Que Dios Nos Perdone

réalisé par Rodrigo Sorogoyen

avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera…

Film policier espagnol. 2h06. 2016.

sortie française : 9 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

Depuis quelques années, le cinéma espagnol de genre nous offre quelques pépites, notamment l’excellent La Isla Minima d’Alberto Rodriguez. C’est principalement pour cette raison que je suis allée voir Que Dios Nos Perdone, un polar qui, sur le papier, a des points communs avec le long-métrage de Rodriguez. L’histoire est donc plutôt classique : un serial killer qui a de gros problèmes avec sa mère (d’où le meurtre de vieilles dames) et la religion (d’où en partie le titre – même si les explications sur le titre restent multiples) ou encore l’éternel duo de flics opposés (d’un côté le méticuleux réservé, de l’autre l’agité du bocal). De plus, le réalisateur assume lui aussi son amour pour le chef-d’oeuvre de Bong Joon-ho Memories of Murder (même si je soupçonne aussi une inspiration du côté d’un autre polar coréen, The Chaser de Na Hong-jin). Mais il ne faut vraiment pas s’arrêter à ça. Le jeune réalisateur Rodrigo Sorogoyen (ses deux premiers films, 8 Citas et Stockholm, restent inédits en France) signe certainement un des meilleurs films de l’année. Nommé à plusieurs reprises aux Goyas (les Césars espagnols) dans les catégories principales, Que Dios Nos Perdone est une oeuvre puissante et haletante sur une Espagne violente. Replaçons le contexte : en mai 2011 naissent les Indignés qui veulent réagir et répondre à la crise économique qui frappe l’Espagne affaiblie par des politiciens qui ne parviennent pas à y faire face. Mais en août 2011, le pape Benoit XVI débarque à Madrid pour célébrer la messe dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse. On expulse alors les Indignés pour ne pas montrer au Pape et à la presse internationale la véritable face de l’Espagne à ce moment-là. Si le réalisateur avait d’abord pensé à son intrigue avant de penser à son contexte, le parallèle entre les deux rend le film extrêmement puissant : il faut surtout étouffer les meurtres et viols de vieilles dames pour ne pas choquer quitte à échapper à des éléments essentiels pour faire avancer l’enquête. Le regard sur l’Espagne et la police est parfois très cynique. Le centre de Madrid est un lieu très bien exploité aussi bien dans le scénario que dans la mise en scène : le lieu est étouffant et écrasant, bourré d’obstacles, à l’image de l’enquête. Par la mise en scène mais aussi par une magnifique photographie, le spectateur se sent aussi étouffé par la canicule qui ne fait que ressortir les propres démons des personnages aussi bien les flics que l’assassin. L’enquête est finalement un moyen de parler de la violence qui est en chacun de nous et qui n’est pas toujours soupçonnable.

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Raúl Prieto

Le tueur (le bluffant Javier Pereira), dont l’identité est révélée une bonne demi-heure avant la fin pour que le spectateur le cerne aussi dans sa sphère privée, est a priori un homme charmant qui sait s’occuper de sa mère et des personnes âgées en général. Velarde (incarné par l’excellent Antonio de la Torre qui ressemble dans ce film à Dustin Hoffman !) a beau être quelqu’un de très calme, très carré et même coincé (certainement lié à son bégaiement), il peut aussi être assouvi de pulsions proches d’un crime si rien ne l’avait calmé. La relation qu’il a avec la femme de ménage de son immeuble ou encore la toute fin prouvent cette violence enfouie en lui qui ne demandent qu’à sortir. Quant à son collègue Alfaro (interprété par l’épatant Roberto Alama, très justement récompensé par le Goya du meilleur acteur), s’il exprime publiquement sa colère que ce soit au travail ou dans sa famille, il est également un homme plus sensible qu’il en a l’air. Le fameux schéma de duo de flics classique se transforme en un schéma bien plus complexe pour nous offrir des personnages profonds et ambigus : le tueur et les deux policiers sont violents, pratiquement deux handicapés sociaux chacun à leur façon. La mise en scène est également d’une grande intensité et surtout très réfléchie. Comme l’explique le réalisateur (et ça se voit à l’écran), le film est séparé en deux parties par une scène de course-poursuite absolument époustouflante (une des meilleures que j’ai pu voir). Ainsi, la première partie suit les flics dans leur quotidien avec un aspect parfois proche du documentaire notamment avec la caméra à l’épaule qui suit les personnages. Quant à la seconde partie, elle est plus sombre, on s’éloigne du « doc » et la caméra est plus posée, comme si le calme était finalement bien plus inquiétant que l’agitation (notamment celle de la ville avec la venue du Pape dans un contexte particulier). Certaines scènes sont également intenses par son suspense insoutenable (la scène où le tueur se retrouve dans la même pièce qu’Alfaro coupe le souffle) sa noirceur (cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une salle aussi imprégnée par un film). Je pense notamment à la scène où on voit réellement le tueur à visage découvert faire du mal à une petite vieille : la scène est extrêmement difficile à regarder mais le réalisateur ne transforme jamais sa scène en quelque chose d’obscène, il sait s’arrêter à temps. Le spectateur n’a pas non plus nécessairement l’habitude de voir une personne âgée morte, nue, violée avec des problèmes de peau liées à la vieillesse : cela confronte aussi le spectateur à ses propres peurs. Que Dios Nos Perdone est alors un film d’une grande richesse, aussi bien narrative que technique, parvenant à la fois à exposer la facette sombre de chaque homme que celle d’un pays qui cache sa propre violence.

Que Dios Nos Perdone : Photo Roberto Álamo

Alabama Monroe

réalisé par Felix Van Groeningen

avec Johan Heldenbergh, Veerle Baetens, Nell Cattrysse…

titre original : The Broken Circle Breakdown

Drame belge. 1h50. 2012.

sortie française : 28 août 2013

Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle qui tombe un jour malade…

Alabama Monroe : Photo Johan Heldenbergh, Veerle Baetens

Alabama Monroe est adapté de la pièce de théâtre The Broken Circle Breakdown Featuring the Cover-Ups of Alabama, écrite par Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels. Nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film en langue étrangère » (battu cette année-là par La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino), il a remporté en France le César du meilleur film étranger. Le titre original fait référence au groupe dans lequel jouent et chantent Didier et Elise. Elise est tatoueuse et se tatoue donc le corps à chaque nouvelle histoire d’amour. Didier, qui refuse d’avoir des tatouages, est passionné par le bluegrass, une sorte de variante de la country. Que signifie alors le titre français, Alabama Monroe ? Je précise que je ne spoile pas étant donné qu’on connait rapidement cette information dans le film (j’ai même envie de dire que c’est dans le synopsis) : le couple atypique formé par Elise et Didier perd leur fille Maybelle d’une leucémie. Elise, dans un délire spirituel après le décès de sa fille, change son nom en Alabama (en référence à l’état américain) et, dans un élan ironique, Monroe désigne la nouvelle identité de Didier (ici un clin d’œil à Bill Monroe, à l’origine du développement du bluegrass). Les deux titres sont donc intéressants (pour une fois, on ne jettera pas la pierre aux traducteurs) : la version originale met en avant l’importance de la musique pour les deux protagonistes principaux dans les différentes étapes de leur existence (la scène finale, très émouvante, est particulièrement parlante en ce qui concerne ce point en question). Le titre français privilégie plutôt l’union éternelle du couple d’une autre manière malgré une destruction inévitable. Alabama Monroe est en tout cas une belle réussite même s’il a selon moi ses défauts. Le montage est ce qui nous frappe le plus : par ce moyen, sa narration est volontairement déstructurée. J’y vois presque une sorte de connexion littérale avec le titre original de l’œuvre : il y a en tout cas une idée de circularité qui se brise, les choses ne se déroulant pas comme on le souhaiterait. Cela dit, si on comprend la démarche du réalisateur, ce montage ne fait pas toujours son petit effet (même si dans l’ensemble ce n’est pas non plus la catastrophe – encore une fois, j’ai aimé ce film). Je l’ai juste parfois trouvé confus, un peu en mode « n’importe quoi » par moments. Je me méfie toujours un peu de ces montages déstructurés qui peuvent être un moyen de cacher un scénario parfois faible. Cela dit, heureusement, le scénario est tout de même plutôt bon, le montage avec ses défauts n’apparaît pas comme un cache-misère.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Certes, on nous présente une histoire assez classique (un couple qui traverse une insurmontable épreuve), proche par exemple de La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli (un couple qui s’aime au début sur fond de pop, un gamin qu tombe gravement malade, le couple qui en ressort détruit). Nous prenons tout de même un certain « plaisir » (je ne sais pas si c’est le mot le plus approprié) à la découvrir. Les personnages sont également attachants ayant une réelle épaisseur psychologique. De plus, leurs interprètes, Veerle Baetens (récompensée par un European Film Award) et Johan Heldenbergh (ce dernier étant le leader du véritable groupe The Broken Circle Bluegrass), sont remarquables. Ils sont évidemment très bons individuellement mais on croit aussi complètement à leur couple. Alabama Monroe bénéficie également d’une très belle mise en scène, qui a su prendre en compte les différentes émotions présentes dans le long-métrage (la douleur et le lyrisme). Le parallèle avec les Etats-Unis (qui permettent à ce couple de s’unir via la musique) est plutôt pertinent : ce pays représente aussi bien une forme de liberté et d’utopie que la désillusion (notamment avec des images à la télévision des tours du World Trade Centre s’écroulant comme le couple Elise-Didier). Il y a aussi tout le long du film (d’où aussi certainement ce montage en question) une idée de mort qui plane en permanence, comme si cette épreuve traversée par le couple était inévitable. On pense notamment à la présence de cet oiseau qui se heurte à la « terranda » (un mix entre la véranda et la terrasse) : il y a même une rencontre entre cette représentation de la mort et la petite Maybelle qui ne pourra pas échapper à son propre décès, comme s’il s’agissait d’une prédiction, d’un coup fatal du destin. Le film a beau avoir ses moments « joyeux » avec ses scènes musicales, ne pas être tire-larmes, il est pourtant tragique et ce point en question est très bien exploité. Malgré ses imperfections, Felix Van Groeningen (La Merditude des Choses, Belgica) signe un film bouleversant voire même par moments éprouvant. Alabama Monroe fait fusionner (à l’image du couple) avec une virtuosité parfois fragilisée l’amour et la mort sans jamais tomber dans le larmoyant ou too much (les séquences musicales alors qu’il aurait pu facilement tomber dans des pièges grossiers. Je ne sais pas du tout ce que donnait la pièce sur scène mais on n’a jamais l’impression d’assister à du théâtre filmé (ce qui n’est pas toujours évident) alors que le thème du spectacle est pourtant bien repris dans le long-métrage, donnant corps à l’intense histoire d’amour et histoire tout court d’Elise et Didier.

Alabama Monroe : Photo Veerle Baetens

Father Ted

Créée par Graham Linehan et Arthur Mathews

avec Dermot Morgan, Ardal O’Hanlon, Frank Kelly, Pauline McLynn, Jim Norton…

Série comique britannique, irlandaise. 3 saisons. 1995-1998.

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Cette série raconte les mésaventures de trois prêtres et de leur gouvernante, exilés sur Craggy Island, petite île au large des côtes irlandaises. Leur comportement, indigne de l’Église catholique, a conduit leurs supérieurs à leur infliger ce bannissement : le père Ted Crilly a détourné des dons récoltés par l’église ; le père Jack Hackett est un alcoolique obsédé par les femmes dont le vocabulaire est principalement constitué des mots « Drink! Feck! Arse! Girls! » (« Boire ! Baiser ! Cul ! Filles ! ») et le père Dougal McGuire est un simple d’esprit. (résumé : Wikipédia).

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Comme vous le savez probablement déjà, Black Books et The IT Crowd font partie de mes séries chéries. Avant ces deux chefs-d’oeuvres télévisuelles, leur créateur, l’irlandais Graham Linehan avait signé, avec Arthur Mathews, Father Ted. Et j’ai envie de dire : ça aussi c’est culte ! Il est difficile de dire pour moi ce que je préfère entre ces trois séries : elles sont en quelque sorte reliées entre elles, il y a des choses communes qui nourrissent véritablement l’univers de Linehan. Ce qui est certain, c’est que si on apprécie Black Books et The IT Crowd, il FAUT regarder Father Ted. Parlons justement des points communs entre ces trois séries (j’en avais déjà repéré lorsque j’avais établi un lien entre les deux séries les plus récentes) ou plutôt formulons la chose autrement : comment Father Ted a-t-il pu devenir le point de départ de ce qui a pu suivre plus tard ? On retrouve alors des gens marginalisés par leur statut / travail (on parle de prêtres) qui sont encore plus marginalisés puisque suite à des fautes qu’ils ont commises, ils sont obligés de s’exiler sur une île irlandaise loin de la civilisation. Parmi eux, on retrouve le fameux père Ted qui ne rêve que de célébrité et d’argent, le jeune et simplet Dougal McGuire et enfin le père Jack Hackett, un alcoolique dégueulasse qui aime un peu trop les femmes. Dans le groupe on trouve aussi Mrs Doyle la gouvernante. Comme toujours chez Linehan, la figure féminine est celle qui est la mieux intégrée et adapté dans la société. La série ne compte que peu de saisons (encore une fois c’est habituel chez Linehan et plus généralement dans les séries britanniques et irlandaises), uniquement trois avec en plus un épisode spécial pour Noël (on retrouvera notamment dedans dans un petit rôle un certain Kevin McKidd). Elle avait beau avoir du succès, elle a été arrêtée par un accord commun de la part des créateurs / scénaristes et de l’acteur principal Dermot Morgan qui ne voulaient pas lasser le public. De toute façon, la série n’aurait pas pu continuer. Triste anecdote : le lendemain du tournage du tout dernier épisode, Dermot Morgan, seulement âgé de 45 ans des suites d’un malaise cardiaque (apparemment lié au stress). Au passage, pour raconter une autre anecdote, l’acteur Frank Kelly est décédé cette année en 2016 un 28 février… pile poil 18 ans après la mort de Dermot Morgan. Pour revenir à la structure de la série, les épisodes durent une petite vingtaine de minutes, un format que j’ai toujours apprécié et qui est ici de nouveau bien utilisé.

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Father Ted est une série hilarante, pratiquement à tous les épisodes, pour différentes raisons. Les personnages en eux-mêmes sont drôles par leurs bêtises et leurs défauts : la naïveté, l’égoïsme, l’alcoolisme, l’obsession pour les femmes, la gloire… Pourtant on ne se moque pas d’eux, le regard sur eux reste tout de même tendre même s’il n’y a pas de concession dans leur traitement. Ils ont leurs défauts et ne pourront de toute façon pas changer. Mais ce manque d’évolution n’est pas problématique et ne l’a jamais été dans les séries de Graham Linehan. Lui et ses scénaristes n’ont pas, contrairement à certaines séries (et même des sitcoms, notamment américaines), inventé des changements improbables ou insupportables sur leur vie car au fond cela ne serait pas crédible sur leur nature et personnalité profonde. Paradoxalement, les situations dans lesquelles les personnages ne sont pas forcément courantes, c’est toujours un peu gros. Malgré tout, en regardant les différents épisodes, on n’est pas dans le calcul de quoi que ce soit, on ne se dit nécessairement (comme ça m’arrive quand je regarde certaines sitcoms, oui je ne suis pas tranquille !) qu’on est dans une mécanique du rire : il y a quelque chose de naturel dans le déroulement des situations. Il y a beau y avoir une dose d’absurdité, de folie et de tout ce qu’on veut, on croit pourtant à ce qui se passe à l’écran. Là encore il s’agit d’une pure marque de l’écriture de Graham Linehan (même si on est d’accord qu’il n’écrit pas tout tout seul) : il sait à chaque fois combiner l’improbable dans un monde pourtant réaliste tout en gardant et assumant certains codes de la comédie. L’équilibre est très bien trouvé et maîtrisé entre ce réalisme et l’absurdité des situations et personnages ! Le réalisme, ce n’est pas uniquement le quotidien des trois prêtres, il concerne aussi les messages sous-jacents que l’on peut relever. Il est évident qu’on pense au contexte difficile de l’Irlande, entre (il ne s’agit pas d’une surprise, vu le sujet même de la série) la forte influence de l’église catholique dans le pays et le conflit toujours présent entre le Nord et le Sud impliquant l’IRA. Father Ted, bien que très appréciée, acclamée et récompensée à son époque, a eu quelques critiques lui reprochant d’être trop sévère avec le pays de l’Emeraude. Il faut dire que la série n’épargne personne. Il n’y a pas que les prêtres et plus généralement l’église catholique qui sont touchés par le rire. Linehan et Mathews caricaturent une certaine image que nous pouvons avoir des Irlandais vivant à la campagne, notamment avec le taré (l’excellent Pat Shortt) qui tire tout le temps et qui porte le t-shirt « I shot JR » ou encore le couple qui ne fait que se taper dessus en privé mais qui se comporte toujours bien devant le père Ted.

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La parodie est également au rendez-vous au fil des épisodes. Beaucoup de gens ou de choses y passent. On pensera en premier à l’épisode se moquant de l’Eurovision avec le mythique My Lovely Horse – vraiment un moment culte à pleurer de rire (littéralement !) – composé par l’excellent groupe de Neil Hannon, The Divine Comedy, également à l’origine du générique, Songs of Love, qui entre bien en tête (ainsi que celui de The IT Crowd et de la musique de la fausse pub pour appeler les urgences). D’autres épisodes nous viennent forcément en tête notamment ceux les sosies d’Elvis Presley au fil du temps ou encore celui qui parodie magnifiquement bien la talentueuse et rebelle chanteuse Sinead O’Connor. Mais encore une fois, même s’il y a vraiment cet épisode coup de coeur avec l’Eurovision, j’ai aimé tous les épisodes, la série ayant su être régulièrement drôle en apportant un vrai plus à l’humour et à la télévision. Certains gags ont donc l’air simples et pourtant il y a une véritable envie de la part des scénaristes d’être innovants, ce qui fonctionne merveilleusement bien. Le casting est également excellent et est un atout dans le succès de Father Ted. Dermot Morgan est inoubliable dans le rôle emblématique père Ted Crilly. L’ancien enseignant (oui, toutes les reconversions sont possibles) avait déjà joué le rôle d’un prêtre (Father Trendy) dans une émission irlandaise à sketches intitulée The Live Mike. Il est très attachant dans le rôle principal et en même temps, aidé par une très pertinente écriture de la part des scénaristes, il parvient bien, grâce à son interprétation, à montrer toutes les failles de ce personnage aux pensées douteuses. Ardal O’Hanlon (connu en Irlande pour ses one-man shows et sa présence sur cinq saisons dans une autre série, My Hero) est également la très bonne surprise de cette série en incarnant un personnage culte, le père Dougal McGuire (dont on ne connait pas exactement la raison de son exil mais on imagine que c’est lié à son étroitesse d’esprit). Il est drôle et même dans un sens touchant par sa bêtise, sa naïveté et même son innocence. On ne peut pas s’empêcher de penser à un autre personnage important de l’univers de Graham Linehan : Maurice Mauss de The IT Crowd (à part que ce dernier est intelligent). Même un type comme Manny dans Black Books a ce quelque chose d’innocent. Frank Kelly est tout simplement énormissime (et le terme me semble simple) en prêtre indécent, dans tout ce qu’on peut imaginer de pire ! Enfin, Pauline McLynn est géniale en gouvernante qui force les gens à se bourrer de thé et de biscuits !

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Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson

Spotlight

réalisé par Tom McCarthy

avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, Liev Schreiber, John Slattery, Brian d’Arcy James, Stanley Tucci, Jamey Sheridan, Billy Crudup, Neal Huff, Doug Murray, Richard Jenkins…

Drame américain. 2h08. 2015.

sortie française : 27 janvier 2016

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Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.

Spotlight : Photo Brian d'Arcy James, John Slattery, Mark Ruffalo, Michael Keaton, Rachel McAdams

Spotlight est inspiré de faits réels qui ont secoué le monde entier : en 2001, « Spotlight », une rubrique du Boston Globe spécialisée dans l’investigation menée par un petit groupe de journalistes, révèle le plus grand scandale de pédophilie de l’Eglise catholique (et d’autres articles sur ce sujet seront évidemment publiés l’année suivante). Au-delà de vouloir dénoncer les prêtres pédophiles qui ont profité de leur pouvoir pour abuser d’enfants innocents souvent issus d’un milieu social défavorisé ou d’une famille éclatée, les articles pointent du doigt la complicité de l’Eglise qui était au courant en se contentant de muter les coupables et qui a acheté le silence des victimes. On compterait au total 1500 victimes d’abus sexuels. Les journalistes qui ont enquêté durant plusieurs longs mois ont été récompensés par le prix Pultizer en 2003. Spotlight est nommé à six reprises aux Oscars et très sincèrement j’espère qu’il va repartir avec plusieurs statuettes. Evidemment que l’histoire en elle-même secoue les spectateurs (il fallait voir les réactions des spectateurs dans ma salle !) mais heureusement le film ne se repose pas uniquement sur cet aspect-là. La mise en scène de Tom McCarthy (réalisateur du très bon mais encore méconnu The Visitor) est sobre, l’ensemble peut paraître classique mais c’est justement grâce à cette apparente simplicité que le film fonctionne pleinement et surtout qu’il parvient à captiver, à passionner et à nous faire partager la passion de ces journalistes qui bossent énormément et avec leurs tripes. Ainsi, il est bien de rappeler que sobriété et classique ne sont pas nécessairement synonyme de quelque chose de plat. Le scénario est finalement cohérent avec le travail de mise en scène. Il a quelque chose de ludique pour les spectateurs, pas nécessairement habitués à cet univers particulier du journalisme ni à la complexité d’un travail d’enquête. Or, malgré la complexité de cette enquête, on n’est jamais perdu. Tout est expliqué clairement aux spectateurs afin de ne pas les perdre mais on ne les prend pas non plus pour des imbéciles dans le sens où le langage journaliste parait crédible. Beaucoup de critiques ont fait un rapprochement logique avec Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula et c’est vrai que Spotlight s’inscrit dans cette même veine : il reprend très bien les codes de ce genre et a par ailleurs un petit côté seventies (les journalistes travaillent à l’ancienne) tout en restant contemporain. De plus, le film trouve un très bon rythme qui permet aux spectateurs de ne pas s’ennuyer.

Spotlight : Photo Brian d'Arcy James, John Slattery, Liev Schreiber, Mark Ruffalo, Michael Keaton

Pourtant, pour imager mon propos, on ne retrouve pas un rythme ultra rapide (ce qui est important pour retracer le long travail effectué par les journalistes) mais ce n’est pas pour autant mou. En effet, Spotlight bénéficie d’un montage très efficace qui permet à l’intrigue d’avancer tout en suivant le travail de plusieurs journalistes sur des terrains différents au même moment. De plus, le film entre rapidement dans le vif du sujet. Spotlight est aussi une réussite dans la manière de présenter les personnages et leur rapport avec la ville de Boston. Il est intéressant de voir qu’il s’agit d’un personnage venant d’ailleurs (Marty Baron) qui permet aux autres de se plonger ou plutôt de se replonger dans une affaire qu’ils ne voulaient pas forcément voir. Boston, qui est pourtant la ville que l’on connait, est présentée comme une ville dans laquelle tout le monde connait tout le monde, c’est presque une sorte de grand village : finalement, cette situation aurait pu toucher absolument tout le monde, même ceux qui préparent l’article. De plus, j’ai aimé le fait qu’on n’en connaisse pas trop sur les personnages (cela dit, l’article de Première « Que sont devenus les vrais journalistes du film ? » est plutôt intéressant pour mieux les connaître). Disons qu’on connait juste l’essentiel, c’est-à-dire leur rapport avec la ville et le catholicisme, sans qu’on n’ait l’impression qu’ils soient traités de manière superficielle. Au contraire, même sans trop les connaître, je suis parvenue à m’attacher à chaque journaliste, chacun ayant finalement son petit truc. Cependant, personne ne se tire la couverture, le casting étant pour moi très cohérent. Pour ne citer que cette petite partie du casting (j’ai notamment une pensée pour Brian d’Arcy James, son nom n’étant pas sur l’affiche alors qu’il était autant excellent et présent que ses partenaires), je suis évidemment très contente de voir Mark Ruffalo et Rachel McAdams nommés aux Oscars même si c’est dommage de ne pas voir Michael Keaton dans la course. De plus, les personnages sont pour moi attachants car on ressent leur implication, leurs convictions. Tom McCarthy trouve alors un très juste équilibre : tout en n’oubliant jamais l’équipe de « Spotlight », l’enquête est finalement le personnage principal de l’histoire. Par sa sobriété, Spotlight est un excellent film qui parvient à rendre hommage aux bons journalistes qui exercent leur métier avec passion et qui font un travail nécessaire (tout comme ce film), aux victimes qui sont respectées et pointe du doigt les institutions religieuses.

Spotlight : Photo Brian d'Arcy James, Mark Ruffalo, Rachel McAdams

L’Exorciste

réalisé par William Friedkin

avec Linda Blair, Ellen Burstyn, Max Von Sydow, Jason Miller…

titre original : The Exorcist

Film d’épouvante-horreur américain. 2h02. 1973.

sortie française : septembre 1974

L'Exorciste

En Irak, le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d’une figurine du démon Pazuzu et les visions macabres qui s’ensuivent.
Parallèlement, à Washington, la maison de l’actrice Chris MacNeil est troublée par des phénomènes étranges : celle-ci est réveillée par des grattements mystérieux provenant du grenier, tandis que sa fille Regan se plaint que son lit bouge.
Quelques jours plus tard, une réception organisée par Chris est troublée par l’arrivée de Regan, qui profère des menaces de mort à l’encontre du réalisateur Burke Dennings. Les crises se font de plus en plus fréquentes. En proie à des spasmes violents, l’adolescente devient méconnaissable.
Chris fait appel à un exorciste. L’Eglise autorise le Père Damien Karras à officier en compagnie du Père Merrin. Une dramatique épreuve de force s’engage alors pour libérer Regan.

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L’Exorciste est certainement le long-métrage le plus connu de William Friedkin (avec French Connection). Le film, qui a évidemment choqué de nombreux spectateurs à sa sortie, a rencontré un immense succès au box office et a même été nommé à dix reprises aux Oscars (et est reparti avec deux statuettes dont meilleur scénario adapté). Cela m’a presque surprise de voir toutes ces récompenses et nominations pour un film de genre, souvent renié par les académies. D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai l’impression que cela ne serait plus possible de nommer et de récompenser un film d’épouvante-horreur aux Oscars. J’ai longtemps refusé de regarder L’Exorciste de peur… d’avoir peur. Il faut dire que le film a une sacrée réputation du genre « Le film le plus terrifiant de tous les temps ». Forcément, ça m’a foutu la pression. Puis, au fil du temps, j’ai découvert le cinéma de William Friedkin et jusqu’à présent j’ai aimé tout ce qu’il a fait. Après avoir découvert son Sorcerer sur grand écran, je me suis dit qu’il était temps de découvrir le film le plus célèbre de sa carrière, L’Exorciste, adapté du roman (également à succès) de William Peter Blatty (ce dernier a d’ailleurs écrit le scénario). L’auteur a écrit ce roman après avoir lu un article dans le Washington Post publié en 1949 relatant un cas d’exorcisme sur un garçon de 14 ans dans le Maryland. Bref, qu’on croit aux esprits démoniaques ou non, il faut avouer que ce contexte ne rassure pas forcément, surtout quand on flippe avant d’avoir vu le film ! J’ai tenu à le regarder durant un après-midi et les volets grands ouverts, histoire d’atténuer mon appréhension. Certes, j’ai eu peur durant le film, je ne vais pas vous mentir, je ne faisais pas la fière sur le lit avec mes coussins en guise de protection (ne cherchez pas à comprendre). Finalement je suis contente d’avoir réussi à voir le film en entier sans avoir l’impression de crever sur place. Mieux : j’ai réussi à dormir la nuit ! Sérieusement, pour être franche, je m’attendais à être plus choquée (je précise qu’être choquée n’est pas forcément un gage de qualité), disons que je m’attendais à des scènes plus trash, je ne sais pas trop comment l’expliquer.

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On va dire que j’ai réussi à regarder le film les yeux ouverts alors que je m’attendais à les fermer tout le long de peur de ne pas supporter certaines scènes (je savais qu’il y avait des scènes éprouvantes, du genre la gamine qui s’enfonce un crucifix dans son vagin ou encore sa tête qui tourne sur elle-même). Pour reformuler, je m’attendais à quelque chose de plus insoutenable visuellement (peut-être que je dis ça parce que je fais partie de cette génération habituée à voir des choses inimaginables). Ceci dit, la peur est quand même bien là, je l’ai ressentie tout le long grâce à une atmosphère de plus en plus oppressante au fil des scènes. Evidemment que le côté surnaturel, la possession en elle-même est effrayante (je veux dire : ça n’a rien de sympathique en soi), il y a même (il me semble que c’est dans une nouvelle version) des images du démon incrustées furtivement, comme si ce dernier pouvait apparaître et nous posséder à n’importe quel moment. Mais ce qui est effrayant, c’est plutôt de voir comment ce démon en question peut détruire une famille a priori ordinaire et surtout s’attaquer à une banale adolescente. Mais c’est surtout la transformation progressive de la jeune fille (qu’elle soit physique ou morale), qui ressemble de moins en moins à un être humain, qui est terrifiante. On ne peut évidemment pas s’empêcher de voir la petite Regan comme une malade et là, si on oublie un instant l’aspect fantastique, c’est aussi dans un sens effrayant car le spectateur est confronté à une réalité qui existe. Je vois alors la petite Regan comme une métaphore de la malade qui perd tout simplement le contrôle de son corps et de son âme. Il me semble aussi que L’Exorciste est un film sur le féminisme qui prend une certaine ampleur dans les années 1970, comme s’il était perçu comme une sorte de maladie finalement (c’est une idée qui revient souvent dans des oeuvres sur le féminisme). Le fait d’avoir deux personnages féminins qui portent des prénoms qui pourraient être attribués à des hommes (Chris et Regan) ou encore de mettre en scène une mère célibataire (ce qui n’était pas aussi « banal » que maintenant) renforce cette idée.

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Plus généralement, la perte de la foi face aux doutes, le début de l’adolescence et donc de la sexualité (le crucifix dans le vagin n’est pas anodin), l’effondrement de la famille et donc plus généralement du rêve américain ou encore la médecine moderne qui ne parvient pas à répondre à toutes les demandes possibles, en fait le quotidien tout simplement, sont les vraies choses qui sont réellement effrayantes dans ce film, et qui sont accentuées par une histoire bâtie autour d’un démon destructeur. La richesse du scénario et la mise en scène extrêmement puissante ont permis à L’Exorciste d’être le film qu’on connait aujourd’hui : un film à la fois populaire et d’une intelligence redoutable. Le film a beau être des années 1970, je sais qu’il y a les version restaurées qui ont aidé à cette oeuvre de mieux traverser le temps, mais honnêtement il a vraiment bien vieilli car techniquement il s’agit d’une véritable réussite. Les décors calculés, les effets spéciaux déjà bien foutu pour l’époque, le maquillage impressionnant, la photographie soignée ou encore le son et la musique qui oppresse encore plus le spectateur ont vraiment contribué à la réussite de ce long-métrage. Enfin, le casting est impeccable. La jeune Linda Blair est époustouflante dans ce rôle physique, il faut être mature pour interpréter un tel personnage qui subit tellement de choses ! Ellen Burstyn est également excellente en mère dépassée par les événements. J’ai également beaucoup aimé le très touchant Jason Miller (pour l’info people, je n’étais pas du tout au courant, mais il s’agit du père du sympathique acteur Jason Patric, qu’on voit de moins en moins et c’est dommage) principalement connu pour le grand public pour avoir joué le père Karras ici, mais qui avait aussi une belle carrière de dramaturge à côté (il a même reçu le prix Pulitzer pour sa pièce That Championship Season). Enfin, même si on ne le voit pas beaucoup finalement, Max Von Sydow marque évidemment les esprits, rien que son incroyable présence.

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La Belle Endormie

réalisé par Marco Bellocchio

avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher, Michele Riondino, Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr…

titre original : La Bella Addormentata

Drame italien, français. 1h50. 2012.

sortie française : 10 avril 2013

La Belle endormie

Le 23 novembre 2008, l’Italie se déchire autour du sort d’Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans. La justice italienne vient d’autoriser Beppino Englaro, son père, à interrompre l’alimentation artificielle maintenant sa fille en vie. Dans ce tourbillon politique et médiatique les sensibilités s’enflamment, les croyances et les idéologies s’affrontent. Maria, une militante du Mouvement pour la Vie, manifeste devant la clinique dans laquelle est hospitalisée Eluana, alors qu’à Rome, son père sénateur hésite à voter le projet de loi s’opposant à cette décision de justice. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, plongée elle aussi depuis des années dans un coma irréversible. Enfin, Rossa veut mettre fin à ses jours mais un jeune médecin plein d’espoir va s’y opposer de toutes ses forces.

La Belle endormie : photo Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr

Pour construire le scénario de La Belle Endormie, Marco Bellocchio est parti d’un événement qui a secoué l’Italie : la jeune Eluana Englaro fut victime en 1992 d’un accident de voiture qui la laissa dans un coma végétatif. Affirmant qu’elle aurait préféré être débranchée si elle tombait dans un coma, son père Beppino Englaro entreprend à partir de 1999 des démarches pour que son système d’alimentation artificielle soit enfin débranché. Après des années de débats et de manifestations dans tout le pays, le gouvernement italien autorisa finalement l’arrêt de son traitement. Cependant, le réalisateur du Vincere ne parle pas directement de l’histoire des Englaro. Le débat autour de cette mort assistée est bien sûr omniprésente, mais La Belle Endormie est plutôt un film choral, c’est-à-dire les personnages tournent et évoluent autour de ce sujet mais ne sont pas nécessairement impliqués dans la vie des Englaro. En réalité, on peut même dire que l’histoire d’Eluana va servir de fil conducteur entre les différentes histoires et les personnages. Malheureusement, comme dans beaucoup de films dans lesquels se mêlent et se croisent des personnages, le propos se perd un peu dans cette réalisation un peu trop longue et chaque personnage semble avoir du temps à exister. On ne sait pas vraiment pourquoi ils agissent ainsi, ce qu’ils pensent vraiment, on a du mal à avoir de la sympathie ou à les comprendre. Les personnages se trouvent dans des situations dramatiques, profondément difficiles, pourtant l’émotion n’est pas vraiment au rendez-vous. Du coup, on a un petit goût d’inachevé. Mais surtout, en multipliant les personnages, Marco Bellocchio veut montrer les différents points de vue possibles sur cette affaire, et plus généralement sur l’euthanasie, le suicide et plus généralement sur la mort.

La Belle endormie : Photo Toni Servillo

C’est encore une fois intéressant, mais j’ai eu le sentiment que le réalisateur ne voulait pas trop se mouiller alors qu’au bout d’un moment, je n’ai pas réellement eu l’impression qu’il était neutre sur ce sujet. Paradoxalement, l’avis du réalisateur sur l’euthanasie semble apparaître, mais en s’éparpillant, et en réalisant parfois du coup un film brouillon, Bellocchio dit à la fois tout et pas assez. Finalement, qu’a voulu-t-il nous dire s’il ne veut pas totalement défendre son point de vue alors que ce dernier m’a pourtant paru présent ? Il y a aussi des éléments dans l’histoire qui me paraissent un peu naïfs, même si ce n’est pas totalement inintéressant : je pense par exemple à l’histoire du médecin qui veut absolument que la jeune Rossa reste en vie alors qu’elle ne souhaite que mourir. Sur le papier, l’histoire est intéressante car elle est en opposition avec l’histoire d’Eluana (et les autres qui sont similaires) : on imagine bien que cette jeune fille (ainsi que la femme du sénateur et la fille de la grande actrice) voulait rester en vie avant d’être plongés dans un terrible coma. En terminant le long-métrage sur l’histoire de Rossa, Marco Bellocchio essaie de donner une vision optimiste. J’ai pas mal donné d’éléments qui me semblent problématiques, on a l’impression que je n’ai aimé La Belle Endormie, mais pourtant, ce n’est pas le cas : j’ai quand même apprécié le film dans son ensemble et je ne suis pas trop ennuyée. Même s’il n’est pas toujours bien traité, le sujet en lui-même reste suffisamment intéressant car justement, cette histoire n’est pas seulement celle d’Eluana mais aussi celle de nombreuses familles. Que faire quand un membre de sa famille est plongé dans un coma ? Faut-il abréger ses souffrances ou avoir encore de l’espoir ? Malgré un scénario brouillon, Bellocchio parvient à montrer les différents points de vue possible sur l’euthanasie et le rapport qu’ont les gens à la vie et à la mort en mêlant à la fois les histoires intimes, affaires politiques et affaires religieuses. Le film a le mérite d’ouvrir à la réflexion et au débat. Même si le sujet est traité maladroitement, la mise en scène reste convaincante. Enfin, j’ai trouvé le casting très bon.

La Belle endormie : Photo Isabelle Huppert

Ida

réalisé par Pawel Pawlikowski

avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza, Dawid Ogrodnik, Joanna Kulig…

Drame polonais. 1h22. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Ida

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska

Ida est un film qui semble être sorti de nulle part et finalement, grâce à un étonnant bouche-à-oreilles, ce petit film polonais en noir et blanc a réussi à trouver son public (tout de même 500 000 entrées en France). Il a évidemment remporté un grand nombre de prix (il a notamment tout raflé aux European Film Awards), sa consécration finale étant l’Oscar du meilleur étranger, au passage, une première pour la Pologne. La bande-annonce m’avait déjà intriguée à l’époque et j’avais lu de très bonnes critiques, que ce soit dans la presse ou sur différents blogs. Il est resté longtemps dans mon cinéma mais je ne sais pas trop pourquoi, je ne suis pas allée le voir. De plus, Pawel Pawlikowski n’est pas pour moi un réalisateur totalement méconnu puisque j’avais vu un de ses longs-métrages, My Summer of Love (avec Natalie Press, Emily Blunt et Paddy Considine), un film qui m’avait déçue et pourtant je le trouvais tout de même intéressant. Son Oscar tout comme l’ultra sévère critique de Chonchon (comme quoi, je ne suis pas la seule à killer les films – soyons solidaires !) m’ont poussée à le découvrir une bonne fois pour toutes. Je ne dirais pas que je suis déçue mais je trouve tout de même certaines critiques excessives. Je n’ai pas vu tous les films nommés dans sa catégorie aux Oscars (bon, j’en ai vu tout de même 3 sur 5), mais oui, j’aurais préféré que Les Nouveaux Sauvages gagne à la place. Cependant, ne tournons pas trop autour du pot : certes, j’ai aimé Ida malgré mes petits reproches, notamment une première partie un peu trop longue à mon goût. Cependant, même si le film ne m’a pas autant bouleversée que j’aurais pu l’imaginer, j’ai tout de même été touchée par l’histoire, notamment sa seconde partie, selon moi plus réussie et qui permet au film de prendre tout son sens. Voir cette jeune fille (Ida / soeur Anna) qui décide de son sort, à prendre en quelque sorte un nouveau départ, est très touchant. Il est également intéressant de voir comment le portrait d’Ida, qui reste le personnage principal, est mis en parallèle avec les personnages secondaires, comme celui de la tante d’Ida et du jeune musicien. D’un côté, Pawel Pawlikowski réussit à montrer les différentes réactions suscitées par l’Histoire. La tante a toujours mal à se relever suite aux souffrances infligées à sa famille juive (ce qui explique son alcoolisme et ses idées sombres) à cause de la Shoah tandis qu’Ida accepte malgré tout ce passé douloureux qui fait partie d’elle et c’est en l’acceptant qu’elle pourra faire les choix et devenir la femme qu’elle devait être. De l’autre, le musicien joue un rôle très important. La musique représente à la fois tout ce qui semble interdit au sein du couvent (elle représente alors un espace de liberté possible) et paradoxalement elle représente aussi une forme de spiritualité et de foi.

Ida : Photo Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska

Nous comprenons alors que les révélations sur les parents d’Ida ne sont qu’un prétexte pour évoquer les choix de chaque individu face à son histoire et cela dépasse bien la question de la religion et de la spiritualité. Cependant, je peux comprendre que certains spectateurs aient pu être frustrés par cette partie du scénario. Il n’est pas faux de dire que les vingt dernières minutes relancent le film. Pour moi, cela serait réducteur de dire que tout l’intérêt du film réside à la fin. Pourtant, cette dernière partie permet effectivement au propos de prendre forme. Quelque part, le scénario est plutôt puissant, pour moi la magie a tout de même opéré et pourtant il est dommage de voir une première partie un peu moins à la hauteur. Au-delà d’une histoire qui peut sembler simple, mais qui est en réalité bien plus complexe, nous ne pouvons pas passer à côté de ce qui touche l’esthétique. Tout d’abord, la mise en scène est très soignée, précise et calculée. J’avais peur que cette forme de minimalisme me rebute mais en fait pas du tout. Le travail qu’a effectué le réalisateur est ambitieux mais n’est jamais pour moi prétentieux. De plus, le noir et blanc est vraiment magnifique, mettant vraiment en relief les personnages et les décors. Effectivement, ce choix rend le film un peu plus froid mais je pense que c’est voulu par le réalisateur, notamment par la présence de la neige, qui renforce cette idée de froideur. Le noir et blanc montre également la grande part d’Histoire qui secoue notre héroïne et les personnages secondaires. Sans dire que ce choix rend ce film sublime, je trouve que le noir et blanc renforce tout de même bien la dualité d’Ida / soeur Anna, à la fois face à un passé sombre et une foi et un destin qui confirme l’envie de vivre sa vie comme elle l’entend. Enfin, Ida est servi par un très bon casting. Agata Trzebuchowska, qui incarne Ida, n’avait jamais joué dans un film avant celui-ci pourtant elle a beaucoup de talent et dégage une quantité d’émotions. Dans un rôle plus secondaire mais tout de même important, j’ai également beaucoup aimé l’interprétation d’Agata Kulesza. qui incarne la troublante Wanda (la tante d’Ida), une femme qui peut sembler dure (en contraste avec l’apparence innocente et fraîche de sa nièce) mais qui est en réalité très fragile.

Ida : Photo Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik

Timbuktu

réalisé par Abderrahmane Sissako

avec Ibrahim Ahmed, Toulou Kiki, Abel Jafri, Fatoumata Diawara, Hichem Yacoubi, Layla Walet Mohamed…

Drame mauritanien, français. 1h37. 2014.

sortie française : 10 décembre 2014

Timbuktu

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.
En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques.
Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée.
Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Timbuktu : Photo

Je souhaitais découvrir Timbuktu, visiblement l’un des grands oubliés du palmarès cannois, à sa sortie en décembre et les choses ont fait que je ne suis finalement pas allée le voir. Vendredi dernier, à moins de vivre dans une grotte, vous savez que ce long-métrage, qui représente la Mauritanie aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger », a triomphé aux Césars en remportant sept trophées, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Heureusement, l’un de mes cinémas d’art et essai l’a rediffusé et a visiblement bien fait puisque la salle était vraiment pleine (l’effet Césars devrait fonctionner). Tout d’abord, je suis désolée si vous me trouvez aigrie ou connasse, enfin, peu importe comment on me voit. Visiblement depuis pratiquement deux mois, à part Les Nouveaux Sauvages, j’enchaîne les films que je juge moyens (vous le verrez encore cette semaine – surprise) voire même mauvais (remember Jupiter Ascending). Si ça peut vous rassurer, cela m’inquiète. Je me dis soit je ne sais pas choisir mes films soit je suis vraiment devenue une killer. Le pire, c’est que ça me fait chier de ne pas avoir été emballée par ce film, non pas à cause des Césars (au fond, on s’en cogne) mais plus par le sujet en lui-même. On ne peut pas être insensible à l’histoire, tant qu’elle fait terriblement écho à l’actualité. Timbuktu est certainement un film sincère, courageux et nécessaire, qui mérite d’être vu rien que pour son message et je pense que l’académie des Césars a été sensible (peut-être trop ?) par rapport à cette actualité brûlante. Mais malheureusement j’ai quand même été déçue par le résultat. C’est peut-être ça le problème (enfin pour moi évidemment) de ce film : c’est le sujet qui finit par prendre le dessus sur le reste.

Timbuktu : Photo

Je vais y aller directement : je me suis fait chier. C’est pas très poli de dire ça mais c’est vraiment ce que je me suis dit tout le long du film (en plus, je ne peux plus prendre ma montre au ciné, vu qu’elle ne fait que sonner toutes les heures, bref le drame). En allant au ciné, je n’avais pas vérifié la durée. A la fin de la séance, j’étais persuadée que le film durait deux bonnes heures : j’ai été alors très surprise de découvrir qu’il ne durait qu’une heure et demie. Cependant, je crois que c’est important que je puisse comprendre pourquoi j’ai trouvé ce temps long. Pour moi, Timbuktu manque de force. Attention, je ne m’attendais pas à voir Rambo débarquer au Mali mais je pensais que le résultat serait plus puissant, surtout par rapport au sujet. Je ne dis pas que je n’ai pas été touchée par certaines scènes – voir des gens se faire lapider reste toujours éprouvant – mais j’avoue que je suis restée indifférente au sort des personnages, pas assez attachants. Il faut dire que le scénario ne m’a pas aidée à m’intéresser davantage aux personnages. C’est d’ailleurs le prix que je conteste le plus aux Césars. C’est pour moi le vrai point faible du film. Je ne dirais pas qu’il n’y a pas de scénario mais il manque selon moi une véritable construction narrative. Heureusement, j’ai tout de même retenu des points positifs. En effet, même si je n’ai pas tout le temps adhérer à ce choix (cela rend parfois le film un peu simpliste), j’ai apprécié les moments de poésie que nous offre Timbuktu. Je pense notamment la scène avec les gamins qui jouent au football sans ballon. Enfin, le film reste intéressant techniquement. La mise en scène mérite d’être saluée, les décors naturels sont époustouflants, mis en avant par une sublime photographie et la lumière ou encore la musique d’Amine Bouhafa, qui joue beaucoup sur des sons traditionnels tout en mélangeant un son classique, est également remarquable.

Timbuktu : Photo

Calvary

réalisé par John Michael McDonagh

avec Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Aidan Gillen, Dylan Moran, Isaach de Bankolé, Marie-Josée Croze, M. Emmet Walsh, Domhnall Gleeson, David Wilmot, Pat Short…

Comédie dramatique irlandaise, britannique. 1h45. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Calvary

La vie du père James est brusquement bouleversée par la confession d’un mystérieux membre de sa paroisse, qui menace de le tuer. Alors qu’il s’efforce de continuer à s’occuper de sa fille et d’aider ses paroissiens à résoudre leurs problèmes, le prêtre sent l’étau se refermer inexorablement sur lui, sans savoir s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend…

Calvary : Photo Brendan Gleeson, Chris O'Dowd

Etant donné que j’avais beaucoup aimé son premier long-métrage L’Irlandais (avec déjà Brendan Gleeson au casting), j’avais logiquement envie de découvrir le second long-métrage du réalisateur John Michael McDonagh, Calvary. Hélas, Calvary m’a énormément déçue, on ne retrouve clairement pas l’étincelle présente dans L’Irlandais. McDonagh tente de reprendre l’univers présenté dans son premier film. Hélas, il finit surtout par surfabriquer l’absurde. On a du mal à adhérer totalement aux situations surécrites ou aux personnages un peu trop caricaturaux, pourtant interprétés par des acteurs talentueux. Du coup, ce qui aurait pu nous faire rire ou amuser finit surtout par nous faire bâiller. Autre point qui m’a vraiment interpellée : j’ai trouvé au bout d’une minute, montre en main, l’identité du type qui compte assassiner le père James. Quand je dis « trouver », ce n’est pas deviner vaguement : en regardant le film en VO, j’ai réellement reconnu la voix de l’acteur. Je sais que le but n’est pas de trouver le coupable, il ne s’agit pas concrètement d’un film policier. Tout ceci n’est qu’un prétexte pour livrer d’autres réflexions. Cependant, je me suis tout de même demandée si le père James avait reconnu cette voix. Le film n’est pas très clair là-dessus. J’espère qu’il fait semblant de ne pas reconnaître, sinon il est vraiment idiot et sourd ! De plus, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar, le film aurait pu développer un peu plus cette intrigue : le film aurait été plus intéressant et rythmé. Je dois avouer que j’ai eu du mal à aimer ce film, sans vilain de jeu de mots, c’était parfois un calvaire…

Calvary : Photo Dylan Moran, Kelly Reilly

Cependant, certaines scènes ont su m’interpeller et le recul m’a permis d’apprécier davantage ce film qui possède d’indéniables qualités. Je n’aime pas forcément juger un film que sur de la réflexion (il y a des films intelligents que je n’aime pas) mais ici j’ai vraiment été sensible au propos. Pour moi, il ne s’agit simplement d’un type X abusé par des prêtres mais plutôt d’une représentation d’une Irlande abusée par cette Eglise catholique qui tente de tourner la page. La construction du film est également intéressante : en effet, John Michael McDonagh se serait basé sur la théorie du deuil (selon la psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross). Il reprend alors les cinq étapes pour constituer les parties de son film : le déni (même si cela ne répond pas à mon interrogation sur l’identification de la voix), la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. De plus, malgré un scénario très faible, la mise en scène reste tout de même bonne. Même si le film m’a en grande partie ennuyée, McDonagh a pour moi réussi à jouer sur les deux significations du mot « calvaire ». Je trouve qu’on voit tout de même bien le tiraillement du père James entre sa responsabilité d’homme d’Eglise et ses interrogations en tant qu’individu. La fin du film, qui traite avec émotion et pudeur la question du pardon, sauve également une grande partie du film. Enfin, j’ai énormément aimé l’interprétation de Brendan Gleeson. On ne le dit pas assez mais c’est pour moi un grand acteur et il prouve ici son immense talent.

Calvary : Photo Aidan Gillen, Brendan Gleeson

Horns

réalisé par Alexandre Aja

avec Daniel Radcliffe, Max Minghella, Joe Anderson, Juno Temple, David Morse, James Remar, Kathleen Quinlan, Kelli Garner, Heather Graham…

Film fantastique américain. 2h. 2013.

sortie française : 1 octobre 2014

interdit aux moins de 12 ans

Horns

Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…

Horns : Photo Daniel Radcliffe

Le réalisateur français Alexandre Aja, exilé depuis plusieurs années aux Etats-Unis, adapte le second roman de Joe Hill (le fils de Stephen King) Horns (Cornes en V.F.). Le film a clairement ses défauts, notamment à cause de son scénario un peu trop prévisible : on devine très rapidement l’identité du tueur ou encore la véritable raison de la dispute entre Ignatius et Merry au restaurant. Cependant, dans l’ensemble, Horns est une jolie petite réussite. La mise en scène d’Aja m’a énormément plu car je l’ai trouvée efficace, imaginative et dynamique. J’ai trouvé le mélange des genres (thriller, fantastique, romance, comédie noire) assez réussi et cela permet d’avoir un résultat assez détonant. Le film est très divertissant, délirant et même terriblement fun, avec des scènes décalées voire même très drôles ou encore quelques répliques bien envoyées (entre la mère qui dit ses quatre vérités – assez dures – à son propre fils ou le docteur qui couche avec l’infirmière pendant une opération !). Le film est parfois assez cru mais je ne l’ai jamais trouvé vulgaire et surtout cet aspect sexuel permet de renforcer cette présence diabolique. J’ai particulièrement aimé le soin qu’Aja accordait aux images religieuses et des oppositions entre le bien et le mal (les cornes évidemment, mais aussi la croix, les serpents etc…) semblent parfois un peu trop appuyées.

Horns : Photo Daniel Radcliffe

Le réalisateur a également su montrer la dualité que possède Ignatius, cet ange déchu, partagé entre le bien et le mal. Il n’y a pas qu’Ig qui est confronté au mal mais tous les autres habitants de la ville (adultère, drogue, vanité, mensonges, médias malsains et trop curieux etc…). Les apparences sont trompeuses et là on se rapprocherait même ici de l’univers de la série de David Lynch Twin Peaks. Puis, une bonne partie est construite à partir de flashbacks, qui sont selon moi bien incrustés (un exercice à mon avis pas toujours évident). Horns séduit également par ses beaux effets spéciaux, des décors soignés (sombres et féériques à la fois) ainsi qu’une jolie photographie. On peut également relever une soundtrack rock sympa (même si j’ai une dent comme le Personal Jesus de Marilyn Manson) avec notamment du David Bowie ou encore les Pixies. Enfin, dans l’ensemble, à part peut-être Max Minghella que j’ai trouvé en dessous et manquant un peu de charisme par rapport à l’importance de son personnage, le casting est bon, avec en tête un excellent Daniel Radcliffe, qui a décidément réussi son après-Harry Potter, ou encore Juno Temple, qui parvient à la fois à donner à son personnage de la sensualité, de l’innocence, de la fraîcheur et de la fragilité.

Horns : Photo Juno Temple

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Arbittan, Medi Sedoun, Frédéric Chau, Noom Diawara, Elodie Fontan, Frédérique Bel, Julia Piaton, Emilie Caen, Pascal N’Zonzi, Salimata Kamate, Tatiana Rojo, Elie Semoun…

Comédie française. 1h37. 2013.

sortie française : 16 avril 2014

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?

Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt « vieille France ». Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit…Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois.
Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Chantal Lauby, Christian Clavier, Frédérique Bel, Julia Piaton, Medi Sadoun

Philippe de Chauveron est le réalisateur et / ou scénariste de comédies françaises parfois sympathiques (Neuilly-sa-mère), passables (Les Parasites) ou médiocres (La Beuze). On pouvait alors facilement redouter le résultat du dernier film qu’il a réalisé, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui enregistre à l’heure actuelle sept millions de spectateurs. Mais heureusement le film est une jolie réussite, plutôt loin des comédies ratées moyennes qu’on sert habituellement en France. La religion est au coeur de ce film, ce qui est assez casse-gueule. Le film utilise des clichés, mais ce n’est pas bien méchant ni raciste (contrairement à ce que racontent certains journaux ces derniers temps). On pourrait même reprocher au film de ne pas aller assez loin, que ce soit dans l’humour ou dans les situations des personnages : en effet, les gendres sont quand même bien « intégrés » (la scène où ils chantent la Marseillaise est plutôt significative) et même s’ils appartiennent à une communauté religieuse et qu’ils pratiquent certains dogmes (la circoncision, le fait de ne pas manger de porc etc…), la religion n’est pas pour eux une barrière pour vivre « normalement » dans la société française.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Chantal Lauby, Christian Clavier

Maintenant, on ne va pas non plus trop se plaindre. C’est déjà bien qu’un film, grand public, produit par TF1, puisse rire des confrontations religieuses et ethniques, c’est même déjà en soi quelque chose qui est osé. Le « message » de tolérance passe en tout cas comme une lettre à la poste. La fin s’approche un peu du monde des Bisounours mais l’ensemble est tellement drôle qu’on oublie un peu cet aspect niais, qui aurait pu plomber le film. Sincèrement, j’ai quand même ri volontiers aux aventures mouvementées des Verneuil. J’ai trouvé l’humour très efficace. Le film en lui-même est très plaisant, divertissant et rythmé. Quand on se met à leur place, c’est quand même pas de bol que leurs trois premières filles épousent des hommes éloignés de leur confession religieuse. Les Verneuil ne veulent pas avouer qu’ils sont racistes, tout comme d’ailleurs leurs gendres. Mais après une grosse dispute familiale, la grande famille se réconcilie et chacun fait des efforts pour qu’il puisse y avoir une bonne entente. Cependant, l’arrivée du futur époux de la quatrième fille Verneuil va tout remettre en question, notamment sur leur vision de la tolérance.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Ary Abittan, Christian Clavier, Frédéric Chau, Medi Sadoun

Les Verneuil pouvaient vaguement « justifier » leur racisme à cause de la religion. Mais Charles, ce nouveau gendre, est bien catholique, mais il y a un « hic » : il est Noir. Eux, bons catholiques, doivent accepter l’autre, même s’il est différent. Ce personnage remet alors toutes leurs idées en question. M. et Mme Verneuil sombrent dans une sorte de dépression et leurs trois gendres, qui commençaient à apprécier cette bonne entente, vont tout faire pour foirer le mariage de Laure et Charles. Pour ne rien arranger, le père de Charles est également raciste (même si on va s’apercevoir qu’il n’est pas si différent du père de Laure). En bref, ce qui est vraiment plaisant dans ce film, c’est que tout le monde en prend pour son grade. Du coup, l’aspect « gentillet » s’efface peu à peu. Le casting est également dans l’ensemble à la hauteur. Depuis quelques années, Christian Clavier enchaînait les daubes et ne semblait plus inspiré. Cependant, dans ce film, l’acteur nous prouve bien que son talent n’a pas disparu et qu’il est encore capable du meilleur. Dans la deuxième partie du film, sa confrontation avec le père de Charles, joué par un excellent Pascal N’Zonzi, est particulièrement explosive. J’ai également beaucoup aimé Chantal Lauby, drôle mais aussi touchante et sincère. Le trio Ary Arbittan-Medi Sedoun-Frédéric Chau, dont la complicité saute aux yeux, est également très drôle et énergique. Quant à Elodie Fontan, Frédérique Bel, Julia Piaton et Emilie Caen, qui interprètent les filles Verneuil, elles sont un peu plus en retrait mais elles restent suffisamment convaincantes.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Ary Abittan, Elodie Fontan, Emilie Caen, Frédéric Chau, Frédérique Bel

Philomena

réalisé par Stephen Frears

avec Judi Dench, Steve Coogan, Sophie Kennedy Clark…

Drame britannique, américain, français. 1h38. 2013.

sortie française : 8 janvier 2014

Philomena

Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver.
Quand, cinquante ans plus tard, elle rencontre Martin Sixmith, journaliste désabusé, elle lui raconte son histoire, et ce dernier la persuade de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

Philomena : Photo Judi Dench, Steve Coogan

Philomena a conquis la presse ainsi que les festivals et les académies : il a remporté le prix du meilleur scénario (co-écrit par Steve Coogan et Jeff Pope) et a récolté quelques nominations aux Golden Globes et aux Oscars. Il s’agit d’une adaptation du livre de Martin Sixsmith, Philomena : the true story of a mother and the son she had to give away (pfff, titre à rallonge !), qui est lui-même tiré d’un véritable témoignage. Le début de cette histoire rappelle évidemment l’excellent film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters, qui est d’ailleurs évoqué : les soeurs d’un couvent irlandais font retirer l’enfant d’une jeune femme (qui est évidemment dans le péché parce qu’elle n’est pas passé par la case mariage avant de l’avoir conçu) qui travaille à la blanchisserie. Beaucoup d’années plus tard, Philomena croise la route d’un journaliste. Ils vont ainsi partir aux Etats-Unis pour retrouver la trace de cet enfant qui a probablement grandi et fait sa vie. Le film emprunte alors les codes de plusieurs genres : la comédie (grâce au duo formé), le drame (à travers l’évocation de ce fils disparu), le road-movie (le voyage aux USA) et même le film policier (la manière de retrouver petit à petit la trace de ce fils et de dessiner sa vie et sa personnalité, grâce à des indices). Le duo Judi Dench-Steve Coogan fonctionne à merveille : les deux ne cessent de se chamailler mais on ressent une affection sincère et réciproque entre eux.

Philomena : Photo

L’opposition entre les deux personnages permet au long-métrage d’ouvrir un débat. Ainsi, malgré une histoire très forte, qui pourra nous toucher naturellement, le propos sur l’Eglise et ses actes irréversibles reste quand même plutôt nuancé et même si on aura tendance à trouver l’histoire de Philomena assez tragique et injuste, le spectateur peut aussi avoir sa propre opinion sur les actes de ces soeurs. D’un côté, même si elle a refait sa vie après cet épisode de sa vie, Philomena est marquée à vie. Pourtant, malgré cette blessure, Philomena est restée très pieuse, se sent même toujours un peu coupable de ce qu’elle a fait. Malgré le fait qu’on lui ait ôté une partie de son existence, cette femme reste optimiste et pétillante mais surtout elle arrive à pardonner à celles qui lui ont fait sûrement le plus grand mal. De l’autre, Martin Sixsmith n’est pas du tout croyant et déteste profondément ces soeurs. Pour lui, ce qu’elles ont fait est impardonnable et même contraire aux idées religieuses. Les thèmes du témoignage et de la vérité sont traités à travers les médias. A l’image de l’opinion que nous pouvons nous faire de l’Eglise, nous retrouvons également cette même dualité. D’un côté, l’histoire de Philomena est arrivée à d’autres personnes (des tas de personnes chercheraient toujours des membres de leur famille et à connaître la vérité). C’est une ode à la vérité : le récit doit être raconté. Mais de l’autre côté, le film livre une critique des médias qui se servent du malheur des autres pour faire vendre. A travers ce traitement des médias, Philomena parle aussi du procédé d’écriture. Pour conclure, le dernier film de Stephen Frears est une réelle réussite. Avec une intelligence remarquable, il réussit à signer un film à la fois émouvant (j’ai quand même versé quelques larmes !), drôle (merci aux interprètes et à de bonnes répliques), agréable, divertissant et frais sur un sujet difficile et délicat.

Philomena : Photo Judi Dench, Steve Coogan