L’Attaque des Donuts Tueurs / Alibi.com

réalisé par Scott Wheeler

avec Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan…

titre original : Attack of the Killer Donuts

sortie française (VOD) : 9 avril 2017

Un incident scientifique transforme d’innocents Donuts en tueurs assoiffés de sang. Le sort de leur paisible petite ville dépend à présent de Johnny, Michelle et Howard.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo Justin Ray, Kayla Compton

Il est toujours difficile de « noter » un nanar : peut-on les mettre au même niveau que des films « normaux » et traditionnels ? Peut-on moralement attribuer une meilleure note à des nanars qu’à des films qui devraient être bons sur le papier ? Il faut donc prendre ma note avec certaines pincettes, en se mettant en tête que ce genre de films reste à part. Je ne connais pas nécessairement tous les nanars possibles mais je sais faire la différence entre le nanar volontaire et assumé (le délirant Zombeavers) et l’involontaire (le magique The Room de Tommy Wiseau). L’Attaque des Donuts Tueurs entre dans la première catégorie : le spectateur sait parfaitement à quoi s’attendre (rien que le titre est un bon indicateur ou alors le spectateur en question est juste à côté de la plaque). Oui, on sait très bien que le scénario ne va pas voler très haut, les effets spéciaux vont être cheap, les personnages auront des réactions débiles et ça ne va même pas faire peur. Les choix exagérés, décalés ou même carrément stupides sont donc totalement assumés par le réalisateur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film a été présenté au festival de l’Alpe d’Huez : il s’agit avant tout d’une comédie potache parodiant grossièrement le cinéma d’horreur. On retrouve alors volontairement beaucoup de clichés ou images : la blonde aux gros seins bête et méchante, les trois mecs pseudo rappeurs également stupides, le patron à moumoute (ai-je encore besoin de préciser que cet homme est également complètement con ?), le scientifique qui fait n’importe quoi ou le méchant concurrent de la boutique de luxe de donuts, vegan, bio et compagnie. Evidemment le long-métrage n’est pas toujours à une contradiction près et a certainement des défauts qui ne sont pas toujours volontaires ou liés au grand délire général (et il faut avouer que c’est parfois difficile de distinguer le bon et le mauvais à cause de son statut de nanar assumé). En effet, certains dialogues semblent interminables, les acteurs surjouent ou encore les donuts sont déjà garnis, colorés et décorés en sortant directement de la friteuse (et je ne commente évidemment les effets spéciaux, ça va de soi qu’ils sont pourris) ! Comme dans Zombeavers, L’attaque des tueurs donuts est un bon plaisir coupable, qui assume sa crétinerie et qui est drôle dans son genre même si son humour ne plaira certainement pas à tout le monde. J’ai même envie de dire qu’il est étonnamment créatif en dépit de son manque de moyens. Mais justement, dans un sens, j’aurais voulu que ce délire aille encore plus loin, que le réalisateur exploite encore plus le potentiel que ce film.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo


réalisé par Philippe Lacheau

avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Medi Sadoun, Vincent Desagnat, Nawell Madani, Philippe Duquesne, Alice Dufour, JoeyStarr, Kad Merad, Norman Thavaud, Chantal Ladesou, Michèle Laroque, Laouni Mouhid…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 15 février 2017

Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Photo Julien Arruti, Philippe Lacheau, Tarek Boudali

Si je ne suis pas une grande adepte de nos comédies françaises actuelles, sans crier au génie révolutionnaire, j’adhère plutôt aux films de (et avec) Philippe Lacheau (qui se retrouve cette fois-ci seul derrière la caméra sans son compère Nicolas Benamou). Alibi.com est finalement dans la même veine que Babysitting 1 et 2. Si vous n’avez pas aimé le diptyque à succès (peut-être un jour une trilogie ?), je serais étonnée que vous puissiez aimer ce Alibi.com. Lacheau est toujours très inspiré par la comédie américaine actuelle, c’est-à-dire un peu « trash » tout comme il n’hésite pas à rendre hommage au cinéma des années 80 (le personnage principal voue clairement un culte à cette période, en particulier à Street Fighter). A travers ces inspirations en question, on sent une envie de la part de Lacheau d’apporter du sang neuf à la comédie française, d’être moins ringarde. Bon, je n’irai pas à dire que la comédie française va mieux grâce à l’ex-membre de la Bande à Fifi, il ne faut pas déconner non plus. Alibi.com a le mérite d’être une comédie fraîche et sans prétention, plutôt bien interprétée, la jeune génération s’en sort étonnamment plus que les acteurs davantage confirmés (Baye et Bourdon peinent parfois même s’ils ne sont pas catastrophiques, loin de là) : Elodie Fontan manque parfois de justesse mais sa fraîcheur et son honnêteté d’interprétation me séduisent à chaque fois, Lacheau plutôt crédible en sorte de geek et gars toujours fourré dans des situations improbable, Nawell Madani est la bonne surprise du casting en chanteuse bimbo (oui je kiffe son entêtant Marre des michtos ), Julien Arruti et Tarek Boudali (également anciens membres de la Bande à Fifi)  sont également plutôt drôles. A noter au début quelques guests sympathiques (presque dommage qu’on n’ait pas plus exploités certains d’entre eux). Bref, ce n’est déjà pas si mal (je n’en demandais pas plus – peut-être que je dit ça parce que je suis vraiment blasée par l’état de la comédie française actuelle). L’histoire est plutôt séduisante, une sorte de vaudeville moderne bien rythmée et jamais ennuyeuse, même si son potentiel comique n’est pas assez exploité. Je suis toujours partagée sur l’utilisation d’un humour gras et parfois en dessous de la ceinture : il y a des fois où ça m’a fait marrer, et d’autres non (le gag avec le caniche est de mauvais goût par exemple). Bref, faire de l’humour à la Apatow, pourquoi pas (c’est visiblement la nouvelle lubie en France) mais il faut encore savoir le maîtriser, ce qui n’est pas totalement le cas.

Alibi.com : Photo Élodie Fontan, Nathalie Baye, Philippe Lacheau

Publicités

Juste la fin du monde

réalisé par Xavier Dolan

avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux…

Drame canadien, français. 1h39. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016 (7 février 2017 en dvd)

Un grand merci à Cinetrafic (dans le cadre de Dvdtrafic) qui propose des listes de films :

Et aussi merci à Diaphana (et sa page Facebook)

081608-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Nathalie Baye

On aime ou on n’aime pas les films de Xavier Dolan (chez moi, c’est très aléatoire), le jeune réalisateur québécois a le mérite de ne pas laisser son public indifférent. Juste la fin du monde, une adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce (Dolan avait déjà adapté une de ses pièces avec Tom à la ferme) a su toucher le jury de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. En revanche, la presse a été moins tendre avec Dolan, ce qui blessera au passage ce dernier (comme souvent). Le film a suscité une sorte de curiosité pas uniquement à cause de son prix ou de la carrière déjà solide de Dolan : son casting de grandes stars françaises l’a également aidé à trouver son public. Pour ma part, sans vouloir cracher sur elles à tout prix, je ne suis pas spécialement fan des acteurs du film, certaines d’entre elles m’ont même tendance à m’agacer la plupart du temps. Vu qu’avec Dolan, j’aime ses films une fois sur deux, le début du film m’a fortement inquiétée pour être honnête. La liste des potentiels défauts apparaît alors très rapidement : gros plans (le truc qui m’épuise selon les films, n’est-ce pas Kechiche ?), effet théâtral, personnages qui semblent clichés, hystérie et disputes en vue, évocation de la maladie etc. De plus, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la série Six Feet Under (même si finalement il s’agit d’un schéma assez courant) : juste une mère encore à la tête de la famille, un frère homosexuel (on pense à David Fisher) et qui revient chez lui après es années d’absence (comme Nate Fisher) et une soeur (à la Claire Fisher) un peu rebelle sur les bords qui connait très mal son frère aîné. Durant une bonne première partie du film, l’intrigue s’installe, on apprend à connaître les personnages mais en terme d’intrigue, on ne peut pas dire qu’on soit très avancé à ce stade du film. Finalement, petit à petit, je me suis surprise à être captivée par ce long-métrage, à me sentir concernée par le sort des personnages, à être bouleversée tout simplement. Je ne sais pas comment a fait Dolan pour réussir à montrer autant de vrai alors que tout aurait pu sonner très faux. Même si je n’aime pas nécessairement tout ce qu’il fait (même si encore une fois j’adore aussi certains de ses films), on doit aussi lui reconnaître une maturité pour comprendre les gens et les relations entre eux, notamment familiales.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel

On peut aussi reconnaître à Xavier Dolan une autre qualité, qui me semble très importante pour un réalisateur voire même pour un artiste tout simplement : il sait traiter des thèmes qui lui sont chers depuis le début de sa carrière (l’homosexualité, la différence et surtout les relations familiales voire même les relations entre mère et fils) tout en essayant de se renouveler. Mine de rien, il y arrive. Je ne me dis jamais avec lui (pour l’instant) qu’il fait systématiquement la même chose (même lorsque je n’apprécie pas nécessairement une de ses oeuvres). De plus, Dolan a déjà travaillé sur un texte de Lagarce, sur le travail d’adaptation d’une pièce théâtre. Pourtant, j’ai trouvé le résultat différent de Tom à la ferme. Est-ce lié au travail d’origine de Lagarce (vu que Dolan a tenu à conserver les dialogues originaux) ? Il faut en tout cas savoir que la pièce de Lagarce (qui avait été au programme du baccalauréat et même de l’agrégation pour la petite anecdote) avait une dimension autobiographique : il l’a écrite en se sachant atteint par le sida. Même sans connaître cette information, on sent qu’il y a un quelque chose de vrai dans ce qui est écrit. Finalement, j’en suis arrivée à la conclusion suivante : toutes les choses qu’on pourrait reprocher à Juste la fin du monde (reproches compréhensibles) seraient certainement volontaires et assumées par Dolan. Certes, les choix adoptés par le réalisateur québécois pourront fortement déplaire à certains spectateurs. Ils auraient pu me déplaire. On peut voir les ficelles, où Dolan veut en venir par les différents procédés qu’il met en place. Son film a quelque chose qui a l’air « simple » (et effectivement, il est accessible) et pourtant, par ces fameux procédés, il est bien plus complexe qu’il en a l’air. Dolan signe alors une oeuvre forte autour de la mort, pas uniquement physique. Il parle de la mort de la communication et pire que cela : la mort de la famille. Le langage ne passe pas uniquement par des dialogues extrêmement bien écrits : les plans, les personnages par leur stéréotype et leur apparence outrancière ou encore les choix musicaux (la playlist de Dolan reste toujours aussi pertinente et significative, contrairement à ce qu’on pourrait croire) pour ne citer que ces exemples en question sont finalement eux aussi un langage à part pour traduire ce problème de communication.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Nathalie Baye, Vincent Cassel

Par ailleurs, la fin du film m’a beaucoup plu, inattendue, et donnant encore plus de sens à un propos finalement universel. Il est intéressant d’observer (comme dans les autres films de Dolan, quand je vous dis qu’il reste cohérent avec ses précédents longs-métrages) un jeu avec le temps : on ne peut pas déterminer l’époque exacte. Le film peut très bien se dérouler de nos jours tout comme il pourrait visiblement se dérouler dans les années 90. Encore une fois, la musique a son importance tout comme le choix des costumes, voire même la photographie, lumineuse, qui donne parfois cette impression d’être dans un temps pasé. Enfin, Xavier Dolan est aussi un excellent directeur d’acteurs. Le film a d’énormes qualités, les interprétations en font partie, tirant encore plus l’ensemble vers le haut. Sur le papier, je n’aime pas vraiment les acteurs présents, en tout cas je ne vais pas voir un film pour eux. Je les ai trouvés tous très bons, que ce soit individuellement ou collectivement, alors que, paradoxalement, ils représentent une famille éclatée. J’ai même eu l’impression que Dolan avait réussi à transformer leurs défauts ou tics (pour moi) en un atout. Gaspard Ulliel m’a agréablement surprise dans le rôle principal, il est bouleversant, livrant une interprétation d’une grande sensibilité et subtilité. Pour être honnête, je serais vraiment heureuse qu’il remporte le César du meilleur acteur. J’ai l’impression d’avoir redécouvert cet acteur. Vincent Cassel me faisait peur, peur qu’il cabotine, qu’il soit dans son show. Les premières minutes m’ont effrayée. Mais petit à petit, l’acteur livre une performance sensible. Par ailleurs, je pourrais dire la même chose concernant Nathalie Baye : on redoute le côté show (notamment par son look outrancier) et au fil du film, elle dévoile quelque chose de plus profond. Marion Cotillard touche et étonne par sa grande douceur, sa timidité et sa sensibilité. Par ailleurs, elle fait aussi un très bon travail de langage (par son bégaiement) qui parait crédible à l’écran. Pour terminer, j’admets avoir encore eu du mal à Léa Seydoux : j’ai toujours l’impression qu’elle récite encore son texte, sa voix m’indique toujours une sorte de décalage. Cela dit, dans les scènes de dispute (durant la seconde partie), alors qu’elle aurait pu facilement être dans ce fameux décalage, être dans le surjeu, elle est étonnamment d’une grande justesse.

Juste La Fin Du Monde : Photo Marion Cotillard

L’Affaire SK1

réalisé par Frédéric Tellier

avec Raphaël Personnaz, Nathalie Baye, Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz, Adama Niane, Christa Theret, Thierry Neuvic, William Nadylam, Marianne Denicourt, Chloé Stefani, Norah Lehembre…

Film policier, drame français. 2h. 2013.

sortie française : 7 janvier 2015

L’ Affaire SK1

Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. Il est vite confronté à la réalité du travail d’enquêteur : le manque de moyens, les longs horaires, la bureaucratie… Pendant 8 ans, obsédé par cette enquête, il traquera ce tueur en série auquel personne ne croit. Au fil d’une décennie, les victimes se multiplient. Les pistes se brouillent. Les meurtres sauvages se rapprochent. Franck Magne traque le monstre qui se dessine pour le stopper. Le policier de la Brigade Criminelle devient l’architecte de l’enquête la plus complexe et la plus vaste qu’ait jamais connu la police judiciaire française. Il va croiser la route de Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre le destin de l’homme qui se cache derrière cet assassin sans pitié. Une plongée au cœur de 10 ans d’enquête, au milieu de policiers opiniâtres, de juges déterminés, de policiers scientifiques consciencieux, d’avocats ardents qui, tous, resteront marqués par cette affaire devenue retentissante : « l’affaire Guy Georges, le tueur de l’est parisien ».

L’ Affaire SK1 : Photo Olivier Gourmet, Raphaël Personnaz

L’Affaire Guy Georges est certainement une des affaires criminelles les plus connues et les plus terrifiantes que la France a pu connaître. Ce fut une enquête assez éprouvante et compliquée car la police a mis du temps à faire le lien entre sept crimes entre 1991 et 1998. L’Affaire SK1 retrace cette enquête qui a permis d’arrêter le tristement connu Guy Georges, alias le « tueur de l’est parisien », jusqu’à son procès où il a finalement avoué tous ses crimes. Pour être plus précis, le film est monté à partir de flashbacks, c’est-à-dire qu’il alterne les scènes de procès et celles sur l’enquête jusqu’à ce que les deux parties (donc deux temps) se rejoignent naturellement. Je dois avouer que ce procédé m’effrayait un peu au début du film, j’avais peur qu’il soit un peu superficiel. Mais en réalité, le montage est très bon et permet au film de donner une véritable dynamique, surtout lorsqu’on connait déjà l’histoire. De plus, je trouve que cela donne une certaine cohérence au film qui aurait pu devenir très brouillon quand on sait à quel point la police a rencontré de nombreuses pistes. Du coup, la partie sur l’enquête face à ses difficultés réussit à montrer toutes les difficultés rencontrées par les policiers mais sans que les idées apparaissent de manière éparpillée. Mais surtout, je crois que ce qui est plaisant dans ce film, c’est toute la documentation autour de ce film mais sans avoir eu la sensation de regarder un énième épisode de Faites entrer l’accusé (même si j’adore cette émission). Frédéric Tellier ne signe ici que son premier long-métrage mais on sent bien que ce bonhomme connait bien le milieu policier et judiciaire. Il a d’ailleurs été conseiller technique et directeur artistique de 36, quai des Orfèvres d’Olivier Marchal ou encore a réalisé des épisodes pour les séries Un flic et Les Hommes de l’ombre. J’ai vraiment apprécié de voir un film très bien documenté (d’ailleurs, un grand nombre de personnes ayant participé à l’enquête ou au procès – dont les véritables « Charlie » Magne et Frédérique Pons – ont fourni de nombreuses informations à l’équipe du film) tout en possédant de réelles qualités de mise en scène et d’écriture. Il n’était pas évident de condenser cette histoire complexe et passionnante en deux heures et pourtant Tellier a réussi à relever ce challenge, on prend même un certain plaisir à la redécouvrir grâce à un rythme soutenu, on se sent impliqué dans cette histoire.

L’ Affaire SK1 : Photo Nathalie Baye, Raphaël Personnaz

Frédéric Tellier parvient aussi à retranscrire cette histoire complexe en la rendant compréhensible. Je trouve également que le réalisateur arrive à montrer la sordidité des meurtres mais sans entrer forcément dans le sensationnel. De plus, sans être tire-larmes, je trouve qu’il y a de l’émotion, juste ce qu’il en faut. Il est certain qu’il faut vraiment prendre en compte la dimension humaine de cette histoire, d’où aussi l’intérêt de la partie se déroulant durant le procès. Tellier interroge avec justesse sur l’homme, capable de commettre des actes monstrueux, notamment grâce au personnage de Frédérique Pons, qui ne croit pas au monstre mais plutôt à des actes ignobles et à des circonstances qui amènent l’homme à ne plus être lui-même, quitte à avoir une double personnalité. Que l’on soit d’accord ou non avec cette théorie, elle a au moins le mérite d’être bien exposée et l’idéologie ne semble jamais douteuse face à ces crimes inexcusables. J’ai été alors ravie de voir que ce film ne se résumait pas uniquement à un divertissement malsain qui pourrait être diffusé en prime-time, mais qu’il y a une véritable volonté d’interroger sur l’humain. Le film n’a rien de révolutionnaire mais le travail reste bien fait et ambitieux. C’est un film français qui fait en tout cas plaisir à voir, surtout dans ce genre-là. Enfin, dans l’ensemble, les interprétations m’ont également beaucoup plu. Raphaël Personnaz confirme tout le bien que je pense de lui et même si son personnage n’a rien en soi de nouveau (le flic obsédé par l’enquête), il l’incarne tout de même avec conviction sans tomber dans la caricature. J’ai également beaucoup aimé les interprétations d’Olivier Gourmet et de Michel Vuillermoz. La performance de Nathalie Baye m’a également beaucoup plu (il faut que le personnage est vraiment intéressant et charismatique), en revanche j’ai été moins convaincue par son partenaire William Nadylam, qui incarne l’autre avocat. D’autres seconds rôles, comme Christa Theret (qui incarne la seule survivante de Guy Georges) ou Marianne Denicourt, sont également très bons. Je crois qu’il faut surtout retenir l’excellente interprétation d’Adama Niane, qui a la lourde tâche d’incarner Guy Georges. Il est vraiment impeccable, jamais caricatural, au contraire, son jeu est rempli de nuances.

L’ Affaire SK1 : Photo Marianne Denicourt

Laurence Anyways

réalisé par Xavier Dolan

avec Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye, Monia Chokri, Susie Almgren…

Drame canadien, français. 2h48. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Laurence Anyways

C’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme, après que celui-ci a décidé de changer de sexe. Dans les années 1990, Laurence décide de devenir une femme mais, paradoxalement, tente néanmoins de sauver sa relation amoureuse avec Fred (Frédérique), laquelle accepte fort mal la décision de Laurence et la cascade des désagréments qu’elle suscite.

p2

Deux ans après l’insupportable Les Amours Imaginaires, le jeune prodige québécois Xavier Dolan réalise son déjà troisième long-métrage, Laurence Anyways, présenté au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard » (dans cette catégorie, Suzanne Clément avait remporté le prix d’interprétation féminine). Le film a remporté la Queer Palm, prix refusé par le réalisateur, affirmant qu’il s’agissait en réalité d’un marqueur d’exclusion (et pour être honnête, je suis totalement d’accord avec ce qu’il dit, même s’il l’a dit avec une certaine violence). De plus, Dolan, qui passe de nouveau pour un petit con (on ne se défait pas d’une réputation comme ça), était énervé, souhaitant voir son film dans la sélection officielle en compétition. Certes, le comportement qu’a eu Dolan n’est pas forcément génial, je l’accorde. Cela dit, je trouve également que Laurence Anyways pouvait largement rejoindre la sélection officielle. Je vous le confirme : je me suis bien réconciliée avec Dolan. Certes, son meilleur film reste pour l’instant le bouleversant Mommy mais Laurence Anyways est vraiment un petit bijou, une incroyable tornade d’émotions, confirmant le talent indéniable de Dolan, qui a appris à ne plus faire des films pour ses amis hipsters en contemplant son nombril. Au contraire, avec un sujet pourtant assez précis, qui ne concerne pas nécessairement tout le monde, loin de là (la transsexualité), Dolan réussit à réaliser un film très universel. Il est intéressant de voir l’évolution positive entre Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways. Esthétiquement, Les Amours Imaginaires était pourtant réussi, on sentait bien la maîtrise technique du réalisateur, mais Dolan ne parvenait pas à sortir de sa culture cinématographique, on sentait trop ses influences. Du coup, le résultat était horriblement superficiel et prétentieux (et pour ne rien arranger, le scénario était abominable).

p1

Evidemment, Dolan fait partie de ces réalisateurs qui veulent montrer ce qu’ils savent faire avec une caméra, il veut absolument faire esthétiquement un beau film, ce qui est tout à fait à son honneur. Mais on a enfin l’impression que cette esthétique n’est pas gratuite. Dolan a enfin compris que cette esthétique pouvait être compatible avec le thème central de ce film, c’est-à-dire la mutation, qui concerne à la fois chaque personnage ainsi que le couple. Ainsi, Laurence, figure (pas lourdingue) du papillon, né dans un corps d’homme, se transforme pour pouvoir devenir la femme qu’elle a toujours été. Fred aimerait supporter la transsexualité de Laurence mais elle ne supporte pas le regard des autres. Mais en s’enfermant dans un schéma social traditionnel, Fred mute aussi en quelque sorte, en perdant peu à peu son extravagance. Pour schématiser, Laurence doit vivre dans la marginalité pour réussir sa transformation tandis que Fred croit que son bonheur doit passer par la conformité et le regard des gens. Dolan a su mettre en scène dans cette passionnante fresque de presque trois heures toute la complexité d’une histoire d’amour, sur une dizaine d’années, qui ne parvient pas aboutir à cause des exigences de chacun. Laurence et Fred veulent obtenir ce que tout individu cherche dans sa vie, c’est-à-dire le bonheur. Mais ce bonheur est incompatible entre les désirs de chacun (en quelque sorte une forme d’égoïsme, mais sans la connotation négative) et le regard des autres. Au-delà d’une esthétique époustouflante, qui retranscrit cette mutation comme une expérience proche de l’onirisme, ainsi que toutes les étapes émotives des personnages, comme dans Mommy, j’ai été étonnée de la maturité de Dolan dans le traitement de ses sujets. L’amour impossible était clairement au coeur des Amours Imaginaires mais son traitement était trop superficiel. Ici, il reprend ce thème, visiblement si cher, mais en le traitant cette fois-ci avec une forme de subtilité et surtout en comprenant réellement sa complexité. Melvil Poupaud (en jetant un coup d’oeil à sa filmographie, je m’aperçois que je connais mal cet acteur) et Suzanne Clément sont tous les deux excellents et illuminent à chaque scène ce film déjà lumineux de sensibilité et d’une réelle intelligence.

Laurence Anyways : Photo Melvil Poupaud