A Beautiful Day

réalisé par Lynne Ramsay

avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, Alex Manette, Judith Roberts…

titre original : You Were Never Really Here

Thriller, drame américain, britannique, français. 1h30. 2017.

sortie française : 8 novembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

 

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

A Beautiful Day : Photo Ekaterina Samsonov

Je ne suis pas la seule à pousser mon coup de gueule mais je ne peux pas m’empêcher de râler contre ce titre « français ». Certes, je peux comprendre que le titre original You Were Never Really Here, même traduit, soit problématique d’un point de vue « marketing ». Déjà, nous coller un titre anglais en guise de traduction reste pour moi une énigme. Mais en plus, une fois qu’on s’est tapé tout le film, on « comprend » enfin (en s’étouffant à cause de la stupidité globale de l’idée) pourquoi ce titre A beautiful day a été choisi. Je gueule aussi contre les critiques qui l’ont abusivement comparé à Taxi Driver (c’est notamment écrit sur l’horrible affiche rouge la moins vendeuse possible « Le Taxi Driver du 21e siècle »). Certes, il y a une histoire d’ancien soldat qui tente de sauver une prostituée. Oui, nous trouvons aussi dans l’oeuvre de Ramsay des références et hommages au cinéma des années 70. Mais ça s’arrête là, faudrait vous calmer les gars. Revenons donc au film. Ce long-métrage de Lynne Ramsay (qui avait signé le poignant We need to talk about Kevin) adapte le roman éponyme (enfin par rapport au titre original) de Jonathan Ames. Pour les fans de la formidable série (encore trop méconnue) Bored to Death, le nom de l’écrivain fera forcément sourire : Ames, également créateur de la série, avait inspiré le personnage du même nom dans cette série enjouée et barrée. Je n’ai jamais lu ses romans mais après avoir regardé les trois saisons, j’ai du mal à l’imaginer écrire un univers sombre. Je ne sais pas ce que donne le roman, je ne peux que juger le travail de Lynne Ramsay tel quel sur l’écran. Et malheureusement, je ne comprends absolument pas l’enthousiasme autour de ce film : petit rappel, il a remporté tout de même deux prix au dernier festival de Cannes (prix d’interprétation masculine et prix du meilleur scénario). Certes, Joaquin Phoenix livre une très bonne interprétation et même heureusement qu’il est là (oui, je fais des jeux de mots pourris avec le titre VO). Mais très honnêtement, sa performance ne m’a pas non plus époustouflée au point de lui donner une telle récompense. Je l’ai vu tellement mieux dans d’autres films ! Quant au prix du meilleur scénario, il s’agit pour moi de l’énigme de l’année. Où est le scénario ? Certes, la réalisatrice semble avoir privilégié une expérience davantage sensorielle : pourquoi pas après tout. Mais il y a un moment où ce « scénario » tenant sur un timbre-poste plombe considérablement le film manquant cruellement de consistance.

A Beautiful Day : Photo Ekaterina Samsonov, Joaquin Phoenix

On ne sait pratiquement rien sur les personnages (surtout le principal) : certes, on tente de deviner par bribes ce qui hante Joe et pourquoi il tient absolument à sauver cette gamine, fille d’un sénateur aux proies d’un réseau de politiciens pédophiles (et Joe ayant certainement été victime de violences durant son enfance de la part de ses parents). Certes, je comprends la démarche de la réalisatrice : les fantômes du passé resurgissent sur le présent, littéralement comme des flash. Mais son montage sur-épileptique finit par lasser et être contre-productif. On pourrait croire qu’il rythme le film mais finalement je me suis énormément ennuyée face à une histoire hyper bateau et creuse, où on ne répond absolument jamais à aucune interrogation alors que les portes ouvertes pour appréhender la psychologie du personnage principal restent trop nombreuses. Le film ne dure qu’1h30, j’avais l’impression qu’il en durait 3 : ce n’est pas jamais bon signe. Cela est regrettable car j’aurais aimé être touchée par cette rencontre atypique entre ces deux êtres a priori différents (milieux, sexe, âge) aux enfances brisées. La réalisatrice passe selon moi à côté de cet aspect qui aurait pu être formidable et puissant principalement par abus d’effets esthétiques et par envie d’aller trop à l’essentiel dans sa narration. Pour ne rien arranger, certaines scènes tournent parfois à la caricature (la scène où Phoenix pleure après avoir encore pété la gueule à des méchants m’a limite fait rire). Cela dit, même si je n’ai pas aimé ce film qui n’a pas réussi à me transporter, je reconnais deux qualités. La première est sa bande-originale. Certes, beaucoup de gens savent que j’adore Jonny Greenwood (et globalement Radiohead), peut-être que je parle comme une pure fan ou j’ai peut-être tenté de me raccrocher à ça. Cela dit, je trouve qu’il est toujours aussi à l’aise dans son travail de compositeur de bandes-originales de films, qu’il tente quelque part de faire surgir une émotion hélas absente. Enfin, appuyée par une jolie photographie, la mise en scène est réfléchie, soignée et précise. Certes, je ne trouve pas, à cause d’une absence de scénario et d’un montage agaçant, qu’elle relève le niveau du film mais on ne peut pas l’ignorer. Le film a l’air sans cesse violent (c’est certainement le seul « mérite » de ce choix de montage qui trouve ses limites) pourtant cette brutalité est pratiquement suggérée le trois-quart du temps, notamment par l’utilisation du hors-champ.

A Beautiful Day : Photo

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Jackie / T2 Trainspotting

Jackie

réalisé par Pablo Larrain

avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt, Richard E. Grant, John Carroll Lynch…

Biopic, drame américain. 1h40. 2016.

sortie française : 1 février 2017

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Jackie : Photo Natalie Portman

Ayant adoré No, j’avais envie de regarder Jackie pour son réalisateur Pablo Larrain. Jackie marque alors la première excursion du réalisateur chilien aux Etats-Unis (et dans un film tourné en langue anglaise). Co-produit par Darren Aronofsky, Jackie a remporté le Lion d’Argent du meilleur scénario à la Mostra de Venise en 2016 : ce scénario de Noah Oppenheim faisait partie de la Blacklist des scénarios les plus prometteurs en 2010. Jackie n’est pas un film sur la vie de la célèbre First Lady mais plutôt sur ce qu’elle a vécu et ressenti suite à l’assassinat de son mari : comment gérer son deuil (qui fait partie de l’ordre de l’intime) quand on est une personnalité publique fait notamment partie des interrogations présentes dans ce long-métrage. Par son montage fragmenté permettant de sortir d’un schéma linéaire habituel au biopic, le long-métrage ne se veut pas totalement linéaire. Via plusieurs échanges entre le journaliste récompensé par le Pulitzer Theodore H. White incarné par Billy Crudup (Jackie Kennedy lui avait demandé d’écrire un article sur son époux dans lequel il devait établir un parallèle entre son statut de président et la légende du Roi Arthur – ce qu’on retrouve bien dans le long-métrage) et son prêtre (un des derniers rôles du regretté John Hurt), Jackie se livre notamment à travers une rétrospective des événements. Pablo Larrain tente de sortir des sentiers battus en proposant autre chose au biopic traditionnel : son intention est plus que louable. Cela dit, je n’ai pas été convaincue des masses : finalement, j’ai tout de même eu l’impression d’être face à un film académique même si sur la forme il ne veut pas l’être. Je me suis demandée où était passé le talent de Larrain dans ce film qui a peut-être des idées mais qui est rapidement vain. J’ai parfois eu l’impression que ce montage en question, revenant finalement sans cesse sur les mêmes événements qu’on connait tous (la reconstitution est certes de qualité) était un moyen pour cacher un scénario pas si intéressant que ça. Il faut dire que cette narration n’est pas non plus mise en valeur par un ton vraiment trop froid et un rythme assez lent. Les interrogations de Jackie ne m’ont pas semblé plus approfondies que ça et par conséquent, le personnage ne m’a pas paru très intéressant. Je ne vais pas non plus vous mentir : j’ai énormément de mal avec le jeu de Natalie Portman. Sa performance, qui se veut dans la retenue, n’est pour moi pas très réussie dans le sens où elle n’apporte aucune émotion à son personnage. Par ailleurs, je n’ai jamais réussi à voir Jacqueline Kennedy à l’écran mais simplement Portman voulant vaguement ressembler à Kennedy. Restent tout de même une jolie reconstitution des années 60, notamment par le 16 mm, et une bande-originale de Mica Levi intéressante. 

Jackie : Photo Natalie Portman


T2 Trainspotting 2

réalisé par Danny Boyle

avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Anjela Nedyalkova, Irvine Welsh, Kelly Macdonald, Shirley Henderson…

comédie dramatique britannique. 1h57. 2017.

sortie française : 1 mars 2017

D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison.
Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non.
Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer.
Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent.
Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse…

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle

Cette suite du film culte n’a failli jamais voir le jour à cause d’une dispute entre Danny Boyle et Ewan McGregor (Boyle avait préféré choisir Leonardo DiCaprio à la place de McGregor pour La Plage, ce dernier lui en a voulu) qui se sont réconciliés très récemment. A l’origine, un deuxième film était logique puisque le roman Trainspotting d’Irvine Welsh (de nouveau présent dans le casting dans le rôle d’un dealer) était lui-même suivi d’une suite intitulée Porno. Cela dit, ce T2 Trainspotting se base sur un scénario original et non sur la fameuse suite écrite par Welsh. Si j’adore toujours autant le film des années 1990, ce retour des junkies écossais m’a énormément déçue. Le premier volet était d’une énergie pimpante, celui-ci est d’une mollesse exaspérante. Certes, les personnages ont vieilli (et ce thème est donc omniprésent dans ce volet) mais cela n’excuse pas non plus tout. En clair, je me contrefichais totalement du devenir de Rent et sa bande. Seul Spud (incarné par le sous-estimé et mal employé Ewen Bremner) est celui qui suscite un peu d’intérêt. Danny Boyle est tombé dans le piège de la nostalgie à outrance (en nous faisant trop de rappels au premier, en mode « ahhhhh le bon vieux temps » comme un grand-père), celle qui n’est pas tendre mais qui agace. Le style de Boyle est connu pour être clinquant : s’il a été bénéfique pour certains de ses films dont justement Trainspotting, il l’est beaucoup moins ici. Trainspotting est certes un film tape-à-l’oeil (cela ressemble à une insulte mais ce n’est pas le cas) mais l’esthétique était cohérente avec les années 1990 et tout son discours sur cette époque par rapport à une jeunesse écossaise complètement paumée. Ici, le style habituel de Boyle paraît inadapté par rapport aux années 2010 : par conséquent, la mise en scène paraît plus ringarde qu’autre chose. Surtout, le véritable problème de ce T2 Trainspotting est son scénario : en dehors de ces quelques pseudo moments rétrospectifs pas intéressants pour un sou, ce scénario ne raconte finalement pas grand-chose une fois les retrouvailles passées : on s’en fout complètement de ce qui peut se passer en terme d’intrigue. En fait, j’ai eu la sensation de voir une succession de scènes qui ne parvenaient pas à être cohérentes entre elles. Même les choix musicaux, qui avaient aussi participé au succès du premier opus, ne sont pas pertinents : on ne se souvient même pas d’un extrait musical même une minute après son passage. Bref, quel immense gâchis !

T2 Trainspotting : Photo Ewen Bremner

120 battements par minute

réalisé par Robin Campillo

avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Aloïse Sauvage, Catherine Vinatier…

Drame français. 2h20. 2017.

sortie française : 23 août 2017

 

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Impossible d’être passé à côté du chouchou du festival de Cannes 2017 (présidé par Pedro Almodovar qui souhaitait lui-même qu’il ait le prix suprême), 120 Battements par minute, certainement le grand favori de cette édition et reparti avec le Grand prix du jury. On ne va pas tourner autour du pot : je n’aurais pas gueulé s’il avait remporté la Palme (même si je défends passionnément The Square – vous aurez mon billet sur ce dernier le jour de sa sortie) et on peut comprendre la déception de certains spectateurs. Je n’étais pourtant pas tout à fait confiante en allant le voir : si j’avais apprécié le travail de Campillo en tant que scénariste (Entre les murs de Laurent Cantet), je gardais un souvenir douloureux de son premier long-métrage Les Revenants (film qui a donc inspiré la série de Canal +). Surtout je me méfie toujours un peu quand il y a justement un peu trop d’enthousiasme autour d’un film. Le titre fait référence à la house music, qui est à 124 battements par minute. Le réalisateur explique alors qu’elle accompagnait les années 1990 et surtout « c’était une musique festive et inquiète, comme la situation vécue par la communauté gay de l’époque » (source : Allocine). 120 battements par minute est un film fonctionnant sans cesse sur un rythme binaire (le titre semble avoir encore plus de sens) pour rendre le tout d’une rare densité et complexité sur différents niveaux. Le film s’intéresse dans un premier temps à l’action d’Act Up-Paris, une association militante luttant contre le Sida. Campillo s’est très bien documenté et même plus que cela : il était lui-même adhérent de l’association en 1992. Je n’aime pas dire qu’il y a une approche documentaire parce que je trouve qu’on utilise (et je m’inclus dans ce « on ») cette expression à force à tort et à travers mais il est certain que Campillo a retranscrit les RH (réunions hebdomadaires) avec un réalisme déconcertant. Petit à petit, à force de s’intéresser aux débats, aux réflexions et aux actions de ce mouvement, le film recentre son intrigue autour de la romance émouvante (et jamais niaise) entre Sean et Nathan. J’avais entendu parler des scènes de sexe avant d’aller voir le film et je craignais de revoir sur nos écrans le retour de La Vie d’Adèle.

Les scènes sexuelles sont en réalité très réussies, artistiques (elles s’insèrent notamment dans la narration lorsque Nathan et Sean racontent comment ils se sont faits contaminés), tout en étant assez réalistes et surtout honnêtes : je ne les ai jamais senties gratuites et elles ne créent pas le malaise. Elles sont toutes filmées dans le noir, on a juste le temps de percevoir des formes, suffisamment pour qu’on puisse deviner et savoir ce que font les personnages (la pudeur du film ne se limite d’ailleurs pas au sexe mais aussi dans la décomposition des personnages face à la maladie). Bref, par cette organisation en forme d’entonnoir, où on part sur une forme globale pour après creuser davantage sur un point particulier, le long-métrage parvient alors à prendre en compte à la fois les voix singulières et plurielles, c’est-à-dire qu’on part a priori sur le combat politique collectif pour aider les séropositifs, notamment les plus démunis (drogués, prostitués, prisonniers) puis le film tend davantage sur le combat individuel à partir de la lutte quotidienne contre la maladie et la mort. Parmi le collectif, je tiens aussi à souligner qu’il n’était pas évident qu’on s’intéresse à certains membres d’Act-Up : les personnages auraient pu être très bâclés et inexistants. Pourtant, même s’ils restent évidemment secondaires, ils parviennent tous à exister à l’écran et ils permettent aux spectateurs de croire encore plus au fonctionnement de l’association durant les débats et ses actions. Justement, revenons sur ces débats et actions. Là encore, on notera un parallèle entre tous les bruits possibles (les fabuleuses joutes verbales, la techno, les cris de slogan) et ce silence de mort (notamment au générique de fin). Les réunions et les manifestations permettent aussi d’exposer plusieurs points de vue possibles alors que tous combattent la même chose. Ainsi, la violence est-elle nécessaire pour faire entendre sa voix et faire bouger la société ? Faut-il privilégier le dialogue ? Le dialogue est-il nécessairement incompatible avec des actes marquants mais proches de l’agressivité ? En tout cas, ces échanges et de ces actes médiatisés montrent la même idée d’urgence absolue : dans les assemblées générales, il y a tout un système fait pour ne pas perdre du temps (on claque des doigts quand on est d’accord avec l’intervention de quelqu’un pour ne citer que cet exemple).

120 battements par minute : Photo Adèle Haenel

120 Battements par minute est aussi un magnifique film plein de vie qui côtoie pourtant sans cesse la mort jusqu’à la dernière minute. Si la mort est inévitable face à une maladie aussi atroce (la décomposition des corps est notamment bien représentée), la vie et le combat doivent continuer avant tout, pour les autres, pour que la société avance : encore une fois, le collectif n’est pas jamais oublié même dans l’individuel et vice-versa. Le long-métrage parvient aussi à livrer un discours très universel dans lequel le contexte historique ne prend pas le dessus sans être non plus oublié. On plante très rapidement le décor : on ne mentionne pas réellement la période, on a juste quelques indices (on nous parle de Mitterand, de l’affaire du sang contaminé, on voit aussi très rapidement une Game Boy) qui nous font comprendre que l’histoire se déroule au début des années 1990 mais c’est tout. Le film n’a pas de volonté de retracer une page de l’histoire, le passé n’est jamais réellement passé : le combat continue, la vie continue aussi et les malades seront toujours confrontés aux mêmes faits et interrogations. Le casting est impeccable, pas une seule fausse note, tout le monde est crédible : on a vraiment l’impression d’être face à des militants tout en leur donnant justement plus de consistance qu’à un simple rôle fonctionnel. Je dois tout même avouer avoir eu un véritable coup de coeur pour l’acteur argentin Nahuel Perez Biscayart (prochainement à l’affiche de Au-revoir, là haut d’Albert Dupontel), certainement une des révélations de l’année. Il est finalement à l’image de tout ce qui est mis en place dans le film : il est bouleversant dans les scènes où il est confronté à la maladie et terriblement lumineux, énergique et même drôle quand il est le personnage « public » durant les RH et autres actions menées. Bénéficiant d’un scénario et d’une mise en scène parvenant tous les deux à travailler sur plusieurs niveaux sans s’embrouiller, 120 battements par minute est un film poignant sur une jeunesse qui ne demande qu’à vivre, à vibrer, à aimer malgré la douleur, les pleurs et les guerres à mener. 120 battements par minute : Photo

 

A bras ouverts

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein, Cyril Lecomte, Nanou Garcia…

Comédie française. 1h32. 2016.

sortie française : 5 avril 2017

Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « A bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Je ne comptais pas aller regarder A bras ouverts, encore moins au cinéma, surtout après avoir lu et vu de nombreuses critiques plus que négatives à son égard, notamment celle de InThePanda. Ma mère (pas facho et que j’aime beaucoup au passage) s’en est mêlée : elle est gentille mais elle aime beaucoup (trop) toutes ces comédies franchouillardes que je rejette tant. Et elle a un don particulier pour me laisser convaincre de l’accompagner. Malheureusement, comme prévu, les mauvaises critiques avaient vu juste. Le point de départ était pourtant « intéressant » dans le cadre d’une comédie, même s’il n’est pas non plus bien révolutionnaire : pousser des gens soi-disant ouverts d’esprit face à leur réel état d’esprit. Les dix premières minutes passent à peu près : nous sommes face à une caricature (certes pas très fine mais ça passe) d’une sorte de BHL qui parle beaucoup (surtout pour bien se faire voir et booster les ventes de son livre), on peut même dire qu’il est une sorte de donneur de leçons mais qui n’applique pas ses propres théories jusqu’au jour où il est pris au piège par un opposant politique (là ici une sorte de caricature du FN). Dans le même genre, autant privilégier l’excellent Devine qui vient dîner… de Stanley Kramer ou même plus récemment le plutôt sympathique Le Grand Partage d’Alexandra Leclerc qui ont le mérite de montrer une vraie confrontation des personnages face à la banalisation de leur pensée raciste et surtout une remise en question. C’est le principal problème de A bras ouverts (qui devait s’intituler à l’origine Sivouplééé… oui on sentait déjà le coup foireux venir) : en dehors du fils (même si cela reste minime), on ne remet pratiquement jamais en question le couple Fougerole. Ils sont racistes et finalement tout leur donne raison ! Après tout, Babik est un personnage qui n’est jamais attachant. Sa caricature est très ratée dans le sens où son humanité reste assez minime et n’efface pas les défauts qui l’entourent : il est méchant, violent, misogyne, sale et parle comme un demeuré (et non comme un étranger) et encore je n’ai pas tout dit. Sa famille est également complètement barge (dans le mauvais sens du terme), notamment avec le type atteint mentalement et qui fout sa merde littéralement avec son cochon. La seule fois où Babik se montre à peu près humain est lorsqu’il empêche Erwan (qui intègre le groupe des Roms après avoir été expulsé de chez lui) de séduire et de coucher avec la femme de Jean-Etienne. Mais tu sens que c’est un peu ici un vague prétexte pour se justifier : « non on se moque pas des Roms, la preuve, le vrai méchant de l’histoire, c’est un Français ». Le mal reste fait. Je ne suis pas du genre à voir du racisme partout mais là j’ai vraiment ressenti une sorte de malaise tout le long du film.

À bras ouverts : Photo Christian Clavier, Elsa Zylberstein

Il y avait déjà eu un débat sur la réelle démarche du réalisateur dans son précédent long-métrage (que j’avais plutôt apprécié, je ne m’en cache pas), Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (avec déjà Clavier et Abittan). Mais j’avais plus l’impression qu’on riait du racisme et des clichés et surtout le film avait le « mérite » de faire évoluer les personnages. Là il n’y a pas d’évolution possible : les personnages sont juste tous cons jusqu’au bout ! Peut-être que le film n’arrive pas à fonctionner parce qu’il ne « tape » pas suffisamment sur différentes images de la société (contrairement toujours à Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?). En clair, il se fout de la gueule de l’hypocrisie des bobos et des Roms qui protègent leur famille (et maintenant les Fougerole en font partie) de manière douteuse. Il y a une petite pique envers le personnage FN qui est homosexuel. Je ne crois pas qu’il faut voir ici une remarque du style « l’homophobie c’est la lose » (contrairement à ce que dit InThePanda, c’est mon seul petit point de désaccord)  : j’imagine plus une envie de souligner une certaine hypocrisie d’un politique qui rejette certainement dans la sphère médiatique une communauté. Mais je comprends là aussi le reproche de certains détracteurs : ce point en question est de nouveau mené très maladroitement. La fin est également assez douteuse, comme si être proche d’un Rom était une malédiction. Au-delà d’une morale assez douteuse, A bras ouverts n’est tout simplement pas drôle (ce qui est problématique dans le cadre d’une comédie). La plupart des vannes tombe à plat et montre à quel point la comédie française ne se porte vraiment pas (même si ce n’est pas un scoop – et je n’ai pas encore vu Gangsterdam !). Quant aux interprétations, elles sont assez navrantes. Christian Clavier fait du Christian Clavier j’ai envie de dire mais en pire. Quand on le voit réagir avec le fameux cochon, on ne peut pas s’empêcher de penser à son personnage dans Les Bronzés font du ski ! T’as l’impression d’avoir pris un coup de vieux d’un coup sans avoir rien demandé ! Elsa Zylberstein (j’ai déjà du mal avec elle en temps normal) en fait – vraiment – des caisses dans le rôle de cette artiste contemporaine naze mal baisée (cette partie du scénario sur les moeurs des Fougerole m’a également bien gonflée au passage). Quant à Ary Abittan, il m’a juste… gênée. Il y a des fois où c’est le Abittan show (je pense notamment aux scènes où il chante du Fugain et compagnie) ! En même temps, sans vouloir les excuser (faut pas déconner non plus), leurs personnages sont si mal écrits que je ne vois pas comment un acteur aurait pu être bon dans ce fiasco.

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Premier Contact

réalisé par Denis Villeneuve

avec Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg…

titre original : Arrival

Science-fiction, drame américain. 1h56. 2016.

sortie française : 7 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film qui m’a fait pleurer

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Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Premier Contact : Photo Amy Adams

Premier Contact est une adaptation du roman de Ted Chiang, L’Histoire de ta vie (Story of Your Life), publié en 1998. Le réalisateur québécois touche-à-tout Denis Villeneuve (qui, petit à petit, en gardant sa discrétion, s’impose à Hollywood tout en gardant sa personnalité artistique) se lance pour la première fois dans la science-fiction (mais ça ne sera pas sa dernière, vu qu’il va bientôt réaliser Dune et on attend aussi sa suite de Blade Runner) après être passé par différents genres. On a presque envie de lui dire : lui aussi a cédé à la tentation de la science-fiction. En effet, depuis quelques années, la SF a su se réimposer (du genre chaque année il faut aller voir LE film de science-fiction qui s’impose dans les tops de cinéphiles), certains films étant déjà dé (je pense notamment à Interstellar de Christopher Nolan, Gravity d’Alfonso Cuaron et même à Seul sur Mars de Ridley Scott). Premier Contact fait partie de ces récents films qui devraient marquer dans le temps. Ne vous attendez à un gros film bourrin ou bourré à tout prix d’effets spéciaux (même s’il y en a, je ne vous dis pas le contraire). Il s’agit d’un film de science-fiction intimiste qui a le mérite de se détacher de tout ce qu’on a pu voir jusqu’à présent. Evidemment, esthétiquement le film est une belle réussite : tout est absolument soigné et pensé. Mais il ne cherche pas à époustoufler à tout prix. L’approche de Villeneuve se veut assez réaliste et pas uniquement d’un point de vue visuel. Le scénario est cohérent avec cette approche esthétique en question : le réalisateur tenait à ce que tous les détails soient précis et documentés. Et cela se ressent, notamment durant la première partie du film, qui retrace bien le parcours du combattant au sein d’une base militaire, en respectant tous les protocoles : on est alors comme Louise Banks, c’est-à-dire qu’on est dans une longue attente, entre appréhension et curiosité. La représentation des aliens est par ailleurs assez intéressante : elle est assez différente de ce qu’on a pu voir jusqu’à présent et donc de ce qu’on pourrait imaginer.

Premier Contact : Photo Amy Adams, Jeremy Renner

L’extraterrestre est donc ici une représentation mêlant animalité (le réalisateur s’étant inspiré de baleines, de pieuvres, d’araignées et d’éléphants pour sa vision de la créature en question) et d’onirisme (concrètement, le spectateur voit la créature mais elle reste tout de même suggérée à sa façon). Villeneuve va alors au bout de ses idées, notamment en éclairant sur la notion même d’alien. L’alien, c’est étymologiquement l’étranger. La linguistique, et plus généralement le langage, voire même la communication, est un des sujets les plus importants de ce film, notamment en ce qui concerne sa dimension culturelle. Filmer ce langage à décrypter pour pouvoir mieux se l’imprégner et dépasser la simple question de traduction est pour moi un énorme défi, merveilleusement bien relevé. La place de l’aspect géopolitique dans le scénario traduit alors un manque de communication entre les humains, problème qui peut entraîner de graves conséquences. Que se passerait-il alors si les hommes pouvaient alors être en contact sans barrière linguistique, culturelle ou autre type d’obstacle ? La communication, c’est aussi ce lien éternel, malgré les tragédies de la vie, entre une mère et son enfant. La maternité est effectivement l’autre grand axe important de ce long-métrage, permettant au film de bénéficier d’une réflexion profonde sur notre existence. Le parallèle entre l’arrivée des extraterrestres (et tout ce que cela peut impliquer) et l’arrivée / la naissance d’un enfant est très fort que ce soit dans sa manière de traiter ses sujets mais également émotionnellement. Et finalement, au-delà de la communication, j’ai envie d’évoquer la connexion, notamment dans le temps. La science-fiction est habituellement le genre mettant en avant le futur. Premier Contact va plus loin dans sa réflexion sur le temps. Il ne parle pas que de futur, dans un sens, il privilégie même le présent. A travers un solide montage (qui aurait pu nous inquiéter et être en mode « grand n’importe quoi », mais cela n’est pas le cas) et une mise en scène très réussie (soignée et précise), cette narration fonctionnant par circularité (à l’image du prénom de la fille de Louise, Hannah, un palindrome ou encore le langage des aliens) prend encore plus de poids, d’enivrement même et surtout de sens.

Premier Contact : Photo Amy Adams

Cette narration en question, mêlant notamment flashbacks et flash-forwards, devient encore plus puissante, en resserrant petit à petit l’intrigue vers un aspect intime (tout en gardant une part d’universalité – à partir des thèmes évoqués juste avant). Le tout est absolument bouleversant (et ouiiii j’ai encore pleuré !), le film n’est alors pas uniquement réussi par les différentes pistes de réflexion qui s’emboîtent avec une grande cohérence, il l’est aussi par sa manière de parler tout simplement de la beauté de la vie (même à travers le deuil et plus généralement la peur de la mort), dans toutes ses significations possibles. La musique de l’islandais Johann Johansson est magnifique, parvient aussi à sublimer ou encore à suggérer la claustrophobie et l’inquiétude sans en faire des caisses non plus. Premier Contact est un film très captivant, qui provoque beaucoup d’émotions tout en proposant une réflexion profonde sans perdre ses spectateurs. L’interprétation d’Amy Adams, injustement oubliée aux Oscars cette année, apporte également beaucoup au film. Son personnage est déjà très bien écrit (on aurait pu tomber dans le cliché ou dans des lourdeurs, or on sera étonné par la sobriété du personnage) et Amy Adams l’incarne à merveille : j’ai même envie de dire qu’elle confirme bien tout le bien que je pense d’elle depuis des années, elle est une grande actrice. Les seconds rôles sont également bons. Certes, on pourra dire que Forest Whitaker fait du Forest Whitaker mais il est bien dans ce qu’on lui demande. Jeremy Renner m’a vraiment surprise dans ce rôle doux (je ne suis pas habituée à le voir dans ce registre). Il aurait pu passer pour un simple second rôle sans intérêt, ce n’est pas le cas. Pour conclure, Premier Contact est une excellente surprise, réussissant à susciter l’intérêt du spectateur sans tomber nécessairement dans le spectaculaire comme on en a tant l’habitude et profond sans paraître élitiste ou incompréhensible. Il a aussi le mérite de ne pas être trop long contrairement à beaucoup de films de science-fiction et de ne pas ennuyer même s’il n’est pourtant pas si rythmé que ça. Le long-métrage séduit justement par son côté intimiste, parfois mystique, sans non plus qu’on n’ait l’impression qu’il prenne de haut le spectateur. Finalement, il s’agit d’un fantastique film sur l’infiniment grand pour saisir l’infiniment petit.

Premier Contact : Photo Amy Adams

Selma

réalisé par Ava DuVernay

avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Tim Roth, Oprah Winfrey, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Andre Holland, Tessa Thompson, Tim Blake Nelson, Martin Sheen, Dylan Baker, Jeremy Strong…

Biopic, film historique américain. 2h08. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

Selma

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Selma : Photo David Oyelowo

Martin Luther King fait partie des figures militantes les plus connues au monde et pourtant nous avons dû attendre 2015 pour voir enfin un biopic sur lui (il n’apparaissait que dans quelques films). Et encore, Selma, réalisé par la méconnue Ava DuVernay (il s’agit de son troisième long-métrage de fiction), n’est pas concrètement un biopic sur King : il relate plutôt une période importante de la vie de Martin Luther King. Les biopics m’attirent et me font fuir à la fois : on est évidemment toujours curieux de voir comment l’acteur va interpréter une personnalité emblématique de tel ou tel milieu, on veut redécouvrir une histoire qu’on connait pourtant déjà, on se demande toujours quel angle sera pris par le réalisateur etc… Mais souvent, les biopics sont trop calibrés pour les Oscars notamment, c’est-à-dire qu’on a souvent droit à des films assez classiques, pas très inventifs et pour être franche pas toujours très intéressants (je caricature un peu car il y a quand même heureusement de très bons biopics). Mais bon, un film sur Martin Luther King (même si je fais pas mal de raccourcis), on est forcément un peu curieux de le voir ! Selma a aussi été face à une petite polémique : son absence dans un grand nombre de catégories aux Oscars. Beaucoup ont dit que l’académie des Oscars n’avait pas été très généreuse envers ce film car les membres seraient des vieux racistes. Est-ce que cette justification est vraiment justifiée ou est-ce que le film n’est pas si bon que ça ? Pour ma part, je dirais qu’il y a probablement un peu des deux. Certes, c’est vrai qu’on aurait pu retrouver Selma dans certaines catégories (notamment pour « meilleur acteur » mais bon il y avait quand même une sacrée concurrence), le film n’est pas plus mauvais que d’autres biopics présents aux Oscars. Cependant, j’ai quand même trouvé Selma moyen, disons qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup moins.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson

Ma première impression, en commençant à regarder ce film, n’a pas été très bonne, je dois être honnête. En fait (dites-moi si vous avez ressenti ou non la même chose que moi), j’ai l’impression que c’est le genre de films qui s’adresse (ici) surtout au public américain. Je veux dire, j’avais beau connaître des choses sur Martin Luther King, j’ai mis quand même quelques minutes à entrer dans l’histoire, à comprendre vraiment qui était qui, quand l’histoire se déroulait, le contexte exact… De plus, le film ne commence pas directement avec des informations affichées pour aider le public à situer les moments précis de l’histoire. Après, au fil des scènes, je me suis sentie plus à l’aise avec l’histoire mais c’est vrai que j’ai mis du temps à entrer tout simplement dans le film. Ce qui est très paradoxal, malgré selon moi un petit problème de contextualisation, le film reste tout de même très bavard, cela devient rapidement pénible et du coup on sent les quelques longueurs (en plus, le film dure plus de deux heures). Cependant, j’ai trouvé la seconde partie du film plus intéressante que la première, tout simplement parce qu’il y a plus d’action (même si on retrouve forcément des discours – on parle quand même du grand orateur qu’était Martin Luther King). Il faut dire que la réalisatrice s’en sort bien quand elle filme la lutte des Noirs pour obtenir leurs droits et surtout (puisqu’ils avaient déjà acquis certains droits) pour les mettre en oeuvre sans se faire tabasse gratuitement par les Blancs. Les scènes de combat et de marche sont pour moi très réussies et remontent pas mal le niveau général du film. On sent tout simplement la réalisatrice Afro-américaine concernée, il y a beaucoup de force et de sincérité dans ce type de scènes et du coup Selma est parfois très émouvant, je reconnais même avoir versé quelques (petites) larmes à la fin du long-métrage (mais je pleure pour rien, vous allez me dire). Je trouve aussi qu’elle a su mettre en avant (de tête) deux discours de King dans le sens où elle a réussi à montrer à quel point la parole pouvait aussi être une arme.

Selma : Photo Carmen Ejogo, David Oyelowo

Après, en dehors de ça, la mise en scène n’est pas pour moi spécialement bonne, on a l’impression que la réalisatrice a posé sa caméra et filme ses acteurs bavarder dans le vide, je n’ai pas toujours senti d’efforts, en tout cas c’est filmé platement ce qui est fortement dommage face à un tel sujet. Heureusement qu’il y a la reconstitution des années 1960 (avec les décors, les costumes et tout ça) ainsi qu’une élégante photographie qui comblent pour moi ces lacunes. Selma est aussi pas mal sauvé par la fabuleuse interprétation de David Oyelowo : on a vraiment l’impression de voir Martin Luther King. Je ne parle pas que de physique mais de la manière de s’approprier du personnage, son charisme, la manière de s’exprimer. Il ne se contente pas de l’imiter, il arrive à être émouvant mais sans en faire des caisses et surtout à être imposant, à être crédible en tant que leader. Son interprétation est intéressante car je trouve qu’on voit bien les deux aspects de la personnalité de King, c’est-à-dire d’un côté dans la sphère privée, de l’autre la publique. Dans l’ensemble, les seconds rôles sont également tous convaincants. Enfin, j’ai bien aimé la bande-originale, qui colle bien aux images et à l’histoire en général, et donne aussi une certaine dynamique à ce film qui en manque parfois un peu. La chanson Glory de Common et John Legend est magnifique, je suis ravie qu’elle ait remporté l’Oscar de la meilleure chanson, surtout que je trouve qu’elle représente vraiment bien le film. Pour conclure, je n’ai pas toujours été convaincue par Selma mais il possède quelques atouts indéniables dont quelques beaux moments d’émotion et surtout c’est tout de même bien de le découvrir une fois car je pense qu’il s’agit malgré tout d’un film nécessaire.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo

La Belle Endormie

réalisé par Marco Bellocchio

avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher, Michele Riondino, Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr…

titre original : La Bella Addormentata

Drame italien, français. 1h50. 2012.

sortie française : 10 avril 2013

La Belle endormie

Le 23 novembre 2008, l’Italie se déchire autour du sort d’Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans. La justice italienne vient d’autoriser Beppino Englaro, son père, à interrompre l’alimentation artificielle maintenant sa fille en vie. Dans ce tourbillon politique et médiatique les sensibilités s’enflamment, les croyances et les idéologies s’affrontent. Maria, une militante du Mouvement pour la Vie, manifeste devant la clinique dans laquelle est hospitalisée Eluana, alors qu’à Rome, son père sénateur hésite à voter le projet de loi s’opposant à cette décision de justice. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, plongée elle aussi depuis des années dans un coma irréversible. Enfin, Rossa veut mettre fin à ses jours mais un jeune médecin plein d’espoir va s’y opposer de toutes ses forces.

La Belle endormie : photo Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr

Pour construire le scénario de La Belle Endormie, Marco Bellocchio est parti d’un événement qui a secoué l’Italie : la jeune Eluana Englaro fut victime en 1992 d’un accident de voiture qui la laissa dans un coma végétatif. Affirmant qu’elle aurait préféré être débranchée si elle tombait dans un coma, son père Beppino Englaro entreprend à partir de 1999 des démarches pour que son système d’alimentation artificielle soit enfin débranché. Après des années de débats et de manifestations dans tout le pays, le gouvernement italien autorisa finalement l’arrêt de son traitement. Cependant, le réalisateur du Vincere ne parle pas directement de l’histoire des Englaro. Le débat autour de cette mort assistée est bien sûr omniprésente, mais La Belle Endormie est plutôt un film choral, c’est-à-dire les personnages tournent et évoluent autour de ce sujet mais ne sont pas nécessairement impliqués dans la vie des Englaro. En réalité, on peut même dire que l’histoire d’Eluana va servir de fil conducteur entre les différentes histoires et les personnages. Malheureusement, comme dans beaucoup de films dans lesquels se mêlent et se croisent des personnages, le propos se perd un peu dans cette réalisation un peu trop longue et chaque personnage semble avoir du temps à exister. On ne sait pas vraiment pourquoi ils agissent ainsi, ce qu’ils pensent vraiment, on a du mal à avoir de la sympathie ou à les comprendre. Les personnages se trouvent dans des situations dramatiques, profondément difficiles, pourtant l’émotion n’est pas vraiment au rendez-vous. Du coup, on a un petit goût d’inachevé. Mais surtout, en multipliant les personnages, Marco Bellocchio veut montrer les différents points de vue possibles sur cette affaire, et plus généralement sur l’euthanasie, le suicide et plus généralement sur la mort.

La Belle endormie : Photo Toni Servillo

C’est encore une fois intéressant, mais j’ai eu le sentiment que le réalisateur ne voulait pas trop se mouiller alors qu’au bout d’un moment, je n’ai pas réellement eu l’impression qu’il était neutre sur ce sujet. Paradoxalement, l’avis du réalisateur sur l’euthanasie semble apparaître, mais en s’éparpillant, et en réalisant parfois du coup un film brouillon, Bellocchio dit à la fois tout et pas assez. Finalement, qu’a voulu-t-il nous dire s’il ne veut pas totalement défendre son point de vue alors que ce dernier m’a pourtant paru présent ? Il y a aussi des éléments dans l’histoire qui me paraissent un peu naïfs, même si ce n’est pas totalement inintéressant : je pense par exemple à l’histoire du médecin qui veut absolument que la jeune Rossa reste en vie alors qu’elle ne souhaite que mourir. Sur le papier, l’histoire est intéressante car elle est en opposition avec l’histoire d’Eluana (et les autres qui sont similaires) : on imagine bien que cette jeune fille (ainsi que la femme du sénateur et la fille de la grande actrice) voulait rester en vie avant d’être plongés dans un terrible coma. En terminant le long-métrage sur l’histoire de Rossa, Marco Bellocchio essaie de donner une vision optimiste. J’ai pas mal donné d’éléments qui me semblent problématiques, on a l’impression que je n’ai aimé La Belle Endormie, mais pourtant, ce n’est pas le cas : j’ai quand même apprécié le film dans son ensemble et je ne suis pas trop ennuyée. Même s’il n’est pas toujours bien traité, le sujet en lui-même reste suffisamment intéressant car justement, cette histoire n’est pas seulement celle d’Eluana mais aussi celle de nombreuses familles. Que faire quand un membre de sa famille est plongé dans un coma ? Faut-il abréger ses souffrances ou avoir encore de l’espoir ? Malgré un scénario brouillon, Bellocchio parvient à montrer les différents points de vue possible sur l’euthanasie et le rapport qu’ont les gens à la vie et à la mort en mêlant à la fois les histoires intimes, affaires politiques et affaires religieuses. Le film a le mérite d’ouvrir à la réflexion et au débat. Même si le sujet est traité maladroitement, la mise en scène reste convaincante. Enfin, j’ai trouvé le casting très bon.

La Belle endormie : Photo Isabelle Huppert

Viva la libertà !

réalisé par Roberto Ando

avec Toni Servillo, Valerio Mastandrea, Valeria Bruni Tedeschi, Michela Cescon, Renato Scarpa, Eric Nguyen, Judith Davis, Andrea Renzi…

Comédie italienne. 1h34. 2013.

sortie française : 5 février 2014

Viva La Libertà

Enrico Oliveri, secrétaire général du parti de l’opposition est inquiet : les sondages le donnent perdant. Un soir, il disparaît brusquement laissant une note laconique. C’est la panique au sein du parti, tout le monde s’interroge pour essayer de comprendre les raisons de sa fuite pendant que son conseiller Andrea Bottini et sa femme Anna se creusent la tête pour trouver une solution. C’est Anna qui évoque en premier le nom du frère jumeau du secrétaire général, Giovanni Ernani, un philosophe de génie, atteint de dépression bipolaire. Andrea décide de le rencontrer et élabore un plan dangereux…

Viva La Libertà : Photo Toni Servillo

Roberto Ando adapte son propre roman, Le Trône Vide. En voyant le sujet, on ne peut s’empêcher à l’excellent film Habemus Papam, réalisé par son compatriote Nanni Moretti: en effet, un homme qui a de hautes responsabilités prend la fuite. Comment réagir face à cette situation ? Dans le film de Moretti, on faisait vaguement croire que le Pape se cachait derrière les rideaux de sa fenêtre. Ici, Ando utilise merveilleusement la vieille stratégie du jumeau. Heureusement que la comparaison s’arrête là, même si on peut conclure que le cinéma italien propose toujours des films à la hauteur. Le scénario est en tout cas un des points forts de ce film. Malgré quelques flottements, notamment dans la partie qui se déroule en France, la mise en scène est dans l’ensemble plutôt bonne, proposant parfois quelques idées astucieuses. Il faut tout de même remercier ce cher Toni Servillo, toujours aussi classe et probablement un des meilleurs acteurs de notre époque. Sans sa performance, je ne suis pas sûre que le film aurait pu autant bien fonctionner. Au bout d’un moment, j’avais vraiment l’impression de voir presque deux acteurs différents qui se ressembleraient physiquement. D’un côté, il arrive totalement à incarner la froideur d’Enrico et de l’autre le jovial Giovanni. Servillo est à l’aise dans le rôle du politicien, rappelant son rôle dans Il Divo de Paolo Sorrentino, dans lequel il était un épatant Giulio Andreotti. Il est également très à l’aise dans le rôle de ce professeur de philosophie fou, qui finit par nous séduire par ses mots, permettant ainsi au film d’aborder des thèmes sérieux sur un ton léger.

Viva La Libertà : Photo Toni Servillo, Valerio Mastandrea

La fin est particulièrement intelligente : elle a un côté mystérieux et même schizophrène. On ne sait pas si on a en face Enrico ou Giovanni mais finalement c’est comme si les deux étaient enfin réunis pour ne former qu’une seule personne. Tout le casting est d’ailleurs très convaincant, notamment Valerio Mastandrea, qui a remporté le Donatello du meilleur acteur dans un second rôle. Au-delà de l’exercice théâtral parfaitement maîtrisé, le propos du film est particulièrement saisissant : la politique et le cinéma sont deux « arts » plus proches qu’ils en ont l’air grâce à l’emploi des mots. Les discours de Giovanni, totalement improvisés, séduisent grâce à leur spontanéité mais leur poids et le rythme. Les mots ont finalement une responsabilité dans l’engagement politique, redonnant ainsi de l’espoir à ceux qui n’en ont plus. Ils montrent aussi l’assurance, la confiance et même le pouvoir, de ceux qui les prononcent, c’est-à-dire les politiciens, qui deviennent des acteurs face au public citoyen. Enfin, le réalisateur s’interroge également sur la réelle définition de la folie : en effet, Giovanni est-il vraiment le plus fou des deux frères ? En fuyant ses responsabilités politiques, qui pourrait avoir des conséquences sur le destin de son pays, Enrico est aussi en quelque sorte un fou.

 Viva La Libertà : Photo Saskia Vester, Toni Servillo