Hostiles

réalisé par Scott Cooper

avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Adam Beach, Ben Foster, Rory Cochrane, Peter Mullan, Jesse Plemons, Paul Anderson, Timothée Chalamet, Stephen Lang, Q’Orianka Kilcher…

Western, drame américain. 2h13. 2017.

sortie française : 14 mars 2018

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.

Hostiles est un excellent film – pour l’instant le meilleur que j’ai vu au cinéma en 2018 (et de loin) – et bien plus encore. Je le considère déjà comme un chef-d’oeuvre et sachez que je désigne rarement un film tel quel dès sa sortie en salles. Si j’ai souvent des coups de coeur et émotion depuis que je vais régulièrement au cinéma, Hostiles est en réalité un des seuls films de ces dernières années qui m’a autant bouleversée. Sur le papier, l’histoire est pourtant assez classique voire même prévisible dans un sens : l’armée américaine a été en guerre avec différentes tribus indiennes depuis plus d’une centaine d’années. Sauf que le changement a bien lieu en 1892, les guerres indiennes étant désormais terminées. Et évidemment, alors qu’ils ont toujours été ennemis, les personnages issus des deux camps vont finalement se réconcilier. Le traitement choisi par Scott Cooper (Les Brasier de la Colère, Crazy Heart) n’est pourtant jamais mièvre ni manichéen. Tout est absolument nuancé dans ce film et surtout où les contradictions permettent de faire naître une émotion discrète mais omniprésente tout le long du film (jusqu’à sa dernière scène, qui m’a fait exploser en larmes) : le beau naît dans la noirceur voire même la mort omniprésente dans le coeur des vivants. Hostiles met en scène l’histoire d’une Amérique violente mais aussi mélancolique face à la fin d’un monde qui n’a épargné personne mais qui peut renaître, comme le genre auquel ce film appartient, le western. La citation de l’auteur D. H. Lawrence située au tout début du long en dit long sur l’Amérique (et elle est encore vraie à l’heure actuelle) : « L’âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c’est une tueuse. Elle n’a pas encore été délayée ». La violence des hommes n’est jamais excusée, mais elle est inévitable selon le contexte. Mais s’il y a violence, le contraire peut aussi exister. Finalement, le voyage du Nouveau-Mexique au Montana traduit le chemin d’un voyage intérieur nécessaire pour aller de l’avant, pour pardonner et pour chercher la rédemption. Mais comme le rappelle la citation de Lawrence, la solitude (une conséquence de la violence) est aussi ce qui condamne les personnages qui vivent pourtant une expérience collective, elle nuance considérablement le propos et surtout le sort des personnages. Ainsi, les personnages sont décimés au fur et à mesure du film : presque une image à elle-seule de ce qu’était l’Amérique à cette époque, paradoxalement un pays en pleine construction.

Hostiles : Photo Christian Bale, Wes Studi

Ces personnages terriblement humains, jamais jugés, prenant conscience de ce qu’ils sont, de leurs souffrances, de ce qu’ils ont pu faire uniquement par haine et de leurs liens avec les autres, nous foudroient en plein coeur. L’émotion naît aussi à partir de cette violence qui nous répugne. Surtout l’esthétique même du film, soulignant un retour à la nature dans tous les sens du terme, contribue aussi à notre sensibilité. La brutalité est omniprésente notamment la décimation même du groupe tout le long du film, elle-même évolue : la violence et la souffrance seront toujours là, on use désormais de la violence pour d’autres raisons, notamment pour protéger ou tout simplement pour se défendre. Paradoxalement, les images, sublimés par une fantastique photographie, sont pourtant de plus en plus apaisantes et surtout solaires. Les plans sont soignés depuis le début mais ils semblent encore plus marquants et posés à un certain stade du film, allant dans le même sens que les personnages, eux-mêmes en quête d’une quiétude. Hostiles démarre alors avec une séquence d’attaque traumatisante et se termine sur une scène douce et déchirante. Tout ce cheminement autant émotionnel qu’intellectuel doit aussi beaucoup à la qualité des dialogues, sachant percuter comme il le faut tout en restant sobre, et surtout par ses silences entre les personnages et les regards qu’ils s’échangent, voire même leurs comportements gestuels (comment ne pas s’émouvoir devant cette simple poignée de mains ?). Christian Bale est souvent connu pour ses rôles à transformation corporelle. Ici, sans avoir fait de régime particulier (en tout cas pas affiché), il se contente d’un habit de militaire, qu’il finira petit à petit par retirer, marquant le retour à son humanité profonde. L’acteur gallois ne cherche pas à se déguiser ou à être excessif (ce n’est pas une remarque négative vu que j’adore cet acteur). Il est sobre, ce qui est rare chez lui ou dans les personnages qu’il compose. Et il livre pourtant l’une des belles interprétations de sa carrière, confirmant qu’il est définitivement un grand acteur. Rosamund Pike est également épatante, son personnage étant également très bien écrit (ils le sont tous mais je tenais tout de même à souligner l’exploit vu que les personnages féminins dans le cinéma américain grand public ne bénéficient pas toujours de cette qualité). Wes Studi complète également merveilleusement bien ce trio de têtes. Porté par la partition époustouflante de Max Richter, Hostiles est un bouleversant western humaniste, mêlant autant l’histoire collective que l’histoire intime, le spectaculaire avec l’intériorité profonde, la mort et la souffrance avec la reconstruction et l’apaisement. Grandiose.

Hostiles : Photo Rosamund Pike, Tanaya Beatty

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The Revenant

réalisé par Alejandro González Iñárritu

avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter, Lukas Haas, Paul Anderson, Kristoffer Joner, Brendan Fletcher, Grace Dove…

Drame, western, aventure américain, canadien. 2h36. 2015.

sortie française : 24 février 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

The Revenant : Photo Leonardo DiCaprio

Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous devez savoir que j’ai un mal fou avec les films d’Alejandro González Iñárritu et j’ai une dent en particulier contre son Oscarisé Birdman. On ne va revenir dessus, je risque de vous gaver. Cela dit, ce réalisateur doit être bien entouré : j’ai beau dire que je déteste ce qu’il fait (ou moyennement pour ceux qui sont un peu plus épargnés), à chaque fois qu’il sort un nouveau film, j’ai envie d’aller le voir. Les sujets qu’il propose, les bandes-annonces vendeuses, le casting… Ses films sont toujours bien « vendus ». Etant donné que j’avais/j’ai une certaine rancoeur envers ce réalisateur (j’en parle comme si je le connaissais personnellement et qu’il m’avait fait du mal, je sais, ça devient grave), je me méfiais tout de même du buzz autour de The Revenant. On ne parlait que de l’Oscar de Leo à venir puis une fois qu’il a eu entre ses mains (sans déconner, on était tous plus ou moins au bord de la crise de nerfs avec cette histoire !), des conditions de tournage difficiles (du genre, on doit aimer ton film parce que les gens qui l’ont fait ont morflé : ça s’appelle du chantage affectif) ou encore d’une affreuse scène avec un ours massacrant méchamment Leo justement. J’étais donc partagée entre curiosité et crainte. C’est pour cette raison que je suis allée voir ce film (issu du roman de Michael Punke, tiré de l’histoire de Hugh Glass) – vraiment – au tout dernier moment. Dans l’ensemble, j’ai été surprise d’aimer The Revenant. Certes, certains points m’ont tout de même gênée, le film n’est pas un chef-d’oeuvre non plus mais je dois avouer qu’il m’a emballée. Comme quoi, tout est possible ! Alejandro González Iñárritu fait partie de ces réalisateurs acclamés parce qu’il met en avant des choix esthétiques. Dans The Revenant, on les retrouve clairement, que ce soit dans les mouvements de caméra, l’image agressive et écrasante ou encore la photographie (on retrouve derrière le talentueux triple oscarisé Emmanuel Lubezki). Dans les précédents films d’Iñárritu, j’avais toujours l’impression qu’il y avait une utilisation gratuite et superficielle de ces choix artistiques. Certes, encore une fois, j’ai tout de même certaines réserves dans le sens où on sent – vraiment – l’influence de Malick (comment ne pas penser au Nouveau Monde avec un tel sujet ? Ou encore à The Tree of Life avec cette obsession pour ces plans d’arbres en contre-plongée ?) et d’autres visiblement. Cela dit, ces choix-là trouvent au moins une signification et ça produit son effet mine de rien.

The Revenant : Photo Grace Dove, Leonardo DiCaprio

Ainsi, j’ai été tout de suite prise dans l’action, le film démarrant assez fort avec cette scène d’attaque spectaculaire et violente dans laquelle on arrive à voir justement tout ce qui se passe à l’écran malgré la multitude de personnages. Les déplacements de caméra sont fluides, nous permettant de comprendre assez rapidement tous les enjeux et de donner encore plus d’intensité à la scène sans pour autant nous donner la gerbe. Dans les scènes marquantes, je reviens justement sur celle avec l’ours qui attaque sévèrement Hugh Glass (donc notre Leo). Je dois avouer : je l’ai trouvée impressionnante. Surtout, au-delà de ces scènes chaotiques, toujours grâce à ce soin esthétique et d’autres choix artistiques, dans l’ensemble, l’atmosphère apocalyptique m’a emportée. J’ai également été sensible du propos autour de l’homme miniature face à la grandeur de la nature indomptable. Finalement, le spectateur se retrouve en quelque chose dans la peau de Glass : on ne doit pas toujours faire appel à notre raison mais plutôt à notre instinct. Même si je ne pense pas qu’Iñárritu arrive au talent de Malick en ce qui concerne la représentation de la symbiose entre l’homme et la nature, il parvient tout de même à la mettre en scène magistralement, en nous touchant et en ayant la sensation qu’on a vécu une expérience au cinéma. Après, je regrette tout de même plusieurs éléments, ce qui explique quelques réserves. Tout d’abord, justement, le pari de l’expérience ne tient pas totalement sur la durée. Je ne me suis pas ennuyée car encore une fois, j’ai été captivée par cette aventure qui met en avant un point important de l’histoire américaine. Mais l’aspect expérimental est un peu gâché par des problèmes de rythme qui surviennent au cours de la deuxième partie. J’ai trouvé l’histoire intéressante et le traitement autour de la nature assez réussi, le scénario m’a également semblé efficace. Cela dit, on a beaucoup vendu ce film comme une histoire de vengeance et c’est vrai que ce point est bien présent. Je ne dis pas que c’est nécessairement mal traité mais ça m’a paru beaucoup moins poussé que les autres thèmes présents. Les tics superficiels ne sont parfois pas si loin que ça, même si heureusement la qualité globale les empêche.

The Revenant : Photo Tom Hardy

On a beaucoup parlé de l’Oscar de Leonardo DiCaprio. Depuis des années, la statuette lui a tant échappé alors qu’il méritait de la recevoir à plusieurs reprises. En tant que grande fan de DiCaprio, avant de découvrir le film, j’étais évidemment contente qu’il remporte cet Oscar pour l’ensemble de sa carrière. Après, il faut se rendre à l’évidence : un Oscar est attribué pour une interprétation en particulier. Il faut alors juger sur son travail dans The Revenant. Honnêtement, qu’en ai-je vraiment pensé ? Face à ses concurrents, c’était bien celui qui méritait le plus la statuette pour moi. Après je dois avouer que je m’attendais à « mieux ». Je m’explique : je trouve Leo très bon. Evidemment,  j’ai une pensée pour son travail très physique dans le froid, ça se ressent à l’écran et c’est quelque chose qu’on ne doit pas négliger dans le sens où il parvient à donner une crédibilité et même une épaisseur à son personnage. Mais du coup, je trouve que l’interprétation plus générale est un peu en dessous de mes attentes, comme si le film en lui-même prenait un peu trop le dessus ou plutôt comme si tout le travail physique dans lequel l’acteur s’est tant investi envahissait le reste de la performance. Après encore une fois, Leonardo DiCaprio livre tout de même une bonne interprétation mais je préférais exprimer mon petit bémol. J’avoue que j’aurais préféré qu’il remporte la fameuse statuette pour un autre film. J’ai été plus surprise par l’interprétation de son partenaire, Tom Hardy, enfin nommé aux Oscars. Je veux dire, je n’ai jamais douté de son talent, je l’ai toujours trouvé excellent. Mais vu tout le foin qu’on a fait autour de Leo, on avait presque fini par oublier qu’il avait un partenaire. Or, Hardy mérite qu’on parle de lui parce que justement il parvient mieux à allier interprétation et travail physique. De plus, il a beau jouer le méchant de l’histoire, il réussit à ne pas tomber dans la caricature alors qu’il y avait tout pour qu’il tombe dans ce piège. Dans des rôles plus secondaires, j’ai également aimé retrouver Domhnall Gleeson, qu’on voit décidément partout en ce moment. Je comprends l’engouement autour de cet acteur : on a beau le voir que quelques minutes, il a une véritable présence ! Enfin, Will Poulter s’en sort également bien et prouve qu’il peut être bon quand il est bien dirigé (je fais partie de ces gens traumatisés par sa présence dans Le Labyrinthe…).

The Revenant : Photo Leonardo DiCaprio

Une belle fin

réalisé par Uberto Pasolini

avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza, Paul Anderson, Tim Potter…

titre original : Still Life

Comédie dramatique britannique, italien. 1h27. 2013.

sortie française : 15 avril 2015

Une belle fin

Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

Uberto Pasolini n’a rien à voir avec Pier Paolo Pasolini. En revanche, il est le neveu de Luchino Visconti. Il est également producteur du fabuleux The Full Monty. Malgré ses liens étroits avec le cinéma, il est pratiquement un débutant derrière la caméra. Cela ne l’a pas empêché de signer un des plus meilleurs films de l’année pour l’instant, Une belle fin. Je dois avouer que je ne l’ai pourtant pas adoré tout de suite, je trouvais notamment sa première partie un peu lente et l’histoire assez déprimante. Mais en réalité, je crois que j’ai voulu me préserver face à tant d’émotions, d’humanité et de vérités. Le film est simple, ou plutôt a l’air simple, mais en réalité il est bien foutu. On comprend vite que la simplicité, la banalité même dégagée tout au long du film est volontaire de la part de Pasolini, notamment en nous mettant en scène un personnage avec un nom commun (John May, sorte de John Doe). Pourtant, ce type qui semble banal (même si son visage ne l’est pas tant que ça) ne fait pas un métier habituel et par ses actes, sa sincérité et son humanité, John May n’est pas un type comme les autres. Grâce à son métier, il nous fait comprendre que chaque vie compte (d’où l’un des sens de Still Life, « encore la vie »). Puis, simple ne signifie pas simpliste. Il y a tout de même un véritable travail de mise en scène. En effet, l’autre sens de Still Life est « nature morte ». Pasolini réussit à mettre en scène littéralement la « vie immobile » du héros : ainsi, le choix des plans fixes est pertinent car il correspond à la vision de John May sur son existence. Les références à la nature morte sont évidemment nombreuses, notamment à travers les gestes minimalistes du personnage principal qui mange régulièrement des pommes et ou encore quand il assemble les photos des morts dans son album. Certains plans ressemblent même à des tableaux. Le réalisateur italien joue également discrètement avec les couleurs, notamment au début avec des couleurs froides (le bleu et le gris).

Une belle fin : Photo Eddie Marsan, Joanne Froggatt

Cependant, même si Still Life est un très beau film, à la fois doux, féroce, tendre, triste et optimiste (cela est étrange de mettre ces adjectifs ensemble, pourtant nous retrouvons bien ces différents sentiments et aspects dans ce long-métrage), le discours social n’a rien de mignon, au contraire, il est assez féroce. Pasolini nous présente l’isolement social des gens dans une société individualiste, matérialiste et égoïste ainsi que la perte des responsabilités morales et sociales face à la disparition d’un proche. Pourtant, le film fait aussi écho aux propres peurs des vivants : que personne ne se déplace pour son enterrement. Comme tout le reste, le scénario a l’air simple mais encore une fois, il est très efficace, cohérent, n’oubliant jamais les détails tout en restant subtil et va au bout de ses idées. La fin est vraiment réussie, à la fois magnifique, onirique et ironique. Enfin, le casting est très bon. Eddie Marsan, toujours abonné aux seconds rôles, est excellent dans le rôle principal. Il l’était déjà très bon dans ses autres films mais là il est vraiment épatant. Il y a beaucoup de pudeur dans son interprétation, ce qui rend d’autant plus son personnage attachant et touchant (attouchant ?) et on sent l’acteur investi, précis et naturel à la fois. Les seconds rôles sont également très bons, notamment Joanne Froggatt. Pour conclure, Une belle fin est une des plus belles réussites de l’année. Certes, le sujet n’est pas forcément joyeux et malgré la tristesse que j’ai eu pendant tout le long de ma séance, Une belle fin est aussi et même surtout une ode à la vie. Il s’agit d’un film modeste, abouti et très profond, qui nous concerne tous et qui est réellement émouvant mais jamais larmoyant alors qu’il l’aurait facilement tomber dans ce piège.

Une belle fin : Photo Eddie Marsan

’71

réalisé par Yann Demange

avec Jack O’Connell, Paul Anderson, Richard Dormer, Sean Harris, Martin McCann, Charlie Murphy, Barry Keoghan, Sam Reid, David Wilnot, Corey McKinley…

Drame, thriller, guerre britannique. 1h40. 2013.

sortie française : 5 novembre 2014

interdit aux moins de 12 ans

'71

Belfast, 1971.
Tandis que le conflit dégénère en guerre civile, Gary, jeune recrue anglaise, est envoyé sur le front.
La ville est dans une situation confuse, divisée entre protestants et catholiques.
Lors d’une patrouille dans un quartier en résistance, son unité est prise en embuscade. Gary se retrouve seul, pris au piège en territoire ennemi.
Il va devoir se battre jusqu’au bout pour essayer de revenir sain et sauf à sa base.

'71 : Photo Jack O'Connell (II)

On aurait pu penser que le cinéma avait déjà trop exploité le sujet du conflit nord-irlandais, mais ’71 prouve qu’il y a encore des choses à dire et à faire. Yann Demange, réalisateur français expatrié en Grande-Bretagne, signe un premier long-métrage brillant. Certes, en regardant le film, on pourra penser aux excellents Bloody Sunday de Paul Greengrass, Omagh de Pete Travis ou même Au nom du père de Jim Sheridan. Cependant, ces quelques inspirations ne sont pas gênantes car le film possède sa propre personnalité et a largement les épaules pour devenir une référence sur le sujet. Le point de vue que Demange utilise permet également à ’71 de ne pas tomber dans la redite. Surtout, la mise en scène est parfaite, parvenant à installer une véritable tension, pratiquement présente du début jusqu’à la fin du film. Certaines scènes sont particulièrement éprouvantes. Malgré une violence omniprésente, le film n’est jamais écoeurant. On doit également constater à quel point Demange possède un incroyable sens du rythme et du mouvement. De plus, la caméra est sans cesse en mouvement afin que le spectateur se trouve au plus près de l’action, il se passe également beaucoup de choses à l’écran au sein d’une même scène (je pense notamment à la scène de l’émeute, très marquante), pourtant on voit et comprend tout ce qui se passe à l’écran. Ces éléments permettent au spectateur de ne pas s’ennuyer, de plus on remarquera également que le film n’est pas trop long, préférant aller à l’essentiel.

'71 : Photo Jack O'Connell (II)

’71 est plus qu’un film sur une période historique et un conflit : le thriller et le drame se combinent logiquement. Il réussit à dépasser le point historique précis, sa dimension universelle s’imposant naturellement. La caméra suit Gary Hook, un jeune et banal soldat (mais jamais insipide, au contraire) qui va se retrouver au coeur d’un conflit qui le dépasse et surtout au centre d’une véritable chasse à l’homme bien malgré lui. Non seulement Gary est devenue une bête, mais en plus, personne n’est à l’abri, même les enfants ne sont pas épargnés de ce terrible conflit. Alors que Gary se retrouve dans ce conflit absurde, il sera parfois étonnamment aidé, prouvant qu’une part d’humanité existe encore durant cette nuit. L’humanité de Gary touche également : il n’est qu’un homme victime des événements. Certains veulent le voir mourir, pourtant Gary lutte sans cesse pour vivre. La bande-son est également très bonne. Elle est importante car elle permet d’accentuer la tension déjà omniprésente, mais elle n’est pas non plus envahissante. De plus, elle est intéressante puisqu’elle joue beaucoup sur des sons de rue ou liés à la violence de la guerre. Enfin, les acteurs, la plupart inconnus du grand public, sont également tous très bons, notamment en tête Jack O’Connell (vu cette année dans Les Poings contre les murs), qui possède une véritable présence et qui parvient à rendre son personnage très attachant.

'71 : Photo