Coco (2017)

réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina

voix originales d’Anthony Gonzalez, Benjamin Bratt, Gael Garcia Bernal…

voix françaises d’Andrea Santamaria, Ary Abittan, François-Xavier Demaison…

Animation, aventure, fantastique américain. 1h45. 2017.

sortie française : 29 novembre 2017

coco

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz.
Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…

Coco : Photo

Les grands studios d’animation commencent à prendre conscience depuis quelques années des différents changements de mentalité qui s’opèrent. Disney avait déjà fait quelques grands pas avec La Princesse et la Grenouille et Vaiana avec respectivement une héroïne afro-américaine et une autre polynésienne. Pixar entre dans cette même démarche en situant l’intrigue au Mexique pendant la Fête des Morts. Sorti en pleine ère Trump, le succès d’un film américain grand public privilégiant la culture mexicaine fait forcément sourire voire même plaisir. Avant de découvrir Coco (ils sont allés chercher loin ce titre, j’avoue être un peu déçue par ce choix), les deux derniers Pixar que j’avais étaient certes plutôt bons mais tout de même j’en garde encore un goût amer. Le Monde de Dory reste en-dessous du Monde de Nemo. Et je m’étais déjà longuement exprimée sur Vice Versa que je trouve toujours autant surestimé. J’aime les films de ce studio, Coco me faisait de l’oeil mais j’avais tout de même peur d’être encore déçue. Je le dis d’entrée : de mon point de vue (sans jouer les chieuses de service), Coco n’est pas pour moi un chef-d’oeuvre même si je sais que beaucoup le classent déjà dans cette catégorie. En revanche, je m’accorde à dire qu’il s’agit d’un très bon film qui mérite l’accueil qui lui a été réservé. Ce Coco me semble plus intéressant, sur de nombreux points, que les précédents longs-métrages de Pixar que j’ai cités. Pixar a toujours fait des merveilles sur l’esthétique, on connaît tous la qualité de leur travail. Mais là, le résultat est réellement époustouflant. Peut-être même une des plus belles réussites des studios concernant ce point. Basculant sans cesse entre des tons sombres et des couleurs vives, l’univers présenté, notamment le Pays des Morts, nous en met plein la vue. Ces couleurs entrent en cohérence avec l’un des propos du film : la Mort n’est pas nécessairement synonyme de tristesse puisqu’elle fait partie de la vie. Il n’y a que les couleurs flamboyantes qui ont su m’emballer. Les reliefs, la lumière ou encore les mouvements fluides de caméra permettent aussi de valoriser des décors fabuleux débordant d’une créativité folle. Comment ne pas être gaga devant le Monde des Morts et la passerelle entre les deux mondes ? Comment ne pas être époustouflé par la transformation corporelle de Miguel en guise de compte à rebours ? Chaque détail est pensé et bien exécuté à l’écran. Au-delà d’un travail visuel étonnant, l’histoire en elle-même est plaisante même si elle n’est pas non plus très surprenante.

Coco : Photo

Comme la plupart des Pixar, Coco parvient à toucher tous les publics. Surtout, parler de la mort aux enfants n’est pas une tâche facile. Certes, la manière de distribuer ce message reste relativement « simple » mais elle est tout de même très efficace. C’est sans chichi et ça va droit au coeur. Coco est alors indéniablement un magnifique spectacle bien rythmé assez poignant. Le résultat est bouleversant mais jamais macabre. Je ne dirais pas que j’ai pleuré comme une madeleine pendant des heures (en même temps, niveau émotion, difficile de faire concurrence à Là-Haut et Toy Story 3 !). Mais j’ai tout de même versé quelques larmes à la fin du long-métrage. Le film parvient à nous toucher en plein coeur pas uniquement par son thème principal, c’est-à-dire la mort  (cette présentation de ce concept reste joyeux et dédramatisé) mais plutôt par un autre thème (lié à celui de la mort) à déceler : celui du souvenir. Ce thème était déjà présent dans Vice Versa : si je trouve ce dernier effectivement surestimé, il gagne tout de même des points concernant sa vision juste sur le rôle des souvenirs. En effet, un souvenir qui touche est souvent composé par plusieurs émotions qui se côtoient et se mélangent. Coco reprend alors un message entrant la même veine. Le souvenir est en fait ce qui nous rend vivant. Le souvenir de nos proches morts est aussi ce qui les rend encore vivants dans nos coeurs. L’oubli est justement ce qui les enterre définitivement. Le long-métrage ne se contente alors pas de dédramatiser la mort, il célèbre aussi avec autant de joie que d’émotion la mémoire familiale tout comme il encourage à chacun de vivre sa passion telle qu’on le souhaite même si nos proches nous en dissuadent pour des raisons qui sont valables à leurs yeux (l’envie de protéger la famille, d’éviter éventuellement de refaire les mêmes erreurs faites par le passé, bref la question de la transmission familiale est toujours bien traitée). En revanche, je suis un peu déçue par la bande-originale. Peut-être que la VF ne m’a pas aidée à apprécier les différentes chansons (même si, côté dialogues, j’en suis tout à fait satisfaite !), fortement marquées par une musicalité hispanique. Mais aucune ne m’a vraiment marquée (en dehors de Remember me / Ne m’oublie pas même si personnellement je ne suis pas une grande fan de cette chanson) ce qui est tout de même regrettable dans un film mettant en scène un musicien (c’est peut-être même ce détail en question qui ne me pousse pas à adorer absolument ce film même s’il m’a beaucoup emballée). Magique, créatif, émouvant, Coco prouve bien que Pixar n’a pas perdu la main en proposant une oeuvre d’une grande richesse où les prouesses techniques et esthétiques servent un propos universel.

Coco : Photo

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Que Viva Eisenstein !

réalisé par Peter Greenaway

avec Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata, Lisa Owen, Stelio Savante…

titre original : Eisenstein in Guanajuato

Biopic néerlandais, mexicain, finlandais, belge. 1h45. 2015.

sortie française : 8 juillet 2015 (cinéma) / 1 septembre 2015 (dvd)


 

Que viva Eisenstein a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées :  les nouveautés cinéma et les films qui nous attendent en 2016.

Evidemment, un immense merci à Pyramide films (voici également leur page Facebook).

Que viva Eisenstein !

En 1931, fraîchement éconduit par Hollywood et sommé de rentrer en URSS, le cinéaste Sergueï Eisenstein se rend à Guanajuato, au Mexique, pour y tourner son nouveau film, Que Viva Mexico ! Chaperonné par son guide Palomino Cañedo, il se brûle au contact d’Éros et de Thanatos. Son génie créatif s’en trouve exacerbé et son intimité fortement troublée. Confronté aux désirs et aux peurs inhérents à l’amour, au sexe et à la mort, Eisenstein vit à Guanajuato dix jours passionnés qui vont bouleverser le reste de sa vie.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Ca peut paraître un peu honteux d’avouer cela venant de la part d’une cinéphile mais je vais tout vous dire durant cette chronique : je n’ai vu aucun film d’Eisenstein (OH MY GOD !). D’ailleurs, jusqu’à présent, je n’avais vu aucun film de Peter Greenaway ! Bref, étant face à mon inculture cinématographique, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Eisenstein (même si j’avais déjà lu des documents ou articles sur le bonhomme), je n’ai pas eu le temps de regarder au moins un film de sa carrière mais j’ai tout fait pour regarder des extraits de ses films (la magie d’Internet) et de relire de nouveau quelques papiers sur lui. J’ai fait cette démarche dans le but de pouvoir être objective, en tout cas, pour éviter d’être totalement de mauvaise foi. Ceci dit, malgré mes efforts, je pense que mal connaître le cinéaste russe ne changera pas grand-chose à mon avis très négatif. Pourtant, j’avais envie d’aimer ce film qui a des qualités esthétiques évidentes même si elles peuvent agacer. En effet, on ne peut pas passer à côté des couleurs flamboyantes du Mexique, ni à côté du montage très électrique (les plans s’enchaînent à une vitesse !), ni au mélange entre fiction et documentaire (des images d’archive sont judicieusement insérées avec les images de fiction en split screen, le rendu esthétique est en tout cas très intéressant et ne choque pas finalement), ni à la musique classique qui intervient souvent. Comme je vous le disais, je découvre le travail de Greenaway. On sent qu’il aime occuper de larges espaces, il y a aussi une précision dans son travail de mise en scène. Bref, il y a quelque chose de démesuré et d’outrancier dans ce film, ce qui n’a rien de négatif ou positif, c’est tout simplement un constat. Ce choix-là semblait cohérent par rapport à la grandeur même d’Eisenstein. Eisenstein est d’ailleurs présenté comme un personnage hystérique – même si on perçoit bien sa timidité, qui parle beaucoup (et même s’il ne parle finalement jamais russe même quand il parle avec des russes, son fort accent contribue aussi à rendre ce personnage encore plus exacerbé). Le film possède en tout cas une esthétique plaisante même si elle trouve vite ses limites et les deux acteurs principaux, Elmer Bäck et Luis Alberti, sont très bons, mais l’ensemble ne m’a pas plu. Pour être honnête, j’ai même eu du mal à aller au bout de l’oeuvre… Le film s’intitule peut-être Que Viva Eisenstein ! mais je ne dirais pas Que Viva Greenaway !

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Je ne m’attendais pas forcément à voir un film sur la vie de A à Z d’Eisenstein, d’ailleurs le film est plutôt présenté officiellement sur une période précise de sa vie, c’est-à-dire durant le tournage de Que Viva Mexico ! (suspense… au Mexique !). Déjà, on ne verra pas grand-chose de ce tournage. Bon… j’étais un peu déçue mais après tout, je me suis dit que ce tournage n’était qu’un prétexte pour parler d’autre chose. J’ouvre mon esprit, j’accepte les sujets qui pourront être abordés. Je comprends rapidement que le film va tourner autour de la sexualité, de la mort et de la liberté, bref des choses qui parlent à tout le monde. Sauf qu’au final Peter Greenaway veut tellement parler de choses plus universelles et même au fond plus personnelles qu’il a l’air de s’en foutre totalement de son Eisenstein. Tout ce qui l’intéresse est de parler de sexualité, voire même d’homosexualité, d’après ce que j’ai compris, des thèmes qui lui tiennent à coeur. Encore une fois, je n’ai rien contre ça. Ceci dit, il y a des manières d’aborder certains sujets. Et vous savez (si vous êtes des habitués du blog) que je n’aime pas quand j’ai l’impression de voir des scènes totalement gratuites et j’aime encore moins la prétention. Pas de bol pour Greenaway. Pour moi, Que Viva Eisenstein ! se veut intelligent alors qu’en réalité il s’agirait plutôt de masturbation intellectuelle. Le terme convient finalement très bien pour ce film provocateur, qui ferait passer La Vie d’Adèle pour un épisode du Club Dorothée ! Je n’ai rien contre les scènes de nu, voire même d’amour, et peu importe si les personnages sont hétéros, homosexuels ou bi (je préfère prévenir, qu’on ne m’accuse pas de certaines choses !). Mais voir un gars intégralement nu plusieurs scènes d’affilée m’a un petit peu tapé sur le système (alors oui c’est un film sur l’éveil sexuel mais bon c’est gratuit et ça ne justifie pas tant de bitas !)  et les scènes de cul (pornographiques, on peut le dire sans exagérer) qui durent une plombe m’ont achevée ! Pire, durant ces scènes en question, les personnages commencent (encoooore) une nouvelle conversation pseudo philosophique-existentielle ! Il y a un moment où j’ai lâché l’affaire, je n’arrivais même plus à écouter les dialogues autour d’Eros et Thanatos, ce baratin m’a gonflée, je ne supporte pas quand j’ai l’impression d’être prise pour une conne. Le film n’est pas si long que ça mais t’as l’impression qu’il dure trois heures ! Alors je sais qu’on peut avoir l’impression que je me focalise sur pas grand-chose mais pour moi justement ce sont ces petits trucs en question qui gâchent tout le potentiel d’un beau projet. Finalement, tous les efforts esthétiques du monde ne servent rien lorsqu’on est face à tant de propos creux (mais on veut nous démontrer le contraire, héhé malin le Peter !) et pire : eux-mêmes deviennent finalement gratuits et gonflants, ils n’aident même plus à appuyer un quelconque propos.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Sicario

réalisé par Denis Villeneuve

avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin, Jon Bernthal, Victor Garber, Jeffrey Donovan, Daniel Kaluuya, Raoul Trujillo, Maximiliano Hernandez, Julio Cedillo…

Thriller américain. 2h02. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Sicario

La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

 Sicario : Photo Emily Blunt

 

Sicario, dont le titre signifie en espagnol « tueur à gages », a été présenté en compétition dans la sélection officielle de la dernière édition du festival de Cannes. On a dit qu’il a pu repartir les mains vides de peur d’accuser le jury de copinage avec l’équipe du film : Jake Gyllenhaal, membre du jury, a travaillé à deux reprises avec Denis Villeneuve; le chef opérateur Roger Deakins a travaillé avec les frères Coen, Présidents du jury, sur No Country for old men; ou encore, pour aller plus loin dans le délire, Xavier Dolan est québécois… Bien avant la sortie de Sicario, je me demandais si on n’était pas en train de raconter n’importe quoi. Je veux dire (et je ne remettais pas en cause la qualité du long-métrage), je ne voyais pas du tout ce film séduire un jury (même si on peut s’attendre à tout effectivement). De plus, pour être franche, je n’étais pas spécialement attirée par ce film : certes, le seul film de Denis Villeneuve que j’ai pu voir (Prisoners) m’a vraiment plu, le casting me plaisait également beaucoup sur le papier mais j’ai généralement du mal avec les films qui parlent de trafics de drogue et tout ça. Ceci dit, les très bonnes critiques à son égard m’ont réellement encouragée à faire le déplacement pour aller le voir. Sicario est un très bon film même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre (je pense à certaines critiques qui me semblent démesurées) et qu’il ne fait pas du tout partie de mon top 10 de l’année. Etant donné que je n’apprécie pas particulièrement ce genre de films, je dois avouer que j’ai tout d’abord passé un très bon moment face à ce thriller intense. Le long-métrage dure deux bonnes heures mais je ne me suis jamais ennuyée : on entre tout de suite dans l’histoire, l’ensemble est très rythmé et captivant, on ne décroche pas les yeux de l’écran une seule seconde et certaines scènes en jettent vraiment. J’ai juste envie de dire : c’est très bien foutu ! Le film est également une pure réussite esthétique, notamment par un splendide travail de lumière et une magnifique photographie. La frontière américano-mexicaine est clairement représenté comme un enfer sale, violent et obscur, à l’image des douteuses affaires qui se trament derrière par certaines personnalités. Le lieu devient ici un personnage à part entière, notamment à travers les plans de paysages vus d’en haut, dans la lignée de True Detective ou du plus récent La Isla Minima. Villeneuve sait vraiment quoi faire de cet espace qui joue un rôle essentiel. J’ai également apprécié la bande-originale, qui contribue à cette atmosphère oppressante. Si la mise en scène est maîtrisée et est clairement le point fort du film, je ne trouve pas l’écriture des personnages toujours réussie : heureusement, leurs interprètes sont bons.

Sicario : Photo Benicio Del Toro, Emily Blunt, Josh Brolin

Je crois que nous sommes tous à peu près d’accord pour saluer l’excellente performance du toujours charismatique Benicio Del Toro qui est clairement au-dessus du lot et qui incarne le personnage le plus intéressant. En revanche, les autres rôles m’ont déçue. Josh Brolin est certes bon, comme très souvent, mais son personnage m’a laissée indifférente. J’ai surtout été déçue par le personnage féminin, incarné par la pourtant très talentueuse Emily Blunt. Cela va paraître fort mais j’ai trouvé ce personnage plutôt raté même si je vois où Villeneuve veut en venir. Kate serait une sorte de représentation du respect de la loi et de la morale et elle respectera jusqu’au bout ses convictions. Sur le papier, il y a quelque chose de très fort et j’aime d’habitude ce genre de personnage, mais là je trouve que les traits de ce personnage font parfois un peu de tort à ce film pourtant très riche. En effet, j’ai trouvé les réactions de Kate assez énervantes, limite peu réalistes. Pour caricaturer, on a parfois l’impression de voir Candy qui découvre le monde des méchants (la meuf est agent du FBI, rappelons-le). De plus, elle est assez passive et n’évolue jamais. Certes, je vois ce que Villeneuve a voulu dire à travers ce personnage : Kate représente parfois les yeux des spectateurs qui découvrent en même temps qu’elle une situation qui la dépasse totalement, c’est-à-dire que la loi officielle n’empêche pas d’autres lois peu morales à s’imposer et que finalement la frontière entre les différents types de lois ne semblent plus avoir de frontière (et là on peut finalement faire un parallèle intéressant avec la frontière physique entre le Mexique et les Etats-Unis). Le propos est fort et fonctionne mais pas le personnage, ce qui est parfois problématique et qui m’a empêchée d’aimer encore plus ce film : Kate passe ainsi pour une fille larguée, on finit par ne plus trop croire qu’elle bosse au FBI, on ne comprend pas non plus qu’elle ne comprenne pas alors que certaines choses sautent aux yeux. De plus, certains traits sont vraiment trop appuyés, du genre elle est maigre, c’est la fiesta avec ses sourcils, ne se lave pas et se remet à fumer : Kate est à bout, c’est bon, message reçu. Cela est vraiment dommage car pour moi, Sicario aurait pu être meilleur mais heureusement que pour contrebalancer, le film possède d’indéniables qualités.

Sicario : Photo Emily Blunt

Después de Lucia

réalisé par Michel Franco

avec Tessa Ia, Hernan Mendoza, Gonzalo Vega Sisto…

Drame mexicain, français. 1h43. 2012.

sortie française : 3 octobre 2012

interdit aux moins de 12 ans

Después de Lucía

Lucia est morte dans un accident de voiture il y a six mois ; depuis, son mari Roberto et sa fille Alejandra, tentent de surmonter ce deuil. Afin de prendre un nouveau départ, Roberto décide de s’installer à Mexico. Alejandra se retrouve, nouvelle, dans une classe. Plus jolie, plus brillante, elle est rapidement la cible d’envie et de jalousie de la part de ses camarades. Refusant d’en parler à son père, elle devient une proie, un bouc émissaire.

Después de Lucía : Photo Tessa Ia

Les cours ont repris et entre-temps j’ai réussi à voir Después de Lucia, un film qui colle parfaitement à l’actualité scolaire. J’avais envie de faire un article sur différents films qui abordent le harcèlement scolaire mais finalement en ce qui concerne ce sujet en particulier, ce deuxième long-métrage du réalisateur mexicain Michel Franco (son premier étant visiblement le dérangeant Daniel y Ana) est pour moi idéal pour aborder ce sujet important mais hélas encore tabou. Récompensé par le prix Un Certain Regard au festival de Cannes (présidé par Tim Roth… tellement fan de Franco qu’il joue dans son dernier film, Chronic, également récompensé à Cannes), Después de Lucia part au début sur une histoire de deuil. On ne verra jamais la fameuse Lucia du titre puisqu’elle est morte dans un accident de voiture : cela va alors servir de point de départ au long-métrage. Ainsi, ceux qui restent (son mari Roberto et sa fille Alejandra) essaient de surmonter leur deuil chacun à leur manière : Roberto se plonge dans son boulot, Alejandra essaie de rester cool auprès de ses nouveaux camarades. Mais surmonter un deuil n’est jamais évident et cela peut même avoir de dramatiques conséquences : s’isoler. Ainsi, Roberto va se plonger dans son travail au restaurant mais ne va pas voir que sa fille est harcelée par ses camarades (même quand Alejandra se fait couper par ses camarades, il ne se pose pas plus de questions que ça). Et en retour, ne voulant pas enfoncer son père (et aussi certainement par honte), Alejandra préfère se taire. Alors qu’on aurait pu, à partir d’un tel sujet, avoir un film très larmoyant, mais Franco préfère au contraire opter pour le choix du silence, de la solitude et de l’éloignement des individus. Michel Franco a pris un énorme risque en se concentrant énormément sur le harcèlement scolaire : on aurait pu avoir deux films en un. Mais ce choix-là est pertinent dans le sens où il y a une continuité entre les deux sujets : le harcèlement scolaire et le deuil ne font qu’un. Le harcèlement scolaire peut vite se transformer en une lente mort. Sans spoiler, la fin est d’ailleurs intéressante car encore une fois, on retrouve d’une manière assez subtile le lien entre le décès de Lucia et les conséquences de ce terrible drame qu’est le harcèlement scolaire.

Después de Lucía : Photo Tessa Ia

Après, même si le thème du deuil est vraiment bien traité (j’insiste), il faut avouer que Después de Lucia marque vraiment des points en ce qui concerne sa manière de traiter le harcèlement scolaire. Certains diront qu’il s’agit d’un point de vue extrême de cette situation (j’ai lu beaucoup de critiques qui se demandent pourquoi on a besoin de voir tant d’horreurs etc…) et effectivement je suis tout de même d’accord avec eux sur le fait que le scénario va vraiment loin (dans un sens, heureusement, sinon ça serait – vraiment – le chaos dans les écoles). Ceci, dans un premier temps, même s’ils restent rares, des cas extrêmes existent et c’est bien aussi d’en parler et surtout de le montrer, de créer le malaise là où il peut vraiment faire mal et nous faire réagir. Puis, suite à des choses que j’ai pu voir ou lire, je trouve que Michel Franco a quand même saisi toutes les phases que rencontrent les victimes du harcèlement scolaire (même dans les cas les plus banals) : Alejandra pense qu’il s’agit au début de mauvaises remarques, que ça va passer, elle laisse couler, elle s’isole mais finalement la méchanceté ne semble même plus avoir de limites. Comme beaucoup de spectateurs (et visiblement le réalisateur est assez fier de cette connexion), j’ai remarqué quelques similitudes bienvenues avec l’univers de Michael Haneke (mais heureusement, je n’ai pas eu une impression d’imitation). Ainsi, son style froid et son goût pour un certain immobilisme renforcent certes cette situation extrême mais montrent aussi à quel point le harcèlement peut s’intégrer dans le quotidien d’une jeune fille et que cette violence extrême a quelque chose qui peut devenir banal (et c’est ce qui choque encore plus). Le réalisateur montre aussi bien tout le paradoxe de ces ados : sans vouloir spoiler, Alejandra est aussi la cible idéale à cause de sa sexualité. Pourtant, ces agresseurs ont aussi une vie sexuelle à côté et l’exposent d’une certaine manière.

Después de Lucía : Photo

Le traitement des harcèlements est également assez réussi pour deux raisons : tout d’abord, même si on arrive à retenir quelques visages, je trouve qu’on voit bien l’effet de groupe, comme si les méchants de l’histoire n’en formaient qu’un. Puis, Franco n’a aucune pitié pour ces gosses qui eux-mêmes n’en ont pas, n’ont jamais de compassion ni d’empathie, certains n’hésitent pas à être des manipulateurs. Même si c’est quelque chose qu’on a déjà vu au cinéma (cela n’a rien d’un reproche), le réalisateur mexicain montre bien que le mal n’a pas d’âge. Surtout, et là encore, je trouve que cela renforce la violence (psychologique) qu’a ce film, ces ados, bien que leurs actes restent absolument abominables et inexcusables, ne sont pas si différents de leur victime, personnellement je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’ils auraient pu être amis s’ils avaient eu une meilleure mentalité. On se dit même que d’autres de la bande avaient totalement le potentiel d’être des victimes. Là encore, même s’il y a un effet déclencheur auprès des harceleurs (qui ne justifie rien, répétons-le), on sent finalement qu’Alejandra aurait pu de toute façon être une victime pour n’importe quelle raison, cela renforce cette violence gratuite dont la jeune fille est victime. On sent aussi que le contexte est important (on sait qu’il y a un taux de violence très élevé au Mexique ou encore on comprend bien aussi que les gamins sont issus d’un milieu plutôt aisé) mais pourtant ce qui est intéressant, c’est que le film reste malgré tout universel. Después de Lucia est un film difficile à regarder, parfois insoutenable, mais je pense qu’il doit être vu, non seulement pour son traitement du harcèlement scolaire (de ce que j’ai vu, c’est LE film qui en parle vraiment le mieux) mais aussi pour ses qualités de mise en scène et d’écriture. Enfin, les acteurs sont évidemment tous impeccables, surtout Tessa Ia, absolument bouleversante et qui transmet beaucoup d’émotions alors qu’elle parle finalement assez peu, elle n’en fait jamais des caisses mais on sent qu’elle comprend parfaitement ce qu’elle joue.

Después de Lucía : Photo

Post Tenebras Lux

réalisé par Carlos Reygadas

avec Adolfo Jimenez Castro, Natalia Acevedo, Rut Reygadas, Eleazar Reygadas…

Drame mexicain, français, allemand, néerlandais. 1h53. 2012. 

sortie française : 8 mai 2013

Post Tenebras Lux

Au Mexique, Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s’installer à la campagne. Là, ils profitent et souffrent d’un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s’ils s’affrontent inconsciemment pour s’éliminer entre eux.

Post Tenebras Lux : Photo

A l’occasion du festival de Cannes, Arte a récemment diffusé en deuxième partie de soirée un film sorti plus que discrètement dans les salles françaises en 2013 : Post Tenebras Lux. Pourtant, le film avait remporté le Prix de la mise en scène à Cannes en 2012 malgré son accueil plus que chaotique pendant la projection. Je dois avouer que cette petite polémique a attiré mon attention, je voulais savoir si c’était si lamentable que ça ou au contraire, rejoindre les quelques critiques qui le défendent avec conviction. Effectivement, sur le papier, le prix de la mise en scène n’est pas forcément illogique car le travail de Reygadas est intéressant et par ailleurs esthétiquement le film est réussi. Ainsi, la précision des cadres, parfois aux contours flous, comme si les personnages étaient observés ou comme s’il s’agit d’un rêve, les jeux avec la symétrie, la sorte de séquence animée pour représenter le Diable, la photographie parfois sublime montrent que Reygadas et son équipe ne sont pas forcément une bande d’incapables et qu’ils avaient les cartes en main pour faire un grand film. Je n’ai en plus rien contre les films expérimentaux, surtout dans le but de montrer les actes destructeurs de l’homme (d’où la représentation du Diable), éternel insatisfait alors qu’il possède tout. Reygadas affirme également avoir voulu décrire un Mexique actuel sombre. Les intentions de Reygadas sont sur le papier louable, son savoir-faire est également indéniable. Cependant, comme beaucoup, je m’interroge sur la présence de ce film au palmarès cannois, bien qu’avec le recul et mes souvenirs j’arriverais à reconstituer le parcours de ce film.

Post Tenebras Lux : Photo

Apparemment, le président du jury Nanni Moretti ne serait pas plus fan que ça de ce film, ce serait certains membres du jury qui auraient bataillé pour le foutre au palmarès (et la conférence de presse du jury après le palmarès va plutôt dans ce sens). De plus, le réalisateur italien avait d’ailleurs avoué que ce film avait divisé le jury. Bref, déjà on sent qu’il y a quand même un souci. Je reviens sur le film après cette parenthèse. La technique et une soi-disant réflexion ne suffisent pas toujours. Etre déroutée ne me dérange pas, sortir des schémas narratifs habituels non plus. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut totalement se foutre de l’histoire ni des personnages. D’ailleurs, Reygadas dit qu’il a privilégié l’esthétique. Peut-être un peu trop au bout d’un moment. Je souhaitais avoir des sensations fortes, à l’image des cinq premières minutes, qui mettent en place une atmosphère envoûtante, probablement remplie de symboles mystiques (surtout avec un tel titre !). Or, le reste du film n’est surtout qu’ennui et prétention. J’ai vraiment passé un sale moment, l’impression d’avoir perdu deux heures de ma vie. Le plafond de ma chambre était parfois ma seule distraction tellement que ce film ne captive jamais. Il faut dire que Reygadas regarde plus son nombril que son film qui avait pourtant du potentiel. A force de vouloir bouleverser son schéma narratif, Reygadas ne propose qu’une succession de scènes sans lien entre elles (du genre tu passes d’une scène à l’autre d’un claquement de doigt, tu vois pas le rapport !) d’un ennui à mourir et sans saveur.

Post Tenebras Lux : Photo

Au programme (histoire que ceux qui n’auraient pas tenté de regarder ce film – à juste titre – comprennent mon calvaire) ? Des gens qui jouent au rugby, un passage aux alcooliques anonymes, le couple qui se dispute parce que madame ne veut pas baiser (elle est tout le temps fatiguée, peuchère, il doit se masturber tous les soirs, ooooh), une scène de partouze dans un sauna français (j’ai d’ailleurs toujours pas compris comment on est passé du Mexique à la France), des gosses qu’on giflerait volontiers (d’après ce que j’ai compris, les propres gosses du réalisateur – ça promet), le héros qui frappe ses chiens, sa femme qui massacre du Neil Young ou encore un arrachage de tête avec le sang qui dégouline sous la pluie. Voilà, ça c’est le scénario. Il n’y a pratiquement pas de rapport entre toutes ces scènes que je cite. Je veux bien croire qu’il y a une réflexion derrière ces scènes sans queue ni tête, j’ai essayé de la voir, je me suis documentée pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose, mais elle paraît bien mince. Faire des films beaux et ambitieux ne me dérange pas, au contraire, le cinéma est un art visuel, il ne faut pas l’oublier. Mais la prétention, le vide et le racolage m’énervent très sérieusement. A chaque scène Reygadas étale sa technique en méprisant son spectateur du genre « regardez ce que je sais faire, je fais du bizarre parce que c’est de l’art avec un grand A et ta gueule si tu n’as rien compris ou rien ressenti ». D’ailleurs, sa réponse aux journalistes qui avaient hué son film à Cannes était quand même méprisante (bien que ce genre d’accueil reste toujours difficile pour un réalisateur, je l’accorde). En étant trop prétentieux, Reygadas ne parvient pas à plonger ses spectateurs dans une sorte de voyage intérieur. D’ailleurs, il y a même un moment où je me suis demandée s’il s’agissait toujours des mêmes personnages ou carrément d’un autre film tellement que l’histoire est totalement dispatchée dans tous les coins (pour ne pas dire inexistante). Forcément, avec un manque cruel de scénario, qui fait un mal fou au film et au peu de choses valables mis en place, les personnages paraissent vides. On ne peut pas s’intéresser à eux. C’est vraiment regrettable car je suis sûre qu’un minimum de cohérence narrative aurait déjà relevé le niveau du film. Les acteurs sont également très mauvais, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font.

Post Tenebras Lux : Photo