Pulp, a film about life, death and supermarkets

réalisé par Florian Habicht

avec Jarvis Cocker, Candida Doyle, Steve Mackey, Nick Banks…

Film documentaire, musical. 1h30. 2014.

sortie française : 1 avril 2015

Movie Challenge 2017 : Un film documentaire

8 décembre 2012. Une pierre blanche dans l’histoire de l’outsider le plus chic du rock anglais. Jarvis Cocker et de son groupe Pulp donnent le dernier concert de leur ultime tournée dans leur ville natale : Sheffield. L’histoire d’une journée presque ordinaire dans cette ville moyenne du Nord de l’Angleterre où les poissonniers remplissent leur étal, où les vendeurs de journaux alignent les éditions de The Star titrant sur Pulp, où les fans de 7 à 77 ans se racontent passionnément leurs souvenirs avant l’ouverture des portes et où les membres du groupe sentent la pression monter.

Pulp, a film about life, death & supermarkets : Photo

Certains le savent peut-être mais Pulp fait partie de mes groupes préférés. Ce ne sont pas des paroles en l’air : je les admire. Je voulais même appeler un de mes mômes (je vous rassure : je ne suis pas maman) Jarvis en hommage au leader. Pour la petite anecdote, j’ai découvert ce groupe durant mon adolescence dans l’excellent documentaire musical (le monde est petit) de Julien Temple, Glastonbury. Bref, c’est pour cette raison que je tenais à découvrir le documentaire sur ce groupe, enfin façon de parler. En France, Pulp, a film about life, death and supermarkets est sorti dans très très peu de salles. Il faut dire que chez nous, Pulp n’est pas nécessairement le groupe de britpop le plus connu malgré sa renommée internationale (en France, on connait davantage Blur, Oasis et même à leurs débuts Radiohead par exemple). Il faut dire que Pulp ne s’est fait connaître qu’au milieu des années 90 alors qu’il s’est formé à la fin des années 70 : il a clairement plus galéré que les autres groupes que j’ai pu citer. Je remercie très sincèrement Arte d’avoir diffusé ce film (certes très tard mais merci le replay) dans le cadre du Summer of Fish ‘n’ Chips (une programmation axée sur la culture britannique). Certes, le documentaire sera certainement plus plaisant et parlant pour des fans et connaisseurs du groupe (même si un point de vue extérieur doit aussi être intéressant). Les scènes du concert (superbement filmées en captant aussi bien l’énergie générale que les lumières flamboyantes – on est loin du temps grisâtre couvrant Sheffield) sont évidemment un pur bonheur pour n’importe quel fan : on a juste envie d’être dans le public et de chanter les tubes à fond la caisse. Le documentaire de Florian Habicht (Woodenhead, Spookers) se penche sur les différents membres du groupe, dont le très charismatique leader Jarvis Cocker (pour les gens qui ne le connaissent pas du tout, vous l’avez certainement déjà vu déchaîné dans Harry Potter et la Coupe de feu). On y apprendra alors à quel point la musique était nécessaire pour certains membres du groupe, soit pour exprimer des pensées sur des sujets intimes ou au contraire sur des sujets bien plus universels voire même d’ordre sociétal, soit à surmonter des problèmes personnels (par exemple, la claviériste Candida Doyle déclare que jouer dans le groupe lui a permis d’oublier son arthrite). Mais c’est là où le documentaire devient plus intéressant car il ne se contente pas de nous présenter le groupe pour les fans. Mais finalement, ça, c’est minime et c’est pour ça que le film n’est pas uniquement réservé à des fans.

A l’instar de la fiction (proche du documentaire) 24 Hour Party People de Michael Winterbottom (également dans la programmation d’Arte) qui, via un portrait de Tony Wilson, le créateur de la Factory Records, livrait un regard sur Manchester, Pulp, a life about life, death and supermarkets (titre à rallonge mais finalement assez pertinent) offre surtout un portrait de Sheffield, la ville d’origine du groupe, et également dernière ville de leur tournée exceptionnelle d’adieu (comme le confessera Cocker : le groupe s’était arrêté mais il n’y a jamais eu d’annonce officielle et il a toujours eu un goût inachevé de cette aventure). Florian Habicht s’intéresse le temps d’une journée avant le concert aux gens évoqués dans les chansons de Pulp : ces commun people, ces gens ordinaires de la classe moyenne. Ces gens en question sont parfois des fans (qui vont même assister au fameux concert) soit juste de simples citoyens (qui ne roulent pas sur l’or) soit parfois des gens qui ont connu les membres du groupe avant leur succès. Ainsi, on va rencontrer des retraités (la reprise de Help the Aged avec des personnes âgées bouleversante ou même la récitation des paroles par une bouquiniste est juste incroyable de vérité), une mère célibataire américaine, un jeune transsexuel, des mômes, une équipe de foot féminine, un vendeur de journaux, un poissonnier etc… Ce documentaire montre à quel point la musique est un art incroyable et puissant pour parler des gens de la vraie vie (très loin justement du showbiz, de ce qu’a vécu Pulp suite au succès) et pour évoquer des sujets universels, comme la vieillesse, la mort, le passé, le sexe (la séquence pratiquement intégrale où Cocker interprète This is hardcore en mimant un orgasme sur scène est très intense et cohérente avec les paroles) etc… Il faut dire que Cocker est un excellent parolier, inspiré de Gainsbourg tout en donnant l’impression d’être plus accessible, de mieux parler à la classe moyenne. Connaître les paroles des chansons (ou en tout cas pour les moins connaisseurs, bien faire attention aux sous-titres) a du sens par rapport aux différentes interventions et plus globalement à ce que le film veut défendre. Il y a alors un bel équilibre trouvé entre Jarvis et sa bande et les différents témoins qui analysent avec justesse le rôle de Pulp dans leur existence. Pulp ne tire jamais la couverture sur lui et laisse réellement la parole à des anonymes : les meilleures séquences sont d’ailleurs celles avec les common people, pas avec les membres du groupe ! Florian Habicht signe alors un formidable documentaire puissant, énergique et pertinent sur le rôle d’un groupe emblématique qui revient à la maison. Rencontrer les personnages qui ont inspiré leurs chansons cultes ne laisse pas indifférent. Pulp, c’est alors le groupe de l’espoir et de la réussite qui a permis à la working class délaissée d’avoir un modèle sur lequel elle pouvait s’appuyer et qui pouvait aussi parler au reste du monde de ce qui se passait dans l’Angleterre des années 80. 

 

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