Epouse-moi mon pote

réalisé par Tarek Boudali

avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowski, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne, Zinedine Soualem, Ramzy Bedia…

Comédie française. 1h32. 2017.

sortie française : 25 octobre 2017

Yassine, jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Epouse-moi mon pote : Photo Philippe Lacheau, Tarek Boudali

La comédie française actuelle fait peur pour différentes raisons. Souvent pas drôle (toujours un comble pour une comédie) et remplie de lourdeurs, elle véhicule en plus des idées plus que douteuses. Faisons le bilan de notre année difficile pour la comédie française : l’apologie du viol dans Gangsterdam, le sexisme dans Si j’étais un homme ou encore le racisme (surtout envers les Roms) dans A bras ouverts. Le sujet et la bande-annonce de Epouse-moi mon pote faisait vraiment craindre le pire : on mixe alors des sujets délicats, c’est-à-dire l’immigration, le blanc blanc et l’homosexualité. Même si j’avais plutôt apprécié les comédies de l’équipe de Philippe Lacheau et Tarek Boudali (Babysitting 1 et 2, Alibi.com), vu les critiques parfois très négatives que j’ai vues à son égard, j’avais préféré zapper Epouse-moi mon pote. J’ai continué pendant ce temps à éplucher les différentes critiques qui dénonçaient l’homophobie du film, j’ai également suivi les échanges parfois plus que houleux entre ceux qui ont haï le film et ceux qui ont eu un avis plus nuancé. Finalement, ma mère (oui, ça devient presque un running gag) a eu la riche idée d’aller le voir et évidemment elle avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner. Bref, je m’étais un peu spoiler le film mais ce n’était pas totalement inintéressant d’avoir en tête les différents avis sur ce film. Je ne suis pas là pour dire qui a tort ou raison, je vais pas m’amuser à citer les critiques que j’ai trouvées pertinentes et celles dont je ne partage pas l’avis. Si je comprends la démarche des critiques qui ont été choquées, je me range étonnamment du côté des critiques un peu plus nuancées. Je n’aime pas nécessairement cet argument habituellement, mais cette fois-ci le premier mot qui m’est vraiment venu à l’esprit est « maladroit ». Sans vouloir dédouaner à tout prix le réalisateur (je vais quand même revenir sur les choses qui ne vont pas), je pense sincèrement que la démarche ne se voulait pas offensante (bon après ça n’excuse pas tout non plus : je suis certaine qu’il y avait aussi de bonnes intentions dans les films nazes que j’ai cités plus haut). J’ai perçu le scénario de la manière suivante : les deux personnages sont effectivement des homophobes, des ignorants sur la vie des homosexuels (qui vivent normalement). Lisa, la copine de Fred, tente par moments de raisonner ses amis, de leur faire comprendre qu’être gay ne signifie pas de se déguiser en Village People (pour reprendre à peu près de tête la réplique).

Epouse-moi mon pote : Photo

Il aurait certainement fallu encore plus insister sur cette remise en question qui peut paraître encore un peu faible, les personnages pourraient prendre encore plus conscience de leur homophobie (même si le discours de Yassine dans la boîte commence à aller dans ce sens – mais il ne va pas totalement au bout de la problématique). Le problème également, et c’est certainement pour cela qu’il y autant de polémiques – la plupart compréhensibles – c’est l’image générale des homosexuels. En dehors du couple de lesbiennes (rembarrant également le personnage principal par sa bêtise homophobe) assimilé à une apparence « normale », et même du couple final qui se comporte comme un couple lambda, tous les autres personnages homosexuels sont forcément tous clichés ou exubérants, voire même tous « pervertis ». Ca casse forcément toute la critique autour des personnages principaux qui sont homophobes. Mais je reste persuadée qu’il y a par-ci par-là des indices qui vont dans ce sens. Cela dit, très honnêtement (et c’est loin d’être la première fois que cela m’arrive durant une séance – j’en profite pour le signaler), la salle était à mon avis plus homophobe que ce film (oui ça reste inquiétant). Cela dit, en terme de comédie, Epouse-moi mon pote reste étonnamment encourageante. En fait, j’ai retrouvé les mêmes sentiments que j’avais eus face aux Babysitting et Alibi.com. Certes, il y a des choses qui ne vont pas : comme on l’a dit, il y a beaucoup de clichés, d’exagérations, des situations improbables (on a du mal à imaginer l’inspecteur de l’immigration se foutre dans autant de situations gênantes – même si certaines d’entre elles m’ont fait marrer), c’est certain. Mais je reste toujours « étonnée » par la fraîcheur des films de l’équipe Lacheau / Boudali. Surtout, ce qui me frappe et ce qui peut expliquer aussi mon avis un peu plus nuancé, c’est de voir qu’il y a une mécanique qui fonctionne toujours aussi bien de leur part : les gags rebondissent bien par rapport à d’autres qu’on a vu précédemment, un élément qui peut paraître anodin va également servir plus tard dans le récit etc… Et oui, du coup, malgré de réels problèmes qui ne peuvent être mis de côté, le film a parfois réussi à me faire rire. De plus, sur le thème de l’immigration, je trouve qu’on ne s’en sort pas si mal que ça (je dis pas non plus que c’est super profond ou quoi que ce soit, hein, ne vous faites pas des films sur mes propos). Servi par une distribution très convaincante (petite mention spéciale à Charlotte Gabris), Epouse-moi mon pote souffre hélas de quelques maladresses impossibles à ignorer mais il ne s’agit pas pour moi de la grande catastrophe annoncée. 

Epouse-moi mon pote : Photo Charlotte Gabris, Philippe Lacheau

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CoeXister

réalisé par Fabrice Eboué

avec Fabrice Eboué, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Guillaume de Tonquédec, Audrey Lamy, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 11 octobre 2017

Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Coexister : Photo Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen, Ramzy Bedia

Après Case Départ et Le Crocodile du Botswanga (deux jolis petits succès dans l’Hexagone – que je n’ai pas encore vus au passage), CoExister est le troisième long-métrage de l’humoriste et acteur Fabrice Eboué. Plus précisément, il marque même sa première réalisation en solo, les deux premiers ayant été co-réalisés par Lionel Steketee (qui, visiblement, se perd dans le DC Universe française : Les Nouvelles Aventures de Cendrillon et trèèès bientôt Alad’2, youpi la joie). Eboué explique que l’idée de son nouveau long-métrage est née à partir du succès du groupe musical Les Prêtres (jusque-là ça se voit). Ce qui a surtout intrigué l’acteur-réalisateur est l’histoire de l’un des membres du groupe : parmi eux, le séminariste a quitté sa vie d’homme d’église à la fin de la tournée. Eboué a donc remplacé cette histoire incroyable de trois prêtres par les trois représentants des principales religions monothéistes. Dans le lot, nous avons un faux-imam (rôle spécialement écrit pour Ramzy dont on sent sans cesse une folle affection pour lui de la part du réalisateur), une sorte de clin d’oeil à Rabbi Jacob de Gérard Oury. On aurait pu craindre le pire surtout vu l’état de la comédie française actuellement, n’hésitant pas à utiliser des clichés sur les religions, on aurait même pu tomber dans le racisme. Certes, CoExister n’est pas un chef-d’oeuvre dans son genre (en même temps, il s’agit d’un film sans prétention) : c’est un film certainement plutôt oubliable. Mais il a le mérite d’être plutôt drôle et bienveillant. A l’image du personnage qu’il incarne (un producteur de musique neutre concernant une éventuelle confession religieuse), Eboué ne prend pas parti pour aucun personnage ni concrètement aucune religion. Il sait rire des travers de chaque représentant de ces religions avec leurs bons et leurs mauvais côtés, en rappelant qu’ils ont beau être des hommes de Dieu, ils sont avant tout des hommes. D’ailleurs, une certaine prise de distance est présente dans les descriptions des personnages « religieux » : comme on l’a dit, l’imam est un imposteur alcoolique (Ramzy ultra sympathique et charismatique), le rabbin (Jonathan Cohen, excellent dans ce rôle survolté) n’exerce plus depuis une circoncision ratée qui l’a traumatisé et l’a plongé dans une sorte de dépression et le prêtre (Guillaume de Tonquédec, un choix évident) va être confronté à la tentation. Il n’y a donc pas de quoi s’offusquer devant CoExister dont on peut relever deux principaux axes.

Coexister : Photo Ramzy Bedia

Tout d’abord, on relève une critique contre l’industrie musicale prête à tout pour amasser du pognon quitte à s’attaquer aux figures religieuses qu’on croyait justement inattaquables et incompatibles avec ce type d’activités. Certes, Eboué s’est amusé avec un certain décalage : justement, malgré le succès des Prêtres, on a du mal à imaginer une compatibilité entre la foi et le mode de fou de ces hommes et une sorte de vie de popstars. Mais finalement, pour en arriver à notre deuxième point, le discours est plus universel : au fond, même si on a beaucoup parlé de religion, il ne s’agit pas d’un film sur la religion qu’on pratique, celle qu’on représente ou tout simplement qui anime notre foi. C’est un film sur la cohésion de plusieurs individus pour une même cause. Si l’industrie musicale est déviante, la musique que le groupe chante, en délivrant des messages de paix et de tolérance, fait du bien au public. Parlons justement de musique. Le film n’a pas de prétention à être une oeuvre musicale, on regrettera peut-être de ne pas voir suffisamment de prestations musicales. Cela est un peu frustrant car la chanson principale (également intitulée « CoExister ») rentre vite dans le crâne (et cela est une bonne chose dans le sens où on doit croire au succès fou de ce groupe atypique) ou encore, la reprise de Savoir Aimer de Florent Pagny sous forme de clip est très drôle dans le sens où on reconnaît tous les tics habituels de ces vidéos en question. Je suis également un peu plus mitigée concernant les rôles féminins, pas bien mis en avant (et je ne dis pas ça par militantisme ou quoi que ce soit). Sabrina, l’assistante du producteur, incarnée par la pétillante et hilarante Audrey Lamy. Je comprends l’envie de confronter les figures religieuses à cette jeune femme très libérées sexuellement : là encore, il y a certainement matière pour rire de ce décalage. Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver cet aspect du scénario un peu lourd par moments. Je ne suis pas nécessairement fan de Mathilde Seigner (même si je ne comprends pas non plus le bashing autour d’elle) mai je l’ai trouvée très convaincante dans le rôle de cette patronne tyrannique. C’est vraiment dommage de ne pas avoir exploiter du tout ce personnage qui avait selon moi largement sa place dans l’histoire. Je ne parle pas non plus d’Amelle Chabhi (compagne d’Eboué – j’aime les potins) dont le personnage ne sert strictement à rien. Enfin, pour émettre une dernière remarque, selon moi délire aurait pu certainement aller encore plus loin, le scénario étant peut-être un poil trop classique (il n’y a concrètement pas de grosses surprises narratives). Dans l’ensemble, CoExister est une jolie comédie portant des valeurs bienveillantes alors que le sujet restait casse-gueule. 

Coexister : Photo Audrey Lamy, Fabrice Eboué, Guillaume De Tonquédec, Jonathan Cohen, Ramzy Bedia

Lolo

réalisé par Julie Delpy

avec Julie Delpy, Dany Boon, Vincent Lacoste, Karin Viard, Antoine Lounguine, Elise Larnicol, Juliette Lamet, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Ramzy Bedia, Georges Corraface…

Comédie française. 1h40. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

Lolo

En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Lolo : Photo Dany Boon, Julie Delpy, Vincent Lacoste

Je n’ai pas encore regardé l’intégralité de la filmographie de Julie Delpy en tant que réalisatrice (je n’ai pas encore vu Looking for Jimmy ni Le Skylab) mais ceux que j’ai pu voir m’ont vraiment plu, en tout cas j’accroche vraiment à l’univers de Julie Delpy. J’essaie d’être une spectatrice « fidèle » à son travail et c’est uniquement pour cette raison que je me suis déplacée voir son dernier film Lolo au cinéma. J’ai beau aimé le travail de Delpy, la bande-annonce de Lolo m’avait limite fait fuir, je trouvais que ça faisait trop… comment dire ça ? Comédie française quoi (si vous voyez ce que je veux dire, je ne veux pas être méchante, hein). Mais j’avais tout de même confiance en Delpy, je me suis dit qu’elle avait suffisamment de talent pour que le film soit un peu plus que ça, qu’il ne fallait pas tout le temps se fier aux bandes-annonces et mettre de côté ses a priori. Hélas, même s’il n’y a rien de honteux et que j’ai passé un plutôt bon moment devant ce film, Lolo reste tout de même une petite déception, surtout quand on sait de quoi est capable Julie Delpy. J’ai eu l’impression qu’on avait perdu pendant un peu plus de 1h30 la Julie des films indie entre Woody Allen et Jean-Luc Godard. Certes, on sent de temps en temps sa patte mais en voulant réaliser une comédie plus populaire (ce qui n’a rien de négatif à la base mais qui, à mon avis, n’est pas quelque chose qui ressemble à sa personnalité), toutes les bonnes idées, les choses à dire en général qui auraient pu paraître pertinentes n’ont pas autant de force qu’on aurait pu l’espérer. Julie Delpy a voulu traiter ces éternels sujets (pourtant toujours d’actualité) sur les différences entre les classes sociales et les relations malsaines entre une mère et son fils. Certes, c’est toujours aussi plaisant de voir pourtant une réalisatrice venant d’un bon milieu critiquer la bêtise des bobos, leurs préjugés absurdes notamment sur les provinciaux (du genre Biarritz est pour eux une ville provinciale) ou encore la caricature finalement à peine exagérée de leurs soirées (notamment la soirée mode avec Karl Lagerfeld dans le métro ou Frédéric Beigbeder qui présente une émission de cuisine !). Même si ce n’est pas forcément nouveau encore une fois, c’est également toujours aussi jouissif de voir un sale gosse psychopathe qui entube tout le monde et qui fout bien sa merde comme il le faut, à cause d’un amour plus que maladif envers sa mère.

Lolo : Photo Dany Boon

Evidemment que tout cela prête à sourire voire même à faire rire par moments (même si je n’étais pas non plus pliée en quatre), il y a des répliques bien senties, le film a une certaine fraîcheur communicative, l’ensemble est loin d’être déplaisant mais la réflexion ne va pas très loin, pas autant qu’on aurait pu le souhaiter. Par conséquent, le manque de profondeur fait un peu de mal à l’humour qui n’est pas aussi grinçant qu’on aurait pu l’espérer. Du coup, on a juste la sensation d’avoir regardé une simple comédie romantique un peu moins culcul que la moyenne. Si l’ensemble reste divertissant, on a aussi la sensation que Delpy est passée à côté de ce film qui me semble inabouti. Je regrette également la vulgarité de certains dialogues même s’ils sont parfois drôles (par exemple la scène dans le train). Certes, Julie Delpy est connue pour son langage cru, hélas elle semble parfois ne plus faire la différence entre ce qui est cru et vulgaire. Je suis partagée en ce qui concerne la fin. J’ai effectivement aimé la dernière scène, finalement assez cynique et sans pitié pour les personnages. En revanche, la manière dont sont amenées toutes les révélations autour de ce Lolo ne m’ont pas paru très crédibles. On a un peu l’impression qu’elles arrivent un peu comme ça parce qu’il fallait bien les caler quelque part, la fin approchant à grands pas. Par contre, rien à dire sur le casting. L’interprétation de Dany Boon (qui se fait parfois lyncher un peu trop gratuitement – j’avais besoin de passer mon mini coup de gueule) est plutôt bonne voire même surprenante dans le sens où on ne l’attend pas dans ce rôle finalement plus subtil et plus doux, il a même un côté involontairement séducteur, je veux dire, je comprends pourquoi Violette a pu être séduite par cet homme qui, a priori, n’est pas un tombeur et surtout pas son genre physiquement ou socialement. Julie Delpy est également très convaincante dans ce rôle de névrosée bobo (même si elle a l’habitude de jouer ce rôle-là mais bon j’avoue ne pas me lasser de ce type de personnage qu’elle incarne merveilleusement bien). Mais je dois avouer (en ce qui me concerne) que c’est surtout Vincent Lacoste qui se détache du lot dans ce rôle de gamin manipulateur odieux voire même carrément psychopathe. Enfin, même si je ne suis pas vraiment fan du personnage qu’elle incarne, Karin Viard reste tout de même crédible en meilleure amie bobo très très libérée sexuellement.

Lolo : Photo Vincent Lacoste