Pulp, a film about life, death and supermarkets

réalisé par Florian Habicht

avec Jarvis Cocker, Candida Doyle, Steve Mackey, Nick Banks…

Film documentaire, musical. 1h30. 2014.

sortie française : 1 avril 2015

Movie Challenge 2017 : Un film documentaire

8 décembre 2012. Une pierre blanche dans l’histoire de l’outsider le plus chic du rock anglais. Jarvis Cocker et de son groupe Pulp donnent le dernier concert de leur ultime tournée dans leur ville natale : Sheffield. L’histoire d’une journée presque ordinaire dans cette ville moyenne du Nord de l’Angleterre où les poissonniers remplissent leur étal, où les vendeurs de journaux alignent les éditions de The Star titrant sur Pulp, où les fans de 7 à 77 ans se racontent passionnément leurs souvenirs avant l’ouverture des portes et où les membres du groupe sentent la pression monter.

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

Certains le savent peut-être mais Pulp fait partie de mes groupes préférés. Ce ne sont pas des paroles en l’air : je les admire. Je voulais même appeler un de mes mômes (je vous rassure : je ne suis pas maman) Jarvis en hommage au leader. Pour la petite anecdote, j’ai découvert ce groupe durant mon adolescence dans l’excellent documentaire musical (le monde est petit) de Julien Temple, Glastonbury. Bref, c’est pour cette raison que je tenais à découvrir le documentaire sur ce groupe, enfin façon de parler. En France, Pulp, a film about life, death and supermarkets est sorti dans très très peu de salles. Il faut dire que chez nous, Pulp n’est pas nécessairement le groupe de britpop le plus connu malgré sa renommée internationale (en France, on connait davantage Blur, Oasis et même à leurs débuts Radiohead par exemple). Il faut dire que Pulp ne s’est fait connaître qu’au milieu des années 90 alors qu’il s’est formé à la fin des années 70 : il a clairement plus galéré que les autres groupes que j’ai pu citer. Je remercie très sincèrement Arte d’avoir diffusé ce film (certes très tard mais merci le replay) dans le cadre du Summer of Fish ‘n’ Chips (une programmation axée sur la culture britannique). Certes, le documentaire sera certainement plus plaisant et parlant pour des fans et connaisseurs du groupe (même si un point de vue extérieur doit aussi être intéressant). Les scènes du concert (superbement filmées en captant aussi bien l’énergie générale que les lumières flamboyantes – on est loin du temps grisâtre couvrant Sheffield) sont évidemment un pur bonheur pour n’importe quel fan : on a juste envie d’être dans le public et de chanter les tubes à fond la caisse. Le documentaire de Florian Habicht (Woodenhead, Spookers) se penche sur les différents membres du groupe, dont le très charismatique leader Jarvis Cocker (pour les gens qui ne le connaissent pas du tout, vous l’avez certainement déjà vu déchaîné dans Harry Potter et la Coupe de feu). On y apprendra alors à quel point la musique était nécessaire pour certains membres du groupe, soit pour exprimer des pensées sur des sujets intimes ou au contraire sur des sujets bien plus universels voire même d’ordre sociétal, soit à surmonter des problèmes personnels (par exemple, la claviériste Candida Doyle déclare que jouer dans le groupe lui a permis d’oublier son arthrite). Mais c’est là où le documentaire devient plus intéressant car il ne se contente pas de nous présenter le groupe pour les fans. Mais finalement, ça, c’est minime et c’est pour ça que le film n’est pas uniquement réservé à des fans.

A l’instar de la fiction (proche du documentaire) 24 Hour Party People de Michael Winterbottom (également dans la programmation d’Arte) qui, via un portrait de Tony Wilson, le créateur de la Factory Records, livrait un regard sur Manchester, Pulp, a life about life, death and supermarkets (titre à rallonge mais finalement assez pertinent) offre surtout un portrait de Sheffield, la ville d’origine du groupe, et également dernière ville de leur tournée exceptionnelle d’adieu (comme le confessera Cocker : le groupe s’était arrêté mais il n’y a jamais eu d’annonce officielle et il a toujours eu un goût inachevé de cette aventure). Florian Habicht s’intéresse le temps d’une journée avant le concert aux gens évoqués dans les chansons de Pulp : ces commun people, ces gens ordinaires de la classe moyenne. Ces gens en question sont parfois des fans (qui vont même assister au fameux concert) soit juste de simples citoyens (qui ne roulent pas sur l’or) soit parfois des gens qui ont connu les membres du groupe avant leur succès. Ainsi, on va rencontrer des retraités (la reprise de Help the Aged avec des personnes âgées bouleversante ou même la récitation des paroles par une bouquiniste est juste incroyable de vérité), une mère célibataire américaine, un jeune transsexuel, des mômes, une équipe de foot féminine, un vendeur de journaux, un poissonnier etc… Ce documentaire montre à quel point la musique est un art incroyable et puissant pour parler des gens de la vraie vie (très loin justement du showbiz, de ce qu’a vécu Pulp suite au succès) et pour évoquer des sujets universels, comme la vieillesse, la mort, le passé, le sexe (la séquence pratiquement intégrale où Cocker interprète This is hardcore en mimant un orgasme sur scène est très intense et cohérente avec les paroles) etc… Il faut dire que Cocker est un excellent parolier, inspiré de Gainsbourg tout en donnant l’impression d’être plus accessible, de mieux parler à la classe moyenne. Connaître les paroles des chansons (ou en tout cas pour les moins connaisseurs, bien faire attention aux sous-titres) a du sens par rapport aux différentes interventions et plus globalement à ce que le film veut défendre. Il y a alors un bel équilibre trouvé entre Jarvis et sa bande et les différents témoins qui analysent avec justesse le rôle de Pulp dans leur existence. Pulp ne tire jamais la couverture sur lui et laisse réellement la parole à des anonymes : les meilleures séquences sont d’ailleurs celles avec les common people, pas avec les membres du groupe ! Florian Habicht signe alors un formidable documentaire puissant, énergique et pertinent sur le rôle d’un groupe emblématique qui revient à la maison. Rencontrer les personnages qui ont inspiré leurs chansons cultes ne laisse pas indifférent. Pulp, c’est alors le groupe de l’espoir et de la réussite qui a permis à la working class délaissée d’avoir un modèle sur lequel elle pouvait s’appuyer et qui pouvait aussi parler au reste du monde de ce qui se passait dans l’Angleterre des années 80. 

 

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

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Sing Street

réalisé par John Carney

avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Maria Doyle Kennedy, Aidan Gillen, Kelly Thornton, Mark McKenna, Conor Hamilton…

Comédie, film musical irlandais, britannique, américain. 1h46. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

singstreet

Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant  « Top of the Pops » est incontournable.

Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter.

Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir,  il lui propose de jouer dans son futur clip.

Sing Street : Photo Ben Carolan, Conor Hamilton, Ferdia Walsh-Peelo, Karl Rice, Mark McKenna

L’ex-bassiste des Frames John Carney a réussi sa reconversion, celle de réalisateur. Son premier long-métrage Once (Oscar de la meilleure chanson) est une merveille filmée avec les moyens du bord (et je dois même vous dire qu’il fait partie de mes films de chevet), son second New York Melody m’a également enchantée. Sing Street est une vraie réussite qui semble avoir enchanté de nombreux festivals, notamment en repartant avec le Hitchcock d’or au festival britannique de Dinard. Sing Street est dans le film le nom de groupe fictif crée par le jeune Conor dans le but de pouvoir séduire la belle Raphina. C’est aussi une référence à Synge Street, là où sont scolarisés les personnages (et peut-être Carney ?). Sur l’affiche, vous verrez toute une série de groupes méga connus qui participent à la bande originale : les Clash, Motörhead, Duran Duran, The Jam ou encore The Cure (et on a aussi en bonus la participation d’Adam Levine, qui pourrait de nouveau être nommé aux Oscars après New York Melody). Tout le monde aime les bonnes BO (et celle-là, je l’aime déjà énormément !) mais parfois on a l’impression d’assister à la playlist idéale du réalisateur ou que c’est un moyen de rendre le film plus cool tout en camouflant les défauts. Heureusement, ce n’est pas le cas ici. Les chansons trouvent intelligemment leur place au sein de l’histoire. A chaque fois, elles sont liées à l’évolution (musicale ou émotionnelle) de Conor. Surtout, les chansons connues laissent petit à petit place à celles du fameux groupe fictif. Et c’est ça qui est génial dans ce film : on croit en ce groupe, on a envie de voir cette bande de petits jeunes réussir. Sing Street est donc un film entraînant, léger, qui livre un message positif : faites tout pour vivre vos rêves, vivez votre passion. Rien de bien nouveau mais ça passe tout de même plus que bien. Mais le long-métrage musical ne se limite pas à ce thème qui aurait pu rendre l’ensemble lisse et naïf. John Carney signe ici un film plus profond, intime et même un peu autobiographique que d’habitude. En arrière-fond, il évoque la situation économique et sociale de l’Irlande dans les années 1980 : les jeunes s’en allaient en Angleterre (c’est notamment le rêve de la jeune Raphina) et le divorce n’était pas toujours pas autorisé (l’Irlande a dû attendre 1996 pour pouvoir divorcer – il s’agit du dernier pays européen à avoir légaliser le divorce !).

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La musique est donc évidemment un moyen de s’évader (je pense notamment à quelques scènes fantasmées) et littéralement donne envie de s’évader. A travers ce thème de l’évasion, de l’immigration même pour réussir, on peut évidemment penser à l’histoire plus globale de l’Irlande qui a toujours été exposée au voyage pour pouvoir réussir. La dédicace finale « à tous les frères du monde entier » – même si on peut la prendre à un premier degré (avec la relation entre Conor et Brendan, forcément déterminante dans les choix des personnages) – est selon moi un clin d’oeil à cette part historique qui n’a jamais totalement quitté les Irlandais avec le temps. Sing Street est donc un vrai bon feel-good movie (et pour une fois on n’utilise pas ici ce terme comme on le fait souvent à tort et à travers) drôle, touchant et attachant à la fois. Il est bien écrit (mêlant avec habilité divertissement et profondeur) et très bien rythmé (et pas uniquement grâce à la musique, notamment co-composée par Carney himself). Même s’il n’a que trois films à son actif, j’ai toujours aimé l’univers de Carney qui renouvelle pour moi les films musicaux grâce à sa propre expérience de musicien et je dois en plus constater qu’il a fait des progrès en terme de mise en scène (même si ça ne parait pas non plus « ouf » mais ça me paraît plus soigné de ce côté-là). Côté interprétation, Sing Street est également à la hauteur. Le film est porté pour la plupart du temps par des comédiens non connus (qui sont dans la vie musiciens). Dans le rôle principal, Ferdia Walsh-Peelo est totalement crédible en ado de 15 ans rêveur et passionné. La jeune Lucy Boynton est certainement une des révélations du film (retenez bien son nom car elle semble déjà avoir un planning chargé !). Elle parvient bien à montrer cette apparente confiance en elle tout en dévoilant petit à petit son naturel et sa sensibilité (à noter que son look vestimentaire évolue au fil de ses émotions). On retrouve également quelques têtes connues, notamment Aidan Gillen et Maria Doyle Kennedy, qui incarnent les parents de Conor (au bord du divorce). Enfin, difficile de passer à côté de l’excellente performance de Jack Reynor (qui a remporté le Irish Film & Television Award – le second de sa carrière), qu’on a notamment pu voir récemment dans What Richard Did (de Lenny Abrahamson), Transformers : L’âge de l’extinction (de Michael Bay) ou encore Macbeth de Justin Kurzel. Il est à la fois drôle et émouvant en grand frère glandeur bienveillant qui donne des conseils, passé à côté de sa vocation et de ses rêves. Je suis sûre qu’on n’a pas fini d’entendre parler de lui !

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Walk Hard – The Dewey Cox Story

réalisé par Jake Kasdan

avec John C. Reilly, Jenna Fischer, Kristen Wiig, Jack White, Paul Rudd, Jason Schwartzman, Paul Rudd, Jack Black, Justin Long, Harold Ramis, Craig Robinson, Ed Helms, Aaron Taylor-Johnson, David Krumholtz, Frankie Muniz, Jonah Hill…

Comédie américaine. 1h30. 2007.

sortie française (dvd) : 8 octobre 2008

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu plus de deux fois

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L’ascension vers la gloire puis la chute du chanteur (imaginaire) Dewey Cox, dont l’œuvre a bouleversé des millions de personnes. Cox collectionnait les aventures, s’est marié trois fois, et a été accro à toutes les drogues connues… et inconnues. L’histoire d’une icône dont le seul amour aura finalement été Darlène, la belle ingénue qui l’a longtemps accompagné sur scène…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, Jenna Fischer, John C. Reilly

Walk Hard fait partie de mes comédies cultes qui ne me lasse pas toujours pas. Pourtant, sur le papier, je n’étais pas sûre d’aimer. La présence de Judd Apatow, que je ne déteste pourtant (j’aime 40 ans toujours puceau ainsi que Girls qu’il produit) m’inquiétait, le bonhomme étant parfois à l’origine de films assez lourdingues. Mais quand j’ai vu le concept de ce film, je n’ai pas pu résister et j’ai bien fait de le regarder ! Je ne peux d’ailleurs que vous conseiller cette comédie, hélas encore trop méconnue, ce qui est regrettable. Le film est d’ailleurs sorti en France directement en dvd. Encore une fois, on ne donne pas la chance à de bons projets. Donc quel est le concept de Walk Hard ? Jake Kasdan et Judd Apatow ont décidé de parodier le biopic, genre qui rencontre souvent un grand succès à Hollywood. La base du scénario s’inspire de Walk the Line (d’où le Walk Hard ahaha) de James Mangold, le biopic sur Johnny Cash avec Joaquin Phoenix et l’oscarisée Reese Witherspoon. Mais il ne s’agit pas de ridiculiser le long-métrage sur Cash. Il s’agit de se moquer des procédés systématiques qu’on retrouve dans les biopics sur des personnalités du monde musical : drame durant l’enfance, le succès qui arrive jeune (alors que les acteurs qui les interprètent ont 40 balais) puis rapidement les problèmes amoureux et sexuels et surtout avec la drogue (le mal absolu). Enfin, après la chute, on a évidemment droit à la fameuse rédemption en retrouvant l’inspiration musicale et en devenant quelqu’un de bien en s’occupant bien de sa famille autrefois abandonnée pour des raisons obscures. On retrouve également systématiquement une scène de sexe pseudo sauvage ou encore l’artiste qui essaie de créer une oeuvre unique mais sans y parvenir. Dans un sens, le film est « visionnaire » : je l’ai revu donc très récemment et il y a donc une scène où on fait clairement référence à la folie de Brian Wilson (le leader des Beach Boys) en train de composer en faisant intervenir tout et n’importe quoi. Evidemment, le véritable biopic sur Wilson, Love & Mercy, évoque cet épisode de sa vie. Je précise, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas et qui auraient la flemme de cliquer sur le lien, que j’ai beaucoup aimé Love & Mercy (pour des tas de raisons) mais il faut avouer que c’est extrêmement troublant de voir les similitudes entre deux scènes, en sachant que la « parodie » a lieu dix ans avant la naissance du vrai biopic sur Wilson. On a limite droit aux mêmes répliques et aux mêmes réactions. Il faut avouer que là les scénaristes tapent très juste !

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Aaron Taylor-Johnson, Christopher Hurt, Jack Saperstein, Jake Kasdan, John C. Reilly

De la part de Judd Apatow, on aurait pu s’attendre à quelque chose de très lourd. Certes, avouons que l’humour n’est pas fin et ne plaira peut-être pas à tout le monde. Evidemment, le film joue beaucoup avec la caricature (du genre Dewey est le père d’une ribambelle de gamins et c’est un euphémisme), les différentes périodes musicales et même personnalités qui servent à construire l’identité de Cox (Brian Wilson, Bob Dylan, John Lennon, Ray Charles etc…) sont également grossies. Je ne suis également pas sûre que la parodie des Beatles par Paul Rudd, Jack Black, Justin Long et Jason Schwartzman fasse rire tout le monde même si personnellement je l’ai trouvée drôle. Mais j’ai été étonnée de voir que ce côté grossi ne tombait pas non plus dans ce que j’appelle le « lourdingue ». Je me suis vraiment marrée tout le long du film en m’amusant des références musicales mais aussi plus généralement à tous les biopics. Walk Hard doit aussi beaucoup au talent de John C. Reilly, très justement nommé aux Golden Globes pour sa performance. J’ai toujours aimé cet acteur, il ne m’a jamais déçue mais là il explose. Ce film a beau être un énorme délire, Reilly parvient à donner malgré tout une crédibilité à son personnage. C’est justement ça qui fonctionne dans ce film : tout semble exagéré, on ne peut pas s’empêcher de repérer les mécanismes utilisés régulièrement dans les biopics et de se dire à quel point les scénaristes sont observateurs, quelque part on pourrait malgré tout croire à l’existence de ce personnage. Les chansons ont beau être drôles pour des raisons différentes (paroles débiles, voix grave d’adulte attribuée à un môme qui joue comme un génie de la guitare alors qu’il n’en a jamais joué, références qui fonctionnent etc…), elles ne sont pourtant pas si éloignées de tubes issus de différentes époques. Dans un sens, et c’est quelque part la grande réussite de cette comédie (même si je la considère comme un plaisir coupable mais paradoxalement j’assume totalement ma note maximale), c’est qu’il y a, malgré tout ce joyeux délire, un travail sérieux dans le sens où la frontière entre la parodie et le biopic fictif reste floue (le terme « flou » n’étant pas ici synonyme de brouillon). Enfin, s’ajoute alors à cette « frontière » la question de l’hommage. Cela a beau être de la parodie, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à des vies de rockstar qui peuvent nous paraître improbables, c’est comme si leur existence n’était qu’une comédie étant donné qu’ils tombent eux-mêmes dans la caricature…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, John C. Reilly

Love Actually

réalisé par Richard Curtis

avec Hugh Grant, Liam Neeson, Colin Firth, Laura Linney, Emma Thompson, Alan Rickman, Bill Nighy, Keira Knightley, Martine McCutcheon, Chiwetel Ejiofor, Rowan Atkinson, Andrew Lincoln, Billy Bob Thornton, Heike Makatsch, Rodrigo Santoro, Martin Freeman, Joanna Page, Kris Marshall, Lucia Moniz, Thomas Brodie-Sangster…

Comédie romantique britannique. 2h10. 2003.

sortie française : 3 décembre 2003

Love Actually

L’amour est partout, imprévisible, inexplicable, insurmontable. Il frappe quand il veut et souvent, ça fait pas mal de dégâts…
Pour le nouveau Premier Ministre britannique, il va prendre la jolie forme d’une jeune collaboratrice.
Pour l’écrivain au coeur brisé parti se réfugier dans le sud de la France, il surgira d’un lac.
Il s’éloigne de cette femme qui, installée dans une vie de couple ronronnante, suspecte soudain son mari de songer à une autre.
Il se cache derrière les faux-semblants de ce meilleur ami qui aurait bien voulu être autre chose que le témoin du mariage de celle qu’il aime.
Pour ce veuf et son beau-fils, pour cette jeune femme qui adore son collègue, l’amour est l’enjeu, le but, mais également la source d’innombrables complications.
En cette veille de Noël à Londres, ces vies et ces amours vont se croiser, se frôler et se confronter…

Love Actually : Photo Hugh Grant, Martine McCutcheon

Je sais que Noël est déjà passé mais nous sommes encore en période de fêtes, parler de Love Actually, comédie romantique qui se déroule la veille de Noël, me semble encore d’actualité (non il n’y a pas là de jeu de mots pourri avec le titre du film). En toute honnêteté, j’aime regarder ce film à n’importe quelle période de l’année, mais c’est vraiment l’idéal de le revoir à quelques jours de Noël. A l’origine, j’aime énormément le travail de Richard Curtis, co-créateur de la série culte Mr. Bean, scénariste des excellents Quatre mariages et un enterrement et Notting Hill et réalisateur du très bon Good Morning England. J’ai une affection particulière pour Love Actually, je crois même que je l’aime de plus en plus. Le film n’est certainement pas parfait mais pourtant il possède un véritable charme et présente un lot de personnage attachants, on pourra s’identifier à certains d’entre eux. Le film-choral n’est pourtant pas forcément un genre auquel j’adhère mais je trouve l’écriture très bonne, évitant les cafouillages et parvenant à faire passer les 2h10 à la vitesse grand V. Certes, certains personnages sont davantage mis en avant par rapport à d’autres. Cependant, cela ne me gêne pas de voir certaines parties plus ou moins survolées car je ne pense pas qu’elles méritaient d’être plus développées (comme celle de Jack et Judy ou encore celle de Colin). De plus, même si certains personnages restent un peu en retrait par rapport à d’autres, ils arrivent tout de même à trouver leur place et à marquer les esprits. De plus, les histoires sont selon moi plutôt bien reliées entre elles, notamment par un épilogue final se situant dans un aéroport. Love Actually est aujourd’hui une référence dans la comédie romantique. Il est vrai qu’il s’agit d’une des meilleures dans ce genre mais on ne peut pas limiter ce film à des romances guimauves. Pour moi, Curtis a réussi à filmer l’amour sous toutes ses formes, grâce à neuf histoires très plaisantes, mêlant habilement humour et émotion et interprétées par un casting cinq étoiles.

Love Actually : Photo Colin Firth

Il y a tout d’abord l’histoire de David, le Premier Ministre, qui tombe amoureux de sa secrétaire qui a des formes (non, elle n’est pas grosse contrairement à ce que disent d’elle les autres personnages). L’histoire est basique, voire même un peu cliché (une rencontre entre une secrétaire et son boss – et c’est pas n’importe qui le boss en question) mais Curtis arrive à sortir de ce pétrin en nous présentant un Premier Ministre assez délirant (Hugh Grant qui danse sur Jump (from my love) des Pointer Sisters est énooorme) et une secrétaire qui débite un lot de gros mots assez impressionnant en peu de temps. Puis, il y a l’histoire de Daniel, incarné par Liam Neesonn qui vient de perdre son épouse (hélas, comme l’a vécu plus tard l’acteur dans la réalité) mais qui va aider son beau-fils à draguer une certaine Joanna, une camarade américaine qui est dans la même classe que lui. L’histoire aurait pu être très lourde en nous présentant un veuf éploré mais elle ne l’est pas car le film ne s’attarde pas sur ce deuil (et heureusement car je crois que cela aurait crée un trop gros déséquilibre par rapport au ton du film). L’histoire devient même légère car le personnage de Neeson rebondit à travers le jeune Sam qui veut tout faire pour séduire sa Joanna (ahaha le gars qui se met à jouer de la batterie – c’est cliché mais c’est toujours efficace). Cette partie réussit à présenter habilement à la fois la perte d’un amour et un amour de jeunesse. L’amour traverse également les frontières grâce à l’histoire entre un écrivain (Colin Firth) et une charmante portugaise, qui tombent amoureux sans parler la langue de l’autre. L’histoire est touchante car les deux personnages pensent et expriment parfois la même chose malgré une communication bloquée.

Love Actually : Photo Bill Nighy

Les relations amoureuses sont hélas parfois compliquées. L’amour est ainsi remis en question chez Harry (Rickman), qui va plus ou moins tromper son épouse Karen (Emma Thompson) avec une de ses employées qui a le feu au cul. Si je ne cautionne pas ce que fait Harry, qui a tout de même un comportement de connard, le personnage n’est pas non plus totalement antipathique. La scène dans laquelle Karen découvre le pot-aux-roses est très émouvante, évitant de nouveau de tomber dans du larmoyant. Au contraire, la scène est même très pudique et finalement plus réaliste. L’histoire avec Andrew Lincoln (c’était avant qu’il bute des zombies), fou amoureux de l’épouse de son meilleur ami, interprétée par Keira Knightley (il y a de quoi – elle est vraiment belle dans le film), est également très émouvante (oui, la scène avec ses pancartes a tendance à me faire fondre en larmes), préférant sacrifier une possible histoire d’amour pour ne pas trahir son meilleur ami. L’amitié est également traité au coeur de la partie mettant en scène Billy Mack, incarné par un Bill Nighy vraiment en forme. Cette rockstar qui raconte à peu près n’importe quoi dans les médias (« heyyyy les jeunes, n’achetez pas de drogue car quand on devient rockstar, elle est gratuiiiite ») et fait aussi n’importe quoi (depuis, je ne vois plus le groupe Blue de la même manière) retrouve le succès avec une chanson de Noël plutôt merdique (un dérivé de Love is all around, utilisée dans Quatre mariages et un enterrement). Pour fêter cela, il préfère passer sa soirée de Noël avec son manager Joe en se saoulant la gueule et en regardant des films porno (oui, c’est très classe tout ça) qui le supporte depuis des années au lieu d’être en compagnie d’Elton John.

Love Actually : Photo Liam Neeson, Thomas Brodie-Sangster

L’amour fraternel n’est également pas oublié : en effet, Sarah (Laura Linney, très touchante), réussit à passer une soirée avec son collègue de travail Karl dont elle est follement amoureuse (précisons que tout le monde sait qu’elle le kiffe depuis pratiquement deux ans) mais va finalement privilégier sa relation avec son frère (probablement autiste) qui l’appelle toutes les cinq minutes. Curtis exploite aussi l’amour sous un point de vue plus sexuel. Il y a tout d’abord la rencontre entre Jack et Judy (Martin Freeman et Joanna Page) deux doublures de scènes intimes. D’un côté, cette partie est drôle car on voit les deux personnages en train de parler comme s’il s’agissait d’une conversation parfaitement banale, à part qu’ils miment des positions sexuelles. De l’autre, malgré le rapprochement physique, en dehors du tournage, Jack et Judy sont assez pudiques et timides. La romance qui naît doucement entre les deux est étonnamment touchante. Enfin, la dernière histoire, un peu plus en retrait, est celle de Colin (Kris Marshall), qui en a marre des Anglaises (il les juge trop coincées) et compte séduire les Américaines (évidemment pas n’importe lesquelles, genre des bombasses sortant de FHM) avec son accent british. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’amour comme on pourrait le concevoir, Colin trouve son bonheur en réalisant ses fantasmes. Le fait d’avoir relier ces histoires au thème de Noël est également judicieux, cela crée une cohérence nécessaire entre les personnages et je crois aussi que cela permet d’accentuer encore plus la magie entre les histoires d’amour. Le film est également servi par une très bonne bande-originale, qui correspond au sujet du film Pour conclure, Love Actually n’est certainement pas un chef-d’oeuvre et pourtant c’est un film qui fait un bien fou, il est pratiquement devenu un film de chevet en ce qui me concerne.

Love Actually : Photo Andrew Lincoln

Only lovers left alive

réalisé par Jim Jarmusch

avec Tom Hiddleston, Tilda Swinton, Mia Wasikowska, John Hurt, Anton Yelchin, Jeffrey Wright, Slimane Dazi, Yasmine Hamdan…

Comédie dramatique britannique, allemand, français, chypriote. 2h03. 2013.

sortie française : 19 février 2014

Only Lovers Left Alive

Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Only Lovers Left Alive : Photo Tilda Swinton, Tom Hiddleston

Présenté en compétition au festival de Cannes 2013, Only lovers Left Alive est une déception. Je dirais même plus : c’est un calvaire. Je n’aurais jamais cru écrire ça un jour, mais à côté de ça, les films de la saga Twilight passeraient pour de bons films. J’aime bien les films de Jim Jarmusch mais là il s’enfonce du début jusqu’à la fin. Je suis persuadée de deux choses : 1/ Il a écrit et réalisé ce film après avoir pris fumé quelques joints. 2/ Pour apprécier un minimum ce film, il faut au moins avoir fumé un joint ou avoir bu. Où est passé son inventivité, son intelligence et son humour si particulier ? Avec son univers et sa culture rock, sa vision des vampires aurait pu être intéressante, voire même brillante. Hélas, le réalisateur de Ghost Dog et Broken Flowers semble se caricaturer, jusqu’à devenir arrogant et prétentieux. Son film, une sorte de long clip entrecoupé de dialogues débiles, est soporifique et interminable – j’ai failli m’endormir à plusieurs reprises (comment ai-je tenu bon ?) – mais surtout il est creux ! J’ai rarement vu un scénario aussi pauvre, prévisible et surtout aussi peu subtil (du style, les personnages s’appellent Adam et Eve, ou les humains sont appelés les « zombies »… ah ah ah !). En gros, on voit des gens boire du sang (il y a des médecins véreux dans ce monde !), jouer trois notes avec sa guitare, écouter de la musique, discuter de tous les instruments (« wow, ça c’est une Gibson suédoise 1er modèle 1905, je le sais même quand je suis avachie et que je la touche à peine »), dormir ou s’avachir et c’est ça tout le long. Il y a d’ailleurs plein d’éléments trèèès logiques : les vampires se trimballent dans leurs sacs des poches de sang quand iles prennent l’avion par exemple et ça passe inaperçu. Ou encore, Christopher Marlowe (si, si) serait un vampire. Le mec a traversé les pires époques, avec des maladies terribles, qui ont tué beaucoup de gens. Mais après avoir vécu plusieurs siècles, il crève comme un con parce qu’il a pris une poche de sang contaminée : c’est bête ça, surtout quand on est censé être immortel. J’en conclus que personne n’est à l’abri d’une merde.

Only Lovers Left Alive : Photo Tilda Swinton

Il y a également trop de zones d’ombre dans l’histoire. Par exemple, pourquoi Adam et Eve, qui sont très très très amoureux, ne vivent même pas sur le même continent ? Pourquoi aller vivre à Tanger alors qu’on sait très bien qu’il y a beaucoup de soleil là-bas ? Pourquoi la soeur d’Eve, Ava, est-elle aussi peu aimée par le couple phare ? Que s’est-il passé il y a 87 ans ? Pour faire plus intellectuel, parce que vous comprenez, nous, on est trop cons, les vampires désignent certains objets en latin. Normal ça aussi. Les nombreux trips référentiels m’ont également beaucoup agacée. Il y a de nombreux trip avec Christopher Marlowe, puis avec Schubert et plein d’autres. Que dois-je en conclure ? Les vampires sont à l’origine de notre littérature et de la musique ? Les artistes sont des êtres incompris et reclus ? Jarmusch pourrait également presque nous faire détester le rock, c’est dire ! Le thème musical revient à peu près 362 fois. Si au début il est plutôt sympa, on finit par le détester ! On a aussi l’impression de voir un ado attardé bobo dépressif (limite emo dans la mentalité) faire sa crise du style « ouais, le rock c’est cool mais je suis incompris ». Adam fait du rock mais il ne veut pas être connu. Et quand il voit une chanteuse qui a du talent, et que sa bien-aimée lui dit qu’elle sera bientôt connue, il lui répond qu’elle ne devrait pas parce qu’elle a trop de talent ! La fin m’a achevée : alors que les deux amants sont en train de claquer, ils se mettent à parler… du problème de l’eau sur la planète ! (On remarquera de nouveau le parallèle subtil entre l’eau qui constitue une partie du sang, et celle de la planète). C’est en plus un film de vampire écolo, on aura tout vu ! Après cette magnifique conversation, trop intelligente et trop philosophique pour moi, les deux regardent un couple s’embrasser. « Oh ils sont mignons », s’exclame l’un. « Bon, on veut pas crever, on va juste les mordre pour les convertir » dit l’autre. Voilà, en gros, le monde va mal, on est obligé de faire du mal aux autres pour survivre. Putain, c’est profond ça. Ce film n’est qu’une grosse blague. Même les acteurs n’ont même l’air de croire à aux personnages qu’ils incarnent.

Only Lovers Left Alive : Photo Tom Hiddleston