Moi, Tonya

réalisé par Craig Gillepsie

avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Cailin Carver, Bobby Cannavale, Mckenna Grace…

titre original : I, Tonya

Comédie dramatique, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : Photo Margot Robbie

Nous connaissons quasiment tous l’affaire Harding-Kerrigan qui avait fait le tour du monde : six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994 (et plus précisément la veille des championnats américains permettant la qualification pour ces fameux JO), Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou avec une barre de fer. L’enquête révèle alors l’implication de l’entourage de Tonya Harding, sa grande rivale. Moi, Tonya revient alors sur cette affaire ou plutôt : comment la jeune femme en est arrivée à une telle chute ? Est-elle vraiment responsable des faits reprochés ? Craig Gillepsie (réalisateur du génial Une fiancée pas comme les autres ou en VO Lars and the Real Girl – chers fans de Ryan Gosling, jetez-vous sur ce film) livre un portrait saisissant de cette femme vue à l’époque comme la grande méchante de l’histoire : il est certain qu’il y a un parti pris, celui de réhabiliter l’ancienne sportive. Battue par sa mère qui voulait absolument en faire une bête de patinage, également régulièrement tabassée par son abruti de mari, rejetée par le milieu du patinage artistique parce qu’elle ne vient pas d’un milieu assez chic, Tonya Harding en a bavé déjà bien avant l’éclatement même de l’affaire. Le réalisateur livre un anti-biopic, en s’amusant notamment à jouer entre les différentes pistes, c’est-à-dire en mêlant des éléments réels à d’autres qui seraient plus de l’ordre du mensonge. Qu’est-ce qui est alors vrai dans ce biopic qui, par définition, a pour but de retracer un événement réel ? L’exercice est alors plutôt bien exécuté à l’écran. La mise en scène souvent virtuose (notamment sur les scènes de patinage) ainsi que son montage effréné sont remarquables. Beaucoup de critiques ont comparé ce film aux Affranchis de Martin Scorsese et cela peut se comprendre même si Gillepsie n’atteint clairement pas la maestria du réalisateur Italo-américain. Cela dit, si je devais établir une comparaison qui me semble davantage plus cohérente, je la ferais alors avec l’univers des frères Coen notamment pour son humour « absurde » et coriace (même si utiliser la maltraitance en guise d’humour me gêne) et en situant le récit chez les Rednecks. Le ton surprend (surtout face à une histoire banalement tragique) mais est finalement cohérent avec la personnalité même de Tonya Harding.

Moi, Tonya : Photo Allison Janney

Moi, Tonya part d’un projet intéressant (les beaux portraits de femme au cinéma restent rares) mais qui finit rapidement par ne pas être aussi pertinent que prévu. Les différents thèmes abordés retiennent l’attention, en particulier en ce qui concerne la figure féminine bafouée dans les médias : c’est effectivement Tonya qui s’en est encore pris plein la gueule et non ceux qui ont réellement organisé cette agression. Qu’elle ait fait le coup ou non, peu importe le degré d’implication, ne change finalement pas grand-chose, elle n’était pas la seule responsable. Cela dit, même si le discours autour des inégalités de chance de réussite suscite l’intérêt, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces thèmes survolés, tout comme le fait de ne jamais réellement aborder sa confrontation avec Nancy Kerrigan. Oui, le film préfère se concentrer sur un point de vue et c’est tout à son honneur. En revanche, ignorer la rivale (enfin presque, hein) qui incarne l’antithèse même de Tonya Harding me semble absurde. On ne s’est pas seulement insurgés parce que la bande à Harding a tabassé une concurrente : on s’est insurgés à l’époque parce qu’on s’était attaqué à la fille chérie du patinage, issue d’un bon milieu et qui le montrait bien en apparence. De plus, la seconde partie du film a tendance à pêcher justement parce que le réalisateur ne sait justement plus comment traiter ses thèmes et continue à s’acharner sur un humour qui finit par perdre son grinçant. En fait, en dehors de nous présenter Harding comme une grande victime qui fait tout pour rester debout jusqu’au bout, on a l’impression que Gillepsie ne sait plus quoi dire alors que les thèmes mis en place et mal exploités prouvent pourtant qu’il y avait de quoi rendre le propos bien plus consistant. En revanche, côté interprétations, Moi, Tonya ne comporte aucune fausse note. Margot Robbie livre une surprenante interprétation, confirmant bel et bien qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle n’a pas volé sa nomination aux Oscars dans le rôle de Tonya Harding. Je n’aurais même pas protesté en cas de victoire (même si je suis très contente pour Frances McDormand pour son 3 Billboards). Sa partenaire Allison Janney (qui, elle, en a remporté un pour ce film en mars dernier), est également impeccable (et méconnaissable). Cela fait plaisir de voir cette actrice sous-estimée et sans cesse collée aux seconds rôles atteindre une certaine reconnaissance par la profession. Enfin, Sebastien Stan (le Bucky de Captain America) complète avec conviction ce trio de tête. Ayant le mérite de présenter un sport peu mis en scène au cinéma, Moi, Tonya est alors un anti-biopic intéressant notamment formellement mais oubliable parce qu’il n’exploite pas suffisamment ses différents thèmes mis en place, qui aurait pu rendre cette oeuvre bien plus puissante.

Moi, Tonya : Photo

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The Square

réalisé par Ruben Östlund

avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, Terry Notary…

Comédie suédoise. 2h22. 2017.

sortie française : 18 octobre 2017

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

The Square : Photo Claes Bang

J’ai suivi le dernier festival de Cannes uniquement sur les réseaux sociaux (promis, un jour j’y serai en chair et en os !). The Square semblait être une Palme surprise (je ne reprends que des intitulés de presse et autres) : le film suédois n’apparaissait pas réellement (ou en tout cas très rarement) dans les pronostics, et encore moins pour obtenir la Palme (la plupart jurait sur le magnifique 120 Battements par minute de Robin Campillo). Je suis donc allée le voir pour deux raisons : la première, comme vous l’avez deviné, est pour sa Palme (je suis forcément curieuse : je veux savoir, comme pratiquement tous les ans, si le jury a fait le bon choix ou au contraire s’il est complètement à côté de la plaque). La seconde est pour son réalisateur Ruben Östlund. Je n’avais vu qu’un seul de ses films avant de découvrir cette Palme : Snow Therapy (connu aussi pour son titre international « à la française » Force Majeure), qui avait été nommé aux Golden Globes. Ce film (que j’aimerais revoir) m’avait intriguée : je n’étais pas rentrée totalement dans l’histoire mais je ne pouvais pas nier ses qualités ni globalement cette proposition cinématographique. J’appréhendais de voir The Square vu ma petite expérience avec ce réalisateur mais finalement le choix du jury de Pedro Almodovar est très audacieux, loin des résultats attendus : les comédies sont rarement récompensées (notamment pour la Palme), surtout à Cannes. En réalité, selon moi, cette Palme n’est pas si surprenante que ça même si elle sort des conventions. Elle n’est pas surprenante parce que ce film est tout simplement bourré de qualités et qu’on ressort de la séance retourné. Je ne vais pas tourner autour du pot pendant 150 ans : The Square est, de loin, mon film préféré de 2017 (et pourtant, et vous le verrez en fin décembre pour le bilan annuel, j’ai eu de véritables coups de coeur pour d’autres films). Je comprends mieux pourquoi certains ont râlé face au palmarès cannois : ce film ne plaira clairement pas à tout le monde. On me dira que c’est le cas pour tous les films (ce qui est vrai) mais pour The Square, cette remarque aussi banale que bateau est pourtant réellement juste. Mais justement, le jury d’Almodovar n’a pas cédé à la facilité de l’émotion et c’est tellement rare que cela mérite d’être souligné. En terme de comédie, on n’a pas nécessairement l’habitude de voir certains mécanismes utilisés par Östlund dont on sent à chaque scène et même chaque plan l’exigence et surtout la signification ou le but en terme de sensations pour le spectateur.

The Square : Photo Dominic West, Terry Notary

On retrouve alors le côté froid de Snow Therapy, avec ses plans fixes qui accentuent chaque situation qui peut provoquer le malaise. Ce malaise est parfois terrifiant (la scène avec l’homme-singe m’a juste époustouflée – la performance hallucinante de Terry Notary, pourtant brève, n’y est pas étrangère) mais il est aussi à l’origine de nombreuses scènes hilarantes. La scène post-coït avec l’actrice de l’année Elisabeth Moss (remarquable dans les quelques scènes dans laquelle elle intervient) tenant à jeter elle-même le préservatif de son partenaire ou encore sa dispute dans le musée avec Christian avec, en arrière-fond, une des gardiennes qui y jette un coup d’oeil pour ne citer que celles-ci en sont de parfaits exemples. Le malaise n’apparaît pas uniquement dans la longueur des scènes fixes. Le discours social est certainement aussi ce qui peut déranger. Pour avoir assisté à quelques expositions d’art contemporain, les scènes présentant les différentes performances artistiques, les expositions très étranges ou encore plus même le concept même de The Square sont à peine exagérées : on est loin de la comédie bête se moquant grossièrement de ce milieu-là si facile à critiquer. Dire que The Square est une grosse critique de l’art contemporain ne serait pas totalement exact. Il se moque selon moi de certaines dérives de l’art contemporain, celle qui sait faire du buzz sans se préoccuper de ce qui se passe réellement dans le monde, celle qui prône des valeurs alors que ceux qui gèrent ces expositions ne les appliquent pas dans leur quotidien. Il n’y a pas de mépris pour l’art et en particulier pour l’art contemporain, il s’agit plus d’une critique de la bourgeoisie méprisante et ignorante via l’art contemporain qui reflète leurs propres bêtises. The Square, c’est quoi justement dans l’histoire ? Il s’agit d’un carré incitant à la bienveillance et la tolérance avec son prochain. Bref un joli concept ne reflétant pas du tout la réelle personnalité de Christian, préparant cette exposition. L’acteur danois Claes Bang est excellent dans le rôle de ce beau bourgeois intello quadragénaire lâche et contradictoire par rapport à ce qu’il prétend être et défendre en public. The Square livre plusieurs critiques qui s’emboîtent bien. On pourrait même être plus juste : le monde de l’art, évidemment pas épargné, permet de souligner un regard extrêmement sombre et pessimiste sur notre société, égoïste, irrespectueuse, qui communique avec les autres pour de mauvaises raisons. La mise en abyme fonctionne merveilleusement bien, le spectateur lui-même pouvant voir The Square comme une exposition géniale de 2h30 sur toutes les bêtises présentes dans notre société. 

The Square : Photo

Et quand Christian commence à prendre conscience de certaines fautes qu’il a pu commettre, il sera trop tard, ses actes ayant des conséquences. Ce point, justement, est l’autre qualité de ce scénario extrêmement riche et réfléchi, avec un effet d’entonnoir au fur et à mesure des scènes. Le scénario part sur un incident a priori anodin : Christian se fait voler son portefeuille et son téléphone par des pickpockets particulièrement rusés et organisés. Sauf qu’il ne va pas en rester là. Alors que toute personne sensée serait simplement allée voir la police, grâce à un de ses sous-fifres, Christian va tout faire pour retrouver ses affaires. Bref, entre cette petite histoire de vol, l’exposition et toutes les emmerdes qui vont suivre, Christian n’est pas au bout de ses peines. L’art devrait ouvrir l’esprit et nous sortir de nos préjugés. Pourtant, c‘est tout ce long déroulé des événements, avec toutes les conséquences qui vont sans cesse suivre et s’emboîter, qui va confronter le protagoniste à s’ouvrir au monde, à s’intéresser aux gens qui n’appartiennent pas à sa classe sociale. Le scénario est tout particulièrement élaboré dans lequel chaque scène porte une signification sur le discours général du film. Le réalisateur dissèque alors avec une rare pertinence les travers de la société, tout comme il livre un regard acide sur l’individu face à son animalité : finalement, on en revient toujours à Snow Therapy (je ne connais pas non plus encore bien la filmographie du réalisateur, mais en établissant quelques connexions entre ce film et The Square, on relève les thèmes qui fascinent Ruben Östlund). Nous relevons une réflexion pertinente sur la confiance perdue au coeur de nos sociétés occidentales : Christian ne fait pas confiance à des classes sociales différentes de  la sienne (l’incident avec les pickpockets en est un exemple). Les gens, qui ne s’intéressent pas forcément aux oeuvres d’art pour de bonnes raisons (coucou les pique-assiettes) ne peuvent plus avoir confiance en une oeuvre d’art pour des erreurs de communication. La mise en scène, dans le contrôle à la Haneke, est impeccable. A partir de plusieurs procédés (caméra fixe, hors-champ, happening), Ruben Östlund provoque sans cesse un malaise grinçant qui bouscule à la fois les personnages et les spectateurs. The Square est un long-métrage d’une terrible exigence sur l’art reflétant les travers de notre société absurde et égoïste, parvenant à trouver son équilibre entre la fiction, l’essai philosophique, la satire sociale et la comédie. 

 

The Square : Photo Claes Bang

L’interview qui tue !

réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg

avec Seth Rogen, James Franco, Lizzy Caplan, Randall Park, Diana Bang…

titre original : The Interview

Comédie américaine. 1h52. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

L’ Interview qui tue !

Un animateur de talk show et son producteur se retrouvent impliqués dans un complot meurtrier à l’échelle internationale.

L’ Interview qui tue ! : Photo James Franco, Seth Rogen

A l’origine, The Interview (je vais l’appeler par son titre original tout le long de ma critique car le titre français m’exaspère) ne m’intéressait pas plus ça car je ne suis pas plus fan que ça de l’humour à la Seth Rogen (en gros un humour franchement pas fin et trop souvent en dessous de la ceinture) bien que je trouve le bonhomme toujours aussi sympathique. Mais personne n’a pas échappé aux polémiques autour de ce film. Tout d’abord, comme on s’en doutait un peu, le long-métrage n’a pas vraiment plu au véritable Kim Jong-un, qui n’a pas hésité à menacer ouvertement les Etats-Unis de représailles. Puis, Sony Pictures Entertainment a été victime d’un colossal piratage. Ainsi, beaucoup d’informations ont été révélées publiquement (dont des mails à caractère raciste) et la patronne Amy Pascal (entre nous, une conne) a annoncé récemment sa démission. La Corée du Nord a évidemment été accusée d’avoir provoqué ce gigantesque piratage même si rien ne le prouve jusqu’à présent (je n’aime pas voir des complots de partout mais cela ne me semble toujours pas impossible que ce soit l’équipe du film qui ait fait le coup…). Face à des menaces terroristes visant les cinémas américains, Sony a refusé de sortir The Interview en salles dans un premier temps puis est sorti en VOD aux Etats-Unis et dans quelques cinémas américains le jour de Noël. Finalement, il a eu également droit à sa sortie dans les cinémas français. Bref, j’étais curieuse de découvrir LE film qui a foutu un sacré merdier, au point de créer un incident diplomatique. Comme je n’en attendais rien, je ne peux pas dire que j’ai été déçue. En revanche, voir qu’une petite comédie potache assez oubliable ait pu créer autant de problèmes fout quand même un peu les boules. Je ne vais pas pour autant le démonter entièrement. Dans l’ensemble, The Interview est selon moi un peu trop long mais il reste divertissant et propose tout de même pas mal de scènes drôles (en tout cas, elles m’ont fait rire). Rien que les premières minutes du film, avec Eminem qui avoue publiquement (et à plusieurs reprises) qu’il est gay alors qu’il est réputé pour son homophobie et Rob Lowe chauve sont réussies. J’ai également bien adhéré au gros délire autour de Fireworks de Katy Perry.

L’ Interview qui tue ! : Photo Randall Park

Hélas, comme je m’en doutais avant de le découvrir, The Interview n’échappe pas à des gags assez lourds voire même assez vulgaires. Je pense par exemple à la scène de sexe furtive entre Seth Rogen et Diana Bang (honnêtement, cela n’a aucun intérêt de voir la queue relevée de Rogen dans son pantalon, on a compris qu’il était en chaleur) ou encore à une vague scène de pénétration anale, qui n’est franchement pas drôle. Je tenais également à partager une de mes réflexions, même si j’ai conscience qu’elle pourra déranger certains parmi vous, surtout que je proclame régulièrement défendre la liberté d’expression. Mais je dois avouer que cela m’a embarrassée de voir cette comédie ancrée dans un univers réel mettant en scène un dictateur qui existe toujours actuellement. Je pense pourtant qu’on peut rire de tout et je précise évidemment que je ne défends en aucun cas Kim Jong-un. Cependant, quand je vois tout le foin qu’il y a eu autour de ce film et quand je vois le résultat, je ne trouve pas que ça valait le coup de rester aussi proche de la réalité et à prendre tous ces risques. Je n’aime pas forcément réécrire les scénarios, on doit prendre les films tels qu’ils sont mais j’ai l’impression qu’un univers fictif aurait eu plus sa place (surtout avec un humour si potache). En fait, je crois que je n’ai pas surtout pas apprécié de voir un buzz gratuit. Après, peut-être que je n’aurais pas eu ce type de réflexion face à un film bien plus réussi. De plus, le Kim Jong-un est, à part à la fin du film, relativement sympathique (et j’ai trouvé Randall Park plutôt bon). Effectivement, on voit comment Rogen et Goldberg ont voulu dénoncer cette dictature, notamment en grossissant absolument tous les traits de la personnalité coréenne. Mais pour moi, ils passent un peu à côté de la critique de la dictature. En revanche, celle des médias m’a paru davantage pertinente, principalement grâce à James Franco. Cet acteur a beau m’agacer, je dois avouer qu’il s’en sort parfaitement bien dans ce rôle de journaliste crétin. Pour conclure, The Interview n’est pas la comédie qui tue (désolée pour la vanne vraiment naze) et peut décevoir par rapport à sa surmédiatisation (je comprends certaines critiques assassines) mais il a réussi à me divertir, même à me faire rire de temps en temps. Disons que je ne l’ai pas trouvé pire que les autres comédies grasses venues tout droit des Etats-Unis.

L’ Interview qui tue ! : Photo James Franco, Randall Park

Hunger Games – La Révolte : Partie 1

réalisé par Francis Lawrence

avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Woody Harrelson, Elizabeth Banks, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Jeffrey Wright, Stanley Tucci, Donald Sutherland, Willow Shields, Sam Claflin, Mahershala Ali, Jena Malone, Natalie Dormer, Evan Ross, Elden Henson, Wes Chatham, Robert Knepper…

titre original : The Hunger Games – Mockingjay : Part 1

Film de science-fiction, drame américain. 2h. 2014.

sortie française : 19 novembre 2014

Hunger Games - La Révolte : Partie 1

Katniss Everdeen s’est réfugiée dans le District 13 après avoir détruit à jamais l’arène et les Jeux. Sous le commandement de la Présidente Coin, chef du district, et suivant les conseils de ses amis en qui elle a toute confiance, Katniss déploie ses ailes pour devenir le symbole de la rébellion. Elle va se battre pour sauver Peeta et libérer le pays tout entier, à qui son courage a redonné espoir. Hunger Games - La Révolte : Partie 1 : Photo Jennifer Lawrence, Julianne Moore Comme vous l’avez lu précédemment, Hunger Games – L’Embrasement m’avait déçue, j’avais l’impression que l’histoire n’avançait pas et se répétait. Cependant, la fin du film laissait présager enfin du changement. Et puis, j’apprends que le troisième volet, La Révolte, serait, comme Harry Potter et Twilight, divisé en deux parties. Je reconnais qu’il est difficile d’émettre un jugement quand on n’a pas lu le livre, mais je constate que Hunger Games – La Révolte ne comporte 400 pages (et les mots sont écrits plutôt en gros). Hélas, le résultat me confirme que ces deux parties n’existent que dans un but commercial. Décidément, je trouve que la qualité de la saga baisse de film en film. Effectivement, on a enfin droit à une évolution dans l’histoire, fini les Hunger Games, Katniss et ses amis ne comportent plus être des victimes mais au contraire sont là pour botter des culs. Sauf que… cette saga est toujours aussi chiante. Encore une fois, il ne se passe rien. On doit subir deux heures de bavardages inutiles et des scènes qui traînent en longueur (histoire de nous dire « ouaaaais mais c’était utile les deux parties, y a plein de trucs à raconter, même des trucs dont tout le monde se fout, patati patata ») pour introduire la future révolte. Ca commence à devenir un peu long cette introduction (car le 2 était déjà plus ou moins une introduction), ça commence à bien faire, non ? Hunger Games - La Révolte : Partie 1 : Photo Jennifer Lawrence Le triangle amoureux est également toujours aussi agaçant, voire peut-être plus qu’avant, étant donné qu’il est davantage développé pour mon plus grand malheur. Cela est sincèrement navrant de voir Katniss se rabaisser à choisir entre le fade Gale (je cherche encore l’utilité de ce personnage) et les yeux de cocker de Peeta. Cela est également pénible de voir la jeune héroïne couiner tout le long « Peeeeeta » juste à côté de Gale, soi-disant son mec (depuis le début, ils n’ont pas du tout l’air amoureux, mais bon on va dire qu’ils ont été ensemble). Cependant, malgré mon agacement, je n’ai pas non plus détesté ce film. Etrangement, je ne me suis pas totalement ennuyée, cette saga semble avoir encore de l’intérêt. La critique des médias reste toujours aussi pertinente, peut-être même plus que dans les précédents films. Bien que j’ai trouvé le personnage de Cressida (Natalie Dormer avec un crâne demi-rasé et des tatouages un peu partout) pas suffisamment mis en avant, la mise en scène des médias via les publicités et les spots reste réussie. Finalement, on est pratiquement face à une mise en abyme. Je m’aperçois également d’une chose : en réalité, cette critique des médias, instaurée depuis le début de la saga, devient plus forte que le film en lui-même, je dirais même qu’elle le sauve. Dans l’ensemble, le casting reste satisfaisant. Bien que Jennifer Lawrence tire un peu trop la gueule, je la trouve tout de même toujours aussi convaincante dans le rôle de Katniss. Hunger Games - La Révolte : Partie 1 : Photo Natalie Dormer

Hunger Games – L’Embrasement

réalisé par Francis Lawrence

avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Woody Harrelson, Elizabeth Banks, Lenny Kravitz, Philip Seymour Hoffman, Jeffrey Wright, Stanley Tucci, Donald Sutherland, Willow Shields, Sam Claflin, Lynn Cohen, Jena Malone, Amanda Plummer, Paula Malcomson, Toby Jones…

titre original : The Hunger Games – Catching Fire

Film de science-fiction, aventure américain. 2h26. 2013.

sortie française : 27 novembre 2013

Hunger Games - L'embrasement

Katniss Everdeen est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark.
Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais…

Hunger Games - L'embrasement : Photo Jennifer Lawrence, Stanley Tucci

Malgré les défauts que j’avais évoqués la dernière fois, j’avais beaucoup aimé le premier Hunger Games. J’avais hâte de connaître la suite des aventures de Katniss imaginées par Suzanne Collins. Pour ce deuxième volet, ce n’est plus Gary Ross et sa shaky cam épuisante mais Francis Lawrence, réalisateurs de clips pour de nombreux artistes (Avril Lavigne, Lady Gaga, Green Day, Pussycat Dolls, Beyoncé…) ainsi de quelques longs-métrages, comme Constantine, Je suis une légende ou encore De l’eau pour les éléphants. Je ne suis pas spécialement fan de son travail mais cette nouvelle pouvait me réjouir : goodbye la caméra qui bouge tellement dans tous les sens que t’as envie de gerber. Il faut avouer que c’est bien mieux ainsi car on voit vraiment ce qui se passe à l’écran. Cependant, ce nouvel épisode ne m’a pas vraiment emballé. J’ai eu l’impression de revoir le premier film de la saga, en retrouvant un schéma scénaristique similaire. En gros, Hunger Games : L’Embrasement nous raconte pratiquement la même histoire, avec quelques petits changement par-ci et par là, histoire de faire croire aux spectateurs qu’ils ne sont pas pris pour des cons. Le fait que le film se répète peut déjà en soi nous ennuyer. Pire : il manque cruellement de rythme, on a l’impression qu’il ne décolle jamais. Le film de Ross donnait envie de gerber mais au moins je le trouvais rythmé.

Hunger Games - L'embrasement : Photo Jennifer Lawrence, Sam Claflin

J’ai parfaitement conscience que beaucoup de spectateurs ont préféré le film de Lawrence à celui de Ross. Mais, personnellement, je trouve clairement ce deuxième épisode très en dessous. Cependant, je n’arrive pas non plus à le détester. Certes, le film n’a pas réussi à me divertir. Je trouve également le triangle amoureux entre Katniss, Peeta et Gale toujours aussi agaçant, juste là pour satisfaire les ados en chaleur. Mais Hunger Games : L’Embrasement comporte tout de même un lot de scènes d’action efficaces et servies par de très bons effets spéciaux, me permettant de ne pas sombrer totalement dans un sommeil profond. Puis, à l’image de toute la saga, ce blockbuster parvient toujours à mettre en avant un propos pertinent sur la place des médias dans un régime totalitaire. Ensuite, même si on finit par faire une overdose de costumes extravagants (qui, à la fois, se justifient et fatiguent), l’univers proposé réussit toujours à me séduire. La reconstitution des districts et des jeux est particulièrement remarquable. De plus, même si le long-métrage ne m’a pas spécialement emballée, la fin me donnait envie de découvrir le troisième et dernier épisode, découpé en deux parties. Enfin, le casting est toujours aussi convaincant. En tête, Jennifer Lawrence, devenue une star bankable grâce à la saga, incarne avec beaucoup de conviction Katniss Everdeen.

Hunger Games - L'embrasement : Photo Elizabeth Banks, Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson

Hunger Games

réalisé par Gary Ross

avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Woody Harrelson, Elizabeth Banks, Lenny Kravitz, Stanley Tucci, Donald Sutherland, Wes Bentley, Willow Shields, Paula Malcomson, Toby Jones, Amandla Stenberg, Alexander Ludwig, Isabelle Fuhrman…

Film de science-fiction, aventure américain. 2h22. 2012.

sortie française : 21 mars 2012

Hunger Games

Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l’Amérique du Nord, le Capitole, l’impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille – les « Tributs » – concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s’être rebellée et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. L’unique survivant est déclaré vainqueur.
La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n’est plus désormais qu’une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…

Hunger Games : Photo Gary Ross, Jennifer Lawrence

Avant d’être un succès cinématographique, Hunger Games était d’abord une saga littéraire de Suzanne Collins, en trois tomes et principalement destinée aux adolescents. C’est Gary Ross (PleasantvilleSeabiscuit) qui s’est chargé de la mise en scène du premier épisode (les autres seront réalisés par Francis Lawrence). Pour moi, le film a ses défauts, à la fois liés au travail de Ross mais aussi à celui de Collins (même si c’est vache de dire ça car je n’ai jamais eu l’occasion de lire les romans). Tout d’abord, la shaky cam peut très vite fatiguer et surtout empêche parfois qu’on puisse réellement voir ce qui se passe à l’écran. D’ailleurs, la caméra ne bougera plus autant dans les épisodes suivants. Puis, l’histoire en elle-même rappelle un peu trop celle de Battle Royale (même s’il ne s’agit pas non plus d’un copier-coller). Suzanne Collins affirme dans le New York Times qu’elle n’a jamais lu le roman de Koshun Takami. Bien sûr que les coïncidences peuvent exister mais j’ai tout de même du mal à croire qu’elle ne connaissait pas ce roman, surtout qu’en 2008, date de parution du premier Hunger Games, l’adaptation cinématographique de Battle Royale par Kinji Fukasaku était déjà sortie depuis plusieurs années. Le livre de Collins a également énervé les fans de Stephen King car ces derniers auraient vu une ressemblance avec Running Man et Marche ou Crève. De plus, certains lecteurs y avaient vu une similitude avec la nouvelle Le prix du danger de Robert Sheckley. Tout ça pour dire que l’histoire de la saga young adult a beau être séduisante, elle n’a absolument rien d’original. On pourra également discuter des références gréco-romaines, à la fois intéressantes et agaçantes, dans le sens où on a parfois l’impression que Collins les utilise sans en prendre conscience de leurs réelles significations.

Hunger Games : Photo Gary Ross, Jennifer Lawrence, Stanley Tucci

Cependant, malgré ces éléments dérangeants, j’ai tout de même aimé ce premier épisode, bien au-dessus des grosses productions destinées aux ados qu’on a droit d’habitude. Pour une fois, j’ai l’impression que les ados ne sont pas pris pour des imbéciles – même si l’intrigue installe encooore un pseudo-triangle amoureux. Une fois le film fini, on a juste hâte de regarder la suite (hélas pour moi, je n’ai pas adhéré aux deux opus suivants). Hunger Games est pour moi un bon divertissement avec une réflexion intéressante sur notre société. Parfois un peu trop tape-à-l’oeil, l’univers proposé reste intéressant et cohérent par rapport au discours du film. Le propos sur la télé-réalité et même plus généralement sur les médias, reste très pertinent, ce qui est même assez surprenant dans un film hollywoodien. Le film est plutôt long et ne démarre pas de suite (mais selon moi ces longueurs peuvent se justifier) mais je ne suis pas ennuyée car il est plutôt bien rythmé et l’histoire est suffisamment intéressante pour que je reste scotchée du début jusqu’à la fin. De plus, malgré la censure (rappelons-le, le film est surtout destiné aux jeunes), le film réussit à être suffisamment violent, du moins, pour être plus juste, la transcription de la violence dans les jeux est bien présente et est parvenue à me secouer à de nombreuses reprises. Certaines scènes ont également réussi à me toucher. Enfin, j’ai trouvé dans l’ensemble le casting plutôt bon (ça nous change de Twilight), surtout Jennifer Lawrence, qui convient parfaitement pour interpréter une crédible, attachante et combative Katniss Everdeen. On pourra juste regretter certains personnages secondaires… trop secondaires justement (comme celui d’Isabelle Fuhrman par exemple).

Hunger Games : Photo Elizabeth Banks, Gary Ross, Jennifer Lawrence

Gone Girl

réalisé par David Fincher

avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens, Patrick Fugit, Emily Ratajkowski, Missy Pyle, Sela Ward, Casey Wilson…

Thriller, drame américain. 2h30. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Gone Girl

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Gone Girl : Photo Ben Affleck, David Clennon, Lisa Banes

Dans cette critique, je vais essayer de ne rien dévoiler de l’intrigue mais il se pourrait que je laisse des indices derrière moi malgré tout. Si vous n’avez pas vu le film et que vous souhaitez avoir l’esprit 100% vide avant d’aller le voir, je vous déconseille de lire la suite de ce billet. David Fincher adapte le roman de Gillian Flynn (Les Apparences en V.F.) et c’est cette dernière qui s’est chargée de l’écriture du scénario. On ne sera alors pas étonné de voir une adaptation très fidèle au texte (et contrairement ce qu’affirment certains sites ou magazines, la fin n’est pas très différente de celle proposée par le roman). Fincher a su être à la hauteur de l’attente : en effet, on a droit à une adaptation fidèle qui possède une véritable personnalité. Adapter fidèlement pratiquement 700 pages n’était vraiment pas une tâche facile. En effet, on reconnait vraiment la patte de Fincher : un style assez froid mais dynamique, presque clipesque (vu son passé de vidéaste) mais sans faire tape-à-l’oeil non plus. La réalisation est impeccable, tellement maîtrisée, chaque scène, même chaque plan a une utilité et apporte quelque chose l’histoire et à son propos. Grâce à cette réalisation dynamique, les 2h30 passent très rapidement. Quant à l’intrigue, j’avais beau la connaître pourtant j’ai pris du plaisir à la redécouvrir.

Gone Girl : Photo Ben Affleck, Rosamund Pike

C’est sûr que ceux qui n’ont pas lu le livre ont dû être plus surpris que moi mais au fond, même si le twist est évidemment un plus dans l’histoire, ce n’est pas le but du film. D’ailleurs, le twist n’était pas ce qui intéressait Fincher (c’est ce qu’il a dit dans une interview et cela se ressent). Du coup, Gone Girl n’est pas qu’un simple thriller très divertissant, il est bien plus que ça, ce qui fait déjà de lui un grand film. Il se trouve quelque part entre la farce et la tragédie. Le mariage et les médias, plongés dans un tourbillon de mensonges, de manipulations, d’acharnements et d’apparences, sont au coeur de ce long-métrage. La musique, signée par Trent Reznor et Atticus Ross, correspond totalement à l’atmosphère pesante qui règne tout le long du film. Enfin, le casting ne déçoit pas car chaque acteur correspond vraiment à la description faite par Gillian Flynn. Ben Affleck, qui incarne Nick Dunne, l’Américain moyen par excellence (son sourire y est sûrement pour quelque chose) nous livre une des meilleures performances de sa carrière et fera enfin taire ses détracteurs. Rosamund Pike est tout simplement « épatante », capable de jouer sur plusieurs registres. Pour moi, elle mériterait largement un Oscar pour son interprétation. Les seconds rôles (Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens ou encore Missy Pyle) sont également très bons.

Gone Girl : Photo Rosamund Pike