L’Attaque des Donuts Tueurs / Alibi.com

réalisé par Scott Wheeler

avec Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan…

titre original : Attack of the Killer Donuts

sortie française (VOD) : 9 avril 2017

Un incident scientifique transforme d’innocents Donuts en tueurs assoiffés de sang. Le sort de leur paisible petite ville dépend à présent de Johnny, Michelle et Howard.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo Justin Ray, Kayla Compton

Il est toujours difficile de « noter » un nanar : peut-on les mettre au même niveau que des films « normaux » et traditionnels ? Peut-on moralement attribuer une meilleure note à des nanars qu’à des films qui devraient être bons sur le papier ? Il faut donc prendre ma note avec certaines pincettes, en se mettant en tête que ce genre de films reste à part. Je ne connais pas nécessairement tous les nanars possibles mais je sais faire la différence entre le nanar volontaire et assumé (le délirant Zombeavers) et l’involontaire (le magique The Room de Tommy Wiseau). L’Attaque des Donuts Tueurs entre dans la première catégorie : le spectateur sait parfaitement à quoi s’attendre (rien que le titre est un bon indicateur ou alors le spectateur en question est juste à côté de la plaque). Oui, on sait très bien que le scénario ne va pas voler très haut, les effets spéciaux vont être cheap, les personnages auront des réactions débiles et ça ne va même pas faire peur. Les choix exagérés, décalés ou même carrément stupides sont donc totalement assumés par le réalisateur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film a été présenté au festival de l’Alpe d’Huez : il s’agit avant tout d’une comédie potache parodiant grossièrement le cinéma d’horreur. On retrouve alors volontairement beaucoup de clichés ou images : la blonde aux gros seins bête et méchante, les trois mecs pseudo rappeurs également stupides, le patron à moumoute (ai-je encore besoin de préciser que cet homme est également complètement con ?), le scientifique qui fait n’importe quoi ou le méchant concurrent de la boutique de luxe de donuts, vegan, bio et compagnie. Evidemment le long-métrage n’est pas toujours à une contradiction près et a certainement des défauts qui ne sont pas toujours volontaires ou liés au grand délire général (et il faut avouer que c’est parfois difficile de distinguer le bon et le mauvais à cause de son statut de nanar assumé). En effet, certains dialogues semblent interminables, les acteurs surjouent ou encore les donuts sont déjà garnis, colorés et décorés en sortant directement de la friteuse (et je ne commente évidemment les effets spéciaux, ça va de soi qu’ils sont pourris) ! Comme dans Zombeavers, L’attaque des tueurs donuts est un bon plaisir coupable, qui assume sa crétinerie et qui est drôle dans son genre même si son humour ne plaira certainement pas à tout le monde. J’ai même envie de dire qu’il est étonnamment créatif en dépit de son manque de moyens. Mais justement, dans un sens, j’aurais voulu que ce délire aille encore plus loin, que le réalisateur exploite encore plus le potentiel que ce film.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo


réalisé par Philippe Lacheau

avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Medi Sadoun, Vincent Desagnat, Nawell Madani, Philippe Duquesne, Alice Dufour, JoeyStarr, Kad Merad, Norman Thavaud, Chantal Ladesou, Michèle Laroque, Laouni Mouhid…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 15 février 2017

Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Photo Julien Arruti, Philippe Lacheau, Tarek Boudali

Si je ne suis pas une grande adepte de nos comédies françaises actuelles, sans crier au génie révolutionnaire, j’adhère plutôt aux films de (et avec) Philippe Lacheau (qui se retrouve cette fois-ci seul derrière la caméra sans son compère Nicolas Benamou). Alibi.com est finalement dans la même veine que Babysitting 1 et 2. Si vous n’avez pas aimé le diptyque à succès (peut-être un jour une trilogie ?), je serais étonnée que vous puissiez aimer ce Alibi.com. Lacheau est toujours très inspiré par la comédie américaine actuelle, c’est-à-dire un peu « trash » tout comme il n’hésite pas à rendre hommage au cinéma des années 80 (le personnage principal voue clairement un culte à cette période, en particulier à Street Fighter). A travers ces inspirations en question, on sent une envie de la part de Lacheau d’apporter du sang neuf à la comédie française, d’être moins ringarde. Bon, je n’irai pas à dire que la comédie française va mieux grâce à l’ex-membre de la Bande à Fifi, il ne faut pas déconner non plus. Alibi.com a le mérite d’être une comédie fraîche et sans prétention, plutôt bien interprétée, la jeune génération s’en sort étonnamment plus que les acteurs davantage confirmés (Baye et Bourdon peinent parfois même s’ils ne sont pas catastrophiques, loin de là) : Elodie Fontan manque parfois de justesse mais sa fraîcheur et son honnêteté d’interprétation me séduisent à chaque fois, Lacheau plutôt crédible en sorte de geek et gars toujours fourré dans des situations improbable, Nawell Madani est la bonne surprise du casting en chanteuse bimbo (oui je kiffe son entêtant Marre des michtos ), Julien Arruti et Tarek Boudali (également anciens membres de la Bande à Fifi)  sont également plutôt drôles. A noter au début quelques guests sympathiques (presque dommage qu’on n’ait pas plus exploités certains d’entre eux). Bref, ce n’est déjà pas si mal (je n’en demandais pas plus – peut-être que je dit ça parce que je suis vraiment blasée par l’état de la comédie française actuelle). L’histoire est plutôt séduisante, une sorte de vaudeville moderne bien rythmée et jamais ennuyeuse, même si son potentiel comique n’est pas assez exploité. Je suis toujours partagée sur l’utilisation d’un humour gras et parfois en dessous de la ceinture : il y a des fois où ça m’a fait marrer, et d’autres non (le gag avec le caniche est de mauvais goût par exemple). Bref, faire de l’humour à la Apatow, pourquoi pas (c’est visiblement la nouvelle lubie en France) mais il faut encore savoir le maîtriser, ce qui n’est pas totalement le cas.

Alibi.com : Photo Élodie Fontan, Nathalie Baye, Philippe Lacheau

L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

Transsiberian

réalisé par Brad Anderson

avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Ben Kingsley, Eduardo Noriega, Kate Mara, Thomas Kretschmann…

Thriller britannique, espagnol, américain, allemand, lituanien. 1h50. 2008.

sortie française (dvd) : 25 octobre 2011

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant à l’étranger

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Dans le Transsibérien qui les amène de Pékin à Moscou, Roy et Jessie, un couple d’Américains, font la connaissance de Carlos et Abby. Ignorant que Carlos a dissimulé de la drogue dans les bagages de Jessie, le couple va sombrer dans un engrenage meurtrier auquel Grinko, policier de son état, va plus que contribuer.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer

Je connaissais Transsiberian de nom mais je n’avais jamais eu l’occasion de le regarder et je n’avais pas forcément entendu d’échos ou lu des critiques dessus. Ma médiathèque proposait ce film qui possède un joli casting. De plus, le réalisateur n’est autre que Brad Anderson, connu pour avoir signé l’excellent The Machinist avec un Christian Bale sombre et anorexique (selon moi, un de ses meilleurs rôles). Certes, la jaquette du dvd m’a tout de même inquiétée notamment avec cette remarque sortie de nulle part (certainement des éditeurs qui diraient tout et n’importe quoi pour vendre des dvd, en tout cas il n’y avait pas de source journalistique dessus), attention : « Alfred Hitchcock aurait apprécié ». Hum… Qu’il y ait de vagues emprunts à Hitchcock c’est une chose : après tout, le train est un élément qui apparaît à de nombreuses reprises dans sa filmographie, les personnages ne sont très nets et cachent des choses, le rôle des femmes etc… (après, honnêtement, je dois avouer que l’influence hitchcockienne ne m’a pas sauté aux yeux en regardant le film). De là à dire que Hitchcock himself  « aurait apprécié », faut pas déconner non plus ! Pire, cette jaquette (en tout cas, celle que j’avais entre les mains) est mensongère voire même misogyne (n’ayons pas peur des mots) : elle présente en tête le nom d’Eduardo Noriega (comme si c’était LE héros), puis dessous ceux de Woody Harrelson et Ben Kingsley. Or, sans vouloir révéler les grandes lignes de l’intrigue, Noriega n’a pas du tout le premier rôle. Non, en réalité le premier rôle est tenu par… Emily Mortimer ! Bref, je trouve la manière de vendre le film vraiment déplorable. Revenons donc au long-métrage, qui n’a pas eu droit à une sortie dans les salles de cinéma françaises. Sans dire que je l’ai trouvé génial, quand on voit les daubes qui sont parfois diffusées au cinéma, j’avoue que je ne comprends pas trop sa sortie directement en dvd (et encore ça aussi a pris un temps fou !). Après, quand on sait de quoi est capable Brad Anderson, Transsiberian peut décevoir même si je ne dirais pas non plus qu’il s’agit d’un mauvais film. Même s’il met du temps à se mettre en place, il se laisse tout de même regarder, sa deuxième partie étant meilleure (notamment plus rythmée) et un peu plus surprenante que la première.

Transsiberian : photo Brad Anderson, Thomas Kretschmann

Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que les éléments mis en place, comme le train ou la neige, n’ont pas été suffisamment été mis en avant alors qu’ils ont un réel potentiel cinématographique (et de nombreux films le démontrent). Je ne me suis pas sentie si dépaysée que ça, je trouve qu’il manque une atmosphère qui aurait pu exister à partir des éléments que je viens d’évoquer. Du coup, l’ensemble peut paraître un peu bateau, presque un peu déjà vu, même si ça reste à peu près efficace en terme de divertissement. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire mais elle reste tout à fait correcte. Je regrette tout de même de voir son manque de personnalité. En revanche, le scénario a des maladresses (même si pas tout est à jeter) comportant quelques facilités d’écriture voire même quelques incohérentes et alignant quelques clichés sur la Russie / l’URSS (pas tout est faux mais c’est tout de même très grossi). De plus, la fin est un peu trop manichéenne (pour ne pas dire américanisée) même si elle se révèle cohérente par rapport à des éléments mis en place plus tôt dans le récit. Cela dit, à partir des personnages (cela sera particulièrement parlant avec le personnage de Jessie), le scénario tente tout de même de livrer un propos intéressant autour du mensonge et des apparences. Ainsi, les personnages ont l’air volontairement caricaturaux (le scout américain et son épouse faussement « nunuche », le méchant séducteur évidemment espagnol sinon c’est pas marrant, sa copine qui a un côté sauvage et « daaark » avec le look qui va avec, le méchant russe) mais finalement, mais petit à petit, on s’aperçoit que certains personnages ne sont pas ce qu’ils ont l’air. Cet aspect fonctionne grâce à son casting international. Bon, j’avoue que j’ai trouvé Woody Harrelson un peu « faux » au début mais petit à petit, quelque chose fonctionne, en tout cas après son interprétation ne m’a plus dérangée. Bref, pas un film indispensable à regarder malgré ses ambitions mais on peut tout de même y trouver son compte si on ne s’attend pas à grand chose.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer, Woody Harrelson

Surveillance

réalisé par Jennifer Lynch

avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James, Ryan Simpkins, Michael Ironside…

Thriller américain. 1h38. 2008.

sortie française : 30 juillet 2008

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2016 : Un film réalisé par une femme

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Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc.
Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.

Surveillance : Photo Jennifer Chambers Lynch

Jennifer Lynch, la fille de David Lynch, n’a réalisé que deux longs-métrages à ce jour. Le premier, Boxing Helena, sorti en 1993, a été un échec critique et public. Lynch avait même reçu le Razzie Award de la pire réalisatrice. Pire, elle avait dû affronter Kim Basinger en justice : en effet, Madonna était d’abord pressentie pour interpréter le rôle principal mais elle a décliné la proposition. Kim Basinger devait la remplacer mais s’est également désistée un mois avant le tournage. L’histoire a donc fini devant les tribunaux : l’actrice avait été condamnée une première fois (elle avait, par conséquent, dû se mettre en faillite) puis en faisant appel du jugement, avait gagné ce second procès. Bref, entre les critiques très sévères (je ne peux pas vous dire si elles sont justifiées ou non vu que je n’ai pas vu le film – j’avoue que je n’ai pas forcément envie de le voir) et cette histoire de procès, Jennifer Lynch a mis du temps à s’en remettre. On a donc cru qu’elle avait abandonné la réalisation mais finalement elle sortira un deuxième long-métrage quinze ans plus tard. Surveillance a été présenté au festival de Cannes en 2008 en hors compétition. De plus, David Lynch fait partie des producteurs exécutifs. Pour rester dans le monde lynchien, on retrouve des acteurs qui ont déjà joué dans des films du papa Lynch : Bill Pullman dans Lost Highway et Julia Ormond dans Inland Empire. Puis, suite à l’introduction de ce long-métrage, on pense évidemment rapidement à l’univers du père. J’avoue qu’au début je me suis inquiétée. Je me suis dit « si elle pique tout au père et qu’elle n’a pas de personnalité, on est mal barré ». Surtout quand on sait qu’elle s’est aussi inspirée de Rashomon. De plus, avant d’arriver à la scène macabre durant laquelle les trois témoins se sont rencontrés, j’ai trouvé le film un peu lent à démarrer, on ne comprend pas tout de suite où ça veut en venir (même si on sent qu’il y a quelque chose de pas très net), pour résumer j’ai trouvé la mise en scène un peu brouillon. Cela dit, après la scène en question, j’ai fini par trouver le film de plus en plus intéressant même si je lui trouve des défauts. En réalité, le souci est que certains défauts pourraient être des qualités dans le sens où certains choix adoptés par la réalisatrice peuvent aussi autant plaire que décevoir.

Surveillance : Photo Jennifer Chambers Lynch, Ryan Simpkins

A priori, le film a quelque chose de banal et reprend même certains clichés : une police dans un coin forcément paumé avec forcément une junkie, une gamine forcément innocente et très intelligente (plus que les adultes), des flics forcément débiles et il y a pour couronner le tout forcément un conflit des locaux avec le FBI (forcément un duo). Certes, cela pourra énerver de voir autant de clichés et ces choses qu’on a déjà vues auparavant. Pourtant, après avoir vu l’ensemble, on finit par se demander si Jennifer Lynch ne joue justement pas de ces clichés, comme si elle s’en moquait, comme si elle les malaxait. C’est comme s’il fallait gratter la surface pour mieux voir la vérité, puisqu’il s’agit aussi d’un film sur la manipulation, la tromperie, le mensonge. On ne sait pas qui raconte la vérité, ni ce qu’il y a de vrai dans les images ou dans les propos. Et en même temps il y a aussi des indices à savoir détecter, comme arrivera à le faire l’un des personnages. Je parle notamment ici du twist. Personnellement, quitte à me faire traiter d’idiote, je ne l’avais pas vu venir. Mais je ne pense pas que deviner trop tôt le twist soit nécessairement un mal si on considère que justement tous les traits sont grossis. Là encore, j’ai l’impression que Jennifer Lynch joue avec ce twist, s’en moque pour pouvoir mieux manipuler les spectateurs, leur faire ouvrir les yeux. Après, soyons honnête, elle prend un peu trop le risque de rendre le résultat grotesque. Par exemple, sans vouloir révéler l’intrigue, il y a des personnages surexcités sexuellement, on les voit gémir comme des débiles mais toujours habillés. Pour conclure, je trouve que Jennifer Lynch signe un film honorable et honnête malgré certains choix ou défauts (tout dépend de la manière dont on voit les choses). Il y a réellement des choses intéressantes, dans la manière de défendre le véritable sujet, de revisiter le genre. Malgré des problèmes de rythme, je suis finalement rentrée dans le film et était prise par l’histoire et plus généralement par l’atmosphère, présente grâce aux décors, les choix musicaux ou encore la manière d’alterner les témoignages via les vidéos de surveillance. Si la mise en scène reste très intéressante, on sent tout de même la réalisatrice pas suffisamment expérimentée pour amener son film encore plus loin dans sa réflexion, on a tout de même la sensation d’assister à quelque chose d’inabouti, ce qui est encore plus frustrant quand on voit justement les bonnes choses mises en place.

Surveillance : Photo Bill Pullman, Jennifer Chambers Lynch, Julia Ormond

Les Huit Salopards

réalisé par Quentin Tarantino

avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Michael Madsen, Tim Roth, Demian Bichir, Bruce Dern, Channing Tatum, Zoe Bell, Dana Gourrier, Gene Jones…

titre original : The Hateful Eight

Western américain. 2h45 (3h pour version 70 mm). 2015.

sortie française : 6 janvier 2016

interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement

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Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Les Huit salopards : Photo Kurt Russell, Samuel L. Jackson

Certains d’entre vous doivent le savoir mais je suis une grande fan de Quentin Tarantino. J’ai alors profité de l’occasion qui se présentait pour aller le découvrir en avant-première dans son format d’origine, c’est-à-dire en 70 mm. A l’occasion de l’avant-première (je ne sais pas comment ça s’est bien dans les quelques autres cinémas français qui ont pu diffuser le film dans ce format-là mais chez moi, la soirée organisée était vraiment top), le film avait également droit à une introduction, un entracte ainsi que huit minutes supplémentaires. Le format, qui a été utilisé pour la dernière fois en 1966, permet d’obtenir une image très large (à partir d’objectifs anamorphiques). Je dois avouer que le résultat visuellement (grâce à ce format) est magnifique, l’introduction et l’entracte donnent également un petit plus au film. Je ne vous cache pas que j’ai vraiment été ravie de découvrir Les Huit Salopards de cette manière-là, que je me sens même très chanceuse d’avoir pu participer en quelque chose au délire de Tarantino. Après, pour en rassurer quelques uns, je pense que vous pouvez parfaitement apprécier ce film dans sa version numérique (et donc sans les petits bonus avec), le principal c’est tout le reste ! Je préfère prévenir d’emblée : je suis persuadée que ce film va dérouter beaucoup de gens (pour ne pas dire « détester »). Pour ma part, j’ai énormément aimé ce 8e long-métrage de Quentin Tarantino. Pourtant, sur le moment, je ne savais pas trop en penser. Quand il y a eu justement l’entracte, j’étais en train de me demander si j’aimais ou non. Effectivement, face à un film qui dure tout de même trois heures, on se demande très légitimement si cette durée en question est nécessaire (surtout que la première partie est, comme souvent chez QT, très concentrée autour de dialogues). Mais honnêtement, une fois que j’ai vu l’ensemble (avec une deuxième partie que j’ai trouvée jouissive), j’ai vraiment adoré le long-métrage. Il n’est peut-être pas parfait mais je l’ai trouvé vraiment excellent (ce qui est déjà très bien en soi !). Ce que j’ai trouvé formidable personnellement, c’est de trouver tous les ingrédients tarantinesques, en pensant évidemment à certains films de sa filmographie (on pensera prioritairement à Django Unchained et Reservoir Dogs) mais en même temps je le trouve différent de ses autres longs-métrages.

Les Huit salopards : Photo Samuel L. Jackson, Walton Goggins

Certes, Les Huit Salopards est sur le papier moins « cool » que les autres (je rassure les fans, il y en a quand même) mais en réalisant un film plus sombre, selon moi, Tarantino signe un film plus abouti et audacieux. J’ai toujours aimé les films de Tarantino mais certaines de ses marques avaient quelque chose de gratuit, faut bien l’avouer (même si ça fait le charme de certains de ses films). Là (je l’avais déjà ressenti sur Django Unchained, ici mon impression se confirme), j’ai l’impression que Tarantino sait vraiment ce qu’il fait, qu’il ne met pas uniquement des choses parce que ça fait bien. La violence n’est plus aussi fun, elle répond réellement à une interrogation sur l’Amérique d’après la guerre de Sécession (en particulier sur les « minorités » : les Noirs et les femmes). L’excellente musique signée par Ennio Morricone (je l’écoute déjà en boucle sur Spotify) donne également un véritable souffle au film et pour une fois (à part une ou deux petites exceptions) on a l’impression que Quentin Tarantino a arrêté de faire de se taper des trips tout seul (certes, j’aime beaucoup les bandes-originales de ses films, mais il faut bien avouer qu’on avait parfois l’impression qu’il calait dans ses films ses derniers coups de coeur musicaux). Certains vont évidemment être très réfractaires aux longs dialogues (ce qui est compréhensible encore une fois). Personnellement, encore une fois, je me suis moi-même interrogée sur ces dialogues, peut-être que certains auraient pu plus courts et tout ça mais encore une fois, une fois qu’on a vu l’ensemble, je trouve que ce point en question prend plus de sens. En fait, plus généralement, j’ai trouvé l’écriture vraiment bonne, d’une grande habilité. Je ne suis pas du tout étonnée de savoir le réalisateur souhaitant écrire des romans et des pièces. Il y a quelque chose de très littéraire dans ce film tout en gardant un langage très cinématographique. Le mélange fonctionne véritablement bien, le côté littéraire ne prenant pas le dessus comme cela arrive trop souvent dans des longs-métrages. Mais plus généralement, ce qui m’a véritablement plu, c’est la manière de mélanger les genres. L’hybridité a toujours fait le charme des films de Tarantino et c’est ici encore le cas.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth

A priori, Les Huit Salopards se présente comme un western avec un background historique (finalement, bien traité malgré les apparences, ce que j’avais également aimé dans Django Unchained). Mais le film reprend également les codes du genre policier (chaque personnage semble suspect, tout le monde ment et les plus « honnêtes » meurent en premier), renforcé par ce faux huis clos (la porte ne se fermant pas bien, on ne peut pas dire que la seconde partie soit totalement fermée). On pensera évidemment à The Thing (notamment avec la présence de la neige et de Kurt Russell au casting) et surtout au roman d’Agatha Christie, Les Dix Petits Nègres. La première partie peut paraître longue et pourtant elle fait son effet : l’ambiance est pesante voire même carrément étouffante (et c’est pour cela que, pour ma part, je ne me suis pas ennuyée malgré mes interrogations), les personnages se complexifient, on fait attention à chaque petit détail. La seconde partie est une pépite explosive. En dehors de l’effet plus qu’efficace du 70 mm, le film est d’une grande beauté visuelle grâce à des décors magnifiques, mis en avant par une sublime photographie. De plus, il est paradoxalement à la fois lumineux et sombre, comme si cela traduisait toute la tromperie au coeur de cette histoire. Enfin, Les Huit Salopards bénéficie d’un excellent casting. En tête, Samuel L. Jackson est évidemment, comme toujours chez Tarantino (et j’ai envie de dire comme souvent), très bon. Certes, beaucoup diront qu’il fait du Samuel L. Jackson, ce qui n’est pas totalement faux, mais ici disons que ce n’est une remarque négative. Si on aime Jackson, on devrait normalement aimer cette nouvelle interprétation. Pour moi deux acteurs sont particulièrement excellents : Jennifer Jason Leigh et Walton Goggins. La première s’en prend plein la gueule tout le long (qu’on ne me sorte pas que Quentin est misogyne, je vais m’énerver !), ne parle pas forcément beaucoup mais elle arrive à rendre son personnage puissant. J’ai toujours bien apprécié cette actrice mais là elle explose !

Les Huit salopards : Photo Jennifer Jason Leigh

Quant à Goggins (que je connais très mal, en dehors de sa prestation dans Django Unchained, je sais juste qu’il est surtout connu pour les séries Justified et Sons of Anarchy… que je n’ai toujours pas vues, décidément je suis toujours autant à la ramasse), il a un charisme fou (accompagné d’un grand sourire ultra bright, je vous jure, je ne m’en suis pas remise – ne croyez pas non plus que je suis une groupie) ! Après, si j’ai eu un petit coeur pour ces deux interprètes en question, cela ne m’empêche pas d’aimer les autres salopards. J’étais évidemment ravie de revoir deux acteurs purement tarantinesques, Tim Roth (qui s’éclate à caricaturer à fond le bourgeois anglais) et Michael Madsen « fait du Michael Madsen » comme l’a dit Tarantino dans le dernier numéro de Positif (et c’est toujours aussi jouissif). Kurt Russell, Demian Bichir et Bruce Dern sont également impeccables, chacun apportant également un plus au personnage. Après, pour être réellement honnête, même si ce que je vais dire peut paraître paradoxal, même si j’ai eu quelques préférences, au-delà d’avoir trouvé tout le casting vraiment très bon et sans fausse note, je l’ai trouvé très cohérent, personne ne tente de se voler la vedette, au contraire, chacun est mis en avant, les personnages ayant de l’épaisseur. Pour conclure, j’ai vraiment adoré les Huit Salopards même si j’ai parfaitement conscience qu’il ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Je l’aime même de plus en plus et j’ai même déjà envie de le revoir, ce que je n’avais pas forcément ressenti pour son précédent film, Django Unchained, que j’aime pourtant énormément. Je dirais (en tout cas, c’est ma perception sur ce film) qu’il faut « digérer » ce qu’on a vu, prendre du recul, se laisser prendre par l’histoire même s’il y a des longueurs. Je ne sais pas si Les Huit Salopards fait partie de mes Tarantino préférés, je n’ai pas suffisamment de recul pour affirmer une telle chose mais il s’agit pour moi du film le plus mature de sa filmographie.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth, Walton Goggins

Dheepan

réalisé par Jacques Audiard

avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Franck Falise, Tarik Lamli…

Drame français. 1h54. 2014.

sortie française : 26 août 2015

Dheepan

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan, Claudine Vinasithamby

Je n’ai pas eu la possibilité de regarder toute la filmographie du réalisateur tant acclamé par la critique et les cinéphiles Jacques Audiard, loin de là. Avant d’aller voir Dheepan, je n’avais vu que De rouille et d’os, qui m’avait beaucoup plu mais je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre ainsi qu’Un Prophète que j’ai toujours trouvé très surestimé (booouh qu’on me frappe !). Bref, je n’étais pas plus enthousiaste que ça à l’idée de voir le dernier film d’Audiard. Mais, comme toutes les années, j’étais tout de même curieuse de découvrir cette fameuse Palme d’or : le jury présidé par les frères Coen a-t-il fait le bon choix ? Il est toujours difficile de juger un palmarès sans avoir vu tous les jours mais ce qui est certain en ce qui me concerne, c’est que la réponse à ma question est certainement non. Honnêtement, je me demande même ce qu’il fiche tout court dans ce palmarès cannois. Attention, je ne dis pas que ce film est nécessairement mauvais, peut-être que certains seront sensibles à l’histoire. Personnellement, j’ai eu l’impression d’être passée à côté de ce long-métrage pour moi oubliable qui a quand même le mérite d’être tourné en grande partie en langue tamoul (cela nous permet d’être immergé dans le quotidien de cette « famille » sri-lankaise débarquant en France en attendant de pouvoir s’installer en Angleterre). Je n’ai rien contre des histoires pas toujours originales (je veux dire, au bout d’un moment il n’existe pas non plus trois mille sujet), le principal est de voir tout simplement un bon film. Mais là rien que le sujet m’a barbé, c’est peut-être méchant, gratuit et pas justifié ce que je vais dire, mais il n’y a vraiment rien d’inédit (et pas uniquement les sujets, même la manière dont ils sont traités n’a rien de très innovant), que ce soit à propos de l’immigration ou des banlieues. J’ai presque envie de dire : c’est très cliché. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes chez les immigrés ou dans les banlieues, mais on n’a pas attendu Audiard pour le savoir. Au-delà de nous montrer des scènes vues mille fois, je ne vois surtout pas trop où Audiard a voulu nous dire, notamment sur les banlieues.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

La métaphore sur la banlieue qui devient une zone de guerre, avec le parallèle avec la guerre que fuit Dheepan et sa pseudo famille, est franchement lourde. Par ailleurs, les scènes oniriques avec l’éléphant dans la jungle (probablement une métaphore de Ganesh), montrant à la fois le déracinement du personnage principal et  le symbole de la sagesse de Dheepan (ce qui peut paraître dingue quand on voit la fin du film, d’une improbable niaiserie), ne sont pas non plus d’une grande subtilité. Bref, je reviens donc sur les banlieues. Certes, nous savons tous qu’il y a des problèmes dans certains quartier blablabla. Mais qu’a-t-il voulu montrer Audiard ? Qu’on doit définitivement faire la guerre à toutes les racailles ? Que c’est lamentable de voir ces jeunes rien foutre et tout casser alors qu’il y a des pauvres migrants qui veulent s’adapter à la société occidentale ? Que la cité est aussi une zone de guerre en Occident, voire même une jungle ? Que la terre d’accueil est à peine mieux que la terre quittée avec douleur ? J’exagère peut-être un peu à travers ces interrogation mais j’avoue avoir trouvé les intentions de ce film assez floues finalement, sans mauvaise foi, à travers ces scènes en banlieue (surtout en ce qui concerne la deuxième partie du long-métrage), je ne comprends pas vraiment le discours d’Audiard. J’espère juste ne pas voir un message trop douteux. Après, heureusement, il y a tout de même quelques points positifs, même si je ne pense pas qu’ils justifient une Palme d’or. En effet, même s’il n’y a absolument rien de révolutionnaire, je trouve tout de même qu’Audiard a bien su capter l’expérience de l’exil, notamment dans la toute première partie du film. Ainsi, il filme avec une certaine perspicacité la découverte de l’étranger, les observations étranges voire même cocasses de la part de la « famille » sri-lankaise en France, tout simplement le choc des cultures. Il y a quelque chose dans ce regard de l’exil à la fois naïf et dur. On retrouve bien l’esprit des Lettres Persanes de Montesquieu, roman épistolaire qui aurait été une véritable source d’inspiration pour l’élaboration du scénario. En ce qui concerne la mise en scène, Audiard a su par son énergie créer une atmosphère étouffante, mais peut-être qu’elle l’est un peu trop au point de nuire à une possible émotion.

Dheepan : Photo Kalieaswari Srinivasan, Vincent Rottiers

Néanmoins, je reconnais que le réalisateur a quand même du talent, j’apprécie sa mise en scène dynamique, qui oscille plutôt bien entre la fiction (même si, encore une fois, je ne suis pas cliente des passages oniriques, mais le reste par contre rien à dire) et le style « documentaire », c’est-à-dire s’approchant au plus près de la réalité, comme si on suivait vraiment de près les personnages (sans écoeurer ou perdre le spectateur). La manière de traiter du thème de la famille me semble également intéressante. Encore une fois, Audiard joue avec malice avec la fiction, c’est-à-dire ici cette fausse famille créée dans le but de pouvoir immigrer. Ainsi, chaque membre de la « famille » a ses caractéristiques, ses différences, son histoire, son passé. Chacun va devoir apprendre à se connaître, à cohabiter et finalement à s’aimer. Dans un sens, la famille est aussi un bon moyen de continuer à explorer le thème de l’exil, celui de l’autre, mais cette fois-ci dans un même groupe. Les personnages sont d’ailleurs intéressants car malgré le « gentil » discours sur les bons migrants, ils ne sont pas manichéens, on ne les aime pas forcément tout de suite mais finalement comme au sein de cette « famille », on apprend à les connaître et à les aimer. C’est d’ailleurs dommage d’intituler le film Dheepan alors que les autres membres de la famille, notamment « l’épouse », jouent tout de même un rôle important. Il faut dire que le trio d’acteurs sri-lankais Antonythasan Jesuthasan (un acteur amateur), Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby (oui, pour les noms, j’ai bêtement fait un copier-coller), sont tous impeccables et criants de vérité. Notons également enfin la bonne interprétation de Vincent Rottiers, qui évite à ma grande surprise la caricature.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

Secret d’état

réalisé par Michael Cuesta

avec Jeremy Renner, Rosemarie DeWitt, Oliver Platt, Mary Elizabeth Winstead, Ray Liotta, Tim Blake Nelson, Barry Pepper, Michael Sheen, Paz Vega, Andy Garcia…

titre original : Kill the Messenger

Biopic, drame américain. 1h52. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et Metropolitan Filmexport.

Sur Cinétrafic : Les films d’action dont ceux de 2015.

Secret d'état

Une vérité incroyable se dessine : les rebelles du Nicaragua travailleraient directement avec la CIA pour introduire de la cocaïne aux Etats-Unis et l’argent résultant de ce trafic servirait à armer les milices des Contras que veulent soutenir les Etats-Unis. Pour faire exploser la vérité, Webb prend tous les risques et se rend au Nicaragua afin de soutirer des informations essentielles au baron de la drogue Norwin Meneses. Il écrit bientôt une série d’articles qui secoue l’Amérique tout entière…
Webb devient alors une cible pour les journalistes rivaux mais aussi pour les responsables du trafic : un véritable complot se trame contre lui…

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

Secret d’état est sorti dans les salles françaises en fin novembre dernier dans l’indiscrétion la plus totale. Il faut dire que le titre français est un peu trop passe-partout (il faut voir le nombre de films qui s’intitule « secret de quelque chose » ou « machin d’état », forcément ça n’inspire plus au bout d’un moment). Le titre original, Kill the Messenger, a déjà bien plus de sens, surtout une fois qu’on a vu le film. En tout cas, même s’il ne s’agit évidemment pas du film du siècle, Secret d’état est pour moi un bon film qui mérite d’être vu rien que par son sujet. Je peux même dire qu’il s’agit même d’une bonne surprise vu que je n’en attendais rien. Pour écrire le scénario, le scénariste et ancien journaliste Peter Landesman s’est appuyé sur deux ouvrages : Dark Alliance de Gary Webb et Kill the Messenger: How the CIA’s Crack-cocaine Controversy Destroyed Journalist Gary Webb de Nick Schou. Ainsi, le film est tiré de l’histoire vraie de Gary Webb, un journaliste qui a publié une série d’articles nommés « Dark Alliance » à partir de 1996 dans le San Jose Mercury News. Au cours de son enquête, Webb a alors découvert le financement des contras au Nicaragua par des narcotrafiquants couverts par la CIA. Ainsi, la CIA a favorisé la distribution du crack dans les banlieues noires de Los Angeles, ce qui a provoqué une « épidémie de crack ». Cependant, cette vérité a évidemment un prix, chacun voulant se préserver, notamment son propre journal qui ne va pas avoir le courage d’assumer les articles. Suite à cette affaire, Webb démissionne du Mercury News et a délaissé le journalisme. En 2004, il est retrouvé à Sacramento avec deux balles dans la tête (mais la police dit qu’il s’agit d’un suicide : je ne suis pas forcément adepte de la théorie du complot mais il faut avouer que c’est très étrange).

Secret d'état : Photo Mary Elizabeth Winstead

Rien que le résumé nous fait comprendre que l’affaire en elle-même est passionnante. Evidemment, le scénario a apparemment romancé le récit mais il a tout de même sur retranscrire les différents enjeux des enquêtes journalistiques de Gary Webb. Le film réussit à trouver un bon équilibre entre le thriller politique et le drame. De plus, le langage reste accessible pour ceux qui ne connaissent pas forcément cette affaire (vraiment importante et étonnamment pas si connue que ça) tout en utilisant un jargon crédible. Grâce à une mise en scène solide et un scénario plutôt efficace, Michael Cuesta, réalisateur de 12 and Holding (avec déjà Jeremy Renner au casting) et du polémique Long Island Express (L.I.E.), réussit aussi à dresser le portrait fascinant d’un homme courageux, passionné et intègre, seul contre tous et pris un tourbillon médiatique et politique. Dans le rôle principal, Jeremy Renner est vraiment impeccable et a vraiment les épaules pour tenir un tel rôle. Certains seconds rôles sont également remarquables, comme par exemple ceux tenus par Mary Elizabeth Winstead, Oliver Platt ou encore Michael Sheen. Je note tout de même quelques défauts : même si le film est captivant et parvient à tenir le spectateur en haleine, il y a tout de même quelques longueurs. Puis, on a quand même l’impression que Webb a eu de la chance de tomber sur LE sujet de l’année et se découvre un talent pour l’investigation. Il ne faut pas oublier que Webb avait déjà une solide carrière de journaliste. De plus, sa participation au reportage collectif sur le tremblement de terre de Loma Prieta lui a permis de remporter en 1990 le Prix Pulitzer avec d’autres collègues. Malgré ces maladresses, Secret d’état est un film captivant, engagé, important pour la liberté de la presse.

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

Big Eyes

réalisé par Tim Burton

avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schwartzman, Terence Stamp, Jon Polito, James Saito, Delaney Raye, Guido Furlani, Madeleine Arthur…

Biopic, comédie dramatique américaine, canadienne. 1h47. 2014.

sortie française : 18 mars 2015

Big Eyes

BIG EYES raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.

Big Eyes : Photo Amy Adams, Christoph Waltz

J’aime bien Sweeney Todd (malgré des chansons abominables), Les Noces Funèbres et Frankenweenie (même si je préfère le court-métrage). Cependant, depuis une dizaine d’années, Tim Burton nous offrait des films pas à la hauteur de son immense talent. Son Alice au pays des merveilles et Dark Shadows font partie de ses films les plus désespérants, Burton qui réussit à caricaturer son propre univers jusqu’au foutage de gueule. Evidemment, je redoutais énormément ce Big Eyes. Plutôt apprécié par la presse, le film a été en revanche boudé par un grand nombre de blogueurs. J’ai vraiment hésité à aller le voir. Le sujet était intéressant mais sur le papier j’avais du mal à voir ce que venait foutre Burton dans ce projet, surtout visiblement un film de commande. Comme je suis tout de même curieuse, je me suis tout de même déplacée pour le voir en salles. Et, à ma plus grande surprise, Big Eyes m’a vraiment plu, j’ai l’impression que Burton s’était enfin réveillé. Je sais que certains parmi vous vont hurler après la lecture de ce billet (« quooooi ? Tu t’appelles Tinalakiller et tu ne tues pas ce film ? »), je me prépare éventuellement à un débat acharné, à m’arracher les cheveux, à m’engueuler (la routine quoi). Mais je tenais à défendre ce film qui m’a emballée et que je considère comme le meilleur long-métrage de Burton depuis des lustres. Certes, je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre et au fond, je comprends la déception que certains ont pu ressentir. Mais, contrairement à un Dark Shadows qui, en apparence, ressemblait à du Burton mais était surtout un énorme foutage de gueule, Big Eyes ne serait pas à première vue un pur Burton. Pourtant, plus j’avançais dans le film, plus je retrouvais étrangement son univers. Certes, la mise en scène n’est pas autant marquée que ses autres films, il manque effectivement le petit grain de folie que nous connaissons tous chez Burton. Nous pouvons même dire que la mise en scène reste très classique. Cependant, il n’y a rien d’insultant dans ce terme (il le devient quand j’ajoute « trop » devant). La mise en scène reste pour moi plus que convaincante et est cohérente avec le scénario écrit par deux Scott Alexander et Larry Karaszewski (les scénaristes de Larry Flynt, Man on the Moon et… Ed Wood). Evidemment, le scénario est classique dans le sens où il retrace l’histoire des Keane chronologiquement. Cependant, j’ai tout de même l’impression que certains (je dis bien certains, pas tous) ont été déçus par le scénario parce qu’il s’agit d’un film de Tim Burton et donc pensaient que l’histoire serait plus funky.

Big Eyes : Photo Amy Adams

Certes, le scénario n’apprend rien de nouveau sur l’affaire Keane mais en même temps, un biopic n’a jamais prétendu être un cours d’histoire et un grand nombre de très bons biopics ont des scénarios très traditionnels et chronologiques et cela ne dérange personne. Donc pour moi, il n’y a rien de choquant ou d’abominable dans le scénario, qui tient à la fois la route pour intéresser les spectateurs sur cette histoire et qui parvient à introduire plusieurs types de réflexion. J’ai en tout cas aimé la réflexion, que j’ai trouvée intelligente et pertinente, sur les liens étroits entre l’art et le marketing. D’un côté, Margaret est l’artiste qui crée en fonction de son imagination, ses sentiments, son vécu etc… De l’autre, Walter est celui qui parvient à vendre l’art de sa femme par un autre type d’art : la rhétorique (étymologiquement : l’art du discours). Le film est également rempli de références à Andy Warhol, dont son oeuvre consistait à mettre en avant le rôle que joue la société de consommation. A l’image de la scène dans laquelle les oeuvres de Margaret sont accrochées dans le couloir d’un restaurant menant aux toilettes (mais c’est seul Walter restera dans ce couloir… et parviendra à faire vendre les premières toiles de sa femme), l’art du marketing, associé à celui de la parole, est écoeurant et littéralement merdique. Mine de rien, même s’il ne s’agit que d’un film de commande, Burton semble vraiment impliquer dans ce projet en livrant une critique envers le milieu du cinéma : après tout, beaucoup ont transformé son immense talent créatif en objets purement marketing. J’ai en tout cas ressenti cette correspondance entre sa carrière et celle de Margaret Keane. Contrairement à un certain Inarritu dont je disais beaucoup de mal dans ma critique de Birdman, Burton n’est jamais hautain même s’il n’hésite pas à dire du mal des critiques élitistes méprisants. Personnellement, j’ai trouvé qu’il y avait pas mal d’humour dans le film. Du coup, la critique passe bien et en milieu le film est davantage plaisant. J’ai également trouvé qu’il y avait un lien intéressant entre le « I » et le « eye », un motif assez récurrent en littérature. Certes, je reconnais que Burton aurait pu encore plus accentuer ce point (on voit effectivement les visions de Margaret, qui voient littéralement des yeux énormes chez les gens qu’elle rencontre) mais ce point est tout de même traité. Que ce soit chez Margaret ou Keane, l’ego de l’artiste touché est un point mis en avant dans le film. J’ai également été touchée par le traitement de Margaret. Je ne compte pas vraiment Alice au pays des merveilles étant donné qu’Alice est inexistante (à cause du Johnny Depp show) donc pour moi, Burton met en scène pour la première fois de sa carrière un personnage féminin dans un véritable premier rôle. Et Burton s’en sort vraiment bien.

Big Eyes : Photo Christoph Waltz, Terence Stamp

Le film a beau avoir été réalisé par un homme et scénarisé par des hommes, il s’agit pour moi d’une oeuvre féministe, qui interroge la place de la femme artiste dans l’histoire de l’art. Margaret est donc tiraillée entre son activité et sa passivité. Avant de rencontrer Walter, Margaret était une femme différente puisqu’elle était divorcée et mère célibataire. Comment cette femme, qui semblait quand même avoir du cran, a t-elle pu se laisse autant embobinée et prisonnière de cet escroc qu’est Walter ? Si Margaret est dans un premier passive et victime de ce mensonge, elle va tout de même réussir à rebondir et la manière dont elle va battre Walter est assez captivante et jubilatoire. Cette femme a alors toujours été marginalisée, ce dont a toujours affectionné Burton : Margaret est marginalisée par les hommes qu’elle rencontre et son art qui l’isole de tous. J’ai beaucoup aimé l’interprétation d’Amy Adams, qui a quelque chose d’enfantin, de fragile et paradoxalement elle est forte. Je trouve qu’elle interprète ce personnage avec une large palette d’émotions. Beaucoup ont été agacés par l’interprétation de Christoph Waltz, disant qu’il cabotinait. Je comprends ce qu’ils veulent dire mais je ne l’ai pas totalement perçu de cette manière. Déjà, je suis vraiment fan de cet acteur, donc c’est toujours pour moi un plaisir de le revoir et je ne me lasse pas de son jeu. Oui, nous pouvons avoir cette impression de cabotinage mais il y a quelque chose de cohérent dans cette interprétation dans le sens où son personnage est en lui-même un cabotineur ! Cependant, pour moi, il ne joue pas mal, je trouve qu’il arrive bien à faire son show habituel et toujours aussi plaisant sans tomber dans une mauvaise interprétation. Et puis bordel, ça nous change un peu de l’insupportable Depp et de cette pauvre Helena Bonham Carter qui semblait s’emmerder dans les pseudo-trouvailles de son ex-compagnon. Les seconds rôles sont également plutôt bons même si certains sont un peu trop anecdotiques. La musique d’Elfman n’est pas époustouflante mais dans le film elle fonctionne tout de même bien et pour relativiser on entend au moins ce qu’il a composé (contrairement à son « travail » dans le merveilleusement naze Cinquante Nuances de Grey). Par contre, j’ai quand même regretté la présence de la voix off, inutile et trop dans la vague du biopic traditionnel. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, et ayant conscience de certains de ses défauts, Big Eyes m’a tout de même beaucoup plu. A première vue, un film qui ne semble pas Burtonien, presque une trahison et finalement, via les thèmes, dans l’ensemble bien traités, j’ai tout de même réussi à retrouver l’univers de ce réalisateur, même s’il s’agit d’un film de commande. Burton semble changer de direction et avoir mûri et ce n’est pas une mauvaise chose.

Big Eyes : Photo Amy Adams, Christoph Waltz

Spaced

Créée par Simon Pegg et Jessica Stevenson

réalisée par Edgar Wright

avec Simon Pegg, Jessica Stevenson, Julia Deakin, Nick Frost, Mark Heap, Katy Carmichael, Bill Bailey…

Série comique britannique.  2 saisons. 1999-2001.

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Tim et Daisy sont deux losers complètement paumés. Décidés à se serrer les coudes pour s’en sortir, ils se font passer pour un couple honnête sous tous rapports afin de trouver un logement. Ils réussissent à convaincre Marsha Klein de leur louer un appartement dans une pension. C’est le début des ennuis…

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Pour tous (ce qui est tout à fait logique et incompréhensible), le trio Edgar Wright-Simon Pegg-Nick Frost est connu uniquement pour sa trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et The World’s End). Beaucoup ont finalement oublié ou alors ne connaissent pas la série dans laquelle ils ont débuté : Spaced. En français, son titre a été traduit par Les Allumés. La traduction n’est pas si scandaleuse que ça mais il a avoué qu’elle ne rend pas totalement justice à cette série injustement méconnue en France. Spaced n’est pas selon moi la meilleure sitcom britannique, en tout cas ce n’est pas ma préférée (je vous renvoie à des critiques de séries que j’ai publiées sur ce blog) mais ça reste tout de même une excellente série, au-dessus de ce qu’on nous propose habituellement. Si on est vraiment fan du trio et qu’on souhaite comprendre le travail effectué sur la trilogie Cornetto ainsi que sur Scott Pilgrim, il me semble que c’est indispensable de regarder cette série (et en VO of course), surtout qu’elle a l’avantage d’être courte : il n’y a que 14 épisodes (dans l’ensemble très bons) d’une vingtaine de minutes, étalés sur deux saisons. Spaced présente, sur le papier, une situation plutôt banale, c’est-à-dire qu’on suit les aventures de Tim et Daisy (deux colocataires, qui se font passer pour un couple afin d’obtenir un appartement), de leurs amis respectifs (Mike et Twist) ainsi que leurs voisins (Marsha et Brian). Jusqu’où là, rien de fabuleux : une colocation et des amis déjantés, on l’a vu un paquet de fois dans des séries. Cependant, Spaced n’est pas réellement une sitcom comme les autres. Elle ne présente pas des jeunes qui vivent confortablement en coloc, comme dans Friends ou The Big Bang Theory (attention, ce n’est pas une critique contre ces séries !).

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Au contraire, le mensonge en question (mentir pour obtenir un appartement) montre déjà un certain malaise social : Daisy est une auteure et journaliste ratée tandis que Tim, dessinateur, travaille dans une petite boutique de comics. Quant à leurs amis et voisins, ce n’est pas non plus la gloire : Mike se prend pour un militaire mais n’est pas militaire, Twist « travaille dans la mode », c’est-à-dire dans un pressing et Brian est un artiste torturé et incompris. On peut également dire que l’appartement de Tim et Daisy n’a rien de glorieux (même s’il reste correct par rapport à l’ancien squat dans lequel vivait Daisy). Mais surtout, c’est la construction du scénario en fonction de la culture geek ou populaire qui permet de rendre Spaced bien mieux qu’une énième série de potes. Effectivement, une grande partie de l’humour repose sur ces références, hommages ou parodies. Ainsi, Star Wars, Manhattan, Matrix, Pulp Fiction, TerminatorVol au-dessus d’un nid de coucou, 2001 : L’Odyssée de l’espace, Scooby-Doo, Tron ou encore The Rocky Horror Picture Show sont des références cinématographiques qui seront au coeur de ces quatorze épisodes. Il y a évidemment d’autres types de références, comme à des jeux vidéos ou plus généralement à la culture des années 1990. Et, comme on s’en était aperçu dans Scott Pilgrim et la trilogie Cornetto, qui sont dans la continuité de la série mais en version améliorée, nous ne sommes pas uniquement dans la référence simpliste, histoire d’étaler sa culture. Il y a derrière une véritable mise en scène ainsi qu’un scénario, pas forcément profond mais qui ne repose pas uniquement sur des gags qui parleraient aux geeks et autres. Ces références nourrissent réellement le récit, qui font qu’on dépasse le stade de banale sitcom.

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D’ailleurs, le fait qu’il n’y ait pas de rires enregistrés confirment la volonté de l’équipe à ne pas tomber dans la sitcom facile. Cependant, malgré un travail ambitieux pour une sitcom, Spaced ne se prend pas au sérieux et c’est pour ça que cette série est infiniment drôle et sympathique. La série repose également beaucoup sur ses personnages. A part Twist, qui est mal exploitée (pourtant, son interprète, Katy Carmichael, joue bien), je trouve les personnages tous attachants et drôles et sont tous interprétés par des acteurs très en forme. On ne doute évidemment plus du talent de Simon Pegg et Nick Frost, délirants respectivement en geek qui se sent trahi par La Menace Fantôme (comme beaucoup de fans de Star Wars) et en pseudo-militaire (ahah l’épisode dans lequel il fait du paintball est mythique !). Il ne faudrait également pas oublier Jessica Stevenson (aujourd’hui Jessica Hynes – elle a pris le nom de son mari), la co-créatrice de la série. Actrice plutôt méconnue en France (elle apparaît pourtant dans Shaun of the Dead et dans un épisode de Harry Potter), elle est pourtant excellente dans le rôle de Daisy, dans laquelle beaucoup de femmes (dont moi) pourront s’identifier. Julia Deakin (qui apparaît dans les trois épisodes de la trilogie Cornetto) est également très drôle en Marsha, la propriétaire alcoolo, qui se dispute souvent avec sa fille. Enfin, j’ai également adoré Mark Heap (vu dans The World’s End, Pour un garçon, Charlie et la chocolaterie…), hilarant dans le rôle de Brian, l’artiste qui crée à partir de quatre thèmes : la peur, la colère, la douleur et l’agression. J’ai également une petite pensée pour Colin, ce formidable chien devenu un personnage à part ! Une petite vidéo pour vous faire une idée si vous n’avez pas encore regardé Spaced ici.

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Magic in the moonlight

réalisé par Woody Allen

avec Colin Firth, Emma Stone, Simon McBurney, Marcia Gay Harden, Eileen Atkins, Hamish Linklater, Jacki Weaver, Catherine McCormack, Lionel Abelanski…

Comédie romantique américaine. 1h38. 2014.

sortie française : 22 octobre 2014

Magic in the Moonlight

Le prestidigitateur chinois Wei Ling Soo est le plus célèbre magicien de son époque, mais rares sont ceux à savoir qu’il s’agit en réalité du nom de scène de Stanley Crawford : cet Anglais arrogant et grognon ne supporte pas les soi-disant médiums qui prétendent prédire l’avenir. Se laissant convaincre par son fidèle ami Howard Burkan, Stanley se rend chez les Catledge qui possèdent une somptueuse propriété sur la Côte d’Azur et se fait passer pour un homme d’affaires, du nom de Stanley Taplinger, dans le but de démasquer la jeune et ravissante Sophie Baker, une prétendue médium, qui y séjourne avec sa mère.

Magic in the Moonlight : Photo Colin Firth, Emma Stone

Quasiment toutes les années, le prolifique Woody Allen offre à son fidèle public son nouveau film. Avec lui, personnellement, j’ai toujours du mal à savoir si je vais être conquise ou carrément détestée (il faut dire qu’il tourne beaucoup – c’est peut-être normal qu’il y ait des ratés dans le lot). Mais décidément, depuis Minuit à Paris, Allen a retrouvé l’inspiration et ça fait plutôt plaisir à voir. Magic in the moonlight est une jolie réussite, assez divertissante et rafraîchissante. On retrouve tout ce qui fait le charme des films d’Allen (quand ils sont bons évidemment), c’est-à-dire une mise en scène élégante et des répliques percutantes. En mettant en scène des personnages pratiquant l’illusion chacun à leur manière et en installant son histoire dans la Provence des années 1920, Woody Allen parvient à signer une comédie romantique pétillante qui montre avec efficacité la naissance des sentiments amoureux. La magie de l’amour à laquelle succombent les personnages fonctionne grâce à plusieurs éléments mis en place, comme la photographie lumineuse ou encore la musique jazz qu’Allen aime tant. S’ajoute à cette jolie romance les réflexions philosophiques et spirituelles alléniennes. En montrant les limites de la raison, Allen s’interroge sur le pouvoir de l’illusion : en quoi l’homme a-t-il besoin de l’illusion dans son existence, et même plus généralement, pourquoi a-t-il besoin de Dieu ?

Magic in the Moonlight : Photo Colin Firth, Emma Stone

L’illusion est également un sujet qui parle au réalisateur et à ses spectateurs, puisque le cinéma n’est-il pas en lui-même synonyme d’illusion ? Enfin, le film séduit également grâce à l’alchimie entre les deux acteurs principaux. On n’a pas forcément l’habitude de voir Colin Firth dans un registre comique, en tout cas il est excellent dans le rôle de ce misanthrope so british un peu trop sûr de lui. Quant à Emma Stone, j’ai toujours trouvé qu’elle avait un potentiel mais je ne pense pas que ses précédents films aient réellement dévoilé son talent. Ici, elle a enfin la chance de pouvoir montrer de quoi elle est capable et je dois dire que je n’ai pas été déçue, bien au contraire. Elle est à la fois pétillante et candide et elle est très drôle dans les scènes dans lesquelles elle se prend pour une grande médium. Cependant, je n’ai pas non plus adoré : il manque selon moi, comme dans son précédent film Blue Jasmine, un petit quelque chose pour que le résultat emballe totalement. Peut-être que le côté léger et romantique l’emporte un peu trop, le propos est peut-être un peu trop atténué. De plus, même si j’ai pris du plaisir à regarder ce film, on ne peut pas dire non plus qu’il surprend, surtout quand on connait l’univers du réalisateur. Malgré ces quelques bémols, Magic in the moonlight reste un bon film qui m’a donné le sourire tout le long.

Magic in the Moonlight : Photo Colin Firth

Tomboy

réalisé par Céline Sciamma

avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson, Sophie Cattani, Mathieu Demy…

Drame français. 1h22. 2011.

sortie française : 20 avril 2011

Tomboy

Laure a 10 ans. Laure est un garçon manqué. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michael, un garçon comme les autres… suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret.

Tomboy : Photo Jeanne Disson, Zoé Héran

Tomboy est le deuxième long-métrage de Céline Sciamma, ex-élève de la Fémis issue des lettres modernes. Depuis sa sortie, il est au coeur d’une polémique. Récemment, lors sa diffusion sur Arte, Civitas, tristement connue pour être une association catholique intégriste, a protesté contre la chaîne car Tomboy qui « fait du prosélytisme en faveur de l’idéologie du genre » n’aurait « sa place ni à l’école ni à la télévision » (source ici). Mais grâce à cette énième polémique, Arte a tout de même réussi à réunir 1,3 million de téléspectateurs, un très beau score pour la chaîne. J’avais plutôt aimé son précédent film, Naissance de pieuvres, même si je n’avais pas adhéré à certains choix. Je n’ai pas non plus adoré Tomboy (le film ne comporte pas pourtant de défauts particuliers, c’est juste un ressenti personnel) mais pour l’instant il s’agit du meilleur film de la réalisatrice (en même temps, elle n’en a pas fait des tonnes). Son absence de nominations aux Césars est tout simplement une honte. Le film joue beaucoup sur la simplicité, que ce soit dans les grandes lignes de l’histoire ou encore dans sa mise en scène, et c’est sûrement ce qui en fait sa force. En effet, le scénario ne comporte pas beaucoup de rebondissements (le seul étant « est-ce qu’on va découvrir le secret de Michael/Laure ? »). Cependant, dans un décor très naturel, Céline Sciamma a su filmer à la fois l’émerveillement et la difficulté du passage de l’enfance à l’adolescence. Le sujet est lourd et pourtant le résultat est malgré tout rafraîchissant.

Tomboy : Photo Jeanne Disson, Zoé Héran

Selon moi, le film ne dit pas clairement si Laure est née dans le mauvais corps ou si ce curiosité sexuelle lui passera dans quelques temps : en tout cas, même si j’ai tendance à opter pour la première option, je ne pense pas que Tomboy affirme clairement ce qui se passe dans la tête de cette jeune fille. Le film aurait pu être un peu plus affirmer sa position, je me lance peut-être aussi dans un faux débat mais selon mon interprétation, la réalisatrice n’a peut-être pas cherché à catégoriser Laure. Tomboy suit pour moi quelques jours d’été d’une future adolescente qui se cherche : même si elles le font différemment, toutes les adolescentes passent par cette étape. Le spectateur est capable de deviner le malaise intérieur de la jeune Laure, qui joue sans cesse avec son apparence physique (coupe de cheveux, vêtements, corps pas développé, sexe en pâte à modeler etc…) et qui va finir par s’embourber dans son mensonge, vis-à-vis de sa famille ou encore de son amie Lisa. Pour finir, les interprètes sont tous très bons. Sophie Cattani et Mathieu Demy sont très convaincants dans le rôle des parents du personnage principal, Jeanne Disson s’en sort également très bien dans le rôle de la jeune Lisa. Mais j’ai surtout été impressionnée par Zoé Héran (Laure/Michael), tout simplement bluffante, ainsi que par la petite Malonn Lévana (qui incarne la soeur toute fifille Jeanne) qui surprend par sa spontanéité.

Tomboy : Photo Malonn Lévana, Zoé Héran