Seven Sisters

réalisé par Tommy Wirkola

avec Noomi Rapace, Glenn Close, Willem Dafoe, Marwan Kenzari, Christian Rubeck, Clara Read, Pal Sverre Valheim Hagen…

titre original : What Happened to Monday ?

Science-fiction, thriller américain, britannique, français, belge. 2h04. 2017.

sortie française : 30 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

2073. La Terre est surpeuplée. Le gouvernement décide d’instaurer une politique d’enfant unique, appliquée de main de fer par le Bureau d’Allocation des Naissances, sous l’égide de Nicolette Cayman. Confronté à la naissance de septuplées, Terrence Settman décide de garder secrète l’existence de ses 7 petites-filles. Confinées dans leur appartement, prénommées d’un jour de la semaine, elles devront chacune leur tour partager une identité unique à l’extérieur, simulant l’existence d’une seule personne : Karen Settman. Si le secret demeure intact des années durant, tout s’effondre le jour où Lundi disparaît mystérieusement…

Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

Seven Sisters (une « traduction » à l’anglaise pas si bête pour une fois) est sorti aux Etats-Unis avec son titre intriguant What Happened to Monday ? directement sur Netflix. Pour une fois, en France, nous évitons une sortie vod ou autre et c’est tant mieux : le film du réalisateur norvégien Tommy Wirkola (Kill Biljo, Dead Snow, Hansel & Gretel : Witch Hunters) méritait bien une sortie en salles. Le scénario original de Seven Sisters faisait partie de la fameuse Blacklist des scénarios les plus appréciés en attente de production. Seven Sisters n’est certainement pas un chef-d’oeuvre, il a également ses défauts, mais l’ensemble reste une agréable surprise. Moi qui suis souvent déçue par les films d’action grand public, celui-ci m’a vraiment plu. Il s’agit d’un divertissement terriblement efficace, rythmé et bien mis en scène. L’histoire est certainement perfectible mais l’idée d’origine est tout de même pas mal exploitée et surtout elle réussit à tenir le spectateur en haleine. Certes, on peut facilement identifier les différentes révélations présentes à la fin du film mais cela ne m’a pas gâchée mon plaisir. Le long-métrage est également sombre dans le déroulé de la narration par rapport à ce qu’on attend de ce type de production : en dehors de sa fin discutable, je m’attendais à un résultat plus lisse. En fait, si les twists peuvent aisément se deviner, paradoxalement, les différents éléments de l’intrigue ne sont pas aussi attendus. Le cinéma de divertissement semble en ce moment s’interroger sur le rôle de la femme. Et cette femme en question est forcément intelligente, sexy, sportive, badass etc… On trouve bien ces caractéristiques mais réparties sur les sept personnages féminins. Par conséquent, si chacune a bien des qualités et des traits (ce qui est pratique aussi pour les distinguer), elles ne sont pas non plus des femmes exceptionnelles physiquement (terme à prendre sur plusieurs niveaux). Leur vie est à part mais ces femmes-là font du bien à voir dans ce type de divertissement parce que justement elles sont ordinaires mais sans être des potiches. Finalement, des personnages féminins de cette trempe dans du cinéma grand public, je n’en vois pas tant que ça actuellement. En ce moment, notamment récemment avec Split de M. Night Shymalan, il semble y avoir une tendance pour les acteurs qui interprètent plusieurs rôles. Il peut toujours y avoir le risque d’une superficialité dans ce type d’exercice qui risque difficile à exécuter. Comment distinguer rapidement plusieurs personnages (pour ne pas les confondre physiquement) et leur donner vie sans tomber non plus dans la caricature ?

Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

Certes, chaque soeur a bien ses caractéristiques facilement repérables, aussi caractérielles que physiques. Cela dit, au-delà de nous exposer des personnages féminins intéressants et crédibles, l’interprétation de Noomi Rapace est bluffante : l’actrice suédoise nous prouve de nouveau qu’elle est l’une des meilleures actrice de sa génération. Elle aura beau avoir quelques déguisements pour mieux se glisser dans la peau des personnages (et du coup plus repérables au premier coup d’oeil pour les spectateurs), elle réussit tout de même à les rendre plus humaines et non juste des stéréotypes visuels. J’avais même l’impression de voir à l’écran sept actrices différentes pour chaque personnage. A noter dans des rôles secondaires des performances convaincantes de Willem Dafoe en grand-père dévoué et Glenn Close en scientifique politique aux méthodes discutables. En parlant de Glenn Close, j’ai justement apprécié le traitement de son personnage que je n’ai pas perçu comme une simple méchante de service (après peut-être s’agit-il que de ma perception mais sa dernière réplique me laisse penser que la direction de ce film n’est pas manichéen). Cela n’excuse pas les actes du personnage mais il est certain qu’à la fin du film (peut-être un peu trop tendre par rapport à la noirceur générale de l’histoire), la situation initiale (à savoir que la planète va à sa perte à cause de la surpopulation) ne trouve pas nécessairement d’issue. Même les actes du grand-père (discutés dès le début du film et qui interviennent clairement dans les choix des personnages) sont discutables : a-t-il bien fait d’avoir sauvé les sept soeurs à leur naissance par rapport au monde dans lequel on voit ? On y verrait en tout cas un débat intéressant sur les responsabilités familiales dans un contexte politique. En parlant justement d’univers et de contextes, plusieurs éléments sont à relever. Tout d’abord, en quelques minutes, on comprend rapidement et facilement les enjeux sans que l’histoire paraisse trop simpliste. Puis, le film est également remarquable d’un point de vue esthétique : on privilégie, à l’image de l’action, la noirceur teintée légèrement de futurisme. Par conséquent, l’univers présenté est encore plus effrayant pour le spectateur puisque les décors ressemblent en quelque sorte à ce qu’il connaît déjà en légèrement accentué vers des tons noirs et avec une foule à l’extérieur étouffante et omniprésente. Enfin, les scènes d’action sont également très réussies, c’est-à-dire rythmées mais suffisamment lisibles pour les spectateurs, réalistes et violentes. 

Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

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Grave

réalisé par Julia Ducournau

avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux, Bouli Lanners, Jean-Louis Sbille…

Epouvante-horreur, drame français, belge. 1h38. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

interdit aux moins de 16 ans

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Grave : Photo

Difficile de passer à côté du phénomène Grave, grand vainqueur à Gérardmer cette année et présenté l’année précédente à la Semaine de la Critique à Cannes (pour ne citer que ces festivals). Il s’agit du premier long-métrage de l’ex-étudiante de la FEMIS, Julia Ducournau : elle avait co-signé Mange, un téléfilm pour Canal + en 2012 et un court-métrage intitulé Junior (et on retrouve dans le casting une certaine Garance Marillier). Grave, co-produit par Julie Gayet, a vite fait le buzz pour ses scènes cannibalistes. On a lu à plusieurs reprises (que ce soit dans la presse ou même sur les réseaux sociaux) que des spectateurs avaient gerbé à cause de certaines scènes visiblement insupportables. C’est pour cette raison que je n’ai pas tenu à découvrir ce film en salles, de peur que mon petit coeur, mon foie, mon estomac et mon cerveau (oui, tout ça) ne supportent pas ce choc (rappelez-vous que j’ai vu Salo de Pasolini en deux fois, le tout avec ma poubelle à côté parce que je sentais que j’allais physiquement dégueuler). Cela dit, entre temps, plusieurs blogueurs m’ont prévenue, je cite, qu’en fait il n’était pas si gore mais la fin était tout de même épicée. J’ai également bien retenu toutes les informations que j’ai lues (sans me spoiler) : le film ne serait pas à proprement parler gore malgré sa réputation. La réalisatrice dit elle-même qu’il s’agit plus d’un drame, parfois comique, mélangé au body horror. J’accepte tout à fait ce postulat et effectivement c’est ce qu’on constate très rapidement. Mais cela ne m’a pas empêchée d’être fortement déçue. En fait, j’ai l’impression d’avoir été confrontée à ma séance de It Follows (également un film de genre d’auteur absolument adoré pour tout le monde alors qu’il a pour moi un certain nombre de défauts / éléments problématiques) en terme de déception (ici encore plus élevée). Mon problème n’est pas nécessairement lié au manque de gore même si je reviendrai tout de même sur ce point. La mise en scène en elle-même n’est pas ce qui m’a gênée, je n’ai pas de reproche à lui faire, c’est peut-être même l’un des seuls points positifs que je relève. C’est globalement l’écriture qui m’a réellement chiffonnée. Cette oeuvre a été vantée pour son intelligence, sa psychologie et que sais-je. Justement, j’ai trouvé l’écriture terriblement pauvre, pas du tout fine et parfois même incohérente et tombant sans cesse dans la sur-référence.

Grave : Photo

Par exemple, l’héroïne se prénomme Justine en référence au personnage de Sade (déjà on y va avec de gros sabots – et c’est ça tout le long du film) nous est présentée comme une jeune fille intelligente (on comprend même qu’elle serait probablement surdouée) qui aurait même son petit caractère. Première question que je me suis automatiquement posée : pourquoi ne refuse-t-elle pas toutes les actions liées au bizutage (parce qu’elle ne résiste pas vraiment) ? On va me répondre : parce que justement, c’est à cause du bizutage qui fout la pression. Justement, le bizutage. La réalisatrice prétend que son film n’est pas sur le bizutage. Je veux bien la croire. Sauf que ce bizutage en question prend une place bien trop importante dans le film par rapport à ce que la réalisatrice a voulu raconter. Surtout, je n’ai pas cru une seule seconde à l’environnement. Pour le bizutage dans les grandes écoles, je suis parfaitement au courant de ce qui se passe, de la violence et de l’humiliation autour. Les visages ont beau être anonymes (le film ne se concentre que véritablement sur les trois personnages principaux), on ne croit pas que ces jeunes-là puissent être l’élite de la France (et j’ai même envie de dire que ça concerne aussi justement Justine, sa soeur et son coloc’ sans être méchante). Surtout, on retrouve tous les clichés possibles et insupportables (et je ne trouve pas que Ducournau en joue particulièrement bien) sur les films de campus. Il est aussi étrange de ne pas utiliser la prépa vétérinaire suffisamment à fond pour le scénario. Certes, Justine est une jeune végétarienne qui défend les animaux avec conviction. On ne peut que penser à cette scène où la jeune fille défend avec pertinence les animaux victimes de zoophilie en établissant une comparaison avec les victimes (humaines) de viol. Cela dit, cela me parait aberrant que face à sa faim grandissante Justine ne tente même pas de s’attaquer à un des animaux présents dans la prépa ou dans les alentours. Le traitement de la relation entre les soeurs m’a également semblé problématique. Je n’ai jamais eu l’impression d’être face à des soeurs tellement elles sont distantes ce qui est bizarre vu le secret familial qu’elles partagent. Les réactions d’Alexia ne m’ont pas paru crédibles : pourquoi ne l’empêche-t-elle de lutter contre le cannibalisme (et même l’incite) ? Pour se sentir moins seule (au passage, un sentiment pas réellement exploité que ce soit de son côté ou celui de Justine) ? Mouais.

Grave : Photo Garance Marillier

J’avoue que je n’ai en tout cas globalement pas cru aux réactions des personnages qui évoluent aussi vite qu’ils changent de chemises. Julia Ducournau a en tout cas insisté de nombreuses fois sur la profondeur de son film (à l’entendre, on a l’impression qu’elle a réinventé à elle seule le cinéma, elle est insupportable), sur les thèmes mis en avant, que son film ne parle finalement pas de cannibalisme etc. Donc on relève les principaux thèmes traités : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la découverte de la sexualité (avec un parallèle lourdingue avec l’animalité et la faim) et de son corps littéralement en mutation, l’héritage familial… Mais tous ces sujets en question sont pour moi traités sans aucune finesse et surtout superficiellement. Il parait aussi qu’il y avait un twist (on en revient donc au fameux drame autour du drame familial avec une mère étonnamment très peu présente). Il doit y en avoir un vu la scène finale (en mode : toi, spectateur, là, tu dois être sur le cul). Twist que j’ai deviné trèèèèès tôt. Revenons enfin au cannibalisme, qui est un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Je n’ai pas de souci avec ça mais il y a un moment, il aurait tout de même fallu voir un minimum de scènes en rapport avec ce mal. De plus, à force de naviguer entre plusieurs genres sans réellement les exploiter (mais plutôt en les survolant), je n’ai finalement rien ressenti et encore moins une quelconque petite tension ou un sentiment de malaise. Au bout d’un moment, le fait que ce ne soit pas un pur film d’horreur n’excuse pas tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au surprenant We are what we are de Jim Mickle qui a de réelles similitudes avec Grave : un drame autour de deux soeurs cannibales à cause d’un héritage familial. Sur le principe donc, rien de gore (le film ne l’est pas et n’a qu’une petite interdiction qu’aux moins de 12 ans) mais pourtant le film tient bien ses promesses : une tension qui monte jusqu’au point final réellement cannibale, logique vu le mal qui ronge les protagonistes. Il manque ça à Grave : quand le meurtre inimaginable et final à cause des pulsions des personnages arrive pour de bon, on nous épargne tellement tout au nom du « drame » (comme si cela était incompatible alors que cela n’est pas nécessairement le cas) que finalement ça laisse indifférent alors que ça aurait dû envoyer du pâté ou cela aurait dû provoquer un électrochoc.

Grave : Photo

Je pense même à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (l’exemple me paraît pertinent : le film, très esthétique comme celui de Ducournau, reprend le thème du cannibalisme) qui sur le principe n’est pas un proprement parler un film gore, loin de là. Mais là encore (même s’il a été très discuté), son final sait chambouler, le cannibalisme est bel et bien utilisé, il ne s’agit pas d’une fausse promesse. Revenons justement à l’esthétique (puisque j’établissais une comparaison avec l’esthétique très prononcée de Refn) : certes, on ne va pas se mentir, le film est très soigné de ce côté-là, l’équipe a très bien bossé, c’est indéniable. Je n’aime pas saloper le travail bien fait. Cela dit, je n’ai pas toujours trouvé ces choix en question toujours très pertinents ni d’une réelle profondeur dans le sens où j’avais vraiment l’impression de voir une sorte de caricature du film arty bobo (avec en plus des choix musicaux qui ne m’ont pas aidée à faire abstraction) : pour moi, on était plus proche de la prétention et de la complaisance que dans une quelconque démarche artistique qui devait accompagner une signification. Côté interprétation, je n’ai pas non plus été tant bluffée que ça par rapport à toutes les louanges que j’ai pu entendre. La jeune Garance Marilier et Rabat Naït Oufella ont certes une certaine fraîcheur qui permet de s’intéresser un peu à eux mais je n’ai pas trouvé qu’ils jouaient si bien que ça, j’ai retrouvé tous ces tics clichés d’acteurs de films d’auteur à la française. Quant à Ella Rumpf, j’ai vraiment trouvé qu’elle surjouait tout le long. tPour finir tout de même sur une touche un peu plus joyeuse (et pour éviter qu’un fan du film m’assassine à coup de batte de base-ball), parmi les petits points positifs que je relève (je ne suis pas totalement un monstre), la mise en scène est ambitieuse, le soin apporté à la photographie est également remarquable et enfin on ne peut qu’admirer le travail des maquilleurs sur quelques scènes.

Grave : Photo Garance Marillier

The Edge of Seventeen

réalisé par Kelly Fremont Craig

avec Hailee Steinfeld, Haley Lu Richardson, Blake Jenner, Woody Harrelson, Kyra Sedgwick, Alexander Calvert, Hayden Szeto…

Comédie dramatique américaine. 1h48. 2016.

sortie française (VOD) : 16 mars 2017

Nadine et Krista découvrent le monde merveilleux du lycée. Mais leur belle amitié est mise à mal lorsque la première apprend que la seconde sort avec son grand frère…

The Edge of Seventeen : Photo

The Edge of Seventeen fait partie de cette longue liste de films qui ne trouve pas leur place dans les salles de cinéma françaises. Et comme souvent, même quand je n’aime pas nécessairement les films qui passent par cette case, je trouve cela regrettable que ce premier long-métrage ne soit pas distribué dans les salles obscures alors que ces dernières projettent de nombreuses daubes. De plus, ce film en question est co-produit par James L. Brooks, le réalisateur des formidables Pour le pire et le meilleur et Tendres Passions. En revanche, si je trouve cela regrettable que ce film n’ait pas connu de sortie dans les salles, ce n’est pas pour autant que je l’ai réellement apprécié. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, ni même d’une déception (je n’en attendais rien même si j’avais eu vent de quelques bonnes critiques m’invitant à le découvrir). L’ensemble se laisse évidemment regarder dans le sens où l’histoire se laisse volontiers suivre, le ton en lui-même est léger comme dans n’importe quel teen-movie qu’on pourrait regarder, le tout est également bien rythmé, c’est même parfois drôle (parfois). Mais qu’est-ce qui cloche alors ? Le personnage principal. Nadine est incarnée par la toujours pétillante Hailee Steinfeld, nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleure actrice dans une comédie » pour son interprétation. Le problème ne vient pas de sa performance : elle joue bien le rôle qu’on lui a attribué. Le reste de la distribution est par ailleurs très bien, que ce soit parmi les jeunes acteurs (Haley Lu Richardson et Blake Jenner, choupis en jeune couple lisse, ou encore Hayden Szeto en ado sensible et maladroit) ou les plus confirmés (Woody Harrelson, parfait en prof cynique balançant quelques bonnes punchlines, Kyra Sedgwick touchante en mère dépassée). Mais le personnage de Nadine est vraiment insupportable. Certes, j’imagine que cette personnalité en question a du sens : il n’y a qu’à voir une des conclusions du film, c’est-à-dire lorsque Nadine se rend compte qu’elle se plaint beaucoup et surtout lorsque cette dernière constate que les autres autour d’elle peuvent souffrir sans forcément jacasser toute la sainte-journée. Mais cette jeune fille qui se plaint tout le temps pour tout et n’importe quoi n’est pas du tout attachante. J’adore pourtant les personnages cyniques, hors de la norme, mais avec Nadine, le contact ne passe pas. J’ai parfaitement conscience que je vais dire un truc méchant : Nadine n’a pas d’amis (en dehors de sa meilleure amie Krista et d’Erwin le gars de sa classe qui veut la pécho) et on comprend qu’elle n’en ait pas. L’égoïsme de ce personnage semble vaguement se justifier par son passé familial, c’est-à-dire le décès brutal de son père.

The Edge of Seventeen : Photo Blake Jenner, Haley Lu Richardson

Cette information a quelque chose de superficiel comme si cela devait justifier ses réactions complètement stupides et sa tendance à absolument tout dramatiser. Après, encore une fois, on peut accepter que cette rébellion sans cause, prouvant l’immaturité de l’adolescente, fasse partie du postulat de départ (il n’y a qu’à voir le décalage avec la scène d’intro qui présente Nadine comme une suicidaire et plus tard la réalité des faits qui conduit notre héroïne à prononcer des paroles aussi graves) mais il aurait vraiment fallu rendre la jeune fille plus attachante et ayant plus de consistance. Dans différents synopsis que j’ai pu lire, Nadine est présentée comme une jeune dépressive mais en regardant le film, je n’ai pas plus ressenti cette dépression, juste de la bêtise et de l’exaspération. En fait, je me suis sentie comme une adulte réac’, ne parvenant pas à prendre réellement au sérieux la possible souffrance de cette adolescente. Je ne dis pas que le film est nécessairement mal écrit mais il y a selon moi des choses plus que maladroites dans la construction de ce personnage. Cela n’a jamais été impossible d’exposer des personnages imparfaits et même pénibles tout en les rendant attachants. Or, Kelly Fremont Craig (également scénariste) ne parvient pas à relever ce défi ce qui plombe vraiment son film. Pour ne rien arranger, depuis un certain temps (c’était déjà mon type de ressenti devant l’acclamé Monde de Charlie de Stephen Chbosky), je commence à me lasser des teen-movies filmés à la mode des années 1980 ou rappelant sans cesse cette période. Peut-être que je me focalise sur ce point parce que je n’ai pas plus accroché que ça à ce film (après tout, récemment, dans la série 13 Reasons Why, je valorisais ce point en question) mais je commence à trouver cette utilisation too much. Alors on pourra me dire par a+b que je suis une grosse gourdasse parce qu’il y a voyons des chansons récentes dans la bande-originale (vous avez remarqué vous aussi que la reconstitution des années 80 passe souvent par les choix musicaux). La gourdasse en question vous répond qu’elle croyait que le film se passait dans les années 80 (et pas qu’à cause de la musique – les décors et le look de l’héroïne à tous les âges m’ont déroutée) pendant un bon moment jusqu’à ce qu’elle réalise qu’il se déroule de nos jours. Bref, j’ai trouvé l’ensemble sympathique, pas forcément mal fait mais rien de bien exceptionnel non plus, de plus profond ou de différent de ce qu’on a pu voir auparavant dans la même veine, n’échappant pas non plus à certains clichés.

The Edge of Seventeen : Photo Hailee Steinfeld, Hayden Szeto

Sherlock

Créée par Steven Moffat et Mark Gatiss

avec Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, Andrew Scott, Mark Gatiss, Amanda Abbington, Rupert Graves, Louise Brealey, Una Stubbs, Toby Jones, Sian Brooke, Vinette Robinson, Lara Pulver, Katherine Parkinson…

Drame, policier britannique. 4 saisons. 2010-2017.

Les aventures de Sherlock Holmes et de son acolyte de toujours, le docteur Watson, sont transposées au XXIème siècle…

Sherlock : Photo

Sherlock Holmes fait certainement partie des oeuvres les plus adaptées au cinéma et à la télévision. Steven Moffat, connu pour son travail sur la célèbre série Doctor Who, et son compère scénariste Mark Gatiss (également le génial interprète de Mycroft Holmes, le frangin brillant de Sherlock), s’attaquent à une adaptation clairement plus moderne des oeuvres d’Arthur Conan Doyle. L’intrigue se déroule donc au XXIe siècle (bref de nos jours), Sherlock est donc toujours le brillant détective consultant asocial que l’on connait, toujours violoniste à ses heures perdues et également drogué lorsqu’il traverse les périodes les plus sombres. Son colocataire, qui deviendra son meilleur ami (que Sherlock le reconnaisse ou non), le Docteur John Watson, est un ancien médecin de l’armée britannique blessé en Afghanistan. Les deux compères collaborent également toujours pour Scotland Yard et affrontent également le même célèbre méchant : Moriarty. La liste pourrait s’allonger mais tout ça pour dire qu’il y a eu un véritable travail de transposition et d’adaptation. Moderniser des classiques connues et revues maintes fois est toujours un pari risqué. On aurait pu très vite entrer dans la surenchère et la superficialité, surtout quand on transforme Sherlock Holmes et John Watson en véritables geek (Holmes étant accro à son portable et aux réseaux sociaux, Watson raconte ses aventures policières avec Sherlock sur son blog très suivi). Pourquoi avoir rendu les aventures de Holmes dans une version moderne et technologique ? Parce que le Sherlock de Conan Doyle était lui-même un homme moderne, par rapport à son temps, s’intéressant aux techniques déjà présentes. J’ai lu quelques nouvelles des aventures de Holmes et j’ai aussi pris le temps de me renseigner sur toute l’intrigue. Les scénaristes sont donc parvenus à rendre justice à Conan Doyle : respecter son travail tout en proposant une relecture neuve et originale. Quant aux quelques ajouts ou modifications faites, on sent qu’ils n’ont pas été choisis au hasard : ils sont toujours là pour mieux surprendre le spectateur qui mérite qu’on lui propose un nouveau point de vue sur les personnages qu’on connait tous par coeur.

Photo

En général, contrairement à la majorité des séries américaines non câblées (et encore), les séries britanniques proposent peu d’épisodes et prennent même le temps entre plusieurs saisons. C’est effectivement le cas chez Sherlock. Ainsi, la série est composée de quatre saisons (avec parfois des écarts de deux ans entre), chacune contenant trois épisodes de 1h30. Il ne faut également pas oublier l’épisode spécial, « L’Effroyable Mariée » (« The Abominable Bride »), qui présente une confrontation entre Sherlock et Moriarty dans une réalité alternative victorienne : on doit découvrir cet épisode en question entre la fin de la saison 3 et le début de la saison 4. Chaque épisode est donc soigné sur tous les points : personnages, narration (qui va au-delà de la simple question de la réécriture), mise en scène et même esthétique (avec une jolie photographie appuyant sur le bleu/gris, sorte de rappel subtil entre le lieu – Londres – et la technologie). La série n’hésite également pas à mêler différents tons tout en gardant sa cohérence. Par exemple, l’épisode du mariage de Watson et Mary est tellement drôle que j’en ai eu mal au ventre (et cela n’empêche pas de voir un scénario et un montage juste hyper bien foutus) tandis que l’épisode final est extrêmement bouleversant (j’avais le coupe soufflé les dix dernières minutes et je ne ressens pas forcément cela pour toutes les séries que je regarde) pour ne citer que cet exemple-là (le premier épisode de la quatrième l’est également et quelle claque !). Par ailleurs, la série s’assombrit au fil des saisons sans tomber dans la caricature : en effet, on a vu dans beaucoup de films et de séries désormais des héros qui doivent apprendre à affronter eux-mêmes et leur passé. Il y a parfois eu des réussites, parfois c’est juste lourdingue. Sherlock entre heureusement dans la première catégorie. Au-delà de la question de l’adaptation moderne et d’enquêtes toujours bien foutues (qui parviennent à nous surprendre alors qu’on connaît déjà plus ou moins certaines grosses lignes vu qu’on connaît les oeuvres originales), qu’est-ce qui pourrait expliquer un tel succès ? Au-delà de nous raconter des intrigues qui nous clouent parfois au sol, Sherlock est bien plus qu’un portrait d’un personnage extraordinaire (ou des portraits) : on nous parle finalement d’amour, d’amitié et de famille. Je dirais aussi que l’une de ses principales qualités, en dehors de tout ce que j’ai déjà pu citer, réside dans le traitement des personnages.

Photo Amanda Abbington, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman

On aurait pu tomber dans certains excès en nous présentant un personnage principal lui-même très excessif. Pourtant, si on est face à un personnage atypique et déroutant, Sherlock est un personnage bel et bien profond et complexe. De plus, pour un personnage aussi asocial, ses interactions avec les personnages, surtout Watson et Moriarty, sont magistrales. Son amitié, voire même sa bromance avec John Watson, est pour moi magique. Et le spectateur se met justement dans la peau de Watson : fasciné et interloqué par Sherlock. Benedict Cumberbatch est tout simplement parfait dans le rôle de Holmes. Physiquement, évidemment, quelque fonctionne pour contribuer à l’étrangeté même du personnage : il a l’air de sortir d’une autre planète mais il garde sa classe à la britannique. Son physique est un mélange entre son côté atypique et son intelligence bien supérieure à la moyenne. Martin Freeman est également fabuleux dans le rôle de Watson. Il parvient à être charismatique tout en gardant sa banalité, en contraste avec son partenaire. Et leur duo (ou même couple) fonctionne parfaitement : c’est même une évidence de les retrouver ensemble à l’écran. Les seconds rôles sont également excellents. Comment ne pas évoquer Andrew Scott, formidable en Moriarty (perturbant même durant son absence), Mark Gatiss en Mycroft (son rôle prend de plus en plus d’importance et tant mieux) ou encore Amanda Abbington (au moment du tournage, compagne dans la vraie vie de Martin Freeman) en Mary Watson (décidément, beaucoup de gens sont intelligents dans cette série et mieux : ils parviennent à se rencontrer !) pour ne citer qu’eux. Sherlock n’est alors pas uniquement désormais un produit de pop culture : c’est un exemple même de ce qui s’est fait de mieux à la télévision ces dernières années. Comme quoi, mêler le divertissement et l’exigence (que ce soit en écriture ou en mise en scène) reste encore possible.

Sherlock : Photo Benedict Cumberbatch

Manchester by the Sea

réalisé par Kenneth Lonergan

avec Casey Affleck, Michelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler, Gretchen Mol, Matthew Broderick, Heather Burns…

Drame américain. 2h18. 2016.

sortie française : 14 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film ayant obtenu un Oscar

Après le décès soudain de son frère Joe, Lee est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick. Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi et de la communauté où il est né et a grandi.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Le script de Manchester by the sea faisait partie de la liste noire 2014 des meilleurs scénarios n’ayant pas pu être concrétisés. Heureusement qu’il a pu voir le jour : il a permis à son réalisateur-scénariste Kenneth Lonergan (le scénariste de Mafia Blues et Gangs of New York qui signe ici son troisième long-métrage après Tu peux compter sur moi et Margaret) de remporter l’Oscar du meilleur scénario original. Il ne s’agit pas du seul prix remporté au cours de la soirée : Casey Affleck, qui n’est décidément plus désigné comme le frère de Ben (et tant mieux), a remporté l’Oscar du meilleur acteur. Manchester by the sea (qui s’écrit en réalité avec des tirets) désigne le lieu où vivait Joe Chandler (incarné par… Kyle Chandler… Lonergan a-t-il choisi cet acteur par hasard ?). Avant son décès, il avait demandé à son frère Lee, qui habite désormais à Boston pour jouer les hommes à tout faire, de devenir le tuteur de son adolescent de fils Patrick. Lee doit retourner dans cette ville qui représente ce passé qu’il veut fuir. Je ne vais évidemment pas révéler ce qui s’est passé pour qu’il quitte cette ville (et donc aussi sa famille) mais il est évidemment que n’importe quel être humain aurait du mal à s’en remettre. On aurait pu s’attendre à toute une série de clichés. Habituellement, on voit des personnages de ce type en quête de rédemption qui va chercher à se racheter, à se pardonner et à aller de l’avant. Si son ex-femme Randi fait tout pour aller de l’avant, Lee reste jusqu’au bout un homme brisé. Ce n’est même plus un homme : il est devenu un fantôme et ne peut pas évoluer. Beaucoup diront que ce film est juste ultra dépressif. C’est sûr qu’il ne faut pas découvrir ce film quand on se sent mal ! Mais je l’ai trouvé dans la manière de décrire les réactions et les états des personnages très juste, proche de ce qui pourrait nous arriver dans notre propre vie. Je ne connaissais pas Kenneth Lonergan avant de regarder ce film mais j’ai tout de suite senti qu’il était dramaturge à côté de ses activités de cinéaste (je ne me suis donc pas trompée) : on sent qu’il y a derrière ce film un auteur. Son Oscar du scénario est alors logique et mérité : le film a beaucoup de qualités mais il doit beaucoup à sa qualité d’écriture.

Manchester By the Sea : Photo Michelle Williams

Au bout d’une heure, je ne vais pas vous mentir, je me suis demandée si la longueur était justifiée. Evidemment, comme dans n’importe quel long film, on peut toujours se demander s’il n’y a pas des scènes en trop (peut-être qu’il y a un peu trop de scènes au début du long-métrage). Cela dit, je comprends le choix de cette longueur même si l’histoire reste très basique et simple à résumer (dans le sens où il n’y a de rebondissements) : Lonergan veut que le spectateur prenne le temps de cerner les différents personnages. Surtout, l’écriture est très riche dans le sens où elle réussit à prendre en compte différents paradoxes sans jamais s’éparpiller. Par exemple, il y a cette opposition entre le feu et l’eau qui n’a rien de simpliste alors qu’on aurait pu tomber dans des pièges assez grossiers : c’est comme si Lee était sans cesse encerclé par des éléments montrant qu’il n’a vraiment pas sa place à Manchester. Surtout, les personnages jouent sur deux tableaux alors que leur douleur est commune. Ainsi, Lee est un homme qui reste dans l’immobilité tandis que Randi et Patrick avancent malgré la perte et la souffrance. Randi a beau être très attachée à Lee, sa nouvelle famille est désormais sa priorité. Quant à Patrick, il reste un adolescent qui doit devenir un adulte et surtout qui vit (petite amie, potes pour faire la fête, groupe de musique, hockey sur glace : bref une vie bien remplie pour un ado). Ses relations sexuelles (qui n’aboutissent jamais – est-ce une représentation du temps qu’il doit encore vivre ?), ses relations compliquées avec sa mère biologique (une ex-junkie qui vit avec un bigot), ses projets professionnels (avec le bateau), Patrick a des tas de projets : peu importe s’ils aboutissent ou non (même si encore une fois l’échec de certains de ses projets ont une signification), il n’est justement pas comme Lee un fantôme, juste un futur adulte qui se bouge. Ce personnage est aussi celui qui apporte un peu de fraîcheur et de légèreté dans un décor assez austère. Bref, ce choix de situer les personnages sur des tableaux et temporalités opposés renforcent encore plus la position figée de Lee. C’est aussi selon moi un bon moyen d’éviter que cet immobilisme devienne un handicap pour le film.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

Comme je le disais plus haut, l’histoire en elle-même est plutôt « simple ». Alors pourquoi prendre le temps en l’étalant sur 2h20 ? Le passé a une place considérable dans la vie du personnage principal : il était alors logique de montrer certains éléments de cette existence sous forme de flashback. Ce procédé peut avoir ses limites ou casser le rythme du récit. Or, notamment grâce à un montage très réussi, les transitions entre le passé et le présent sont d’une grande fluidité. Tout en montrant les faits (là encore une sorte de paradoxe), on a vraiment l’impression d’entrer dans l’esprit de Lee : les flashback apparaissent toujours à des moments précis du présent, ils ne sont pas balancés n’importe comment juste pour contenter le spectateur en manque d’informations. Casey Affleck est excellent dans le rôle de Lee et son Oscar n’est selon moi pas volé. J’ai toujours aimé cet acteur (c’est mal de comparer mais j’ai toujours trouvé qu’il jouait mieux que son frère, c’est dit) qu’on a un peu trop souvent caricaturé comme l’acteur dépressif du cinéma indépendant qui mérite enfin cette reconnaissance de la profession. Son interprétation aurait pu être très caricaturale mais ce n’est pas du tout le cas. Certes, son personnage est dépressif. Il ne cause pas non plus beaucoup. Cela dit, dans des détails, il apporte de l’émotion et de la vérité à ce personnage sans jamais en faire des caisses. Certes, il s’agit aussi d’un film indépendant. Michelle Williams et Lucas Hedges accompagnent merveilleusement bien leur partenaire (et tous les deux ont mérité leur nomination aux Oscars). Williams apparaît finalement peu mais elle est bouleversante à chacune de ses apparitions. Quant à Hedges (vu dans Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson), il est épatant ! Manchester by the Sea est donc un bouleversant film qui a le mérite de ne pas tomber dans le pathos et surtout qui ne correspond nécessairement à ce qu’on aurait pu attendre suite au synopsis. Il ne correspond justement ni aux standards du cinéma indépendant américain de ces dernières années ni même à ce que Hollywood aime habituellement.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1)

Créée par Daniel Handler et Barry Sonnenfeld

avec Neil Patrick Harris, Patrick Warburton, Malina Weissman, Louis Hynes, K. Todd Freeman, Presley Smith, Will Arnett, Cobie Smulders, Alfre Woodard, Don Johnson, Aasif Mandvi, Joan Cusack, Catherine O’Hara, Tara Strong…

titre original : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events

Aventure, famille, drame. Saison 1. 2017.

lemony

Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents.

Photo Neil Patrick Harris

A l’origine, Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events) est une saga littéraire composée de treize romans écrit par Daniel Handler. Il prit le pseudonyme Lemony Snicket, qui est également le narrateur et même un personnage à part entière du récit. Brad Silberling avait réalisé le long-métrage du même nom avec dans le rôle principal Jim Carrey qui incarne l’odieux comte Olaf. Etaient également au casting Emily Browning, Meryl Streep, Catherine O’Hara, Billy Connolly, Timothy Spall ou encore Jude Law dans le rôle du fameux Snicket. Cette adaptation cinématographique reprenait les trois premiers tomes de la série littéraire : Tout commence mal, Le Laboratoire aux serpents et Ouragan sur le lac. Je n’avais pas encore commencé la lecture des romans de Handler lorsque j’ai découvert il y a maintenant quelques années ce film qui n’a pas rencontré le succès au box-office. Adapter les trois premiers tomes et les réunir dans un film qui ne dure même pas deux heures n’était certainement pas une tâche facile. Pour ma part, j’aime énormément ce long-métrage qui reste selon moi encore trop sous-estimé. Et j’avais envie de connaître la suite des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Le projet d’une série télé était alors logique pour adapter tous les tomes et ne plus laisser les fans des romans (et, dans un sens, également ceux du film) sur leur faim. L’auteur Daniel Handler et le réalisateur Barry Sonnenfeld (Men in Black, La Famille Addams), un temps envisagés pour s’occuper du scénario du film puis écartés, se sont réunis pour rédiger le scénario de la série diffusée sur Netflix, un bon moyen pour s’assurer un certain succès vu à quel point cette plateforme est populaire. Il y aura donc en tout trois saisons (le succès de la première saison confirmant le projet sur le « long » terme) qui regrouperont bien la totalité des tomes. Et j’ai vraiment hâte de voir les deux prochaines saisons. En effet, j’ai adoré cette première saison, composée de huit épisodes (chacun durant une cinquantaine de minutes). On peut même parler de mon côté de coup de coeur.

Photo

Tout est extrêmement plaisant : la mise en scène, l’esthétisme, les personnages, la narration ou encore le ton. Tous ces éléments se complètent merveilleusement pour créer une oeuvre cohérente et ambitieuse. Par rapport aux décors (sombres et loufoques), beaucoup ont comparé la série à du Tim Burton voire même parfois du Wes Anderson. C’est plutôt pertinent mais cela serait réducteur de les limiter à ces comparaisons très flatteuses. Effectivement, les nombreux artifices sautent aux yeux : le monde qu’on nous présente n’a pas l’air réel. Les lieux sont carnavalesques, le comte Olaf est presque à lui seul un décor avec son maquillage volontairement outrancier, comme s’il se trimballait avec du plastique sur sa figure. L’esthétique du long-métrage allait déjà dans ce sens, la série appuie encore plus et assume encore plus cet aspect en question. En clair : tout est une farce. Le comte Olaf, comédien raté qui n’hésite pas à se déguiser pour parvenir à ses fins, est une blague à lui seul. L’esthétisme est cohérente avec le propos de la série : les orphelins Baudelaire ne peuvent pas s’en sortir, même lorsqu’il y a un semblant d’espoir, dans un monde où les adultes sont aveuglés par la bêtise et l’égoïsme. L’esthétisme nous confirme bien que nous sommes dans un conte, à l’origine un genre particulièrement cruel et sombre. On ne nous ment pas : les orphelins Baudelaire vont être pourchassés par Olaf jusqu’au bout. Rien que le fabuleux générique (à voir absolument en version originale), dont les paroles changent pratiquement à chaque épisode en fonction des événements à venir (et interprétées par Neil Patrick Harris qui change de voix – à l’image d’Olaf à chaque fois qu’il interprète un nouveau personnage voulant piéger les Baudelaire) nous prévient et nous déconseille de regarder les épisodes, rien que ça ! L’univers présenté est aussi très cohérent avec la proposition littéraire de Handler : les romans (parce que je m’y suis mise finalement !) eux-mêmes sont bourrés de références culturelles (rien que le nom Baudelaire est assez représentatif). La série va alors dans ce sens.

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Tout en préservant sa cohérence, les différents épisodes n’hésitent pas à combiner différents genres. Ainsi, le théâtre, le cinéma (avec le film muet d’horreur avec des sous-titres importants), la musique (pas étonnant que Neil Patrick Harris – acteur marqué par ses années à Broadway – ait pu être intéressé par la série), voire même le cirque s’allient aussi bien dans l’esthétique que dans les thèmes abordés. Le casting est tout simplement à la hauteur. J’avais peur que Neil Patrick Harris (que j’aime pourtant beaucoup) ne parvienne pas à me faire oublier l’excellente interprétation de Jim Carrey dans le film. Pourtant (pour vous dire le niveau), Harris est juste époustouflant dans le rôle du comte Olaf. Si Jim Carrey appuyait davantage dans son interprétation la bouffonnerie du personnage, Harris rend son personnage plus méchant et insidieux (même si lui aussi a gardé sa théâtralité). Patrick Warburton (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également la très bonne surprise de ce casting. Dans le film, Jude Law « incarnait » un Lemony Snicket restant dans l’ombre, pratiquement une silhouette ayant une voix ténébreuse. Patrick Warburton est bien plus présent : il devient carrément un personnage à part entière et non juste le personnage en plus du casting. Il ne se contente pas d’être une voix-off. L’acteur possède une incroyable présence, du charisme même et son travail vocal est selon moi plus varié (même si j’avais aimé la version de Law du personnage). Cela aurait pu être redondant de voir les différentes scènes coupées et commentées par ce narrateur mais dans l’ensemble cela ne coupe pas le rythme général des épisodes. Cela ajoute même un charme supplémentaire à la série qui joue sans cesse avec des codes que le spectateur pensait connaître. Je ne vais pas commenter tout le casting mais je peux dire la chose suivante : Malina Weissman (Violette) et Louis Hynes (Klaus) sont deux jeunes acteurs prometteurs. On constate alors qu’aucun acteur ne cherche à copier les interprétations présentes dans le long-métrage alors que cela aurait pu être tentant d’établir des comparaisons. Remarquablement bien mise en scène, sombre et loufoque à la fois, cette première saison des Orphelins Baudelaire tient résolument ses promesses. Espérons que la deuxième saison soit dans la même veine !

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Lion

réalisé par Garth Davis

avec Dev Patel, Sunny Pawar, Nicole Kidman, Rooney Mara, David Wenham, Priyanka Bose…

Drame, biopic, aventure américain, australien, britannique. 1h58. 2016.

sortie française : 22 février 2017

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Lion : Photo Dev Patel, Rooney Mara

Nommé six fois aux Oscars dont dans la catégorie « meilleur film », Lion fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Pourtant on pouvait craindre le pire : sur le papier, ce film, très vite comparé à Slumdog Millionaire (il a été nommé aux Oscars, ça se passe en Inde avec tout ce qu’on connait de là-bas, Dev Patel est au casting… bref, tout de suite les raccourcis), pouvait être très lourdingue. On ne va pas se mentir, ce premier long-métrage de Garth Davis (qui a réalisé quatre épisodes de la première saison de Top of the Lake) est assez académique et veut clairement nous tirer quelques larmes (visiblement cela a fonctionné sur certains spectateurs présents dans ma salle). Il a aussi ses quelques défauts. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée (le film m’a même plutôt captivée), il me semble qu’il y a un déséquilibre entre les deux grandes parties, c’est-à-dire entre l’enfance de Saroo en Inde et sa vie à l’âge adulte en Australie. Je précise que je n’ai pas pu chronométrer,  je parle ici de ressenti, à me confirmer alors concernant cette organisation temporelle. J’ai eu l’impression que la première partie prenait bien son temps (ce qui est souvent justifié vu que beaucoup d’éléments seront repris pour l’enquête personnelle du personnage principal) tandis que la seconde (qui se déroule pourtant bien sur plusieurs années) m’a semblé un peu trop rapide par rapport à ce contenu. Cela dit, je ne vais pas non plus cracher sur ce film. Oui, il veut émouvoir ses spectateurs et même s’il n’est pas toujours subtil de ce côté-là (notamment avec les images d’archive avec le véritable Saroo et ses familles – même si je trouve ça choupi aussi), l’émotion est tout de même bien présente (non, je n’ai pas pleuré mais le film ne m’a pas laissée indifférente, loin de là). Lion est tiré de l’histoire vraie de Saroo Brierley, ce dernier l’ayant relatée dans son ouvrage Je voulais retrouver ma mère (A Long Way Home) publié en 2013. Cet aspect biographique ajoute aussi certainement à l’émotion voire même à ce côté tire-larmes facilement reprochable. Cela dit, on a quand même envie de dire : quelle histoire ! Je ne suis pas étonné qu’elle ait pu séduire Hollywood. Même s’il y a selon moi quelques déséquilibres, le scénario adapté par l’auteur australien Luke Davies (son nom ne vous dira peut-être rien mais un de ses romans, Candy, avec Heath Ledger et Abbie Cornish, avait été adapté au cinéma en 2006) retrace bien une histoire passionnante qui interroge sur la question des liens familiaux et qui met aussi en avant une triste réalité en Inde (même s’il ne s’agit pas non plus d’un scoop mais c’est tout de même bien d’en parler).

Lion : Photo Abhishek Bharate, Sunny Pawar

La mise en scène m’a agréablement surprise : elle est assez intéressante surtout dans le cadre d’une production assez « académique » et en plus il s’agit d’un premier long-métrage. Garth Davis parvient à saisir cette Inde trop grande pour un petit garçon, et hélas très pauvre, avec tout ce qui suit derrière (notamment la traite des enfants). J’avais peur qu’on tombe dans le misérabilisme, je dirais juste que Davis filmer ce pays sans concession. Et certaines scènes font mine de rien leur petit effet, on a parfois froid dans le dos. Ce travail de mise en scène également cohérent avec le très beau travail esthétique. Certes, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une sorte de grande pub pour Google Earth mais ce choix de photographie qui valorise très bien les espaces et aussi l’idée d’un voyage, qu’il soit géographique ou plus « métaphorique » : un voyage avec les souvenirs permettant de revenir aux sources. Ce plein de couleurs vives est logique pour filmer l’Inde et plus généralement le voyage. Je crois aussi que ce choix permet de créer une sorte de bulle pour le personnage principal face à ses souvenirs dans ce récit terriblement vrai. Dev Patel, récompensé par un BAFTA du meilleur acteur second rôle et nommé aux Oscars (et j’aurais préféré qu’il le remporte face au lauréat de Moonlight), est excellent dans le rôle de Saroo adulte. Il est à la fois si solaire et désespéré, il transmet beaucoup de sentiments et de questionnements d’une scène à l’autre; surtout, il parvient à exprimer son état obsessionnel. Le petit Sunny Pawar (Saroo enfant) porte bien son prénom : ce gamin est vraiment lumineux et naturel ! Malgré sa choucroute orange indescriptible et son Botox qui a massacré son visage (si joli autrefois), Nicole Kidman livre également une très bonne performance. Son personnage est déjà d’une grande humanité et son interprétation permet aussi de révéler ses faiblesses et blessures. Je regrette juste qu’on ne voit pas suffisamment le toujours aussi bon David Wenham et surtout la fascinante Rooney Mara. Pour conclure, Lion aurait pu être plombé par certains défauts, il est certain qu’il n’est pas parfait. Il remplit tout de même pour moi ses charges, en abordant avec aisance certains thèmes (les liens familiaux, la question des origines et de l’identité pour se construire, le rôle du numérique qui a son utilité ou encore les conséquences de la pauvreté, capable aussi de détruire une famille). Il aurait pu être superficiel mais il évite de tomber dans ce piège. Larmoyant, il l’est peut-être. Il reste tout de même émouvant grâce à une histoire finalement bien racontée. Bref, le film n’a rien de révolutionnaire mais pourtant je l’ai trouvé à sa manière assez bon.

Lion : Photo Nicole Kidman, Sunny Pawar

Sing Street

réalisé par John Carney

avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Maria Doyle Kennedy, Aidan Gillen, Kelly Thornton, Mark McKenna, Conor Hamilton…

Comédie, film musical irlandais, britannique, américain. 1h46. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

singstreet

Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant  « Top of the Pops » est incontournable.

Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter.

Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir,  il lui propose de jouer dans son futur clip.

Sing Street : Photo Ben Carolan, Conor Hamilton, Ferdia Walsh-Peelo, Karl Rice, Mark McKenna

L’ex-bassiste des Frames John Carney a réussi sa reconversion, celle de réalisateur. Son premier long-métrage Once (Oscar de la meilleure chanson) est une merveille filmée avec les moyens du bord (et je dois même vous dire qu’il fait partie de mes films de chevet), son second New York Melody m’a également enchantée. Sing Street est une vraie réussite qui semble avoir enchanté de nombreux festivals, notamment en repartant avec le Hitchcock d’or au festival britannique de Dinard. Sing Street est dans le film le nom de groupe fictif crée par le jeune Conor dans le but de pouvoir séduire la belle Raphina. C’est aussi une référence à Synge Street, là où sont scolarisés les personnages (et peut-être Carney ?). Sur l’affiche, vous verrez toute une série de groupes méga connus qui participent à la bande originale : les Clash, Motörhead, Duran Duran, The Jam ou encore The Cure (et on a aussi en bonus la participation d’Adam Levine, qui pourrait de nouveau être nommé aux Oscars après New York Melody). Tout le monde aime les bonnes BO (et celle-là, je l’aime déjà énormément !) mais parfois on a l’impression d’assister à la playlist idéale du réalisateur ou que c’est un moyen de rendre le film plus cool tout en camouflant les défauts. Heureusement, ce n’est pas le cas ici. Les chansons trouvent intelligemment leur place au sein de l’histoire. A chaque fois, elles sont liées à l’évolution (musicale ou émotionnelle) de Conor. Surtout, les chansons connues laissent petit à petit place à celles du fameux groupe fictif. Et c’est ça qui est génial dans ce film : on croit en ce groupe, on a envie de voir cette bande de petits jeunes réussir. Sing Street est donc un film entraînant, léger, qui livre un message positif : faites tout pour vivre vos rêves, vivez votre passion. Rien de bien nouveau mais ça passe tout de même plus que bien. Mais le long-métrage musical ne se limite pas à ce thème qui aurait pu rendre l’ensemble lisse et naïf. John Carney signe ici un film plus profond, intime et même un peu autobiographique que d’habitude. En arrière-fond, il évoque la situation économique et sociale de l’Irlande dans les années 1980 : les jeunes s’en allaient en Angleterre (c’est notamment le rêve de la jeune Raphina) et le divorce n’était pas toujours pas autorisé (l’Irlande a dû attendre 1996 pour pouvoir divorcer – il s’agit du dernier pays européen à avoir légaliser le divorce !).

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La musique est donc évidemment un moyen de s’évader (je pense notamment à quelques scènes fantasmées) et littéralement donne envie de s’évader. A travers ce thème de l’évasion, de l’immigration même pour réussir, on peut évidemment penser à l’histoire plus globale de l’Irlande qui a toujours été exposée au voyage pour pouvoir réussir. La dédicace finale « à tous les frères du monde entier » – même si on peut la prendre à un premier degré (avec la relation entre Conor et Brendan, forcément déterminante dans les choix des personnages) – est selon moi un clin d’oeil à cette part historique qui n’a jamais totalement quitté les Irlandais avec le temps. Sing Street est donc un vrai bon feel-good movie (et pour une fois on n’utilise pas ici ce terme comme on le fait souvent à tort et à travers) drôle, touchant et attachant à la fois. Il est bien écrit (mêlant avec habilité divertissement et profondeur) et très bien rythmé (et pas uniquement grâce à la musique, notamment co-composée par Carney himself). Même s’il n’a que trois films à son actif, j’ai toujours aimé l’univers de Carney qui renouvelle pour moi les films musicaux grâce à sa propre expérience de musicien et je dois en plus constater qu’il a fait des progrès en terme de mise en scène (même si ça ne parait pas non plus « ouf » mais ça me paraît plus soigné de ce côté-là). Côté interprétation, Sing Street est également à la hauteur. Le film est porté pour la plupart du temps par des comédiens non connus (qui sont dans la vie musiciens). Dans le rôle principal, Ferdia Walsh-Peelo est totalement crédible en ado de 15 ans rêveur et passionné. La jeune Lucy Boynton est certainement une des révélations du film (retenez bien son nom car elle semble déjà avoir un planning chargé !). Elle parvient bien à montrer cette apparente confiance en elle tout en dévoilant petit à petit son naturel et sa sensibilité (à noter que son look vestimentaire évolue au fil de ses émotions). On retrouve également quelques têtes connues, notamment Aidan Gillen et Maria Doyle Kennedy, qui incarnent les parents de Conor (au bord du divorce). Enfin, difficile de passer à côté de l’excellente performance de Jack Reynor (qui a remporté le Irish Film & Television Award – le second de sa carrière), qu’on a notamment pu voir récemment dans What Richard Did (de Lenny Abrahamson), Transformers : L’âge de l’extinction (de Michael Bay) ou encore Macbeth de Justin Kurzel. Il est à la fois drôle et émouvant en grand frère glandeur bienveillant qui donne des conseils, passé à côté de sa vocation et de ses rêves. Je suis sûre qu’on n’a pas fini d’entendre parler de lui !

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Captain Fantastic

réalisé par Matt Ross

avec Viggo Mortensen, George Mackay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Shree Crooks, Charlie Shotwell, Frank Langella, Ann Dowd, Kathryn Hahn, Steve Zahn, Missi Pyle, Trin Miller, Erin Moriarty…

Comédie dramatique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 12 octobre 2016

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Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes.
Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Captain Fantastic : Photo Annalise Basso, Charlie Shotwell, George Mackay, Nicholas Hamilton, Samantha Isler

Captain Fantastic est le film indépendant américain du moment (et même de l’année ?) à regarder qui semble plaire à un grand nombre de festivaliers. En effet, il a remporté, dans la section « Un Certain Regard », le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes ou encore les prix du jury et du public de la ville au festival de Deauville. Derrière la caméra on retrouve un certain Matt Ross qui signe ici son deuxième long-métrage (le premier étant 28 Hotel Rooms). Son nom ne vous dira peut-être rien, pourtant il s’agit à l’origine d’un acteur qu’on a pu déjà voir, notamment dans les séries American Horror Story (il jouait le rôle du docteur Montgomery) et Silicon Valley ou encore dans les films Aviator de Martin Scorsese et American Psycho de Mary Harron. Pour Captain Fantastic, il s’est parfois inspiré de son propre vécu, sa mère s’intéressant à d’autres modes éducatifs, notamment en vivant en communauté loin d’un environnement déjà influencé par la technologie. Le Captain Fantastic du titre, qui est incarné par Viggo Mortensen, c’est ce père de famille, récemment veuf (sa femme ayant des troubles mentaux s’est donnée la mort), qui élève ses six enfants loin du capitalisme, en habitant dans la forêt. Les enfants ne vont évidemment pas à l’école mais Ben Cash veille à ce qu’ils soient instruits. Bref, dit comme ça, même si on observe évidemment un mode de vie différent voire même marginal, sans dire qu’il s’agit du monde des Bisounours (les premières scènes permettent d’insérer les failles de ce mode de vie en question), au début on est émerveillé voire même admiratif de voir un type appliquant ses rêves voire même ses fantasmes, transmettre des valeurs saines à ses gosses bien élevés et mignons comme tout. Mais heureusement le film ne crie pas sur tous les toits pendant deux heures à quel point Ben est un père fantastique, contrairement à ce que le titre laisse présager. Certes, le réalisateur a envie de soutenir la vision idéaliste de Ben (et il ne s’en cache pas), ça se ressent. Mais le portrait de Ben est très ambigu, on ne peut pas s’empêcher de le remettre en question, lui-même (par le décès de sa femme et de tout ce qui va avec, c’est-à-dire en retournant pour quelques jours dans le monde capitaliste qu’il déteste tant) se remet en question.

Captain Fantastic : Photo Annalise Basso, Charlie Shotwell, George Mackay, Nicholas Hamilton, Samantha Isler

La rencontre entre les deux mondes crée évidemment des situations drôles comme on s’attend (et on n’est pas déçus !) mais est un très bon moyen de livrer des réflexions pertinentes sur les deux camps sur des questions très actuelles. En effet, même si on vit dans une société de consommation dans laquelle on a du mal à s’en défaire, il existe de plus en plus des petits groupes d’individus luttant chacun à leur manière contre ce système. Ces groupes utopistes peuvent-ils réellement exister sans tomber dans l’extrémisme (c’est-à-dire en ne faisant aucune concession sur quoique ce soit) ? Notre mode de vie capitaliste, qui fait en quelque sorte partie de la norme, n’est-il pas aussi en lui-même tombé dans une sorte d’extrémité (violence qui passe notamment par l’abrutissement aux jeux vidéos, manque d’intérêt pour la culture, surconsommation et dépendance de produits, obésité qui n’est que la conséquence de tout ça, et j’en passe ?) ? Ces deux mondes doivent-ils absolument être séparés (et donc ennemis, à l’image de la relation entre Ben et son beau-père) ou au contraire ne peuvent-ils cohabiter en trouvant un juste milieu ? Au-delà de poser des questions sur notre société, effrayante pour différentes raisons mais paradoxalement un minimum nécessaire si on veut conserver un certain lien social, Matt Ross a su interroger sur un autre sujet actuel : l’éducation. Lorsqu’on souhaite le meilleur pour ses enfants, ne réalise-t-on pas quelque part une sorte de fantasme « pervers » (je pense que la scène avec le bouquin Lolita de Nabokov à analyser n’est pas anodine) en pensant finalement avant à soi ? Il est d’ailleurs aussi intéressant, via certains enfants de la famille, que ce mode de vie ne peut pas correspondre à tout le monde. Ben n’a donc rien d’un père parfait, il est ambigu, il y a des choses qu’on peut pointer dans l’éducation de ses enfants, même à l’origine certaines de ses choses sont très saines : Ben s’adresse à ses enfants de la même manière, sans adapter son langage en fonction de leur âge (son langage cru et franc a parfois du bon mais trouve donc aussi ses limites), qu’ils donner du vin alors que certains sont vraiment trop jeunes pour en boire, les initie aux armes blanches (mais vraiment tous les gosses, comme la petite Hit-Girl dans Kick-Ass !).

Captain Fantastic : Photo Annalise Basso, Shree Crooks, Viggo Mortensen

Captain Fantastic présente un monde utopique présenté sous différentes formes (notamment d’un point de vue esthétique, visant quelque chose de lumineux et printanier, comme si on avait atterri dans un autre univers), il a envie de défendre des personnes ayant des convictions et tentant de les appliquer dans son quotidien (et d’ailleurs on ne se pose jamais la question si c’est crédible ou non : on croit nous-mêmes en ce mode de vie qui présente évidemment ses limites). Même s’il s’agit d’une belle ode à la différence et à l’ouverture d’esprit, le discours lui-même ne va pas uniquement dans un sens, il n’a rien de sectaire ou d’illuminé. Je dirais en fait qu’il reste à la fois utopiste et sensé. Finalement, il est à l’image des interrogations dont nous avons parlé plus haut : tout est une question de juste milieu. L’ensemble est donc à la fois lumineux, pertinent, bien rythmé, souvent drôle mais aussi très émouvant. Viggo Mortensen trouve l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Il est absolument fantastique dans le rôle de ce père anti-capitaliste parvenant à s’interroger sur son mode de vie. Il sent qu’il a bien saisi les enjeux et la complexité de son personnage. Les six acteurs incarnant les enfants Cash sont également excellents. On croit totalement à cette fratrie et on voit pratiquement une ressemblance (sur tous les points) avec Ben. Surtout ils possèdent tous une personnalité, ce n’est pas uniquement un groupe de gosses comme on peut parfois le voir dans les films. Enfin, les seconds rôles (Frank Langella, Katherine Hahn, Steve Zahn, Missi Pyle) sont également très bons. Ils ont beau représenter le point de vue adverse voire même ennemi de celui de Ben et sa famille, je trouve qu’ils réussissent tous à ne pas tomber dans la caricature dans le sens où on comprend aussi pourquoi ils valent défendre leur norme. Captain Fantastic est donc plus qu’un excellent feel-good movie. Sans être moralisateur, parvenant à maîtriser ses nombreux paradoxes montrant ainsi sa complexité, il s’agit d’un film d’une grande humanité, qui donne envie de se remettre en question et de retrouver un lien, sans dérangement, avec la nature et l’aventure.

Captain Fantastic : Photo Shree Crooks, Viggo Mortensen

Sisters

réalisé par Jason Moore

avec Amy Poehler, Tina Fey, Maya Rudolph, Ike Barinholtz, James Brolin, Dianne Wiest, John Cena, John Leguizamo, Greta Lee, Madison Davenport, Kate McKinnon…

Comédie américaine. 2h. 2015.

sortie française : 11 mai 2016

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Deux sœurs sont de retour chez leurs parents pour débarrasser leur ancienne chambre d’enfant avant que la maison familiale ne soit vendue. Dans l’espoir de revivre pour une nuit leurs années de gloire passées, elles organisent une soirée « de jeunes » avec leurs anciens camarades de lycée qui tourne rapidement en fiesta délirante et salutaire pour cette bande d’adolescents attardés.

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Tina Fey est la créatrice (et actrice aussi) des séries phares 30 Rock et Unbreakable Kimmy SchmidtAmy Poehler elle est à la tête de Parks and Recreation. Toutes les deux sont capables de faire des merveilles, que ce soit au sein du Saturday Night Live ou à la présentation de la cérémonie des Golden Globes. Il était déjà arrivé de voir Fey et Poehler au sein d’un même film mais jamais elles n’avaient formé de duo ensemble au cinéma dans les rôles principaux. Je comprends donc leur envie de se réunir et il faut avouer que ça avait de la gueule sur le papier. Puis, après avoir vu Sisters, on se dit que c’était la pire des idées. Je me demande pourquoi elles se sont foutues dans un tel merdier qui détruit toute leur bonne réputation et tout le travail qu’elles ont fourni jusqu’à présent. Pire, elles font même partie de la liste des producteurs ! Derrière la caméra, on retrouve Jason Moore, qui avait signé le sympathique mais surestimé Pitch Perfect et au scénario Paula Pell, qu’on a déjà vue dans des petits rôles notamment dans les deux séries des stars de ce film. Comment est-on arrivé à une vraie cata ? Beaucoup d’erreurs se sont accumulées jusqu’à ce qu’on ait droit à un machin (j’ose même pas nommer ça un film) indigeste. Je précise que je suis pourtant tolérante avec des comédies qui ne volent pas toujours haut, le principal étant que je me marre. Le problème ici est qu’il s’agit d’une comédie qui ne fait pas rire. Bref, pourquoi justement ce film n’est-il pas drôle ? Dès les premières minutes (et hélas ça se poursuit jusqu’aux dernières), des clichés gros comme des camions. Je veux bien accepter des clichés, qui peuvent même devenir un moteur dans les comédies mais là il y en a tellement que très rapidement on n’a même pas envie de croire à l’histoire qu’on nous propose. En clair, encore une éternelle opposition entre deux frangines (ooh surprise) de quarante balais frustrées : une est une infirmière divorcée coincée mais comme on dit chez moi, elle est brave, la seconde est une mère célibataire superficielle pas foutue de garder un emploi. Bref, leur vie est un bordel et décident d’en ajouter davantage suite à, diable, terrible annonce : leurs parents ont décidé de vendre la maison qui ont marqué leur enfance. « Tiens, si on décidait de foutre le bordel en organisant une fête comme des ados attardés alors qu’on a 40 piges et que c’est un peu pathétique de faire ça ? ».

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Je sais qu’il y a beaucoup de films déjà faits autour de ce sujet, c’est-à-dire des adultes qui ont une vie chiante qui décident de redevenir le temps d’un instant de redevenir des ados (nostalgiiiiieeeee qui me gave déjà bien à l’origine) et en général ce n’est pas très fin. Mais il y a eu quelques réussites. Là non seulement on est dans une situation qui nous paraît d’emblée bidon mais les éléments grossiers s’accumulent dans tous les sens du terme. On n’est pas simplement dans la bonne vieille histoire d’une nostalgie « oooh je veux revivre ma jeunesse ». Non, là ça se transforme en Projet X ! Et ça devient carrément LOURDINGUE (et en plus, qu’est-ce que le film est looong) ! Il n’y a que des vannes autant pourries (et vulgaires) les unes que les autres sur le sexe et la drogue, une accumulation improbable de problèmes (je veux bien croire que les films ne représentent pas la réalité mais là ça finit par piquer les yeux), le scénario n’ayant en fait strictement rien à raconter. Mais face à tout ça, on a droit à une fin hyper moralisatrice qui dégueule bien comme il le faut. C’est d’autant plus décevant quand on avait l’impression que Tina Fey et Amy Poehler qui, certes ne sont pas responsables directement de ce carnage complètement creux mais qui l’ont bien cautionné, auraient pu se foutre facilement de la gueule de ce genre de production. Les deux copines ne sont d’ailleurs pas au mieux de leur forme. Poehler fait le job. Quant à Fey, si au début elle passe à peu près dans cette caricature de dinde, elle devient vite insupportable en montrant certaines limites. Les rôles secondaires ne s’en sortent d’ailleurs pas mieux. Le pire, au fond, c’est que ça me fait de la peine de ne pas avoir aimer grand-chose dans ce « film » creux, sans intérêt, pas foutu de développer ses thèmes (notamment autour de la fameuse relation entre les soeurs !) parce que j’ai malgré tout toujours beaucoup d’affection pour Tina Fey et Amy Poehler qui sont capables d’être talentueuses et de participer à de bien meilleurs projets.

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Musarañas

réalisé par Juanfer Andrés et Esteban Roel

avec Macarena Gomez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar, Carolina Bang…

Thriller, épouvante-horreur espagnol français. 1h30. 2014.

sortie française (dvd) : 6 avril 2016

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Deux sœurs, dans l’Espagne d’après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

Shrew's Nest : Photo Macarena Gómez

J’ai découvert l’existence de Musarañas complètement par hasard dans le dernier Mad Movies simplement à travers une publicité qui mettait en avant le nom du talentueux et déjanté Alex de la Iglesia en tant que producteur (sa femme, l’actrice Carolina Bang, a également co-produit ce film dans lequel elle apparaît le temps de quelques scènes). En fouillant sur le Net, je me suis aperçue que j’avais déjà entendu parler de ce film mais sous un autre nom : Shrew’s Nest. J’avais notamment perçu une affiche avec ce nom anglais qui me rappelait trop les daubes et films moyens d’horreur dont on voit trop souvent sur le marché. Je n’avais même pas capté que le film n’avait rien d’américain malgré le nom des acteurs dessus ! Bref, ce film a remporté aux Goya (les César espagnols) le prix des meilleurs maquillage et coiffure et a reçu également deux nominations dans les catégories « meilleure actrice » pour Macarena Gomez (qu’on a pu voir dans le surprenant Les Sorcières de Zugarramurdi) ainsi que « meilleur premier film ». Je regrette vraiment que ce film sorte en France directement en dvd. Encore une fois, c’est le genre de sortie qui est regrettable. J’ai également consulté les notes sur Allocine et Imdb assez moyennes ce qui m’a étonnée. Pour ma part, il s’agit pratiquement d’un coup de coeur. Je suis entrée directement dans le film et je ne me suis jamais ennuyée. En clair, j’étais réellement plongée dans l’histoire présentée rapidement dans un huis-clos. Le film s’ouvre rapidement alors sur l’enfance de deux soeurs, l’une (dont on ne connaît pas le prénom, à l’image du secret au coeur du film) serait à l’origine de la mort de la mère lorsque cette dernière l’a mise au monde, l’autre a donc plus que jouer les rôles de grande soeur. A l’âge adulte, on découvre la grande soeur (Montse) très pieuse, qui a l’air plus vieille qu’elle n’en a l’air (merci aux maquilleurs d’avoir accentué les traits particuliers de Macarena Gomez afin de l’enlaidir et la rendre plus effrayante) et surtout est très malade : elle ne peut pas sortir de chez elle. Elle a aussi tendance à voir son père dans son imagination, disparu durant la guerre. Le huis-clos s’installe rapidement, on comprend rapidement que l’intrigue va se dérouler dans ce lieu austère en présence de cette femme qui n’a pas l’air saine d’esprit et qui n’hésite pas à lever la main sur sa petite soeur, qui vient d’avoir 18 ans, si elle fait quelque chose qui ne plairait pas à Dieu. S’ajoute alors la présence du voisin du haut, qui garde aussi un secret expliquant la fuite qu’il comptait prendre, tombé méchamment dans les escaliers et qui trouve donc refuge au domicile des deux soeurs.

Shrew's Nest : Photo

Peu de personnages avec une connexion assez simple (soeur, voisin), un seul lieu, des éléments sombres : a priori, rien d’extraordinaire, pourtant la simplicité peut aussi être d’une grande efficacité. Personnellement, c’est d’abord ce constat qui m’a beaucoup plu dans ce film. L’idée ne marche uniquement pas sur le papier, le résultat se ressent à l’écran. On sait que le danger peut arriver à n’importe quel moment à cause de Montse, une femme perturbée dont on connait les réactions (même si on n’irait pas à la soupçonner d’actes plus affreux) et qui pourtant malgré sa folie reste attachante. Le terme est peut-être fort, peut-être pas le plus approprié mais pourtant justement lorsqu’on nous dévoile les raisons de sa folie, on finit par voir en elle une humaine qui n’est qu’une victime de la folie d’autrui, le tout mêlé au contexte de l’époque dans lequel la femme avait des droits réduits (le personnage incarné par Silva, qui peut sembler un peu plus anodin à côté, apporte selon moi, un commentaire complémentaire à la place de la femme en Espagne dans les années 50). Personnellement j’avais compris au bout d’un moment le fameux secret de Montse (l’introduction et certaines répliques étant de précieux indices), j’avais beau le savoir au fond de moi avant qu’on nous le dise officiellement, ça ne m’a pas gâchée le plaisir de voir tout simplement la folie éclater dans un unique lieu, difficile à échapper alors qu’il y a des voisins à côté qui pourraient intervenir. Après, c’est vrai qu’on pourra penser à Misery mais honnêtement la possible référence ne m’a pas gênée étant donné que j’étais captivée par le film. La qualité de la mise en scène, précise, et du scénario, crédible et cohérent, a rapidement pris le dessus dans mon appréciation. De plus, on sent aussi l’influence d’Alex de la Iglesia : le tout aurait pu être « banal », on retrouve un grain de folie (littéralement) bienvenu, présent dans des scènes sanglantes à la fois violentes et drôles, le tout apporte beaucoup à l’action. Je n’ai pas trouvé cet aspect  gratuit car les réalisateurs ont su trouver un juste équilibre (justement, le reproche qu’on peut faire à Iglesia est parfois d’en faire trop et de nous fatiguer – et je suis pourtant très cliente de son cinéma). Si on parle de huis clos, on est systématiquement obligé d’évoquer la manière de gérer l’espace et même le temps. Les deux réalisateurs (il faut rappeler qu’il s’agit de leur premier long-métrage) gèrent ces notions à la fois avec élégance, pertinence et crédibilité. L’appartement devient même pratiquement un nouveau personnage à part. Esthétiquement, l’ensemble est également réussi : c’est classique et austère mais encore une fois, le soin apporté ne fait pas tomber le film dans le too much.

Shrew's Nest : Photo Hugo Silva, Nadia de Santiago

Macarena Gomez est formidable dans le rôle de Montse. Il n’y a pas que son allure sombre qui montre la folie de son personnage : sa manière de s’exprimer et ses expressions contribuent énormément à la construction de son identité. Certains diront que sa performance est démonstrative mais je ne partage pas son avis étant donné que l’actrice, qui a une gueule unique, parvient à retranscrire une palette d’émotions à son personnage. De plus, comme je le disais plus haut, son personnage a suffisamment de consistance psychologique pour que son interprète ne tombe pas dans la gesticulation gratuite. Nadia de Santiago est également une bonne surprise, surtout quand on est face à une interprétation aussi forte que celle de Gomez. Elle a beau incarner la douceur, l’innocence et la raison, ni son personnage ni son interprétation ne se font écraser par sa partenaire. Je dirais même qu’il y a une formidable complémentarité entre les personnages des deux soeurs (malgré leur opposition), renforcée par les performances de Gomez et Santiago. Les hommes du casting sont moins mis en avant mais restent néanmoins bons, confirmant ainsi la cohérence de ce petit casting (en nombre, pas en ce qui concerne le talent). Hugo Silva (qu’on voit de plus en plus dans d’audacieux films espagnols) est convaincant dans un rôle plus ambigu qu’il en a l’air et encore une fois, l’écriture de son personnage, pourtant secondaire, est intéressante. Enfin, même si on le voit peu, à travers des apparitions fantomatiques, Luis Tosar (certainement l’acteur du casting le plus connu du film) est très bon et se sert de nouveau bien de son allure sombre et énigmatique.

Shrew's Nest : Photo

The Wig

réalisé par Won Shin-yeon

avec Chae Min-seo, Sa Hyeon-jin, Seon Yu…

Film d’épouvante-horreur, fantastique coréen. 1h46. 2005.

sortie française (dvd) : 3 novembre 2009

Movie Challenge 2016 : Un film d’horreur

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Ji-hyun et Su-hyun sont soeurs et partagent une existence harmonieuse et paisible. Lorsque Su-hyun perd ses cheveux à la suite d’une chimiothérapie, sa soeur lui offre une magnifique perruque et Su-hyun retrouve beauté et confiance en elle. Cette métamorphose s’accompagne néanmoins d’une série d’événements tragiques et violents. Terrifiée, Ji-hyun assiste à la lente transformation de sa soeur, sous l’effet d’une force diabolique et inconnue…

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The Wig date de 2006 mais est sorti directement en dvd en France en… 2009 ! Encore une fois, sans dire qu’il s’agit du film du siècle, ce sort est selon moi très vache. The Wig, qui signifie alors « La Perruque » (vous imaginez si on appelait l’actrice Kristen Wiig, « Christine Perruuque » ? ok, je sors…), a un pitch hyper alléchant : une fille atteinte d’un cancer incurable (mais qui pense qu’elle va guérir, sa soeur lui cachant la vérité) se fait offrir une perruque de la part de sa soeur pour qu’elle puisse se sentir mieux psychologiquement. Sauf que la perruque rend la jeune malade mieux physiquement, plus confiante aussi au point de devenir de plus en plus cruelle. De plus, des événements étranges et dangereux se produisent. Bref, je sais que sur le papier, ça a l’air con de parler d’une méchante perruque (peut-être que c’est un film pour Nabilla ? Ok, je re-sors…). Mais je vous assure que le synopsis me donnait vraiment envie et j’avais confiance en ce film étant donné que j’aime beaucoup le cinéma coréen. Le long-métrage part d’ailleurs plutôt bien : on entre tout de suite dans le vif du sujet et en même temps on voit l’évolution de Su-hyun (donc la jeune fille avec la perruque, elle a tout de même un p’tit nom) qui est sous emprise de cette magnifique chevelure. On sent aussi se mettre en place quelques réflexions autour des relations entre soeurs, des choses que l’on peut entreprendre pour quelqu’un de sa famille, du rôle des cheveux, symbole de féminité qui peut permettre à une femme de se sentir plus belle, mieux dans son corps et par conséquent dans sa tête et comment ce sentiment à l’origine positif peut se transformer en quelque chose de profondément négatif. Cela dit, il me semble tout de même que ces réflexions auraient pu être encore plus poussées. C’est dommage car il y avait derrière un véritable potentiel pour en faire un film, pourtant pas mal, davantage plus intéressant et profond. Si l’écriture manque peut-être un peu de piquant, la mise en scène, sans être spectaculaire, reste intéressante et tente en tout cas des choses pour donner plus d’intensité au film. Certes, rien de révolutionnaire mais il y a tout de même un travail remarquable notamment dans l’utilisation des miroirs et plus généralement autour de la réversibilité. Esthétiquement, le travail reste soigné sans que ce soit tape-à-l’oeil.

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Je ne sais pas si je suis quelqu’un de très fiable pour vous dire si ce film est effrayant ou non. Une mouche est capable de m’effrayer ! Mais j’ai tout de même trouvé l’ambiance très sombre, je flippais un peu pour un rien ! Je sais que certains (je pense notamment à des spectateurs davantage habitués au cinéma d’horreur et fantastique) ne vont pas sursauter étant habitués à ce genre de films asiatiques qui mettent en scène des filles pas hyper sympathiques qui ont de loooongs cheveux raides noirs. Il faut avouer qu’on pense d’ailleurs à certains grands films fantastiques et d’horreur asiatiques comme Ring ou The Grudge, à part que The Wig n’a pas ce statut culte malgré son potentiel et des choses plaisantes à cause d’un élément : la fameuse « perruque » du titre justement. Sur le papier, je trouvais cette histoire de perruque effrayante (je me rends compte de l’absurdité du sujet en écrivant cette critique) mais sur écran, même si encore une fois, je trouve que certaines scènes parviennent à faire peur, la perruque en elle-même n’est pas réussie, j’en ai même parfois ri malgré tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au sketch de French & Saunders qui parodiaient un clip d’Alanis Morissette dans lequel on voit sa foufoune se barrer de son corps. Ca fait perdre forcément de la crédibilité à l’histoire ainsi qu’à l’atmosphère qui fonctionne pourtant. De plus, alors que j’ai trouvé l’histoire assez intéressante (dans le sens où je l’ai volontiers suivie), la fin, qui révèle alors le comment du pourquoi, m’a assez déçue. Sans la révéler, j’ai trouvé que les explications arrivaient comme un cheveu sur la soupe (oui, je n’ai pas pu m’empêcher de placer cette expression pour la vanne, mouahahaha). Il n’y a rien qui pouvait nous permettre d’arriver à une telle conclusion, du coup ça paraît un peu tiré par les cheveux (désolée pour la récidive !) et j’ai un peu de mal à voir comment les « thèmes » présents au cours de ces révélations se rattachent avec les autres thèmes que j’ai pu citer auparavant. Pour conclure, The Wig est un film qui a réussi à m’effrayer par moments et qui reste intéressant malgré quelques défauts.

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Little Miss Sunshine

réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

avec Abigail Breslin, Greg Kinnear, Toni Collette, Steve Carell, Paul Dano, Alan Arkin, Bryan Cranston, Mary Lynn Rajskub…

Comédie américaine. 1h40. 2006.

sortie française : 6 septembre 2006

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu quand j’étais (plus) jeune

Le ciné-club de Potzina : le road-trip

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L’histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son « Parcours vers le succès en 9 étapes ». La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après avoir été congédié par son amant.Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu’à son entrée à l’Air Force Academy.Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l’Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus…

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Jonathan Dayton, Paul Dano, Valerie Faris

Cela faisait un moment que j’avais envie de participer au ciné-club de Potzina, c’est chose faite ! Lorsqu’elle a proposé un film en rapport avec le thème du « road trip », j’ai tout de suite pensé à Little Miss Sunshine (je sais pourtant qu’il y a un paquet de films – et des bons – qui auraient pu entrer dans cette catégorie). Ce film a au fond maintenant quelque chose d’énervant (je ne dis pas ça méchamment, en tout cas, pas contre lui) même si cette chose montre bien son succès et son influence : on a vu par la suite un peu trop de films indépendants américains qui se revendiquaient d’être dans la même veine et qui prétendent reprendre la même recette à part qu’elles finissent par toutes se ressembler et n’ont surtout pas le charme, l’audace et la sincérité de Little Miss Sunshine. Au moins, il signe pour moi un tournant dans une certaine partie du cinéma américain, ce qui n’est pas rien en soi. Quand il est sorti, je me rappelle être à aller le voir le jour de sa sortie (j’étais donc jeune, d’où sa place dans le Movie Challenge). Certes, il venait de remporter le Grand Prix de Deauville (qui est un bon festival), les critiques dans la presse étaient bonnes mais il n’y avait pas tout cet engouement autour. Je me rappelle réellement à quel point le bouche-à-oreilles avait été efficace pour faire déplacer les gens dans les salles. Je suis d’ailleurs allée le voir trois fois au cinéma (alors n’imaginez pas le nombre de fois que j’ai pu le regarder chez moi). Le succès de ce film en a donc surpris plus d’un (et a notamment fini par se retrouver par deux Oscars : meilleurs scénario original et second rôle masculin) mais c’était amplement mérité. Le succès n’est pas uniquement lié parce qu’il s’agit d’un feel good movie mais parce qu’il possède de réelles qualités.

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Jonathan Dayton

Little Miss Sunshine est donc une comédie drôle, fraîche, touchante et intelligente sur une famille américaine en crise, chaque membre de la famille Hoover traverse un mauvais passage, personnellement ou/et professionnellement. C’est finalement l’entreprise organisée par la petite Olive et le grand-père (qui s’improvise en coach) qui va permettre à cette famille de se rapprocher et de se retrouver : la victoire ne se trouve donc pas dans le concours de mini-miss mais bien dans ces retrouvailles humaines. Le road-trip en Amérique, qui a une dimension solaire (il y a une domination de la couleur jaune, à l’image du van), est une métaphore ludique sans être appuyée grossièrement sur la vie de famille : il y a des obstacles à contourner, des crevaisons, mais un élan de solidarité peut aider à se reconstruire. Le road-trip en Amérique est aussi un moyen de critiquer une certaine partie de l’Amérique, qui pousse les enfants à ne plus être des enfants justement (le concours de mini-miss est effrayant dans un sens) et à être dans la compétition dans ce qu’il y a de pire. Plus généralement, c’est une Amérique superficielle et consommatrice qui est pointée du doigt, une Amérique paumée qui ne pense plus à la solidarité et qui peut, en quelque sorte, détruire les familles, qui ne communiquent plus entre elles. La famille Hoover et leur van pourri (une abomination pour une famille américaine qui se doit de rouler avec une belle et fonctionnelle voiture) livre littéralement un gros « fuck » à cette partie de l’Amérique pour pouvoir mieux se concentrer sur leurs relations. Little Miss Sunshine ne se contente pas de ses réflexions livrées avec sa justesse et sincérité. La mise en scène est très efficace et énergique, le scénario est également très habile pour aborder son sujet, sans se noyer dans les différents thèmes abordés et en prenant en compte tous les personnages, personne n’est délaissée. L’ensemble, très rythmé, trouve un très bon équilibre entre humour (il s’agit d’ailleurs pour moi d’une de mes comédies préférées !) et émotion (la fin, en particulier, en toute simplicité). Le film a d’ailleurs droit à une série de scènes marquantes (je pense que nous avons notamment tous été très marqués par la scène de strip-tease, je suis toujours écroulée de rire quand je la vois). Je me souviens aussi de la bande-originale, composée par Mychael Danna et DeVotchKa, qui parvient à retranscrire la fraîcheur, la nostalgie et le voyage, trois notions phares dans ce long-métrage !

Little Miss Sunshine : photo Abigail Breslin, Alan Arkin, Greg Kinnear, Jonathan Dayton, Paul Dano

Enfin, le casting est tout simplement parfait, chacun incarne son rôle avec beaucoup de conviction et on sent une véritable complicité entre tous les acteurs, ce qui fait qu’on croit vraiment à la famille qu’ils forment : cela crée davantage d’émotions. Même si elle joue depuis qu’elle est toute petite (on l’avait vue notamment dans Signes de M. Night Shyamalan), la jeune Abigail Breslin, qui avait été nommée aux Oscars pour son interprétation (elle avait été battue par Jennifer Hudson cette année-là) est réellement LE film qui l’a révélée. A juste titre. Elle est vraiment géniale dans ce film. Elle parvient à incarner une petite fille… qui reste une petite fille, loin des candidates qu’elle va affronter durant le concours (d’où le cri d’un spectateur « douteux » dans la salle). Greg Kinnear trouve également un de ses meilleurs rôle en incarnant un père de famille qui a une image lisse de « gagnant » mais finalement a ses faiblesses, et c’est en acceptant ses failles qu’il va pouvoir réellement se surpasser. Comme souvent, Toni Collette est impeccable en mère de famille qui a du caractère et qui sait soutenir les membres de sa famille. Elle a aussi quelque chose de très solaire.  Habitué des rôles comiques, Steve Carell est bluffant en oncle dépressif spécialiste de Proust. On n’a pas l’impression qu’il joue les Tchao Pantin comme on en voit un peu trop souvent au cinéma. Il est tout simplement un très bon acteur qui mérite plus de reconnaissance. Alan Arkin, qui incarne le grand-père toxico, déjanté et sans gêne, a bien mérité son Oscar du meilleur dans un second rôle. Il est drôle mais attachant car on sent son lien fort avec la petite Olive et malgré tout sa sincérité dans des conseils pas si absurdes. Enfin, j’ai été marquée par la performance de Paul Dano (un acteur que je soutiens toujours actuellement) en ado révolté, capable de montrer toute cette colère sans prononcer un mot pendant une bonne partie du film. La scène où il va enfin parler (« Fuuuuuuuuuuckkkk », quelle réplique !) est d’ailleurs mythique ! On notera au passage une sympathique apparition de Bryan Cranston !

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Jack (2015)

réalisé par Edward Berger

avec Ivo Pietzcker, Georg Arms, Luise Heyer…

Drame allemand. 1h43. 2014.

sortie française : 8 avril 2015 (cinéma) / 7 octobre 2015 (dvd)


 

Jack a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées : ambiance triste / beaucoup de films cultes à découvrir.

Evidemment, un immense merci à Diaphana (voici son site) !

 

Jack

Fonceur, tenace et plein de ressources, Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son petit frère Manuel, six ans, et leur mère célibataire aimante, mais totalement immature, Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement va venir bouleverser le quotidien de ce trio. Les services de protection de l’enfance décident alors de retirer la garde des deux garçons à la jeune femme et de placer Jack dans un centre d’hébergement.

Jack : Photo

Jack avait reçu de très bonnes critiques à sa sortie mais face à une forte concurrence, ça avait été très difficile pour moi d’aller le voir et puis pour être honnête, il n’a pas été très bien vendu. Le titre fait vraiment très passe-partout (et rappelle l’affreux film de Francis Ford Coppola) et l’affiche est affreuse au point de rendre ce pauvre môme laid, ce qui n’est pas très sympa et classe de ma part, faut l’avouer. Finalement, cela a été un tort d’avoir raté ce film en salle et j’espère que sa sortie dvd / vod lui sera bénéfique. Certes, sur le papier, on pourrait avoir une impression de déjà-vu : un gamin livré à lui-même dans une grande ville à cause de sa mère incapable de l’élever. On pourra penser à un tas de films, notamment à l’excellent Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda. Ceci dit, malgré des thèmes pas forcément nouveaux, Edward Berger, principalement issu du monde de la télévision, parvient à faire quelque chose de réellement intéressant et à donner sa propre vision (à partir d’un témoignage d’une de ses connaissances) autour de l’irresponsabilité parentale, de la solitude dans les grandes villes, des enfants qui n’arrivent pas à rester des enfants. L’histoire se base alors à partir du point de vue du Jack du titre. La caméra ne quitte pas une seule seconde le garçon. Le réalisateur a décidé de nommer Jack car selon lui, cela fait penser aux pionniers américains. Et il faut avouer que le garçon allemand rappelle un petit aventurier américain (notamment dans les quelques scènes auprès de la nature), on pensera aussi volontiers à Tom Sawyer. J’ai en tout cas tout de suite accroché au personnage, merveilleusement bien interprété par Ivo Pietzcker. Il s’agit de son premier rôle au cinéma mais il est impressionnant, si mature, il semble véritablement comprendre toute la complexité de son personnage. Ce qui nous saute aux yeux est de voir son comportement d’adulte, notamment dans la manière de gérer l’appartement et surtout son petit frère Manuel. Je ne vous parlerais évidemment pas de la fin dans laquelle Jack va prendre une véritable décision d’adulte. On comprend rapidement qu’il joue le rôle d’adulte. En réalité, les rôles sont inversés. Sanna, la mère de Jack et Manuel, est aimante mais elle est incapable de s’occuper d’eux. Elle agit comme une adolescente (physiquement, on comprend rapidement qu’elle les a eus très jeune, peut-être même quand elle est encore encore mineure), a totalement oublié ses responsabilités, ramène n’importe quel mec chez elle, se fait même surprendre par son propre fils en plein acte (sans que cela la dérange plus que ça) et on peut même dire qu’elle est totalement égoïste.

Jack : Photo

Ce qui est alors intéressant, au-delà de l’inversement des rôles qui peut montrer à quel point notre société va mal (certes, ce n’est pas un scoop), c’est de voir ici comment Jack redevient parfois un enfant au contact justement de cette mère qui fuit ses responsabilités. C’est alors cette relation avec sa mère qui rend Jack encore plus attachant et plus complexe. Finalement, même s’il y a une dénonciation évidente des dérives de nos sociétés (notamment dans le fait de voir des adultes qui considèrent Jack comme un adulte lorsqu’ils le voient ou veulent le voir !), on n’est pas totalement dans le drame social comme par exemple dans le même cas que le film d’Emmanuelle Bercot La Tête Haute, en tout cas, ce n’est pas totalement comme ça que je perçois ce film (même si j’ai lu beaucoup de critiques qui faisaient le rapprochement avec l’univers des Dardenne). C’est avant tout un drame qui met en scène un enfant face aux obstacles qui le font grandir trop vite (et l’amour qu’il a pour sa mère en fait partie). Pour reformuler, pour vous livrer mon ressenti, je dirais que la critique sociale est un bon moyen pour parler d’un drame plus individuel. Au-delà d’un portrait réussi de Jack emboîté par une critique sociale pertinente, j’ai beaucoup aimé la mise en scène énergique, qui encore une fois ne perd pas une seule fois son personnage principal. Par conséquent, au-delà d’apprécier encore plus Jack (et aussi le petit Manuel), je trouve que cette mise en scène donne davantage de force à l’ensemble du film. De plus, Edward Berger parvient aussi à présenter Berlin comme une ville effrayante, qui ne se préoccupe pas des individus. Puis, comme dans beaucoup de films avec un arrière-fond social, la mise en scène se colle avec ce qu’il y a de plus proche dans la réalité. Je sais que ce n’est pas forcément la tasse de tout le monde, parfois ça me débecte également, mais la précision de la mise en scène tout comme des cadres permet d’avoir un ensemble agréable à regarder. Le scénario est plutôt simple mais (pour reprendre une bonne vieille formule que j’utilise un peu trop sur ce blog) il est efficace. Le seul reproche qu’on pourrait tout de même lui faire est sa seconde partie, un peu moins captivante en étant un peu plus répétitive. Sinon, il s’agit tout de même pour moi d’un bon film qui a le mérite d’être émouvant sans vouloir à tout prix nous faire pleurer. Finalement, comme ce petit Jack, qui reste digne malgré toutes les épreuves qu’il doit traverser.

Jack : Photo

 

La Reine des Neiges (2013)

réalisé par Chris Buck et Jennifer Lee

avec les voix originales de Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff, Josh Gad, Alan Tudyk, Santino Fontana, Eva Bella, Livvy Stubenrauch…

avec les voix françaises de Emmylou Homs, Anaïs Delva, Donald Reignoux, Dany Boon, Bernard Alane…

titre original : Frozen

Film d’animation américain. 1h42. 2013.

sortie française : 4 décembre 2013

La Reine des neiges

Anna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éternel…  En chemin, ils vont rencontrer de mystérieux trolls et un drôle de bonhomme de neige nommé Olaf, braver les conditions extrêmes des sommets escarpés et glacés, et affronter la magie qui les guette à chaque pas.

La Reine des neiges : Photo

La Reine des Neiges version Disney a remporté un succès monstre. Qui ne connaît pas actuellement la chanson Let it go / Libérée, Délivrée jusqu’à en avoir été gavé ? Le film d’animation a remporté plus d’un milliard de dollars de recettes, ainsi que, pour ne citer que ces prix-là), les Oscars du meilleur film d’animation et de la meilleure chanson pour un film. J’avais regardé une première fois ce film quelques mois après sa sortie, histoire de ne pas me sentir totalement à l’écart de la société (si si !). Je l’avais bien aimé mais je n’avais pas totalement accroché, comme si tout ce buzz avait participé à une forme de déception. Mais durant ce mois de décembre (qui dit mois de décembre dit regarder des dessins animés dit aussi envie de glander et de manger du chocolat jusqu’en à crever), j’avais envie d’un film de Noël. Bon, La Reine des Neiges n’est pas forcément LE film de Noël (par rapport à un grand nombre que j’aurais pu voir ou revoir) mais il s’agissait d’un film d’animation (et j’avais vraiment envie d’en voir un ces derniers jours et de retrouver mon âme d’enfant !) et surtout la neige (que je ne verrai visiblement pas pour les fêtes) est en accord avec notre période hivernale ! Finalement, j’ai bien fait de le revoir car j’ai vraiment pu l’aimer à sa juste valeur selon moi ! Pour moi, cette adaptation du conte d’Andersen s’inscrit dans la lignée des meilleurs films que Disney a pu faire et qui ont marqué mon enfance tout en étant moderne. Le film met pourtant en place des intrigues qui rappellent tout ce qu’on a pu voir dans les autres Disney, je pense notamment au rôle du prince charmant. Mais on est loin de ces idées qui peuvent sembler actuellement totalement vieillottes et dépassées (bien que j’adore toujours les vieux Disney, ce qui peut sembler paradoxal), place maintenant à des messages plus contemporains (et toujours aussi universels), c’est-à-dire l’amour « fraternel » (je sais qu’il y a un autre terme pour désigner l’amour entre soeurs, mais il n’y a rien à faire, je ne m’habitue pas à utiliser ce mot en question) ainsi que l’émancipation féminine. Au-delà des « messages » assez sains, qui toucheront tous les publics, je suis évidemment raide dingue de l’animation. Le travail fourni par toute l’équipe est bluffant. On retrouve encore une fois tout ce qui m’a fait rêver enfant, c’est-à-dire une animation fluide, qui ressemble encore à ce qu’on pourrait dessiner sur du papier, et en même temps, la technologie actuelle permet de rendre les expressions et les mouvements des personnages plus précis et plus réalistes ou encore d’avoir l’impression d’assister à des scènes dignes des plus grandes musicales de Broadway (en plus de bénéficier d’une bande-originale vraiment géniale).

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Au-delà d’une animation époustouflante, évidemment tout un jeu technique bluffant ainsi qu’un joli travail autour des couleurs froides ou encore la présentation de magnifiques décors qui rendent ce film encore plus magique et merveilleux, j’ai énormément aimé les personnages (et maintenant on a trois tonnes de gamines qui s’appellent ou vont se prénommer Elsa et Anna) tous très attachants et avec leurs complexités. Il est évidemment plus facile de s’attacher à la vive, courageuse, aventurière mais néanmoins naïve rouquine Anna mais avec le temps j’aime beaucoup Elsa, certes froide au premier abord mais en réalité sincère dans ses différentes démarches, lucide selon les situations et surtout comment ne pas être sensible à sa transformation sur de nombreux points ? Au-delà de sa profondeur psychologique, vraiment bien travaillée (je dirais plus que celle d’Anna, si je devais faire un mini reproche à ce film), le travail d’animation (on parlera donc par conséquent de l’évolution visuelle du personnage) aide aussi quelque part à rendre ce personnage encore plus attachant. Le fait de voir Elsa plus libre dans ses mouvements avec ses cheveux détachés et les épaules dégagées peut être un petit détail mais pourtant rien que ça joue vraiment en sa faveur. Les seconds rôles sont également très réussis, que ce soit la brute (mais pas si brute que ça) Kristoff et son sympathique renne Sven, le délirant bonhomme de neige Olaf qui rêve de soleil et de chaleur ou encore le « prince charmant » Hans. Le film bénéficie également d’un très bon doublage que ce soit dans sa version originale ou la française (pour une fois qu’on fait quelque chose de bien…). J’écoute régulièrement la bande-originale dans les deux versions, ce qui est rare chez moi (même pour les anciens Disney, j’ai pris l’habitude d’écouter les chansons en anglais, c’est limite difficile de réécouter des chansons parfois cultes en français). Pour conclure, La Reine des Neiges est un film d’animation très réussi et qui mérite entièrement son succès même s’il a pu nous gaver au bout d’un moment. Mêlant brillamment comédie musicale, humour et émotion, il s’agit d’un long-métrage à la fois rythmé, divertissant, magique et ambitieux sur de nombreux points, éloigné d’une certaine niaiserie qu’on trouverait autrefois dans les bons vieux Disney d’autrefois. Les studios Disney ont su se renouveler pour notre plus grand bonheur (et plus récemment, même s’il n’a rien à voir avec La Reine des Neiges, Big Hero 6 / Les Nouveaux Héros confirme ce renouveau qui fait vraiment plaisir à voir).

La Reine des neiges : Photo