Good Time

réalisé par Josh et Benny Safdie

avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh, Taliah Webster, Barkhad Abdi…

Thriller, policier américain. 1h40. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.
Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cela fait un petit moment que les frères Safdie ont réussi à se faire une place dans le cinéma indépendant américain. Jusqu’à présent, même s’ils ont leur petite réputation auprès d’une petite partie confidentielle de cinéphiles, leurs films avaient du mal à se faire connaître en France. La présentation de Good Time, présenté en compétition au festival de Cannes en mai dernier, a alors permis deux choses : tout d’abord, Cannes a permis aux réalisateurs de faire connaître leurs oeuvres à un plus large public. Puis, le talent de Robert Pattinson (dont la présence au casting – enfin une star dans un film des Safdie – a certainement aidé au film d’avoir une meilleure exposition) devient définitivement indéniable (après déjà cette année, dans un rôle secondaire, son interprétation brillante dans The Lost City of Z de James Gray). Avant de découvrir Good Time, ma (récente) expérience des frères Safdie se résumait à Lenny & The Kids qui m’a fortement déplu. Good Time est formellement très différent de celui-ci pour mon plus grand bonheur. Tout a l’air très simple dans ce film, aussi bien sa narration que sa mise en scène : pourtant justement, le long-métrage impressionne par cette apparente simplicité alors qu’en réalité on relève bien un travail bien plus recherché derrière. Tout a l’air d’aller de soi, tout est d’une grande fluidité : les éléments s’enchaînent avec logique tout en sachant surprendre ou faire réagir le spectateur quand il le faut, la caméra est proche des personnages tout en sachant prendre en compte ce New York pourri, misérable, et même malade, bien plus que la maladie de Nick. Ce sentiment correspond totalement à cette idée de temps qui s’écoule en peu de temps. Good Time a souvent été comparé à l’excellent After Hours de Martin Scorsese : tous deux se déroulent en quelques heures la nuit, les personnages ne se sortant jamais de leurs diverses péripéties, comme s’ils étaient dans une sorte de boucle, voire même une spirale infernale. Cela dit, la comparaison s’arrête-là : les Safdie ont su imposer leur ton rafraîchissant.

Good Time : Photo Robert Pattinson, Taliah Webster

L’hybridité (fonctionnant pratiquement tout le temps sur une dualité, qui rappelle aussi le duo fraternel) est présente sur différents niveaux : le ton est tragi-comique, le style vacille aussi entre le réalisme (le côté film fauché est perceptible) et une esthétique parfois flamboyante, fluorescente et électrique (les scènes dans le parc d’attraction qui prend étonnamment vie la nuit en est un exemple), le flamboyant traverse la nuit sombre, Connie passe même du brun au blond ou encore tout en étant moderne par son aspect expérimental, on ne peut s’empêcher à l’influence des polars des années 70. Ce chaos aurait pu donner un film hésitant, mais au contraire, ce qui frappe, c’est qu’on sent totalement où les réalisateurs amènent leur film finalement très structuré (la première et la dernière scène se répondent) même s’il n’en donne justement pas cette impression. Dire que le film est très rythmé pourrait passer pour un euphémisme : les espaces sont confinées, le montage est frénétique et on étouffe et on s’essouffle autant que les personnage (par contre, le rythme, lui, ne faiblit pas). J’avais peur que cette cadence me saoule mais finalement, même si on vit une véritable expérience d’une grande intensité, comme si on avait couru un marathon avec les personnages, le rythme (avec tout ce qui suit derrière, c’est-à-dire l’effet « trip ») n’est pas non plus usant ou insupportable : on prend du plaisir à être dans cette course remplie d’obstacles. Histoire intime et arrière-fond social se complètent également toujours avec pertinence. Il y a d’abord cette relation entre ces deux frères qui est très touchante jusqu’au générique final (avec la magnifique chanson The Pure and The Damned d’Iggy Pop) qui m’a bouleversée juste par quelques gestes et un regard (et je n’ai pas compris les gens qui quittaient la salle à ce moment-là). Connie aime son frère handicapé mental, c’est ce qui le rend profondément attachant. Mais par amour fraternel, le jeune homme, qui paiera son impatience, est capable de faire les pires conneries. Surtout, cet amour, aussi sincère soit-il, est toxique.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cette odyssée nocturne permet également de dresser un portrait peu reluisant de ce New York qui ne fait pas rêver avec ces dealers, ces drogués, ces paumés. Les réalisateurs ne jugent pas les personnages et ne cherchent pas non plus qu’on s’apitoie sur leur sort : ils n’excusent pas leurs actes mais ils les filment avec une certaine tendresse qui étonne face à ce flot de violence et d’énergie en permanence. Cette expérience, une sorte de trip dans un train-fantôme qui irait à fond la caisse, parvenant à ne pas se limiter à un simple exercice de style, réussit à prendre forme également par la bande-originale de Oneohtrix Point Never, récompensé par le prix du meilleur compositeur au Cannes Soundtrack. Le casting est également impeccable, que ce soit les professionnels ou les acteurs « débutants » (terme des réalisateurs qui détestent qu’on les appelle les « non professionnels »). On notera par ailleurs, pour la petite anecdote, que certains acteurs « débutants » se sont tout simplement de leur véritable profession (par exemple, l’avocat et le psychiatre). Robert Pattinson, qui choisit de mieux en mieux ses rôles et ses films est épatant dans le rôle de ce braqueur loser. Le co-réalisateur Benny Safdie, qui interprète Nick, ne démérite pas non plus face à un tel partenaire. Certains diront qu’il est un peu caricatural (il faut dire que, rien qu’au niveau du look, il n’est pas allé de main morte) mais j’y ai cru à fond en son personnage. Je ne sais pas si c’est son regard, qui a l’air vide mais paradoxalement exprime beaucoup de choses, qui m’a touchée mais son personnage, qu’on voit pourtant peu, et son interprétation, ne m’ont pas laissée indifférente. Good Time est donc pour moi un des meilleurs films de l’année, un film percutant et puissant sur l’urgence temporelle et sociale qui peut être aussi belle que destructrice.

Good Time : Photo

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Que Dios Nos Perdone

réalisé par Rodrigo Sorogoyen

avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera…

Film policier espagnol. 2h06. 2016.

sortie française : 9 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

Depuis quelques années, le cinéma espagnol de genre nous offre quelques pépites, notamment l’excellent La Isla Minima d’Alberto Rodriguez. C’est principalement pour cette raison que je suis allée voir Que Dios Nos Perdone, un polar qui, sur le papier, a des points communs avec le long-métrage de Rodriguez. L’histoire est donc plutôt classique : un serial killer qui a de gros problèmes avec sa mère (d’où le meurtre de vieilles dames) et la religion (d’où en partie le titre – même si les explications sur le titre restent multiples) ou encore l’éternel duo de flics opposés (d’un côté le méticuleux réservé, de l’autre l’agité du bocal). De plus, le réalisateur assume lui aussi son amour pour le chef-d’oeuvre de Bong Joon-ho Memories of Murder (même si je soupçonne aussi une inspiration du côté d’un autre polar coréen, The Chaser de Na Hong-jin). Mais il ne faut vraiment pas s’arrêter à ça. Le jeune réalisateur Rodrigo Sorogoyen (ses deux premiers films, 8 Citas et Stockholm, restent inédits en France) signe certainement un des meilleurs films de l’année. Nommé à plusieurs reprises aux Goyas (les Césars espagnols) dans les catégories principales, Que Dios Nos Perdone est une oeuvre puissante et haletante sur une Espagne violente. Replaçons le contexte : en mai 2011 naissent les Indignés qui veulent réagir et répondre à la crise économique qui frappe l’Espagne affaiblie par des politiciens qui ne parviennent pas à y faire face. Mais en août 2011, le pape Benoit XVI débarque à Madrid pour célébrer la messe dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse. On expulse alors les Indignés pour ne pas montrer au Pape et à la presse internationale la véritable face de l’Espagne à ce moment-là. Si le réalisateur avait d’abord pensé à son intrigue avant de penser à son contexte, le parallèle entre les deux rend le film extrêmement puissant : il faut surtout étouffer les meurtres et viols de vieilles dames pour ne pas choquer quitte à échapper à des éléments essentiels pour faire avancer l’enquête. Le regard sur l’Espagne et la police est parfois très cynique. Le centre de Madrid est un lieu très bien exploité aussi bien dans le scénario que dans la mise en scène : le lieu est étouffant et écrasant, bourré d’obstacles, à l’image de l’enquête. Par la mise en scène mais aussi par une magnifique photographie, le spectateur se sent aussi étouffé par la canicule qui ne fait que ressortir les propres démons des personnages aussi bien les flics que l’assassin. L’enquête est finalement un moyen de parler de la violence qui est en chacun de nous et qui n’est pas toujours soupçonnable.

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Raúl Prieto

Le tueur (le bluffant Javier Pereira), dont l’identité est révélée une bonne demi-heure avant la fin pour que le spectateur le cerne aussi dans sa sphère privée, est a priori un homme charmant qui sait s’occuper de sa mère et des personnes âgées en général. Velarde (incarné par l’excellent Antonio de la Torre qui ressemble dans ce film à Dustin Hoffman !) a beau être quelqu’un de très calme, très carré et même coincé (certainement lié à son bégaiement), il peut aussi être assouvi de pulsions proches d’un crime si rien ne l’avait calmé. La relation qu’il a avec la femme de ménage de son immeuble ou encore la toute fin prouvent cette violence enfouie en lui qui ne demandent qu’à sortir. Quant à son collègue Alfaro (interprété par l’épatant Roberto Alama, très justement récompensé par le Goya du meilleur acteur), s’il exprime publiquement sa colère que ce soit au travail ou dans sa famille, il est également un homme plus sensible qu’il en a l’air. Le fameux schéma de duo de flics classique se transforme en un schéma bien plus complexe pour nous offrir des personnages profonds et ambigus : le tueur et les deux policiers sont violents, pratiquement deux handicapés sociaux chacun à leur façon. La mise en scène est également d’une grande intensité et surtout très réfléchie. Comme l’explique le réalisateur (et ça se voit à l’écran), le film est séparé en deux parties par une scène de course-poursuite absolument époustouflante (une des meilleures que j’ai pu voir). Ainsi, la première partie suit les flics dans leur quotidien avec un aspect parfois proche du documentaire notamment avec la caméra à l’épaule qui suit les personnages. Quant à la seconde partie, elle est plus sombre, on s’éloigne du « doc » et la caméra est plus posée, comme si le calme était finalement bien plus inquiétant que l’agitation (notamment celle de la ville avec la venue du Pape dans un contexte particulier). Certaines scènes sont également intenses par son suspense insoutenable (la scène où le tueur se retrouve dans la même pièce qu’Alfaro coupe le souffle) sa noirceur (cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une salle aussi imprégnée par un film). Je pense notamment à la scène où on voit réellement le tueur à visage découvert faire du mal à une petite vieille : la scène est extrêmement difficile à regarder mais le réalisateur ne transforme jamais sa scène en quelque chose d’obscène, il sait s’arrêter à temps. Le spectateur n’a pas non plus nécessairement l’habitude de voir une personne âgée morte, nue, violée avec des problèmes de peau liées à la vieillesse : cela confronte aussi le spectateur à ses propres peurs. Que Dios Nos Perdone est alors un film d’une grande richesse, aussi bien narrative que technique, parvenant à la fois à exposer la facette sombre de chaque homme que celle d’un pays qui cache sa propre violence.

Que Dios Nos Perdone : Photo Roberto Álamo

Sherlock

Créée par Steven Moffat et Mark Gatiss

avec Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, Andrew Scott, Mark Gatiss, Amanda Abbington, Rupert Graves, Louise Brealey, Una Stubbs, Toby Jones, Sian Brooke, Vinette Robinson, Lara Pulver, Katherine Parkinson…

Drame, policier britannique. 4 saisons. 2010-2017.

Les aventures de Sherlock Holmes et de son acolyte de toujours, le docteur Watson, sont transposées au XXIème siècle…

Sherlock : Photo

Sherlock Holmes fait certainement partie des oeuvres les plus adaptées au cinéma et à la télévision. Steven Moffat, connu pour son travail sur la célèbre série Doctor Who, et son compère scénariste Mark Gatiss (également le génial interprète de Mycroft Holmes, le frangin brillant de Sherlock), s’attaquent à une adaptation clairement plus moderne des oeuvres d’Arthur Conan Doyle. L’intrigue se déroule donc au XXIe siècle (bref de nos jours), Sherlock est donc toujours le brillant détective consultant asocial que l’on connait, toujours violoniste à ses heures perdues et également drogué lorsqu’il traverse les périodes les plus sombres. Son colocataire, qui deviendra son meilleur ami (que Sherlock le reconnaisse ou non), le Docteur John Watson, est un ancien médecin de l’armée britannique blessé en Afghanistan. Les deux compères collaborent également toujours pour Scotland Yard et affrontent également le même célèbre méchant : Moriarty. La liste pourrait s’allonger mais tout ça pour dire qu’il y a eu un véritable travail de transposition et d’adaptation. Moderniser des classiques connues et revues maintes fois est toujours un pari risqué. On aurait pu très vite entrer dans la surenchère et la superficialité, surtout quand on transforme Sherlock Holmes et John Watson en véritables geek (Holmes étant accro à son portable et aux réseaux sociaux, Watson raconte ses aventures policières avec Sherlock sur son blog très suivi). Pourquoi avoir rendu les aventures de Holmes dans une version moderne et technologique ? Parce que le Sherlock de Conan Doyle était lui-même un homme moderne, par rapport à son temps, s’intéressant aux techniques déjà présentes. J’ai lu quelques nouvelles des aventures de Holmes et j’ai aussi pris le temps de me renseigner sur toute l’intrigue. Les scénaristes sont donc parvenus à rendre justice à Conan Doyle : respecter son travail tout en proposant une relecture neuve et originale. Quant aux quelques ajouts ou modifications faites, on sent qu’ils n’ont pas été choisis au hasard : ils sont toujours là pour mieux surprendre le spectateur qui mérite qu’on lui propose un nouveau point de vue sur les personnages qu’on connait tous par coeur.

Photo

En général, contrairement à la majorité des séries américaines non câblées (et encore), les séries britanniques proposent peu d’épisodes et prennent même le temps entre plusieurs saisons. C’est effectivement le cas chez Sherlock. Ainsi, la série est composée de quatre saisons (avec parfois des écarts de deux ans entre), chacune contenant trois épisodes de 1h30. Il ne faut également pas oublier l’épisode spécial, « L’Effroyable Mariée » (« The Abominable Bride »), qui présente une confrontation entre Sherlock et Moriarty dans une réalité alternative victorienne : on doit découvrir cet épisode en question entre la fin de la saison 3 et le début de la saison 4. Chaque épisode est donc soigné sur tous les points : personnages, narration (qui va au-delà de la simple question de la réécriture), mise en scène et même esthétique (avec une jolie photographie appuyant sur le bleu/gris, sorte de rappel subtil entre le lieu – Londres – et la technologie). La série n’hésite également pas à mêler différents tons tout en gardant sa cohérence. Par exemple, l’épisode du mariage de Watson et Mary est tellement drôle que j’en ai eu mal au ventre (et cela n’empêche pas de voir un scénario et un montage juste hyper bien foutus) tandis que l’épisode final est extrêmement bouleversant (j’avais le coupe soufflé les dix dernières minutes et je ne ressens pas forcément cela pour toutes les séries que je regarde) pour ne citer que cet exemple-là (le premier épisode de la quatrième l’est également et quelle claque !). Par ailleurs, la série s’assombrit au fil des saisons sans tomber dans la caricature : en effet, on a vu dans beaucoup de films et de séries désormais des héros qui doivent apprendre à affronter eux-mêmes et leur passé. Il y a parfois eu des réussites, parfois c’est juste lourdingue. Sherlock entre heureusement dans la première catégorie. Au-delà de la question de l’adaptation moderne et d’enquêtes toujours bien foutues (qui parviennent à nous surprendre alors qu’on connaît déjà plus ou moins certaines grosses lignes vu qu’on connaît les oeuvres originales), qu’est-ce qui pourrait expliquer un tel succès ? Au-delà de nous raconter des intrigues qui nous clouent parfois au sol, Sherlock est bien plus qu’un portrait d’un personnage extraordinaire (ou des portraits) : on nous parle finalement d’amour, d’amitié et de famille. Je dirais aussi que l’une de ses principales qualités, en dehors de tout ce que j’ai déjà pu citer, réside dans le traitement des personnages.

Photo Amanda Abbington, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman

On aurait pu tomber dans certains excès en nous présentant un personnage principal lui-même très excessif. Pourtant, si on est face à un personnage atypique et déroutant, Sherlock est un personnage bel et bien profond et complexe. De plus, pour un personnage aussi asocial, ses interactions avec les personnages, surtout Watson et Moriarty, sont magistrales. Son amitié, voire même sa bromance avec John Watson, est pour moi magique. Et le spectateur se met justement dans la peau de Watson : fasciné et interloqué par Sherlock. Benedict Cumberbatch est tout simplement parfait dans le rôle de Holmes. Physiquement, évidemment, quelque fonctionne pour contribuer à l’étrangeté même du personnage : il a l’air de sortir d’une autre planète mais il garde sa classe à la britannique. Son physique est un mélange entre son côté atypique et son intelligence bien supérieure à la moyenne. Martin Freeman est également fabuleux dans le rôle de Watson. Il parvient à être charismatique tout en gardant sa banalité, en contraste avec son partenaire. Et leur duo (ou même couple) fonctionne parfaitement : c’est même une évidence de les retrouver ensemble à l’écran. Les seconds rôles sont également excellents. Comment ne pas évoquer Andrew Scott, formidable en Moriarty (perturbant même durant son absence), Mark Gatiss en Mycroft (son rôle prend de plus en plus d’importance et tant mieux) ou encore Amanda Abbington (au moment du tournage, compagne dans la vraie vie de Martin Freeman) en Mary Watson (décidément, beaucoup de gens sont intelligents dans cette série et mieux : ils parviennent à se rencontrer !) pour ne citer qu’eux. Sherlock n’est alors pas uniquement désormais un produit de pop culture : c’est un exemple même de ce qui s’est fait de mieux à la télévision ces dernières années. Comme quoi, mêler le divertissement et l’exigence (que ce soit en écriture ou en mise en scène) reste encore possible.

Sherlock : Photo Benedict Cumberbatch

Raid Dingue

réalisé par Dany Boon

avec Alice Pol, Dany Boon, Michel Blanc, Yvan Attal, Sabine Azéma, Patrick Mille, François Levantal, Anne Marivin, Florent Peyre, Alain Doutey, François Vincentelli, Akim Omiri…

Comédie française. 1h45. 2016.

sortie française : 1 février 2017

Johanna Pasquali est une fliquette pas comme les autres. Distraite, rêveuse et maladroite, elle est d’un point de vue purement policier sympathique mais totalement nulle. Dotée pourtant de réelles compétences, sa maladresse fait d’elle une menace pour les criminels, le grand public et ses collègues.
Assignée à des missions aussi dangereuses que des voitures mal garées ou des vols à l’étalage, elle s’entraîne sans relâche pendant son temps libre pour réaliser son rêve : être la première femme à intégrer le groupe d’élite du RAID.
Acceptée au centre de formation du RAID pour des raisons obscures et politiques, elle se retrouve alors dans les pattes de l’agent Eugène Froissard (dit Poissard), le plus misogyne des agents du RAID. Ce duo improbable se voit chargé d’arrêter le redoutable Gang des Léopards, responsable de gros braquages dans les rues de la capitale.
Mais avant de pouvoir les arrêter, il faudrait déjà qu »ils parviennent à travailler en binôme sans s’entretuer au cours des entraînements ou des missions de terrain plus rocambolesques les unes que les autres.

RAID Dingue : Photo Alice Pol, Dany Boon

Je ne m’en suis jamais cachée : à l’origine, je ne suis pas une anti-Dany Boon (parce que j’ai l’impression que ça fait bien rager contre lui, du genre t’es un cinéphile plus légitime). Cela dit, il faut admettre que ses derniers films sont très décevants. Hélas, Raid Dingue s’inscrit dans cette même lignée. Certes, les scènes d’action sont étonnamment assez réussites. Je dois admettre que l’ensemble se laisse plutôt regarder (ce n’était pas le cas pour Supercondriaque en ce qui me concerne), c’est même plutôt bien rythmé, je ne me suis pas ennuyée. Mais je n’oublie pas qu’il s’agit à l’origine d’une comédie (on pourra toujours chipoter en précisant qu’il s’agit d’une comédie d’action) qui est donc censée nous faire marrer. J’ai parfois souri mais je ne peux pas dire que j’ai réellement ri (ou vraiment très peu). Dany Boon n’a jamais eu un humour fin mais là il est particulièrement trop lourd et caricatural. Au-delà de gags poussifs qui m’ont plus crispée qu’autre chose, je n’ai vraiment pas adhéré au scénario trop invraisemblable. On pourra toujours me dire qu’il ne s’agit que d’un film, j’ai besoin de croire un minimum à l’histoire qu’on me raconte. Or, cette histoire de fliquette maladroite, proche de l’incompétence, est complètement tirée par les cheveux. On a vraiment l’impression que ce manque de crédibilité est volontaire uniquement pour provoquer des gags. Pourtant, je suis persuadée qu’avec un meilleur scénario (cela sous-entend avec une histoire qui aurait tenu la route un minimum) il aurait pu être plus drôle. Le scénario est également raté dans le sens où la narration se perd dans différentes directions. En effet, une fois Johanna intégrée dans la formation, le scénario part dans tous les sens. En réalité, plusieurs pistes sont abordées mais Boon ne va pas au bout de ses propositions. Par exemple, se met en place une sorte de triangle amoureux entre Johanna, Eugène et Olivier Lopez (Florent Peyre) mais il n’est pas réellement exploité. Je pense aussi au psy du Raid, incarnée par Anne Marivin, juste là pour passer un coucou aux fans de Bienvenue chez les Ch’tis et non pour pour réellement servir le récit (honnêtement, la manière dont est introduit son personnage me faisait penser qu’il y avait un lien plus profond entre elle et Eugène). Même l’histoire avec les braqueurs n’est pas assez forte, on n’a jamais l’impression qu’elle sert de « fil rouge » ou quelque chose dans ce genre-là. Je n’ose même pas m’aventurer sur la scène avec la gay pride (et du repas qui suit), terriblement ringarde, inutile voire même à la limite de l’homophobie (je ne suis pourtant pas du genre à faire ce type d’accusation pour tout et n’importe quoi mais là ça m’a vraiment gênée).

RAID Dingue : Photo Alice Pol, Dany Boon

Bref, on a l’impression que les idées et les scènes s’enchaînent parfois sans réel lien entre elles, le film a alors un aspect assez bordélique qui a tendance à déranger. Raid Dingue veut évidemment rendre hommage à la police qui prend des risques pour la population. Je suis sûre que la démarche de Dany Boon est sincère et mine de rien, cette bonne intention fonctionne un minimum (même si les bonnes intentions ne transforment pas les films en chef-d’oeuvre, ça se saurait !) sur l’ensemble du film. En revanche, je suis bien plus sceptique lorsque l’acteur-réalisateur veut mettre en avant des femmes courageuses qui agissent pour le bien de leur pays et n’ont rien à envier aux hommes, il y a quelque chose de maladroit dans son discours. Je ne sais pas si on pouvait parler à l’origine de direction féministe dans le scénario mais en tout cas je ne trouve pas que Raid Dingue valorise si bien que ça les femmes, on a presque l’impression par moments qu’il raconte le contraire de ce qu’il veut réellement traiter ! Après tout, Johanna ne réussit que par son père qui est ministre et par un concours de circonstances. En parlant du père ministre, on voit qu’il y a certainement une sorte de critique des abus de pouvoir et du piston mais elle n’est pas suffisamment creusée. Pour terminer cette chronique, parlons maintenant du casting. Je suis partagée sur l’interprétation d’Alice Pol, une actrice qui ne me déplaît pas, loin de là. Même dans le très mauvais Supercondriaque, je trouve qu’elle a effectivement du potentiel. Elle dégage de la sympathie et est même plutôt pétillante. Je comprends en tout cas pourquoi Dany Boon a décidé de lui donner le premier rôle. Cela dit, elle ne peut pas livrer totalement une bonne performance : son personnage étant trop surécrit à l’image des gags, l’actrice finit par en faire des caisses. En revanche, sans dire qu’il est fabuleux, Dany Boon fait du Dany Boon : il ne surprend pas mais en faisant ce qu’il sait faire, il assure un minimum. A mon avis, ce sont surtout François Levantal et Michel Blanc, présents dans des seconds rôles, qui s’en sortent le mieux. En revanche, j’ai trouvé Sabine Azéma complètement à côté de la plaque (pourtant je l’aime bien d’habitude) et surtout Yvan Attal est juste insupportable (mais qu’est-ce qu’il joue mal !). Je regrette aussi de voir certains acteurs complètement sous-exploités, juste là parce qu’ils sont probablement potes avec Boon. Bref, pour ma part, rien de bien dingue dans cette énième comédie française ratée et surtout lourdingue…

RAID Dingue : Photo Alice Pol, François Levantal, Michel Blanc

The Nice Guys

réalisé par Shane Black

avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Margaret Qualley, Kim Basinger, Angourie Rice, Matt Bomer, Ty Simpkins…

Comédie policière américaine. 1h56. 2016.

sortie française : 15 mai 2016

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

Cela peut paraître assez étonnant mais en dehors de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, je n’ai jamais été confrontée au travail de réalisateur et surtout de scénariste de Shane Black  (L’Arme Fatale, Last Action Hero, Le Dernier Samaritain) : bref, on ne me jette pas des tomates, ça peut arriver d’être à côté de la plaque. Je sais que certains cinéphiles sont allés voir The Nice Guys, présenté l’an dernier à Cannes en hors compétition (et qui devait être une série télé) parce que justement Black était derrière la caméra. Pour ma part, en plus des bonnes critiques que j’ai pu entendre, j’avais surtout hâte de voir le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling dans un buddy movie. On ne va pas tourner autour du pot pendant un siècle : sans crier au chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé The Nice Guys (« la suite spirituelle de Kiss Kiss Bang Bang » selon Shane Black mai selon moi en moins noir) qui a déjà le mérite d’être un très bon divertissement, plus que la moyenne. L’histoire m’a tout de suite embarquée et on ne s’ennuie pas une seconde, le film étant suffisamment bien rythmé (le montage étant assez efficace) mais sans fatiguer non plus et permettant de garder une action lisible face à un enchaînement assez fou entre les rebondissements, les gags et des dialogues assez bien trouvés (on peut même parler d’un effet ping-pong). Le scénario a l’air léger, pourtant l’explosif mélange entre le message politique et l’univers du porno montre qu’il est plus ambitieux qu’il en a l’air et surtout qu’il sait plutôt bien jouer sur les oppositions (qui ne sont pas uniquement présentes dans le traditionnel duo du buddy movie). Le film joue aussi merveilleusement bien avec les différents codes grâce à une mise en scène habile. J’ai également beaucoup aimé la reconstitution de ce Los Angeles des années 1970, assez solaire et burlesque, parfois même jazzy sans que l’ensemble m’ait paru vide ou superficiel (même si paradoxalement le travail esthétique – volontairement clinquant – peut donner une impression contraire). Bref, techniquement le film est très maîtrisé sur de nombreux aspects et sert complètement à la fois le propos et le ton général (on pourra parler de coolitude). Le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling fonctionne également plus que très bien (même si j’admets avoir eu une préférence pour Gosling mais le duo m’a paru tout de même équilibré). Crowe joue très bien avec son côté brute pratiquement légendaire sans non plus tomber dans une mauvaise parodie de lui-même. Gosling prouve de nouveau qu’il a un réel potentiel comique. Comment ne pas rire devant son air Droopy et toutes les conneries qu’il débite dans le plus grand sérieux (oui, Ryan Gosling cause !) ?

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley, Russell Crowe

On parle de duo (logique dans un buddy movie) mais à ce stade-là, avec la présence de la jeune Holly (jeune mais qui prend finalement les rênes des opérations), on pourrait même parler de trio. A mon avis, ce n’est pas un hasard si ce personnage a pratiquement le même prénom que son père (Holland) : elle a un visage de poupon, pourtant, « the guy », c’est elle dans l’histoire. On ne tombe pas dans le cliché de la pauvre gamine qui sert de rebondissement narratif (du genre, le cas typique : se faire kidnapper, le papounet devant la retrouver). Non, elle n’a pas ce rôle qui aurait pu être présent ou elle n’a pas ce pseudo rôle « féminin » comme on a l’habitude de le voir si souvent dans des grosses productions hollywoodiennes. Son interprète, l’australienne Angourie Rice, est par ailleurs une révélation et je suis certaine qu’on la reverra très vite sur les écrans. Cela dit, je n’ai pas adoré le film car j’ai eu l’impression d’avoir vu ce type de film des tonnes de fois. Encore une fois, j’ai conscience que Black a volontairement parodié / pastiché / rendu hommage (à voir selon les scènes – la frontière entre ces termes, dans le cadre de ce film, m’a semblé volontairement floue) aux films des années 1970, qu’il y a donc des traits très volontairement forcés : le film se veut tout simplement old school et ça aide évidemment à rendre le tout très agréable. Je sais aussi qu’il y a des tas de films qui fonctionnent de cette même manière (tout dépend évidemment des univers, des époques évoqués etc…). Je l’ai tout de même trouvé, par ces nombreux procédés, sans réelle surprise et un peu trop classique (même si pour moi, ce.terme n’a rien d’une insulte à l’origine), comme s’il lui manquait ce petit truc pour que je puisse réellement adorer. Peut-être que le film a été un peu trop survendu, en tout cas, je suis restée sur ma faim alors que je me suis tout de même éclatée tout le long. Peut-être justement aussi que le film, à force de vouloir être cool à tout prix et de nous étaler les différents procédés (bien) utilisés, atteint parfois ses limites. Après, il s’agit vraiment d’un petit bémol. Qu’on soit bien d’accord : The Nice Guys reste tout de même une belle réussite, une bonne comédie d’action sans prétention tout en alliant une certaine maîtrise technique et narrative. Ce film prouve qu’on est encore capable de réaliser de bons divertissements hollywoodiens sans tomber dans la stupidité et en maniant bien les différents codes et en gardant un minimum d’exigence.

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

Hard Day

réalisé par Kim Seong-hun

avec Lee Seon-gyoon, Cho Jin-woong, Shin Jung-Keun, Jeong Man-Sik…

titre original : Kkeut-kka-ji-gan-da

Film policier coréen. 1h50. 2014.

sortie française : 7 janvier 2015

Movie Challenge 2016 : Un film par un réalisateur asiatique

hard-day

En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère.
Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Hard Day : Photo

Hard Day, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes en 2014 (et grand succès au box-office coréen), est le premier long-métrage de Kim Seong-hun. Etant une amoureuse du cinéma coréen – en particulier du polar coréen (peut-être que vous le saviez déjà – si vous me suivez depuis un moment maintenant) – et face à des critiques plutôt positives (que ce soit dans la presse ou au sein de la blogosphère), j’avais très envie de découvrir ce film. Sans crier au chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit dans ce genre (en tout cas, de mon côté, il ne s’agit pas d’un coup de coeur contrairement à de nombreux films coréens – arrive-t-il après la bataille ?), Hard Day est une jolie réussite qui mérite le coup d’oeil si on s’intéresse un minimum aux polars coréens. Je suis certaine qu’on continuera à entendre parler de Kim Seong-hun et de ses prochains projets à venir (notamment son film Tunnel qui, j’espère, aura une sortie en France) même si pour l’instant il ne rivalise pas avec les plus grands, mais bon ce n’est que le début, soyons patients. Il est difficile de raconter l’histoire dans le sens où un événement en déclenche un autre. Mais en tout cas elle est très bien racontée, le scénario étant bien ficelé et en donnant l’impression que le tout tient la route (alors qu’en y repensant avec du recul, l’histoire est très grossière et invraisemblable !). J’y vois un bel hommage au superbe After Hours de Martin Scorsese (même si Kim Seong-hun revendique davantage des clins d’oeil aux films des frères Coen, effectivement on sent aussi leur influence). Le réalisateur réussit à décrire la spirale infernale et explosive dans laquelle est inscrite le personnage principal (on se demande vraiment comment il va faire pour se sentir de cette merde internationale). Il y a quelque chose de classique et en même temps l’inventivité est bien présente. Il parvient plutôt bien à mêler les différents genres (décidément, c’est une sorte de caractéristique du cinéma coréen actuel) sans qu’on ait l’impression d’être face à un travail trop bordélique (parce qu’il est un chouïa me semble-t-il). Ainsi, Hard Day (ça devrait plutôt être « Hard Days » si on y réfléchit bien) est un polar assez sérieux et classique (alors que dans une pure comédie, le scénario aurait été différent) n’hésitant pas à intégrer un humour, parfois noir, parfois loufoque voire même un peu absurde par moments. Ainsi, la scène où le personnage principal doit cacher le corps dans le cercueil de sa propre mère est vraiment hilarante !

Hard Day : Photo

De la part d’un jeune réalisateur, la mise en scène m’a paru très efficace et plutôt bien maîtrisée. Surtout, quel punch ! De plus, il réussit aussi à instaurer une véritable tension la plupart du temps. J’étais toujours stressée pour le personnage principal ! Surtout, au-delà du mélange des genres, passant ainsi du suspense à l’humour, il y a derrière un véritable discours social (décidément, la police coréenne est vraiment pourrie jusqu’au cou). Esthétiquement, le film est également soigné tout en parvenant bien à exposer le côté rock’n’roll du récit. L’acteur principal Lee Seon-gyoon (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est excellent et tient parfaitement bien son rôle du début jusqu’à la fin. Son personnage est très attachant même s’il n’est pas non plus irréprochable. On est très loin de l’image habituelle (et hollywoodienne) du bon flic qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui doit à tout prix sauver la planète seul avec ses gros bras musclés. Bref, on est face à un anti-héros par excellence. Par contre, pour être totalement honnête, je n’ai pas tant apprécié que ça le méchant qui manque selon moi du charisme (même s’il fait des trucs vraiment méchants) et qui frôle parfois la caricature. Pourtant, son interprète Cho Jin-woong (vu récemment dans le très bon Monster Boy de Joon-Hwan Jang et Mademoiselle de Park Chan-wook) n’est pas à blâmer, c’est plus la manière dont le personnage est qui m’a « dérangée ». De plus, alors que le film possède d’indéniables qualités et qu’il reste assez plaisant et même divertissant, il me semble qu’il y a une sorte de coup de mou durant sa seconde partie (j’ai senti de mon côté quelques longueurs) même si l’ensemble reste tout de même très bien rythmé. Peut-être que le film souffre juste de ses trop nombreux rebondissements (du genre le type est mort n’était en fait pas mort, vraiment trop gros pour y croire, ça rallonge inutilement le film), comme s’il avait du mal à trouver une vraie fin. C’est dommage car à cause de ces détails, Hard Day n’est pas le film culte qu’il aurait pu être. Ce n’est pas non plus grave, le résultat reste tout de même vraiment à la hauteur, prouvant qu’on a bien un réalisateur à surveiller de près.

Hard Day : Photo

Jour Polaire

Créée par Måns Mårlind et Björn Stein

Avec Leïla Bekhti, Gustaf Hammarsten, Peter Stormare, Denis Lavant, Olivier Gourmet, Jérémy Corallo…

Série policière franco-suédois. 1ere saison. 2016.

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Au cœur de l’été arctique, à Kiruna, ville suédoise du cercle polaire, est perpétré le meurtre violent et mystérieux d’un citoyen français. Très vite, Kahina Zadi, capitaine française de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, est immédiatement dépêchée sur place afin de mener l’enquête avec la police locale et plus particulièrement avec le procureur Anders Harnesk.

midnightsuun

Les séries scandinaves me font de l’oeil depuis quelques années maintenant et j’espère que cette année sera la bonne (vive les résolutions). Pour débuter doucement, j’ai privilégié la dernière « Création originale » de Canal +, Jour Polaire (ou Midnight Sun dans son titre international / Midnattssol en suédois pour les petits curieux). Je retiens alors deux choses de cette petite expérience : étant donné que je ne connais rien aux séries scandinaves (j’ai juste tenté quelques films et une/deux lectures), je ne pouvais pas comparer avec une autre série. Surtout, Jour Polaire m’a donné envie de m’intéresser davantage aux séries scandinaves. Pourtant j’imagine bien (même s’il faudrait me le confirmer ou non) qu’elle ne doit pas totalement correspondre à l’univers scandinave par sa co-production française. Cela dit, je me dis que la partie française ne doit pas non plus trop le remporter. En effet, ce sont Måns Mårlind et Björn Stein, qui étaient déjà à l’origine de la série Bron (et qui a été objet de deux remakes : Tunnel, déjà sur Canal + avec Clémence Poésy, et The Bridge avec Diane Kruger) qui sont derrière les manettes. Est-ce finalement plus suédois que français ou vice versa ? Au fond, ce n’est pas si important (en dehors de nos interrogations pour connaître davantage des codes culturels et télévisuels) même si la série regorge évidemment d’une importante partie concernant la culture suédoise : les auteurs ont clairement voulu identifier les problèmes actuels en Europe qui tournent autour du racisme et de l’immigration. Je ne vais évidemment rien vous révéler de l’enquête qui, au passage, est passionnante du début jusqu’à la fin. Je dirais que l’intrigue autour des différentes cultures fonctionne totalement. En effet, d’un côté, on se retrouve en Suède dans laquelle on comprend que la place des Samis (en français, c’est tout simplement les Lapons), un peuple autochtone rejeté par le reste de la Suède. De l’autre, Kahina est une jeune policière française d’origine maghrébine. Son histoire personnelle est clairement reliée ses origines en question. Les deux histoires se font écho : les origines, même lorsqu’elles sont douloureuses et permettent parfois d’être au coeur de choix difficiles voire même condamnables, sont essentielles pour construire notre personnalité et notre manière d’aimer (même si cet amour – qu’il soit maternel ou fraternel). La série parvient alors dans un premier temps à confronter plusieurs types de sentiments : la haine la plus extrême (il n’y a qu’à voir la violence du meurtre du Français dès le premier épisode : au moins on reste scotché !) à l’amour (même si cela n’excuse nullement les actes barbares du tueur).

Photo Sofia Jannok

Jour Polaire démarre fort avec ce meurtre (un type, un certain français dénommé Carnot, est sur les hélices d’un hélicoptère qui se mettent à tourner de plus en plus vite) et sa mise en scène très choquante. Pourtant, durant le premier épisode, je n’étais pas totalement rassurée. La manière dont on nous présente Kahina manque un peu de subtilité par rapport à son histoire personnelle (notamment avec la relation avec son fils) et c’est principalement à cause de ce point en question que cette série n’est pas parfaite même si encore une fois elle est vraiment bonne (mais elle aurait pu meilleure – oui je suis exigeante !). L’histoire de Kahina est pourtant intéressante voire même plutôt touchante. La scène où elle raconte clairement tout ce qu’elle a vécu durant son adolescence est par ailleurs très forte en émotions. Je dirais juste que les scénaristes se sont trop précipités sur ce personnage. Ils arrivent paradoxalement à faire durer le suspense concernant l’identité du tueur (pour ma part, j’avais « deviné » seulement cinq minutes avant la révélation à l’avant-dernier épisode, bref côté suspense c’est plutôt réussi) mais pas réellement sur Kahina ce qui est fort dommage. En clair, je trouve qu’on en sait trop sur elle dès le premier épisode, le personnage n’est alors plus aussi mystérieux que prévu. Du coup, quand je la voyais se scarifier, il y a des moments où, sans dire que c’était ridicule (je n’irais pas jusque-là), ces scènes en question perdaient presque en noirceur et en douleur. Après, d’après ce que j’ai compris par des purs fans de télévision et plus généralement de polars scandinaves, Kahina correspondrait à des héroïnes de ce type de fiction du Nord. A vous de me confirmer ou non ce point. En dehors de ce petit point noir que je relève, j’ai en revanche aimé le portrait de tous les autres personnages. On arrive bien à les cerner aussi bien individuellement que collectivement. Les personnages sont donc assez complexes par ce procédé (et encore une fois même le méchant, pourtant inexcusable, a de l’épaisseur) et il n’est pas toujours évident de les classer dans une catégorie (dans le sens où je ne les vois ni comme des gentils ni méchants).

Photo Gustaf Hammarsten, Leïla Bekhti

Jour Polaire se fait aussi remarquer pour son ambiance sombre (je veux dire les gars, on parle d’un horrible serial killer !) alors que le soleil ne se couche jamais (pas de chance pour Kahina, il n’y a pas de volets là elle est logée). La photographie met merveilleusement bien en avant ce magnifique climat qui contrebalance avec les terribles événements en cours. Il n’y a plus de notion de temps alors que la course à la montre a démarré depuis la découverte du premier cadavre. Cette notion de temps s’ajoute aussi à la perte de repères culturels et linguistiques : on parle principalement anglais, mais les dialogues sont aussi en français, en suédois et même en sami. Comme Kahina (en VO Leïla Bekhti a volontairement gardé un gros accent français pour montrer encore plus le décalage linguistique), on finit par être déstabilisé par cette sorte de relecture de Tour de Babel. Les huit épisodes, chacun durant une bonne cinquantaine de minutes, sont pour moi passés à la vitesse grand V alors que le rythme est finalement assez lent (une caractéristique assez commune aux fictions scandinaves). Il faut dire que le scénario est captivant et bien ficelé jusqu’au bout même lorsqu’on connait l’identité de l’assassin. Enfin, Jour Polaire est servi par une très bonne distribution internationale. Certes, le personnage de Kahina est parfois présenté maladroitement, en revanche, Leïla Bekhti s’en sort très bien, réussissant bien à mêler différentes émotions et rend aussi Kahina attachante. Pourtant, sans dire que j’ai quelque chose contre elle, je n’accroche pas spécialement à son jeu dans certains de ses films. Son partenaire, Gustaf Hammarsten (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également remarquable. Plus discret (il devient en quelque sorte le personnage principal masculin malgré lui), son personnage touche par sa sensibilité et sa différence (notamment sexuelle) qui le détache du reste de la communauté. Finalement, le duo fonctionne très bien à l’écran. D’après ce que j’ai compris, vu le succès rencontré sur Canal +, une deuxième saison devrait voir le jour (visiblement avec d’autres personnages sur une nouvelle histoire).

Photo Leïla Bekhti

 

Zootopie

réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

avec les voix originales de Ginnifer Goodwin, Jason Bateman, Idris Elba, Jenny Slate, Bonnie Hunt, J.K. Simmons, Octavia Spencer, Alan Tudyk, Shakira…

avec les voix françaises de Marie-Eugénie Maréchal, Alexis Victor, Pascal Elbé, Claire Keim, Fred Testot, Isabelle Desplantes, Thomas Ngijol, Teddy Riner, Lubna Gourion…

titre original : Zootopia

Film d’animation américain. 1h48. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia !
Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …

Zootopie : Photo

Zootopie a rencontré un véritable succès sur plusieurs niveaux. Il est devenu le quatrième long-métrage d’animation à dépasser le milliard de recettes au box-office mondial. Puis, l’accueil de la presse et des spectateurs (que ce soit sur le Net ou dans mon entourage) a été excellent. A force d’en entendre autant de bien (et histoire d’être dans le coup), j’ai eu naturellement envie de le découvrir. Dans l’ensemble, j’ai bien aimé ce film d’animation même si je dois admettre que je n’ai pas trouvé que c’était le fameux chef-d’oeuvre annoncé et que j’ai du mal à comprendre des critiques – vraiment – excellentes. Disons que je n’ai pas eu le coup de coeur « attendu ». Je vais tout d’abord commencer par les points positifs (parce qu’il y a tout de même beaucoup). Il s’agit tout d’abord d’un film réussi du point de vue de l’animation. Le résultat est effectivement époustouflant. On croit totalement à l’existence de cette ville fictive. Le travail de l’équipe d’animation est impressionnant et important à souligner car tous les détails semblent avoir été pris en compte. L’idée peut paraît pourtant simple (une ville peuplée de mammifères anthropomorphes) – on se dit presque « mais pourquoi on n’y avait pensé avant ? » mais elle fonctionne réellement à l’écran. L’autre grande idée qui séduit réellement en sortant de ce film est le message véhiculé qui touchera autant les petits que les grands. J’apprécie toujours quand il y a une grande part de maturité dans un film d’animation. Zootopie est donc un film qui dénonce avec une certaine intelligence le racisme, le sexisme et les préjugés. Il y a quelque chose de très actuel qui résonne dans cette oeuvre avec la présence du gouvernement voulant créer la peur entre les uns et les autres à partir de leurs différences. J’ai également ri devant les moqueries efficaces contre l’administration molle du genou et généralement le film parvient bien à souligner les travers des hommes. Certes, rien de révolutionnaire dans la mise en scène d’animaux pour pouvoir mieux parler de l’humain, ça s’est toujours fait dans divers disciplines artistiques, mais ici ce concept vieux comme le monde fonctionne toujours aussi bien. Parlons également du doublage très réussi : je n’ai pas vu le film dans sa version originale mais je reste en tout cas très satisfaite de la version française, le petit plus avec la voix très agréable (avec une dose de cynisme qui correspond bien au personnage de Nick Wilde) d’Alexis Victor, qui a pour l’habitude de doubler Bradley Cooper ou encore Patrick Wilson (oui, la team des beaux gosses).

Zootopie : Photo

Donc pourquoi ne suis-je pas totalement fan à 100% de Zootopie ? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, et là je ne peux rien y faire, mais j’ai globalement du mal avec les films, même parfois avec des films d’animation (même si c’est moins pire dans ce dernier cas) mettant en scène des animaux ayant des traits ou fonctions proches de l’humain, je ne m’y fais pas et je ne m’y ferai jamais en dehors de quelques exceptions. De plus, si j’ai beaucoup aimé le personnage de Nick Wilde, je ne dirais pas autant de bien de Judy Hopps. Je ne dis pas que je n’ai pas aimé ce personnage qui défend des causes justes et qui a des défauts qui la rendent finalement plus humaine. Mais je ne trouve pas qu’elle a un charisme aussi imposant que son partenaire. Dans un sens, si je ne trouve pas ce personnage aussi fort que je l’espérais, c’est parce que la partie concernant le buddy-movie, sans dire qu’il s’agit d’un ratage (il ne faut pas non plus exagérer – il s’agit plus d’un bémol de ma part) n’est pour moi pas aussi réussie qu’elle devrait l’être.Je suis sceptique sur le travail des scénaristes sur ce point. Certes, comme je le disais, c’est divertissant, également plutôt rythmé (même si là encore je trouve qu’il y a une petite partie du film qui souffrent légèrement de ce problème – ce qui peut aussi expliquer mon scepticisme) donc on suit l’enquête (sans réelle surprise) sans problème, les personnages restent sympathiques, le duo fonctionne un minimum malgré selon moi un petit souci d’équilibre. Mais je suis restée sur ma faim malgré les qualités évidentes de ce bon divertissement. Je m’attendais à quelque chose de plus fort que ce soit en ce qui concerne le duo qui m’a paru déséquilibré ou au niveau de l’enquête qu’on suit mais sans plus finalement. Je comprends la volonté des scénaristes de vouloir faire passer un certain message mais du coup j’ai parfois eu l’impression que la forme n’était pas toujours aussi travaillée que voulue. Pour moi, il s’agit donc d’un bon Disney mais pas d’un grand Disney. On est pour moi loin de La Reine des Neiges et des Nouveaux Héros, les derniers bijoux des studios. Et même si ça ne remet pas du tout le film en question, la chanson de Shakira Try Everything est une catastrophe pour mes pauvres petites oreilles (contrairement au travail du compositeur Michael Giacchino). Je m’excuse vraiment auprès des fans (surtout que je n’ai rien à l’origine contre cette chanteuse). En plus, le personnage qu’elle double m’a vraiment rappelé les pubs Orangina (je les déteste), ça m’a perturbée !

Zootopie : Photo

Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

highheels

Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

The Strangers

réalisé par Na Hong-jin

avec Kwak Do-won, Hwang Jung-min, Chun Woo-hee, Kunimura Jun…

titre original : Goksung

Thriller, policier, fantastique, épouvante-horreur, drame coréen. 2h36. 2016.

sortie française : 6 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

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La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

The Strangers : Photo Kwak Do-Won

The Strangers est le troisième long-métrage du coréen Na Hong-jin, le réalisateur de l’incroyable The Chaser (sans déconner, un de mes films préférés) et The Murderer (en revanche, même si je lui reconnais des qualités, je n’aime pas trop ce film). The Strangers, qui avait été présenté au dernier festival de Cannes en hors compétition, s’intitule en VO Goksung. Il s’agit du village dans lequel se déroule l’intrigue. Et il s’en passe de ces choses dans ce village. Le début du film rappelle un peu l’ambiance de Memories of Murder de Bong Joon-ho (également un de films préférés, oui j’aime beaucoup le cinéma coréen actuel) : des corps atrocement assassinés retrouvés, des soupçons rapides sur un individu sans trop savoir qu’en réalité les choses sont bien pires, un flic maladroit, voire même un boulet qui nous fait marrer au début, alors qu’il va être embarqué ici littéralement dans une spirale infernale. Plus on avance dans le film, plus des références, très éloignées du cinéma coréen, se multiplient. Le réalisateur ne s’en cache pas : il s’est beaucoup inspiré de L’Exorciste de William Friedkin et de Rosemary’s Baby de Roman Polanski. Il y a donc beaucoup de mélanges dans ce film : on passe du film policier voire le thriller, en passant par le film d’épouvante mettant en scène des démons ou même le film de zombie. Il y a quelque chose de grotesque également. Il faut avouer : ça peut dérouter. On sent parfois le réalisateur débordé par les références mais aussi plus généralement par son enthousiasme. Je précise que la multiplication de genres et de références ne me dérange pas du tout en soi, du moment qu’il y a un minimum de cohérence et de gestion. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas mais tout de même j’ai parfois senti un peu trop de débordements et donc parfois de l’égarement. Il faut dire que sur 2h30, c’est difficile de tenir le pari. La durée fait d’ailleurs débat au sein de la presse et de la blogosphère. Pour ma part, je vais nuancer. Je n’ai pas vu le temps passer, ce qui est déjà bien en soi. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce film. Cela dit, quand je suis face à un film qui dépasse les deux heures, je me pose toujours cette question qui me semble légitime : les longueurs étaient-elles nécessaires ? Je ne suis pas sûre ici, ou en tout cas, je dirais qu’il y a quelque chose de pas toujours bien géré, principalement à cause du scénario, pourtant plutôt bon (qui est dans un sens, à sa manière, développé, peut-être parfois mal, mais bel et bien développé), mais encore une fois, qui a tendance à s’égarer par moments. Je n’ai rien contre les rebondissements et avouons que la fin est juste hyper glaçante, mais là il y a un moment où c’est (pour caricaturer) : c’est la fin, mais en fait non, parce qu’il y a machin qui est ça, et nooon en fait et ben c’était même ça, il y a une troisième fin qui arrive dans ta gueule.

The Strangers : Photo Chun Woo-hee

J’ai l’air de gueuler alors qu’en réalité, en dehors de ces quelques points (qui empêchent selon moi le film d’accéder à un statut de chef-d’oeuvre alors qu’il en avait la possibilité  – The Chaser, lui, reste un chef-d’oeuvre), j’ai beaucoup aimé The Strangers et je ne peux que le conseiller, surtout si vous êtes comme moi des amateurs de cinéma coréen (parce qu’on est en manque, disons-le). Ca a le mérite, malgré les nombreuses références et la multiplication des genres, d’être audacieux, on ne voit pas nécessairement ce genre de propositions artistiques actuellement. Et malgré mes quelques bémols, qui empêchent parfois de voir tout de suite où le réalisateur veut en venir et en nous laissant parfois sur quelques interrogations (même si je pense avoir globalement compris), ça reste paradoxalement bien foutu, notamment en ce qui concerne la mise en scène. En fait, Na Hong-jin tente de proposer autre chose sur la forme en jouant avec différents codes mais il y a tout de même une certaine continuité à travers le thème du mal qui semble envahir son oeuvre jusqu’à présent. Surtout, encore une fois, malgré des défauts selon moi, je n’ai vraiment pas vu le temps passer. The Strangers est réellement un film captivant, qui a le mérite d’emmener le spectateur (malgré quelques égarements encore une fois) dans différentes émotions. Certaines scènes sont vraiment impressionnantes et n’ont franchement rien à envier à L’Exorciste de Friedkin (la gamine est vraiment bluffante). Certes, pour les Occidentaux, il y a peut-être quelques éléments qui ne nous parleront pas lorsque nous ne sommes pas habitués à la vision de la vie et de la mort en Asie. Mais dans l’ensemble, sans trop en dire sur le scénario, ce point en question fonctionne très bien dans le film. Surtout, le propos derrière est extrêmement puissant. Comment ne pas y voir là-dedans une vision extrêmement sombre de l’Eglise catholique, qui perd de l’importance face aux croyances plus de l’ordre du folklore ? Comment aussi ne pas penser aux relations tendues entre la Corée et le Japon ? Le casting est également à la hauteur. J’ai bien aimé l’interprétation de Kwak Do-won, qui interprète Jong-gu le policier même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser tout le long du film à Song Kang-ho (et pas uniquement à cause du lien qu’on peut établir avec Memories of Murder, les deux acteurs se ressemblent réellement physiquement). Mais l’acteur se fait pour moi un peu voler la vedette par ses partenaires, que ce soit par Hwang Jung-min, un excentrique et charismatique chaman (la scène d’exorcisme très carnavalesque est surprenante au passage), l’acteur japonais Kunimura Jun (qu’on a pu notamment voir dans Kill Bill de Quentin Tarantino, Outrage de Takeshi Kitano ou encore Audition de Takashi Miike) est jusqu’au bout angoissant et enfin, même si on ne la voit pas tant que ça, par l’énigmatique Chun Woo-hee.

The Strangers : Photo Han Chul

Les Flingueuses

réalisé par Paul Feig

avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy, Demian Bichir, Marlon Wayans, Thomas F. Wilson, Michael Rapaport, Jane Curtin, Ben Falcone…

titre original : The Heat

Comédie policière américaine. 1h57. 2013.

sortie française : 21 août 2013

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer de rire

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D’un côté il y a l’agent spécial du FBI, Sarah Ashburn, une enquêtrice rigoureuse et méthodique dont la réputation la précède tant pour son excellence que son arrogance démesurée. De l’autre l’agent de police de Boston, Shannon Mullins, reconnue pour son fort tempérament et son vocabulaire fleuri. L’une comme l’autre, n’ont jamais eu de partenaire dans le travail… ni vraiment d’amis.
Ainsi, lorsque ces deux représentantes de la loi radicalement opposées sont obligées de faire équipe pour arrêter un baron de la drogue sans pitié, elles se retrouvent à devoir lutter non seulement contre un puissant syndicat du crime, mais aussi et surtout contre l’envie de s’entretuer.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

J’ai vu Les Flingueuses il y a un bon mois lors de son passage sur W9 (non, il n’y a pas que les Ch’tis à Mykonos sur cette chaîne) mais je dois avouer que je n’assumais pas totalement d’avoir bien aimé ce film vu ses notes moyennes sur Allocine et Imdb (j’espère que vous n’allez pas me lyncher, heiiin). Mais j’avais envie de le chroniquer dans le cadre du Movie Challenge. C’est un fait (en ce qui me concerne) : ce film m’a littéralement fait pleurer de rire. Pourtant, même si j’aime bien jusqu’à présent les films de Paul Feig (aurais-je ce même avis en regardant le prochain Ghostbusters ?), je ne m’attendais pas à grand-chose. Au pire, j’espérais juste passer un petit moment sans prétention. Non seulement j’ai été servie en terme de divertissement mais en plus j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une vraie bonne comédie. Certes, il ne s’agit pas d’une comédie révolutionnaire. C’est avant tout une nouvelle relecture du buddy-movie avec un duo de femmes – chose assez rare dans ce genre cinématographique (et il est certain que les mentalités à Hollywood doivent changer même si on prend le risque de mettre des femmes pour en mettre). Et ça fait mine de rien du bien. Des pas comme ça, même s’ils paraissent minimes, restent nécessaires. Le duo est formé par Sandra Bullock et Melissa McCarthy. D’un côté, Bullock incarne un agent du FBI psychorigide, de l’autre côté, McCarthy une flic locale décontractée au langage fleuri. Evidemment, alors que tout les oppose, les deux femmes vont se rapprocher et former une équipe soudée. Logique et prévisible. Mais ce n’est tellement pas dérangeant car ce duo fonctionne réellement bien à l’écran. C’est vrai que le film met vraiment en avant le talent comique évident de Melissa McCarthy. Si on n’est pas fan de cette actrice, à mon avis, vous n’aimerez pas ce film. En revanche, pour les autres ça sera un bonheur de la voir autant s’exprimer ! Il faut dire qu’elle aurait pas mal improvisé (même si le réalisateur assure que cela n’aurait pas pris le dessus sur le script), notamment lors de la scène (hilarante) dans laquelle elle se lâche avec le monologue « Quelqu’un a-t-il vu les couilles du commissaire ? ». Cette information ne m’a pas vraiment étonnée, on sent cette part d’impro. L’impro peut être quelque chose de très risquée car certains acteurs transforment cet exercice en show à part entière au point de bouffer le film. Ca peut être aussi le moyen de combler des lacunes possibles à un film.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Certes, il ne s’agit pas du film du siècle et c’est clair qu’en sortant du film on pense à la performance imposante (qui plaira ou non) de McCarthy. Mais je crois que son interprétation permet plus de faire ressortir les qualités générales du film, dans un sens, elle le bonifie. Encore une fois, je ne dis pas qu’il y a un scénario de fou derrière et on pourra même dire qu’il y a un côté déjà vu (si on devait émettre une éventuelle remarque), je ne suis pas en train d’idéaliser le film, loin de là. L’intrigue est d’ailleurs assez banale, reconnaissons-le. Mais les répliques bien senties et les situations dingues qui s’enchaînent sont déjà drôles en elles-mêmes. Un film mal écrit n’aurait pas pu être drôle même avec la géniale McCarthy (oui, je l’admire de plus en plus). Il y avait quand même un bon travail déjà fait, sans ça, rien n’aurait pu fonctionner. Surtout, même si l’interprétation de Melissa McCarthy est remarquable, elle ne tombe pas non plus totalement dans un one-man show. Sa partenaire parvient à exister malgré tout avec un rôle certainement moins exubérant. Sans dire qu’il s’agit d’une grande actrice, j’ai toujours bien aimé Sandra Bullock dans les comédies dans lesquelles elle est en mode bad ass (même si au début elle paraît coincée). Ce rôle lui convient donc à merveille car en plus elle sait faire évoluer son personnage, en tout cas elle est également crédible. Mais encore une fois, j’insiste surtout sur le bon fonctionnement du duo. Les deux interprétations sont complémentaires malgré l’apparente opposition et on sent une réelle complicité entre les deux actrices. Les Flingueuses n’est donc pas la comédie du siècle mais elle vaut finalement mieux que son titre français peu engageant. Ce film a le mérite d’offrir un honnête et bon divertissement qui montre à quel point les femmes, notamment celles qui ne correspondent pas aux canons de beauté, sont capables d’avoir des couilles – même si je ne pense pas qu’il ait la prétention d’être féministe ou quoi que ce soit dans ce genre. Le reste suit : la mise en scène reste tout de même tout à fait correcte dans ce genre de production et le montage participe également au rythme effréné de ce film qui dure pratiquement deux bonnes heures et dans lequel pourtant on ne s’ennuie pas ni on se sent gavé par toute cette énergie. Mais il s’agit ici d’une bonne énergie qui parvient à être communicative. Ce film m’a en tout cas fait un bien fou et remplit pas si mal que ça ses objectifs.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock