty Woman de Garry Marshall, plus une comédie romantique bien rythmée sans prétention autour d’une prostituée qu’une simple comédie présentant éventuellement la réalité souvent difficile et sombre du plus vieux métier du monde. Certes, on aurait pu s’attendre à davantage d’approfondissement (notamment autour du sexe exposé sur Internet, sujet intéressant mais vite zappé). Certaines scènes nous présentent possiblement les différents obstacles rencontrées par les prostituées (violence de certains clients, problème du consentement, la question d’un mac ou non) mais cela reste tout de même très édulcoré par rapport à la réalité que vivent ces femmes, même parmi les prostituées de luxe (petit rappel notamment avec The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh). Son regard sur la prostitution n’est finalement pas ce qu’il y a de plus pertinent ni révolutionnaire. En revanche, le film gagne des points lorsqu’il aborde plus globalement la question de la surconsommation de sexe. Le film tente d’aborder d’autres sujets (certes autour du sexe, au moins il ne s’éparpille pas) et ne se limite pas à une simple observation sur la vie d’une prostituée : cela touchera davantage plus de gens.

C’est certainement aussi par cette interrogation que le personnage de Veronica nous paraît d’emblée sympathique. Le procédé est plutôt pertinent : on (« on » étant général) aurait tendance à émettre un mauvais jugement envers Veronika à cause de sa profession. Or, est-ce que les assoiffés de sexe consommateurs des applis de rencontre « valent-ils mieux » que des personnes qui se font payer pour avoir des relations sexuelles (tout comme on peut faire le parallèle avec les clients qui payent pour avoir des relations sexuelles même si le film ne prend pas en compte ce point de vue) ? La réflexion autour de la surconsommation de sexe via un parallèle entre les deux personnages principaux n’est pas révolutionnaire mais elle reste tout de même suffisamment pertinente. Le sujet peut faire fuir (tout comme son titre), on s’attend sur le papier à un film « osé » : il n’y a quasiment pas de scènes de sexe, juste une seule (et elle est assez drôle). Le but est de signer un film universel autour de notre rapport avec le sexe sur un ton léger, il n’y a pas la volonté de mettre mal à l’aise le public et de tomber facilement dans une ambiance glauque (même si encore une fois, on est certainement loin d’une triste réalité). La mise en scène de Will Slocombe (inconnu au bataillon) n’est en revanche pas bien folichonne. Cela dit, étant donné qu’elle reste tout de même correcte, on n’est pas non plus choqué par le résultat par rapport à ce qu’on attendait du film. Je disais auparavant que le personnage de Veronika/Natalie était sympathique notamment via le parallèle établi entre elle (et sa profession) et le journaliste (et ce qu’il fait dans sa vie privée). Cela dit, cela serait une réflexion limitée. Veronika a tout ce qu’il faut pour qu’on s’attache à elle. Et son actrice, Lyndsy Fonseca (vue, entre autres, dans Kick Ass 1 et 2 ou encore The Ward), aide aussi énormément à la trouver sympathique et charismatique. Enfin, dans les seconds rôles, face à tant de gens méconnus voire même pas du tout connus, on retrouve le toujours agréable Bruce Campbell dans un rôle littéralement cool (il incarne plus précisément le père du journaliste). Bref, The Escort n’est donc pas le film du siècle, mais il vaut tout de même le coup d’oeil pour ses thèmes abordés, surtout pour la rencontre de deux consommateurs de sexe.

Les Quatre filles du Dr March (1994)

réalisé par Gillian Armstrong

avec Winona Ryder, Susan Sarandon, Christian Bale, Gabriel Byrne, Trini Alvadaro, Kirsten Dunst, Claire Danes, Samantha Mathis, Eric Stoltz…

titre original : Little Women

Comédie dramatique américaine. 1h55. 1994.

sortie française : 3 mai 1995

Movie Challenge 2017 : Un film se déroulant avant le XXe siècle

Pendant la guerre de Sécession, dans le Massachusetts, Mme March et ses quatre filles, Jo, Beth, Amy et Meg tentent de se débrouiller, tandis que leur père combat au front. Jo se découvre alors une passion pour l’écriture et rédige des pièces de théâtre que jouent ses soeurs en plus de son idylle avec leur voisin Laurie. Quand elle a l’opportunité de devenir écrivain, Jo s’en va à New York où elle rencontre le professeur Baher.

Les Quatre filles du Dr March, roman culte de Louisa May Alcott, a connu plusieurs adaptations cinématographiques. George Cukor en avait réalisé une en 1933 avec Katharine Hepburn dans le rôle de Jo. Puis, ce fut au tour de Mervyn LeRoy de s’en occuper en 1949 avec, entre autres, June Allyson, Elizabeth Taylor et Janet Leigh. En 1994, c’est-à-dire bien longtemps après ces premières adaptations assez rapprochées dans le temps, le roman d’Alcott est de nouveau au coeur d’une nouvelle version cinématographique. L’Australienne Gillian Armstrong (Oscar et Lucinda, Charlotte Gray, Au-delà de l’illusion) est cette fois-ci derrière la caméra. Sans vouloir faire du féminisme à deux balles, il s’agit d’un choix assez pertinent de constater cette fois-ci une réalisatrice derrière la caméra. Comme le titre l’indique aussi bien en français qu’en version originale même s’il diffère (Little Women), les jeunes filles et femmes sont au coeur de cette oeuvre. Nous pouvons devenir la femme qu’on doit être sans homme à la maison, même rêver d’une vie (notamment avec un homme) sans ce modèle masculin. Je n’ai pas encore lu le roman (mais j’ai acheté le bouquin pour réparer cette erreur !), ni vu les précédentes adaptations. Mais cette version des années 90, mettant en scène un sacré brochette d’actrices (et encore, en dehors de Ryder, il ne s’agissait pas forcément des stars que l’on connaît désormais) m’a enchantée ! Certes, la mise en scène est assez classique (ce qui n’a rien d’une tare non plus) et ce film a globalement un côté tout mignon qui agacera certainement certains spectateurs (même s’il relate parfois des événements moins « mignons »). Mais justement, ce côté « bonbon » et innocent a quelque chose de séduisant : il l’est mais il ne tombe pas non plus dans des excès de guimauve écoeurante. Il ne faut pas oublier que le roman peut être trouvable dans le rayon jeunesse, ce qui peut probablement justifier sa dimension inoffensive. Effectivement, les enjeux peuvent sembler minimes, un peu « neuneu ». Mais pourtant, l’arrière-fond ne l’est pas. Le contexte est bien pris en compte par la réalisatrice avec ces jeunes filles livrées à elles-mêmes : le père March – qui n’est donc pas docteur mais en réalité pasteur – a dû laisser sa femme et ses filles pour partir sur le front). Chacune tente alors de garder un semblant de vie normale. Si l’oeuvre aborde quelques histoires d’amour, les différents rêves qui permettraient à ces filles, à la fois fortes, intelligentes, instruites et manuelles, de s’accomplir entièrement ne se limitent justement pas à des histoires de romance et d’homme.

Jo March, sorte d’alter-ego d’Alcott (le roman est semi-autobiographique sur de nombreux points), est évidemment le personnage le plus intéressant (même si les autres soeurs sont attachantes) et c’est là où on comprend que l’oeuvre est justement moins niaise et gentillette qu’elle en a l’air. Grâce à ce garçon manqué très intelligent (qui se positionne comme le personnage principal parmi les autres soeurs March), Les Quatre Filles du Dr March est alors une jolie oeuvre douce féministe. S’il y a bien des romances dans le film, elles ne contredisent justement pas le propos fort de l’oeuvre. Je ne peux pas juger le travail d’adaptation mais le scénario parvient donc à faire cohabiter une impression de légèreté constante autour de la vie de ces filles et un propos fort valorisant la femme en dehors du mariage et du couple. Le film a un peu vieilli dans le sens où on voit que c’est un film datant des années 90 mais la reconstitution de l’époque reste agréable même si elle n’est pas non plus dingue. On ne se souvient pas nécessairement de l’unique nomination aux Oscars de Winona Ryder pour ce rôle (battue cette année-là par Jessica Lange pour le très méconnu Blue Sky). Il est regrettable qu’on ne connaisse pas davantage son interprétation à l’heure actuelle. J’ai toujours bien aimé Winona Ryder qui, malheureusement, n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette actrice dans le rôle de Jo March (et je m’aperçois de plus en plus que Keira Knightley est une sorte de mini-Winona !). Son personnage est certainement déjà sur le papier très attachant et son interprétation renforce encore plus cette impression. Le reste de la distribution (la petite peste Kirsten Dunst, la timide Claire Danes, le charmant Christian Bale, la remarquable Susan Sarandon…) est également impeccable, chacun trouve sa place sans se faire bouffer par Ryder. Bref, cette nouvelle version du roman culte de Louisa May Alcott n’est certainement pas un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit mais l’ensemble est réellement plaisant tout en proposant un propos toujours actuel. 

Vous avez un message

réalisé par Nora Ephron

avec Tom Hanks, Meg Ryan, Parker Posey, Steve Zahn, Greg Kinnear, Dave Chappelle, Heather Burns…

titre original : You’ve Got Mail

Comédie romantique américaine. 2h. 1998.

sortie française : 20 janvier 1999

Movie Challenge 2017 : Un film de mon enfance

Tous les deux sont libraires. Kathleen tient une échoppe au charme suranne, The Shop Around the Corner, et a initié aux joies de la lecture des ribambelles d’enfants tandis que Joe possède une chaîne de librairies de grande surface, Fox Books, qui a rapidement éliminé ses concurrentes. Kathleen hait plus que tout au monde Fox Books tandis que Joe attend nonchalamment de rayer des librairies celle de Kathlen. Ils ne se connaissent pas mais se croisent tous les jours et surtout comme dans le film de Lubitsch échangent une correspondance follement amoureuse par le biais d’Internet.

Vous avez un message : Photo

Des duos phares, notamment dans le domaine de la comédie romantique (terme évidemment très large) ont toujours existé et existeront toujours. Par exemple, depuis quelques années, on ne s’attarde que sur Ryan Gosling et Emma Stone qui forment certainement un des plus jolis couples de cinéma de ces dernières années. Pourtant, le couple Meg Ryan-Tom Hanks n’est pas si vieux (même si on se demande tous ce que devient Ryan) et a su nous faire rêver. Si on se souvient moins de leur première collaboration (Joe contre le volcan de John Patrick Shanley), en revanche leurs deux films suivants ensemble ont davantage marqué les esprits grâce à la regrettée Nora Ephron. Vous avez un message signe leur dernière collaboration à l’écran via le travail d’Ephron (je précise « à l’écran » vu que Tom Hanks a joué dans Ithaca, le premier long-métrage de l’actrice disparue des radars). Il s’agit du remake de l’excellent Rendez-vous d’Ernst Lubitsch, parfois plus connu sous son titre original The Shop around the corner. Ephron a repris le titre original de la première version pour baptiser la petite librairie de Kathleen, qui se bat contre une grosse librairie plus commerciale située juste en face de chez elle. Son concurrent est (sans surprise) Tom Hanks. Elle le déteste dans la vie. Sauf que, sans le savoir, elle discute tous les jours avec lui via un site Internet où chacun cache bien son identité. A partir du long-métrage de Lubitsch, Ephron ne s’est pas contentée de livrer une nouvelle version modernisée (on remplace les lettres par des mails). Elle rend hommage à ce vieux cinéma romantique qui n’existe définitivement plus (quel triste constat dans les années 90, alors maintenant !) mais aussi à New York. J’avais vu et aimé Vous avez un message quand j’étais encore enfant. Je me rappelais des différentes étapes de la romance entre Kathleen et Joe (on passe de la haine à l’amitié puis évidemment à l’amour : je ne pense pas faire des révélations de fou là). En revanche, je ne me rappelais pas des différents contextes abordés. Et ce sont ces contextes en question qui rendent Vous avez un message plus intéressant et pertinent qu’il en a l’air. Ephron a su capter ce monde en évolution via ce New York lui-même en mutation, via aussi Internet, ce nouveau moyen pour échanger et faire des rencontres inoubliables. Peut-être que les relations amoureuses, en tout cas la manière de les faire naître, sont elles-mêmes en évolution. Remaker un film ancien est aussi un moyen d’accompagner ce propos concernant ces évolutions qui parviennent toutes à se rejoindre.

Une bonne partie du film semble au premier abord être sévère contre les changements liés à la surconsommation. Petit à petit, lorsque Kathleen s’intéresse réellement à Joe (faisant de son côté le deuil de son héritage familial professionnel), elle va réaliser que la librairie-commerciale qu’il tient n’est pas si néfaste que cela. La réflexion d’Ephron sur les mutations n’est alors pas aussi manichéenne que prévue. Si certaines évolutions sont regrettables dans le sens où elles entraînent la chute d’un monde certainement plus authentique que celui dans lequel où on est actuellement (et dans lequel on était déjà à la fin des années 90), l’authenticité des gens existe toujours et peut resurgir justement grâce à cette évolution. Sans Internet (marque « phare  » du changement sans cesse mis en avant), Joe et Kathleen auraient-ils pu s’aimer ? Ils seraient certainement rester sur leurs préjugés. Ephron semble pratiquement proposer une sorte de complément à Nuits Blanches à Seattle avec ces mêmes Hanks et Ryan qui ne parviennent pas à se voir physiquement mais qui apprennent à communiquer et à se connaître via la radio. Bref, sans dire qu’il s’agit d’un film très intellectuel ou quoi que ce soit (je ne veux pas le rendre plus intelligent qu’il ne l’est), Vous avez un message aborde des thèmes avec une certaine habilité. J’ai tout de même conscience qu’il est imparfait, il souffre notamment de quelques déséquilibres rythmiques : par exemple, le rapprochement entre Joe et Kathleen arrive assez tard. Pour certains, il paraîtra encore un peu niais (il ne fera pas changer d’avis les gens qui détestent les comédies romantiques). Pourtant, même si les ordinateurs ont vieilli par rapport à notre époque, cette romcom dégage encore un charme intemporel, finalement comme dans Rendez-vous. La mise en scène d’Ephron n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même remplie de charme. Sa caméra capte aussi bien la magie de cette rencontre peu banale (surtout à la fin des années 90 où se rencontrer sur le Net était encore tabou) que celle de ce fameux New York dont on a déjà tant parlé. Et le couple Meg Ryan et Tom Hanks, entre attirance et chamailleries, est tout simplement une évidence. Vous avez un message reste selon moi une des dernières réelles bonnes comédies romantiques qui mérite d’être vue et revue avec de nouvelles perceptives rendant cette oeuvre plus riche qu’elle en a l’air.

The Girlfriend Experience / Comment se faire larguer en dix leçons

The Girlfriend Experience

réalisé par Steven Soderbergh

avec Sasha Grey, Chris Santos, Philip Eytan…

Drame américain. 1h20. 2009.

sortie française : 8 juillet 2009

Movie Challenge 2017 : Un film qui a inspiré une série

Chelsea est call-girl de luxe à Manhattan. A ses clients, elle offre bien plus que de banales relations sexuelles : elle leur propose d’être pour eux la compagne d’un soir. C’est la « Girlfriend Experience »… Chelsea est convaincue de maîtriser sa vie. Son business marche bien, elle gagne 2000 dollars de l’heure et son petit ami accepte même sa manière de vivre. Mais quand on multiplie les rencontres, on ne sait jamais sur qui l’on va tomber…

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey

The Girlfriend Experience a bénéficié d’une sortie confidentielle. Pourtant, ce film a su attirer un petit public curieux. Surtout, une série anthologique s’est inspirée de ce long-métrage. J’ai toujours un peu d’appréhension avant de découvrir une oeuvre qui parle de sexe et de prostitution. Toujours peur qu’on tombe dans la pure vulgarité. Surtout avec la présence de Sasha Grey (ex-actrice porno) au casting. Petite précision qui pourra peut-être vous aider : j’ai regardé la version « alternative non censurée ». Ne vous fiez pas à ce titre « putaclic » : visiblement, il s’agit en fait d’un autre montage proposé par Soderbergh. Je ne sais pas à quel point ce montage est différent de la première version, mon avis se base donc sur cette deuxième version (même si je suis persuadée que mon appréciation ne serait pas si différente en regardant l’autre version). Je m’attendais à un film putassier : bonne nouvelle, il ne l’est pas. Soderbergh ne cherche pas à tomber dans le sensationnel. Son approche est pratiquement « documentaire » (notamment par les échanges entre Chelsea et le journaliste). Cela permet aux spectateurs d’entrer dans une autre partie de l’intimité de l’héroïne (intimité qui ne devient plus sexuelle mais psychologique). Le fait d’avoir choisi une actrice porno (Sasha Grey s’en sort finalement plutôt bien) est assez pertinent car nous pouvons également établir un lien entre l’industrie du porno et celui de la prostitution. Ainsi, le film est présenté à partir du point de vue de Chelsea. Aux yeux des spectateurs, elle n’est pas un objet sexuel mais bien une femme avec sa sensibilité, ses problèmes, ses peurs et ses doutes. On a envie de connaître la « vraie Chelsea ». De plus, Soderbergh ne montre jamais de scènes de sexe et ce n’est pas plus mal : le film évite de tomber dans le voyeurisme, ce qui aurait pu être contradictoire avec le propos sur lequel nous pouvons mieux nous concentrer. Ainsi, entre plusieurs entretiens avec ce journaliste, le film alterne les moments de vie privée de Chelsea avec son copain (ce dernier accepte son travail très tabou) et ses différents rendez-vous professionnels : elle ne doit pas seulement coucher avec ses clients, elle doit aussi faire comme si elle était leur petite amie (sortir avec eux au resto, les écouter se plaindre de leur boulot). La portée sociale du film est très appuyée, parfois même un peu trop : les différentes répliques tournant autour des problèmes économiques sont omniprésent même si on comprend bien le lien établi avec la probable situation économique de Chelsea. Au-delà de son propos parfois trop démonstratif, The Girlfriend Experience est surtout frustrant : ne dépassant à peine les 1h10, on ne peut pas s’empêcher de trouver le film inabouti alors qu’il a un énorme potentiel.

Girlfriend Experience : Photo Sasha Grey


Comment se faire larguer en dix leçons

réalisé par Donald Petrie

avec Kate Hudson, Matthew McConaughey, Adam Goldberg, Kathryn Hahn…

titre original : How to Lose a Guy in 10 Days

Comédie romantique américaine. 1h50. 2003.

sortie française : 11 juin 2003

Movie Challenge 2017 : Un film sorti l’année de mes 10 ans (2003)

Andie Anderson, une belle et talentueuse journaliste, est chargée par sa rédactrice en chef de livrer un compte-rendu personnel et documenté sur tout ce qui peut faire échouer une histoire d’amour. Andie dispose de dix jours pour faire la conquête d’un mâle, puis accumuler toutes les gaffes possibles qui le feront fuir dare-dare…
La journaliste jette alors son dévolu sur le fringant Benjamin Barry, un des publicitaires les plus en vue de l’agence Warren… sans se douter que celui-ci a fait le pari inverse : séduire Andie et la rendre, en dix jours, follement amoureuse de lui…

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Avant d’obtenir un Oscar (pour Dallas Buyers Club) et de bâtir une filmographie plus intéressante, Matthew McConaughey ne jouait pas dans des chefs-d’oeuvre, loin de là. Il y a dix ans, n’oublions pas qui était notre cher Matthew : il était perçu comme un surfeur sans cerveau draguant tout ce qui bouge. Bref, pas étonnant qu’il ait fini dans la comédie romantique Comment se faire larguer en dix leçons (le titre faisant référence à l’article rédigé par le personnage féminin). A priori, le titre ne donne pas envie, la présence de Kate Hudson (actrice très moyenne à la filmographie très moyenne) n’aide pas non plus à s’intéresser à ce film qui a l’air de faire fuir. Cette comédie romantique a plutôt de mauvaises notes lorsqu’on fouille vite fait sur le Net. Pourtant, elle est plutôt plaisant et même parfois drôle. Je ne dis pas qu’elle a révolutionné son genre (et finalement peu de films parviennent réellement à renouveler le genre), loin de là. Mais elle n’est pas non plus épouvantable contrairement à ce qu’on pourrait croire. Soyons honnêtes, long-métrage déborde de clichés : les personnages sont tous beaux, gagnet visiblement bien leurs vies (elle est journaliste, il travaille dans la publicité), l’amie d’Andie est une niaise qui fait fuir les hommes etc… Mais justement, sans forcément dire que l’exécution est malicieuse (il s’agit d’une romcom très lambda), il me semble que ce film a parfaitement conscience que l’intrigue tourne autour de clichés justement. Si on ne s’extasie pas sur la mise en scène (en même temps, on n’en attendait pas tant), le scénario, pourtant prévisible, reste intéressant dans le sens où chaque personnage veut piéger l’autre. Si le film se situe dans une époque contemporaine, je n’ai pas pu m’empêcher à certaines comédies romantiques bien plus anciennes : je trouve qu’on retrouve cette vieille tradition qui donne un petit charme en plus. La première partie est à mon avis plus réussie par son aspect comédie rythmée que la seconde qui tombe plus dans la romance très attendue qui finit parfois par s’étirer. Si le final est prévisible avec un schéma ultra classique, il ne met pas non plus mal à l’aise, en s’étendant pas trop dans la mièvrerie. Le couple formé McConaughey et Kate Hudson fonctionne également bien. Il y a une réelle complicité entre ces deux acteurs qui sont sur la même longueur d’ondes (ils sont tous les deux beaux, grands, blonds et un poil superficiels). Bref, une romcom pas révolutionnaire mais qui sait remplir son rôle de chick film en connaissant visiblement ses limites.

Comment se faire larguer en 10 leçons : Photo Kate Hudson, Matthew McConaughey

Ballroom Dancing

réalisé par Baz Luhrmann

avec Paul Mercurio, Tara Morice, Bill Hunter, Gia Carides…

titre original : Strictly Ballroom

Comédie romantique musicale. 1h34. 1992.

sortie française : 2 septembre 1992

ballroomj

L’histoire de Scott Hastings, jeune champion de danse qui se rebelle contre la toute-puissante Fédération en introduisant ses propres figures contre celles imposées par les concours.

 

Avec Moulin Rouge !, j’ai réellement pris conscience du talent qu’a Baz Luhrmann pour réunir, au coeur d’un objet cinématographique, des codes à la fois cinématographiques et musicaux. Ballroom Dancing (Strictly Ballroom) est le premier volet de la trilogie du Rideau Rouge (les deux suivants étant Roméo + Juliette et Moulin Rouge !). L’histoire n’est pas d’une très grande originalité pour être honnête : Scott Hastings est un danseur rebelle qui révolutionne le monde de la danse de salon en imposant ses propres figures. Mais à côté de cette première ligne directrice, s’ensuit aussi la romance entre Scott et Fran, une fille qui ne correspond pas du tout aux standards de beauté, encore moins à ceux de la danse. En plus de cela, elle ne danse justement pas très bien. On comprendra dans l’histoire pourquoi elle danse. Plus encore classique : transformer Fran en belle danse talentueuse. On a presque l’impression de revoir le schéma typique de scénario de comédie romantique avec la fameuse « moche » (qui n’était pas si moche que ça) devenir justement belle et talentueuse. Pourtant, on oublie très rapidement ce point qui aurait pu être problématique. Mieux, Luhrmann joue totalement avec ces clichés (que ce soit ceux que j’ai cités et tous les autres sans cesse présents dans le long-métrage) ou images toutes faites très exagérées. L’univers présenté est par ailleurs très coloré, déjanté voire même kitsch, les mouvements de caméra très rapides, la narration rappelle celle de certaines séries tv : bref, Ballroom Dancing est presque dans ce sens-là une parodie (de Dirty Dancing ?) mais sans en être totalement une non plus. C’est finalement un merveilleux mélange entre cette parodie, le kitsch outrancier, le film musical, le conte, les différentes cultures (quand l’Australie croise l’Espagne) tout en n’oubliant jamais de prendre en compte la partie plus « dramatique » de l’histoire. Tout ceci aurait pu qu’être une farce sur tous les niveaux sans se défaire de ces clichés tout comme le film aurait pu être d’une niaiserie sans nom. Pourtant, ni Scott ni Fran ne sont des personnages creux. Le film joue avec plusieurs types de clichés, notamment dans la narration, mais cela n’impacte pas les personnages qui ne tombent pas dans la caricature. Au contraire, ils sont touchants par les luttes qu’ils mènent par la danse. Scott Hastings (son nom de famille est-il si anodin que ça ?) touche par sa fougue et sa rébellion et Fran par son évolution sur tous les points (son changement physique est en adéquation avec ce qui se passe en elle intérieurement).

Et les méconnus (en tout cas en France) Paul Mercurio (également dans la vie danseur et chorégraphe et même juré dans la version australienne de Danse avec les stars !) et Tara Morice forment un couple sensationnel, une évidence (surtout durant la scène finale, absolument scotchante en tant qu’apothéose). Impossible également de ne pas parler de l’esthétique quand on évoque un film de Baz Luhrmann ! Certes, certains décors et costumes sont parfois volontairement kitsch (même s’il faut aussi se souvenir que le film n’a pas bénéficié du même budget qu’un Romeo + Juliette et surtout celui de Moulin Rouge!) mais cela n’empêche évidemment pas la beauté évidente des autres. Le sens de l’esthétique ressortait déjà dans ce premier long-métrage du réalisateur australien. Dès son premier film, Luhrmann savait déjà en mettre plein la vue et mêlait différentes disciplines artistiques sans jamais perdre en compte un objet cinématographique. Ce type d’exercice peut toujours paraître superficiel. Pourtant ce choix n’est pas gratuit : il souligne aussi bien la bêtise et la superficialité d’un certain milieu tout comme il magnifie les danses, capables de nous transcender. La mise en scène très dynamique, parfois même baroque, appuie encore plus cette beauté vive remplie de paillettes. Les danses hispaniques (flamenco, cha-cha-cha, rumba, samba, paso doble ), sont également très bien chorégraphiées dans le sens où elles sont lisibles et significatives par rapport aux sentiments des personnages. Ballroom Dancing inaugure incroyablement bien la trilogie du Rideau Rouge. Il n’aurait pu qu’être un film très classique et déjà-vu : le déroulé de son scénario n’est pas très surprenant, prétendre le contraire serait mentir. Mais l’énergie, la générosité et la passion exacerbée sous la caméra de Luhrmann, qui prouve déjà son savoir-faire, donne un rendu étonnant et détonnant. Il s’agit aussi d’une formidable ode aux règles qu’on doit parfois affranchir pour se libérer. Il faut parfois désobéir aux règles des concours de danse pour la révolutionner. Il faut parfois apprendre à se désobéir de ses propres règles, probablement construites par l’éducation qu’on a reçue, par sa culture d’origine ou même simplement par la peur, notamment celle de devenir une femme épanouie et mieux dans son corps.

 

Le Redoutable

réalisé par Michel Hazanavicius

avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Micha Lescot, Jean-Pierre Mocky, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Gorin, Marc Fraize…

Biopic, comédie française. 1h47. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde.
Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.

Le Redoutable : Photo Louis Garrel, Stacy Martin

Le Redoutable, présenté au festival de Cannes en compétition en mai dernier, est principalement inspiré du livre Un an après d’Anne Wiazemsky, l’ex-femme du réalisateur Jean-Luc Godard, mais aussi d’un autre de ses textes autobiographiques, Une année studieuse. Pour être très honnête avec vous, je connais assez mal Godard. Je n’ai vu un seul film, Le Mépris, et quitte à me faire taper dessus, mon visionnage s’est vite transformé en calvaire. Et globalement, mon courte expérience avec les films de La Nouvelle Vague n’a pas été très concluante. J’avais peur que Le Redoutable ne soit pas fait pour moi. Je ne peux pas parler à la place des fans et connaisseurs de Godard mais pour ma part, je l’ai trouvé accessible pour des spectateurs qui ne le connaissent pas le réalisateur (en ayant conscience que je n’ai certainement repéré toutes les références possibles). Et je crois que c’était aussi le but de Michel Hazanavicius, décidément passionné par le cinéma (pratiquement tous les films de sa carrière sont des hommages au cinéma). Décidément, les réalisateurs ont compris que le biopic traditionnel commençait à lasser le public : il faut apprendre à jouer avec ses codes, ne plus raconter une histoire de personnalité de son enfance jusqu’à sa mort, faire intervenir d’autres points de vue. Hanazavicius s’intéresse alors à une période courte de la vie de Godard : la fin des années 60 (en particulier, pendant une bonne partie du film l’année 68), après la sortie du film La Chinoise. Et finalement pas que celle de Godard. Mais c’est donc aussi l’histoire de l’actrice et écrivaine Anne Wiazemsky, la jeune épouse de Godard. Le titre, Le Redoutable, bien qu’il puisse être énigmatique avant de commencer (heureusement, dès le début, on voit où le réalisateur veut en venir), met évidemment en avant Godard. Logique, Godard était au centre de tout : de ce film, du cinéma dans les années 1960 et de son couple. Pourtant, le film ne peut pas se limiter à un morceau de vie sur le cinéaste. Deux mots – qu’on peut associer ensemble –  me viennent en tête pour qualifier ce film : destruction et révolution. La France est en révolution, le cinéma est aussi sans cesse en révolution, Godard l’a révolutionné et à force de vouloir le révolutionner, de faire sa révolution dans tous les sens du termes, il se perd, il se détruit, lui et son couple, voire même l’amour qu’il a pour le cinéma. Godard passe pour un personnage antipathique, pénible, sans cesse en contradiction avec lui-même : il veut appartenir à un groupe, aussi bien cinématographique que social alors qu’il se situe nulle part.

Le Redoutable : Photo Bérénice Bejo, Stacy Martin

Godard est un personnage détestable (cela est parfois problématique, si on devait relever les quelques défauts de ce film : on a quand même l’impression que Hazanavicius ne l’aime pas et le méprise) mais Louis Garrel le rend terriblement attachant. J’avais auparavant une mauvaise image de cet acteur mais cela fait plusieurs fois que je constate qu’il est vraiment bon et décidément à l’aise dans des rôles ayant une force comique. Stacy Martin se défend également bien avec un rôle pas si évident à interpréter malgré les apparences : comment être présente à l’écran quand son personnage est censé être effacé ? L’actrice de Nymphomaniac, avec son phrasé et son apparence très sixties, livre une jolie interprétation et ne se fait pas bouffer par Garrel. Ce film est indéniablement réussi : il ne s’agit pas que du portrait d’un cinéaste misanthrope en perdition avec sa vie et son métier ou même d’un regard sur un couple qui se brise sous nos yeux. Ce n’est pas qu’une réflexion sur un artiste face à son propre mythe. C’est aussi un film sur la création et la place de l’artiste dans la société : comment un artiste peut-il et doit-il s’intéresser aux gens tout en les faisant intéresser eux-mêmes aux maux de la société ? Godard est un personnage qui veut parler du peuple tout en le méprisant. Il parle beaucoup avec des phrases bien faites dans des conférences, débats ou autre, il ne parvient plus à communiquer avec qui que ce soit. Au-delà d’une jolie reconstitution des années 60, Michel Hazanavicius utilise différents procédés esthétiques : tableaux annonçant les chapitre, aspect visuel vintage, slogans bien exposés. Il s’amuse aussi avec la citation et des mises en abyme, que ce soit avec la critique sur la nudité gratuite au cinéma avec Garrel et Martin entièrement nus ou la réplique de Garrel : « Je suis sûr que si tu demandes à un acteur de dire que les acteurs sont cons, il le fait ». Il rend aussi hommage, tout en le pastichant, à Godard bien sûr mais plus globalement à La Nouvelle Vague. Bref, c’est un film souvent drôle extrêmement créatif, bourré de belles trouvailles qui produisent non seulement son effet qui mais qui y trouvent du sens par rapport au sujet même autour de la création et de la destruction (la narration a beau être linéaire, il y a quelque chose dans le montage et les différents procédés qui font penser à de la déconstruction). L’exercice de style, même s’il trouve aussi ses limites si je devais tout de même légèrement nuancé mon emballement, trouve pour moi son sens et c’est aussi pour cela que j’ai envie de défendre Le Redoutable. De plus, Hazanavicius répond à cette question qui est elle-même posée : oui, on peut faire des films légers, drôles et divertissants (puisque les fans de Godard lui demandent de refaire des films légers « comme avant ») sans être idiots tout en incitant à la réflexion. Si le film ne marche pas au box-office, Le Redoutable est pourtant, pour faire plus simple, un film « populaire » d’auteur.

 

Le Redoutable : Photo Louis Garrel, Stacy Martin

Ego

réalisé par Lisa James Larsson

avec Martin WallströmMylaine HedreulSissela Kyle…

Comédie suédoise. 1h40. 2013.

sortie suédoise : 25 janvier 2013

Séance commune avec Lilylit

Le très superficiel Sebastian, dont sa vie ne tourne qu’autour de la fête, de l’argent et de filles très sexy, devient aveugle suite à un accident. Mia, une jeune fille tout à fait ordinaire, va être engagée pour aider Sebastian dans son nouveau quotidien. Va-t-elle faire ouvrir les yeux à Sebastian sur les vraies choses importantes de la vie ?

Certains le savent peut-être mais je préfère rappeler le contexte, c’est-à-dire comment j’ai réussi à regarder une comédie suédoise que personne ne connaît et même pas référencée sur Allocine : ma formidable copinaute Lily et moi sommes de grandes fans de la série Mr Robot. Et nous nous sommes tapées depuis quelques mois (en fait un an) un énorme délire sur le suédois Tyrell Welick incarné par le très charmant Martin Wallström (Rami, je t’aime quand même toujours autant). Et Lily a réussi à me dégoter ce film quasi inconnu pour nous deux. En France, les films suédois sortent très occasionnellement et en plus de ça (j’ai bien dit en général, la récente Palme d’or The Square est une comédie – mais cette dernière est très particulière) ces films en question ne sont pas forcément les plus drôles et légers du monde. Même s’il est très différent (je ne veux pas vous vendre n’importe quoi non plus), je n’ai pas pu m’empêcher de penser à La La Land : certes, Ego n’est pas une comédie musicale mais tout tourne autour de la musique et du rêve. En effet, au début du long-métrage, les personnages se croisent (sans se voir – verbe qui aura sans cesse son importance) dans une boîte de nuit. Puis, Mia, qui va devenir l’aide ménagère de Sebastian (puis son amie) suite à sa récente cécité, va encourager le jeune homme à se lancer pour de bon dans la chanson en participant à une émission de télé-crochet (une sorte de La Suède a un incroyable talent). Par ailleurs, les personnages principaux se prénomment  également Mia et Sebastian : une simple coïncidence ? Je serais vraiment curieuse de connaître la réponse de Damien Chazelle. Bref, Ego n’a certainement rien d’une comédie romantique révolutionnaire mais au moins elle est réussie dans son genre. Je m’attendais à un film beaucoup plus lisse. S’il reprend bien certains codes habituels à la comédie romantique, il a pourtant de la personnalité. On peut reconnaître que le concept aurait pu aller plus loin en nous présentant une Mia encore plus lointaine des critères de beauté actuelle : certes, elle n’a rien d’une bombasse vulgaire blonde platine aux gros seins qui a deux pois chiches en guise de cerveau. Mais elle est loin d’avoir un physique compliqué pour la société ! Le schéma n’est donc parfois pas loin du teen-movie/comédie romantique (en y repensant – car pendant mon visionnage, honnêtement, je ne me suis pas plus posée la question) où la fille rejetée par le beau est soi-disant très repoussante… en gros la fille en question est juste une fille normale qui porte des salopettes et des lunettes.

 

Cela dit, voir une fille normale (et authentique) dans le scénario n’est pas forcément ici un inconvénient (même si on aurait pu imaginer une autre piste de scénario avec une fille « laide ») : Sebastian est une personnalité qui n’apprécie pas les choses simples, les gens simples tout simplement. Il n’y avait finalement pas besoin de pousser son cas jusqu’à « l’extrême » : surtout, tout le monde peut être une Mia. L’évolution de la cécité de Sebastian aurait pu être un barrage dans le scénario (là par contre, sur le papier, ça fait « film Hollywoodien sans prise de risque »), reconnaissons-le. Mais la réalisatrice et scénariste Lisa James Larsson a tout de même réussi à détourner ce point qui aurait pu être noir en un point qui devient finalement assez logique par rapport à la prise de conscience du personnage masculin. Certes, il n’y a pas besoin d’avoir un bac+12 pour voir où le film veut en venir avec la cécité qui touche Sebastian : c’est en devenant aveugle qu’il va ouvrir les yeux sur sa vie finalement vide, qu’il va oser se lancer dans des projets plus profonds, se livrer. Ego a beau reprendre certains codes qu’on connait de la comédie romantique, il a pourtant bien plus de charme que le trois-quarts des films (hollywoodiens) de cette trempe. Le film est naturellement drôle sans chercher à tout prix faire de la vanne, il est aussi touchant sans qu’on force trop le trait sur les émotions. De plus, tout aurait pu être cliché mais à l’écran, les personnages sont crédibles tout comme leurs réactions. Enfin, la musique (qui permet également d’exploiter d’autres sens – finalement essentiels dans les relations) est très fraîche sans prendre non plus trop le dessus (je n’ai jamais eu la sensation d’assister à la playlist idéale de la réalisatrice). Martin Wallström et Mylaine Hedreul forment un très joli couple à l’écran, l’alchimie entre eux est palpable. Wallström a décidément un véritable potentiel dans des registres différents et je trouve cela formidable qu’il soit de plus en plus connu. En revanche, je trouve cela regrettable que Mylaine Hedreul n’ait pas rencontré le même succès que son partenaire car cette fille lumineuse a vraiment tout pour elle.

Marie-Francine

réalisé par Valérie Lemercier

avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent, Philippe Laudenbach, Denis Podalydès, Nadège Beausson-Diagne, Marie Petiot, Anna Lemarchand, Nanou Garcia, Danièle Lebrun…

Comédie, comédie romantique française. 1h35. 2016.

sortie française : 31 mai 2017

Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question…

Marie-Francine : Photo Valérie Lemercier

J’ai toujours eu de la sympathie à l’égard de l’ovni Valérie Lemercier, qui multiplie les casquettes depuis des années : actrice, réalisatrice, humoriste et chanteuse pour ne citer que ces exemples. Mais vu l’état actuel de la comédie française et certains des ratés de Lemercier (son 100% Cachemire s’était fait démolir et Le Derrière est un film qui m’a toujours agacée : je ne retiens que Palais Royal ! qui reste à mes yeux imparfait), je redoutais fortement ce Marie-Francine (le titre n’étant pas très folichon), au point d’avoir refusé d’aller à l’avant-première présente dans ma ville (avec la présence de Lemercier et Timsit tout de même). C’est ma mère, ma reine pour découvrir toutes les daubes françaises, qui m’a incitée à aller le voir avec elle. Finalement, elle a bien fait : Marie-Francine est une très bonne surprise. Certes, le sujet n’a rien de nouveau : comment ne pas penser à un Tanguy (inversé) d’Etienne Chatiliez ou plus récemment à Retour chez ma mère d’Eric Lavaine ? Bref, Marie-Francine, c’est l’histoire simple (enfin plutôt compliquée pour notre héroïne) d’une cinquantenaire qui perd tout… pour mieux rebondir. Il faut d’ailleurs savoir que Valérie Lemercier voulait intituler Le Bol de Marie-Francine (d’où aussi l’affiche et plus globalement le jeu avec les bols tout le long du film) : si son personnage principal enchaîne les merdes au début du long-métrage, elle va finalement être chanceuse dans différents domaines. Marie-Francine fait donc un bien fou. Non, il ne révolutionne rien et pourtant, ce film dégage un véritable charme et même dans un sens de la magie. On pourrait peut-être même dire qu’il s’agit d’un feel-good movie (même si j’ai conscience qu’on utilise parfois ce mot à tort et à travers et à toutes les sauces possibles). Oui, ce film fait du bien par sa positivité : la vie est loin d’être finie pour une femme banale quinqua, au contraire on assiste même à une sorte de « renaissance ». Marie-Francine m’a vraiment fait rire (ça nous change des comédies lourdingues habituelles !) et surtout il m’a étonnamment touchée. Je m’attendais à des lourdeurs mais finalement, ce long-métrage est plus fin qu’il en a l’air. Certes, il joue avec des images, même certains clichés (le mari qui part pour une plus jeune, les parents bourgeois qui infantilisent leur fille, la soeur qui est une de sorte de comeback de Lemercier des Visiteurs) et surtout avec les quiproquos. Mais étrangement (et tant mieux), la réalisatrice trouve un juste milieu entre ces images toutes faites en question et une finesse bienvenue. Marie-Francine surprend en quelque sorte parce que le spectateur pense être sur un terrain connu (et nous n’allons pas nous mentir : nous savons tous comment le film va se terminer) et finit par être déstabilisé dans le bon sens du terme.

Marie-Francine : Photo Patrick Timsit

Mais justement, Valérie Lemercier joue avec merveilleusement bien avec les codes de la comédie romantique tels qu’on les connait pour les appliquer sur des personnages qui n’ont justement pas l’air de sortir de ce genre cinématographique en question. Les personnages ont la cinquantaine et doivent malgré eux se comporter comme des ados, pas uniquement à cause du comportement pénible des parents mais aussi parce qu’ils n’assument pas totalement leur mode de vie. Ils ont beau être ordinaires, leur mode de vie (malgré eux) a transformé ces personnages en sorte de « bannis » de la société. Par ailleurs, les décors des appartements de Marie-Francine et de son nouveau compagnon sortent littéralement du décor à l’image des personnages décalés (le choix des prénoms n’est certainement pas anodin) qui doivent y vivre le temps de se retourner. L’histoire d’amour entre Marie-Francine et Miguel touche car les deux personnages se ressemblent énormément malgré leur différence sociale. Elle touche aussi parce que justement ils ne parviennent pas à se voir autant qu’ils le voudraient (et à concrétiser un amour sincère), soit à cause d’eux-mêmes soit à cause d’un certain nombre de quiproquos. J’ai aussi aimé de voir l’évolution du personnage principal qui s’épanouit au fur et à mesure du film (notamment à travers une bande-son joyeusement rétro). Elle s’embellit doucement, sans non plus devenir une bombasse comme on le voit parfois dans d’autres films. Le casting est également excellent. Valérie Lemercier est excellente dans un double-rôle, surtout dans celui du personnage éponyme. Elle est drôle, touchante, ne tombe jamais dans des excès alors que cela aurait pu être le cas. J’ai également été surprise par l’interprétation de Patrick Timsit qui fait preuve d’une douceur et d’un sex-appeal que je n’avais pas soupçonnés jusqu’à présent en ce qui me concerne (et je ne dois pas être la seule à être dans ce cas). Hélène Vincent, qui avait refusé au début le rôle de la mère de Marie-Francine jugeant ce personnage trop proche de celui qu’elle incarnait dans le génial film d’Etienne Chatiliez, La Vie est un long fleuve tranquille, excelle tout comme son partenaire Philippe Laudenbach. Denis Podalydès est également génial dans le rôle de l’ex-mari lâche et volage. Marie-Francine est donc la bonne surprise à découvrir en salles (même si elle a certainement ses imperfections) en ce moment, à la fois attachant et hybride (pour ma part ce mélange de comédie grinçante sociale et de comédie romantique m’a plu), à l’image de sa réalisatrice-actrice.

Marie-Francine : Photo Hélène Vincent, Philippe Laudenbach

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch