Gangsterdam / Si j’étais un homme

Gangsterdam

réalisé par Romain Levy

avec Kev Adams, Côme Levin, Manon Azem, Hubert Koundé, Mona Walravens, Patrick Timsit, Manu Payet, Rutger Hauer…

Comédie française. 1h37. 2016.

sortie française : 9 mars 2017

Ruben, Durex et Nora sont tous les trois étudiants en dernière année de fac. Par manque de confiance en lui, Ruben a déjà raté une fois ses examens. Même problème avec Nora, à qui il n’ose avouer ses sentiments. Et ce n’est pas Durex son ami d’enfance, le type le plus gênant au monde, qui va l’aider…Lorsqu’il découvre que Nora est aussi dealeuse et qu’elle part pour Amsterdam afin de ramener un tout nouveau type de drogue, Ruben prend son courage à deux mains et décide de l’accompagner. Ce voyage à Amsterdam, c’est le cadre idéal pour séduire enfin Nora, dommage pour lui que Durex s’incruste dans l’aventure. Alors que tous les trois découvrent la capitale la plus dingue d’Europe, leur vie va franchement se compliquer quand ils vont réaliser que la drogue qu’ils viennent de récupérer appartient aux plus grands criminels d’Amsterdam…Très vite Ruben, Durex et Nora vont comprendre que pour retrouver leur vie d’avant, ils vont devoir cesser d’être des blaireaux, pour devenir de vrais héros.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Hubert Koundé, Kev Adams, Manon Azem, Mona Walravens


Si j’étais un homme

réalisé par Audrey Dana

avec Audrey Dana, Eric Elmosnino, Alice Belaïdi, Christian Clavier, Antoine Gouy, Joséphine Drai…

Comédie française. 1h39. 2017.

sortie française : 22 février 2017

Qui n’a jamais imaginé ce que ça ferait d’être dans la peau du sexe opposé, ne serait-ce qu’une journée ? Eh bien, pas Jeanne !
Fraichement divorcée, séparée de ses enfants une semaine sur deux, pour elle les mecs c’est fini, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Mais un beau matin, sa vie s’apprête à prendre un drôle de tournant, à première vue rien n’a changé chez elle… à un détail près !
De situations cocasses en fous rires avec sa meilleure amie, de panique en remise en question avec son gynéco, notre héroïne, tentera tant bien que mal de traverser cette situation pour le moins… inédite.

Si j'étais un homme : Photo Audrey Dana, Christian Clavier


Je vais être honnête dès le début de ce billet : vu les tas de mauvaises critiques et même de polémiques que j’ai pu lire autour de Gangsterdam de Romain Lévy (Radiostars) et Si j’étais un homme d’Audrey Dana (Sous les jupes des filles), je ne m’attendais pas à découvrir de bons films. Attention : je ne les ai pas regardés pour les casser à tout prix, juste pour savoir si tout ce qu’on disait sur eux étaient justifiés. On aurait pu dire que ces deux films en question étaient tout simplement deux comédies pas drôles, pas rythmées, tout simplement ratées et on ne serait pas allés plus loin. Mais certains éléments scénaristiques sont réellement douteux et il est finalement normal qu’on les pointe du doigt : je suis pour la liberté d’expression mais cela ne doit pas conduire les créateurs à devenir irresponsables. Le premier film pose problème parce qu’il fait l’apologie du viol, le second se mélange sur des notions sur le genre. Dans Gangsterdam, qui prétend rendre hommage à l’humour d’Apatow et compagnie (déjà que je n’aime pas tout le temps ce type d’humour, imaginez quand cet hommage foire complètement), le meilleur pote de Kev Adams (qui est comme d’habitude : il joue mal une scène sur deux), surnommé Durex (bonjour la subtilité), est un personnage raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Les blagues sur le viol, les femmes, les homosexuels et autres communautés sont lourdes et même provoquent le malaise mais au pire (j’ai bien dit « au pire ») on peut mettre ça sur le compte de ce personnage complètement débile et douteux : après tout, quand le personnage en question demande lourdement « est-ce qu’on la viole ? » ou encore « je parlais de viol cool », ses amis ne le cautionnent pas. Je n’excuse pas la scène qui participe selon moi à la culture du viol et qui n’a rien de drôle mais je ne crie pas totalement au scandale par rapport à la narration.  Mais plus on avance, plus le film s’enfonce. Surtout avec une scène juste inexcusable. Pas ratée. Inexcusable, j’insiste sur le terme. Ce même Durex (Côme Levin incarne pourtant bien le connard de service, ce n’est pas lui le problème) propose à ses camarades sa merveilleuse idée pour punir les méchants sans qu’on les tue : « Sinon il suce son pote et on est pénard. On filme et on le met sur le Cloud. Avec un dossier comme ça, il ne viendra plus jamais nous faire chier ». En gros, histoire de tout contextualiser et de rapporter tous les faits, il faut forcer le méchant trafiquant à pratiquer une fellation à son homme de main.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Kev Adams, Manon Azem

Parce que « si tu veux rester vivant, tu fous sa bite dans ta bouche et tu suces ». Jusqu’à présent, les amis de Durex n’approuvaient pas son comportement ni ses propos écoeurants. Cette fois-ci, ces mêmes personnes l’applaudissent et même rigolent tous en choeur : non seulement ces personnages sont juste abjects mais en plus de cela, ils retournent leur veste et de caractérisation en peu de temps. Je suis sûre aussi que les ados qui l’ont vu en salle se sont également marrés (ce qui me fait mal au coeur). Sauf qu’il s’agit d’un viol. Et ce viol en question n’est jamais condamné. Cette scène devient encore plus irresponsable et douteuse quand on voit à quel point Internet, les réseaux sociaux et compagnie sont devenus des moyens de pression et de harcèlement envers ces mêmes ados qui regardent majoritairement ce film. La réaction du réalisateur  pour se défendre avec son producteur est tout simplement inquiétante et dangereuse (déjà que j’avais trouvé son Radiostars sexiste mais au moins regardable). Surtout, il faut se dire qu’il y a derrière cette histoire quatre scénaristes. Que faut-il en penser ? Ils se sont mis à quatre pour penser à tant de débilités dont certaines sont nauséabondes ? Personne n’est intervenu pour dire « oh Polo, là tu fais vraiment de la merde ? ». Passons maintenant au film d’Audrey Dana qui nous livre décidément du féminisme de comptoir. On voit effectivement où elle veut en venir (il faut dire que ce n’est pas non plus d’une grande subtilité) : les femmes sont littéralement capables d’avoir des couilles dans la vie au quotidien. Mais si on suit le raisonnement d’Audrey Dana, un vagin ne suffirait pas aux femmes pour prendre confiance en elles. Sachez donc qu’il nous faudrait une bite (j’insiste sur ce mot puisqu’il est répété 150 fois pour nous faire « rire ») pour arrêter de nous cacher derrière les vêtements les plus improbables, avoir des cheveux super propres et brillants, répondre aux gens, les reluquer aussi. En gros, un pénis donnerait des neurones en plus à celui qui le possède (parce que Jeanne n’est pas juste larguée avec ses deux minots – elle est juste conne sans sa teub). Sinon, vu que rien n’est drôle, les acteurs se contentent de tirer la grimace comme sur l’affiche (qu’est-ce qui est passé par la tête des jurés du festival d’Huez de récompenser Alice Belaïdi ?) pour dire aux spectateurs, probablement autant consternés que moi face à tant de débilités et de vide, que la scène est drôle. Manquerait plus que les rires en fond comme dans les sitcoms tellement on prend les spectateurs pour des cons.

Si j'étais un homme : Photo Alice Belaïdi, Audrey Dana

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Get Out

réalisé par Jordan Peele

avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Betty Gabriel, Lakeith Stanfield, Stephen Root…

sortie française : 3 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Get Out, gros succès au box-office américain acclamé par la critique, est le premier long-métrage de Jordan Peele, connu aux Etats-Unis pour être le membre du duo comique de Key and Peele (diffusé sur Comedy Central). Ce long-métrage est également produit par Jason Blum, le roi des films effrayants (ou pas parfois, n’est-ce pas Paranormal Activity ?) à petits budgets (ici 4 petits millions de dollars). Get Out raconte l’histoire d’un photographe noir (Chris) qui va rencontrer les parents de sa charmante petite amie, Rose (blanche au passage). Rose rassure rapidement Chris : ses parents adorent les Noirs dont Obama. « Mon père aurait voté pour lui une troisième fois s’ils avaient pu », assure-t-elle. Le père en question répétera à Chris la même phrase. Sauf que les parents en question ont un comportement étrange. Le point de départ rappelle le génial Devine qui vient dîner de Stanley Kramer avec Katherine Hepburn, Spencer Tracy et Sidney Poitier. A noter que le titre VO de ce dernier est Guess who’s coming to dinner. Son remake Black/White de Kevin Rodney Sullivan (avec Bernie Mac, Ashton Kutcher et Zoe Saldana) s’intitule juste en version originale Guess who. Guess who / Get Out… A l’oreille, les titres ne sont pas finalement pas si éloignés si on fait bien attention : ce rapprochement ne me semble pas anodin. Get Out serait alors la version sombre et horrifique du film de Kramer (et donc de son remake). Et le film dépasse la question du racisme ordinaire caché sous les bonnes apparences et surtout qu’on se cache à soi-même (ce que je veux dire c’est que Hepburn et Tracy ont beau être racistes alors qu’ils clament le contraire, ils ne vont pas au-delà. Ainsi, les parents de Rose et même leur entourage (on peut parler d’une communauté) dépassent clairement cette image « gentillette » de ce racisme banal. Chris aurait dû y voir les signes même avant de rencontrer les parents de Rose : lui et sa copine ont un léger accident de voiture. Le policier va demander à Chris de lui passer son permis de conduite alors qu’il n’était pas au volant. En revanche, aucune remarque pour Rose la conductrice. Cela veut en dire long sur ce qui se passe quotidiennement aux Etats-Unis auprès des Afro-américains.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Get Out semble a priori très accessible et simple : c’est un de ces points qui en fait son charme et qui explique aussi ce « buzz ». Pourtant, ce film n’a rien de simple, il ne l’est qu’en apparence. Certes, en y regardant de près, il a ses imperfections (sa fin est peut-être un peu trop expéditive par exemple – elle reste cela dit jouissive). Mais pour un premier long-métrage, Jordan Peele envoie du lourd et s’il ne fait pas n’importe quoi, il pourra avoir une belle carrière. Get Out rappelle alors quelque chose qui semble avoir été oublié par de nombreux spectateurs qui méprisent souvent le cinéma de genre : c’est un type de cinéma qui ne se contente pas uniquement de faire bêtement peur. Il peut permettre de dénoncer des choses et de livrer un scénario plus riche qu’il en a l’air. C’est le cas de Get Out. Peu de films parlent de la question « noire » alors qu’elle est omniprésente dans l’actualité. Réalisé sous l’ère Obama mais sorti chez nous sous Trump, il dit en tout cas quelque chose d’un problème pas encore réglé aux Etats-Unis : comment sortir littéralement de ce cauchemar (je fais évidemment un clin d’oeil aux scènes d’hypnose) qui ne devrait même plus exister ? Comment vivre quand on est Afro-américain aux Etats-Unis, dans ce pays qui a pourtant réussi à élire un Président Noir ? N’est-on pas sans cesse guetté par la peur que ce soit en se promenant dans la rue ou même dans sa propre famille dans un sens ? Get Out joue avec ce sentiment de paranoïa. On se doute bien que Chris a certainement raison (ce n’est pas un spoil) mais là où le scénario parvient à surprendre, c’est lorsqu’on nous évoque le secret des Armitage : pourquoi s’attaquent-ils à la communauté Afro-américaine ? Que leur font-ils et dans quel but ? Pourquoi les employés (également noirs) se comportent-ils bizarrement et ont l’air coincé dans le temps ? Bref, le scénario parvient à surprendre de ce côté-là alors qu’on croit être face à une histoire plus simple. J’admets juste avoir deviné le rôle d’un des personnages mais cela ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. La piste prise par Jordan Peele est intéressante dans le sens où les Armitage vantent paradoxalement dans leur racisme exacerbé (quel euphémisme) les bons côtés de la communauté Afro-américaine.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Les critiques ont beaucoup insisté sur la place de l’humour dans ce long-métrage. Effectivement, il y en a, notamment grâce au rôle du pote du personnage principal. Ce choix est pour moi lié à la fin du long-métrage : il y a une envie de montrer quelque chose de positif, de défendre la place du personnage Afro-américain si délaissé par le cinéma traditionnel et populaire. Le réalisateur dit par ailleurs que les séquences oniriques sont justement un moyen de dénoncer ce qu’il se passe actuellement à Hollywood (il fallait le voir, faut l’avouer) et même dans le cinéma d’horreur (en dehors de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero, peu de films du genre mettent en avant des Noirs ayant le bon rôle). Certains ont critiqué cette fin en disant qu’il s’agissait dans un sens de white washing. Est-ce que cette fin serait mieux passée si on était face à un personnage blanc affrontant une famille des Noirs ? Je ne sais pas mais il est certain que le message passé aurait été différent. Et je ne pense pas qu’il faut voir une sorte de haine des Afro-américains contre les Blancs ou un truc simpliste et douteux de ce genre. Chris est juste un personnage qui agit pour sauver sa peau et non par haine envers une communauté. Pour revenir sur l’humour, qui a de bonnes raisons d’être présent, il a le mérite, en plus de s’amuser avec certains codes du genre, de ne pas casser une réelle tension présente du début jusqu’à la fin. Au-delà du talent évident pour Peele d’instaurer une atmosphère pesante, la musique de Michael Abels contribue énormément à toute cette sensation permanente de malaise. Le casting est également très bon, que ce soit Daniel Kaluuya (qu’on a pu voir dans Sicario), Allison Williams (ça fait plaisir de voir la Marnie de Girls dans son premier long-métrage !) ou encore l’indétrônable Catherine Keener. Get Out est donc une très belle réussite bien écrite et bien mise en scène par un réalisateur doué qui ne néglige aucun détail (certains d’entre eux renvoient au temps de l’esclavage quand on y regarde de près). Captivant, accessible, effrayant et terriblement divertissant, ce long-métrage est finalement un portrait glaçant et absurde d’une Amérique encore raciste et malade, coincé encore dans un temps qui devrait être révolu.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Les Enfants du Paradis / Les Hauts de Hurlevent (1939)

Les Enfants du Paradis

réalisé par Marcel Carné

avec Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casares…

Drame, romance français. 3h. 1945.

sortie française : 15 mars 1945

Movie Challenge 2016 : Un film français

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Paris, 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme. Mais aussi ceux de Nathalie, la fille du directeur du théâtre, qui aime Baptiste, et Frédérick Lemaître, un jeune acteur prometteur, qui entame une liaison avec Garance, tandis que cette dernière aime aussi Baptiste en secret.

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Les Enfants du Paradis, considéré par un grand nombre de cinéphiles et de critiques comme un des chefs-d’oeuvre indispensables à regarder, est une des rares grandes productions françaises qui a pu être tournée durant la Seconde Guerre Mondiale, pendant l’occupation allemande. Il dure également trois heures étant donné qu’il est découpé en deux actes : « Le Boulevard du Crime » et « L’Homme Blanc ». Ainsi, six années séparent ces deux axes de narration. Ce film a été scénarisé par Jacques Prévert qui s’est basé sur des personnages ayant réellement existé (le mime Baptiste Deburau, Frédérick Lemaître, Lacenaire…) même s’il y a aussi des personnages totalement inventés pour l’oeuvre. La patte du poète se ressent par la qualité des dialogues (chaque mot a son importance et a une musicalité, notamment aidée par la voix identifiable des interprètes) et le déroulement même du scénario (nommé à l’Oscar du meilleur scénario original) : l’histoire est a priori simple (au début, on se demande même pourquoi elle s’étale sur une certaine durée) et pourtant la complexité et l’humanité des personnages sont bien présentes. Après, pour être totalement honnête (c’est pour cela que je n’arrive pas à adorer ce film, même si j’ai tout de même beaucoup aimé et qu’il faut évidemment le voir pour sa culture), j’ai senti une sorte de « déséquilibre » entre la première et seconde partie : la première m’a plus emportée que la seconde. Quitte à passer pour une chieuse, je l’admets : j’ai senti quelques longueurs. La mise en scène est maîtrisée, les mouvements de caméra virtuoses, les décors et costumes époustouflants de beauté, la photographie splendide ou encore la musique sublime : tous ces ingrédients mis ensemble permettent aux spectateurs d’être en immersion dans le monde du spectacle. La vie et les sentiments des personnages sont mouvementés d’où certainement l’un des parallèles avec le spectacle (même s’il n’y a certainement pas que ce parallèle en question). Par ailleurs, le film a beau mettre en scène du théâtre parlé et le mime (un mélange efficace), il reprend logiquement certains de ses codes, il reste avant tout cinématographique et évite par conséquent les éventuels pièges tendus. Enfin, Les Enfants du Paradis, film à la fois poétique et émouvant sur une histoire d’amour impossible, est porté par une très bonne distribution même si (on ne me tape pas) j’ai eu un peu de mal avec l’interprétation d’Arletty (après je ne dis pas qu’elle joue comme une patate, loin de là !), qui a pourtant une voix et un accent mythiques, qui contribuent certainement à la magie du film

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Les Hauts de Hurlevent

réalisé par William Wyler

avec Merle Oberon, Laurence Olivier, David Niven…

titre original : Wuthering Heights

Drame américain. 1h43. 1939.

sortie française : 3 mai 1939

Movie Challenge 2016 : Un film en noir et blanc

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Mr. Earnshaw a deux enfants : le fils aîné, Hindley, et une fille, Catherine. Un jour, il ramène d’un voyage un enfant abandonné de six ans, Heathcliff, dont l’origine est inconnue, et qu’il traite comme son second fils. Hindley entre rapidement en conflit avec Heathcliff et, lorsqu’à la mort de ses parents il devient le maître de la maison, il traite Heathcliff comme un vulgaire domestique.

Catherine devient ravissante ; elle est courtisée par un riche héritier, qu’elle épousera au grand dam d’Heathcliff, qui a toujours été amoureux d’elle. Pourtant, Catherine aussi l’aime passionnément depuis toujours… (résumé : Wikipédia)

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William Wyler est le premier réalisateur à avoir adapté, en version parlante, l’unique roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, un sommet de la littérature britannique. Nommé huit fois aux Oscars (dont dans les catégories « meilleur film » et « meilleur réalisateur »), il remporte celui de la meilleure photographie noir et blanc. Ce long-métrage marque aussi le premier rôle de Laurence Olivier (nommé ici pour la première fois de sa carrière aux Oscars) au cinéma. Je n’ai pas lu le roman d’origine ni vu d’autres adaptations cinématographiques. Les puristes semblent contester cette version, lui reprochant d’être trop édulcorée et d’avoir trop coupé beaucoup de passages (la version de Wyler ne traite que 16 chapitres sur 34, donc délaisse la seconde génération des personnages). Je ne peux pas comparer avec ce que je ne connais pas mais en tout cas cette version m’a donné envie de lire (enfin) le roman de Brontë. Je ne crierai pas au chef-d’oeuvre (et j’avoue ne pas savoir concrètement si ce film est classé dans les chefs-d’oeuvre). Le film est un peu court (il ne dure « que » 1h40) par rapport à son ambition de grand film tragique et romantique. Même quand on n’a pas lu le bouquin, on sent qu’il manque des éléments narratifs. Vous allez me dire que je chipote vu que j’ai plutôt tendance à reprocher à des films d’être trop longs ! En tout cas, j’ai senti que c’était un bon film mais j’en attendais un chouïa plus. Plus long, je suis certaine qu’il aurait gagné en puissance (même s’il en a déjà). Le film m’a en tout cas beaucoup plu. De base, même si je n’ai pas tout vu (loin de là), j’aime bien en général le Hollywood classique des années 1930 (les films avaient tellement de charme !) et ici je n’ai pas été déçue. Le long-métrage enchaîne les qualités : la mise en scène est maîtrisée et élégante, l’histoire (racontée sous forme de flashbacks) est très captivante, les personnages forts en richesse, les décors absolument fantastiques, la photographie splendide, les costumes magnifiques et la musique (on a sorti pour l’occasion les violons) correspond aux émotions véhiculées. On retrouve bien une atmosphère gothique et les thèmes abordés (notamment le racisme, les conventions et différences sociales ou encore la fraternité) sont également bien traités. Enfin, Les Hauts de Hurlevent est un film poignant bénéficiant d’un beau casting. Merle Oberon (j’avoue tout : je la découvre dans ce film) et Laurence Olivier forment un couple évident de complicité et de passion (même si, en toute honnêteté, l’interprétation d’Olivier prend parfois le dessus) et David Niven complète également bien le casting.

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Chocolat

réalisé par Roschdy Zem

avec Omar Sy, James Thierrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet, Frédéric Pierrot, Noémie Lvovsky, Alice de Lencquesaing, Olivier Rabourdin, Héléna Soubeyrand…

Drame, biopic français. 1h50. 2014.

sortie française : 3 février 2016

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Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

Chocolat : Photo James Thiérrée, Omar Sy

Chocolat est le quatrième long-métrage de l’acteur Roschdy Zem après Mauvaise Foi, Omar m’a tuer et Bodybuilder (je n’en ai vu aucun, au moins j’ai découvert de quoi il est capable ou non derrière la caméra). Je me suis un peu renseignée sur les autres films en question et le thème du racisme est omniprésent dans cette petite filmographie. Cette question me semble nécessaire surtout face à de nombreux débats relancés récemment (notamment avec les récentes nominations aux Oscars). Je reviendrai plus tard sur le traitement de ce thème. Pour le scénario, Roschdy Zem a adapté le livre de l’historien Gérard Noiriel, Chocolat, clown nègre : L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française (2012). Il précise qu’il a tout de même pris quelques libertés avec la réalité historique. Cela dit, pour le scénario, il s’est beaucoup documenté et cela se ressent lorsqu’on découvre ce long-métrage. Pour ma part, je ne connaissais pas du tout ce clown de son vrai nom Rafael Padilla (et apparemment pas grand-monde sur le tournage, même Zem et les deux acteurs principaux) qui a pourtant bouleversé le monde du spectacle pour la nouveauté qu’il a pu apporter à la comédie clownesque grâce à l’artiste britannique George Foottit et surtout pour avoir mis en avant une personne de couleur dans un milieu artistique malgré le racisme omniprésent à l’époque. Pour moi, le but d’un film n’est pas de faire apprendre des choses aux spectateurs mais je dois reconnaître qu’il s’agit d’une bonne chose de mettre en avant un personnage aussi peu connu du public alors qu’il a apporté tant de choses ! On aime ou on n’aime pas ce film mais il a le mérite d’être nécessaire. Pour ma part, la bande-annonce m’attirait et en même temps je m’en méfiais un peu sans en connaître la raison précisément. Je suis allée le voir totalement par hasard finalement avec une copine (petite dédicace à elle si elle passe par là) qui m’a suggéré d’aller le voir avec elle. L’ensemble m’a plutôt convaincue même si le film a selon moi certains défauts, mais pour ceux qui hésiteraient encore à aller le voir, on va dire que je ne le déconseille pas. Comme je le disais, le long-métrage veut mettre en avant un personnage peu connu. Il a alors un côté très pédagogique qui n’est pas forcément déplaisant même si du coup j’ai trouvé la mise en scène certes pas mauvaise mais un peu trop sage et lisse (alors que le sujet demandait selon moi quelque chose de moins scolaire) et la seconde partie en dessous de la première, tombant peut-être un peu trop dans l’exercice du biopic qu’on n’aime pas forcément (vous savez du genre : « découverte du talent-gloire-melon-chute »).

Chocolat : Photo Omar Sy

Les dernières minutes, pourtant tragiques et émouvantes, m’ont provoqué un rire nerveux dans la salle (c’était un peu gênant mais bon parfois c’est difficile de se contrôler !) : quand le film se termine est écrit sur un fond noir un truc du style « Rafael Padilla est mort en novembre 1917. Chocolat et Foottit ont révolutionné le monde du cirque blablabla ». L’information n’est finalement plus information puisqu’on a vu cinq minutes avant (même moins) la date en question et surtout tout le long du film, disons qu’on avait compris le rôle qu’ont joué les deux personnages dans l’histoire du cirque ! Vous allez me dire que ce n’est qu’un détail mais je le vois plus comme la fin d’une série de maladresses qui empêche le film de gagner en intensité et en grandeur (et même en émotion, malgré quelques scènes qui font leur effet) et c’est dommage vu son potentiel. Je crois que c’est à force de souligner son propos autour du racisme et du combat autour que le film ne parvient pas à convaincre totalement. Pourtant, le pire, c’est que je n’ai pas envie de dire du mal de ce film qui a l’air d’être sincère (ce qui est à noter pour ce type de production assez grand public). Je veux dire, le film est intéressant, divertissant même, on rentre vite dans le sujet, les thèmes nous touchent. De plus, il y a une belle reconstitution de la Belle Epoque qui nous permet de plonger facilement dans l’histoire. Puis surtout, Chocolat bénéficie d’un très bon casting. Omar Sy est très bon dans le rôle de Chocolat/Rafael Padilla, dans la lignée de ses interprétations habituelles. Son duo formé avec James Thierrée fonctionne formidablement bien car les deux acteurs (et leurs personnages) sont très complémentaires, le premier étant solaire, le second très sombre. Paradoxalement, même si le duo m’a totalement plu, je dois avouer que l’interprétation de Thierrée m’a plus emballée que celle de Sy. Peut-être que le rôle de Thierrée est peut-être mieux écrit (plus complexe à mon avis – qui a le mérite de ne pas avoir une vision trop manichéenne) que celui de Sy, peut-être aussi que je ne suis plus surprise par le jeu de Sy non plus (même s’il ne s’agit pas d’un réel reproche). Je connaissais en tout cas Thierrée pour être le petit-fils de Charlie Chaplin (honnêtement, il ne peut pas cacher son lien de parenté, il lui ressemble beaucoup !) et je savais également qu’il avait fait du cirque et du théâtre (il est notamment le lauréat de plusieurs Molière) mais je ne l’avais jamais vu jouer donc il s’agit finalement pour moi d’une excellente découverte ! Le reste du casting est également à la hauteur comme par exemple Clotilde Hesme en femme aimante et ouverte ou le toujours impeccable Olivier Gourmet en directeur d’un grand cirque parisien.

Chocolat : Photo James Thiérrée

Au service de la France (saison 1)

Créée par Jean-François Halin, Jean-André Yerles, Claire Lemaréchal

avec Hugo Becker, Wilfred Benaiche, Christophe Kourotchkine, Karim Barras, Bruno Paviot, Jean-Edouard Bodziak, Mathilde Warnier, Joséphine de la Baume, Marie-Julie Baup, Antoine Gouy…

Série comique française. 1ere saison. 2015.

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Début des années 1960. Les services secrets français recrutent le jeune André Merleaux , de retour d’Algérie. André se forme auprès de vrais espions davantage préoccupés par leurs notes de frais que par leur mission. La route est longue pour devenir un espion digne de 007 dans un service labyrinthique, kafkaïen et absolument certain de la suprématie française sur le monde.

Photo Hugo Becker

Arte a diffusé en fin octobre jusqu’à mi-novembre dernier la première saison de Au service de la France. Cette série a été créée par Jean-François Halin, scénariste des OSS 117 (de Michel Hazanavicius) et tous les épisodes ont été réalisés par Alexandre Courtes, connu pour avoir réalisé de nombreux clips vidéos et a également tourné plusieurs segments des Infidèles. Cette première saison comporte douze épisodes, chacun durant à peine une vingtaine de minutes, à l’image d’une sitcom (même si, malgré le format et l’humour, on ne pourrait pas dire qu’il s’agit d’une sitcom). Je dois avouer que l’accueil assez froid des spectateurs m’a assez surprise même si la série a ses défauts. En effet, j’ai lu des commentaires très négatifs, notamment sur Allocine, et les audiences ont vraiment pris un sacré coup en peu de temps : la première semaine, la série avait réuni plus d’un million de spectateurs et dès la deuxième semaine il n’en restait que la moitié ! Par ailleurs, je ne suis pas sûre qu’il y ait une seconde saison prévue, même si personnellement j’aimerais vraiment connaître la suite de l’histoire, surtout après avoir regardé le tout dernier épisode, rempli de suspense ! Dans l’ensemble, je reconnais les imperfections de cette série : je ne me suis pas ennuyée car les épisodes sont courts et sont tout de même très divertissants (en tout cas, de ce côté-là j’étais été satisfaite) mais effectivement la série rencontre quelques petits problèmes de rythme et la caricature, pourtant drôle (j’y reviendrai), prend un peu trop le dessus sur l’épaisseur des personnages et efface parfois le contexte historique (la guerre d’Algérie) pourtant très important pour comprendre l’attitude même des personnages. Seuls les derniers épisodes, plus dramatiques, posent réellement des questions sur le passé difficile de la France. Ceci dit, le regard porté sur les années 1960 est très pertinent et quelque part, c’est grâce à cette caricature.

Photo Hugo Becker, Mathilde Warnier

En effet, on a toujours une image très positive de cette époque-là (vous savez, le fameux « c’était mieux avant ! ») alors que la série rappelle justement que ce n’était aussi merveilleux : les femmes n’avaient pas encore beaucoup de liberté, on était un peu trop nationaliste quitte à être raciste, l’Algérie était française et il était – évidemment – hors de question qu’elle puisse devenir indépendante tout comme les autres colonies françaises. Certains affichaient même encore leur soutien au régime de Vichy ! C’est ce décalage avec notre actualité très différente de ce qu’on pouvait imaginer à l’époque qui est drôle. Par ailleurs, même s’il y a eu une évolution politiquement et socialement, les années 1960 partagent un énorme point commun avec notre époque : l’administration bien sûr ! C’est pour moi le point le plus réussi de cette série. En fait, et c’est ce qui justifierait les quelques moments flous autour du contexte historique (même si encore une fois, cela aurait mérité d’être renforcé), on est très loin de l’idée de l’agent secret qui agit et tue l’ennemi : les agents secrets sont ici plus des personnes qui signent des papiers, veulent finir bien à l’heure, ne pas répondre au téléphone parce que sinon on travaille encore et le travail c’est pénible, ou encore on fait grève pour pour des revendications minimes ! Certes, la critique de l’administration n’est pas nouvelle mais elle reste tout de même percutante dans le sens où elle souligne bien toute la bêtise et surtout son absurdité. Cette absurdité fonctionne également grâce à des répliques savoureuses, certaines sont même assez marquantes ! Il y a même un côté mécanique dans ces répliques (en tout cas dans la manière de les envoyer) qui contribue à cette absurdité et du coup (en tout cas, en ce qui me concerne) les vannes marchent.

Photo Bruno Paviot, Jean-Édouard Bodziak, Josephine de la Baume, Karim Barras

Sinon, je pense que j’ai réussi à accrocher à cette série grâce à la reconstitution de l’époque. Certes, là encore, certains traits peuvent paraître grossis mais dans l’ensemble je trouve qu’on arrive tout de même bien à se plonger dans cette époque, que ce soit grâce aux costumes ou décors mais aussi grâce à la manière même dont les personnages s’expriment ! Je ne sais pas si je suis claire mais je vais essayer de l’être : dans certains films ou séries d’époque, il y a beau y avoir des tas de beaux décors etc…, parfois je trouve la diction des acteurs trop contemporaine. Certes, je n’ai évidemment jamais vécu dans les années 1960 mais en regardant des films de cette époque-là, les acteurs avaient une diction assez particulière, identifiable à cette période. Je trouve que tous les acteurs bons, en tout cas le casting m’a semblé cohérent. Certains ont reproché à Hugo Becker (alias André Merleaux) d’être trop lisse. C’est vrai qu’il a quelque chose de lisse, notamment physiquement, mais c’est un choix assez logique par rapport à ce qu’il incarne – c’est-à-dire un jeune premier qui pourrait être le gendre idéal, qui ne connait pas encore grand-chose de la vie (un peu vieux jeu) et qui va commencer à se détacher de toutes les idées que la société de l’époque lui a mises en tête. Pour moi, le côté lisse n’est finalement qu’une apparence et est largement compensé par l’interprétation de Becker qui trouve véritablement le bon ton pour aborder son personnage. Je ne vais pas forcément m’attarder sur tout le casting car ça serait inutilement long, je voulais juste revenir sur le trio formé par Karim Barras, Jean-Edouard Bodziak et Bruno Paviot, incarnant les agents qui forment Merleaux : ils sont vraiment hilarants en agents abrutis qui racontent d’énormes âneries. Pour conclure, Au service de la France n’est peut-être pas parfaite mais je l’ai tout de même divertissante malgré ses problèmes de rythme, drôle, même osée mine de rien et bien interprétée. Je ne sais pas si ça se fera mais elle mérite pour moi une deuxième saison !

Photo Bruno Paviot, Jean-Édouard Bodziak, Karim Barras

 

Selma

réalisé par Ava DuVernay

avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Tim Roth, Oprah Winfrey, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Andre Holland, Tessa Thompson, Tim Blake Nelson, Martin Sheen, Dylan Baker, Jeremy Strong…

Biopic, film historique américain. 2h08. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

Selma

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Selma : Photo David Oyelowo

Martin Luther King fait partie des figures militantes les plus connues au monde et pourtant nous avons dû attendre 2015 pour voir enfin un biopic sur lui (il n’apparaissait que dans quelques films). Et encore, Selma, réalisé par la méconnue Ava DuVernay (il s’agit de son troisième long-métrage de fiction), n’est pas concrètement un biopic sur King : il relate plutôt une période importante de la vie de Martin Luther King. Les biopics m’attirent et me font fuir à la fois : on est évidemment toujours curieux de voir comment l’acteur va interpréter une personnalité emblématique de tel ou tel milieu, on veut redécouvrir une histoire qu’on connait pourtant déjà, on se demande toujours quel angle sera pris par le réalisateur etc… Mais souvent, les biopics sont trop calibrés pour les Oscars notamment, c’est-à-dire qu’on a souvent droit à des films assez classiques, pas très inventifs et pour être franche pas toujours très intéressants (je caricature un peu car il y a quand même heureusement de très bons biopics). Mais bon, un film sur Martin Luther King (même si je fais pas mal de raccourcis), on est forcément un peu curieux de le voir ! Selma a aussi été face à une petite polémique : son absence dans un grand nombre de catégories aux Oscars. Beaucoup ont dit que l’académie des Oscars n’avait pas été très généreuse envers ce film car les membres seraient des vieux racistes. Est-ce que cette justification est vraiment justifiée ou est-ce que le film n’est pas si bon que ça ? Pour ma part, je dirais qu’il y a probablement un peu des deux. Certes, c’est vrai qu’on aurait pu retrouver Selma dans certaines catégories (notamment pour « meilleur acteur » mais bon il y avait quand même une sacrée concurrence), le film n’est pas plus mauvais que d’autres biopics présents aux Oscars. Cependant, j’ai quand même trouvé Selma moyen, disons qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup moins.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson

Ma première impression, en commençant à regarder ce film, n’a pas été très bonne, je dois être honnête. En fait (dites-moi si vous avez ressenti ou non la même chose que moi), j’ai l’impression que c’est le genre de films qui s’adresse (ici) surtout au public américain. Je veux dire, j’avais beau connaître des choses sur Martin Luther King, j’ai mis quand même quelques minutes à entrer dans l’histoire, à comprendre vraiment qui était qui, quand l’histoire se déroulait, le contexte exact… De plus, le film ne commence pas directement avec des informations affichées pour aider le public à situer les moments précis de l’histoire. Après, au fil des scènes, je me suis sentie plus à l’aise avec l’histoire mais c’est vrai que j’ai mis du temps à entrer tout simplement dans le film. Ce qui est très paradoxal, malgré selon moi un petit problème de contextualisation, le film reste tout de même très bavard, cela devient rapidement pénible et du coup on sent les quelques longueurs (en plus, le film dure plus de deux heures). Cependant, j’ai trouvé la seconde partie du film plus intéressante que la première, tout simplement parce qu’il y a plus d’action (même si on retrouve forcément des discours – on parle quand même du grand orateur qu’était Martin Luther King). Il faut dire que la réalisatrice s’en sort bien quand elle filme la lutte des Noirs pour obtenir leurs droits et surtout (puisqu’ils avaient déjà acquis certains droits) pour les mettre en oeuvre sans se faire tabasse gratuitement par les Blancs. Les scènes de combat et de marche sont pour moi très réussies et remontent pas mal le niveau général du film. On sent tout simplement la réalisatrice Afro-américaine concernée, il y a beaucoup de force et de sincérité dans ce type de scènes et du coup Selma est parfois très émouvant, je reconnais même avoir versé quelques (petites) larmes à la fin du long-métrage (mais je pleure pour rien, vous allez me dire). Je trouve aussi qu’elle a su mettre en avant (de tête) deux discours de King dans le sens où elle a réussi à montrer à quel point la parole pouvait aussi être une arme.

Selma : Photo Carmen Ejogo, David Oyelowo

Après, en dehors de ça, la mise en scène n’est pas pour moi spécialement bonne, on a l’impression que la réalisatrice a posé sa caméra et filme ses acteurs bavarder dans le vide, je n’ai pas toujours senti d’efforts, en tout cas c’est filmé platement ce qui est fortement dommage face à un tel sujet. Heureusement qu’il y a la reconstitution des années 1960 (avec les décors, les costumes et tout ça) ainsi qu’une élégante photographie qui comblent pour moi ces lacunes. Selma est aussi pas mal sauvé par la fabuleuse interprétation de David Oyelowo : on a vraiment l’impression de voir Martin Luther King. Je ne parle pas que de physique mais de la manière de s’approprier du personnage, son charisme, la manière de s’exprimer. Il ne se contente pas de l’imiter, il arrive à être émouvant mais sans en faire des caisses et surtout à être imposant, à être crédible en tant que leader. Son interprétation est intéressante car je trouve qu’on voit bien les deux aspects de la personnalité de King, c’est-à-dire d’un côté dans la sphère privée, de l’autre la publique. Dans l’ensemble, les seconds rôles sont également tous convaincants. Enfin, j’ai bien aimé la bande-originale, qui colle bien aux images et à l’histoire en général, et donne aussi une certaine dynamique à ce film qui en manque parfois un peu. La chanson Glory de Common et John Legend est magnifique, je suis ravie qu’elle ait remporté l’Oscar de la meilleure chanson, surtout que je trouve qu’elle représente vraiment bien le film. Pour conclure, je n’ai pas toujours été convaincue par Selma mais il possède quelques atouts indéniables dont quelques beaux moments d’émotion et surtout c’est tout de même bien de le découvrir une fois car je pense qu’il s’agit malgré tout d’un film nécessaire.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Arbittan, Medi Sedoun, Frédéric Chau, Noom Diawara, Elodie Fontan, Frédérique Bel, Julia Piaton, Emilie Caen, Pascal N’Zonzi, Salimata Kamate, Tatiana Rojo, Elie Semoun…

Comédie française. 1h37. 2013.

sortie française : 16 avril 2014

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?

Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt « vieille France ». Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit…Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois.
Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Chantal Lauby, Christian Clavier, Frédérique Bel, Julia Piaton, Medi Sadoun

Philippe de Chauveron est le réalisateur et / ou scénariste de comédies françaises parfois sympathiques (Neuilly-sa-mère), passables (Les Parasites) ou médiocres (La Beuze). On pouvait alors facilement redouter le résultat du dernier film qu’il a réalisé, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui enregistre à l’heure actuelle sept millions de spectateurs. Mais heureusement le film est une jolie réussite, plutôt loin des comédies ratées moyennes qu’on sert habituellement en France. La religion est au coeur de ce film, ce qui est assez casse-gueule. Le film utilise des clichés, mais ce n’est pas bien méchant ni raciste (contrairement à ce que racontent certains journaux ces derniers temps). On pourrait même reprocher au film de ne pas aller assez loin, que ce soit dans l’humour ou dans les situations des personnages : en effet, les gendres sont quand même bien « intégrés » (la scène où ils chantent la Marseillaise est plutôt significative) et même s’ils appartiennent à une communauté religieuse et qu’ils pratiquent certains dogmes (la circoncision, le fait de ne pas manger de porc etc…), la religion n’est pas pour eux une barrière pour vivre « normalement » dans la société française.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Chantal Lauby, Christian Clavier

Maintenant, on ne va pas non plus trop se plaindre. C’est déjà bien qu’un film, grand public, produit par TF1, puisse rire des confrontations religieuses et ethniques, c’est même déjà en soi quelque chose qui est osé. Le « message » de tolérance passe en tout cas comme une lettre à la poste. La fin s’approche un peu du monde des Bisounours mais l’ensemble est tellement drôle qu’on oublie un peu cet aspect niais, qui aurait pu plomber le film. Sincèrement, j’ai quand même ri volontiers aux aventures mouvementées des Verneuil. J’ai trouvé l’humour très efficace. Le film en lui-même est très plaisant, divertissant et rythmé. Quand on se met à leur place, c’est quand même pas de bol que leurs trois premières filles épousent des hommes éloignés de leur confession religieuse. Les Verneuil ne veulent pas avouer qu’ils sont racistes, tout comme d’ailleurs leurs gendres. Mais après une grosse dispute familiale, la grande famille se réconcilie et chacun fait des efforts pour qu’il puisse y avoir une bonne entente. Cependant, l’arrivée du futur époux de la quatrième fille Verneuil va tout remettre en question, notamment sur leur vision de la tolérance.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Ary Abittan, Christian Clavier, Frédéric Chau, Medi Sadoun

Les Verneuil pouvaient vaguement « justifier » leur racisme à cause de la religion. Mais Charles, ce nouveau gendre, est bien catholique, mais il y a un « hic » : il est Noir. Eux, bons catholiques, doivent accepter l’autre, même s’il est différent. Ce personnage remet alors toutes leurs idées en question. M. et Mme Verneuil sombrent dans une sorte de dépression et leurs trois gendres, qui commençaient à apprécier cette bonne entente, vont tout faire pour foirer le mariage de Laure et Charles. Pour ne rien arranger, le père de Charles est également raciste (même si on va s’apercevoir qu’il n’est pas si différent du père de Laure). En bref, ce qui est vraiment plaisant dans ce film, c’est que tout le monde en prend pour son grade. Du coup, l’aspect « gentillet » s’efface peu à peu. Le casting est également dans l’ensemble à la hauteur. Depuis quelques années, Christian Clavier enchaînait les daubes et ne semblait plus inspiré. Cependant, dans ce film, l’acteur nous prouve bien que son talent n’a pas disparu et qu’il est encore capable du meilleur. Dans la deuxième partie du film, sa confrontation avec le père de Charles, joué par un excellent Pascal N’Zonzi, est particulièrement explosive. J’ai également beaucoup aimé Chantal Lauby, drôle mais aussi touchante et sincère. Le trio Ary Arbittan-Medi Sedoun-Frédéric Chau, dont la complicité saute aux yeux, est également très drôle et énergique. Quant à Elodie Fontan, Frédérique Bel, Julia Piaton et Emilie Caen, qui interprètent les filles Verneuil, elles sont un peu plus en retrait mais elles restent suffisamment convaincantes.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Ary Abittan, Elodie Fontan, Emilie Caen, Frédéric Chau, Frédérique Bel

Amour sur place ou à emporter

réalisé par Amelle Chahbi

avec Amelle Chahbi, Noom Diawara, Aude Pepin, Pablo Pauly, Sébastien Castro, Nader Boussandel, Marie-Julie Baup, Fabrice Eboué, Biyouna, Claudia Tagbo…

Comédie française. 1h25. 2013.

sortie française : 28 mai 2014

 

Amour sur place ou à emporter

Amelle et Noom sont deux jeunes trentenaires que tout oppose et que le destin va réunir. Amelle est sérieuse, manager au Starbucks, dynamique. Noom est en dilettante, malin, et apprenti comique.
Tous deux victimes de déceptions amoureuses, ils ont juré qu’on ne les y prendra plus.
Amour sur place ou à emporter : Photo Amelle Chahbi, Noom Diawara
A l’origine, Amour sur place ou à emporter était une pièce de théâtre mise en scène par Fabrice Eboué dans laquelle on retrouvait déjà dans les rôles principaux Amelle Chahbi et Noom Diawara. En adaptant cette pièce, Amelle Chahbi (vous savez, celle qui squatte avec tous ses potes le plateau de Vendredi, tout est permis) passe pour la première fois derrière la caméra. Je n’ai jamais regardé la pièce en entier, en revanche j’avais déjà vu quelques extraits que j’avais trouvé drôles. Malheureusement, l’adaptation de la pièce n’est pas une réussite. Je ne peux pas dire que je suis déçue vu que je n’attendais rien de ce film et que je suis allée le voir un peu par hasard avec une copine. Ce film est pour moi raté principalement à cause d’une chose : ce n’est pas vraiment drôle. Or, il s’agit tout de même avant tout d’une comédie. Evidemment qu’il y a quelques répliques qui font sourire (notamment les vannes racistes que chacun balance à l’autre), quelques situations marrantes (par exemple, la scène de la piscine) ou même certains personnages plutôt « drôles » (Jeff sorte de psychopathe du Starbucks, Sami le pseudo tombeur qui va changer radicalement de look par amour ou le prof de danse obsédé par les fesses) mais on ne peut pas dire qu’on rit de bon coeur. Malheureusement, les bonnes idées ne permettent pas de faire un bon film.
Amour sur place ou à emporter : Photo Amelle Chahbi
Amour sur place ou à emporter se casse souvent la gueule. Il accumule beaucoup de clichés ainsi qu’une impression de déjà-vu : en effet, la première rencontre est catastrophique, puis le couple s’aime, mais des obstacles les empêchent de s’aimer, heureusement à la fin ils se retrouvent (quoi, je vous ai tout révélé ?! c’est pas grave). De plus je l’ai parfois trouvé vulgaire et possédant quelques petits problèmes de rythme. Mais surtout il n’arrive pas à faire rire car il tombe trop dans la romance, c’est même très mielleux. Ce choix est assez étonnant vu comme les personnages se balancent des vacheries. Le film s’en sort un peu mieux lorsqu’il veut dénoncer le racisme même si encore une fois on tombe encore dans les clichés et surtout la dénonciation n’est pas autant pertinente que dans Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (dans lequel on retrouve au générique Diawara). Les acteurs sont plutôt plaisants, sympathiques et énergiques, à commencer par le duo formé par Amelle Chahbi et Noom Diawara, même si leurs personnages peuvent aussi parfois agacer (elle voit du racisme même quand il n’y en a pas, lui est un obsédé sexuel mais censé trop amoureux de sa nouvelle petite amie). Sébastien Castro en taré, Nader Boussandel en dragueur lourdingue, Fabrice Eboué en prof de danse ou encore Biyouna en grand-mère traumatisante sont également convaincants. Hélas, ils n’arrivent pas à remonter le niveau de cette comédie faiblarde et peu originale. 
Amour sur place ou à emporter : Photo Amelle Chahbi, Noom Diawara