Ma Vie de Courgette

réalisé par Claude Barras

avec les voix de Gaspard Schlatter, Sixtine Murat, Michel Vuillermoz, Paulin Jaccoud…

Animation, drame suisse, français. 1h06. 2015.

sortie française : 19 octobre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film d’animation

Courgette n’a rien d’un légume, c’est un vaillant petit garçon. Il croit qu’il est seul au monde quand il perd sa mère. Mais c’est sans compter sur les rencontres qu’il va faire dans sa nouvelle vie au foyer pour enfants. Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice : ils ont tous leurs histoires et elles sont aussi dures qu’ils sont tendres. Et puis il y a cette fille, Camille. Quand on a 10 ans, avoir une bande de copains, tomber amoureux, il y en a des choses à découvrir et à apprendre. Et pourquoi pas même, être heureux.

Ma Vie De Courgette : Photo

Le roman Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris avait connu une première adaptation pour la télévision (merci papi Wiki parce que je n’étais pas du tout au courant de son existence), C’est mieux la vie quand on est grand (réalisé par Luc Béraud). Avec la scénariste Céline Sciamma (surtout connue pour être la réalisatrice  de Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles), c’est le réalisateur suisse Claude Barras qui s’est chargé de son adaptation pour le grand écran, nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation ». Il n’a pas choisi n’importe quel moyen : l’animation et plus précisément le stop-motion. Autobiographie d’une courgette est à l’origine un roman bouleversant raconté à la première personne par un enfant (comme l’indique en partie son titre) : un roman à la fois lumineux et dur avec son langage d’enfant reconstitué. Claude Barras et Céline Sciamma, dont le travail a été salué aux César par le prix de la meilleure adaptation, ont merveilleusement repris l’essence du roman sans chercher à tout prix faire du copier-coller (même si, dans les grandes lignes, on peut parler de fidélité mais il y a tout de même des changements pertinents). Certes, Courgette n’est plus le narrateur dans le film, c’est pour ça qu’on passe de « autobiographie » à « ma vie ». Les scénaristes ont également préféré aller à l’essentiel en supprimant plusieurs intrigues (et l’intrigue restante et principale est plutôt simple, il n’y a pas dix milles péripéties). Plus globalement, le film atténue les différentes violences, qu’elle soit verbale (le langage des enfants est moins grossier que dans le roman) ou physiques (la mort de la mère de Courgette a une dimension plus « tragique » dans le texte d’origine) voire même sexuelles (le passé des personnages est davantage détaillé dans l’oeuvre de Paris). Cela ne signifie pas pour autant de la légèreté dans les sujets évoqués, loin de là : les douleurs d’origine des personnages existent bel et bien. Bref, on est finalement face à deux oeuvres complémentaires, une forme de fidélité n’empêche pas de transformer le matériau d’origine pour toucher le public autrement. Ma vie de Courgette aurait pu décevoir à force de tout simplifier : il est certainement un peu plus accessible aux enfants via l’animation alors que le roman semble exclusivement destiné à un public adulte. Pour la petite anecdote, je refusais de voir le film à cause de sa petite heure (traitez-moi de radine !). Mais en allant à l’essentiel, en faisant court, Ma vie de Courgette trouve un nouvel élan qui permet de faire éclore une émotion sincère. Ce film, d’une belle sincérité, ne cherche jamais à en faire trop ou à être larmoyant.

Ma Vie De Courgette : Photo

L’animation en stop-motion est réussie, pas uniquement d’un point de vue esthétique : elle parvient à être cohérente avec les différents ressentis et significations : la photographie est claire et lumineuse, les enfants, tous très attachants, ont des cheveux très colorés (cela renforce aussi le propos « universel » sur l’enfance : n’importe quel enfant peut être concerné par l’abandon et les violences et n’importe quel enfant a juste le droit d’être heureux) et surtout les yeux ronds des gosses transmettent aux spectateurs d’incroyables émotions, ils ont l’air plus vivants que jamais. Si la « voix » faussement autobiographique a disparu dans la narration contrairement au roman, en revanche les dessins qui ont l’air d’être faits par des enfants permettent d’une certaine façon de continuer à faire entendre une et même des voix enfantines. Ma vie de Courgette fait partie de ces films d’animation capables de réunir tous les publics, aussi bien les adultes que les enfants. Il aborde des sujets difficiles voire même tabous, ce qui prouve de nouveau qu’un film d’animation n’est pas qu’un truc de gosses. Mais les enfants en tant que spectateurs ne sont justement jamais mis de côté, comme le clament les réalisateurs : ce film est fait pour eux même s’il n’édulcore pas ce que certains peuvent vivre. Ma vie de Courgette a beau évoquer des thèmes sombres, il s’agit pourtant d’un film éblouissant. Les traumatismes et les blessures sont bien perceptibles dans le scénario mais les enfants ont le droit aussi d’avancer et d’avoir la vie qu’ils méritent de vivre. Le foyer est souvent perçu, que ce soit en littérature ou au cinéma (ou autre), comme un lieu austère et dangereux. Or, l’auteur du roman ainsi que le réalisateur ont cassé les codes habituels en nous exposant le foyer comme un lieu bienveillant permettant aux enfants de se reconstruire. Justement, c’est l’extérieur qui représente éventuellement un danger. Le choix d’utiliser des marionnettes prend alors encore plus de sens : la marionnette est une figure qui peut se casser et par conséquent se réparer. C’est finalement ce qui arrive aux enfants : la vie les a cassés mais le foyer peut les réparer. Encore une fois, à l’image des couleurs vives et des yeux ronds (les yeux sont le miroir de l’âme), le foyer est un lieu optimiste ouvrant à la liberté. Le casting vocal, mêlant aussi bien côté adultes des professionnels que côté enfants des débutants, est également très réussi, sachant transmettre l’émotion mais aussi la vivacité de leurs personnages. Ma Vie de Courgette est alors une ode à la vie bouleversante, poétique, tendre et sensible sur des gamins qui apprennent à se reconstruire par des valeurs aussi nobles que l’amitié : finalement, les liens les plus précieux ne sont pas ceux du sang, mais ceux qui nous valorisent dans ce monde.

Ma Vie De Courgette : Photo

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Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1)

Créée par Daniel Handler et Barry Sonnenfeld

avec Neil Patrick Harris, Patrick Warburton, Malina Weissman, Louis Hynes, K. Todd Freeman, Presley Smith, Will Arnett, Cobie Smulders, Alfre Woodard, Don Johnson, Aasif Mandvi, Joan Cusack, Catherine O’Hara, Tara Strong…

titre original : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events

Aventure, famille, drame. Saison 1. 2017.

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Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents.

Photo Neil Patrick Harris

A l’origine, Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events) est une saga littéraire composée de treize romans écrit par Daniel Handler. Il prit le pseudonyme Lemony Snicket, qui est également le narrateur et même un personnage à part entière du récit. Brad Silberling avait réalisé le long-métrage du même nom avec dans le rôle principal Jim Carrey qui incarne l’odieux comte Olaf. Etaient également au casting Emily Browning, Meryl Streep, Catherine O’Hara, Billy Connolly, Timothy Spall ou encore Jude Law dans le rôle du fameux Snicket. Cette adaptation cinématographique reprenait les trois premiers tomes de la série littéraire : Tout commence mal, Le Laboratoire aux serpents et Ouragan sur le lac. Je n’avais pas encore commencé la lecture des romans de Handler lorsque j’ai découvert il y a maintenant quelques années ce film qui n’a pas rencontré le succès au box-office. Adapter les trois premiers tomes et les réunir dans un film qui ne dure même pas deux heures n’était certainement pas une tâche facile. Pour ma part, j’aime énormément ce long-métrage qui reste selon moi encore trop sous-estimé. Et j’avais envie de connaître la suite des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Le projet d’une série télé était alors logique pour adapter tous les tomes et ne plus laisser les fans des romans (et, dans un sens, également ceux du film) sur leur faim. L’auteur Daniel Handler et le réalisateur Barry Sonnenfeld (Men in Black, La Famille Addams), un temps envisagés pour s’occuper du scénario du film puis écartés, se sont réunis pour rédiger le scénario de la série diffusée sur Netflix, un bon moyen pour s’assurer un certain succès vu à quel point cette plateforme est populaire. Il y aura donc en tout trois saisons (le succès de la première saison confirmant le projet sur le « long » terme) qui regrouperont bien la totalité des tomes. Et j’ai vraiment hâte de voir les deux prochaines saisons. En effet, j’ai adoré cette première saison, composée de huit épisodes (chacun durant une cinquantaine de minutes). On peut même parler de mon côté de coup de coeur.

Photo

Tout est extrêmement plaisant : la mise en scène, l’esthétisme, les personnages, la narration ou encore le ton. Tous ces éléments se complètent merveilleusement pour créer une oeuvre cohérente et ambitieuse. Par rapport aux décors (sombres et loufoques), beaucoup ont comparé la série à du Tim Burton voire même parfois du Wes Anderson. C’est plutôt pertinent mais cela serait réducteur de les limiter à ces comparaisons très flatteuses. Effectivement, les nombreux artifices sautent aux yeux : le monde qu’on nous présente n’a pas l’air réel. Les lieux sont carnavalesques, le comte Olaf est presque à lui seul un décor avec son maquillage volontairement outrancier, comme s’il se trimballait avec du plastique sur sa figure. L’esthétique du long-métrage allait déjà dans ce sens, la série appuie encore plus et assume encore plus cet aspect en question. En clair : tout est une farce. Le comte Olaf, comédien raté qui n’hésite pas à se déguiser pour parvenir à ses fins, est une blague à lui seul. L’esthétisme est cohérente avec le propos de la série : les orphelins Baudelaire ne peuvent pas s’en sortir, même lorsqu’il y a un semblant d’espoir, dans un monde où les adultes sont aveuglés par la bêtise et l’égoïsme. L’esthétisme nous confirme bien que nous sommes dans un conte, à l’origine un genre particulièrement cruel et sombre. On ne nous ment pas : les orphelins Baudelaire vont être pourchassés par Olaf jusqu’au bout. Rien que le fabuleux générique (à voir absolument en version originale), dont les paroles changent pratiquement à chaque épisode en fonction des événements à venir (et interprétées par Neil Patrick Harris qui change de voix – à l’image d’Olaf à chaque fois qu’il interprète un nouveau personnage voulant piéger les Baudelaire) nous prévient et nous déconseille de regarder les épisodes, rien que ça ! L’univers présenté est aussi très cohérent avec la proposition littéraire de Handler : les romans (parce que je m’y suis mise finalement !) eux-mêmes sont bourrés de références culturelles (rien que le nom Baudelaire est assez représentatif). La série va alors dans ce sens.

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Tout en préservant sa cohérence, les différents épisodes n’hésitent pas à combiner différents genres. Ainsi, le théâtre, le cinéma (avec le film muet d’horreur avec des sous-titres importants), la musique (pas étonnant que Neil Patrick Harris – acteur marqué par ses années à Broadway – ait pu être intéressé par la série), voire même le cirque s’allient aussi bien dans l’esthétique que dans les thèmes abordés. Le casting est tout simplement à la hauteur. J’avais peur que Neil Patrick Harris (que j’aime pourtant beaucoup) ne parvienne pas à me faire oublier l’excellente interprétation de Jim Carrey dans le film. Pourtant (pour vous dire le niveau), Harris est juste époustouflant dans le rôle du comte Olaf. Si Jim Carrey appuyait davantage dans son interprétation la bouffonnerie du personnage, Harris rend son personnage plus méchant et insidieux (même si lui aussi a gardé sa théâtralité). Patrick Warburton (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également la très bonne surprise de ce casting. Dans le film, Jude Law « incarnait » un Lemony Snicket restant dans l’ombre, pratiquement une silhouette ayant une voix ténébreuse. Patrick Warburton est bien plus présent : il devient carrément un personnage à part entière et non juste le personnage en plus du casting. Il ne se contente pas d’être une voix-off. L’acteur possède une incroyable présence, du charisme même et son travail vocal est selon moi plus varié (même si j’avais aimé la version de Law du personnage). Cela aurait pu être redondant de voir les différentes scènes coupées et commentées par ce narrateur mais dans l’ensemble cela ne coupe pas le rythme général des épisodes. Cela ajoute même un charme supplémentaire à la série qui joue sans cesse avec des codes que le spectateur pensait connaître. Je ne vais pas commenter tout le casting mais je peux dire la chose suivante : Malina Weissman (Violette) et Louis Hynes (Klaus) sont deux jeunes acteurs prometteurs. On constate alors qu’aucun acteur ne cherche à copier les interprétations présentes dans le long-métrage alors que cela aurait pu être tentant d’établir des comparaisons. Remarquablement bien mise en scène, sombre et loufoque à la fois, cette première saison des Orphelins Baudelaire tient résolument ses promesses. Espérons que la deuxième saison soit dans la même veine !

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Enfant 44

réalisé par Daniel Espinosa

avec Tom Hardy, Noomi Rapace, Gary Oldman, Joel Kinnaman, Paddy Considine, Jason Clarke, Vincent Cassel, Charles Dance, Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares…

Titre original : Child 44

Thriller américain, britannique, roumain, tchèque. 2h17. 2015.

sortie française : 15 avril 2015

Enfant 44

Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Enfant 44 : Photo Tom Hardy

Enfant 44 est l’adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par le charmant auteur britannique Tom Rob Smith. Sorti en 2008, il s’agit du premier volet de la trilogie Leo Demidov. Le tueur de l’histoire est inspiré par Andreï Tchikatilo alias « Le monstre de Rostov ». C’est le réalisateur suédois d’origine chilienne Daniel Espinosa (Easy Money, Sécurité Rapprochée) qui a eu la responsabilité de mettre en scène ce film, en partie produit par Ridley Scott. Enfant 44 est dans l’ensemble un thriller historique correct mais qui a tout de même ses défauts. Je n’attendais rien de ce film alors disons que je n’ai pas été déçue mais que j’ai conscience de ses défauts. Pour moi, il est à peu près divertissant mais une fois sortie de la salle, je l’avais déjà plus ou moins oubliée. Dans l’ensemble, la mise en scène m’a convaincue par son efficacité même si on regrettera des scènes parfois trop classiques, dans le mauvais sens du terme. Daniel Espinosa fait le job comme on le dit mais son travail manque de puissance alors que l’histoire est en elle-même riche. Je n’ai pas lu le roman de Smith et pourtant j’ai senti que Daniel Espinosa et son scénariste Richard Price avaient été dépassés par l’outil littéraire. Heureusement, le réalisateur et le scénariste sont tout de même parvenus à donner une âme au personnage principal Leo Demidov, ce qui prouve pour moi que le scénario et la mise en scène ont tout de même un potentiel en ce qui concerne certains points. De plus, l’histoire proposée est très intéressante, avec des thèmes riches, même si elle met du temps à se mettre en place. J’ai notamment apprécié la sorte de boucle formée entre le début et la fin : disons qu’à la fin on comprend mieux les longueurs, même si on aurait pu trouver une solution pour les raccourcir.

Enfant 44 : Photo Noomi Rapace, Tom Hardy

Je ne sais pas du tout comment cette partie est développée dans le roman mais je m’attendais à voir davantage l’enquête autour des meurtres d’enfants. En revanche, c’est le contexte historique qui est intéressant, qui donne du rythme et guide les actes de ce personnage. Il y a un lien intéressant entre la fiction et la réalité et on comprend mieux pourquoi les studios se sont intéressés au roman de Smith, ce dernier s’intéressant lui-même à l’histoire de l’Union Soviétique. Espinosa met bien en avant ce contexte historique qui est déjà en soi un thriller, dans lequel la peur règne sans cesse. Enfin, revenons sur le casting, alléchant sur le papier. Dans le rôle de Leo Demidov, Tom Hardy est impeccable. Il est décidément capable d’être une tête d’affiche. Il est à la fois charismatique, attachant et effrayant, ce qui rend son personnage complexe, avec une réelle consistance. J’ai également bien aimé l’interprétation de Noomi Rapace. Certes, elle est plus inspirée dans d’autres films mais elle défend tout de même bien son personnage, qui n’a rien d’une potiche de service comme on le voit souvent dans le cinéma américain actuellement. Dans le rôle d’un des méchants, Joel Kinnaman s’en tire également plutôt bien. Certes, il y a quelque chose de caricatural chez son personnage et il ne s’agit pas d’une grande interprétation mais j’ai tout de même été convaincue. Gary Oldman et Paddy Considine sont également bons même si leurs personnages auraient pu être plus développés. Dans des rôles encore plus secondaires, j’ai également apprécié la présence des acteurs scandinaves Fares Fares et Nikolaj Lie Kaas. En revanche, ce pauvre Vincent Cassel, qui a dû remplacer Philip Seymour Hoffman (ce dernier est mort avant le tournage), est inexistant, son personnage semble avoir été sacrifié.

Enfant 44 : Photo Gary Oldman, Tom Hardy