Enemy

réalisé par Denis Villeneuve

avec Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon, Isabella Rossellini…

Thriller canadien, espagnol. 1h30. 2013.

sortie française : 27 août 2014

Movie Challenge 2017 : Un film avec un acteur / une actrice que je déteste (M. Laurent)

Adam, un professeur discret, mène une vie paisible avec sa fiancée Mary. Un jour qu’il découvre son sosie parfait en la personne d’Anthony, un acteur fantasque, il ressent un trouble profond. Il commence alors à observer à distance la vie de cet homme et de sa mystérieuse femme enceinte. Puis Adam se met à imaginer les plus stupéfiants scénarios… pour lui et pour son propre couple.

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

Denis Villeneuve, un touche-à-tout (que ce soit pour les genres qu’il aborde et les différents publics visés selon les films) n’est plus le fameux réalisateur canadien qui monte : il est désormais un cinéaste qui compte. En dehors de quelques cinéphiles curieux (et évidemment des fans de Villeneuve), Enemy semble, par rapport à d’autres oeuvres de la filmographie du réalisateur, être passé un peu plus inaperçu. Pourtant, sans crier non plus au chef-d’oeuvre, Enemy, qui marque la seconde collaboration entre Villeneuve et Jake Gyllenhaal après l’excellent Prisoners, a quelque chose de fascinant. Il s’agit de l’adaptation du roman de José Saramago (Prix Nobel de Littérature en 1998) O Homem Duplicado (L’autre comme moi), publié en 2002. Il y a des tas d’oeuvres (cinématographiques ou autres) qui se sont déjà attaquées à la question du double, parfois accompagnées par celle de la schizophrénie. Cela pourrait créer une certaine lassitude ou même une méfiance par cette envie d’établir des comparaisons, conscientes ou non. Etrangement, durant mon visionnage, je n’étais pas du tout dans cette démarche. Le film ne déborde pas d’action et d’énergie, pourtant je me suis laissée embarquée par ce rythme lent et même hypnotique, prenant le temps de faire monter la tension. On peut sortir du film un peu décontenancé par ce qu’on a vu, dans un sens on vit presque une sorte d’expérience. Mais le processus pour reconstituer les différents indices pour trouver la « vérité » (en tout cas celle propre du spectateur, le film ne prétend pas répondre nécessairement de manière explicite à toutes nos interrogations) est magnétique. On pourra lui reprocher son côté un peu trop brute par moments, peut-être même sa dimension un peu trop métaphorique qui peut parfois empêcher la narration d’avancer (même si on est d’accord finalement que le film est plus « conceptuel » que purement narratif), il lui manque peut-être tout simplement ce petit quelque chose pour être totalement séduit. Mais rien ne semble être laissé au hasard et plusieurs visionnages semblent nécessaires pour ne pas passer à côté d’un détail. Le symbole de l’araignée (ici une représentation de la femme – sans cesse présente même si les rôles principaux sont masculins) fait évidemment partie de ces détails permettant aux spectateurs d’atteindre cette éventuelle vérité. Elle apparaît parfois discrètement, sauf à la fin. Je suis partagée justement sur sa dernière utilisation, certainement volontairement grotesque, presque proche d’une image kafkaïenne (image logique puisque le film plus globalement entre dans cette démarche).

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal

D’un côté, concernant cette dernière métaphore visuelle, je comprends la démarche de Villeneuve par rapport aux personnages et plus globalement par rapport à la narration. De l’autre, cette image volontairement très absurde et grossière a tendance aussi à présenter une rupture par rapport à tout le reste du film, qui n’entre pas nécessairement dans ce ton. Là encore, évidemment, cette rupture est peut-être volontaire mais je n’y adhère pas nécessairement. La mise en scène de Denis Villeneuve est également toujours aussi remarquable, également toujours ancrée dans la précision. Avec lui, le duel intimiste et la dimension plus « collective » en filmant Toronto comme une grande ville étouffante labyrinthique (souvenons-nous de ce motif du labyrinthe déjà présent dans Prisoners) grisâtre (avec des tons jaunes tristes) finissent par se retrouver ensemble, l’une reflétant l’état de l’autre : la ville est une sorte de représentation psychique des personnages et ces derniers semblent aussi se perdre mentalement dans cette grande ville froide qui laisse place à la frustration. Par sa manière de représenter la ville, nous retrouvons un nouvel écho à l’araignée, ou plutôt à sa toile, toile qui peut aussi être une image de la psyché. Au-delà d’une écriture redoutable et d’une mise en scène réfléchie, les interprétations sont également plutôt bonnes, surtout celle de son acteur principal. Jake Gyllenhaal livre une double performance complémentaire impressionnante (tout en attribuant des caractéristiques propres à chaque personnage sans tomber dans la caricature) où il est notamment, pour ne citer que cet exemple, à la fois celui qui cherche à reconstituer le puzzle et celui au coeur de ce puzzle justement : la dualité est bien présente dans cette interprétation riche et intense. Il faut dire que les personnages qu’il interprète sont bien dessinés, aucun choix dans leurs caractéristiques n’est évidemment laissé au hasard (notamment dans les prénoms et les professions exercées). Je ne suis toujours pas convaincue par Mélanie Laurent même si je peux me réjouir de deux choses : déjà, on la voit peu donc elle ne m’a pas non plus gâchée le plaisir que j’ai ressenti en regardant le film. Surtout je « comprends » qu’elle soit au casting si on la place en parallèle avec la discrète (et talentueuse) Sarah Gadon qui, elle, livre une interprétation bien plus convaincante, toute en retenue. 

Enemy : Photo Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent

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La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

Get Out

réalisé par Jordan Peele

avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Betty Gabriel, Lakeith Stanfield, Stephen Root…

sortie française : 3 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Get Out, gros succès au box-office américain acclamé par la critique, est le premier long-métrage de Jordan Peele, connu aux Etats-Unis pour être le membre du duo comique de Key and Peele (diffusé sur Comedy Central). Ce long-métrage est également produit par Jason Blum, le roi des films effrayants (ou pas parfois, n’est-ce pas Paranormal Activity ?) à petits budgets (ici 4 petits millions de dollars). Get Out raconte l’histoire d’un photographe noir (Chris) qui va rencontrer les parents de sa charmante petite amie, Rose (blanche au passage). Rose rassure rapidement Chris : ses parents adorent les Noirs dont Obama. « Mon père aurait voté pour lui une troisième fois s’ils avaient pu », assure-t-elle. Le père en question répétera à Chris la même phrase. Sauf que les parents en question ont un comportement étrange. Le point de départ rappelle le génial Devine qui vient dîner de Stanley Kramer avec Katherine Hepburn, Spencer Tracy et Sidney Poitier. A noter que le titre VO de ce dernier est Guess who’s coming to dinner. Son remake Black/White de Kevin Rodney Sullivan (avec Bernie Mac, Ashton Kutcher et Zoe Saldana) s’intitule juste en version originale Guess who. Guess who / Get Out… A l’oreille, les titres ne sont pas finalement pas si éloignés si on fait bien attention : ce rapprochement ne me semble pas anodin. Get Out serait alors la version sombre et horrifique du film de Kramer (et donc de son remake). Et le film dépasse la question du racisme ordinaire caché sous les bonnes apparences et surtout qu’on se cache à soi-même (ce que je veux dire c’est que Hepburn et Tracy ont beau être racistes alors qu’ils clament le contraire, ils ne vont pas au-delà. Ainsi, les parents de Rose et même leur entourage (on peut parler d’une communauté) dépassent clairement cette image « gentillette » de ce racisme banal. Chris aurait dû y voir les signes même avant de rencontrer les parents de Rose : lui et sa copine ont un léger accident de voiture. Le policier va demander à Chris de lui passer son permis de conduite alors qu’il n’était pas au volant. En revanche, aucune remarque pour Rose la conductrice. Cela veut en dire long sur ce qui se passe quotidiennement aux Etats-Unis auprès des Afro-américains.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Get Out semble a priori très accessible et simple : c’est un de ces points qui en fait son charme et qui explique aussi ce « buzz ». Pourtant, ce film n’a rien de simple, il ne l’est qu’en apparence. Certes, en y regardant de près, il a ses imperfections (sa fin est peut-être un peu trop expéditive par exemple – elle reste cela dit jouissive). Mais pour un premier long-métrage, Jordan Peele envoie du lourd et s’il ne fait pas n’importe quoi, il pourra avoir une belle carrière. Get Out rappelle alors quelque chose qui semble avoir été oublié par de nombreux spectateurs qui méprisent souvent le cinéma de genre : c’est un type de cinéma qui ne se contente pas uniquement de faire bêtement peur. Il peut permettre de dénoncer des choses et de livrer un scénario plus riche qu’il en a l’air. C’est le cas de Get Out. Peu de films parlent de la question « noire » alors qu’elle est omniprésente dans l’actualité. Réalisé sous l’ère Obama mais sorti chez nous sous Trump, il dit en tout cas quelque chose d’un problème pas encore réglé aux Etats-Unis : comment sortir littéralement de ce cauchemar (je fais évidemment un clin d’oeil aux scènes d’hypnose) qui ne devrait même plus exister ? Comment vivre quand on est Afro-américain aux Etats-Unis, dans ce pays qui a pourtant réussi à élire un Président Noir ? N’est-on pas sans cesse guetté par la peur que ce soit en se promenant dans la rue ou même dans sa propre famille dans un sens ? Get Out joue avec ce sentiment de paranoïa. On se doute bien que Chris a certainement raison (ce n’est pas un spoil) mais là où le scénario parvient à surprendre, c’est lorsqu’on nous évoque le secret des Armitage : pourquoi s’attaquent-ils à la communauté Afro-américaine ? Que leur font-ils et dans quel but ? Pourquoi les employés (également noirs) se comportent-ils bizarrement et ont l’air coincé dans le temps ? Bref, le scénario parvient à surprendre de ce côté-là alors qu’on croit être face à une histoire plus simple. J’admets juste avoir deviné le rôle d’un des personnages mais cela ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. La piste prise par Jordan Peele est intéressante dans le sens où les Armitage vantent paradoxalement dans leur racisme exacerbé (quel euphémisme) les bons côtés de la communauté Afro-américaine.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Les critiques ont beaucoup insisté sur la place de l’humour dans ce long-métrage. Effectivement, il y en a, notamment grâce au rôle du pote du personnage principal. Ce choix est pour moi lié à la fin du long-métrage : il y a une envie de montrer quelque chose de positif, de défendre la place du personnage Afro-américain si délaissé par le cinéma traditionnel et populaire. Le réalisateur dit par ailleurs que les séquences oniriques sont justement un moyen de dénoncer ce qu’il se passe actuellement à Hollywood (il fallait le voir, faut l’avouer) et même dans le cinéma d’horreur (en dehors de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero, peu de films du genre mettent en avant des Noirs ayant le bon rôle). Certains ont critiqué cette fin en disant qu’il s’agissait dans un sens de white washing. Est-ce que cette fin serait mieux passée si on était face à un personnage blanc affrontant une famille des Noirs ? Je ne sais pas mais il est certain que le message passé aurait été différent. Et je ne pense pas qu’il faut voir une sorte de haine des Afro-américains contre les Blancs ou un truc simpliste et douteux de ce genre. Chris est juste un personnage qui agit pour sauver sa peau et non par haine envers une communauté. Pour revenir sur l’humour, qui a de bonnes raisons d’être présent, il a le mérite, en plus de s’amuser avec certains codes du genre, de ne pas casser une réelle tension présente du début jusqu’à la fin. Au-delà du talent évident pour Peele d’instaurer une atmosphère pesante, la musique de Michael Abels contribue énormément à toute cette sensation permanente de malaise. Le casting est également très bon, que ce soit Daniel Kaluuya (qu’on a pu voir dans Sicario), Allison Williams (ça fait plaisir de voir la Marnie de Girls dans son premier long-métrage !) ou encore l’indétrônable Catherine Keener. Get Out est donc une très belle réussite bien écrite et bien mise en scène par un réalisateur doué qui ne néglige aucun détail (certains d’entre eux renvoient au temps de l’esclavage quand on y regarde de près). Captivant, accessible, effrayant et terriblement divertissant, ce long-métrage est finalement un portrait glaçant et absurde d’une Amérique encore raciste et malade, coincé encore dans un temps qui devrait être révolu.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Inferno / Doctor Strange

Inferno

réalisé par Ron Howard

avec Tom Hanks, Felicity Jones, Omar Sy, Ben Foster, Irrfan Khan, Sidse Babett Knudsen, Ana Ularu…

Thriller, policier américain. 2h02. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

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Dans Inferno, le célèbre expert en symbologie suit la piste d’indices liés au grand Dante lui-même. Robert Langdon se réveille dans un hôpital italien, frappé d’amnésie, et va devoir collaborer avec le docteur Sienna Brooks pour retrouver la mémoire. Tous deux vont sillonner l’Europe dans une course contre la montre pour déjouer un complot à l’échelle mondiale et empêcher le déchaînement de l’Enfer…

Inferno : Photo Felicity Jones, Tom Hanks

Ron Howard avait adapté Da Vinci Code et Anges et Démons de Dan Brown en 2006 et 2009. Il s’intéresse tout logiquement aux nouvelles aventures de Robert Langdon, toujours avec Tom Hanks (il s’agit de la troisième adaptation mais en réalité, en fonction de sa publication, il est le quatrième tome de la saga). J’avais auparavant une « dent » contre le film Da Vinci Code, maintenant je le trouve un peu plus acceptable (même s’il est très en-dessous du roman); et j’ai toujours aimé Anges et Démons (film et livre). Bref, Inferno est en tout cas dans la même lignée des deux précédents longs-métrages (même s’il est en-dessous de Anges et Démons). Dans ce nouveau volet, tout va assez vite : notre héros est en danger dès le début du film : qui lui veut du mal ? D’où lui viennent ses « visions » et hallucinations ? Le film reprend alors les mêmes ingrédients : rapport avec la culture (ici on retrouve notamment un lien avec Inferno / L’Enfer de Dante ou encore on se balade dans des musées), mystères en tout genre, messages à décrypter, personnages qui cachent leur jeu, voyages et collaborations internationales etc… L’ensemble m’a paru bien rythmé et dynamique (même si tout va vite – peut-être limite trop), la mise en scène assez efficace dans son genre (même si elle n’a rien de révolutionnaire, nous sommes bien d’accord), l’histoire en elle-même est aussi assez plaisante même s’il n’y a pas de réelles surprises (on peut deviner qui cache quoi par exemple). Esthétiquement, il y a quelques séquences (je pense aux visions de Robert Langdon) assez réussies. Cela dit, les différents thèmes abordés (par exemple la surpopulation) ne sont pas suffisamment développés et exploités : par conséquent, Inferno ne parvient pas à être autre chose qu’un divertissement sympa. C’est dommage. Côté casting, Tom Hanks est toujours à l’aise dans le rôle du célèbre professeur de symbologie de Harvard. Dans l’ensemble, le reste du casting suit plutôt bien : Felicity Jones – bon, elle a toujours l’air ébahie par tout et n’importe quoi mais elle apporte une certaine fraîcheur, Ben Foster – même si on le voit peu (et que par flashback) ou encore Sidse Babett Knudsen (la Danoise qu’on voit absolument partout en ce moment). Cela dit, sans faire du french bashing, les films américains ne mettent pas nécessairement en avant le talent de Omar Sy, décidément cantonné à des rôles secondaires pas très développés et vraiment caricaturaux. Bref, Inferno n’est pas le divertissement du siècle, loin de là : une fois vu, on l’aura oublié. Mais pour moi, le job est pas mal fait et pour être honnête, je n’en attendais pas spécialement plus !

Inferno : Photo Omar Sy

Doctor Strange

réalisé par Scott Derrickson

avec Benedict Cumberbatch, Chiwetel Ejiofor, Tilda Swinton, Rachel McAdams, Mads Mikkelsen, Benedict Wong, Amy Landecker, Scott Adkins, Benjamin Bratt, Michael Stuhlbarg…

Film fantastique, action américain. 1h55. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

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Doctor Strange suit l’histoire du Docteur Stephen Strange, talentueux neurochirurgien qui, après un tragique accident de voiture, doit mettre son égo de côté et apprendre les secrets d’un monde caché de mysticisme et de dimensions alternatives. Basé à New York, dans le quartier de Greenwich Village, Doctor Strange doit jouer les intermédiaires entre le monde réel et ce qui se trouve au-delà, en utlisant un vaste éventail d’aptitudes métaphysiques et d’artefacts pour protéger le Marvel Cinematic Universe.

Doctor Strange : Photo Benedict Cumberbatch

Hollywood s’intéresse depuis plusieurs années aux adaptations de Marvel. Doctor Strange, créé par Steve Ditko, n’échappe pas à la règle. Je ne m’en suis jamais cachée : j’ai toujours eu du mal avec les adaptations de comics au cinéma, je ne me suis jamais « battue » pour en voir au cinéma alors que beaucoup pensent qu’il s’agit des films-EVENEMENTS de l’année. Le hasard (on m’a emmenée le voir) m’a permis d’aller voir Doctor Strange qui n’était pas prévu au programme de mon côté. Hélas, ce n’est pas ce film qui va réellement me réconcilier avec les Marvel et compagnie. Il s’agit pour moi d’un long-métrage assez sympathique, plutôt divertissant (ce qui n’est pas si mal) mais à mon avis ça a du mal à aller plus loin (comme hélas un peu trop de blockbusters – même si je ne veux pas non plus coller des étiquettes à tous les films de cette catégorie). Il y a plein d’effets spéciaux et des décors impressionnants qui nous permettent d’en prendre plein la vue (du genre la ville se tord dans tous les sens à la Inception) – c’est un peu fatigant à la longue mais ça marche sur écran (même si je n’ai pas testé avec la 3D) et j’ai envie de dire que c’est bien fait. L’histoire en elle-même est plutôt intéressante et plaisante même si elle ne respire non plus une folle originalité. La mise en scène est aussi très efficace et propre pour ce type de production, en tout cas je n’en attendais pas spécialement plus. L’ensemble est plutôt bien rythmé et le ton adopté est plutôt sympa avec quelques touches d’humour (certes, ce n’est pas d’une grande subtilité mais ça fonctionne). Dans l’ensemble, le casting est plutôt à la hauteur de nos attentes. Benedict Cumberbatch s’est fait connaître en incarnant Sherlock Holmes dans l’excellente série BBC Sherlock. Doctor Strange n’est pas si éloigné de Sherlock (des personnages brillants mais cyniques, égocentriques et prétentieux). Du coup, l’acteur britannique est très à l’aise dans le rôle principal ! Les seconds rôles sont également plutôt convaincants, notamment de la reine des déguisements Tilda Swinton (même si on regrettera de voir de nouveau du white washing de peur de froisser un certain public et de pouvoir mieux ramasser des dollars). Cela dit, on regrettera de croiser des personnages assez creux ou pas suffisamment exploités (je pense notamment au docteur Christine Palmer (interprétée par toujours la rafraîchissante Rachel McAdams) ou encore le méchant de l’histoire (incarné par le charismatique Mads Mikkelsen). Finalement, les personnages ne sont pas exploités à l’image du scénario et des différents thèmes abordés.

Doctor Strange : Photo Benedict Cumberbatch, Rachel McAdams