Le Musée des Merveilles

réalisé par Todd Haynes

avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Jaden Michael, Michelle Williams, Tom Noonan, Amy Hargreaves, Cory Michael Smith…

Drame américain. 1h57. 2017.

titre original : Wonderstruck

sortie française : 15 novembre 2017

Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

Le Musée des merveilles : Photo Julianne Moore

Présenté au dernier festival de Cannes en compétition, Le Musée des Merveilles, reparti les mains vides, semblait avoir réjoui (et même ému) les festivaliers. Adapté du roman illustré Wonderstruck de Brian Selznick (auteur de l’excellent L’Invention d’Hugo Cabret, très bien adapté par Scorsese), également scénariste ici, Le Musée des Merveilles n’est pas le grand film émouvant tant vendu. Todd Haynes (Velvet GoldmineCarol, I’m not there) nous a habitués à tellement mieux auparavant. Sa collaboration avec Selznick ne produit pas autant d’étincelles que prévu. Certes, l’ensemble n’est pas mauvais, certains points sont heureusement plutôt intéressants. Le film est un poil long (surtout par rapport à ce qu’il raconte) mais il n’est pas non plus pénible à suivre (même s’il aurait pu être plus passionnant). Il aurait pu être plus désagréable à regarder par rapport à son montage, permettant d’alterner entre deux époques différentes : d’un côté, l’histoire de Rose dans les années 1920 en noir et blanc (et présentée comme dans un film muet de l’époque), de l’autre celle de Ben dans les années 1970. Le film est esthétiquement intéressant, dans le sens où plusieurs niveaux d’esthétiques sont justement proposées par l’alternance des époques mais sans qu’il n’y ait réellement un manque de cohérence entre les deux. Il faut dire que le film bénéficie de belles reconstitutions historiques ainsi qu’une jolie photographie. Une des dernières scènes (avec l’histoire de la maquette) est également rempli de trouvailles visuelles. Il y a également des parallèles établis pertinents, comme par exemple la fin du cinéma muet qui représente comme la fin du propre monde de la petite Rose ou encore le rôle de Space Oddity (même si, concernant l’utilisation de cette chanson, on en a fait un chouïa des caisses selon moi) qui semble marquer la fin du monde de Ben. De plus, une bonne partie du film fonctionne également grâce à l’excellente musique de Carter Buwell. Elle exprime bien les émotions des personnages et accompagne les différents déroulements de l’intrigue. Elle s’intègre en réalité comme partie intégrante du scénario. Et justement, alors que ceci fonctionne une bonne partie du film, le réalisateur se concentre durant la deuxième partie du film un peu plus sur l’histoire de Ben. Les dialogues reprennent le dessus… et ce n’est pas forcément une très bonne idée dans le sens où cela casse une certaine dynamique à peu près plaisante mise en place.

Le Musée des merveilles : Photo Jaden Michael, Oakes Fegley

Globalement, le scénario n’exploite pas si bien que ça tout le potentiel même de cette rencontre entre deux mondes. Paradoxalement, j’ai autant trouvé ce film assez « simpliste » que faussement laborieux : pour moi, le scénario propose un cheminement avec des obstacles et diverses révélations… sauf qu’il n’y a pas vraiment de surprises, on comprend vite le lien entre les personnages assez rapidement. Le traitement sur le rôle et la place du fameux Musée des Merveilleux est assez faiblard dans le sens où on s’en fiche relativement de cette histoire qui connecte tous les personnages. Cette accumulation de défauts nous empêche d’être totalement embarqués et convaincus par cette histoire qui se veut poétique et émouvante mais qui ne l’est jamais réellement. La petite Millicent Simmonds (réellement sourde dans la vie), qui s’en tire par ailleurs plus que bien, interprète un personnage plutôt attachant. En revanche, je ne pourrais pas dire autant de bien concernant Ben et Jamie. Je ne remets pas en question les interprétations correctes d’Oakes Fegley et de Jaden Michael mais plutôt la caractérisation et les réactions parfois d’une stupidité sans nom (au point de me prendre un sérieux fou rire). Par exemple, Ben (gamin avec un air hargneux – ça n’a pas arrangé mes affaires) décide de passer un coup de fil la nuit (???) un jour d’orage ???) et en devient sourd : tu as presque envie de lui dire « ET BAH BRAVO MON GRAND ! ». Ou alors il dit des trucs tellement évidents du genre « Je suis affamé » juste après avoir entendu gargouiller son ventre à des kilomètres ou « J’ai envie de dormir » après avoir bruyamment bâillé. Pire, son ami Jamie est juste un gros psychopathe/stalkeur (il le connaît depuis 2 heures et ça y est, « tu veux être mon ami ?? » et se met à le suivre partout avec son appareil photo !) et ça ne choque personne visiblement ! Certes, peut-être que je m’arrête sur des détails mais je vous assure qu’ils ont perturbé mon visionnage ! Je suis finalement plus convaincue par le casting côté adultes (même si on voit trop peu la charismatique Michelle Williams), surtout par Julianne Moore qui assure totalement dans ce double-rôle, surtout dans le deuxième où elle apporte un peu d’émotion à ce film qui en manque. Hélas, malgré parfois quelques bonnes idées parfois bien exécutées, Le Musée des Merveilles n’émerveille pas comme prévu. Un Todd Haynes mineur dans sa fabuleuse carrière.

Le Musée des merveilles : Photo Millicent Simmonds

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Bègue

réalisé par Benjamin Cleary

avec Matthew Needham, Chloe Pirrie, Eric Richard, Richard Mason…

titre original : Stutterer

Drame britannique, irlandais. 12 mn. 2015.

Disponible légalement et gratuitement sur le replay d’Arte jusqu’au 14 mars 2017

⇒ICI⇐

stutterer

Typographe solitaire, Greenwood est victime d’importants troubles d’élocutions. Quand Elie, avec qui il échange sur internet depuis plusieurs mois lui propose de le rencontrer, il se retrouve face à sa plus grande angoisse.

Bègue : Photo

Je vous propose une petite chronique improvisée pour un film qui en vaut la peine et que vous pouvez regarder gratuitement jusqu’en mars prochain sur le site d’Arte replay comme je l’explique sous le descriptif. Bref, c’est en quelque sorte mon petit cadeau de fin d’année.

J’en profite pour vous souhaitez une excellente année et vous remercie tous pour votre fidélité qui me touche et me booste chaque jour. Le 1er janvier, je vous remercierai encore et je vous proposerai le top et flop 10 de 2016. Et n’oubliez pas, le 2 janvier, la nouvelle liste du Movie Challenge sera publiée sur le blog ! Petite précision aussi pour le mois de janvier pour ceux qui auraient raté quelques infos : je me focaliserai sur les quatre dernières critiques du Movie Challenge 2016 (La Déchirure, Avanti, Hard Day et Kill your darlings) et tenterai d’écrire quelques chroniques de films sortis cette année (avant de commencer la nouvelle) : The Nice Guys et Les Animaux Fantastiques en priorité). Bref, j’ai pas mal de boulot en janvier !

Stutterer ou Bègue dans sa version française a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 2016 (vous savez, cette fameuse catégorie dont on ne préoccupe pas réellement durant cette soirée). Comme beaucoup de gens voire même de cinéphiles, je ne prends pas toujours le temps de découvrir des courts-métrages, ce qui est un tort, je dois bien l’admettre (parce que le court-métrage n’est pas un sous-film). Le court-métrage est toujours un bon moyen pour un réalisateur de se lancer, de bâtir sa filmographie et surtout de se faire connaître. Je croise alors les doigts pour le jeune réalisateur irlandais Benjamin Cleary qui prouve ici qu’il possède un réel talent. J’espère qu’il continuera sa carrière et qu’il réalisera un de ces jours un long-métrage, je suis persuadée qu’il en est capable même s’il s’agit d’un exercice différent. Stutterer est donc un court-métrage de douze minutes suivant Greenwood, un jeune bègue (jusque-là, aucune surprise, puisque le titre nous l’indique) qui rencontre des difficultés au quotidien à cause de son handicap. Il discute en ligne depuis six mois avec une charmante jeune fille, cette dernière lui proposant alors de se voir physiquement pour de bon. En douze minutes, la question se pose : Greenwood va-t-il avoir le courage de se rendre à ce rendez-vous et de pouvoir sortir de sa solitude ? Ou au contraire, est-ce que son handicap va-t-il le bloquer et l’empêcher d’établir une belle relation possible ? En peu de temps, grâce à une mise en scène particulièrement efficace et de tout un lot d’arguments solides, Benjamin Cleary parvient à saisir toutes les difficultés vécues par un bègue au quotidien. Le réalisateur dit qu’il s’est d’ailleurs inspiré d’un ami bègue, lui racontant tout un lot d’anecdotes. Ainsi, cette manifestation est autant extérieure qu’intérieure. Extérieure parce qu’on est face à un jeune homme incapable de s’exprimer clairement dans la vie de tous les jours, même pour demander un simple renseignement concernant une de ses factures. Intérieure, parce que s’il ne peut pas s’exprimer en public, Greenwood entend dans son esprit sa voix, celle qu’il aimerait faire entendre aux autres s’il avait la possibilité de s’exprimer comme il le souhaiterait. Il ne s’agit pas uniquement de paroles qu’il aimerait prononcer. Ce désir de paroles se mélange aussi aux pensées du personnage principal. On retrouve alors un montage particulièrement astucieux entre la voix-off, les dialogues dans la réalité du personnage et les images. La photographie et le jeu de lumière sont également remarquables. Au-delà d’un formidable travail technique, le film parvient aussi à combiner en peu de temps tout une gamme d’émotions. On ressent la solitude de Greenwood, sa mélancolie, mais aussi ses quelques moments d’espoir. Le film aurait pu être déprimant. Tout en prenant en compte cette mélancolie, Stutterer est pourtant un court-métrage d’une réelle fraîche, avec quelques touches d’humour très efficaces. Enfin, je dois vraiment souligner les excellentes interprétations des deux acteurs principaux. Matthew Needham (je ne sais pas pourquoi mais il m’a fait penser à Ben Whishaw !), apparu dans la série Casualty ou dans Sherlock et surtout au théâtre, est formidable dans le rôle de ce garçon très attachant qui mériterait de sortir de sa coquille. J’espère vraiment revoir cet acteur dans des films et séries plus exposées, on sent qu’il a du talent ! Sa partenaire Chloe Pirrie, une jeune actrice écossaise vue dans Youth de Paolo Sorrentino ou encore dans la série Brief Enconters, fait preuve d’une grande fraîcheur (on peut comprendre que Greenwood puisse être sous son charme).

Bègue : Photo

Blancanieves

 réalisé par Pablo Berger

avec Maribel Verdu, Macarena Garcia, Sofia Oria, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina, Josep Maria Pou…

Drame espagnol. 1h45. 2012.

sortie française : 23 janvier 2013

Blancanieves

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

Blancanieves : photo Macarena García

L’année 2012 a été marqué par le succès mondial de The Artist. Le film de Michel Hazanivicius a prouvé que le public s’intéressait encore aux films muets et en noir et blanc. Blancanieves, un film espagnol tourné dans le même format et sorti en France à peine trois mois après la sortie de The Artist, a eu du mal à échapper à la comparaison. Cependant, au-delà de la forme, ces deux films n’ont rien à voir. Cependant, bien que j’aime énormément The Artist, Blancanieves me paraît encore plus ambitieux et également plus réussi. De plus, Blancanieves est également sorti après les deux dernières versions américaines de Blanche-Neige (la première réalisée par Tarsem Singh avec Julia Roberts et Lily Collins, la seconde par Rupert Sanders avec Kristen Stewart et Chazlize Theron). Mais une fois encore, Pablo Berger (réalisateur de l’étonnant Torremolinos 73) n’a pas eu de mal à affronter ses concurrents. Au final, Blancanieves a cartonné aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en repartant avec dix statuettes amplement méritées ! La réécriture de Blanche-Neige est très originale : en effet, cette histoire se déroule cette fois-ci dans les années 1920 dans l’univers de la corrida. Signer son film en noir et blanc et en muet est toujours un sacré défi. Techniquement, c’est évidemment très réussi : on a vraiment l’impression de voir un vieux film et on apprécie toujours de remarquer de nombreuses références cinématographiques. Le travail technique et esthétique (photographie, lumière…) permet de nous plonger dans cette période cinématographique avec une certaine élégance. C’était également un sacré pari de revoir ce conte qu’on connait tous par coeur. Comment nous surprendre à nouveau ? Pablo Berger a compris qu’il ne s’agissait pas simplement de donner du style et d’être original par rapport aux autres films qui ont déjà été faits sur ce même sujet. Il a réussi à donner énormément de force et d’émotion à son film. Les scènes entre la jeune Blanche-Neige et son père sont par exemple particulièrement touchantes. Il y a peu de « dialogues » mais pourtant on comprend toujours les enjeux de cette histoire. Et même si on connait les péripéties de l’histoire, Berger arrive à insérer dans son film une forme de suspense. Bref, malgré les difficiles exercices du muet, du noir et blanc et de la réécriture, le film m’a surprise et ne m’a pas ennuyée car j’ai trouvé l’ensemble rythmé.

Blancanieves : photo Maribel Verdú

Après avoir lu certaines critiques négatives, je précise une chose : même si la corrida est présente dans le film, il ne faut pas essayer de faire de débat pour ou contre. Je respecte évidemment les avis négatifs et ceux qui sont contre la corrida (j’en fais d’ailleurs partie). C’est mignon de défendre cette cause, je respecte totalement cette opinion, mais je ne pense pas que ce soit le but du film. La corrida, cette sorte de course, est typiquement espagnole et permet à cette réécriture de Blanche-Neige de s’ancrer dans une dimension culturelle, presque nationale. De plus, ici la corrida est un bon moyen pour aborder certains sujets comme l’héritage familial ou le danger. En effet, Blanche-Neige a raté certains moments avec son père lorsqu’elle était enfant mais elle essaie de rattraper ce temps perdu une fois qu’elle est devenue adulte. La corrida, c’est le métier de son père et c’est aussi grâce à cette activité qu’elle va se rapprocher de lui. Même s’il a du mal à bouger, le père arrive encore à vivre en lui transmettant sa passion. Lui transmettre cette passion, c’est en quelque sorte une belle preuve d’amour. De plus, on comprend bien que Carmen/Blanche-Neige a ça dans le sang et c’est grâce à son talent qu’elle va pouvoir en quelque sorte s’émanciper et échapper à sa belle-mère. Elle se met aussi en danger en affrontant cet énorme taureau, mais ne se méfiera pas d’une simple pomme qui est en réalité empoisonnée. Enfin, dans ce type de film, la musique est évidemment primordiale. Ici, le travail d’Alfonso de Villalonga est très réussi car il réussi à nous transmettre les « dialogues manquants » et de renforcer également l’émotion. Et même si elle est omniprésente, elle n’est pas envahissante, dans le sens où elle ne nous lasse à aucun moment. Les acteurs sont également tous excellents car sans prononcer de paroles, ils arrivent également à transmettre de l’émotion et tout ce que ressentent et font les personnages. Ils arrivent à être expressifs mais sans en faire des caisses. Maribul Verdu est géniale dans le rôle de la méchante belle-mère de Blanche-Neige. Ce qui est fabuleux, c’est que même si le film ne parle pas directement de la vieillesse (elle ne dit pas toutes les deux minutes « ohhhh que je suis laiiiide, j’ai la peau qui pendouille », on n’est pas chez les américains), la présence de ce thème reste fort : le maquillage est discret mais pourtant, on voit bien la présence de rides au fur et à mesure qu’on avance dans le film, et Verdu ressemble par moments à une sorte de Lady Gaga/Anna Wintour/Victoria Beckham tout en restant classe et adapté aux années 1920, son look ne parait pas anachronique. J’ai également beaucoup aimé les deux actrices qui jouent Blanche-Neige : la première, la jeune Sofia Oria, est toute mignonne et très touchante; et la deuxième, la très fraîche Macarena Garcia, est une véritable révélation. Daniel Gimenez-Cacho est également très émouvant dans le rôle du mari en deuil et du père qui essaie de se dévouer pour sa jeune fille même s’il est cloué dans son fauteuil roulant et qu’il a du mal à faire face à sa nouvelle femme. J’ai également apprécié la petite apparition d’Angela Molina et les nains toreros sont très attachants (notamment Josefa et le nain amoureux de Blanche-Neige).

Blancanieves : photo Macarena García