Ça (2017)

réalisé par Andy Muschietti

avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Sophia Lillis, Jeremy Ray Taylor, Wyatt Olef, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton, Stephen Bogaert…

titre original : It

Epouvante-horreur américain. 2h15. 2017.

sortie française : 20 septembre 2017

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis

Le long roman de Stephen King Ça, publié en 1986, avait déjà connu une première adaptation pour la télévision en 1990 réalisée par Tommy Lee Wallace et avec l’excellent Tim Curry dans le rôle du clown terrifiant Grippe-Sou (Pennywise). Le téléfilm était intéressant (même si je trouve sa seconde partie bien en dessous de la première) mais il a sacrément vieilli. Cela fait depuis quelques années qu’on parle d’une nouvelle adaptation (j’insiste sur le terme – non, ce n’est pas un remake comme je l’ai parfois lu à tort et à travers) pour le grand écran. Cary Fukunaga (crédité au générique) devait réaliser cette nouvelle version avec Will Poulter dans le rôle du clown maléfique. Fukunaga quitte le projet suite à des désaccords artistiques avec les producteurs de New Line, Poulter suit le chemin du réalisateur en guise de soutien. Les frères Duffer étaient également très intéressés par le projet, même avant l’intervention de Fukunaga. Il est finalement amusant de voir un des acteurs de Stranger Things au casting (le jeune Finn Wolfhard). Bref, c’est finalement le réalisateur argentin Andrés Muschietti (qui avait signé le plutôt bon Mamá) qui passe derrière la caméra. On relèvera alors deux choses. La première est le changement d’époque. Le roman (ainsi que le téléfilm) se déroule sur deux époques : les années 50 (pour la partie sur l’enfance) et les années 80 (pour la partie « adultes »). Cette fois-ci, l’enfance des personnages se situe dans les années 1980. Au-delà d’une volonté de rendre cette version plus contemporaine (les sujets évoqués sont intemporels), Ça semble s’inscrire dans ce boum nostalgique pour les années 80 (re-coucou Stranger Things). On aurait pu craindre une nostalgie pénible et redondante, Muschietti a le mérite de ne pas abuser de ce nouveau contexte en le rendant pas cool à tout prix. Le deuxième changement notable est d’isoler justement les deux parties. En effet, le téléfilm reprenait la structure du roman, c’est-à-dire d’avancer dans le récit en alternant les différentes époques. S’il devrait y avoir ces échanges dans le chapitre 2, ce premier volet se concentre uniquement sur le récit durant l’enfance des personnages. Seule une réplique prononcée par Bev, où elle explique avoir eu une vision d’elle et de ses amis adultes, évoquerait discrètement cette fameuse alternance temporelle.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Stephen King, décidément au centre de toutes les attentions (les adaptations de ses oeuvres sont très nombreuses et cela n’est pas prêt de changer en 2018 !), a approuvé (voire aimé) cette nouvelle adaptation de Ça. Je n’ai pas encore lu le roman d’origine (je l’attaque très bientôt les amis !), je ne peux donc juger que sur ce que j’ai vu. Ce long-métrage m’a en tout cas beaucoup séduite. Certes, il ne s’agit pas forcément du film le plus effrayant que j’ai pu voir – même si certaines scènes ont tout de même su me donner quelques petits frissons. Il reprend lui-même des codes très utilisés (et parfois faciles) dans le cinéma d’horreur actuel. Cela dit, il a deux mérites qui lui permettent de se détacher de ce cinéma d’horreur contemporain. Le premier est celui d’instaurer tout le long de l’oeuvre une atmosphère dangereuse. Le second est concerne sa manière de parler de la peur, pas uniquement de ce monstre mais aussi celles de notre enfance qui s’apparentent finalement à différents traumatismes bien plus profonds : inceste, disparition tragique des parents ou d’un frère, harcèlement scolaire, mère qui couvre dangereusement son enfant, racisme… Des sujets difficiles mais jamais traités avec lourdeur. Rien que le nom de l’oeuvre est significatif sur le fond de cette histoire (on peut même établir des rapprochements avec The Thing et It Follows), ce « ça » pour désigne le Mal. En psychologie, le « ça » répond aux pulsions de l’humain. Et ces pulsions hantent la ville de Derry, pratiquement un personnage à part. Certes, la métaphore est peut-être parfois un peu très appuyée mais elle fonctionne tout de même avec efficacité surtout pour un film de cette production (n’oublions pas que c’est une grande production – ce qui explique le départ d’origine de Cary Fukunaga). Par rapport aux thèmes évoqués et même par rapports à certains décors, on peut rapprocher cette oeuvre à une nouvelle de Stephen King, Le Corps (paru dans le recueil de nouvelles Différentes saisons), adapté au cinéma sous le titre Stand by me. Ce premier chapitre n’est alors pas à proprement parler un film d’horreur comme on aurait pu l’attendre, c’est un film sur l’horreur banale. Muschietti nous offre une chronique sur l’enfance à la fois dure, tendre et émouvante.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Pour un film assez ouvert au public, on s’étonnera alors de la violence, certes suggérée (enfin pas tant que ça par moments, la scène d’intro avec le petit Georgie et son bras arraché n’est pas si suggérée que ça), mais tout de même présente. Si la fin s’étire peut-être un poil en longueur et qu’il y a parfois un peu trop de jump-scares et d’effets horrifiques pour plaire à un certain public actuel (même si dans le lot certains fonctionnent), la mise en scène de Muschietti reste solide. A noter aussi une belle photographie de Chung Chung-hoon, connu pour sa collaboration avec Park Chan-wook : cette influence japonaise est peut-être, avec du recul, à l’origine de cette atmosphère prenante. Une scène plutôt réussie semble même sorti de Ring de Hideo Nakata. L’interprétation de Pennywise par l’immense (et trop sous-estimé) Tim Curry était monumentale (même si on le voit finalement peu). Difficile de passer après une telle performance. Pourtant, Bill Skarsgård (fils de Stellan et frère d’Alexander) s’en sort plus que bien. Ce n’est pas évident de passer après Curry et le jeune acteur suédois ne cherche pas à l’imiter. Il montre une autre facette exploitable de ce personnage qui apparaît certainement plus que dans le téléfilm. Certes, peut-être qu’on prend le risque de supprimer la partie énigmatique du monstre qui hante les enfants jusqu’à l’âge adulte (le personnage de Curry semblait plus vicieux mais encore une fois les approches de l’un et de l’autre sont différentes). A voir également en version originale pour l’excellent travail vocal de l’acteur. Tous les jeunes acteurs sont également remarquables incarnant des personnages très attachants et charismatiques. Jaeden Lieberher (vu dans l’excellent Midnight Special) et la jeune Sophia Lillis (sorte de sosie version jeune de Jessica Chastain et / ou Amy Adams) sont particulièrement charismatiques, Finn Wolfhard est très drôle en petit clown de service (oh le clin d’oeil de merde) ou encore Jack Dylan Grazer est adorable dans le rôle du petit Eddie (c’était déjà mon personnage coup de coeur dans le téléfilm). On peut peut-être regretter qu’ils n’aient pas le même temps de présence à l’écran. Espérons que le casting adultes soit à la hauteur…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor

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Suspiria

réalisé par Dario Argento

avec Jessica Harper, Joan Bennett, Udo Kier, Stefania Casini…

Film épouvante-horreur, fantastique, thriller italien. 1h35. 1977.

sortie française : 18 mai 1977

interdit aux moins de 16 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’horreur

Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c’est là qu’une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu’empirer : le pianiste aveugle de l’école meurt à son tour, égorgé par son propre chien….
Suzy apprend alors que l’académie était autrefois la demeure d’une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l’école était encore sous son emprise ?

Suspiria : Photo

Je continue de découvrir petit à petit la filmographie de Dario Argento (rappelez-vous, je vous avais chroniqué récemment un de ses chefs-d’oeuvre, Les Frissons de l’angoisse). Suspiria faisait évidemment partie de mes priorités et c’est chose faite désormais ! Ce film, dont le remake devrait sortir dans l’année, fait partie d’une trilogie avec Inferno et La Troisième Mère (il est même le premier film de cette saga). Cette trilogie est inspirée par la suite du roman de Thomas de Quincey (Confessions d’un mangeur d’opium) : Suspiria De Profundis. Un des passages s’intitule « Levana et nos mères de Douleur ». L’auteur y parle alors de trois soeurs (qui rappellent les trois Grâces et aux trois Moires) de douleur : la Mère des Pleurs, la Mère des Soupirs et la Mère des Ténèbres. Dario Argento, le maître du giallo, se lance réellement pour la première fois dans l’horreur. Le cinéaste dit clairement (et cela se ressent) qu’il s’est inspiré des contes de Disney et ceux de Grimm, et qu’il a mélangé ces deux univers avec « la violence de L’Exorciste« . Si le film s’est inspiré de nombreux films et autres univers artistiques, il est également certain qu’il a eu une grande influence sur d’autres (notamment sur un certain Black Swan). L’histoire en elle-même est assez « simple » et accessible : une jeune danseuse qui a l’air toute innocente se retrouve dans une école dans lequel se déroulent une série de meurtres et autres événements étranges. Le film est plutôt court et le déroulement du scénario est assez fluide, j’ai même envie de dire qu’il est « direct » (du genre une fois qu’on a résolu l’intrigue, boum générique de fin). Et pourtant, Suspiria n’a rien d’un film simple même dans son écriture qui pourrait pourtant donner l’impression du contraire. Ce sont surtout la mise en scène et les choix esthétiques qui surprennent le plus et qui donnent une force inouïe à Suspiria. La mise en scène est d’une grande virtuosité et d’une incroyable précision. Ainsi, chaque détail semble compter, rien ne semble laisser au hasard. On notera au passage un petit clin d’oeil à un autre film d’Argento (son premier pour être précis), L’Oiseau au plumage de cristal le temps d’une scène ou encore le placement des poignées de portes, plus élevées qu’à l’accoutumée : les jeunes femmes du film pourraient finalement être des enfants (Argento voulait d’ailleurs des personnages âgés d’une douzaine d’années – c’est son père qui lui a déconseillé pour éviter une trop grande censure). Les couleurs sautent évidemment aux yeux, impossible d’y échapper, surtout à la présence du rouge et du bleu.

Suspiria : Photo

Le rouge a évidemment un rapport direct avec le sang (qui ressort particulièrement sur les corps, comme s’il avait quelque chose de volontairement irréel) et avec le Diable. On peut aussi rapprocher cette couleur avec le culte et même le pouvoir. Quant au bleu (« opposé » de la couleur chaude rouge), qui pourrait aussi être associé à la divinité, c’est une couleur froide qui rappelle à quel point la mort est omniprésente dans cette école du mal. Le mystère et l’atmosphère pesante sont présentes dès les premières minutes du long-métrage qui encore une fois ne perd pas de temps à nous présenter son intrigue. Argento joue également avec intelligence avec des motifs connus (notamment la présence de pluie et même de l’orage dans la nuit) pour pouvoir mieux nous surprendre. Cette ambiance et cette esthétique envoûtante (la part d’ésotérisme n’étant également pas à exclure) se combinent merveilleusement avec la dimension baroque, qui se traduit aussi bien par de magnifiques décors que par la musique de Goblin, assez dérangeante. Bref, Argento assume sa folie flamboyante et grandiloquente, rendant aussi hommage à l’expressionnisme. Encore une fois, il parvient à combiner différentes disciplines artistiques pour créer une oeuvre unique. : cinéma, littérature (en particulier le conte), danse, architecture et même peinture (je reviens encore une fois au sang pour ne citer que cet exemple) se côtoient avec beaucoup de cohérence et de pertinence. Côté casting, on est également bien servi, notamment par la trop rare Jessica Harper, parfaite dans le rôle principal (on pourrait presque établir des liens avec Phantom of the Paradise de Brian De Palma, sorti seulement trois ans avant). Pour les petites anecdotes, Daria Nicolodi, la scénariste du film (et à l’époque compagne d’Argento – et également maman d’Aria) devait tenir le rôle principal mais une actrice plus jeune devait être prise. Cela dit, c’est elle qui prête sa voix au personnage de Helena Markos. Selon Jessica Harper (à voir s’il s’agit d’une rumeur ou non mais je trouve en tout cas l’anecdote amusante), Markos serait interprétée par une ancienne prostituée de 90 ans rencontrée par Argento dans les rues de Rome ! Suspiria est donc l’un des plus beaux cauchemars et contes horrifiques que j’ai pu voir, un film diaboliquement efficace et extrêmement bien foutu.

Suspiria : Photo

Get Out

réalisé par Jordan Peele

avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Betty Gabriel, Lakeith Stanfield, Stephen Root…

sortie française : 3 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Get Out, gros succès au box-office américain acclamé par la critique, est le premier long-métrage de Jordan Peele, connu aux Etats-Unis pour être le membre du duo comique de Key and Peele (diffusé sur Comedy Central). Ce long-métrage est également produit par Jason Blum, le roi des films effrayants (ou pas parfois, n’est-ce pas Paranormal Activity ?) à petits budgets (ici 4 petits millions de dollars). Get Out raconte l’histoire d’un photographe noir (Chris) qui va rencontrer les parents de sa charmante petite amie, Rose (blanche au passage). Rose rassure rapidement Chris : ses parents adorent les Noirs dont Obama. « Mon père aurait voté pour lui une troisième fois s’ils avaient pu », assure-t-elle. Le père en question répétera à Chris la même phrase. Sauf que les parents en question ont un comportement étrange. Le point de départ rappelle le génial Devine qui vient dîner de Stanley Kramer avec Katherine Hepburn, Spencer Tracy et Sidney Poitier. A noter que le titre VO de ce dernier est Guess who’s coming to dinner. Son remake Black/White de Kevin Rodney Sullivan (avec Bernie Mac, Ashton Kutcher et Zoe Saldana) s’intitule juste en version originale Guess who. Guess who / Get Out… A l’oreille, les titres ne sont pas finalement pas si éloignés si on fait bien attention : ce rapprochement ne me semble pas anodin. Get Out serait alors la version sombre et horrifique du film de Kramer (et donc de son remake). Et le film dépasse la question du racisme ordinaire caché sous les bonnes apparences et surtout qu’on se cache à soi-même (ce que je veux dire c’est que Hepburn et Tracy ont beau être racistes alors qu’ils clament le contraire, ils ne vont pas au-delà. Ainsi, les parents de Rose et même leur entourage (on peut parler d’une communauté) dépassent clairement cette image « gentillette » de ce racisme banal. Chris aurait dû y voir les signes même avant de rencontrer les parents de Rose : lui et sa copine ont un léger accident de voiture. Le policier va demander à Chris de lui passer son permis de conduite alors qu’il n’était pas au volant. En revanche, aucune remarque pour Rose la conductrice. Cela veut en dire long sur ce qui se passe quotidiennement aux Etats-Unis auprès des Afro-américains.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Get Out semble a priori très accessible et simple : c’est un de ces points qui en fait son charme et qui explique aussi ce « buzz ». Pourtant, ce film n’a rien de simple, il ne l’est qu’en apparence. Certes, en y regardant de près, il a ses imperfections (sa fin est peut-être un peu trop expéditive par exemple – elle reste cela dit jouissive). Mais pour un premier long-métrage, Jordan Peele envoie du lourd et s’il ne fait pas n’importe quoi, il pourra avoir une belle carrière. Get Out rappelle alors quelque chose qui semble avoir été oublié par de nombreux spectateurs qui méprisent souvent le cinéma de genre : c’est un type de cinéma qui ne se contente pas uniquement de faire bêtement peur. Il peut permettre de dénoncer des choses et de livrer un scénario plus riche qu’il en a l’air. C’est le cas de Get Out. Peu de films parlent de la question « noire » alors qu’elle est omniprésente dans l’actualité. Réalisé sous l’ère Obama mais sorti chez nous sous Trump, il dit en tout cas quelque chose d’un problème pas encore réglé aux Etats-Unis : comment sortir littéralement de ce cauchemar (je fais évidemment un clin d’oeil aux scènes d’hypnose) qui ne devrait même plus exister ? Comment vivre quand on est Afro-américain aux Etats-Unis, dans ce pays qui a pourtant réussi à élire un Président Noir ? N’est-on pas sans cesse guetté par la peur que ce soit en se promenant dans la rue ou même dans sa propre famille dans un sens ? Get Out joue avec ce sentiment de paranoïa. On se doute bien que Chris a certainement raison (ce n’est pas un spoil) mais là où le scénario parvient à surprendre, c’est lorsqu’on nous évoque le secret des Armitage : pourquoi s’attaquent-ils à la communauté Afro-américaine ? Que leur font-ils et dans quel but ? Pourquoi les employés (également noirs) se comportent-ils bizarrement et ont l’air coincé dans le temps ? Bref, le scénario parvient à surprendre de ce côté-là alors qu’on croit être face à une histoire plus simple. J’admets juste avoir deviné le rôle d’un des personnages mais cela ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. La piste prise par Jordan Peele est intéressante dans le sens où les Armitage vantent paradoxalement dans leur racisme exacerbé (quel euphémisme) les bons côtés de la communauté Afro-américaine.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Les critiques ont beaucoup insisté sur la place de l’humour dans ce long-métrage. Effectivement, il y en a, notamment grâce au rôle du pote du personnage principal. Ce choix est pour moi lié à la fin du long-métrage : il y a une envie de montrer quelque chose de positif, de défendre la place du personnage Afro-américain si délaissé par le cinéma traditionnel et populaire. Le réalisateur dit par ailleurs que les séquences oniriques sont justement un moyen de dénoncer ce qu’il se passe actuellement à Hollywood (il fallait le voir, faut l’avouer) et même dans le cinéma d’horreur (en dehors de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero, peu de films du genre mettent en avant des Noirs ayant le bon rôle). Certains ont critiqué cette fin en disant qu’il s’agissait dans un sens de white washing. Est-ce que cette fin serait mieux passée si on était face à un personnage blanc affrontant une famille des Noirs ? Je ne sais pas mais il est certain que le message passé aurait été différent. Et je ne pense pas qu’il faut voir une sorte de haine des Afro-américains contre les Blancs ou un truc simpliste et douteux de ce genre. Chris est juste un personnage qui agit pour sauver sa peau et non par haine envers une communauté. Pour revenir sur l’humour, qui a de bonnes raisons d’être présent, il a le mérite, en plus de s’amuser avec certains codes du genre, de ne pas casser une réelle tension présente du début jusqu’à la fin. Au-delà du talent évident pour Peele d’instaurer une atmosphère pesante, la musique de Michael Abels contribue énormément à toute cette sensation permanente de malaise. Le casting est également très bon, que ce soit Daniel Kaluuya (qu’on a pu voir dans Sicario), Allison Williams (ça fait plaisir de voir la Marnie de Girls dans son premier long-métrage !) ou encore l’indétrônable Catherine Keener. Get Out est donc une très belle réussite bien écrite et bien mise en scène par un réalisateur doué qui ne néglige aucun détail (certains d’entre eux renvoient au temps de l’esclavage quand on y regarde de près). Captivant, accessible, effrayant et terriblement divertissant, ce long-métrage est finalement un portrait glaçant et absurde d’une Amérique encore raciste et malade, coincé encore dans un temps qui devrait être révolu.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Les Frissons de l’angoisse

réalisé par Dario Argento

avec David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia, Carla Calamai, Macha Méril…

titre original : Profondo Rosso

Thriller, épouvante-horreur italien. 1h40. 1975.

sortie française : 17 août 1977

interdit aux moins de 16 ans

Marcus Daly, un pianiste témoin du meurtre d’une médium, décide de mener son enquête, d’abord par curiosité, puis par nécessité lorsque l’assassin s’en prend à lui.

Présent sur les lieux des crimes, il est rapidement suspecté par la police. Il comprend qu’il a vu une chose qui devrait le mettre sur le chemin de la vérité mais ne parvient pas à saisir quoi…

Les Frissons de l'angoisse : Photo

Je n’avais pas spécialement aimé Blow Up de Michelangelo Antonioni (même si les cinéphiles doivent découvrir ce film) mais il avait tout de même su titiller ma curiosité. Le maître du giallo Dario Argento s’est inspiré de cette Palme d’or pour son cinquième long-métrage Les Frissons de l’angoisse (Profondo Rosso / Deep Red : bref, c’est quoi ce titre français assez bateau ?). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on retrouve dans le rôle principal David Hemmings, qui tenait le premier rôle dans le film d’Antonioni. Ce n’était pas la première fois que je regardais un film d’Argento mais je n’avais pas commencé par ses meilleurs. Avec Les Frissons de l’angoisse, j’ai enfin compris pourquoi ce réalisateur avait un certain lot d’admirateurs. J’ai toujours aimé les films à twist et pour moi, le bon twist, c’est celui qui pourrait être trouvable par les spectateurs et / ou les personnages (sinon pour moi, ça s’appelle une arnaque). Effectivement, une des grandes qualités de ce film réside dans la manière de nous amener vers la révélation finale. Tous les indices sont sous effectivement sous nos yeux et sous ceux de Marcus, le personnage principal. Comment cela se fait qu’on ne voit justement ces indices assez visibles ? Argento joue merveilleusement avec l’image. En effet, pour le réalisateur, tout réside dans la capacité de l’individu à capter le réel. Il faut savoir faire la différence entre « voir » et « regarder ». On n’apprend pas à voir, c’est instinctif, tandis que regarder relève davantage de l’apprentissage et surtout une implication. Cette notion de « regard » est pratiquement essentiel dans l’art, que ce soit au cinéma, la musique (le personnage principal est pianiste), l’architecture (comment ne pas penser au rôle de la Villa Scott ?) ou encore dans la peinture (cette discipline étant assez présente dans Les Frissons de l’angoisse – que ce soit notamment dans les décors, dans un sens dans le maquillage et même dans la vision du sang qui n’a rien de réel !). On trouvera alors notre révélation, notre quête de vérité dans notre observation, notre manière de diriger notre regard. Il faut savoir aller au bout, voire même littéralement gratter comme le fera Marcus. Ce thème du regard, mis en avant par l’art, était effectivement présent dans Blow Up (le personnage incarné par Hemmings devait mieux regarder la photographie qu’il avait prise). Le film d’Antonioni m’avait frustrée (et ennuyée au passage) parce que j’ai eu l’impression qu’il n’exploitait pas tant que ça ce point tandis qu’il est omniprésent dans celui d’Argento qui manie extraordinairement bien cet art du puzzle à remettre correctement en place pour pouvoir obtenir une vision globale.

Les Frissons de l'angoisse : Photo

Les Frissons de l’angoisse n’est pas très rythmé (un choix assumé par Argento pour qu’on prenne le temps d’observer tous les possibles indices dans le but de connaître la vérité et aussi pour mieux installer son ambiance) ce qui aurait pu me freiner comme cela m’arrive souvent. Je suis pourtant rentrée dès le début dans le long-métrage qui nous intrigue et interpelle. Il faut dire que la mise en scène est absolument remarquable. De plus, chaque plan est soigné (à l’image de l’esthétisme qui m’a scotchée) et a son importance, il est encore une fois à lui seul une pièce de puzzle. Le film possède aussi une véritable ambiance à la fois envoûtante et inquiétante, notamment par le biais de la médium qui a senti avant son assassinat la présence du tueur. Même certains décors ou autres aspects esthétiques, qui jouent sans cesse avec les formes, ont quelque chose qui semblent sortir de la réalité. Je pense notamment à ces effets de trompe-l’oeil, ces tableaux qui font penser au Cri de Munch ou encore au maquillage parfois dévoilé du tueur. La musique du groupe rock Goblin (qui a aussi composé les bandes-originales de Suspiria ou encore de Zombie de George Romero) contribue également beaucoup à ce sentiment d’étrangeté et de danger permanent. Finalement, cette atmosphère qui serait de l’ordre de l’ésotérisme aurait pour but de rendre les crimes plus réels et dans un sens encore plus sombres qu’ils ne le sont déjà. Le casting est également très bon : le charismatique David Hemmings est très à l’aise dans le rôle de ce pianiste, qui n’a rien d’un flic, mais qui va enquêter à sa manière quitte à passer parfois à côté de précieux indices. Daria Nicolodi (qui deviendra après le tournage de ce film sa future compagne et son égérie – c’est aussi la mère d’Asia Argento) est également plaisante dans le rôle de cette journaliste un poil loufoque (voire même casse-pieds). Pour conclure, Les Frissons de l’angoisse est un formidable film qui sait marquer les esprits, sachant utiliser de nombreuses références artistiques (je ne l’ai pas cité mais je pense évidemment à cette scène frappante reprenant clairement du Edward Hooper – impossible de ne pas la citer). pour nourrir son propos. A la fois étrange, même baroque, possédant une atmosphère mystérieuse et n’hésitant pas non plus à montrer des scènes assez gores, le long-métrage de Dario Argento surprend par sa complexité (que ce soit au niveau de la forme ou du sens, les deux se combinant avec habilité) en racontant pourtant une histoire a priori simple et accessible.

Les Frissons de l'angoisse : Photo

Bègue

réalisé par Benjamin Cleary

avec Matthew Needham, Chloe Pirrie, Eric Richard, Richard Mason…

titre original : Stutterer

Drame britannique, irlandais. 12 mn. 2015.

Disponible légalement et gratuitement sur le replay d’Arte jusqu’au 14 mars 2017

⇒ICI⇐

stutterer

Typographe solitaire, Greenwood est victime d’importants troubles d’élocutions. Quand Elie, avec qui il échange sur internet depuis plusieurs mois lui propose de le rencontrer, il se retrouve face à sa plus grande angoisse.

Bègue : Photo

Je vous propose une petite chronique improvisée pour un film qui en vaut la peine et que vous pouvez regarder gratuitement jusqu’en mars prochain sur le site d’Arte replay comme je l’explique sous le descriptif. Bref, c’est en quelque sorte mon petit cadeau de fin d’année.

J’en profite pour vous souhaitez une excellente année et vous remercie tous pour votre fidélité qui me touche et me booste chaque jour. Le 1er janvier, je vous remercierai encore et je vous proposerai le top et flop 10 de 2016. Et n’oubliez pas, le 2 janvier, la nouvelle liste du Movie Challenge sera publiée sur le blog ! Petite précision aussi pour le mois de janvier pour ceux qui auraient raté quelques infos : je me focaliserai sur les quatre dernières critiques du Movie Challenge 2016 (La Déchirure, Avanti, Hard Day et Kill your darlings) et tenterai d’écrire quelques chroniques de films sortis cette année (avant de commencer la nouvelle) : The Nice Guys et Les Animaux Fantastiques en priorité). Bref, j’ai pas mal de boulot en janvier !

Stutterer ou Bègue dans sa version française a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 2016 (vous savez, cette fameuse catégorie dont on ne préoccupe pas réellement durant cette soirée). Comme beaucoup de gens voire même de cinéphiles, je ne prends pas toujours le temps de découvrir des courts-métrages, ce qui est un tort, je dois bien l’admettre (parce que le court-métrage n’est pas un sous-film). Le court-métrage est toujours un bon moyen pour un réalisateur de se lancer, de bâtir sa filmographie et surtout de se faire connaître. Je croise alors les doigts pour le jeune réalisateur irlandais Benjamin Cleary qui prouve ici qu’il possède un réel talent. J’espère qu’il continuera sa carrière et qu’il réalisera un de ces jours un long-métrage, je suis persuadée qu’il en est capable même s’il s’agit d’un exercice différent. Stutterer est donc un court-métrage de douze minutes suivant Greenwood, un jeune bègue (jusque-là, aucune surprise, puisque le titre nous l’indique) qui rencontre des difficultés au quotidien à cause de son handicap. Il discute en ligne depuis six mois avec une charmante jeune fille, cette dernière lui proposant alors de se voir physiquement pour de bon. En douze minutes, la question se pose : Greenwood va-t-il avoir le courage de se rendre à ce rendez-vous et de pouvoir sortir de sa solitude ? Ou au contraire, est-ce que son handicap va-t-il le bloquer et l’empêcher d’établir une belle relation possible ? En peu de temps, grâce à une mise en scène particulièrement efficace et de tout un lot d’arguments solides, Benjamin Cleary parvient à saisir toutes les difficultés vécues par un bègue au quotidien. Le réalisateur dit qu’il s’est d’ailleurs inspiré d’un ami bègue, lui racontant tout un lot d’anecdotes. Ainsi, cette manifestation est autant extérieure qu’intérieure. Extérieure parce qu’on est face à un jeune homme incapable de s’exprimer clairement dans la vie de tous les jours, même pour demander un simple renseignement concernant une de ses factures. Intérieure, parce que s’il ne peut pas s’exprimer en public, Greenwood entend dans son esprit sa voix, celle qu’il aimerait faire entendre aux autres s’il avait la possibilité de s’exprimer comme il le souhaiterait. Il ne s’agit pas uniquement de paroles qu’il aimerait prononcer. Ce désir de paroles se mélange aussi aux pensées du personnage principal. On retrouve alors un montage particulièrement astucieux entre la voix-off, les dialogues dans la réalité du personnage et les images. La photographie et le jeu de lumière sont également remarquables. Au-delà d’un formidable travail technique, le film parvient aussi à combiner en peu de temps tout une gamme d’émotions. On ressent la solitude de Greenwood, sa mélancolie, mais aussi ses quelques moments d’espoir. Le film aurait pu être déprimant. Tout en prenant en compte cette mélancolie, Stutterer est pourtant un court-métrage d’une réelle fraîche, avec quelques touches d’humour très efficaces. Enfin, je dois vraiment souligner les excellentes interprétations des deux acteurs principaux. Matthew Needham (je ne sais pas pourquoi mais il m’a fait penser à Ben Whishaw !), apparu dans la série Casualty ou dans Sherlock et surtout au théâtre, est formidable dans le rôle de ce garçon très attachant qui mériterait de sortir de sa coquille. J’espère vraiment revoir cet acteur dans des films et séries plus exposées, on sent qu’il a du talent ! Sa partenaire Chloe Pirrie, une jeune actrice écossaise vue dans Youth de Paolo Sorrentino ou encore dans la série Brief Enconters, fait preuve d’une grande fraîcheur (on peut comprendre que Greenwood puisse être sous son charme).

Bègue : Photo

Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

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Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

Le mystère Enfield

Créée par Joshua St. Johnston

avec Timothy Spall, Matthew Macfadyen, Eleanor Worthington-Cox, Rosie Cavaliero, Juliet Stevenson…

titre original : The Enfield Haunting

Série dramatique, épouvante-horreur britannique. 1 saison. 2015.

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Eté 1977, Peggy Hodgson et ses trois enfants expérimentent des phénomènes très étranges dans leur nouvelle maison située à Einfield. Elle fait alors appel à Maurice Grosse, chercheur débutant dans le paranormal, pour qu’il mène l’enquête. Il est assisté par Guy Lyon Playfair, investigateur expérimenté qui aborde ce cas avec scepticisme.

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On connait tous l’affaire Enfield (notamment avec des célèbres photographiques relatant les événements – notamment celle de la gamine balancée de son lit / en train de se jeter de son lit ?) au point qu’elle a été cette année l’objet d’un long-métrage, je parle évidemment de Conjuring 2 : Le Cas Enfield par James Wan. Avant la sortie du film américain très romancé (les Warren ont bien rendu visite à la famille touchée, les Hodgson, mais ne sont restés qu’un jour tout comme ce ne sont pas eux qui ont résolu le problème), la mini-série britannique Le Mystère Enfield (The Enfield Haunting) s’était déjà intéressée à cette histoire. Composée de trois épisodes durant chacun 45 minutes, cet objet télévisuel s’appuie sur l’ouvrage de Guy Lyon Playfair, This House is Haunted (1980) qui serait basé sur ce qu’il aurait vu dans cette maison en question. Guy Lyon Playfair est ici l’un des personnages principaux de la série et est interprété par Matthew Macfadyen (je tenais à dire que cette coupe seventies lui va parfaitement bien !). Pour la petite précision, alors qu’il a longuement participé à l’enquête autour de cette affaire, le personnage de Playfair n’apparait pas dans Conjuring 2. En revanche, dans ce film en question, on retrouvait déjà (dans un rôle secondaire) Maurice Grosse interprété par Simon McBurney. Le personnage, incarné ici par Timothy Spall, prend alors dans cette mini-série beaucoup plus de place en étant désormais (avec Playfair). Pour les amateurs d’horreur ou de sensations fortes, vous risquez d’être déçus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des scènes effrayantes. Les épisodes mettent mal à l’aise, on assiste à des événements surnaturels qui ne peuvent évidemment pas nous rassurer (avec tout ce qu’on connaît déjà : voix flippantes, objets et personnes en lévitation etc…). Mais rapidement on comprend qu’on n’est pas concrètement face à une série d’horreur (même si je l’ai regardée le jour d’Halloween vu que je ne savais pas trop regarder et que le replay d’Arte ne dure pas non plus une éternité). Il faut dire les choses : c’est avant tout une mini-série dramatique qui reprend la célèbre histoire pour s’intéresser à des problèmes plus intimistes.

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En effet, si nous assistons (avec Maurice Grosse et Guy Playfair) bien à des événements surnaturels, la série préfère se pencher davantage sur l’une des théories autour de cette affaire : la supercherie. Le film de James Wan mettait déjà en scène certains experts (notamment Anita Gregory – interprétée par Franka Potente) qui remettaient en question l’histoire de la famille – principalement pour des raisons financières. Certes, on ne nous affirme pas totalement ce qui s’est passé (seuls les Hodgson connaissent la vérité). Est-ce que tout est faux ? Est-ce qu’il y a, malgré des mensonges avérés, une part de vérité  (la vraie Janet affirme qu’il n’y aurait que 2% de mensonges parmi tout ce qu’elle a dit – et qu’elle n’avait menti que pour faire intervenir des spécialistes qui ne se seraient pas intéressés aux réels événements) ? En tout cas, cette mini-série prend un parti intéressant : montrer la connexion entre Maurice Grosse et la petite Janet Hodgson. Maurice Grosse n’est alors un personnage qui sert à enquêter, on s’intéresse réellement à lui avec ses problèmes personnels et donc ses blessures. Le parapsychologue de la Society for Psychical Research a vécu un drame (compliquant les relations avec son épouse) en perdant sa fille d’un accident de la route. La fille en question se prénommait… Janet. Grosse a-t-il alors accepté de s’investir autant dans cette enquête car il pensait retrouver en quelque sorte sa fille chez les Hodgson ? Quant à Janet, n’est-elle pas perturbée voire même traumatisée par le divorce de ses parents ? Est-ce qu’elle aurait pu inventer ces poltergeists chez elle par manque d’attention et affectif ? Finalement, au fond, ce n’est pas si important de savoir s’il s’agit d’un mensonge ou non – même si la présence de Grosse et Playfair reste intéressante dans cette quête de vérité : même s’ils sont prudents (surtout Playfair) voient-ils ce qu’ils ont envie de voir (cela dit la question de la vue et de la croyance était à mon avis davantage poussée chez Wan) ? La métaphore autour des fantômes (deuil, départ d’un être qu’on aime) reste alors pour moi plutôt réussie et intéressante et c’est selon moi pour cette raison qu’il faut découvrir cette mini-série

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Vu ma description et la démarche des scénaristes, ne vous attendez à voir de l’action à tout bout de champ ! Cela dit, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Il faut dire que le format est selon moi bien trouvé dans le sens où ce n’est ni trop court ni trop long. Les trois épisodes en question, qui s’enchaînent plutôt bien, ont été réalisés par Kristoffer Nyholm, qui avait signé une des saisons de la série danoise réputée The Killing (que j’aimerais bien découvrir) et je dois dire qu’il a fait du bon boulot. La mise en scène est plutôt soignée et réfléchie. Encore une fois, certaines scènes sont assez flippantes et les effets sont bien faits (même si pour les deux cas il n’y a rien de révolutionnaire mais ça ne m’a pas non plus chiffonnée). Evidemment, encore une fois, il ne faut pas chercher de comparer avec Conjuring 2. Il n’y a pas les mêmes moyens mis (il ne faut pas oublier qu’on est face à un produit télévisuel – pas tous ont le même budget qu’un Game of Thrones) et de toute façon, encore une fois, la série ne cherche pas à nous époustoufler visuellement. Cela dit, on notera tout de même un soin accordé à la reconstitution des années 1970, que ce soit au niveau des décors, des costumes et même plus généralement l’ambiance, sans que cela m’ait paru trop exagéré. Niveau écriture, dans l’ensemble, je suis assez satisfaite. Enfin, Le Mystère Enfield est également servi par un très bon casting. Timothy Spall est fabuleux voire même bouleversant dans le rôle de Maurice Grosse. Même si elle reste en retrait, l’interprétation de Juliet Stevenson est également très touchante. J’ai également bien aimé l’interprétation de Matthew Macfadyen même si on aurait pu exploiter davantage son rôle. La jeune Eleanor Worthington-Cox (qu’on a pu voir dans Maléfique de Robert Stromberg) est également géniale dans le rôle de cette gamine ambiguë, difficile à cerner. Son interprétation est cohérente avec l’ambiguïté même du scénario autour de la véracité ou non de l’affaire. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, il s’agit d’une très bonne mini-série que je vous conseille (et donc pas besoin d’être fan) prouvant de nouveau la qualité des programmes de fiction britanniques.

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The Strangers

réalisé par Na Hong-jin

avec Kwak Do-won, Hwang Jung-min, Chun Woo-hee, Kunimura Jun…

titre original : Goksung

Thriller, policier, fantastique, épouvante-horreur, drame coréen. 2h36. 2016.

sortie française : 6 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

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La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

The Strangers : Photo Kwak Do-Won

The Strangers est le troisième long-métrage du coréen Na Hong-jin, le réalisateur de l’incroyable The Chaser (sans déconner, un de mes films préférés) et The Murderer (en revanche, même si je lui reconnais des qualités, je n’aime pas trop ce film). The Strangers, qui avait été présenté au dernier festival de Cannes en hors compétition, s’intitule en VO Goksung. Il s’agit du village dans lequel se déroule l’intrigue. Et il s’en passe de ces choses dans ce village. Le début du film rappelle un peu l’ambiance de Memories of Murder de Bong Joon-ho (également un de films préférés, oui j’aime beaucoup le cinéma coréen actuel) : des corps atrocement assassinés retrouvés, des soupçons rapides sur un individu sans trop savoir qu’en réalité les choses sont bien pires, un flic maladroit, voire même un boulet qui nous fait marrer au début, alors qu’il va être embarqué ici littéralement dans une spirale infernale. Plus on avance dans le film, plus des références, très éloignées du cinéma coréen, se multiplient. Le réalisateur ne s’en cache pas : il s’est beaucoup inspiré de L’Exorciste de William Friedkin et de Rosemary’s Baby de Roman Polanski. Il y a donc beaucoup de mélanges dans ce film : on passe du film policier voire le thriller, en passant par le film d’épouvante mettant en scène des démons ou même le film de zombie. Il y a quelque chose de grotesque également. Il faut avouer : ça peut dérouter. On sent parfois le réalisateur débordé par les références mais aussi plus généralement par son enthousiasme. Je précise que la multiplication de genres et de références ne me dérange pas du tout en soi, du moment qu’il y a un minimum de cohérence et de gestion. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas mais tout de même j’ai parfois senti un peu trop de débordements et donc parfois de l’égarement. Il faut dire que sur 2h30, c’est difficile de tenir le pari. La durée fait d’ailleurs débat au sein de la presse et de la blogosphère. Pour ma part, je vais nuancer. Je n’ai pas vu le temps passer, ce qui est déjà bien en soi. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce film. Cela dit, quand je suis face à un film qui dépasse les deux heures, je me pose toujours cette question qui me semble légitime : les longueurs étaient-elles nécessaires ? Je ne suis pas sûre ici, ou en tout cas, je dirais qu’il y a quelque chose de pas toujours bien géré, principalement à cause du scénario, pourtant plutôt bon (qui est dans un sens, à sa manière, développé, peut-être parfois mal, mais bel et bien développé), mais encore une fois, qui a tendance à s’égarer par moments. Je n’ai rien contre les rebondissements et avouons que la fin est juste hyper glaçante, mais là il y a un moment où c’est (pour caricaturer) : c’est la fin, mais en fait non, parce qu’il y a machin qui est ça, et nooon en fait et ben c’était même ça, il y a une troisième fin qui arrive dans ta gueule.

The Strangers : Photo Chun Woo-hee

J’ai l’air de gueuler alors qu’en réalité, en dehors de ces quelques points (qui empêchent selon moi le film d’accéder à un statut de chef-d’oeuvre alors qu’il en avait la possibilité  – The Chaser, lui, reste un chef-d’oeuvre), j’ai beaucoup aimé The Strangers et je ne peux que le conseiller, surtout si vous êtes comme moi des amateurs de cinéma coréen (parce qu’on est en manque, disons-le). Ca a le mérite, malgré les nombreuses références et la multiplication des genres, d’être audacieux, on ne voit pas nécessairement ce genre de propositions artistiques actuellement. Et malgré mes quelques bémols, qui empêchent parfois de voir tout de suite où le réalisateur veut en venir et en nous laissant parfois sur quelques interrogations (même si je pense avoir globalement compris), ça reste paradoxalement bien foutu, notamment en ce qui concerne la mise en scène. En fait, Na Hong-jin tente de proposer autre chose sur la forme en jouant avec différents codes mais il y a tout de même une certaine continuité à travers le thème du mal qui semble envahir son oeuvre jusqu’à présent. Surtout, encore une fois, malgré des défauts selon moi, je n’ai vraiment pas vu le temps passer. The Strangers est réellement un film captivant, qui a le mérite d’emmener le spectateur (malgré quelques égarements encore une fois) dans différentes émotions. Certaines scènes sont vraiment impressionnantes et n’ont franchement rien à envier à L’Exorciste de Friedkin (la gamine est vraiment bluffante). Certes, pour les Occidentaux, il y a peut-être quelques éléments qui ne nous parleront pas lorsque nous ne sommes pas habitués à la vision de la vie et de la mort en Asie. Mais dans l’ensemble, sans trop en dire sur le scénario, ce point en question fonctionne très bien dans le film. Surtout, le propos derrière est extrêmement puissant. Comment ne pas y voir là-dedans une vision extrêmement sombre de l’Eglise catholique, qui perd de l’importance face aux croyances plus de l’ordre du folklore ? Comment aussi ne pas penser aux relations tendues entre la Corée et le Japon ? Le casting est également à la hauteur. J’ai bien aimé l’interprétation de Kwak Do-won, qui interprète Jong-gu le policier même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser tout le long du film à Song Kang-ho (et pas uniquement à cause du lien qu’on peut établir avec Memories of Murder, les deux acteurs se ressemblent réellement physiquement). Mais l’acteur se fait pour moi un peu voler la vedette par ses partenaires, que ce soit par Hwang Jung-min, un excentrique et charismatique chaman (la scène d’exorcisme très carnavalesque est surprenante au passage), l’acteur japonais Kunimura Jun (qu’on a pu notamment voir dans Kill Bill de Quentin Tarantino, Outrage de Takeshi Kitano ou encore Audition de Takashi Miike) est jusqu’au bout angoissant et enfin, même si on ne la voit pas tant que ça, par l’énigmatique Chun Woo-hee.

The Strangers : Photo Han Chul

Conjuring 2 : Le cas Enfield

réalisé par James Wan

avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Frances O’Connor, Madison Wolfe, Franka Potente, Simon McBurney, Maria Doyle Kennedy…

Film d’épouvante-horreur américain. 2h13. 2016.

titre original : The Conjuring 2 : The Enfield Poltergeist

sortie française : 29 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une nouvelle histoire vraie issue des dossiers d’Ed et Lorraine Warren : l’une de leurs enquêtes les plus traumatisantes.
Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Conjuring 2 : Le cas Enfield : Photo Madison Wolfe

J’avais déjà beaucoup aimé Conjuring : Les Dossiers Warren par la même équipe (James Wan à la réalisation, le couple Patrick Wilson-Vera Farmiga devant la caméra), c’est pour cette raison que j’ai voulu aller découvrir cette suite très rapidement, même si j’avais peur qu’elle ne soit pas à la hauteur du premier opus (et je précise que je n’ai pas encore vu entre-temps le – visiblement – désastreux spin-off Annabelle de John R. Leonetti). En dehors de la horde d’ados déchaînés dans la salle qui ont foutu un incroyable bordel (donc j’en profite : allez vous faire foutre !), j’ai étonnamment aimé cette suite qui elle aussi s’inspirerait bien d’une histoire vraie (ce qui bien mis en avant – même si les ados dans la salle ont mis une plombe à capter l’info – donc en plus ils ne savent pas lire, passons). En effet, entre 1977 et 1979, la famille Harper (qui vit donc à Enfield en Angleterre), aurait été harcelée et menacée par un fantôme. Ce fait divers avait déjà été au coeur d’un téléfilm en 2015, The Enfield Haunting, avec Timothy Spall. On aurait pu croire que le changement de lieu (le premier film se déroulait entièrement aux Etats-Unis, cette suite une bonne partie en Angleterre) était superficiel. En réalité, il ne fait que confirmer la volonté de proposer un film différent (ce qui est déjà bien en soi – même s’il s’agit d’un film commercial) tout en gardant certaines structures déjà présentes dans le premier. Il y a un bon compromis trouvé pour faire une bonne transition entre les deux films sans donner une impression de répétition. Je dirais d’ailleurs que cette suite ne devrait pas perturber ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de découvrir le premier opus. En fait, il reprend bien la structure du premier film dans le sens où durant une première partie, on nous présente parallèlement le travail des Warren et la famille en détresse attaquée par les fantômes, puis dans la seconde partie, il y a une rencontre entre la famille et les Warren (jusqu’à la solution finale). Mais pourtant on a clairement pas l’impression de voir la même chose. Peut-être parce qu’on passe de la campagne éloignée du monde (dans le premier opus) à un environnement plus urbain. Ces deux films font tous les deux peur (en tout cas en ce qui me concerne) mais grâce à l’environnement, je dirais que cette peur en question s’exprime différemment. C’est plus ça qu’il faut retenir que le changement de pays. En tout cas, l’ambiance très années 70s (dans les costumes, décors ou même choix musicaux) fonctionne toujours autant. Ca permet de rendre hommage au cinéma d’horreur de cette époque mais en n’essayant pas à tout prix de faire du copier-coller.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Vera Farmiga

Certes, on retrouve pas mal de jumpscares mais je trouve qu’ils sont très efficaces, c’est déjà pas si mal (surtout quand on voit l’état du cinéma d’horreur actuellement). Au-delà de la peur que j’ai ressentie, je trouve qu’on trouve mine de rien une certaine inventivité qui fait plaisir à constater, surtout de la part d’un film de studio. Certaines scènes sont vraiment intenses grâce à des idées bien exécutées. Evidemment, toutes les scènes avec la vieille madame démon sont flippantes (notamment celle avec le tableau, très bien faite). Il y a aussi cette scène dans laquelle le couple Warren et autres intervenants se retournent pour pouvoir faire parler le démon dans la petite fille : on voit, dans le flou et en arrière-plan, le changement de personnage. C’est ça qui est effrayant : on ne voit pas clairement ce qui se passe et en même temps le peu qu’on voit permet au spectateur d’aller puiser dans une certaine imaginaire et surtout de s’attendre à ce qu’il ne veut pas voir. Justement cette question sur la perception est très bien traitée dans le film, notamment autour de ce qu’on voit et ce qu’on croit (voir). A noter la présence de détails, notamment en ce qui concerne une des « révélations » permettant de résoudre l’intrigue. On sent toujours l’investissement et la patte personnelle de James Wan. La mise en scène est toujours aussi soignée et précise. Il y a aussi un grand soin accordé aux décors et aux costumes, qui contribuent aussi à l’atmosphère angoissante très présente. L’ensemble est également très prenant. La preuve : avant d’aller au cinéma, je n’avais pas pris le soin de regarder la durée. J’ai été surprise d’apprendre en sortant de la salle qu’il durait 2h13. Je n’ai pas senti de longueurs. Certes, pourtant, le film prend le temps d’exposer l’histoire mais je ne me suis pas ennuyée car le montage, très équilibré pour présenter les deux parties, est très efficace, et surtout encore une fois, il y a une ambiance présente du début jusqu’à la fin. Le casting est également à la hauteur. Comme dans le premier opus, Patrick Wilson et Vera Farmiga sont très bons. Encore une fois le couple qu’ils forment fonctionne et reste attachant. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment en tête Madison Wolfe, bluffante en gamine possédée à la limite de la schizophrénie par moments. Elle m’a parfois rappelée à l’époque la petite Regan (Linda Blair) dans L’Exorciste sans toutefois chercher à l’imiter.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Benjamin Haigh, Lauren Esposito, Maria Doyle Kennedy, Patrick Mcauley

The Wig

réalisé par Won Shin-yeon

avec Chae Min-seo, Sa Hyeon-jin, Seon Yu…

Film d’épouvante-horreur, fantastique coréen. 1h46. 2005.

sortie française (dvd) : 3 novembre 2009

Movie Challenge 2016 : Un film d’horreur

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Ji-hyun et Su-hyun sont soeurs et partagent une existence harmonieuse et paisible. Lorsque Su-hyun perd ses cheveux à la suite d’une chimiothérapie, sa soeur lui offre une magnifique perruque et Su-hyun retrouve beauté et confiance en elle. Cette métamorphose s’accompagne néanmoins d’une série d’événements tragiques et violents. Terrifiée, Ji-hyun assiste à la lente transformation de sa soeur, sous l’effet d’une force diabolique et inconnue…

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The Wig date de 2006 mais est sorti directement en dvd en France en… 2009 ! Encore une fois, sans dire qu’il s’agit du film du siècle, ce sort est selon moi très vache. The Wig, qui signifie alors « La Perruque » (vous imaginez si on appelait l’actrice Kristen Wiig, « Christine Perruuque » ? ok, je sors…), a un pitch hyper alléchant : une fille atteinte d’un cancer incurable (mais qui pense qu’elle va guérir, sa soeur lui cachant la vérité) se fait offrir une perruque de la part de sa soeur pour qu’elle puisse se sentir mieux psychologiquement. Sauf que la perruque rend la jeune malade mieux physiquement, plus confiante aussi au point de devenir de plus en plus cruelle. De plus, des événements étranges et dangereux se produisent. Bref, je sais que sur le papier, ça a l’air con de parler d’une méchante perruque (peut-être que c’est un film pour Nabilla ? Ok, je re-sors…). Mais je vous assure que le synopsis me donnait vraiment envie et j’avais confiance en ce film étant donné que j’aime beaucoup le cinéma coréen. Le long-métrage part d’ailleurs plutôt bien : on entre tout de suite dans le vif du sujet et en même temps on voit l’évolution de Su-hyun (donc la jeune fille avec la perruque, elle a tout de même un p’tit nom) qui est sous emprise de cette magnifique chevelure. On sent aussi se mettre en place quelques réflexions autour des relations entre soeurs, des choses que l’on peut entreprendre pour quelqu’un de sa famille, du rôle des cheveux, symbole de féminité qui peut permettre à une femme de se sentir plus belle, mieux dans son corps et par conséquent dans sa tête et comment ce sentiment à l’origine positif peut se transformer en quelque chose de profondément négatif. Cela dit, il me semble tout de même que ces réflexions auraient pu être encore plus poussées. C’est dommage car il y avait derrière un véritable potentiel pour en faire un film, pourtant pas mal, davantage plus intéressant et profond. Si l’écriture manque peut-être un peu de piquant, la mise en scène, sans être spectaculaire, reste intéressante et tente en tout cas des choses pour donner plus d’intensité au film. Certes, rien de révolutionnaire mais il y a tout de même un travail remarquable notamment dans l’utilisation des miroirs et plus généralement autour de la réversibilité. Esthétiquement, le travail reste soigné sans que ce soit tape-à-l’oeil.

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Je ne sais pas si je suis quelqu’un de très fiable pour vous dire si ce film est effrayant ou non. Une mouche est capable de m’effrayer ! Mais j’ai tout de même trouvé l’ambiance très sombre, je flippais un peu pour un rien ! Je sais que certains (je pense notamment à des spectateurs davantage habitués au cinéma d’horreur et fantastique) ne vont pas sursauter étant habitués à ce genre de films asiatiques qui mettent en scène des filles pas hyper sympathiques qui ont de loooongs cheveux raides noirs. Il faut avouer qu’on pense d’ailleurs à certains grands films fantastiques et d’horreur asiatiques comme Ring ou The Grudge, à part que The Wig n’a pas ce statut culte malgré son potentiel et des choses plaisantes à cause d’un élément : la fameuse « perruque » du titre justement. Sur le papier, je trouvais cette histoire de perruque effrayante (je me rends compte de l’absurdité du sujet en écrivant cette critique) mais sur écran, même si encore une fois, je trouve que certaines scènes parviennent à faire peur, la perruque en elle-même n’est pas réussie, j’en ai même parfois ri malgré tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au sketch de French & Saunders qui parodiaient un clip d’Alanis Morissette dans lequel on voit sa foufoune se barrer de son corps. Ca fait perdre forcément de la crédibilité à l’histoire ainsi qu’à l’atmosphère qui fonctionne pourtant. De plus, alors que j’ai trouvé l’histoire assez intéressante (dans le sens où je l’ai volontiers suivie), la fin, qui révèle alors le comment du pourquoi, m’a assez déçue. Sans la révéler, j’ai trouvé que les explications arrivaient comme un cheveu sur la soupe (oui, je n’ai pas pu m’empêcher de placer cette expression pour la vanne, mouahahaha). Il n’y a rien qui pouvait nous permettre d’arriver à une telle conclusion, du coup ça paraît un peu tiré par les cheveux (désolée pour la récidive !) et j’ai un peu de mal à voir comment les « thèmes » présents au cours de ces révélations se rattachent avec les autres thèmes que j’ai pu citer auparavant. Pour conclure, The Wig est un film qui a réussi à m’effrayer par moments et qui reste intéressant malgré quelques défauts.

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Shining

réalisé par Stanley Kubrick

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd…

Film d’épouvante-horreur américain, britannique. 2h (version originale) / 2h26 (version intégrale). 1980.

sortie française : 16 octobre 1980

interdit aux moins de 12 ans

Shining

Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés…

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Shining, adaptation (assez éloignée) du roman (également culte) de Stephen King (le téléfilm serait plus proche du livre), est un film qui m’a marquée pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il s’agit de ma première « rencontre » (oui, j’utilise de beaux termes, là on va sortir les mouchoirs pour chialer un bon coup) avec l’univers de Stanley Kubrick. Même si Kubrick a fait des films très différents (ce qui fait de lui le génie qu’on connaît), Shining fait pour moi partie de ces films qui m’ont poussée à devenir cinéphile et à connaître davantage la filmographie de Kubrick. Puis, j’ai découvert Shining finalement assez jeune, il me semble que je l’ai vu quand j’étais en 6e ou en 5e. J’avais déjà vu quelques films d’horreur avant d’entrer au collège (de tête, les Scream) mais là j’ai vraiment eu l’impression d’avoir passé un cap. Beaucoup savent que je ne prends pas l’habitude de revoir les films, plus par flemme qu’autre chose mais Shining fait partie de ces rares films que je peux revoir sans problème (je l’ai même revu au cinéma il y a maintenant quelques années), avec cette même excitation. Mieux, j’ai beau connaître l’histoire par coeur, j’ai toujours l’impression de découvrir des petits détails etc… Shining possède évidemment des éléments surnaturels (dont le fameux « shining » du titre, le pouvoir télépathique) mais c’est surtout la folie de l’homme (celle de Jack Torrance) qui est effrayante. Shining serait presque plus davantage un thriller psychologique qu’un film d’épouvante-horreur. Il est alors intéressant de voir comment Kubrick a exploité le thème de la folie. L’hôtel Overlook, avec ses couloirs à rallonge, qui devient presque un personnage à part entière, forme en lui-même une sorte de labyrinthe, motif qui apparaît physiquement, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur (avec la maquette que regarde Jack). Les lieux sont en eux-mêmes oppressants grâce à la mise en scène virtuose de mister Kubrick et à des décors à la fois magnifiques, envoûtants mais aussi dérangeants. Le labyrinthe est aussi une sorte de métaphore (même si le film est bien plus complexe que ça) de ce qui peut passer dans la tête de Jack Torrance. Ainsi, l’esprit de Jack est de plus en plus torturé au fil des scènes, quitte qu’on ne sache plus distinguer ce qui existe ou non. Kubrick joue également merveilleusement avec les notions de temps et d’espace, ce qui a tendance à augmenter l’horreur et l’angoisse au fur et à mesure.

Shining : Photo Lisa Burns, Louise Burns, Stanley Kubrick

Les images, parfois furtives, peuvent être traumatisantes tout comme certains points de l’histoire qui restent mystérieux : je pense notamment à celles avec les jumelles (inspirées de photographies de Diane Arbus), avec le torrent de sang, avec la machine à écrire (« All work and no play makes Jack a dull boy » écrit je ne sais pas combien de fois) ou à la chambre 237. Stephen King était très en colère contre l’adaptation de Stanley Kubrick pas uniquement à cause de ses infidélités à son roman mais parce qu’il s’agit pour lui d’un texte très personnel, voire même autobiographique selon ses dires. Il voulait montrer comment un bon père de famille peut devenir monstrueux sous les effets de l’alcool. Certes, dans le film, l’alcoolisme de Jack n’est plus présent. Ceci dit, le film continue d’exploiter cette idée du père de famille qui échoue dans sa vie personnelle (il s’agit d’un écrivain en panne d’inspiration) et cela aurait des conséquences sur son mental puis au sein de la cellule familiale. Shining est en tout cas un film fascinant en étant à la fois accessible et complexe. Malgré ses deux bonnes heures (et plus selon les versions), le film n’ennuie jamais, on est immergé avec les personnages dans cet étrange hôtel qui révèle leurs démons intérieurs, il y a une ambiance incroyablement effrayante (la musique aide aussi pas mal à cette terreur qui s’installe petit à petit), des motifs marquants même si on ne comprend pas toujours leurs réelles significations (en tout cas, pas toujours tout de suite – mais c’est aussi pour ça que Shining est un film génial à analyser, j’ai lu des textes vraiment intéressants, des ressentis différents et cela montre à quel point ce film est d’une incroyable richesse). Jack Nicholson est monstrueusement époustouflant dans le rôle de Jack Torrance. Je crois qu’il n’y a pas suffisamment de mots pour qualifier l’exploit de sa bluffante performance. J’aime beaucoup également Shelley Duvall, injustement nommée aux Razzie Awards. Elle est si vulnérable, paniquée (il faut que Kubrick y avait mis du sien durant le tournage !), on a peur pour elle et en même temps, avec ses maigres moyens, elle réussit à débrouiller, à être forte pour son enfant, à être maternelle (contrairement à son mari) et enfin Danny Lloyd (qui n’a pas eu de carrière au cinéma mais qui devenu professeur de biologie !) est excellent malgré son très jeune âge au moment du tournage.

Shining : Photo Danny Lloyd, Jack Nicholson, Stanley Kubrick

L’Exorciste

réalisé par William Friedkin

avec Linda Blair, Ellen Burstyn, Max Von Sydow, Jason Miller…

titre original : The Exorcist

Film d’épouvante-horreur américain. 2h02. 1973.

sortie française : septembre 1974

L'Exorciste

En Irak, le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d’une figurine du démon Pazuzu et les visions macabres qui s’ensuivent.
Parallèlement, à Washington, la maison de l’actrice Chris MacNeil est troublée par des phénomènes étranges : celle-ci est réveillée par des grattements mystérieux provenant du grenier, tandis que sa fille Regan se plaint que son lit bouge.
Quelques jours plus tard, une réception organisée par Chris est troublée par l’arrivée de Regan, qui profère des menaces de mort à l’encontre du réalisateur Burke Dennings. Les crises se font de plus en plus fréquentes. En proie à des spasmes violents, l’adolescente devient méconnaissable.
Chris fait appel à un exorciste. L’Eglise autorise le Père Damien Karras à officier en compagnie du Père Merrin. Une dramatique épreuve de force s’engage alors pour libérer Regan.

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L’Exorciste est certainement le long-métrage le plus connu de William Friedkin (avec French Connection). Le film, qui a évidemment choqué de nombreux spectateurs à sa sortie, a rencontré un immense succès au box office et a même été nommé à dix reprises aux Oscars (et est reparti avec deux statuettes dont meilleur scénario adapté). Cela m’a presque surprise de voir toutes ces récompenses et nominations pour un film de genre, souvent renié par les académies. D’ailleurs, aujourd’hui, j’ai l’impression que cela ne serait plus possible de nommer et de récompenser un film d’épouvante-horreur aux Oscars. J’ai longtemps refusé de regarder L’Exorciste de peur… d’avoir peur. Il faut dire que le film a une sacrée réputation du genre « Le film le plus terrifiant de tous les temps ». Forcément, ça m’a foutu la pression. Puis, au fil du temps, j’ai découvert le cinéma de William Friedkin et jusqu’à présent j’ai aimé tout ce qu’il a fait. Après avoir découvert son Sorcerer sur grand écran, je me suis dit qu’il était temps de découvrir le film le plus célèbre de sa carrière, L’Exorciste, adapté du roman (également à succès) de William Peter Blatty (ce dernier a d’ailleurs écrit le scénario). L’auteur a écrit ce roman après avoir lu un article dans le Washington Post publié en 1949 relatant un cas d’exorcisme sur un garçon de 14 ans dans le Maryland. Bref, qu’on croit aux esprits démoniaques ou non, il faut avouer que ce contexte ne rassure pas forcément, surtout quand on flippe avant d’avoir vu le film ! J’ai tenu à le regarder durant un après-midi et les volets grands ouverts, histoire d’atténuer mon appréhension. Certes, j’ai eu peur durant le film, je ne vais pas vous mentir, je ne faisais pas la fière sur le lit avec mes coussins en guise de protection (ne cherchez pas à comprendre). Finalement je suis contente d’avoir réussi à voir le film en entier sans avoir l’impression de crever sur place. Mieux : j’ai réussi à dormir la nuit ! Sérieusement, pour être franche, je m’attendais à être plus choquée (je précise qu’être choquée n’est pas forcément un gage de qualité), disons que je m’attendais à des scènes plus trash, je ne sais pas trop comment l’expliquer.

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On va dire que j’ai réussi à regarder le film les yeux ouverts alors que je m’attendais à les fermer tout le long de peur de ne pas supporter certaines scènes (je savais qu’il y avait des scènes éprouvantes, du genre la gamine qui s’enfonce un crucifix dans son vagin ou encore sa tête qui tourne sur elle-même). Pour reformuler, je m’attendais à quelque chose de plus insoutenable visuellement (peut-être que je dis ça parce que je fais partie de cette génération habituée à voir des choses inimaginables). Ceci dit, la peur est quand même bien là, je l’ai ressentie tout le long grâce à une atmosphère de plus en plus oppressante au fil des scènes. Evidemment que le côté surnaturel, la possession en elle-même est effrayante (je veux dire : ça n’a rien de sympathique en soi), il y a même (il me semble que c’est dans une nouvelle version) des images du démon incrustées furtivement, comme si ce dernier pouvait apparaître et nous posséder à n’importe quel moment. Mais ce qui est effrayant, c’est plutôt de voir comment ce démon en question peut détruire une famille a priori ordinaire et surtout s’attaquer à une banale adolescente. Mais c’est surtout la transformation progressive de la jeune fille (qu’elle soit physique ou morale), qui ressemble de moins en moins à un être humain, qui est terrifiante. On ne peut évidemment pas s’empêcher de voir la petite Regan comme une malade et là, si on oublie un instant l’aspect fantastique, c’est aussi dans un sens effrayant car le spectateur est confronté à une réalité qui existe. Je vois alors la petite Regan comme une métaphore de la malade qui perd tout simplement le contrôle de son corps et de son âme. Il me semble aussi que L’Exorciste est un film sur le féminisme qui prend une certaine ampleur dans les années 1970, comme s’il était perçu comme une sorte de maladie finalement (c’est une idée qui revient souvent dans des oeuvres sur le féminisme). Le fait d’avoir deux personnages féminins qui portent des prénoms qui pourraient être attribués à des hommes (Chris et Regan) ou encore de mettre en scène une mère célibataire (ce qui n’était pas aussi « banal » que maintenant) renforce cette idée.

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Plus généralement, la perte de la foi face aux doutes, le début de l’adolescence et donc de la sexualité (le crucifix dans le vagin n’est pas anodin), l’effondrement de la famille et donc plus généralement du rêve américain ou encore la médecine moderne qui ne parvient pas à répondre à toutes les demandes possibles, en fait le quotidien tout simplement, sont les vraies choses qui sont réellement effrayantes dans ce film, et qui sont accentuées par une histoire bâtie autour d’un démon destructeur. La richesse du scénario et la mise en scène extrêmement puissante ont permis à L’Exorciste d’être le film qu’on connait aujourd’hui : un film à la fois populaire et d’une intelligence redoutable. Le film a beau être des années 1970, je sais qu’il y a les version restaurées qui ont aidé à cette oeuvre de mieux traverser le temps, mais honnêtement il a vraiment bien vieilli car techniquement il s’agit d’une véritable réussite. Les décors calculés, les effets spéciaux déjà bien foutu pour l’époque, le maquillage impressionnant, la photographie soignée ou encore le son et la musique qui oppresse encore plus le spectateur ont vraiment contribué à la réussite de ce long-métrage. Enfin, le casting est impeccable. La jeune Linda Blair est époustouflante dans ce rôle physique, il faut être mature pour interpréter un tel personnage qui subit tellement de choses ! Ellen Burstyn est également excellente en mère dépassée par les événements. J’ai également beaucoup aimé le très touchant Jason Miller (pour l’info people, je n’étais pas du tout au courant, mais il s’agit du père du sympathique acteur Jason Patric, qu’on voit de moins en moins et c’est dommage) principalement connu pour le grand public pour avoir joué le père Karras ici, mais qui avait aussi une belle carrière de dramaturge à côté (il a même reçu le prix Pulitzer pour sa pièce That Championship Season). Enfin, même si on ne le voit pas beaucoup finalement, Max Von Sydow marque évidemment les esprits, rien que son incroyable présence.

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The Visit

réalisé par M. Night Shyamalan

avec Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Deanna Dunagan, Peter McRobbie, Kathryn Hahn…

Film d’épouvante-horreur américain. 1h34. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Visit

Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l’un d’eux découvre qu’ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s’amenuisent de jour en jour.

The Visit : Photo Kathryn Hahn, Olivia DeJonge

Je sais que certains voudront me taper mais j’ai toujours bien aimé M. Night Shyamalan et j’adore même certains de ses films (on ne me tape pas – again). Il avait bien commencé sa carrière et depuis un certain temps, le bonhomme s’en prend plein la gueule (visiblement, pour After Earth et Le dernier maître de l’air, il l’aurait bien cherché). J’étais donc un peu partagée avant d’aller The Visit : est-ce que j’allais retrouver le Shyamalan que j’aimais tant auparavant ou est-ce que je serai face à une nouvelle daube ? Sur le papier, j’étais contente de voir Shyamalan revenir à un petit film à faible budget mais je dois avouer que je n’étais pas rassurée de voir Jason Blum à la production (je garde encore de mauvais souvenirs de American Nightmare, The Bay et Paranormal Activity !). Finalement, je vais au cinéma en me disant que je vais essayer de me détendre (remember : je n’ai pas aimé les trois derniers films vus en salle) et de mettre de côté mes a priori, tout en en vénérant pas d’avance Shy’ (vous avez vu cette contraction de malade ? Ca fait un peu Shy’m !). C’est typiquement le genre de critique qui m’emmerde : comment écrire une critique d’un film sans gaffer sur la révélation finale (alors qu’on crève d’envie d’en parler) tout en disant mon ressenti ? Je vais tenter de relever le défi ! Bref, honnêtement, il s’agit pour moi d’une bonne surprise. Certes, il ne s’agit pas du film de l’année, ni du meilleur film de Shyamalan mais ça fait plaisir de voir qu’il n’a pas quand même pas perdu la main et on sent qu’il a effectivement garder le contrôle de ce film contrairement à ses deux derniers longs-métrages. Pour ma part, je trouve qu’il s’agit déjà d’un bon divertissement. Je reconnais que l’histoire prend son temps à se mettre en place mais cela ne m’a pas dérangée dans le sens où les éléments qui peuvent sembler bavards ou de trop servent en réalité, notamment pour nourrir le twist final. En parlant de twist, oui je l’avoue : je suis vraiment tombée dans le panneau, je n’ai rien vu venir (dans ma tête, j’étais partie sur une autre piste, du genre, rien à voir !) et pourtant il y avait bien des indices dès les premières minutes du film. De plus, je ne me suis pas ennuyée car je me suis attachée aux personnages principaux, qui sont frère et soeur. La gamine Becca peut paraître un peu énervante en se prenant pour une bonne réalisatrice de documentaires mais finalement elle ne m’a pas gavée comme je pouvais le craindre, elle a quelque chose de touchant. Quant à frère Tyler, il est drôle et très expressif aussi, du coup, il y a un certain second degré qui fait du bien et que ne possèdent pas toujours les films de ce genre qui émergent depuis quelques années maintenant.

The Visit : Photo Deanna Dunagan, Ed Oxenbould, Peter McRobbie

En fait, je pense qu’il y a quelque part une forme de second degré même chez Becca. J’ai senti une prise de recul ou une forme de lucidité chez Shyamalan sur ce type de productions de films d’horreur qu’on nous offre depuis quelques années maintenant. Quant à l’utilisation de la found footage, je l’ai trouvée assez réussie (et pourtant je ne suis pas forcément fan de ce procédé). J’ai trouvé son utilisation crédible (je trouve que le found footage peut vite paraître faux dans certains films), pas écoeurante et je trouve que Shyamalan réussit à tirer vraiment quelque chose d’intéressant à partir des différents supports médiatiques. Il y a aussi une sorte de mise en abyme (même si je ne sais pas si c’est vraiment le terme qui conviendrait ici) que j’ai trouvée assez judicieuse dans le sens où on n’est pas uniquement spectateur de ce que vivent Becca et Tyler durant ces quelques jours chez leurs grands-parents, on voit vraiment la forme que prend le propre documentaire de Becca, c’est-à-dire que j’ai fini par imaginer, par voir comment Becca, en tant que jeune réalisatrice adolescente rêveuse, monte son propre film (je ne sais pas si je suis super claire). Parlons maintenant de quelque chose d’essentiel dans ce type de film : la peur. Pendant la séance, le film m’a mis mal à l’aise. Je n’ai pas forcément eu peur (du genre j’ai pas hurlé comme les ados dans la salle ou je n’ai pas mis mes petites mains de baby devant ma gueule comme je le fais un peu trop souvent) mais je redoutais tout et n’importe quoi. Je ne suis pas forcément pas des jump scare car actuellement beaucoup sont foireux dans beaucoup de films, là dans l’ensemble ils ont fonctionné sur moi, on sent en tout cas des efforts pour créer vraiment quelque chose d’effrayant et de ne pas balancer juste un effet qui dure hop deux minutes tout craché et basta. Ce qui est assez réussi, c’est qu’on puisse avoir peur sur des choses finalement banales, de notre quotidien. Et parfois, on a peur alors qu’on ne devrait pas s’inquiéter à ce moment-là. Je vais maintenant vous faire une confession intime (oui, je sais, référence pourrie made in TF1) : après avoir vu ce film, le soir, j’avoue ne pas avoir spécialement bien dormi, je n’étais même pas bien du tout. Ca faisait très longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Alors, ne cherchez pas pourquoi, mais alors que j’essayais de trouver le sommeil, je me suis mise à repenser au film et j’ai commencé à flipper seule (du genre mon coeur s’est mis à battre hyper fort et vite d’un coup et je n’osais pas aller pisser de peur qu’un vieillard me fracasse la gueule en sortant de ma chambre ! Ca va loin !).

The Visit : Photo Deanna Dunagan

Ce que je veux dire, au-delà de cette confession franchement pitoyable (allez, frappez-moi !), c’est que le film dégage une atmosphère malsaine. Je ne pourrais forcément dire que telle scène ou telle scène m’a perturbée (même si encore une fois j’ai vraiment sursauté à plusieurs reprises) mais c’est l’histoire en elle-même et l’ambiance qui m’ont bouleversifiée. Puis, même s’il ne s’agit pas non plus du film le plus profond au monde (la fin peut aussi paraître un peu niaise même s’il n’y a rien de honteux non plus), j’ai encore une fois senti Shy’ ayant envie de donne de la consistance aux personnages, on sent qu’il aime cette thématique de l’enfance qui revient souvent dans sa filmographie, notamment avec cette référence évidente (mais véritablement intéressante) à Hansel et Gretel (avec le recul, je parlerais même d’une sorte de relecture du conte), et même plus généralement sur les liens familiaux plus généralement. Le travail de fond reste en tout cas convenable par rapport à ce qu’on attend de ce type de production (et puis on a tellement l’habitude de voir des films dans cette lignée vraiment vides que bon, on ne va pas non plus troooop gueuler sur ce point). Enfin, le casting est plutôt bon. J’ai trouvé les gamins, incarnés par Olivia DeJonge et Ed Oxenbould, bons, encore une fois attachants et communicatifs. J’ai également bien aimé les interprétations de Deanna Dunagan (même s’il y a certaines scènes où son interprétation peut paraître excessive mais bon elle fait quand même flipper) et Peter McRobbie en grands-parents ultra flippants ! Enfin, je suis toujours ravie de voir Kathryn Hahn (même si on la voit peu mais bon c’est quand même la mamounette des personnages principaux), surtout dans ce registre assez différent (j’ai d’ailleurs l’impression qu’on voit de plus en plus cette actrice et ça fait plaisir !). Pour conclure, ce film a certainement ses défauts, ne plaira peut-être pas à tout le monde (certains se feront chier, d’autres trouveront trop vite le twist, d’autres sont de toute façon allergiques au found footage, certaines personnes pourront trouver les explications grotesques) mais j’ai vraiment passé un bon moment devant, j’ai eu peuuuur (ce qui me parait essentiel quand on regarde ce genre de films), j’ai trouvé l’histoire crédible, j’ai aimé les personnages, beaucoup de choses m’ont paru intéressantes et ça me va très bien !

The Visit : Photo Olivia DeJonge

Jurassic World

réalisé par Colin Trevorrow

avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Nick Robinson, Ty Simpkins, B.D Wong, Judy Greer, Irrfan Khan, Vincent D’Onofrio, Jake Johnson, Omar Sy, Lauren Lapkus, Katie McGrath…

Film d’aventure, science-fiction, action américain. 2h05. 2015.

sortie française : 10 juin 2015

Jurassic World

L’Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d’attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

Jurassic World : Photo

Les Jurassic Park ont bercé mon enfance comme un grand nombre de jeunes spectateurs de mon âge. En fait, la trilogie a tout simplement marquée un grand nombre de cinéphiles de n’importe quel âge. Je n’attendais pas forcément suite car au fond de moi, je savais que ce n’était pas une bonne idée. Mais bon, il fallait être dans le coup, j’étais quand même curieuse de voir l’évolution de l’histoire mise en place des années maintenant. J’ai essayé de mettre mes a priori de côté lorsque je suis allée voir ce film au cinéma il y a maintenant quelques mois, en tout cas j’ai tout fait pour « oublier » les précédents volets. Hélas, malgré tous mes efforts, même si je savais au fond de moi qu’il ne fallait pas trop en attendre, j’ai quand même été déçue par ce nouvel épisode. Je ne dirais pas que le film est daubesque, n’exagérons pas non plus. Il s’agit d’un divertissement tout à fait correct, comme on sait à peu près le faire à Hollywood. Mais le film a quand même beaucoup de défauts. Ecrire cette critique a été très difficile car j’avais tendance (et c’est toujours le cas d’ailleurs) à ne voir que les choses qui ne m’avaient pas plu. Pour ne rien arranger, j’ai toujours en tête la sévère mais hilarante (longue) critique de L’Odieux Connard, disons que ça ne m’a pas été à remarquer les choses positives. Bref, je disais donc que même si ce Jurassic World m’a beaucoup déçue, je ne veux pas non plus être trop vache. En terme de pur divertissement, ce film n’a rien de déplaisant. On passe un bon moment devant ce blockbuster où tout pète dans la gueule, il y a de l’action tout en restant lisible, l’ensemble est rythmé, on ne s’ennuie pas une seconde. Puis on est évidemment satisfait face au travail technique, les effets spéciaux et tout le reste sont quand même réussis et le sympathique Chris Pratt fait effectivement bien le job en tenant le rôle principal (même si j’avoue ne pas encore comprendre l’hystérie autour de ce gars, passons).

Jurassic World : Photo Nick Robinson, Ty Simpkins

Mais voilà malgré les efforts des studios à vouloir nous en foutre plein la vue, à nous divertir, à nous passer un message sur les dérives de la science certes pas trop révolutionnaire mais qui fonctionne à peu près, j’ai donc été déçue. Je voulais ne pas trop repenser aux autres Jurassic Park mais c’est un fait : j’ai forcément pensé aux autres films. Je précise que je ne garde pas un très bon souvenir du 3e volet même s’il faudrait que je le revoie. En revanche, j’avais revu le tout premier Jurassic Park à la télé et j’ai ressenti les mêmes émotions que j’avais eues les autres fois. Je n’aime pas comparer mais là c’était presque inévitable et j’en suis arrivée à la conclusion suivante : le premier Jurassic Park est un très bon film parce qu’il y a quelque chose de magique. Hélas, ce Jurassic World manque justement cruellement de magie. Malgré tous les effets spéciaux déployés, je ne me suis pas sentie comme une enfant pour plusieurs raisons (ces raisons étant pour moi liées). La première raison est que j’ai eu l’impression de voir une sorte de remake déguisé des deux premiers volets. Cette impression est vraiment très désagréable puisqu’on ne trouve pas forcément d’intérêt à cette histoire qui n’évolue pas tant que ça finalement. Au-delà de voir un scénario certes à peu près efficace malgré de nombreux défauts, le film de Trevorrow joue un peu trop la carte de la nostalgie, du genre « remember the 90s ». J’adore les hommages, j’adore les années 90 mais là ça m’a juste fatiguée et d’ailleurs au bout d’un moment je ne sais même pas si on peut appeler ça un hommage. Ceci entraîne alors la fameuse deuxième raison : j’ai trouvé ce film totalement dépassé, ringard (allez, n’ayons pas peur des mots). Je sais que j’ai l’impression d’adorer ce mot depuis quelques films (souvenez-vous de ma critique sur Tomorrowland) mais c’est vraiment ce que j’ai ressenti durant ma séance. Enfin, à part Chris Pratt qui s’impose, je n’ai pas vraiment aimé les acteurs, enfin, je dirais plutôt les personnages car les acteurs font le job au fond. Le personnage de Bryce Dallas Howard est trop caricatural et a des réactions débiles parfois tout comme celui de Vincent D’Onofrio, ce pauvre Omar Sy est totalement inutile, le petit Ty Simpkins (vous savez, le gamin d’Insidious) est choupi comme tout mais là encore son côté 90s fatigue, son frangin (la caricature de l’ado) m’a un peu gonflée, le personnage de Jake Johnson est sympa mais son côté geek est vraiment trop forcé. L’écriture des personnages manque vraiment de finesse. Enfin, la relation entre Pratt et Howard est assez pathétique !

Jurassic World : Photo Bryce Dallas Howard, Chris Pratt, Nick Robinson, Ty Simpkins

Enfant 44

réalisé par Daniel Espinosa

avec Tom Hardy, Noomi Rapace, Gary Oldman, Joel Kinnaman, Paddy Considine, Jason Clarke, Vincent Cassel, Charles Dance, Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares…

Titre original : Child 44

Thriller américain, britannique, roumain, tchèque. 2h17. 2015.

sortie française : 15 avril 2015

Enfant 44

Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Enfant 44 : Photo Tom Hardy

Enfant 44 est l’adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par le charmant auteur britannique Tom Rob Smith. Sorti en 2008, il s’agit du premier volet de la trilogie Leo Demidov. Le tueur de l’histoire est inspiré par Andreï Tchikatilo alias « Le monstre de Rostov ». C’est le réalisateur suédois d’origine chilienne Daniel Espinosa (Easy Money, Sécurité Rapprochée) qui a eu la responsabilité de mettre en scène ce film, en partie produit par Ridley Scott. Enfant 44 est dans l’ensemble un thriller historique correct mais qui a tout de même ses défauts. Je n’attendais rien de ce film alors disons que je n’ai pas été déçue mais que j’ai conscience de ses défauts. Pour moi, il est à peu près divertissant mais une fois sortie de la salle, je l’avais déjà plus ou moins oubliée. Dans l’ensemble, la mise en scène m’a convaincue par son efficacité même si on regrettera des scènes parfois trop classiques, dans le mauvais sens du terme. Daniel Espinosa fait le job comme on le dit mais son travail manque de puissance alors que l’histoire est en elle-même riche. Je n’ai pas lu le roman de Smith et pourtant j’ai senti que Daniel Espinosa et son scénariste Richard Price avaient été dépassés par l’outil littéraire. Heureusement, le réalisateur et le scénariste sont tout de même parvenus à donner une âme au personnage principal Leo Demidov, ce qui prouve pour moi que le scénario et la mise en scène ont tout de même un potentiel en ce qui concerne certains points. De plus, l’histoire proposée est très intéressante, avec des thèmes riches, même si elle met du temps à se mettre en place. J’ai notamment apprécié la sorte de boucle formée entre le début et la fin : disons qu’à la fin on comprend mieux les longueurs, même si on aurait pu trouver une solution pour les raccourcir.

Enfant 44 : Photo Noomi Rapace, Tom Hardy

Je ne sais pas du tout comment cette partie est développée dans le roman mais je m’attendais à voir davantage l’enquête autour des meurtres d’enfants. En revanche, c’est le contexte historique qui est intéressant, qui donne du rythme et guide les actes de ce personnage. Il y a un lien intéressant entre la fiction et la réalité et on comprend mieux pourquoi les studios se sont intéressés au roman de Smith, ce dernier s’intéressant lui-même à l’histoire de l’Union Soviétique. Espinosa met bien en avant ce contexte historique qui est déjà en soi un thriller, dans lequel la peur règne sans cesse. Enfin, revenons sur le casting, alléchant sur le papier. Dans le rôle de Leo Demidov, Tom Hardy est impeccable. Il est décidément capable d’être une tête d’affiche. Il est à la fois charismatique, attachant et effrayant, ce qui rend son personnage complexe, avec une réelle consistance. J’ai également bien aimé l’interprétation de Noomi Rapace. Certes, elle est plus inspirée dans d’autres films mais elle défend tout de même bien son personnage, qui n’a rien d’une potiche de service comme on le voit souvent dans le cinéma américain actuellement. Dans le rôle d’un des méchants, Joel Kinnaman s’en tire également plutôt bien. Certes, il y a quelque chose de caricatural chez son personnage et il ne s’agit pas d’une grande interprétation mais j’ai tout de même été convaincue. Gary Oldman et Paddy Considine sont également bons même si leurs personnages auraient pu être plus développés. Dans des rôles encore plus secondaires, j’ai également apprécié la présence des acteurs scandinaves Fares Fares et Nikolaj Lie Kaas. En revanche, ce pauvre Vincent Cassel, qui a dû remplacer Philip Seymour Hoffman (ce dernier est mort avant le tournage), est inexistant, son personnage semble avoir été sacrifié.

Enfant 44 : Photo Gary Oldman, Tom Hardy