La Forme de l’eau

réalisé par Guillermo Del Toro

avec Sally Hawkins, Doug Jones, Michael Shannon, Richard Jenkins, Michael Stuhlbarg, Octavia Spencer, Nick Searcy, David Hewlett…

titre original : The Shape of Water

Fantastique, drame, romance américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo

Lauréat du Lion d’or et d’une ribambelle de prix – on le voit mal repartir sans Oscars, La Forme de l’eau est déjà aux yeux de certains le chef-d’oeuvre de Guillermo Del Toro. Même si je connais finalement encore mal sa filmographie, je reste persuadée que ses meilleurs films restent L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan. Je vous l’annonce d’emblée : non, La Forme de l’eau n’est pas un chef-d’oeuvre. Oui, j’ai même quelques (petits) reproches à lui faire. Mais oui, il s’agit indéniablement d’un très bon film, peut-être même d’un grand film (seul le futur nous le dira) et c’est déjà une bonne chose. On ne peut évidemment pas passer à côté de son époustouflant sens esthétique rétro-fantastique-poétique qui sert toujours la narration (et vice versa). Rien qu’avec des couleurs très marquées, certainement symboliques (on se demanderait presque si le manteau rouge que porte l’héroïne, qui a un air de Blanche-Neige, ne serait pas un clin d’oeil au Petit Chaperon Rouge pour ne citer que cet exemple), le spectateur sait d’emblée qu’il s’agit d’un conte : il doit alors en accepter ses codes et ses règles. Un conte est par définition un récit souvent oral (d’où la voix off qui se fait discrète) faisant appel au merveilleux. Il allie aussi un aspect enfantin et naïf (avec cette héroïne qui rêve de comédies musicales) et un autre beaucoup plus adulte et surtout cruel (et parfois, Del Toro n’y va pas de main morte – RIP le chat). Bref, le réalisateur reprend parfaitement tous les codes que l’on connait du conte pour sublimer une histoire d’amour autant poétique, douce que profondément cruelle entre deux êtres rejetés par la société, littéralement deux monstres. On pourrait s’attarder des heures sur la beauté splendide qui s’étale sous nos yeux pendant deux heures : la photographie est totalement en accord avec le choix narratif du conte, les décors sont soignés ou encore le maquillage de la Bête est juste fou. Nous passons aussi à des couleurs autant vives (je reviens à cette fameuse couleur rouge, très forte et riche en explication et interprétations à elle seule) à des jeux d’ombre qui nous rappellent l’expressionnisme. Del Toro reprend alors les types présents dans les contes, c’est forcément un peu « grossier » dans le bon sens du terme, mais jamais caricatural. Au-delà de l’écriture qui trouve certainement un équilibre, on peut aussi remercier toute la distribution qui s’en sort merveilleusement bien : les nominations aux Oscars pour Sally Hawkins, Richard Jenkins et Octavia Spencer sont totalement justifiées et l’excellent Michael Stuhlbarg, qu’on voit décidément partout en ce moment, aurait également pu y trouver sa place. 

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Octavia Spencer, Sally Hawkins

On pourra même s’étonner de constater une écriture assez intelligente concernant les méchants (même si la dimension « type » est pourtant toujours présente). Richard Strickland, incarné par l’excellent Michael Shannon, serait selon certaines critiques que j’ai lues un véritable méchant (ne pas y voir ici un règlement de comptes ou quelque chose comme ça – juste un petit désaccord). Justement, ce personnage – pourtant violent, raciste et misogyne (on ne minime évidemment pas l’accumulation évidente de défauts : bref, c’est un sale type) – n’est pourtant pas pour moi le véritable grand méchant du récit. Certes, il est devenu un monstre (en tout cas encore plus qu’il ne l’était avant même – son apparence cachait en tout cas sa nature), autant physiquement (comme si la perte de ses doigts marquait encore plus la perte de son humanité) que moralement. On ne peut évidemment pas le mettre dans la même classe des autres « monstres » qu’il méprise, ces monstres de la différence (une muette, une afro-Américaine, un homosexuel, un Russe – détail important durant la Guerre Froide). Il est également pris dans un système qui le pousse à être encore plus monstrueux qu’il ne l’est : le général Hoyt est pour moi le véritable méchant de l’histoire, le méchant suprême, qu’on voit pourtant très peu mais qui joue un rôle essentiel : il le dit lui-même il décide de tout, il humilie qui il veut. A l’image du cadre de l’histoire (durant la Guerre Froide), il incarne une menace invisible mais réellement dangereuse. Strickland a beau ne pas faire partie de la minorité (c’est un homme Blanc, père de famille aux airs parfaits), on n’a pas forcément envie de le plaindre, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’est pas victime en quelque sorte des agissements de Hoyt (mais d’une autre manière). Cela peut presque paraître étonnant de voir cette nuance chez les personnages alors que l’écriture n’est pas toujours fine (reproche que je faisais déjà à Del Toro dans son Crimson Peak). Le réalisateur mexicain a le mérite d’offrir un cinéma relativement accessible sans vendre son âme au Diable, sa personnalité apparaît sans cesse à travers son oeuvre. Certes, il a beau s’inspirer de films (coucou le rageux Jean-Pierre Jeunet qui voit du plagiat partout), comme par exemple L’Etrange Créature du lac noir de Jack Arnold (le look de la Bête puise clairement dans ce film) ou d’autres références culturelles (La Belle et la Bête) voire même mythologiques (Orphée), Del Toro ne se fait pas écraser pour autant par tout cet héritage qui nourrit considérablement et utilement son oeuvre.

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Sally Hawkins

La Forme de l’eau est alors aussi un hommage au cinéma, celui aussi qui permet de rêver et de s’évader, tout comme le conte qui enjolive les dures réalités ou même les comédies musicales (même si, au secours, cette scène-là est juste gênante : Del Toro ne réussit pas non plus son pari à faire tenir son héroïne muette jusqu’au bout, quel dommage même si on comprend où il veut en venir). La scène où la Créature (habitée par le roi de la transformation Doug Jones) rejointe par Elisa dans le cinéma est certainement une des plus fortes du film car on comprend en peu de temps le nombre d’enjeux mis en place par le réalisateur. La Forme de l’eau est un film très riche sur de nombreux points qui fait preuve d’une rare générosité. Cela dit, comme prévu au début de cette chronique, j’ai quelques petits reproches à lui faire même si cela n’enlève en rien à la qualité générale de ce fabuleux long-métrage qui mérite son succès et toute l’attention qu’on lui porte actuellement. Bref, même si on sent que Del Toro s’est donné du mal pour émouvoir le spectateur, La Forme de l’eau ne m’a réellement émue – même s’il s’agit d’un très beau film même émotionnellement. Selon moi, je n’ai pas réussi à être autant bouleversée par ce conte car le scénario, pourtant bien écrit, reste pour moi un peu trop attendu : aucun rebondissement ne m’a réellement surprise. J’ai presque envie de dire que l’histoire coule presque un peu trop de source. De plus, quelques petits détails me font tiquer. En effet, l’attachement qu’a Elisa pour la Bête est un peu trop rapide. Certes, les parallèles entre elle et l’Amphibien sautent aux yeux : ils ne parlent pas, ils viennent de la mer (on nous dit qu’Elisa a été recueillie près d’une rivière), sont rejetés pour leur différence. Cela dit, on ne ressent chez elle aucune peur au début face à cette étrangeté. Je veux bien croire que sa naïveté et l’identification qu’elle a puisse expliquer cela mais cela parait autant peu crédible que trop rapide. Enfin, autre petit point sur lequel j’aimerais revenir : le sexe. Il est évident que le conte n’est pas aussi enfantin qu’il en a l’air, que ce genre est un moyen d’aborder des sujets plus adultes. Je ne vous apprends évidemment rien sur l’eau en tant que représentation sexuelle (entre autres). Là encore, je comprends la volonté d’exposer quelques scènes de sexe, que ce soit les masturbations matinales de Elisa ou encore la relation sexuelle entre Elisa et la Bête (qui a le mérite d’être onirique). Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver que de Del Toro en montrait et même en disait trop (même s’il n’y a de vulgaire : ce n’est pas le fond de mon propos), que son écriture manquait ici de finesse via ce thème, comme s’il empêchait à son oeuvre d’être encore plus universelle qu’elle ne l’est déjà. La Forme de l’eau a beau être perfectible selon moi, il s’agit tout de même d’une formidable grande réussite.

La Forme de l'eau - The Shape of Water : Photo Richard Jenkins, Sally Hawkins

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The Elephant Man

réalisé par David Lynch

avec Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft, John Gielgud, Wendy Hiller, Lesley Dunlop, Dexter Fletcher…

Drame, biopic américain. 2h. 1980.

sortie française : 9 octobre 1980

Movie Challenge 2017 : Un film en noir et blanc

Londres, 1884. Le chirurgien Frederick Treves découvre un homme complètement défiguré et difforme, devenu une attraction de foire. John Merrick,  » le monstre « , doit son nom de Elephant Man au terrible accident que subit sa mère. Alors enceinte de quelques mois, elle est renversée par un éléphant. Impressionné par de telles difformités, le Dr. Treves achète Merrick, l’arrachant ainsi à la violence de son propriétaire, et à l’humiliation quotidienne d’être mis en spectacle. Le chirurgien pense alors que  » le monstre  » est un idiot congénital. Il découvre rapidement en Merrick un homme meurtri, intelligent et doté d’une grande sensibilité.

Elephant Man : Photo Anthony Hopkins

Elephant Man n’est que le second long-métrage de David Lynch après le fabuleux Eraserhead. Son premier long est très à part dans le cinéma et avait quelque chose d’artisanal voire même d’expérimental, on pourrait même le qualifier d’OFNI. Elephant Man peut sembler a priori très différent de son premier film : sur le papier, il s’agit à l’origine d’un biopic classique (certes romancé), ce qui ne peut que plaire à un plus large public. Elephant Man avait d’ailleurs été nommé à huit reprises aux Oscars (et était reparti les mains vides, le film de Robert Redford, Des gens comme les autres, ayant triomphé à sa place). Pourtant, on ne peut pas limiter Elephant Man à un biopic (le scénario n’étant en plus pas totalement fidèle à la véritable histoire – même s’il est dans les grandes lignes, ne chipotons pas non plus). Pour la petite info, les deux scénaristes, Eric Bergen et Christopher De Vore se sont inspirés de deux ouvrages (même si ce scénario a légèrement été modifié par Lynch) : The Elephant Man and the Other Reminiscences de Sir Frederick Treves (incarné par Anthony Hopkins) et The Elephant man : a study in human dignity d’Ashley Montagu.Justement, j’y ai vu un lien entre Eraserhead et Elephant Man. Au-delà du noir et blanc commun, ces deux longs-métrages mettent en scène deux figures de monstre. Certes, dans Eraserhead, l’onirisme est plus présent et assumé. Mais cette part de rêve est pourtant également présente dans Elephant Man (je pense notamment à la scène avec la mère de Merrick qui apparaît dans un rêve, sa tête étant littéralement dans les étoiles) même si nous sommes dans un monde réaliste, dans un contexte historique assez précis (Le Londres de l’ère victorienne). Surtout, des thèmes communs sont abordés comme par exemple l’enfant rejeté par sa différence (notamment par ses propres parents) ou le regard posé qui transforme aussi l’individu en monstre. A travers la figure monstrueuse (d’un point de vue physique) de John Merrick, David Lynch dénonce la bêtise et la méchanceté humaine. Dit comme ça, ça peut sembler simpliste. Sauf qu’à l’écran, ça passe comme une lettre à la poste. Surtout, on s’aperçoit que le scénario n’est pas aussi manichéen qu’il pourrait en avoir l’air. Certes, on remarque une opposition entre les pauvres (des ignorants issus du monde industriel) et les riches (cultivés et a priori plus tolérants). Cela dit, les choses ne sont pas aussi limitées. En effet, si les bourgeois apportent à John Merrick de la culture qui l’ouvre davantage à de l’humanité, nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’ils représentent naïvement les « gentils » de l’histoire.

 

Elephant Man : Photo John Hurt

Par exemple, même s’il y a des choses positives dans leur relation et qu’il y a certainement une sorte d’attachement entre les deux personnages, le docteur Treves, s’intéresse à John Merrick parce que ce dernier peut apporter quelque chose à la médecine. Même avec Treves, Merrick continue à être aussi une bête de foire exploitée, même s’il apprend grâce à accéder ne serait-ce qu’un temps à un semblant de bonheur. Véritable ode à la tolérance et à la différence, Elephant Man est un long-métrage terriblement émouvant, profond, avec sa complexité (notamment à partir du travail d’images) tout en étant accessible. Il mêle aussi bien une histoire individuelle que l’Histoire (l’industrialisation serait-elle le signe de déshumanisation ?). De plus, il est vraiment émouvant, que ce soit grâce à la possible humanité existante sur cette planète ou justement en dénonçant la cruauté inimaginable des hommes. J’avoue avoir beaucoup pleuré et c’est même la première fois qu’un film de Lynch me touche autant. De plus, cette émotion ne m’a jamais semblé forcée, elle vient assez naturellement dans un cadre assez sobre, loin des biopics typiquement hollywoodiens. Au-delà de l’émotion et des différents thèmes très bien traités, Elephant Man est également très réussi esthétiquement. L’utilisation du noir et blanc est très judicieuse : elle permet d’accentuer la dimension réaliste et historique du récit tout en combinant avec des effets poétiques voire même fantasmagoriques. Surtout le noir et blanc accentue encore plus la noirceur de l’homme. La photographie est en tout cas sublime, les décors parfaits et le maquillage tout simplement bluffant. Plus globalement, la mise en scène est impeccable : avec ce deuxième long-métrage, David Lynch confirme déjà qu’il a tout d’un grand réalisateur. Enfin, le casting est également impeccable. Dans le rôle de l’homme-éléphant (qui est surtout « un homme », ne l’oublions pas), John Hurt (disparu en janvier dernier), méconnaissable et nommé aux Oscars pour ce rôle, livre une interprétation bouleversante et terriblement humaine. Il a beau avoir un plâtre sur sa figure, son regard est si expressif, il parvient à retranscrire la fragilité et l’innocence de ce personnage. Anthony Hopkins est également remarquable dans le rôle du docteur Treves : il parvient à rester sobre tout en parvenant à exprimer l’ambiguïté de son personnage. Tous les seconds rôles sont également bons, notamment la lumineuse Anne Bancroft (son mari le réalisateur Mel Brooks a co-produit ce film).

Elephant Man : Photo John Hurt

Quelques minutes après minuit

réalisé par Juan Antonio Bayona

avec Lewis MacDougall, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Liam Neeson, Toby Kebbell, Dominic Boyle, Geraldine Chaplin…

titre original : A Monster Calls

Drame, fantastique espagnol, britannique, américain. 1h48. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

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Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

Quelques minutes après minuit : Photo Felicity Jones, Lewis MacDougall

Quelques minutes après minuit est une adaptation de l’excellent roman du même nom écrit par l’auteur anglo-américain Patrick Ness, lui-même ayant repris le projet de l’écrivaine britannique Siobhan Dowd, décédée d’un cancer durant l’écriture en 2007. Patrick Ness a aussi signé le scénario du long-métrage réalisé par Juan Antonio Bayona, dont on se souvient encore de ses deux précédents bijoux : L’Orphelinat et The Impossible. Quelques minutes après minuit a récemment triomphé aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en remportant neuf récompenses dont celui du meilleur réalisateur. Une grande partie de la production est espagnole, mais l’intrigue se déroule en Angleterre. Le spectateur suit l’histoire du jeune Conor (âgé d’une petite dizaine d’années) qui doit supporter un grand nombre d’épreuves : le cancer de sa mère, la maniaquerie et la dureté de sa jeune grand-mère, son père parti refaire sa vie à Los Angeles et le harcèlement à l’école. Conor rencontre alors un monstre qui prend la forme d’un arbre (un if pour être exact), débarquant à chaque fois à 12h07, en général après minuit (d’où le titre français) mais aussi en journée (d’où ma précision sur la manière d’écrire l’heure en chiffre et non nécessairement en lettres avec un sous-entendu sur la période exacte). Dit comme ça, le film fait penser à l’excellent Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro si on reprend certains éléments : un film espagnol (même si tout le monde dans le film, dans le cas du film de Bayona, parle donc en anglais), une mère malade et mourante et un arbre qui a une place importante dans un récit aux allures de conte. Mais très rapidement, l’oeuvre de Bayona possède son propre univers et personnalité, on s’aperçoit vite qu’elle ne cherche pas à copier qui que ce soit. Avec un tel sujet, on aurait pu s’attendre à quelque chose de larmoyant. Certes, je peux admettre que l’émotion est peut-être parfois soulignée par quelques effets assez habituels dans certaines scènes (que ce soit des répliques ou la musique). Cela dit, ces effets en question ne gâchent pas selon moi la véritable émotion qui ne naît pas de procédés « superficiels » mais bien parce qu’il y a quelque chose qui sonne vrai. Le film n’a rien de gnangnan : il est réellement poignant. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas su trouver son public : il peut paraître trop dur pour un jeune public et l’aspect conte / fantastique a certainement rebuté les adultes. Pourtant, le film s’adresse à un large public en ne prenant personne pour des imbéciles. Ainsi, le conte n’est pas ici un moyen de mieux cacher la vérité. Au contraire, le film est une incitation à accepter la vérité, même la plus dure.

Quelques minutes après minuit : Photo Lewis MacDougall

Les scènes représentant les différentes histoires contées par le monstre sont époustouflantes, j’ai énormément aimé cette esthétique sous forme d’aquarelle. Ce choix prend encore plus de sens par rapport à quelques ajouts par rapport au roman d’origine : le dessin permet ici de créer une connexion encore plus forte entre la mère et son fils. D’autres petits ajouts m’ont également semblé assez pertinents, même si j’évoque aussi des détails et des points assez furtifs, comme par exemple le lien possible entre le monstre et une figure familiale. Le scénario, tout en restant assez fidèle au roman, est consistant et a surtout le mérite d’éviter le manichéisme (ce qui peut expliquer pourquoi ce film n’a pas une dimension larmoyante). La mise en scène, elle, est tout simplement remarquable. J’évoquais juste avant la qualité de l’esthétique avec des scènes sous forme de dessins jouant avec les formes et les couleurs. Le film en lui-même, dans ses scènes se déroulant dans la réalité, est également soigné visuellement. Je tiens notamment à souligner la présence d’une magnifique photographie, accentuant différents aspects qui se mélangent bien dans le long-métrage : la poésie, le merveilleux et la noirceur. Enfin, Quelques minutes après minuit est servi par une excellente distribution. Dans le rôle principal, le jeune Lewis MacDougall (vu dans Pan de Joe Wright) est bouleversant. Il faut dire que l’acteur écossais s’est inspiré pour son interprétation de sa propre histoire, sa mère étant décédée d’une maladie un an avant le tournage de ce film. Felicity Jones incarne une jeune mère malade, bienveillante, optimiste et courageuse avec beaucoup de justesse. Sigourney Weaver est également remarquable dans le rôle de cette grand-mère qui prend les choses en main en tentant de ne pas montrer sa souffrance. Je n’ai pas vu le film en VO (je suis allée voir le film dans un petit cinéma in extremis), c’est difficile de parler objectivement du travail vocal de Liam Neeson dans le rôle du monstre. Cela dit, il avait déjà procédé à ce type d’exercice (notamment dans les Narnia) et connaissant son talent et son travail en général , je pense qu’il n’y a pas trop à s’en faire (ceux qui l’ont vu en VO devraient me le confirmer). Pour conclure, je ne peux que vous conseiller Quelques minutes après minuit qui mérite d’être découvert et d’avoir une seconde vie, son échec au cinéma n’étant pas justifié. Bouleversant, même puissant, il parvient à mêler avec habilité fond et forme et pourra toucher différents types de public.

Quelques minutes après minuit : Photo Sigourney Weaver

Miss Peregrine et les enfants particuliers

réalisé par Tim Burton

avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Rupert Everett, Judi Dench, Allison Janney, Chris O’Dowd, Kim Dickens, Finlay MacMillan…

titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children

Film fantastique américain, britannique, belge. 2h07. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

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À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Ella Purnell, Eva Green, Lauren McCrostie, Pixie Davies

En dehors de quelques exceptions (qui ne sont cependant pas des chefs-d’oeuvre, je pense notamment, en ce qui me concerne, à Sweeney Todd), ça fait depuis pratiquement une quinzaine d’années que Tim Burton n’a plus d’inspiration, qu’il se recycle (et pourtant il a été longtemps un de mes réalisateurs préférés). Mais chez moi, malgré les déceptions que j’ai pu avoir ces dernières années, un Tim Burton suscite encore un intérêt chez moi, c’est toujours un événement. J’attends (faussement) naïvement son prochain vrai bijou. Cette fois-ci il adapte best-seller de l’auteur américain Ransom Riggs. Je me suis procurée le bouquin il y a déjà deux mois mais je vois l’adaptation de Burton, je n’ai pour l’instant pas envie de le lire même si j’ai peut-être tort ! Quand on n’a pas lu le bouquin qui sert de matériau, il est toujours difficile de savoir si le problème d’un film vient du texte d’origine ou du travail d’adaptation même si à ce stade-là je me dis que ça doit probablement venir des deux, d’où maintenant ma méfiance envers le roman (en réalité une trilogie). Cela me fait de la peine au fond de ne pas avoir accroché car je dois reconnaître qu’on reconnait par moments la patte de Tim Burton même si encore une fois je trouve qu’il recycle beaucoup d’idées. On sait par exemple son intérêt pour la photographie, en particulier pour les clichés étranges et même effrayants. Ca se ressent à l’écran et ça crée – heureusement – un joli moment cinématographique. Par ailleurs, on retrouve ces photographies dans l’ouvrage de Riggs. Je pense aussi à cette scène folle (une des meilleures du film même si les figurants ont l’air de faire leur jogging !) au parc d’attraction avec les squelettes qui débarquent et un caméo sympathique de Tim Burton himself ! Enfin, dans les thèmes abordés, on retrouve de nouveau des thèmes qui lui sont chers : la différence, le monde de l’enfance (et le passage vers l’âge adulte), le monstre ou encore la mort. Oui, les thèmes sont effectivement riches mais hélas on ne fait que les survoler. C’est forcément frustrant de passer à côté d’une éventuelle profondeur.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Eva Green

Au-delà de la non-exploitation des thèmes, ce qui m’a à la fois frustrée et foutue en boule, l’histoire ne m’a pas plus emballée que ça (d’où aussi mon appréhension pour découvrir le bouquin). Il faut dire qu’on met une plombe pour entrer dans l’histoire. La première partie ? On se dit tout le long « ah ce gosse, il aimait son grand-père ! Il est braaaave ». Puis une fois qu’on a vraiment découvert Miss Peregrine, les gosses, la maison, le voyage dans le temps et tout le reste qui va avec, sans aucune raison, il y a absolument tout qui s’enchaîne… Mais limite trop ! Je n’ai rien contre le fantastique, loin de là, mais on a vraiment l’impression de passer d’un monde à l’autre (du réel actuel sans magie et sombre à un autre très coloré dans un autre temps avec les bizarreries et autres choses merveilleuses) sans réelle transition. Limite on passe du coq à l’âne ! Surtout dans la deuxième partie, tout s’accélère au point qu’on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe (ou alors je passe pour une demeurée… ce que je peux accepter !) ! On voit plein de monstres débouler à droite et à gauche, ça m’a fatiguée ! J’ai trouvé ça faussement compliqué cette histoire de boucle dans le temps, pas forcément très bien expliquée non plus. Surtout, je n’ai pas spécialement compris l’intérêt des particularités des enfants. Oui, on a compris le message autour de la différence voire même autour des victimes de la guerre, du nazisme notamment. Mais je ne trouve pas les pouvoirs de chacun très bien exploités. On a un peu l’impression que certains ont des pouvoirs parce que c’est cool mais au fond, en dehors d’une seule scène, on ne comprend pas trop leur utilité ni l’intérêt, même en ce qui concerne le héros. Pour certains (je pense notamment à Enoch ce chieur ou encore les jumeaux), on met une plombe à connaître leurs pouvoirs. La particularité des enfants m’a semblé du coup assez superficielle. On notera aussi au passage quelques incohérences notamment une liée aux chaussures de plomb d’Emma (un objet assez unique qu’on ne trouve pas comme ça dans un supermarché), celle qui peut s’envoler comme un ballon. Du genre, Burton prend le temps de nous montrer qu’elle ne les a plus, qu’elle les abandonne, que Jake la transporte juste après avec une corde vu qu’elle n’a plus de chaussures. Là on se dit « chouette, il a fait attention ». Et deux scènes plus tard, BIM ! Tu ne sais pas d’où elle les sort mais la meuf a soudainement retrouvé ses pompes !

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo

J’ai envie de dire du bien d’Eva Green (que j’aime de plus en plus alors qu’il y a quelques années j’avais du mal avec elle). Oui, elle joue bien, elle correspond bien à l’univers de Burton (sa deuxième incursion après le pas très bon Dark Shadows). Son interprétation est bonne, l’actrice est très charismatique, j’aime son côté sombre et sorti d’un autre temps, je n’ai pas de reproche à lui faire, le job est plus que bien fait. Je ne sais pas du tout comment apparaît son personnage dans le roman, je comprends aussi l’envie de mettre en avant les enfants particuliers. Mais on la voit tellement trop peu ! On a presque envie d’inscrire en premier dans le générique « Un oiseau » ! Le reste du casting ne m’a pas tellement impressionnée pour ne pas dire déçue. Pourtant, j’aime beaucoup certains acteurs. Par exemple, en méchant avec des yeux blancs et des dents de monstre sorti d’un dessin pour gosse, Samuel L. Jackson cabotine énormément ! J’ai également beaucoup de sympathie depuis un moment pour le jeune Asa Butterfield, on sait depuis un moment qu’il a du potentiel et pourrait avoir une carrière intéressante s’il ne fait pas trop de conneries. Mais là sans dire qu’il joue comme un pied, il ne m’a pas totalement convaincue, mais je pense que le personnage en lui-même n’est finalement pas très intéressant (en dehors de « c’est choupi, il aime son papi ! »). Le reste du casting n’est pas forcément mauvais mais je dirais que c’est sans plus, les acteurs passent, ils sont à peu près contents d’être dans le nouveau Tim Burton parce que, quand même, c’est Tim Burton, ils font donc le job. Seul Terence Stamp sort finalement un peu du lot. Pour sauver tout ça, en dehors de quelques thèmes intéressants mais qui auraient pu être mieux traités, de quelques scènes tout de même amusantes et pas trop mal foutues, je dois tout de même reconnaître un travail esthétique. Rien que visuellement on parvient à faire une distinction entre les deux mondes. Encore une fois on va aussi revenir au lien avec la photographie : il y a des scènes où on voit effectivement bien ce rapport et en général ces aspects sont plutôt bien mis en valeur (même s’il n’y en a pas des masses non plus).

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Eva Green

Chair de Poule

réalisé par Rob Letterman

avec Jack Black, Dylan Minnette, Odeya Rush, Amy Ryan, Ryan Lee, Jillian Bell, Ken Marino, Timothy Simons, Amanda Lund…

titre original : Goosebumps

Comédie, aventure américaine. 1h44. 2015.

sortie française : 10 février 2016

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Zach Cooper vient d’emménager dans une petite ville, et il a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie… jusqu’à ce qu’il rencontre sa très jolie voisine, Hannah, et se fasse un nouveau pote, Champ. Zach découvre rapidement que la famille d’Hannah est spéciale : l’énigmatique père de la jeune fille n’est autre que R.L. Stine, le célébrissime auteur des bestsellers horrifiques Chair de poule. Plus bizarre encore, les monstres que l’écrivain met en scène dans ses romans existent bel et bien. Stine les garde prisonniers à l’intérieur de ses manuscrits. Mais lorsque les créatures se retrouvent libérées par erreur, Zach, Hannah, Champ et Stine sont les seuls à pouvoir sauver la ville…

Chair de Poule - Le film : Photo Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush, Ryan Lee

Je ne vais pas essayer de m’inventer une vie en disant que j’ai lu tous les Chair de Poule mais la série littéraire pour enfants de Robert L. Stine, qui a été aussi adaptée en série télé (diffusée sur LA chaîne de mon enfance : KD2A), a tout de même marqué cette période de ma vie (tout comme, dans le même style, Fais-moi peur !). J’étais donc très curieuse de découvrir cette sorte d’adaptation de plusieurs bouquins, en tout cas un film qui réunit différents personnages tout en intégrant Stine en tant que personnage au coeur de l’intrigue. Cela dit, je n’étais pas non plus totalement rassurée. J’aime beaucoup Jack Black mais il faut avouer que ce n’est pas l’acteur le plus fin de la Terre ! Puis, le réalisateur Rob Letterman avait signé une nouvelle version des Voyages de Gulliver (avec justement Jack Black). Je n’ai pas eu l’occasion de regarder ce film en question (et je n’ai pas spécialement envie de le voir) mais toutes les mauvaises critiques à son égard m’ont jeté un froid ! De plus, remettre au goût du jour une série littéraire/télé aussi connue reste un petit défi à relever. Enfin, j’avais tout de même peur que ça ait pris un sacré coup de vieux et que ça paraisse ringard. Au moment où je faisais la queue pour le film, j’ai failli changer de film au dernier moment, je redoutais le pire, puis finalement au dernier moment j’ai décidé d’assumer mes choix ! Au début, je dois avouer que j’ai pris peur, trouvant le film mettant un peu de temps à démarrer. Finalement, une fois qu’on entre dans le vif du sujet, ce Chair de Poule version cinéma est plus convaincant que prévu et trouve son rythme. Certes, il ne faut pas s’attendre à avoir trop peur (je me suis d’ailleurs permis de retirer sur ma fiche de film le terme « épouvante-horreur » comme je l’ai vu sur Allocine) à part si on est enfant. Mais justement, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un film destiné pour les enfants. Certes, sans crier au génie, je n’ai pas trouvé ce long-métrage débile pour les gosses (hélas trop de films prennent les enfants pour des demeurés !). En tout cas, même s’il s’agit d’un film commercial, il a le mérite d’être un honnête divertissement. Certes, la mise en scène n’est pas extraordinaire mais, pour ce type de production, le travail reste correctement fait.

Chair de Poule - Le film : Photo Jack Black

Ca fait longtemps que je n’ai évidemment pas lu les romans (la dernière fois doit remonter à ma 4e !) ni vu la série (qui, pour rappel, a vu défiler certains jeunes acteurs de l’époque, comme Hayden Christensen ou encore Ryan Gosling) mais petit à petit j’ai retrouvé l’univers que je connais môme. Visuellement, dans l’ensemble, le travail est plutôt satisfaisant. Certes, je reste un peu sceptique en ce qui concerne la place de l’Homme des Neiges. La créature est plutôt bien faite mais je trouve qu’elle s’incruste mal dans les décors réels. Cela dit, dans l’ensemble, les autres monstres m’ont paru bien foutu d’un point de vue esthétique ou en tout cas crédibles, je pense notamment au pantin maléfique Slappy ou encore les zombies (interprétés, pour l’occasion, par des figurants de la série The Walking Dead). Comme je le disais plus haut, j’avais peur que le résultat soit trop kitsch. Certes, on pense parfois à certains films cultes pour enfants datant des années 1980/1990 comme Gremlins ou Jumanji. Cela dit, contrairement à ce que je redoutais, le résultat n’est pas ridicule ni ringard même s’il n’a rien de révolutionnaire (mais je n’en demandais pas tant pour être honnête). J’ai surtout apprécié la mise en abyme fait avec le personnage de Robert L. Stine, remis en avant grâce à ce film. Ainsi, il y a un mélange des genres (aventure, famille, comédie, « horreur ») et de la fiction avec la réalité qui fonctionne pas si mal que ça. Par contre, je suis un peu plus partagée en ce qui concerne la fin : elle laisse la possibilité d’une suite tout en fermant l’histoire de ce film en question mais elle détruit la réflexion mise en place autour du personnage d’Anna. Enfin, le casting est plutôt bon. Jack Black est finalement bon dans le rôle de Robert L. Stine. Pour une fois, je l’ai trouvé assez sobre et charismatique. Le reste de la distribution s’en sort également assez bien même si on n’échappe pourtant pas à une énième amourette d’ados, entre les pourtant convaincants Dylan Minnette (oui, le nom…) et Odeya Rush. J’étais aussi contente de retrouver Ryan Lee, le gamin rigolo de Super 8 de J. J. Abrams (là encore très bien dans le rôle du boulet de service). On appréciera également le caméo de Stine en prof !

Chair de Poule - Le film : Photo Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush, Ryan Lee

Tale of Tales

réalisé par Matteo Garrone

avec Salma Hayek, Toby Jones, Vincent Cassel, John C. Reilly, Shirley Henderson, Hayley Carmichael, Bebe Cave, Jessie Cave, Stacy Martin, Christian Lees, Jonah Lees, Alba Rohrwacher, Guillaume Delaunay…

titre original : Il racconto dei racconti

Film fantastique italien, français, britannique. 2h14. 2014.

sortie française : 1 juillet 2015

Movie Challenge 2016 : Un film adapté d’un livre

tale

Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

Tale of Tales : Photo Salma Hayek-Pinault

Cela fait un moment que j’aime beaucoup le travail de Matteo Garrone, le réalisateur de Gomorra et Reality, tous les deux couronnés par le Grand Prix au festival de Cannes, respectivement en 2008 (sous la présidence de Sean Penn) et 2012 (sous celle de Nanni Moretti). J’étais donc enthousiaste de voir de nouveau Garrone en compétition cannoise avec ce Tale of Tales, même si le fait d’avoir tourné en langue anglaise avec un casting international ne me rassurait pas bizarrement. Garrone adapte ici Le Pentamerone (ou Le Conte des Contes) de Giambattista Basile, qui regroupe une cinquantaine de contes. Le titre ne vous dira peut-être rien, pourtant cette oeuvre a inspiré un grand nombre d’auteurs : Charles Perrault, les frères Grimm, J. R. R. Tolkien ou encore J. K. Rowling. Hélas, ce dernier long-métrage de Garrone ne m’a pas vraiment emballée. Le réalisateur a clamé dans toutes ses interviews qu’il présente comme des tableaux, lui-même étant peintre à côté de ses activités de cinéaste. Certes, je dois reconnaître que le film est très réussi d’un point de vue esthétique. L’équipe a vraiment mis les moyens dans d’impressionnants décors et costumes, la photographie et la lumière rendent également ce film encore plus sublime. On sent effectivement le rapprochement avec la peinture. En dehors de ça, Tale of Tales ne m’a pas vraiment convaincue et j’ai même l’horrible sentiment qu’il s’agit d’un horrible gâchis. Pour moi, c’est la preuve vivante qu’un beau film d’un point de vue esthétique n’est pas nécessairement un gage de réussite. J’aurais voulu littéralement m’émerveiller devant toutes ces belles images qui présentent des rois et monstres en tout genre, hélas je me suis vraiment ennuyée et je trouve que ça manque d’émotion, de force, de puissance et de magie même, ce qui est un comble face à des contes ! J’ai l’impression que Garrone a eu du mal à trier parmi les nombreux contes et surtout son travail est hyper bordélique. Le long-métrage présente trois histoires de manière entrecroisée : la première présente une reine (Salma Hayek) obsédée par son désir d’enfant, la seconde met en scène un roi (Toby Jones) qui découvre une puce qui va grandir considérablement et enfin la troisième histoire est celle d’un roi libertin qui est séduit par le chant d’une femme sans savoir que cette dernière est âgée et pas franchement très bien conservée.

Tale of Tales : Photo Stacy Martin

Entrecroiser ces trois histoires aurait pu donner du rythme à ce film qui dépasse les deux heures. Or, je me suis beaucoup ennuyée car le montage n’est pas très bon. Je n’ai rien contre les films qui présentent ce type de schéma à condition qu’il n’y ait pas de déséquilibre dans la présentation des histoires. Or, non seulement, il y a ce problème d’équilibre mais en plus, en dehors de la toute fin, on a tout de même du mal à voir la réelle connexion entre chaque récit, il n’y a pas de réelle connexion narrative, on ne comprend pas toujours les passages d’une histoire à l’autre. Pire, on a même parfois la désagréable impression que ce long-métrage ne parle de rien. En fait, on sent que Garrone a voulu lier les trois histoires mais il n’a pas réussi à nous donner cette impression d’emboîtement, c’est-à-dire qu’on est face à trois contes mais pas à ce que nous promet le titre, un conte des contes. Cela est réellement dommage de voir un scénario qui manque de structure et du coup qui part dans tous les sens car du coup on ne perçoit pas toujours les efforts de mise en scène. De plus, à force de tout miser sur l’aspect merveilleux et par conséquent par l’esthétique, Matteo Garrone ne pense pas à creuser les différents thèmes abordés (ou plutôt, pour reprendre le langage littéraire, les morales), comme par exemple les conséquences de l’égoïsme au sein de sa famille (le père délaisse sa fille pour sa créature puis la laisse concrètement à une autre créature, la reine qui veut tellement tomber enceinte qu’elle envoie à la mort son mari, la lavandière devenue jeune qui met de côté sa soeur et son propre milieu social), par conséquent la remise en question des liens du sang ou encore les névroses de femmes à chaque étape de sa vie (l’envie de s’émanciper, le désir d’être mère, la peur de vieillir). C’est d’autant plus dommage lorsqu’on connait la dimension psychologique voire même psychanalytiques que nous pouvons rencontrer dans les contes. Les stars du film (Salma Hayek, Toby Jones, Vincent Cassel) font plutôt bien le boulot même si leurs interprétations n’ont rien de transcendantes (il faut dire que les personnages manque d’épaisseur, ça n’aide pas). J’ai été plus convaincue par des acteurs davantage méconnus comme Christian et Jonah Lee ou encore Bebe Cave. Pour conclure, Le Conte des Contes est certes une réussite esthétique, qui avait un réel potentiel mais qui selon moi n’est pas à la hauteur de ses ambitions.

Tale of Tales : Photo Vincent Cassel

 

American Horror Story : Freak Show

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

avec Jessica Lange, Sarah Paulson, Evan Peters, Finn Wittrock, Kathy Bates, Michael Chiklis, Angela Bassett, Frances Conroy, Denis O’Hare, Emma Roberts, John Carroll Lynch, Grace Gummer, Wes Bentley, Danny Huston, Neil Patrick Harris, Skyler Samuels, Naomi Grossman, Patti LaBelle, Jyoti Amge, Erika Ervin, Mat Fraser, Ben Woolf, Gabourey Sidibe, Lee Tergesen, Matt Bomer, Lily Rabe,  Celia Weston, Mare Winningham, Jamie Brewer…

Anthologie horrifique américaine. 4e saison. 2014-2015.

ahs

En 1952, dans la ville de Jupiter, en Floride, s’est installée une foire aux monstres, dirigée par Elsa Mars. Parallèlement, un serial killer clown menace la ville.

Photo Evan Peters, Kathy Bates

American Horror Story s’est intéressé à différents univers : la maison hantée (saison 1), l’hôpital psychiatrique (saison 2), les sorcières (saison 3) et plus récemment l’hôtel (saison 5). Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de la quatrième, Freak Show, qui se déroule dans un cirque (avec des freaks donc) dans les années 1920. N’est-ce pas un peu étrange de commencer directement par la saison 4 de cette série ? Si ça l’est. Peut-être que j’ai pris le risque de passer à côté de certaines choses (heureusement qu’il y a cette chose magique nommé Internet) mais j’en suis arrivée directement là suite à certaines circonstances. En gros, sans trop le vouloir, en squattant chez ma frangine et son keum, j’ai découvert la fin de la saison 3 (retenez cette magnifique leçon de vie : ne vous la jouez pas à la Franck Dubosc). Bon, comme une conne, je connais du coup la fin de Coven, mais je me suis promis de la regarder en entier un de ces quatre. Du coup, voyant que j’étais mine de rien en train de kiffer la fin de la saison 3, on m’a proposé d’enchaîner directement avec cette fameuse saison 4 intitulée Freak Show. Même s’il y a quelques liens avec certaines saisons (je pense ici au personnage de Pepper dont on suivra le reste de ses aventures dans la deuxième saison), cela n’a pas été un handicap de n’avoir jamais vu les saisons précédentes étant donné qu’il s’agit d’une anthologie. L’avantage que j’ai peut-être par rapport à des fans de la première heure est que je ne peux pas comparer par rapport aux autres saisons, j’ai une sorte de regard neuf. Je ne sais pas du tout ce qu’ont pensé les fans de ce Freak Show, mais pour ma part, même si on pourrait effectivement faire quelques remarques, j’ai vraiment adoré cette saison ! La saison est composée de treize épisodes hyper riches dans lesquels les scénaristes ne perdent pas de temps : chaque épisode a son lot de rebondissement, on ne s’ennuie pas une seconde, il y a au début plusieurs intrigues (l’histoire des siamoises dont la mère vient d’être assassinée, celle avec le clown serial killer, celle avec Dandy et sa mère qui veulent acheter le cirque) qui finissent par se rejoindre avec celle du cirque, dirigée par la mystérieuse Elsa Mars.

Photo Erika Ervin, Mat Fraser

Le risque était évidemment qu’on se perde dans ces fameuses intrigues mais les scénaristes s’en sortent vraiment bien. Ainsi, on comprend bien tous les enjeux sans se mélanger. De plus, tous les personnages sont mis en avant même les plus secondaires. Le seul petit reproche que je pourrais faire est la sorte de projection faussement laborieuse sur les siamoises (on s’attend à une certaine fin par rapport à ces images et finalement je trouve ces séquences inutiles). En tout cas, je trouve que cette saison tient ses promesses en ce qui concerne l’horreur. Certes, les gens habitués à des images vraiment violentes, gores ou dans cette veine-là ne seront pas nécessairement choqués (en tout cas pas plus que ça) mais je trouve le résultat tout de même audacieux pour un objet télévisuel. Le dernier épisode essaie évidemment de donner à certains personnages une fin digne mais il est difficile de parler de happy end car les scénaristes n’ont pas fait de concession en ce qui concerne le sort des personnages. Puis, si l’opposition entre les « monstres » physiques et les monstres qui ont l’air « normaux » et « propres » n’est pas nécessairement originale, le discours sur la monstruosité fonctionne très bien. Cette saison défend bien toutes les minorités et les opprimés en mettant en scène des personnages « différents » (on pourra notamment remercier les producteurs d’avoir engagé certains acteurs qui sont comme leurs personnages). Certes, les personnages ne sont pas des saints, tous finalement deviennent des meurtriers pour des raisons différentes. C’est justement leurs pulsions meurtrières qui rendent ces freaks humains et qu’ils sont au même rang que les gens appartenant à ce qu’on pourrait appeler la « norme ». Je trouve même ce parti assez courageux. Au-delà du propos, la mise en scène est très soignée tout comme l’esthétique en général qui parvient à reconstituer l’ambiance dérangeante que peuvent avoir les cirques dans un certain imaginaire (cauchemardesque) collectif. Il y a même de chouettes séquences rendant hommage à l’expressionnisme allemand notamment.

Photo Sarah Paulson

Enfin, cette quatrième saison d’American Horror Story bénéficie d’un excellent casting. Jessica Lange, pilier de cette série depuis la première saison (hélas, elle n’est pas dans la cinquième et j’ai beau avoir pris la série en cours de route, elle nous manque beaucoup !), est époustouflante dans ce rôle de femme qui ne cherche que la gloire pour se faire aimer et mieux accepter ce qu’elle est vraiment. Elle arrive très bien à montrer son côté manipulateur, son égocentrisme et son envie de starification tout en restant fragile, ce qui rend son personnage plus attachant. De plus, il est intéressant de la présenter comme une sorte de personnage avant-gardiste (tout en restant mal aimé) à travers les références à David Bowie. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation du petit nouveau de la bande, Finn Wittrock. Son rôle était pourtant casse-gueule quand on y pense, c’est-à-dire qu’il aurait pu très vite tomber dans la caricature. Or, il trouve pour moi le ton parfait, c’est-à-dire qu’il parvient à incarner littéralement le monstrueux fils à maman en restant charismatique. Ce personnage est très intéressant dans le sens où on voit sa monstruosité prendre de plus en plus de place et l’interprétation suit cette intéressante évolution. Sarah Paulson m’a également épatée dans le rôle des siamoises, parvenant à donner une personnalité à chacune (même s’il y a évidemment des petits accessoires qui contribuent aussi à cet aspect mais l’actrice fait un formidable travail qui méritait d’être soulignée). Je ne vais pas non plus trop m’attarder sur les acteurs (que ce soit les principaux ou les guests) car ils sont tous bons pour être honnête (même si je trouve Emma Roberts un peu en dessous même si elle s’en sort tout de même pas trop mal non plus) mais je tenais vraiment à souligner mes petits coups de coeur. En tout cas, sachez que cette saison m’a tellement plu que je suis déjà en train de découvrir Hotel, la dernière saison !

Photo Finn Wittrock

We need to talk about Kevin

réalisé par Lynne Ramsay

avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell…

Drame américain, britannique. 1h50. 2011.

sortie française : 28 septembre 2011

interdit aux moins de 12 ans

We Need to Talk About Kevin

Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.

We Need to Talk About Kevin : Photo Lynne Ramsay, Tilda Swinton

We need to talk about Kevin, adaptation du brillant et passionnant roman de Lionel Shriver, qui avait suscité la polémique à sa sortie, avait été présenté en compétition au festival de Cannes en 2011. Hélas, il est reparti les mains vides. Pourtant, selon moi, il avait sa place dans le palmarès final (après évidemment, on ne peut pas caler tous les films au palmarès). J’ai vraiment adoré ce film bouleversant et d’une intelligence redoutable. Dès le début, on sait que le Kevin du titre a fait une connerie, laquelle, on ne sait pas, mais on se doute bien que c’est grave. On saura au fur et à mesure ce qu’il a fait. Tout en suivant l’esprit de la mère de Kevin, Eva, le film alterne alors entre le présent et le passé.  Par ailleurs, on peut remettre en question ses souvenirs : sont-ils tous réels ? Eva tente alors de comprendre comment son propre fils a pu devenir un monstre à travers d’une série d’interrogations. En est-elle responsable ? Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Le drame aurait-il pu être évité ? Kevin est-il diabolique ? Naît-on naturellement mauvais ? Est-ce que seule la mère est responsable des actes de son enfant ? Est-ce que le fait qu’elle ne l’ait pas désiré a pu avoir des conséquences sur le futur de cet enfant ? Il est difficile de répondre concrètement à toutes ces questions, très ancrées dans notre société actuelle, car il n’y a peut-être pas de réponses. Beaucoup de réponses se reposent sur le ressenti et l’expérience même du spectateur. D’ailleurs, Kevin ne répondra jamais à la question que se pose sa mère : « Pourquoi as-tu fait ça ? ». La réalisatrice Lynne Ramsay aurait pu se contenter de balancer un peu n’importe comment des interrogations s’en savoir en faire. Mais heureusement, elle arrive à dépasser ce problème grâce à une mise en scène particulièrement efficace et inspirée, qui joue beaucoup sur les effets de rupture, les couleurs (le rouge étant la couleur dominante du film), les effets de flottement pour montrer la conscience d’Eva. L’alternance entre le passé et le présent aurait pu être perturbant, mais grâce à une écriture remarquable et un très bon montage, on s’habitue rapidement au procédé et on n’est jamais perdu.

We Need to Talk About Kevin : Photo John C. Reilly, Lynne Ramsay, Tilda Swinton

Ramsay interroge également sur une question toujours très sociétale : l’instinct maternel. Il est clair qu’Eva ne l’a pas, ce qui va compliquer encore plus sa relation avec son fils qui, dès sa naissance, est un emmerdeur de première. Cependant, même si elle ne l’a pas, Eva ne laisse jamais tomber et essaie de se rapprocher de son fils, même s’il la rejette sans cesse. D’ailleurs, ce qui est beau dans ce film, c’est de voir Eva et Kevin qui n’arrivent pas à s’aimer alors qu’au fond ils aimeraient s’aimer pour être plus heureux. Le titre d’ailleurs est intéressant : Il faut qu’on parle de Kevin. Le problème justement, c’est que ni Eva et son mari n’arrivent pas à en parler (peut-être est-ce ça qui a conduit Kevin à commettre l’irréparable ?). Et surtout, Eva n’arrive absolument pas à communiquer avec Kevin. D’ailleurs, au début du film, elle pense qu’il est autiste. Cependant, la seule fois où Eva va pouvoir avoir une vraie discussion avec son fils et que les deux vont enfin démontrer l’amour qu’ils ressentent envers l’autre se déroule après le drame. On ne sait pas si Kevin continuera à être un monstre après ce qu’il a fait, il est clairement perturbé et on ne pense pas qu’il puisse un jour s’adapter à la société. Mais la seule chose qu’il restera finalement, c’est l’amour que lui porte sa mère, malgré le rejet constant dont elle a été victime. J’ai adoré l’interprétation de Tilda Swinton qui est bouleversante dans le rôle de cette mère qui se remet en question. Jasper Newell et Ezra Miller, qui incarnent Kevin à différentes périodes, sont également excellents dans ce rôle inquiétant. On voit peu John C. Reilly, mais en même temps, cette absence est très importante pour montrer que le père a aussi peut-être sa part de responsabilité et qu’il ne s’est pas réellement chargé de l’éducation de son fils. Cependant, du peu qu’on le voit, Reilly est également convaincant.

We Need to Talk About Kevin : Photo Ezra Miller, Lynne Ramsay

La Belle et la Bête (2014)

réalisé par Christophe Gans

avec Vincent Cassel, Léa Seydoux, André Dussollier, Eduardo Noriega, Myriam Charleins, Audrey Lamy, Sara Giraudeau…

Film fantastique, romance français, allemand. 1h54. 2014.

sortie française : 12 février 2014

La Belle et La Bête

1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s’exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce. Lors d’un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose. Se sentant responsable du terrible sort qui s’abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père.

La Belle et La Bête : Photo Léa Seydoux

La Belle et la Bête, conte apparu pour la première fois en France en 1740 sous la plume de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, a connu plusieurs adaptations cinématographiques, les plus célèbres étant celle de Jean Cocteau en 1946 et celle pour les studios Disney en 1991. C’est cette fois-ci au tour de Christophe Gans de proposer sa propre adaptation du conte. Tout d’abord, il s’agit pour moi d’un divertissement correct. En effet, tout d’abord, je ne me suis pas ennuyée à redécouvrir le conte qui se concentre davantage sous le point de vue de Belle. Puis, même si je n’ai pas forcément adhéré à tous les choix (la référence à Miyazaki est un peu trop présente et la fin avec les géants de pierre tourne au grand n’importe quoi), Gans a le mérite de nous offrir un très beau spectacle, nous présentant ainsi de magnifiques décors, des costumes sublimes ainsi que de très bons effets spéciaux: on n’a pas forcément l’habitude de voir ça dans le cinéma français. Si elle n’a rien de honteuse, cette nouvelle adaptation du conte ne m’a pas non plus emballée. A part dans quelques scènes (je pense à la scène du bal), tous ces moyens déployés pour créer un beau film visuellement ne parviennent pas à nous faire retranscrire à l’écran de la magie. J’ai eu du mal à croire à cette histoire d’amour principalement car je n’ai pas senti d’alchimie entre Vincent Cassel et Léa Seydoux, même lorsque Belle déclare son amour à la Bête. Pourtant, individuellement, les deux interprètent ne jouent pas si mal que ça.

La Belle et La Bête : Photo Vincent Cassel

Il est parfois difficile de voir réellement le jeu de Cassel en bête, camouflé par ses trois tonnes de maquillage et d’effets numériques – peut-être le seul point qui me fait tiquer en ce qui concerne l’esthétique du film. Cependant, il parvient à faire exister la Bête par sa voix assez envoûtante. De plus, l’acteur est également bon et charismatique dans les flashbacks – là où on le voit sous son aspect humain. Léa Seydoux est également à peu près convaincante dans le rôle de la Belle. Certes, elle s’exprime parfois un peu trop comme si elle interprétait un personnage de notre époque actuelle, mais je trouve qu’elle tire moins la gueule que d’habitude et elle dégage une certaine fraîcheur qui convient pour le rôle. C’est dommage de voir que ça ne colle pas entre Cassel et Seydoux. Après, je ne suis pas sûre que le problème vienne entièrement d’eux. Le scénario est également problématique car l’évolution de la romance est bien trop brusque. Un coup Belle est dégoûtée par la Bête et cinq minutes après, paf c’est l’homme de sa vie ! Si Cassel et Seydoux restent corrects, en revanche, le reste du casting ne m’a pas convaincu. André Dussollier ne joue pas forcément mal mais je l’ai vu plus inspiré et Eduardo Noriega a un jeu bien trop sobre alors qu’il joue tout de même le méchant. Enfin, même si on les voit peu, Audrey Lamy et Sara Giraudeau, qui interprètent les soeurs débiles et capricieuses de Belle, elles sont à côté de la plaque. Elles sont sûrement là pour apporter une touche comique sauf que cela ne fonctionne pas, les personnages sont trop artificiels et même à la limite de l’anachronisme.

La Belle et La Bête : Photo Audrey Lamy, Sara Giraudeau

Mister Babadook

réalisé par Jennifer Kent

avec Essie Davis, Noah Wiseman, Daniel Henshall, Tim Purcell, Barbara West…

titre original : The Babadook

Film d’épouvante-horreur, thriller australien. 1h34. 2013.

sortie française : 30 juillet 2014

interdit aux moins de 12 ans

Mister Babadook

Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé ‘Mister Babadook’ se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le ‘Babadook’ est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations…

Mister Babadook : Photo Essie Davis, Noah Wiseman

Jennifer Kent avait réalisé en 2005 le court-métrage Monster qui mettait en scène une mère et son fils harcelés par un monstre qui a pris les apparences d’une peluche. Son long-métrage Mister Babadook reprend le même schéma à part qu’il ne s’agit plus d’une peluche mais d’un personnage d’un livre pour enfants. Ce film australien a séduit le jury du festival de Gérardmer puisqu’il est reparti avec quatre prix dont le prix du jury, le prix du public et le prix de la critique internationale. Je dois avouer que j’ai pris connaissance de ce film à peine un jour avant sa sortie. Au final, il s’agit d’une bonne surprise. Les fans d’épouvante et de films d’horreur pourront être déçus. En effet, je dois avouer que le film n’est pas vraiment effrayant. Dans ma définition, quand je parle d’un film effrayant, c’est qu’il s’agit d’un film qui est capable de me faire sortir d’une salle de cinéma en beuglant ou je me cache tout le long derrière mes petites mains ou un coussin (je ne me trimballe pas avec un coussin, ça, c’est quand je suis chez moi bien sûr) ou autre objet afin d’en voir le moins possible. Cependant, l’ambiance pesante est omniprésente, notamment à travers l’apparence du monstre, qui permet à la réalisatrice de rendre hommage au cinéma expressionniste allemand.

Mister Babadook : Photo

Même si elles ne sont pas spectaculaires (mais on n’est pas à Hollywood, rappelons-le), certaines scènes restent angoissantes. Je pense notamment à celle où on découvre le livre en question et surtout l’horrible contenu. Mais surtout, en réalité, Mister Babadook est plutôt un thriller psychologique. En effet, on suit surtout une femme sombrant dans la folie, ne se remettant toujours pas de la mort de son mari, décédé le jour de son accouchement. La mise en scène est parfois maladroite, même si elle reste tout de même intéressante. En revanche, Jennifer Kent aborde avec beaucoup de profondeur et d’intelligence certains sujets, comme le deuil, l’imagination et la folie. Mister Babadook surprend donc à travers son mélange habile de genres. De plus, il n’est pas seulement angoissant, il est également émouvant. L’humour, assez noir, apparaît également durant certaines scènes. Enfin, les deux acteurs principaux sont vraiment excellents et contribuent réellement à la réussite de ce film. Essie Davis (héroïne de la série diffusée sur France 3 Miss Fisher enquête) est absolument fabuleuse. Elle est à la fois touchante et terrifiante dans le rôle de cette femme fragile, fatiguée par la vie et par son propre enfant et déprimée. Noah Wiseman, qui incarne le fils de Davis, est également un jeune acteur remarquable. Son personnage aurait pu être agaçant – au début du film, j’ai plaint la mère – mais en réalité il est vraiment attachant. En conclusion, même s’il a ses maladresses, Mister Babadook vaut tout de même le détour et est bien meilleur que toutes ces productions hollywoodiennes insipides.

Mister Babadook : Photo Essie Davis, Noah Wiseman

Godzilla (2014)

réalisé par Gareth Edwards

avec Aaron Taylor-Johnson, Ken Watanabe, Elizabeth Olsen, Bryan Cranston, Sally Hawkins, Juliette Binoche, David Strathairn…

Film catastrophe, science-fiction américain. 2h03. 2014.

sortie française : 14 mai 2014

Godzilla

Godzilla tente de rétablir la paix sur Terre, tandis que les forces de la nature se déchaînent et que l’humanité semble impuissante…

Godzilla : Photo

La première version cinématographique de Godzilla (Gojira), qui date de 1954, a été réalisée par Ishirô Honda. Depuis, le célèbre monstre est apparu dans presque une trentaine de films. Dans l’ensemble, cette nouvelle version de Godzilla est un correct divertissement mais je dois avouer que je suis tout de même déçue, surtout après avoir lu de très bonnes critiques dans la presse. Je ne m’attendais pas forcément au film de l’année, mais je voulais au moins être divertie. Or, je me suis tout de même ennuyée par moments face à tant de longueurs inutiles. C’est pourtant dommage car Godzilla possède de réelles qualités. En effet, la mise en scène est maîtrisée et certaines scènes sont vraiment efficaces notamment grâce à des effets spéciaux époustouflants qui nous en mettent plein la vue. Derrière ce spectacle, Edwards apporte également une intéressante réflexion sur la Nature et des conséquences catastrophiques du nucléaire. En effet, selon le réalisateur, Godzilla est une représentation de la colère de la nature face aux dérives technologiques. La place de l’environnement est donc très importante et surtout d’actualité.

Godzilla : Photo Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston

Cependant, au fond, ce Godzilla n’échappe pas aux éternels enjeux typiques des gros films américains du même genre : on retrouve toujours le foutu même héros, bon père de famille et bon mari, qui fera tout pour sa famille (et qui la retrouvera dans un stade bondé de gens, quel bol) ou encore on aura droit à une scène (d’ailleurs assez incompréhensible vu le contexte) avec un bus rempli de gosses (on sait très bien qu’ils ne vont pas crever car on peut tuer tout le monde sauf des minots). Enfin, le film réunit un casting particulièrement alléchant, pourtant, à part Bryan Cranston qui s’en tire parfaitement bien (même si on le voit peu et d’ailleurs c’est bien dommage), les acteurs sont mal employés, principalement à cause de leurs personnages, une bande d’incapables. C’est particulièrement frappant en ce qui concerne le duo de scientifiques, incarnés par Ken Watanabe et Sally Hawkins. Normalement, ils devraient être utiles à l’histoire, sauf qu’on a l’impression qu’ils ne servent à rien. Même les deux acteurs ont l’air de se rendre compte qu’ils sont inutiles. La pauvre Elizabeth Olsen, qui joue l’épouse du héros incarné par Aaron Taylor-Johnson, n’est pas mauvaise mais elle est également inutile. Elle fait ce qu’elle peut mais au final elle passe pour une potiche, servant simplement à introduire une intrigue très peu intéressante (est-ce que le héros va retrouver sa famille ?).

Godzilla : Photo Elizabeth Olsen