Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

45 ans

réalisé par Andrew Haigh

avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James, Dolly Wells…

titre original : 45 Years

Drame britannique. 1h35. 2015.

sortie française : 27 janvier 2016

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Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…

45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

45 ans est l’adaptation de la nouvelle de David Constantine, In Another Country. Il a permis à Charlotte Rampling et Tom Courtenay de remporter l’Ours d’argent d’interprétation à la Berlinale. Rampling a également réussi à décrocher, grâce à ce film, sa première nomination de toute sa carrière aux Oscars dans la catégorie « Meilleure actrice » (et battue par Brie Larson pour Room). Malgré toutes ces belles récompenses, ce film est finalement passé inaperçu en France. Cela est regrettable car ce long-métrage d’Andrew Haigh (dont son précédent, Week-end, avait déjà reçu de très bons échos malgré une polémique en Italie) vaut pour moi le coup d’oeil même si la forme pourra certainement déranger certains spectateurs. De quoi est-ce que je parle quand j’évoque la forme ? Une chronique. En effet, malgré son titre qui présente une longue durée, 45 ans se concentre sur six jours dans la vie d’un couple (donc marié depuis le temps indiqué par le titre) qui prépare en grande pompe (mais sans réel enthousiasme) leur anniversaire de mariage. Ce quotidien est bouleversé par une simple lettre : on apprend que le cadavre d’une certaine Katya, morte depuis 50 ans dans un accident de randonnée dans les Alpes, a été retrouvée dans un congélateur. Qui est cette Katya ? On apprend petit à petit les liens qui unissaient cette femme et Geoff, rendant ainsi Kate jalouse d’une morte (ce qui paraît dingue quand on y pense). Ainsi, le rôle de la chronique fonctionne totalement dans ce film. Il y a une volonté d’être au plus près de la réalité voire même de l’intimité d’un couple. Cela peut paraître fou de remettre en question tout son couple en quelques jours seulement. Ce choix est alors intéressant pour montrer finalement qu’on ne connait jamais bien une personne, même s’il s’agit de son mari avec lequel on partage sa vie depuis tant d’années. Rien n’est jamais acquis finalement. Mais au-delà de cette réflexion qui pourrait paraître un peu trop simple, ce long-métrage est intéressant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, s’il s’agit d’une chronique pour pouvoir mieux dépeindre une réalité banale détruite par un événement qui chamboule tout, ce n’est pas pour ça que la mise en scène est délaissée. Sous ses airs de chronique, 45 ans bénéficie d’une mise en scène et d’une écriture très précise. Beaucoup d’éléments sont suggérés et en même temps, beaucoup de détails comptent pour pouvoir appréhender les sentiments des personnages et mieux comprendre le passé. J’ai d’ailleurs beaucoup pensé à Mrs Dalloway de Virginia Woolf dans lequel on suit durant une journée la journée et les tourments d’une femme, par petites touches.

45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

Est-ce que ce mariage n’a été qu’illusion ? Kate n’a-t-elle été qu’une épouse de second choix et même la femme qui a remplacé Katya (les prénoms sont d’ailleurs très proches) ? Est-ce l’ombre de Kate a pu planer durant toutes ces années et guider les choix du couple (notamment en ce qui concerne l’absence d’enfants) ? Ces interrogations, qui permettent de comprendre (logiquement) la jalousie de Kate, sont en tout cas très bien abordées. Cela dit, même si on comprend aisément certaines réponses et même si on admet que le film adopte le point de vue de Kate, je pense qu’il ne faut pas exclure deux autres possibilités. La première est sur le deuil du couple. Si ici la mort de Katya est bien réelle et qu’il y a bien une réflexion autour de deuil concret, peut-être faudrait-il admettre une possible métaphore sur la « mort » d’un ancien couple plus généralement. Comment avancer, notamment avec son ou sa partenaire quand on n’a pas encore fait le deuil de son couple ? Puis (et ce point est logiquement lié au précédent), je crois aussi que ce film veut montrer qu’il peut bien y avoir de l’amour dans un couple même si sa construction a pu exister sur des bases douteuses. Il faut alors prendre en compte les ressentis de chaque individu. Chacun a avancé au sein de ce couple différemment. C’est pour cette raison que j’ai trouvé qu’adopter un seul point de vue était intéressant, tout comme le fait de filmer régulièrement les personnages séparément même lorsqu’ils sont dans une même pièce : l’isolement des ressentis est au coeur de ce long-métrage. Au-delà de réflexions pertinentes sur l’amour et le couple, 45 ans est servi par un duo d’acteurs époustouflants. On retiendra évidemment plus la performance de Charlotte Rampling, étant donné que son personnage est davantage mis en avant puisqu’on aborde principalement son point de vue. A l’image de la sobriété de ce long-métrage, elle n’a pas besoin de gesticuler dans tous les sens, elle n’est pas dans la surenchère. Elle est justement émouvante et très juste parce qu’elle exprime beaucoup de sentiments par ses traits ou son regard. Quant à Tom Courtenay, même s’il est plus en retrait, il est également très convaincant. J’ai lu beaucoup de critiques qui disaient qu’il incarnait un personnage ingrat. Même si ce dernier déclenche la jalousie de son épouse, je ne l’ai jamais perçu comme un méchant. Je ne vais évidemment pas répéter ce que j’ai déjà dit autour de son personnage, l’écriture du scénario du personnage est déjà très habile. Mais je peux tout de même souligner la justesse de son interprétation qui parvient à donner également de l’humanité à son personnage et ne se fait pas écraser par sa partenaire.

45 ans : Photo Charlotte Rampling

Toi et moi… et Duprée

réalisé par Anthony et Joe Russo

avec Owen Wilson, Matt Dillon, Kate Hudson, Michael Douglas, Seth Rogen, Amanda Detmer…

titre original : You, Me and Dupree

Comédie américaine. 1h49. 2006.

sortie française : 8 novembre 2006

Movie Challenge 2016 : film ayant de mauvaises critiques

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Jamais deux sans trois… Jeunes mariés, Carl et Molly Peterson sont à peine rentrés d’une brève lune de miel à Hawaii que débarque chez eux l’ineffable Randolph Dupree, célibataire endurci, glandeur incurable… et meilleur ami de Carl. Licencié pour s’être octroyé une semaine de congés et plaqué par sa petite amie, Duprée se retrouve sans travail, sans ressources, sans voiture et sans domicile. Comment les Peterson lui refuseraient-ils l’hospitalité ? Combien de temps pense-t-il rester ? Deux, trois jours au maximum, éventuellement un mois, mais peut-être un peu plus…

Toi et moi... et Duprée : Photo Anthony Russo, Joe Russo, Owen Wilson

Les critiques sur Allocine, que ce soit de la part de la presse ou des spectateurs, ne sont pas tendres avec Toi, moi et… Duprée (dont le sujet rappellera celui de Viens chez moi, j’habite chez une copine de Patrice Leconte). Il s’agit d’une petite comédie américaine sortie il y a maintenant quelques années (plutôt discrètement en France) réalisée par les frères Russo (qui s’occupent actuellement de la franchise Captain America). Le film ne parvient pas à obtenir la moyenne. C’est pour cette raison qu’il a atterri un peu par hasard dans une des catégories de ce Movie Challenge, c’est-à-dire dans la catégorie « film ayant de mauvaises critiques ». Je suis bien d’accord qu’il ne s’agit pas de la comédie du siècle, loin de là. On ne sera pas non plus bluffé par la mise en scène (en même temps, ce n’était pas ce que je recherchais) ni par le scénario assez prévisible : on sait très bien que l’arrivée de Duprée serait signe de bouleversements au sein du couple très bien rangé formé par Kate Hudson et Matt Dillon. Au début Dupree jouera les boulets de service qui finiront par gonfler ses amis, l’épouse du couple pétant son câble mais finalement cette dernière (tout comme les spectateurs) va percevoir les qualités du blondinet qui s’incruste chez eux et va l’accepter. Evidemment, la présence de Dupree va rendre le mari jaloux qui a assez d’emmerdes comme ça : le beau-père, qui est aussi son patron, est incarné par Michael Douglas. Douglas a beau être bien roulé pour son âge, c’est écrit sur sa gueule qu’il est méchant et on ne comprend pas comment Dillon peut être aussi aveugle. Mais en même temps, j’ai envie de dire que je n’ai pas été trahie par la marchandise. Je savais pertinemment ce que j’allais regarder. A l’origine, je voulais regarder quoi ? Juste une comédie pour me détendre. Sans crier au chef-d’oeuvre et sans révolutionner la comédie américaine, j’estime que ce Toi, moi et… Duprée remplit pas si mal que ça ses objectifs.

Toi et moi... et Duprée : Photo Anthony Russo, Joe Russo, Kate Hudson, Matt Dillon

Toi, Moi et… Duprée aurait pu soutenir un peu mieux les thèmes qu’il aborde, c’est-à-dire l’amitié (jusqu’où faut-il aller pour ses amis ?), les difficultés rencontrées durant le mariage, ou encore la critique de la famille bobo américaine toute propre et coincée, qui vit dans le paraître mais qui ne présente pas réellement de sa vie et ne font pas leurs propres choix. Mais encore une fois, je n’ai pas regardé ce film pour voir un truc très intelligent à l’origine. Après, je ne veux pas prononcer un discours du genre « comédie / divertissement = zéro réflexion », loin de là, mais je ne pense pas que le film ait la prétention d’apporter réellement de la profondeur (même si encore une fois le propos aurait pu être plus valorisé). Encore une fois, je savais pertinemment ce que j’allais voir et je n’en attendais pas tant, c’est pour ça que je reste indulgente. Owen Wilson joue souvent les mecs cool, un peu dépassés par notre vraie monde et c’est ce qu’il fait de nouveau dans ce film. Si on ne peut pas le blairer, c’est même pas la peine d’essayer de regarder ce film. Son interprétation a beau de ne pas être neuve, Wilson fait ce qu’il sait faire, mais il le fait au moins bien. Il arrive à communiquer à la fois son énergie, sa nonchalance, sa sincérité et sa naïveté. On croit totalement au personnage, très attachant, qu’il incarne. Le reste du casting est également plutôt bon même si encore une fois les interprétations ne sont pas exceptionnelles, mais en même temps, on ne leur en demandait pas non plus d’avoir un Oscar. J’ai d’habitude un peu de mal avec Kate Hudson (je me suis toujours demandée ce qu’on lui trouvait, en dehors de son physique) mais là elle passe pas trop mal, je l’ai trouvée assez sympathique. J’aime aussi Matt Dillon en général et là sans dire qu’il est extraordinaire, s’en sort assez bien, Michael Douglas est un peu caricatural mais là aussi son interprétation passe bien dans ce film, Seth Rogen joue également encore les gros lourds de service mais il le fait ici plutôt bien.

Toi et moi... et Duprée : Photo Anthony Russo, Joe Russo, Owen Wilson

Mustang

réalisé par Deniz Gamze Ergüven

avec Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu, Elit İşcan, Tuğba Sunguroğlu, İlayda Akdoğan, Nihal Koldaş, Ayberk Pekcan, Bahar Kerimoğlu, Burak Yigit…

Drame turc, français, allemand. 1h33. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Movie Challenge 2016 : un film qui n’est pas en anglais ni en français

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C’est le début de l’été.
Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.
La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger.
Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Mustang a parcouru un beau chemin depuis sa présentation au dernier festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Dépassant déjà les 500 000 entrées en France (ce qui est énorme pour un film turc), il représente actuellement la France aux Oscars pour la catégorie « meilleur film étranger ». Je suis certaine qu’il devrait repartir avec quelques prix aux César. Oui, on est en train de se mélanger les pinceaux : le long-métrage est réalisé par une réalisatrice turque, avec des acteurs turcs, en langue turque, qui se déroule en Turquie. Alors pourquoi représente-t-il la France ? Parce que le long-métrage est co-produit par la France et la réalisatrice est une ancienne élève de la Fémis. J’avoue que je ne comprends pas trop ce délire, surtout quand on voit que le dernier film de Jean-Jacques qui devait représenter la Chine aux Oscars et qui finalement a été refusé car il n’était pas assez chinois (alors que, pour être honnête, sur le papier, il avait tout d’un film chinois). Cela ne changera évidemment rien à la qualité du film et tant mieux pour le film s’il parvient à remporter des récompenses. Je suis pour la présence de Mustang aux Oscars dans cette catégorie mais pour représenter un autre pays qui me semblait plus légitime. Sinon, je suis allée voir Mustang suite à l’enthousiasme général de la presse et surtout des spectateurs (notamment my friends les blogueurs) grâce au festival Télérama. Je regrette vraiment d’avoir loupé ce film en 2015 car je suis certaine qu’il aurait pu entrer dans mon top 15 des meilleurs films de l’an dernier. Beaucoup ont évoqué un lien avec Virgin Suicides de Sofia Coppola. Certes, Mustang présente bien cinq jeunes frangines et a été réalisé par une femme. En dehors de ça, j’ai du mal à voir un véritable lien entre ces deux longs-métrages (par ailleurs, la réalisatrice ne revendique pas du tout cette référence mais plutôt Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini). En tout cas, le film m’a évidemment touchée par son sujet, plus que jamais d’actualité. Il s’agit d’un beau film sur la liberté féminine qui n’est pas évidente à acquérir dans certains endroits de notre planète à l’heure actuelle qui dénonce notamment les mariages forcés, le patriarcat hypocrite et oppressant ou encore l’absurdité de certains dogmes soit disant liés à la religion.

Mustang : Photo Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Günes Nezihe Sensoy, Ilayda Akdogan, Tugba Sunguroglu

Mustang est clairement revendiqué par sa réalisatrice comme un film politique, cependant, cet aspect-là n’alourdit pas la fiction. Mais nous savons bien qu’un discours aussi juste que pertinent ne fait pas forcément un bon film. Heureusement, Deniz Gamze Ergüven a des choses intéressantes à nous proposer. Sur le papier, j’avais un peu peur de m’ennuyer car j’avais peur que de voir les différents mariages successifs des soeurs devienne vite lassant. Mais en réalité, le scénario, co-écrit par également une ancienne étudiante de la Fémis, Alice Winocour, est bien écrit. Il ne perd pas de temps en nous présentant rapidement la situation qui va faire basculer les cinq héroïnes dans un cauchemar au sein de leur propre maison. Il est également intéressant, une fois le film terminé, de voir le scénario formant une sorte de boucle narrative. De plus, le scénario, qui semble pourtant simple, fonctionne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce qu’il parvient à montrer les différentes étapes de cet emprisonnement. Puis, il arrive à détresser le portrait individuel de chaque soeur (chacune ayant un destin différent face à cette oppression) tout en parvenant à montrer leur union. On s’attache vraiment à chacune de ces jeunes filles, chacune a son petit truc qu’il la caractérise sans qu’on tombe pour autant dans la caricature. Ce n’était pourtant pas facile étant donné qu’il s’agit d’une famille nombreuse. L’ensemble s’avère évidemment émouvant. Je n’ai pas pleuré contrairement aux autres (nombreux) spectateurs qui chialaient autour de moi mais je dois avouer que je ne suis pas non plus restée insensible. Mais il ne s’agit pas d’une émotion facile pour autant, il n’y a rien de tire-larmes. Il faut dire que le caractère combatif des personnages (certaines plus que d’autres, comme la petite dernière Lale, qui raconte l’histoire, sans que la voix-off soit plombante) permet selon moi à trouver un certain équilibre dans le ton. De plus, le long-métrage est parfois solaire, notamment dans la manière de présenter la complicité entre les soeurs, le tout aidé par une jolie photographie. Le film ne se prive pas non plus d’humour, que ce soit dans les répliques, qui montrent de nouveau le lien fort entre les soeurs ainsi que leurs personnalités affirmées, ou dans certaines scènes qui ont pourtant derrière de nouveau une charge politique et actuelle (je pense ici au match de foot avec le public exclusivement féminin). Porté par une mise en scène efficace et énergique, un scénario bien écrit, un discours juste, Mustang bénéficie aussi d’un excellent casting, surtout les cinq jeunes filles à la crinière qui représente bien le combat des personnages qu’elles interprètent à la recherche de leur liberté.

Mustang : Photo Ilayda Akdogan

Bachelorette

réalisé par Leslye Headland

avec Kristen Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher, Rebel Wilson, Adam Scott, James Marsden, Kyle Bornheimer, Hayes MacArthur, Andrew Rannells…

Comédie américaine. 1h26. 2012.

sortie française : 17 octobre 2012

Movie Challenge 2016 : Un film avec un mariage

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Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier !
Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse.
Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…

Bachelorette : photo Isla Fisher, Kirsten Dunst, Lizzy Caplan

Bachelorette est le premier long-métrage de Leslye Headland (Jamais entre amis). Il s’agit de l’adaptation de sa propre pièce de théâtre qui était à l’origine une tragédie puis s’est transformée en comédie involontairement. La pièce faisait partie d’un cycle sur les sept péchés capitaux et celle-ci portait sur la gourmandise. La réalisatrice prétend aussi qu’elle s’est inspirée de nombreux films dont l’excellent After Hours de Martin Scorsese ou encore les films de Pedro Almovodar et ceux de Quentin Tarantino (rien que ça !). Quand je lis les propos de la réalisatrice sur la fiche sur Allocine, on se dit que la meuf a un sacré melon. Quand on regarde cette petite comédie, on pense tout sauf à ces grandes références ! On pensera plus volontiers à des comédies moins fines (mais pour ma part très plaisantes) comme Very Bad Trip de Todd Phillips et Mes Meilleures Amies de Paul Feig. Bachelorette s’est fait démonter la gueule un peu partout (il n’y a qu’à voir les notes presse et spectateurs sur Allocine ou même sur Imdb où il atteint à peine la moyenne). Vous allez peut-être être étonné mais je n’ai pas trouvé ce film si lamentable et honteux que ça. Certes, je ne dis pas qu’il s’agit nécessairement d’un bon film dans le sens où le « talent » de Leslye Headland pour la mise en scène ne m’a pas du tout sauté aux yeux (pour ne pas dire qu’elle n’en a pas vraiment), le film a clairement ses défauts mais au moins il se laisse regarder et se révèle finalement plus drôle que prévu. Et honnêtement, vu l’affiche, le sujet et tout ça, je n’en attendais pas plus. En ce qui concerne l’humour, c’est clair, ce n’est pas hyper fin : ça tourne principalement autour du sexe (on peut même dire du sperme !). Cela dit, sans vouloir faire de féminisme à deux balles, je me demande si le film ne s’est pas fait cassé parce que les personnages principaux sont des femmes qui sont grossières, vulgaires, pestes (pour rester ultra polie) et aiment coucher. J’ai l’impression que ça passe toujours mieux auprès des spectateurs quand il s’agit d’hommes (dans ce type de rôles). Bon après on me dira qu’il y a toujours Mes Meilleures Amies qui est dans cette veine mais les films avec de tels personnages féminins restent rares. Peut-être que Bachelorette (qui va pourtant plus loin que le film de Paul Feig même s’il reste en dessous) arrive un peu après la bataille.

Bachelorette : photo Andrew Rannells, Isla Fisher

Je reconnais que c’est parfois un peu trop vulgaire, on sent qu’il y a des répliques de trop juste pour tenter de marquer le coup (même si elles passent grâce à ses interprètes). Je suis sûre que la comédie aurait gagner en consistance et en crédibilité en ayant moins grossière. Cela dit, malgré cette vulgarité qui m’a parfois dérangée, j’ai tout de même trouvé le film plutôt drôle grâce à de bonnes répliques bien envoyées et surtout grâce à son rythme effréné qui donne un peu plus de poids comique à certaines scènes. Après, dans un sens, ce rythme empêche certainement aux personnages d’avoir davantage de consistance. Cela dit, sans dire que c’est le film le plus cinématographique que j’ai pu voir (c’est un euphémisme), il parvient tout de même à ne pas être une sorte de pièce de théâtre filmée comme on aurait pu le craindre. Le portrait de ces trois femmes pathétiques n’est certes pas non plus ce qu’il y a de plus fin (à l’image du film tout simplement) mais étrangement j’ai tout de même accroché aux personnages comme si ça me parlait ou quelque chose dans ce genre (pourtant je ne suis pas du tout trentenaire ni trop désespérée). Même si les traits sont (très) grossis et qu’on ne fera pas toutes ces généralités sur les femmes (heureusement, sinon ça serait terrible d’être une femme !), sans dire que c’est profond non plus, Leslye Headland tente de peindre les relations complexes entre les femmes entre solidarité et rivalité. On regrettera tout de même la fin qui reste un peu trop clean par rapport à tout le reste mis en place. Le trio d’actrices reste plutôt bon. Kristen Dunst est géniale dans le rôle de cette femme jalouse, hypocrite, psychorigide, ancienne anorexique, qui mène clairement sa petite bande. Lizzy Caplan s’en tire également bien dans le rôle de cette sorte de junkie cynique et c’est toujours aussi plaisant de voir Isla Fisher interpréter les cruches de service. Rebel Wilson s’en sort pas si mal mais son personnage n’est pas suffisamment mis en avant. Pour conclure, Bachelorette n’est pas le film si déplorable dont j’ai pu lire d’ultra mauvaises critiques, ça reste pour moi suffisamment divertissant. Sans dire que c’est forcément génial, il n’est pas aussi dégueulasse que prévu et n’est pas pire que d’autres comédies américaines moyennes de cette même lignée.

Bachelorette : photo Kirsten Dunst, Rebel Wilson

Phoenix

réalisé par Christian Petzold

avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf…

Drame allemand. 1h38. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et à Diaphana Distribution

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Phoenix

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Nelly, une survivante de l’Holocauste revient chez elle sous une nouvelle identité. Elle découvre que son mari l’a trahie…

Phoenix : Photo Nina Hoss, Ronald Zehrfeld

Je ne connais pas toute la filmographie de Christian Petzold, loin de là, mais j’avais été séduite par Jerichow et Barbara, tous les deux diffusés sur Arte il y a quelques mois. Je souhaitais découvrir le dernier film du réalisateur allemand avec ses acteurs fétiches en salle mais je n’ai pas eu le temps de le voir. Je suis alors très heureuse que Cinetrafic ait proposé ce film et je voulais vraiment recevoir ce dvd. Christian Petzold s’est inspiré du roman Le Retour des Cendres de l’écrivain français Hubert Monteilhet ainsi que d’un autre texte intitulé Une Expérience d’amour d’Alexander Kluge. Phoenix est également traversé par d’autres influences. Il semble évident que Petzold revisite à sa façon le mythe de Pygmalion. J’ai évidemment pensé à Sueurs Froides de Hitchcock et j’imagine que je suis probablement passée à côté de certaines références. En tout cas, j’ai senti toutes ces références, j’ai également conscience que Petzold s’est inspiré de plusieurs textes littéraires et la Seconde Guerre Mondiale (ou ici plutôt l’après-guerre) n’est plus un sujet nouveau. Pourtant, paradoxalement, ce film a quelque chose d’original, je trouve qu’il sort du lot et disons les choses clairement : il s’agit d’un des meilleurs films sortis cette année au cinéma, je l’ai mis très haut dans mon classement. Possédant une mise en scène à la fois précise, sobre et élégante et un scénario fluide, Phoenix est un film poignant tout en restant pudique (la fin, avec l’interprétation de Speak Low, est vraiment magnifique), qui est à la fois accessible d’accès (l’histoire semble assez simple et le film a le mérite d’être court, allant à l’essentiel) et profond. Dans le film, « Phoenix » est le nom d’un cabaret situé dans le secteur américain de Berlin. Mais on comprend bien qu’il s’agit d’une métaphore et j’ai même envie de dire que le film fonctionne énormément à partir de ce procédé. Je précise que le réalisateur utilise ce procédé avec soin et subtilité. En effet, à travers la relation malsaine qu’elle entretient avec son mari lors de ses retrouvailles (ce dernier ne la reconnait pas pensant qu’elle est morte mais veut qu’elle se fasse passer pour sa femme pour toucher l’héritage de cette dernière) et surtout à travers sa reconstitution physique, Nelly va petit à petit pouvoir renaître de ses cendres.

Phoenix : Photo Nina Hoss

Certaines critiques ont souligné l’invraisemblance de l’histoire : est-ce possible qu’un homme ne puisse pas reconnaître sa propre femme, surtout que son nouveau physique n’est pas si éloigné de son ancien ? Avec le recul, c’est vrai que cela peut sembler un peu dingue mais personnellement le film m’a tellement captivée que cette question d’invraisemblance ne m’a même pas traversée l’esprit ! Je ne sais pas si cela serait vraiment possible dans la réalité (même si, franchement, à l’heure actuelle, tout me semble possible) mais en tout cas j’ai rapidement accepté ce fait présenté dans le film. D’ailleurs, en prenant le temps d’installer son intrigue, Petzold fait quand même tout que le spectateur puisse croire à cette histoire. Surtout, le plus important est à mon avis le propos derrière. A travers ce simple fait (le fait de ne pas reconnaître sa propre épouse), on comprend rapidement que Johnny n’a jamais aimé la femme qu’il a pourtant côtoyé durant des années ou en tout cas cet amour n’était pas suffisamment fort. Phoenix est alors une réussite car le réalisateur parvient à combiner l’histoire collective et l’histoire individuelle, ou à raconter une histoire universelle dans un contexte historique. En effet, il montre avec une sobriété bienvenue les conséquences de l’Holocauste, la difficulté de surmonter cette épreuve inimaginable : comment retrouver son identité lorsqu’on n’a pas été considéré comme un humain ? De l’autre côté, les personnages sont face à un amour non partagé, qui ne marche que dans un sens et qui ne pourra pas triompher. L’amour ne peut pas cicatriser certaines blessures, le pardon est parfois impossible et la redécouverte de l’identité passe finalement par une quête plus personnelle. Cette combinaison entre l’histoire collective et l’histoire personnelle est en partie équilibrée car, toujours dans le but de rester sobre, les outils de reconstitution historiques parviennent à plonger les spectateurs dans une époque surprise mais on n’a jamais l’impression qu’ils nous étouffent. Au-delà d’un très grand nombre de qualités, d’un véritable savoir-faire de la part de Petzold, qui n’est jamais prétentieux ou trop démonstratif et de l’émotion, Phoenix est également servi par les excellentes interprétations de Nina Hoss et de Ronald Zehrfeld.

Phoenix : Photo Nina Hoss

Crash

réalisé par David Cronenberg

avec James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas, Deborah Kara Unger, Rosanna Arquette…

Drame érotique canadien, britannique. 1h40. 1996.

sortie française : 17 juillet 1996

interdit aux moins de 16 ans

Crash

James et Catherine Ballard, un couple dont la vie sexuelle s’essouffle quelque peu, va trouver un chemin nouveau et tortueux pour exprimer son amour grâce aux accidents de voiture. A la suite d’une violente collision, ils vont en effet se lier avec des adeptes des accidents…

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Crash, le film tant controversé de David Cronenberg, est l’adaptation du roman du même nom de J.G. Ballard, premier volet de la « Trilogie de béton » et publié en 1973. Il avait également remporté au festival de Cannes en 1996 le prix spécial du jury. Je ne connais pas forcément la filmographie de David Cronenberg de A à Z (même si je m’aperçois que j’ai tout de même vu dix de ses films – il faut que je découvre plus ses premiers films) mais je m’étais déjà aperçue que le réalisateur canadien s’intéressait aux liens réunissant la violence, le sexe et la mort. Ainsi, le contact avec les voitures et la provocation volontaire d’accidents de voiture vont permettre aux personnages de trouver la jouissance. En étant sans cesse à la recherche d’une nouvelle forme de sexualité, en multipliant les expériences, les personnages cherchent à s’épanouir, mais pour pouvoir y arriver, il faut passer par la mort. On peut alors rappeler le surnom – non anodin – de l’orgasme : « la petite mort ». En adaptant le livre de Ballard (également personnage principal de l’histoire), David Cronenberg a voulu exploiter, à sa manière, des théories de psychanalyse, que nous pouvons notamment trouver chez Sigmund Freud. Effectivement, Freud nomme « Thanatos » la pulsion de la mort du plaisir (qui serait alors la frustration) qui habiterait chaque être humain. Il l’oppose à l’ « éros », la pulsion de la vie du plaisir (c’est-à-dire la libido). Si on suit alors ce raisonnement, Eros et Thanatos représentent les deux extrémités de la sexualité de l’homme. Cependant, chez Cronenberg, la frontière entre ces deux notions semble volontairement floue, pour mieux montrer toute la complexité même de l’être humain, comme si l’un répondait et se confondait à l’autre et vice et versa.

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La psychanalyse n’est pas toujours intéressante, cela peut vite devenir bavard (comme dans un autre film de Cronenberg, A Dangerous Method). Heureusement, la mise en scène de Cronenberg est très réussie, parvenant à montrer la voiture, symbole phallique et synonyme de performance et de puissance, instrumentalise l’existence de l’homme par le sexe. Le réalisateur parvient également à filmer les collisions de voiture en tant que représentations de l’acte sexuel (la jouissance passe ainsi par la mort). Crash propose alors une intéressante réflexion sur l’homme dominé par la technologie, le sexe et ses pulsions. Les scènes de sexe sont également réussies même s’il ne faut pas montrer ce film à n’importe qui. Evidemment que certains pourront être choqués. Pour ma part (et pourtant je n’hésite pas à pousser mes coups de gueule quand ce type de scènes me dérange dans certains films), elles ne m’ont pas choquée esthétiquement car elles ne sont vulgaires. Cronenberg ne les filme pas de manière perverse (malgré des personnages tordus), ces scènes ont une véritable signification. De plus, elles sont réellement érotiques, sensuelles et osées tout en restant plutôt violentes ou dérangeantes. Dans l’ensemble, le casting m’a également convaincue. James Spader et Holly Hunter sont toujours impeccables dans la peau de ces personnages tourmentés. Elias Koteas est vraiment la très bonne surprise de ce film, vraiment bluffant. En revanche, j’ai toujours autant de mal avec Deborah Kara Unger, que j’ai toujours trouvée mauvaise et même naturellement vulgaire (et c’est pas une question de sexe : je la trouverais même vulgaire en mère Teresa), hélas cela ne s’arrange pas dans ce film. Même si elle peut être lassante à la longue, j’ai également apprécié la musique composée par Howard Shore.

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Malgré des qualités évidentes et une réflexion psychanalytique sur le rapport entre le sexe et la mort réellement riche, je ne peux pas dire que Crash m’ait réellement plu. La psychologie est au coeur de ce film, elle apparaît dans les thèmes dégagés et même en général dans la mise en scène de Cronenberg. Je crois qu’on arrive aussi à apercevoir ce lien fort entre la mort et le sexe parce qu’on sait ce qu’on regarde, ce sont les contextes extérieurs au film qui nous aident à réfléchir. En revanche, le réalisateur passe selon moi à côté de la psychologie des personnages. Les personnages ne semblent qu’agir, mais j’ai eu du mal à comprendre vraiment ce qu’il se passe dans leur tête. Je vois où veut en venir Cronenberg, c’est-à-dire qu’il veut probablement lier les relations sexuelles devenues mécaniques avec la mécanique des automobiles. Mais tout est si froid, on a du mal à s’attacher ou à s’identifier à cette bande de pervers totalement déshumanisée, on ne comprend pas leurs réactions. En plus, par un gros coup de bol, les Ballard arrivent à trouver, non pas une seule personne aussi timbré qu’eux mais plusieurs personnes ! Certes, les scènes de sexe ne m’ont pas en elles-mêmes dérangées ni concrètement choquées. Cependant, elles ne sont pas assez espacées entre elles, on n’a pas le temps de respirer ou de reprendre le fil de l’histoire. Je ne pourrais pas dire que je me suis ennuyée (le film a l’avantage d’être court) mais j’ai trouvé les scènes très répétitives, surtout dans la seconde partie. J’imagine encore une fois que c’est une volonté de Cronenberg, pour montrer une forme d’addiction, le fait que le sexe soit devenu littéralement mécanique mais l’effet ne fonctionne pas réellement. Enfin, si d’un point de vue purement « visuel » les scènes de sexe ne m’ont pas choquée, le scénario ressemble parfois à du porno stylisé (du genre tout le monde couche avec tout le monde sans se poser de questions, en testant toutes les possibilités possibles). Je ne connais pas les intentions exactes de Cronenberg, avec lui rien ne me semble impossible. Ce n’est pas nécessairement un défaut en soi mais à condition que ce soit véritablement efficace. Or, encore une fois, j’étais plus lassée que réellement impressionnée ou captivée.

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Gone Girl

réalisé par David Fincher

avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens, Patrick Fugit, Emily Ratajkowski, Missy Pyle, Sela Ward, Casey Wilson…

Thriller, drame américain. 2h30. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Gone Girl

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Gone Girl : Photo Ben Affleck, David Clennon, Lisa Banes

Dans cette critique, je vais essayer de ne rien dévoiler de l’intrigue mais il se pourrait que je laisse des indices derrière moi malgré tout. Si vous n’avez pas vu le film et que vous souhaitez avoir l’esprit 100% vide avant d’aller le voir, je vous déconseille de lire la suite de ce billet. David Fincher adapte le roman de Gillian Flynn (Les Apparences en V.F.) et c’est cette dernière qui s’est chargée de l’écriture du scénario. On ne sera alors pas étonné de voir une adaptation très fidèle au texte (et contrairement ce qu’affirment certains sites ou magazines, la fin n’est pas très différente de celle proposée par le roman). Fincher a su être à la hauteur de l’attente : en effet, on a droit à une adaptation fidèle qui possède une véritable personnalité. Adapter fidèlement pratiquement 700 pages n’était vraiment pas une tâche facile. En effet, on reconnait vraiment la patte de Fincher : un style assez froid mais dynamique, presque clipesque (vu son passé de vidéaste) mais sans faire tape-à-l’oeil non plus. La réalisation est impeccable, tellement maîtrisée, chaque scène, même chaque plan a une utilité et apporte quelque chose l’histoire et à son propos. Grâce à cette réalisation dynamique, les 2h30 passent très rapidement. Quant à l’intrigue, j’avais beau la connaître pourtant j’ai pris du plaisir à la redécouvrir.

Gone Girl : Photo Ben Affleck, Rosamund Pike

C’est sûr que ceux qui n’ont pas lu le livre ont dû être plus surpris que moi mais au fond, même si le twist est évidemment un plus dans l’histoire, ce n’est pas le but du film. D’ailleurs, le twist n’était pas ce qui intéressait Fincher (c’est ce qu’il a dit dans une interview et cela se ressent). Du coup, Gone Girl n’est pas qu’un simple thriller très divertissant, il est bien plus que ça, ce qui fait déjà de lui un grand film. Il se trouve quelque part entre la farce et la tragédie. Le mariage et les médias, plongés dans un tourbillon de mensonges, de manipulations, d’acharnements et d’apparences, sont au coeur de ce long-métrage. La musique, signée par Trent Reznor et Atticus Ross, correspond totalement à l’atmosphère pesante qui règne tout le long du film. Enfin, le casting ne déçoit pas car chaque acteur correspond vraiment à la description faite par Gillian Flynn. Ben Affleck, qui incarne Nick Dunne, l’Américain moyen par excellence (son sourire y est sûrement pour quelque chose) nous livre une des meilleures performances de sa carrière et fera enfin taire ses détracteurs. Rosamund Pike est tout simplement « épatante », capable de jouer sur plusieurs registres. Pour moi, elle mériterait largement un Oscar pour son interprétation. Les seconds rôles (Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens ou encore Missy Pyle) sont également très bons.

Gone Girl : Photo Rosamund Pike

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Arbittan, Medi Sedoun, Frédéric Chau, Noom Diawara, Elodie Fontan, Frédérique Bel, Julia Piaton, Emilie Caen, Pascal N’Zonzi, Salimata Kamate, Tatiana Rojo, Elie Semoun…

Comédie française. 1h37. 2013.

sortie française : 16 avril 2014

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?

Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt « vieille France ». Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit…Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur seconde un juif et leur troisième un chinois.
Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Chantal Lauby, Christian Clavier, Frédérique Bel, Julia Piaton, Medi Sadoun

Philippe de Chauveron est le réalisateur et / ou scénariste de comédies françaises parfois sympathiques (Neuilly-sa-mère), passables (Les Parasites) ou médiocres (La Beuze). On pouvait alors facilement redouter le résultat du dernier film qu’il a réalisé, Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, qui enregistre à l’heure actuelle sept millions de spectateurs. Mais heureusement le film est une jolie réussite, plutôt loin des comédies ratées moyennes qu’on sert habituellement en France. La religion est au coeur de ce film, ce qui est assez casse-gueule. Le film utilise des clichés, mais ce n’est pas bien méchant ni raciste (contrairement à ce que racontent certains journaux ces derniers temps). On pourrait même reprocher au film de ne pas aller assez loin, que ce soit dans l’humour ou dans les situations des personnages : en effet, les gendres sont quand même bien « intégrés » (la scène où ils chantent la Marseillaise est plutôt significative) et même s’ils appartiennent à une communauté religieuse et qu’ils pratiquent certains dogmes (la circoncision, le fait de ne pas manger de porc etc…), la religion n’est pas pour eux une barrière pour vivre « normalement » dans la société française.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Chantal Lauby, Christian Clavier

Maintenant, on ne va pas non plus trop se plaindre. C’est déjà bien qu’un film, grand public, produit par TF1, puisse rire des confrontations religieuses et ethniques, c’est même déjà en soi quelque chose qui est osé. Le « message » de tolérance passe en tout cas comme une lettre à la poste. La fin s’approche un peu du monde des Bisounours mais l’ensemble est tellement drôle qu’on oublie un peu cet aspect niais, qui aurait pu plomber le film. Sincèrement, j’ai quand même ri volontiers aux aventures mouvementées des Verneuil. J’ai trouvé l’humour très efficace. Le film en lui-même est très plaisant, divertissant et rythmé. Quand on se met à leur place, c’est quand même pas de bol que leurs trois premières filles épousent des hommes éloignés de leur confession religieuse. Les Verneuil ne veulent pas avouer qu’ils sont racistes, tout comme d’ailleurs leurs gendres. Mais après une grosse dispute familiale, la grande famille se réconcilie et chacun fait des efforts pour qu’il puisse y avoir une bonne entente. Cependant, l’arrivée du futur époux de la quatrième fille Verneuil va tout remettre en question, notamment sur leur vision de la tolérance.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Ary Abittan, Christian Clavier, Frédéric Chau, Medi Sadoun

Les Verneuil pouvaient vaguement « justifier » leur racisme à cause de la religion. Mais Charles, ce nouveau gendre, est bien catholique, mais il y a un « hic » : il est Noir. Eux, bons catholiques, doivent accepter l’autre, même s’il est différent. Ce personnage remet alors toutes leurs idées en question. M. et Mme Verneuil sombrent dans une sorte de dépression et leurs trois gendres, qui commençaient à apprécier cette bonne entente, vont tout faire pour foirer le mariage de Laure et Charles. Pour ne rien arranger, le père de Charles est également raciste (même si on va s’apercevoir qu’il n’est pas si différent du père de Laure). En bref, ce qui est vraiment plaisant dans ce film, c’est que tout le monde en prend pour son grade. Du coup, l’aspect « gentillet » s’efface peu à peu. Le casting est également dans l’ensemble à la hauteur. Depuis quelques années, Christian Clavier enchaînait les daubes et ne semblait plus inspiré. Cependant, dans ce film, l’acteur nous prouve bien que son talent n’a pas disparu et qu’il est encore capable du meilleur. Dans la deuxième partie du film, sa confrontation avec le père de Charles, joué par un excellent Pascal N’Zonzi, est particulièrement explosive. J’ai également beaucoup aimé Chantal Lauby, drôle mais aussi touchante et sincère. Le trio Ary Arbittan-Medi Sedoun-Frédéric Chau, dont la complicité saute aux yeux, est également très drôle et énergique. Quant à Elodie Fontan, Frédérique Bel, Julia Piaton et Emilie Caen, qui interprètent les filles Verneuil, elles sont un peu plus en retrait mais elles restent suffisamment convaincantes.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu? : Photo Ary Abittan, Elodie Fontan, Emilie Caen, Frédéric Chau, Frédérique Bel