Hunt for the Wilderpeople

réalisé par Taika Waititi

avec Julian Dennison, Sam Neill, Rachel House, Rima Te Wiata, Rhys Darby, Cohen Holloway, Mike Minogue, Oscar Kightley, Taika Waititi…

Comédie, aventure néo-zélandaise. 1h45. 2016.

Elevé dans une famille d’accueil un enfant difficile de la ville va vivre un nouveau départ dans la campagne Néo-Zélandaise. Il se retrouve chez une famille d’accueil aimante, quand une tragédie survient le jeune garçon et Hec, l’oncle de sa nouvelle famille, s’enfuient dans le Bush. Ces nouveaux hors-la-loi vont devoir faire équipe…

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison

Si vous suivez ce blog, vous savez à quel point j’avais adoré What We Do in the Shadows (en VF Vampires en toute intimité). J’avais donc envie de m’intéresser aux autres projets d’un des deux réalisateurs, Taika Waititi (qui fait un caméo dans le rôle du pasteur complètement frappé), qui commence à se faire un nom (notamment avec la sortie prochain de Thor : Ragnarok). Hunt for the Wilderpeople a cartonné dans son pays d’origine, la Nouvelle-Zélande, que ce soit au box-office ou encore au sein de l’académie de cinéma du pays en raflant les récompenses. Adapté du roman Wild Pork and Watercress de Barry Crump (publié en 1986), Hunt for the Wilderpeople n’a toujours pas de date de sortie en France – même dans les solutions e-cinema et compagnie. Pourtant ce film vaut incontestablement le détour. Un de coup de cœur en ce qui me concerne ! L’histoire n’a pourtant rien de révolutionnaire : on suit Ricky Baker, un jeune adolescent sans famille et trimballé de foyer en foyer. Alors qu’il est très bien accueilli par sa nouvelle mère adoptive, « tante » Bella, le contact avec son père adoptif, le rustique Hector, est plus difficile. Mais finalement, Hector et Ricky devront faire équipe, apprendront à mieux se connaître et surtout finiront par s’apprécier. Je ne vous spoile pas grand-chose, c’est un schéma assez classique et Taika Waititi ne prétend pas le révolutionner. Pourtant, même si on se doute de la manière dont le scénario peut éventuellement se dérouler, on est surpris… d’être surpris justement. Hunt for the Wilderpeople aurait pu être un film lisse mais il n’a rien à voir avec ce que Hollywood propose habituellement. Justement, Taika Waititi a su s’approprier des différents codes habituels pour pouvoir mieux en jouer. Par exemple, le réalisateur reprend en grande partie les codes du conte. Dans un premier temps, le découpage en chapitres avec des titres loufoques peut faire penser à un conte, voire même plus généralement à un livre pour enfants. Le conte est toujours un genre assez cruel. Le petit Ricky a beau être un gamin drôle, se croyant parfois dans un clip de rap, ce qu’il vit est extrêmement difficile et est devenu un petit voyou de la ville « qui crache et fait des graffitis ». Il est traîné de foyer en foyer, n’a donc pas une ville stable et tout ce qu’il veut, c’est fuir.

Hunt For The Wilderpeople : Photo

Dans le conte, il y a souvent une part de merveilleux. Certes, concrètement, il n’y en a pas dans ce long-métrage. Pourtant, certains éléments font écho au merveilleux. Par exemple, Paula, la dame des services sociaux, serait une sorte de sorcière tandis que la gamine rencontrée sur le chemin de Ricky pourrait être une princesse. Même les autres personnages secondaires ont l’air si déconnectés de la réalité qu’ils semblent aussi tout droit sortis d’un conte, comme si leur rôle était aussi d’ordre fonctionnel pour contribuer au schéma narratif traditionnel de ce genre, également bien présent. La nature, omniprésente dans pratiquement chaque scène du film, a quelque chose qui semble parfois sortir de la réalité. Enfin, ce rapport entre l’enfance, l’adoption, le conte et la nature, avec cette poursuite en arrière-fond m’a parfois fait penser à La Nuit du Chasseur de Charles Laughton. On pense aussi au road-movie dans le sens où notre duo incontournable est obligé de fuir face à un lot d’emmerdes et de quiproquos. Encore une fois, je reviens sur le rôle de la nature, mise en avant par paysages verdoyants néo-zélandais d’une beauté foudroyante. Elle est protectrice, dans le sens où elle va permettre à Hector et Ricky de se rapprocher et surtout de se tenir à l’écart d’une civilisation qui ne prend pas en compte leurs souffrances et envies. Mais elle est évidemment source d’obstacles : si traverser des épreuves peut avoir du bon notamment dans la construction relationnelle (et familiale), on ne peut pas éternellement fuir ses problèmes. Au-delà des interrogations sur le passé (l’abandon, la prison et plus généralement des choses liées à son milieu environnemental, social, culturel etc…) et des interrogations autour de l’adoption et de la famille, le long-métrage offre aussi un regard assez critique de la Nouvelle-Zélande envers les maoris, vus comme des criminels : cela peut aussi expliquer pourquoi Ricky traîne de foyer en foyer – il s’agit d’un enfant difficile mais on comprend bien à quel point sa description est volontairement exagérée et aussi pourquoi Paula lui dit clairement que personne ne veut de lui. Ricky s’attache certainement à Hector parce que ce dernier est aussi, pour des raisons différentes, est aussi en quelque sorte une figure « d’exilé ». La rencontre avec la gamine et son oncle est également assez significative dans cette observation.

Hunt for the Wilderpeople est donc une belle surprise, avec une mise en scène agréable et un scénario qui nous tient en haleine. L’histoire est particulièrement bien narrée et mêlant avec cohérence différents genres : la comédie, le conte, le road-movie, voire même le film d’action avec la scène de la course-poursuite. Surtout, on sera étonné par les différentes émotions que ce film nous procure. On s’attend à voir un film tout mignon et léger, on pense même à une vague de films du même type pour enfants des années 1980 voire même 1990 (le film faisant de nombreuses références à ces périodes). Certes, il est effectivement très divertissant et particulièrement bien rythmé. Cela est rare quand je n’ai pas envie qu’un film se termine ! Et je me suis également bien marrée : les personnages sont loufoques (mais cela ne paraît pas superficiel, encore une fois, par rapport à sa structure, ce choix a du sens) et Ricky, qui nage parfois en plein délire en se prenant pour un personnage de film, a le sens de la punchline. Cela dit, ce film surprend par sa noirceur et surtout est réellement émouvant. Il aurait pu être niais, ce n’est pas du tout le cas. Le film est aussi honnête sur différents points. Honnête d’un côté parce qu’on sent l’implication et la sincérité du réalisateur dans l’adaptation de ce roman très connu en Nouvelle-Zélande. ! D’un autre côté, il l’est aussi parce qu’il ne ment pas aux spectateurs. Le long-métrage a beau être coloré et être folklorique dans tous les sens du terme, Taika Waititi ne cherche pas à épargner totalement le sort des personnages. Enfin, Hunt for the Wilderpeople est servi par un formidable casting. Julian Dennison, qui incarne le petit Ricky, est une véritable révélation. Il est si drôle, attachant et touchant ! Sam Neill est également remarquable dans le rôle de Hector, ce bourru analphabète au grand coeur. De plus, le duo entre Dennison et Neill fonctionne à merveille ! Les seconds rôles, que ce soit Rhys Darby (que j’avais découvert dans la géniale série Flight of the Conchords) en Psycho Sam ou encore Rachel House (récemment au casting de voix du Disney Vaiana) en travailleuse de la DASS obsédée par son objectif quitte à se prendre pour un flic américain.

Hunt For The Wilderpeople : Photo Julian Dennison, Sam Neill

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Flight of the Conchords

Créée par James Bobin, Jemaine Clement et Bret McKenzie.

Avec Jemaine Clement, Bret McKenzie, Rhys Darby, Kristen Schaal, Arj Baker…

Série comique américaine. 2 saisons. 2007-2009.

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Bret McKenzie et Jemaine Clement débarquent à New York dans l’espoir de se faire un nom dans le monde de la musique. Originaires de la Nouvelle Zélande, les deux hommes ont monté leur propre groupe. Jusqu’où vont-ils aller ? Surtout avec un agent qui cumule une double casquette de consul de la Nouvelle Zélande…

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement, Rhys Darby

Après avoir découvert l’excellent (et je ne le dirais jamais assez) Vampires en toute intimité, j’avais envie d’en savoir plus sur les réalisateurs et scénaristes dans l’espoir de découvrir d’autres pépites venues tout droit de Nouvelle-Zélande. Après avoir effectué quelques recherches (c’est là où je remercie solennellement mon ami Google), j’ai donc appris que le co-réalisateur de ce film, Jemaine Clement, est le créateur et co-acteur principal de la série Flight of the Conchords. L’autre co-réalisateur, Taika Waititi, a signé quelques épisodes. En général, c’est James Bobin (qui fait aussi partie des co-créateurs de la série) qui réalise les épisodes. La série s’est même permis d’inviter un grand réalisateur derrière la caméra (à l’épisode 5 de la deuxième saison) : Michel Gondry. Pas étonnant vu que son univers colle assez bien avec celui de la série ! Cette série n’a eu que deux saisons (composées d’une petite dizaine d’épisodes durant à chaque fois presque 30 minutes). Mais on ne peut pas la limiter à une série. En effet, il s’agit à l’origine d’un duo (formé donc par Clement et Bret McKenzie) de musiciens folk humoristiques. Ce duo a par ailleurs remporté un Grammy Awards. Petite précision : avant d’être une série télé diffusée sur HBO à partir de 2007, il s’agissait d’une série destinée à la radio, sur BBC Radio 2. Revenons à ce qui nous intéresse : sa version télé. La série permet alors d’exposer les chansons de ce groupe au cours des différents épisodes. Ainsi, les spectateurs suivent l’histoire des doubles fictionnels de Jemaine Clement et Bret McKenzie, qui sont présentés comme deux musiciens losers, venant tout droit de la Nouvelle-Zélande, tentant leur chance aux Etats-Unis. Et ils ne sont pas prêts à remporter du succès : leur manager Murray Hewitt ne leur propose que des plans foireux en jouant dans des endroits dont tout le monde se fout éperdument de la musique. Leur musique d’ailleurs (que ce soit au niveau du texte ou même de la mélodie), quand ils jouent dans ces fameux endroits, n’est pas toujours bonne inspirée : on comprend aisément leur échec. En réalité, le spectateur peut alors découvrir le talent de Flight of the Conchords à travers les nombreux délires (présentés comme un clip vidéo, ce qui marque l’idée d’une fiction dans la fiction), qui semblent intervenir en dehors de la réalité (même quand les personnages font quelque chose de concret dans le quotidien). La série exploite alors bien l’idée d’une mise en abyme avec les doubles fictionnels : les vraies séquences musicales seraient ce que le groupe (dans la série) ne pourrait pas jouer et interpréter dans leur réalité. Au-delà de l’exploitation d’une idée de fantasme et de rêve qui ne parvient pas réellement à se concrétiser, c’est surtout l’humour qui prime très rapidement.

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement

Cet humour, qui tend souvent vers l’absurde et le dixième degré, va probablement déstabiliser certains spectateurs, mais en ce qui me concerne, j’étais très souvent pliée en quatre ! On a droit à toutes sortes de parodies, qui tendent parfois même à l’hommage (la frontière est parfois assez floue, ce qui fait tout le charme de cette série). Ainsi, une rencontre avec une jolie fille (The Most Beautiful Girl (in the Room)) ou une simple rupture amoureuse peut vite prendre de drôles de proportions dans la surexagération des sentiments (I’m not crying est pour moi un des meilleurs moments télévisuels). Il faut d’ailleurs privilégier Flight of the Conchords en version originale rien que pour constater la qualité même des paroles. La série n’hésite également pas à parodier différents genres et courants musicaux, en mettant bien en avant certains clichés ou manies véhiculées notamment dans les clips. Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner de voir ou d’entendre des ressemblances avec des mélodies ou des clips, cela est totalement volontaire. On s’éclatera alors à faire le lien avec tout ce qu’on connait : les Beatles, les Daft Punk, West Side Story, Gainsbourg, La Macarena, Billy Joel, Bonnie Tyler, Black Eyed Peas… L’hommage le plus marquant de la série selon moi est certainement celui consacré à David Bowie dans l’épisode 6 de la première saison, sobrement intitulé « Bowie ». Les clins d’oeil sont évidemment très pertinents. Au-delà du gros délire ambiant, ces parties musicales sont notamment le moyen de se moquer de la bêtise même de l’industrie musicale actuelle, qui met en avant un sexisme et une misogynie complètement tolérée dans le milieu, et même de s’interroger plus généralement sur le racisme et le sexisme notamment. Le racisme et le sexisme sont tout de même des sujets assez récurrents évoqués au cours des épisodes (même si d’autres sont traités), les deux membres du groupe étant eux-mêmes victimes de racisme même s’ils sont également racistes envers les Australiens. Il y a même un épisode, qui peut paraître (à l’image de toute la série) décalé mais qui reste pertinent, dans lequel les rôles hommes-femmes sont inversés.

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement

Flight of the Conchords est un excellent groupe de musique, en ce qui me concerne une très bonne surprise et découverte (oui, j’écoute régulièrement leurs albums grâce à mon ami Spotify). Les deux membres du groupe sont également de très bons comédiens, même s’ils jouent finalement leurs doubles. Ils incarnent tous les deux des personnages atypiques, décalés, hors de la réalité, losers et très attachants à la fois. Ils jouent aussi beaucoup avec leur physique, qui permet de rendre une séquence musicale encore plus décalée : Jemaine Clement est très grand, avec des lunettes et une grande bouche tandis que Bret McKenzie est assez petit et très mince. Pour la petite info (car je ne l’avais pas reconnu et je n’en ai pas encore parlé lors des présentations), McKenzie est Figwit dans Le Seigneur des Anneaux et l’Elfe Lindir dans Le Hobbit : Un voyage inattendu. Il a aussi été oscarisé pour avoir écrit et composé « Man or Muppet » pour le film Les Muppets, le retour (je compte bien parler de ce film sur ce blog). En tout cas, j’ai trouvé le duo très complémentaire. J’ai également beaucoup aimé Rhys Darby, qui interprète Murray Hewitt, leur manager incompétent qui a pour habitude de faire l’appel alors qu’ils ne sont que trois dans la pièce ! Tout en restant un rôle secondaire, ce personnage est de plus en plus développé, au point qu’il crée lui aussi des situations improbables et ridicules. Il y a même un épisode où il se met à chanter de l’opéra (enfin en réalité c’est Andrew Drost) qui interprète cette partie, mais ça reste très drôle !) dans un moment tout particulièrement grandiloquent ! Il est touchant parce qu’il croit totalement en sa mission, bien plus que le groupe en lui-même, au point de ne plus penser à son travail et à sa famille. Kristen Schaal (actuellement dans la série The Last Man on Earth) est également excellente dans le rôle de Mel, une groupie barrée et obsédée, limite psychopathe ! Elle m’a parfois rappelée Rose (Melanie Lynskey… décidément vive la Nouvelle-Zélande !) dans Mon Oncle Charlie ! Enfin, il y a également de super guests. Je pense notamment à Art Garfunkel (dans un épisode sur les sosies) ou encore John Turturro dans un clip hommage aux Seigneurs des Anneaux !

Flight of the Conchords : Photo Bret McKenzie, Jemaine Clement

 

Vampires en toute intimité

réalisé par Jemaine Clement et Taika Waititi

avec Jemaine Clement, Taika Waititi, Jonathan Brugh, Cori Gonzales-Macuer, Stuart Rutherford, Jackie Van Beek, Ben Fransham, Elena Stejko…

titre original : What We Do in the Shadows

Comédie néo-zélandaise. 1h22. 2014.

sortie française (e-cinema) : 30 octobre 2015

Vampires en toute intimité

Le cliché voudrait que les vampires vivent dans de vieux châteaux en Transylvanie. Ce n’est pourtant pas le cas de Viago (379 ans), Deacon (183 ans), Vladislav (862 ans) et Peter (8000 ans), qui ont établi une colocation à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Ensemble, ils doivent surmonter les petits tracas du quotidien, tels que la bonne répartition des tâches ménagères, ou encore leur constante soif de sang. La vie moderne ajoute bien des désagréments aux habituels problèmes de miroir et de lumière du jour…

(résumé trouvé sur Cinémafantastique)

Vampires en toute intimité : Photo Jemaine Clement, Jonathan Brugh, Taika Waititi

Vampires en toute intimité (c’est quoi ce titre sérieusement qui donne envie de fuir ?), qui était à l’origine un court-métrage (toujours par les mêmes réalisateurs), a rencontré un joli succès dans le monde au point qu’un deuxième volet serait déjà prévu ! Hélas, en France, il n’est sorti qu’en e-cinema alors qu’il méritait vraiment d’être diffusé dans les salles (surtout quand on voit certaines daubes dans les cinémas, passons). Pire, la version française est assurée par Nicolas et Bruno (avec les voix d’Alexandre Astier, Fred Testot, Bruno Salomone, Zabou Breitman, Julie Ferrier ou encore Jérémie Elkaïm) qui ne se sont pas simplement contentés de doubler le film : il s’agit pratiquement d’un détournement du film original. Ainsi, les personnages portent des prénoms français, l’histoire se déroule à Limoges, le doublage est volontairement mauvais etc… Je ne dis pas que ce détournement n’est pas drôle, même si ce n’est pas forcément mon trip. Peut-être que cette version fera rire certains spectateurs réceptifs à ce type d’humour. Je préfère juste préciser qu’il vaut mieux d’abord regarder Vampires en toute intimité en version originale sous-titrée avant de se taper éventuellement la version française car pour moi la V.F. serait limite un autre film à part qui s’inspire de la comédie néo-zélandaise. Je préférais vraiment faire cette parenthèse qui me semblait essentielle, surtout pour mieux apprécier Vampires en toute intimité à sa juste valeur. Limite j’aurais dû mettre en guise de titre pour mon billet le titre original du film What We Do in the Shadows pour bien faire la distinction entre ces deux versions. Bref, tout ça pour dire qu’il est vraiment regrettable de passer à côté de cette remarquable comédie horrifique passée trop inaperçue en France (malgré le coup marketing avec Bruno et Nicolas). Il s’agit d’une sorte de faux-documentaire (on ne connait pas l’identité de l’équipe du tournage – on sait juste qu’elle est munie de crucifix pour pouvoir se protéger) qui suit un groupe de vampires, issus d’époques différentes, vivant en colocation à Wellington de nos jours.

Vampires en toute intimité : Photo Taika Waititi

La première partie suit alors le quotidien des personnages en reprenant et en revisitant même merveilleusement bien tous les codes des vampires que l’on connait pourtant déjà : ainsi, les vampires restent invisibles face à un miroir, il faut qu’on les invite pour qu’ils puissent entrer dans un lieu (pour entrer dans une boîte de nuit, ils insistent très lourdement aux videurs de les inviter pour qu’ils puissent entrer), ils dorment évidemment dans des cercueils et doivent sortir la nuit chasser pour pouvoir boire du sang pour ne citer que ces exemples-là. Le tout est mélangé avec tout ce qu’on sait et ce qu’on imagine sur la colocation : cohabitation difficile avec des personnes de différentes générations, répartition des tâches, problème de propreté (surtout quand on veut zigouiller des gens) etc… L’idée en elle-même est vraiment sympa mais le film aurait pu tourner très vite en rond. Mais en faisant intervenir plus tard dans le scénario une de leurs victimes qui s’est transformée en vampire et qui intègre leur bande, ramenant ainsi son ami informaticien, bel et bien humain (et qui devient également pote avec les vampires !), le scénario trouve un véritable dynamisme. Au-delà de l’histoire en elle-même très sympa, Vampires en toute intimité exploite merveilleusement bien toutes ses bonnes idées alors qu’elles auraient pu être juste sympas sur le papier. Déjà, il faut le dire d’entrée : j’ai trouvé le film vraiment drôle du début jusqu’à la fin. Tout semble vraiment réfléchi : les traits des vampires sont certes « grossis » (le dandy, la bête sexuelle, une sorte de Nosferatu etc…), il y a forcément un peu de caricature mais elle s’arrête là où il le faut, ça ne devient pas non plus grotesque et les personnages ont tout de même derrière une épaisseur (les personnages étant très attachants alors qu’ils ont tout de même leurs mauvais côtés !). Ce qui est également très réussi, c’est de voir comment des éléments du quotidien, qui peuvent être banals, paraissent désormais disproportionnés, du genre on se dispute en volant dans les airs ou encore les personnages piquent une crise parce que l’un d’entre eux a laissé le rideau ouvert !

Vampires en toute intimité : Photo promotionnelle

La forme du film, c’est-à-dire sous forme de « documentaire » avec caméra à l’épaule, est un véritable atout (et pas juste un gadget éventuellement) dans le sens où certaines scènes sont encore plus burlesques qu’elles le devraient l’être (on peut même parler de parodie des émissions de télé-réalité, notamment avec des plans façon « confessionnal »). De plus, ce procédé permet à l’histoire d’être plus authentique et surtout le spectateur se sent encore plus proche des personnages. Je pourrais passer des heures à dire tout ce que j’ai aimé dans ce film mais le but n’est pas non plus de révéler toutes les vannes ! Pour faire vite fait, j’ai trouvé les répliques vraiment très drôles et j’ai vraiment adhéré à l’humour, une sorte de mélange très réussi entre l’absurde, le kitsch, le décalage, le second degré et la débilité volontaire ! Il ne faut pas non plus oublier que cet humour fonctionne car il est mélangé avec l’horreur. Ainsi, le film trouve vraiment un bon équilibre entre les deux genres et chaque genre nourrit l’autre. Il y a évidemment des tas de films qui utilisent ce procédé (on pourra penser à Shaun of the Dead d’Edgar Wright ou plus récemment à The Voices de Marjane Satrapi) mais il arrive vraiment Je crois aussi que le long-métrage fonctionne parce qu’il est court (limite trop court vu comme j’ai pris mon pied !) et très rythmé, du coup non seulement on ne s’ennuie pas du tout mais je pense aussi que les gags ont encore plus d’effets que prévus ! Enfin, tous les acteurs (méconnus en France) sont excellents, notamment les deux réalisateurs du film : Jemaine Clement, plus connu pour le groupe et la série Flight of the Conchords, et Taika Waititi, qui commence tout de même à avoir un joli parcours même si son nom ne dit rien à première vue : nommé aux Oscars en 2005 pour son court-métrage Two Cars, One Night, il est également réalisateur de Boy, visiblement bien réputé et d’après ce que j’ai compris, devrait réaliser le prochain Thor. 

Vampires en toute intimité : Photo

La Leçon de piano

réalisé par Jane Campion

avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill, Anna Paquin, Genevieve Lemon…

titre original : The Piano

Drame, romance néo-zélandais, australien, français… 2h. 1993.

sortie française : 19 mai 1993

La Leçon de piano

Au siècle dernier en Nouvelle-Zélande, Ada, mère d’une fillette de neuf ans, s’apprête à suivre son nouveau mari au fin fond du bush. Il accepte de transporter tous ses meubles à l’exception d’un piano qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant supporter cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier. Regagner son piano touche par touche en se soumettant à ses fantaisies.

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Mon bilan de novembre 2014 a pu choquer certains d’entre vous : je n’ai pas accordé une très bonne note à La Leçon de piano, le film phare de la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion. Il a marqué le festival de Cannes 1993 (à noter ici mon année de naissance – j’étais même âgée d’à peu près un mois lors de la remise des prix) : La Leçon de piano a permis à Campion de devenir la première et pour l’instant unique réalisatrice à obtenir la  Palme d’or (cette année-là ex-aequo avec Adieu ma concubine de Chen Kaige). Le jury de Cannes avait également récompensé l’interprétation de Holly Hunter, qui remportera plus tard l’Oscar de la meilleure actrice. Sa partenaire féminine, la toute jeune Anna Paquin à l’époque, avait également décroché l’Oscar en tant que meilleure actrice dans un second rôle. Le film, qui avait réuni 2,6 millions de spectateurs dans les salles françaises, avait également obtenu le César du meilleur film étranger. Bref, il remporta un énorme succès et il est très aimé par mes amis les cinéphiles qui me conseillaient tous ce film. J’ai commencé à découvrir l’univers de Campion au dernier festival de Cannes lorsqu’elle était Présidente du jury. Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre mais Un Ange à ma table m’avait plu, en revanche son Holy Smoke m’avait déçue. Du coup, j’avais encore du mal à cerner l’univers de la réalisatrice. Je savais que regarder La Leçon de piano me permettrait d’être fixée. Hélas, sur ce coup, amis cinéphiles, je ne vous suis pas (je sais que beaucoup voudront m’étrangler après avoir lu ce billet). Attention, je ne dis pas que j’ai trouvé La Leçon de piano mauvais, mais beaucoup d’éléments m’ont gênée et surtout – il faut être réaliste – je suis carrément légèrement insensible au cinéma de Campion.

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Je vais commencer par les points qui m’ont agacée – au moins je pourrai terminer ma chronique sur une touche positive (car, comme Lorie, j’ai la positive attitude). Tout le monde semble s’accorder qu’il s’agit d’un magnifique film d’amour. Honnêtement, à part un peu à la fin du film, la relation entre Ada et Baines est tout sauf sentimentale selon moi. J’ai surtout vu une relation basée sur du désir et du sexe, ce qui n’est pas la même chose. Tout le monde semble oublier qu’Ada pratique une forme de prostitution. Vous trouvez ça beau et romantique, sérieusement ? J’ai également lu beaucoup de critiques qui évoquent un film féministe… Là, j’attends des explications, je n’en suis pas du tout convaincue. Ou alors (ce qui reste une possibilité – vu mon billet sur Top of the Lake) Campion et moi n’avons pas la même vision du féminisme. De plus, je dois avouer que j’ai eu du mal à comprendre les actes et pensées des personnages. Je m’explique. On devine évidemment pourquoi les personnages agissent d’une telle ou telle manière (je ne suis pas complètement conne, merci). Par exemple, on comprend que Flora manque probablement d’un manque affectif et que c’est pour cette raison qu’elle dénonce sa mère. Mais la scène de dénonciation en question est si mal amenée, on a l’impression que la gamine a soudainement envie d’emmerder sa mère ! Je pense également à Alistair Stewart qui a des réactions assez étranges : un coup il laisse sa femme le tromper puis deux minutes – je n’ai pas chronométré faut pas déconner mais pas longtemps après en tout cas – après il pète son câble. Je reviens à la môme. Je ne remets pas en question l’interprétation d’Anna Paquin, plutôt bonne, mais par pitié, pourquoi cette gamine est-elle si insupportable ? Elle n’est jamais attachante ou quoi que ce soit, on a constamment envie de gifler cette petite conne fille.

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Autre véritable problème selon moi : la musique (je m’attaque à l’intouchable – ça y est, vous allez vouloir ma mort). Elle est certes très belle et tout ce qu’on veut mais honnêtement elle ne m’a pas du tout marquée. C’est un peu con pour un film qui s’intitule The Piano... Tous ces éléments réunis (et peut-être que j’en ai oublié d’ailleurs) m’ont tellement gênée qu’au final le film ne m’a pas vraiment émue. Cependant, je n’ai pas trouvé La Leçon de piano pourri de A à Z et je ne dis pas ça parce que j’ai peur de me faire lyncher. Ca m’arrive de reconnaître des qualités et même d’avoir un coeur. Tout d’abord, les scènes de sexe m’ont beaucoup plu. Bon, dit comme ça, ça paraît bizarre voire même tordu. Campion a su filmer des scènes de sexe belles et sensuelles mais pas vulgaires ni gênantes. Même si je ne suis pas une grande fan de La Leçon de piano, c’est tellement rare de voir des scènes de sexe réussies que je suis obligée d’insister sur ce point. Puis, le thème de la communication est plutôt bien traité, malgré parfois quelques métaphores un peu lourdes. La dimension historique est également intéressante puisqu’elle joue un véritable rôle dans l’histoire individuelle des personnages. On notera une très belle reconstitution historique, grâce à de magnifiques costumes et décors ou encore une splendide photographie. Je n’ai forcément adhéré à certains choix, comme je les ai expliqués plus haut, mais je reconnais un travail de mise en scène remarquable. Enfin, La Leçon de piano réunit un excellent casting. Bien que leurs personnages m’ont parfois déroutée, j’ai tout de même apprécié les performances de Harvey Keitel et de Sam Neill. Mais on retiendra surtout l’époustouflante interprétation de Holly Hunter, qui interprète une muette et qui pourtant parvient à transmettre toute une palette d’émotions.

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Top of the Lake (saison 1)

Créée par Jane Campion et Gerard Lee

avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, David Wenham, Thomas M. Wright, Holly Hunter, Jacqueline Joe, Robyn Nevin, Lucy Lawless…

Série dramatique néo-zélandaise,australienne, américaine, britannique. 2013. 

Tui, une jeune fille âgée de 12 ans et enceinte de 5 mois, disparaît après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d’un lac du coin. Chargée de l’enquête, la détective Robin Griffin se heurte très rapidement à Matt Mitcham, le père de la jeune disparue qui se trouve être aussi un baron de la drogue mais aussi à G.J., une gourou agissant dans un camp pour femmes. Très délicate, l’affaire finit par avoir des incidences personnelles sur Robin Griffin, testant sans cesse ses limites et ses émotions…

Photo David Wenham, Elisabeth Moss

Steven Spielberg, Martin Scorsese, David Fincher… Depuis quelques années, les grands noms du cinéma s’essaient aux séries télévisées. La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, unique femme à avoir remporté la Palme d’or (pour La leçon de piano), a rejoint cette liste qui s’agrandit petit à petit pour co-créer sa propre série, avec un certain Gerard Lee (scénariste de Sweetie, premier long-métrage de Campion). La presse et même les spectateurs semblent avoir adoré cette série. Sans être une fan absolue de Campion (j’ai bien aimé Un ange à ma table mais je n’ai pas trop aimé La leçon de piano, ni Holy Smoke), j’étais tout de même curieuse de voir ce que cela pouvait donner, surtout que cette saison est courte (six épisodes sur Arte, sept sur Sundance Channel), ce qui est un avantage pour découvrir en peu de temps une série. Hélas, pour moi Top of the Lake est une très mauvaise série, et finalement c’est peut-être une des pires que j’ai pu voir. Je ne comprends pas absolument pas cet enthousiasme général, j’ai l’impression de ne pas avoir regardé la même chose. Je ne vise personne, bien sûr que vous avez le droit d’aimer Top of the Lake, mais j’ai quand même ce sentiment de voir cette série encensée uniquement parce que c’est Jane Campion qui en est à l’origine. Mon jugement peut paraître sévère mais j’estime que le but premier d’une série est de donner envie aux spectateurs de regarder chaque épisode. Or, Campion se plante en beauté en passant à côté de cet objectif indispensable. J’ai même failli arrêter de regarder cette saison afin la fin. En réalité, ce n’est pas Top of the Lake mais plutôt Au top de l’ennui.

Photo Elisabeth Moss, Jacqueline Joe

Les paysages sont évidemment magnifiques mais si je veux voir de belles images, je regarde National Geographic. C’est déjà difficile pour un film de tenir entièrement sur du contemplatif mais pour une série, cela me semble carrément impossible. Il y a un moment où il faut un scénario. Une série comme Twin Peaks (je cite celle-là car on sent l’influence de Lynch) joue beaucoup sur l’atmosphère et les lieux mais Lynch nous une histoire très complexe et on a envie d’en savoir plus à la fin de chaque épisode. J’hésite alors entre deux options: soit les images sont juste là pour dissimuler une histoire qui n’a strictement rien à dire, soit Campion et Lee sont tellement obsédés par leurs foutues belles images (oui, c’est joli la Nouvelle-Zélande) et une soi-disant ambiance bizarroïde (car j’ai envie de dire quelle ambiance ? Baiser dans une forêt – qu’est-ce que c’est prévisible – j’appelle pas ça de l’ambiance) qu’ils laissent totalement de côté le scénario à mon plus grand regret. Et oui, de beaux paysages, des personnages tordus et consanguins et trois scènes de cul à la noix ne font pas forcément une bonne série. En réalité, je ne comprends même pas l’intérêt des six/sept épisodes. Un film aurait largement suffi ! Sérieusement, était-ce vraiment nécessaire d’avoir tous ces épisodes pour nous dire que c’est mal de violer, surtout des enfants ? L’histoire aurait pu être intéressante (surtout que j’apprécie les histoires individuelles qui se mélangent à une histoire collective) mais elle devient rapidement une perte de temps et on le comprend dès le premier épisode. Or, le peu de scénario présent (visiblement quelques lignes paresseuses) est raté. Les quelques rebondissements ne fonctionnent pas car ils sont prévisibles à trois mille kilomètres (mais on est censé être sur le cul, mon oeil…). De plus, je comprends bien que la série ne tourne pas autour de Tui, cette enfant disparue, mais le scénario la délaisse tellement au profit de l’histoire personnelle de Robin qu’on finit par se foutre royalement de son sort ! Campion tente de se justifier en disant qu’il s’agit d’une série féministe. Elle a une vision du monde très limitée voire même douteuse. En gros, les femmes sont toutes complètement fêlées et dépressives (elles te dégoûtent à elles seules du féminisme), sous prétexte qu’elles sont fragiles (à cause de la vie, des hommes et tout ça) et les hommes ne sont évidemment que des brutes, des violeurs, des pédophiles, des lâches et j’en passe.

Photo Peter Mullan

A l’image de la vision de Campion sur les hommes et les femmes (elle devrait sérieusement réécouter le discours d’Emma Watson pour la campagne HeForShe – ça, c’est du féminisme), ce maigre scénario continue à accumuler des éléments très lourdingues. A force de vouloir créer une communauté étrange et inquiétante, Campion et Lee nous fatiguent sérieusement. Je n’ai rien contre des personnages tordus mais il y en a tellement au bout d’un moment qu’on ne croit même plus à l’univers qu’on nous propose. Surtout, ils n’ont aucune nuance. De plus, les dialogues sont également très mal écrits. J’ai l’impression de voir certains de mes amis sur Facebook qui lâchent des pseudos phrases philosophiques à deux heures du matin ! Enfin, je n’ai même pas pu me raccrocher au casting. Peter Mullan est pour moi au-dessus mais il m’a tout de même déçu. Pourtant, je précise que j’adoooooore ce gars mais je ne l’ai pas trouvé ici très inspiré. Il faut qu’il n’est pas servi par son personnage caricatural. Le reste de la distribution est par contre réellement décevante, à commencer par Elisabeth Moss (Robin Griffin), qui est autant expressive qu’une huître. Je veux bien croire qu’elle joue les jeunes femmes brisées et que son personnage intériorise ses sentiments mais elle ne transmet aucune émotion, même quand elle raconte les pires horreurs vécues durant son adolescence. De plus, je n’ai pas cru une seule seconde qu’elle puisse jouer le rôle d’une flic, Moss manque de charisme et de présence pour jouer un tel rôle (par contre, pour jouer les ados attardées, elle serait parfaite). Je n’ai pas non été plus convaincue que ça par les interprétations de David Wenham (trop plat alors que son rôle est très ambigu) et de Thomas M. Wright (j’avais envie de le frapper à chacune de ses apparitions). Mais la pire reste pour moi Holly Hunter. Pourtant, j’aime bien cette actrice mais là elle est lamentable. Dire qu’elle est caricaturale en gourou (sorte de clone de Jane Campion) serait un euphémisme. Comme vous l’aurez compris, je ne compte pas regarder la saison 2 (annoncée il y a quelques jours).

Photo Jacqueline Joe