La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

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Tu ne tueras point

réalisé par Mel Gibson

avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, Sam Worthington, Hugo Weaving, Rachel Griffiths, Luke Bracey, Richard Roxburgh…

titre original : Hacksaw Ridge

Film de guerre, drame, biopic américain, australien. 2h11. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

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Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

On ne va pas juger l’homme qui a pu défrayer la chronique par le passé (en espérant tout de même qu’il ait changé) mais uniquement l’artiste, extrêmement talentueux, que ce soit devant ou derrière la caméra. Dix ans après le très bon Apocalypto, Mel Gibson revient en force avec Tu ne tueras point, présenté récemment à la Mostra de Venise. Le film est tiré d’une formidable histoire vraie, celle de Desmond Doss, très fervent adventiste du septième jour, refusant de toucher une arme sur le front. Il fut le premier objecteur de conscience à avoir reçu la Médaille d’or après avoir sauvé 75 hommes seul lors de la bataille d’Okinawa. Un sacré exploit de la part de la « Brindille » de sauver autant de gens sans armes, en suivant ses convictions, surtout que les infirmiers étaient des cibles encore plus privilégiées. Le film rend hommage à cet homme de conviction qui est toujours resté modeste et n’a jamais souhaité se mettre en avant, même après tant de bravoure au combat. Pour la petite anecdote, Desmond Doss a refusé de voir son histoire transposée en film pendant des années, de peur que ça mette en l’air toutes ses valeurs. Il n’a accepté que cette proposition quelques mois avant sa mort en 2006 à l’âge de 87 ans. L’histoire en elle-même est formidable mais nous savons bien que parfois cela ne suffit pas à créer de bons films. Mais Mel Gibson et un des scénaristes de la série The Pacific Robert Schenkkan (également lauréat du Pulitzer pour sa pièce Kentucky Cycle et du Tony Award pour la pièce All The Way) ont su retranscrire ce récit pour en tirer quelque chose de brillant, que ce soit en terme d’émotion et de réflexion. Tu ne tueras point (en VO Hacksaw Ridge, qui représente dans le film la falaise où se déroule le combat) est pour moi déjà un grand film parvenant parfaitement à mêler histoire individuelle et histoire collective. La division du long-métrage en deux parties distinctes est assez pertinente de ce point de vue en question (même si au fond on pourra aussi compter une 3e partie : celle du combat contre l’administration). La première partie présente une certaine (fausse) candeur (même si on comprend d’emblée les moments de souffrance dans la vie de Desmond lui permettant de choisir de ne pas combattre avec une arme), la seconde est à la fois héroïque et insoutenable par la violence des images.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield, Teresa Palmer

La construction du scénario est intéressante pour plusieurs raisons. La première raison est celle de donner de la consistance au personnage de Desmond Doss. Il n’y a pas d’ambiguïté chez ce personnage dans le sens où il est jusqu’au bout courageux, ayant le mérite de suivre ses convictions même durant la barbarie la plus inimaginable. Cela aurait pu être superficiel de se concentrer sur l’extrême bonté de cet homme mais le scénario, en procédant par étapes (certains éléments, parfois anodins, serviront plus tard au récit), montre bien qu’on ne peut pas avoir une telle foi du genre au lendemain, qu’il y a de nombreux facteurs qui construisent l’identité d’un individu. La seconde raison est celle de montrer l’horreur inattendue de la guerre, créant une sorte de contraste avec la vision utopique (mais possible) de Desmond. Dès la première partie, notamment à travers le père du héros, un alcoolique violent traumatisé par la Première Guerre Mondiale, on connait clairement les dangers de la guerre et des risques que va prendre Desmond. Lui-même sait à quel point il prend des risques, il n’est pas non plus inconscient (même si certains pensent le contraire, d’où la partie où il doit confronter sa pensée avec celle de l’administration militaire). On a beau savoir à quel point la guerre est atroce, elle dépasse pourtant tout ce dont on pouvait imaginer. Les images sont vraiment horribles, il n’y a aucun mot asses fort pour décrire la barbarie qu’a su retranscrire Mel Gibson. Le réalisateur n’a jamais fait de concession en ce qui concerne la violence et il le prouve de nouveau. On aurait pu craindre le trash pour le trash ou encore le voyeurisme, mais ce n’est pas le cas. C’est juste une envie d’être le plus réaliste possible, de ne pas édulcorer les faits. Les séquences en question sont monumentales, entre cette violence insupportable et les actes de bravoure de Doss qui ne baissent jamais les bras. Je ne suis pas forcément friande de films de guerre. Lorsque je les apprécie, je suis évidemment souvent sonnée par la violence et les scènes spectaculaires mais c’est vraiment la première fois que je suis émue devant un film de ce genre. A partir de l’attaque à Hacksaw Ridge, croyez-moi, j’ai pleuré jusqu’à la fin (les larmes à la fin de la séance se transformant en fontaine).

Tu ne tueras point : Photo Hugo Weaving

Tu ne tueras point n’est pas qu’une réussite émotionnelle, mais aussi esthétique. Le résultat est juste époustouflant dans sa reconstitution de la guerre, notamment en ce qui concerne les décors, les costumes ou le soin accordé à la photographie par exemple. Certaines séquences sont d’une incroyable virtuosité, nous permettant d’être en immersion dans l’action. En fait, je n’ai pas eu la sensation d’avoir regardé un film mais de l’avoir vécu. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale (qui aurait dû être composée par le regretté James Horner) signée par Rupert Gregson-Williams. Certains reprocheront quelques symboles christiques mais ils trouvent selon moi bien leur place dans le récit, ce choix m’a paru cohérent. Quant à la fin, avec les images d’archive, je reconnais que ça pourrait sembler de trop mais le film en lui-même est tellement bon qu’on ne s’attarde pas non plus sur ce point d’autant plus compréhensible si on est admiratif du véritable parcours de Desmond Doss (comment ne pas l’être ?). Dans le rôle principal, Andrew Garfield livre une sublime interprétation. Il a su trouver le ton juste pour interpréter ce personnage candide et attachant sans tomber dans la caricature. Le reste du casting (beaucoup d’australiens dans le lot, comme Gisbon) est également très bon : dans les seconds rôles, on remarquera en particulier Rachel Griffiths en mère amante et malmenée et Hugo Weaving méconnaissable en père alcoolique et violent (mais paradoxalement n’est pas juste une brute méchante, son personnage est également bien creusé de ce côté-là). Vince Vaughn, plutôt habitué aux comédies, s’en sort bien en sergent au langage fleuri (son personnage m’a fait penser au sergent du même type dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick). Cela faisait un moment qu’on n’avait plus réellement vu Sam Worthington ce qui est assez regrettable, le bonhomme en question s’en sort finalement bien tout comme Teresa Palmer qui a également le mérite de ne pas passer pour une potiche. Je ne sais pas du tout comment les choses vont se passer, si Hollywood (je parle précisément des Oscars – même s’il n’y a pas que ça dans la vie et heureusement) va enfin pardonner à Gibson et admettre à quel point le travail qu’il a fourni est merveilleux, signant pour son retour un grand film (n’ayons pas peur des mots).

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield