Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1)

Créée par Daniel Handler et Barry Sonnenfeld

avec Neil Patrick Harris, Patrick Warburton, Malina Weissman, Louis Hynes, K. Todd Freeman, Presley Smith, Will Arnett, Cobie Smulders, Alfre Woodard, Don Johnson, Aasif Mandvi, Joan Cusack, Catherine O’Hara, Tara Strong…

titre original : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events

Aventure, famille, drame. Saison 1. 2017.

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Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents.

Photo Neil Patrick Harris

A l’origine, Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events) est une saga littéraire composée de treize romans écrit par Daniel Handler. Il prit le pseudonyme Lemony Snicket, qui est également le narrateur et même un personnage à part entière du récit. Brad Silberling avait réalisé le long-métrage du même nom avec dans le rôle principal Jim Carrey qui incarne l’odieux comte Olaf. Etaient également au casting Emily Browning, Meryl Streep, Catherine O’Hara, Billy Connolly, Timothy Spall ou encore Jude Law dans le rôle du fameux Snicket. Cette adaptation cinématographique reprenait les trois premiers tomes de la série littéraire : Tout commence mal, Le Laboratoire aux serpents et Ouragan sur le lac. Je n’avais pas encore commencé la lecture des romans de Handler lorsque j’ai découvert il y a maintenant quelques années ce film qui n’a pas rencontré le succès au box-office. Adapter les trois premiers tomes et les réunir dans un film qui ne dure même pas deux heures n’était certainement pas une tâche facile. Pour ma part, j’aime énormément ce long-métrage qui reste selon moi encore trop sous-estimé. Et j’avais envie de connaître la suite des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Le projet d’une série télé était alors logique pour adapter tous les tomes et ne plus laisser les fans des romans (et, dans un sens, également ceux du film) sur leur faim. L’auteur Daniel Handler et le réalisateur Barry Sonnenfeld (Men in Black, La Famille Addams), un temps envisagés pour s’occuper du scénario du film puis écartés, se sont réunis pour rédiger le scénario de la série diffusée sur Netflix, un bon moyen pour s’assurer un certain succès vu à quel point cette plateforme est populaire. Il y aura donc en tout trois saisons (le succès de la première saison confirmant le projet sur le « long » terme) qui regrouperont bien la totalité des tomes. Et j’ai vraiment hâte de voir les deux prochaines saisons. En effet, j’ai adoré cette première saison, composée de huit épisodes (chacun durant une cinquantaine de minutes). On peut même parler de mon côté de coup de coeur.

Photo

Tout est extrêmement plaisant : la mise en scène, l’esthétisme, les personnages, la narration ou encore le ton. Tous ces éléments se complètent merveilleusement pour créer une oeuvre cohérente et ambitieuse. Par rapport aux décors (sombres et loufoques), beaucoup ont comparé la série à du Tim Burton voire même parfois du Wes Anderson. C’est plutôt pertinent mais cela serait réducteur de les limiter à ces comparaisons très flatteuses. Effectivement, les nombreux artifices sautent aux yeux : le monde qu’on nous présente n’a pas l’air réel. Les lieux sont carnavalesques, le comte Olaf est presque à lui seul un décor avec son maquillage volontairement outrancier, comme s’il se trimballait avec du plastique sur sa figure. L’esthétique du long-métrage allait déjà dans ce sens, la série appuie encore plus et assume encore plus cet aspect en question. En clair : tout est une farce. Le comte Olaf, comédien raté qui n’hésite pas à se déguiser pour parvenir à ses fins, est une blague à lui seul. L’esthétisme est cohérente avec le propos de la série : les orphelins Baudelaire ne peuvent pas s’en sortir, même lorsqu’il y a un semblant d’espoir, dans un monde où les adultes sont aveuglés par la bêtise et l’égoïsme. L’esthétisme nous confirme bien que nous sommes dans un conte, à l’origine un genre particulièrement cruel et sombre. On ne nous ment pas : les orphelins Baudelaire vont être pourchassés par Olaf jusqu’au bout. Rien que le fabuleux générique (à voir absolument en version originale), dont les paroles changent pratiquement à chaque épisode en fonction des événements à venir (et interprétées par Neil Patrick Harris qui change de voix – à l’image d’Olaf à chaque fois qu’il interprète un nouveau personnage voulant piéger les Baudelaire) nous prévient et nous déconseille de regarder les épisodes, rien que ça ! L’univers présenté est aussi très cohérent avec la proposition littéraire de Handler : les romans (parce que je m’y suis mise finalement !) eux-mêmes sont bourrés de références culturelles (rien que le nom Baudelaire est assez représentatif). La série va alors dans ce sens.

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Tout en préservant sa cohérence, les différents épisodes n’hésitent pas à combiner différents genres. Ainsi, le théâtre, le cinéma (avec le film muet d’horreur avec des sous-titres importants), la musique (pas étonnant que Neil Patrick Harris – acteur marqué par ses années à Broadway – ait pu être intéressé par la série), voire même le cirque s’allient aussi bien dans l’esthétique que dans les thèmes abordés. Le casting est tout simplement à la hauteur. J’avais peur que Neil Patrick Harris (que j’aime pourtant beaucoup) ne parvienne pas à me faire oublier l’excellente interprétation de Jim Carrey dans le film. Pourtant (pour vous dire le niveau), Harris est juste époustouflant dans le rôle du comte Olaf. Si Jim Carrey appuyait davantage dans son interprétation la bouffonnerie du personnage, Harris rend son personnage plus méchant et insidieux (même si lui aussi a gardé sa théâtralité). Patrick Warburton (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également la très bonne surprise de ce casting. Dans le film, Jude Law « incarnait » un Lemony Snicket restant dans l’ombre, pratiquement une silhouette ayant une voix ténébreuse. Patrick Warburton est bien plus présent : il devient carrément un personnage à part entière et non juste le personnage en plus du casting. Il ne se contente pas d’être une voix-off. L’acteur possède une incroyable présence, du charisme même et son travail vocal est selon moi plus varié (même si j’avais aimé la version de Law du personnage). Cela aurait pu être redondant de voir les différentes scènes coupées et commentées par ce narrateur mais dans l’ensemble cela ne coupe pas le rythme général des épisodes. Cela ajoute même un charme supplémentaire à la série qui joue sans cesse avec des codes que le spectateur pensait connaître. Je ne vais pas commenter tout le casting mais je peux dire la chose suivante : Malina Weissman (Violette) et Louis Hynes (Klaus) sont deux jeunes acteurs prometteurs. On constate alors qu’aucun acteur ne cherche à copier les interprétations présentes dans le long-métrage alors que cela aurait pu être tentant d’établir des comparaisons. Remarquablement bien mise en scène, sombre et loufoque à la fois, cette première saison des Orphelins Baudelaire tient résolument ses promesses. Espérons que la deuxième saison soit dans la même veine !

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

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Enfant 44

réalisé par Daniel Espinosa

avec Tom Hardy, Noomi Rapace, Gary Oldman, Joel Kinnaman, Paddy Considine, Jason Clarke, Vincent Cassel, Charles Dance, Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares…

Titre original : Child 44

Thriller américain, britannique, roumain, tchèque. 2h17. 2015.

sortie française : 15 avril 2015

Enfant 44

Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Enfant 44 : Photo Tom Hardy

Enfant 44 est l’adaptation cinématographique du roman du même nom écrit par le charmant auteur britannique Tom Rob Smith. Sorti en 2008, il s’agit du premier volet de la trilogie Leo Demidov. Le tueur de l’histoire est inspiré par Andreï Tchikatilo alias « Le monstre de Rostov ». C’est le réalisateur suédois d’origine chilienne Daniel Espinosa (Easy Money, Sécurité Rapprochée) qui a eu la responsabilité de mettre en scène ce film, en partie produit par Ridley Scott. Enfant 44 est dans l’ensemble un thriller historique correct mais qui a tout de même ses défauts. Je n’attendais rien de ce film alors disons que je n’ai pas été déçue mais que j’ai conscience de ses défauts. Pour moi, il est à peu près divertissant mais une fois sortie de la salle, je l’avais déjà plus ou moins oubliée. Dans l’ensemble, la mise en scène m’a convaincue par son efficacité même si on regrettera des scènes parfois trop classiques, dans le mauvais sens du terme. Daniel Espinosa fait le job comme on le dit mais son travail manque de puissance alors que l’histoire est en elle-même riche. Je n’ai pas lu le roman de Smith et pourtant j’ai senti que Daniel Espinosa et son scénariste Richard Price avaient été dépassés par l’outil littéraire. Heureusement, le réalisateur et le scénariste sont tout de même parvenus à donner une âme au personnage principal Leo Demidov, ce qui prouve pour moi que le scénario et la mise en scène ont tout de même un potentiel en ce qui concerne certains points. De plus, l’histoire proposée est très intéressante, avec des thèmes riches, même si elle met du temps à se mettre en place. J’ai notamment apprécié la sorte de boucle formée entre le début et la fin : disons qu’à la fin on comprend mieux les longueurs, même si on aurait pu trouver une solution pour les raccourcir.

Enfant 44 : Photo Noomi Rapace, Tom Hardy

Je ne sais pas du tout comment cette partie est développée dans le roman mais je m’attendais à voir davantage l’enquête autour des meurtres d’enfants. En revanche, c’est le contexte historique qui est intéressant, qui donne du rythme et guide les actes de ce personnage. Il y a un lien intéressant entre la fiction et la réalité et on comprend mieux pourquoi les studios se sont intéressés au roman de Smith, ce dernier s’intéressant lui-même à l’histoire de l’Union Soviétique. Espinosa met bien en avant ce contexte historique qui est déjà en soi un thriller, dans lequel la peur règne sans cesse. Enfin, revenons sur le casting, alléchant sur le papier. Dans le rôle de Leo Demidov, Tom Hardy est impeccable. Il est décidément capable d’être une tête d’affiche. Il est à la fois charismatique, attachant et effrayant, ce qui rend son personnage complexe, avec une réelle consistance. J’ai également bien aimé l’interprétation de Noomi Rapace. Certes, elle est plus inspirée dans d’autres films mais elle défend tout de même bien son personnage, qui n’a rien d’une potiche de service comme on le voit souvent dans le cinéma américain actuellement. Dans le rôle d’un des méchants, Joel Kinnaman s’en tire également plutôt bien. Certes, il y a quelque chose de caricatural chez son personnage et il ne s’agit pas d’une grande interprétation mais j’ai tout de même été convaincue. Gary Oldman et Paddy Considine sont également bons même si leurs personnages auraient pu être plus développés. Dans des rôles encore plus secondaires, j’ai également apprécié la présence des acteurs scandinaves Fares Fares et Nikolaj Lie Kaas. En revanche, ce pauvre Vincent Cassel, qui a dû remplacer Philip Seymour Hoffman (ce dernier est mort avant le tournage), est inexistant, son personnage semble avoir été sacrifié.

Enfant 44 : Photo Gary Oldman, Tom Hardy