Before I Wake

réalisé par Mike Flanagan

avec Kate Bosworth, Jacob Tremblay, Thomas Jane, Dash Mihok…

Thriller, épouvante-horreur, drame améicain. 1h37. 2016.

sortie française (Netflix) : 28 avril 2017

Un jeune couple adopte un petit garçon orphelin dont les rêves et cauchemars prennent vie chaque nuit lorsqu’il dort.

Before I Wake : Photo Jacob Tremblay, Kate Bosworth, Thomas Jane

Before I Wake devait au départ porter un titre latin, Somnia, comme les deux premiers films de Mike Flanagan (que je n’ai pas encore vus): Absentia et Oculus (en « VF » The Mirror). Je ne sais pas s’il s’agit d’un signe mais Before I Wake est un film qui ne méritait pas de sortir directement sur Netflix. Certes, le film n’est pas un chef-d’oeuvre, loin de là. Mais il reste intéressant et mérite malgré tout des spectateurs. En découvrant ce long-métrages, j’ai naturellement établi des connexions avec d’autres films. En ce qui concerne le point sur les rêves et les cauchemars qui prennent place dans la réalité, il est évident de penser aux Griffes de la Nuit du regretté Wes Craven. Visiblement (puisque je ne l’ai pas encore vu mais il est sur ma liste des films à regarder depuis des lustres), il se rapprocherait de L’Echelle de Jacob d’Adrian Lyne. Concernant la part métaphorique et les relations entre une mère et son enfant, j’ai surtout pensé au surprenant film australien de Mister Babadook de Jennifer Kent. Effectivement, sans vous spoiler l’intrigue, je peux vous dire que le film est très réussi en ce qui concerne ce dernier point. En effet, si on devait retenir quelque chose d’essentiel pour désigner les qualités de ce film, nous tiendrons surtout en compte cette relation forte entre ce garçon étrange, unique et dans un sens effrayant malgré lui (Cody) et cette mère (Jessie) qui doit apprendre à gérer la perte accidentelle de son enfant biologique (Sean). Je connaissais mal Kate Bosworth jusqu’à présent mais elle m’a agréablement surprise dans le rôle de cette mère bouleversée qui s’accroche à ce qu’elle peut et qui doit. Elle est attachante même si certains de ses actes peuvent être douteux (Cody devient très rapidement un moyen pour faire « revenir » le petit Sean). Jacob Tremblay, la révélation de Room, est également épatant et prouve de nouveau qu’une grande carrière l’attend. Bref, certaines séquences sont assez poétiques, notamment avec la présence de ces papillons volontairement magnifiés : on voit bien qu’ils sortent tout droit de l’imagination mais esthétiquement ils arrivent à s’intégrer dans la réalité des personnages. Cela dit, ce qui peut expliquer ma déception voire même dans un sens ma frustration, c’est que j’ai l’impression que le réalisateur n’assumait pas totalement cette part de métaphore. Le film m’a paru par moments bancal notamment dans sa construction et surtout dans la manière de passer du réel au fantastique. En effet, le film prend le temps de placer son histoire qui a l’air très réaliste, même lorsqu’on découvre le don surnaturel de Cody (notamment quand ce dernier rêve de papillons et de Sean).

Before I Wake : Photo Kate Bosworth

Puis, lorsque ce sont cette fois-ci ses cauchemars qui prennent place (et qui auront des conséquences irréversibles sur la réalité), on tombe clairement plus dans le fantastique (pourtant, en théorie on était déjà entré en contact ce genre) voire même dans l’épouvante-horreur (rien de bien méchant, je vous rassure – et c’est même logique par rapport à ce que le film veut raconter). Mais finalement, une fois qu’on nous dévoile le comment du pourquoi, notamment en ce qui concerne l’origine du monstre du cauchemar (on nous confirme donc bel et bien la dimension métaphorique tout en nous présentant bien des scènes issues du fantastique), je trouve qu’il y a une sorte de déséquilibre. Déséquilibre en question qui est pour moi confirmé à la dernière scène même si l’horreur semble être un mauvais souvenir (après, cette fin me semble assez ouverte). Bref, j’ai l’impression que le réalisateur passe parfois à côté de ses objectifs comme s’il n’assumait pas certains de ses partis pris (par exemple, dans le même genre, vu que j’en parlais plus haut, un Mister Babadook est pour moi plus réussi dans le sens où il suit réellement son idée). Cela est vraiment dommage car le film a énormément de potentiel et reste plaisant à regarder alors qu’il n’est pas spécialement rythmé ou n’est pas très effrayant : on aurait pu s’ennuyer ou trouver, or ce n’est pas le cas. La mise en scène est parfois bien réfléchie et le scénario tient plutôt debout. De plus, Flanagan parvient à créer une atmosphère et surtout s’intéresse aux personnages et à leurs ressentis. Je ne connais pas spécialement la filmographie de Flanagan mais je sens qu’il a du potentiel. Peut-être juste qu’il a beaucoup d’ambitions mais reste encore un jeune réalisateur qui n’a pas totalement les armes pour arriver à son but. Before I Wake a le mérite de vouloir se détacher d’un certain cinéma d’horreur actuel qui veut séduire les jeunes. Il prend même dans un sens certains risques en n’hésitant à supprimer certains personnages. (suppression que je n’avais pas vu venir). Peut-être suis-je sévère parce que j’en attendais trop, que je sentais que le film pouvait aller plus loin dans son exploration de sa dimension dramatique et poétique. S’il a selon moi ses défauts, Before I Wake reste un film à la fois sombre et lumineux qui joue avec différents types de langage (notamment l’étymologie littérale et l’interprétation des rêves). S’il ne m’a pas totalement convaincue (et franchement ça me fait mal au coeur – j’ai énormément hésité concernant la notation ça se joue à rien pour être honnête), je reste persuadée qu’il séduira d’autres spectateurs.

Before I Wake : Photo Antonio Evan Romero, Kate Bosworth

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