Moi, Tonya

réalisé par Craig Gillepsie

avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Cailin Carver, Bobby Cannavale, Mckenna Grace…

titre original : I, Tonya

Comédie dramatique, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : Photo Margot Robbie

Nous connaissons quasiment tous l’affaire Harding-Kerrigan qui avait fait le tour du monde : six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994 (et plus précisément la veille des championnats américains permettant la qualification pour ces fameux JO), Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou avec une barre de fer. L’enquête révèle alors l’implication de l’entourage de Tonya Harding, sa grande rivale. Moi, Tonya revient alors sur cette affaire ou plutôt : comment la jeune femme en est arrivée à une telle chute ? Est-elle vraiment responsable des faits reprochés ? Craig Gillepsie (réalisateur du génial Une fiancée pas comme les autres ou en VO Lars and the Real Girl – chers fans de Ryan Gosling, jetez-vous sur ce film) livre un portrait saisissant de cette femme vue à l’époque comme la grande méchante de l’histoire : il est certain qu’il y a un parti pris, celui de réhabiliter l’ancienne sportive. Battue par sa mère qui voulait absolument en faire une bête de patinage, également régulièrement tabassée par son abruti de mari, rejetée par le milieu du patinage artistique parce qu’elle ne vient pas d’un milieu assez chic, Tonya Harding en a bavé déjà bien avant l’éclatement même de l’affaire. Le réalisateur livre un anti-biopic, en s’amusant notamment à jouer entre les différentes pistes, c’est-à-dire en mêlant des éléments réels à d’autres qui seraient plus de l’ordre du mensonge. Qu’est-ce qui est alors vrai dans ce biopic qui, par définition, a pour but de retracer un événement réel ? L’exercice est alors plutôt bien exécuté à l’écran. La mise en scène souvent virtuose (notamment sur les scènes de patinage) ainsi que son montage effréné sont remarquables. Beaucoup de critiques ont comparé ce film aux Affranchis de Martin Scorsese et cela peut se comprendre même si Gillepsie n’atteint clairement pas la maestria du réalisateur Italo-américain. Cela dit, si je devais établir une comparaison qui me semble davantage plus cohérente, je la ferais alors avec l’univers des frères Coen notamment pour son humour « absurde » et coriace (même si utiliser la maltraitance en guise d’humour me gêne) et en situant le récit chez les Rednecks. Le ton surprend (surtout face à une histoire banalement tragique) mais est finalement cohérent avec la personnalité même de Tonya Harding.

Moi, Tonya : Photo Allison Janney

Moi, Tonya part d’un projet intéressant (les beaux portraits de femme au cinéma restent rares) mais qui finit rapidement par ne pas être aussi pertinent que prévu. Les différents thèmes abordés retiennent l’attention, en particulier en ce qui concerne la figure féminine bafouée dans les médias : c’est effectivement Tonya qui s’en est encore pris plein la gueule et non ceux qui ont réellement organisé cette agression. Qu’elle ait fait le coup ou non, peu importe le degré d’implication, ne change finalement pas grand-chose, elle n’était pas la seule responsable. Cela dit, même si le discours autour des inégalités de chance de réussite suscite l’intérêt, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces thèmes survolés, tout comme le fait de ne jamais réellement aborder sa confrontation avec Nancy Kerrigan. Oui, le film préfère se concentrer sur un point de vue et c’est tout à son honneur. En revanche, ignorer la rivale (enfin presque, hein) qui incarne l’antithèse même de Tonya Harding me semble absurde. On ne s’est pas seulement insurgés parce que la bande à Harding a tabassé une concurrente : on s’est insurgés à l’époque parce qu’on s’était attaqué à la fille chérie du patinage, issue d’un bon milieu et qui le montrait bien en apparence. De plus, la seconde partie du film a tendance à pêcher justement parce que le réalisateur ne sait justement plus comment traiter ses thèmes et continue à s’acharner sur un humour qui finit par perdre son grinçant. En fait, en dehors de nous présenter Harding comme une grande victime qui fait tout pour rester debout jusqu’au bout, on a l’impression que Gillepsie ne sait plus quoi dire alors que les thèmes mis en place et mal exploités prouvent pourtant qu’il y avait de quoi rendre le propos bien plus consistant. En revanche, côté interprétations, Moi, Tonya ne comporte aucune fausse note. Margot Robbie livre une surprenante interprétation, confirmant bel et bien qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle n’a pas volé sa nomination aux Oscars dans le rôle de Tonya Harding. Je n’aurais même pas protesté en cas de victoire (même si je suis très contente pour Frances McDormand pour son 3 Billboards). Sa partenaire Allison Janney (qui, elle, en a remporté un pour ce film en mars dernier), est également impeccable (et méconnaissable). Cela fait plaisir de voir cette actrice sous-estimée et sans cesse collée aux seconds rôles atteindre une certaine reconnaissance par la profession. Enfin, Sebastien Stan (le Bucky de Captain America) complète avec conviction ce trio de tête. Ayant le mérite de présenter un sport peu mis en scène au cinéma, Moi, Tonya est alors un anti-biopic intéressant notamment formellement mais oubliable parce qu’il n’exploite pas suffisamment ses différents thèmes mis en place, qui aurait pu rendre cette oeuvre bien plus puissante.

Moi, Tonya : Photo

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Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

States of Grace

réalisé par Daniel Destin Cretton

avec Brie Larson, John Gallagher Jr., Stephanie Beatriz, Rami Malek, Kaitlyn Dever, Keith Stanfield, Kevin Hernandez…

titre original : Short Term 12

Drame américain. 1h40. 2013.

sortie française : 23 avril 2014

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer

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Sensible et déterminée, Grace est à la tête d’un foyer pour adolescents en difficulté. Parmi les jeunes membres de son équipe, diversement expérimentés, la solidarité et le bon esprit sont de mise. Jusqu’à l’arrivée soudaine d’une fille tourmentée qui ignore les règles du centre et renvoie Grace à sa propre adolescence… pas si lointaine.

States of Grace : Photo Brie Larson, Kaitlyn Dever

Le titre « français », States of Grace, ne donne pas forcément envie de découvrir ce film. Son titre original, Short Term 12, est plus intéressant même s’il s’éloigne du personnage principal. « Short Term 12 », c’est donc le nom du foyer pour adolescents dans lequel bosse (et dirige) la fameuse Grace de notre titre « français ». Il faut savoir qu’avant d’être un long-métrage, il est passé par la case court-métrage en 2008 (portant le même nom). Ce sujet tient à coeur au réalisateur hawaïen Daniel Destin Cretton lui-même ayant été éducateur en centre spécialisé. Il voulait même à l’origine en tirer un documentaire (avant de signer ce premier long de fiction, il réalisait des docs pour HBO et Discovery Channel). Finalement, le réalisateur a préféré signé une fiction pour des raisons pratiques (les autorisations étant difficiles à obtenir) et morales (Cretton ne voulant pas non plus avoir l’impression d’exploiter les jeunes). Le risque quand on signe une fiction, en voulant partir de base sur le documentaire ou en étant influencé par ce genre, est de perdre justement cette part de fiction. Certes, on sent derrière le vécu du réalisateur, on le sent également bien documenté mais on est bien face à une histoire qui fonctionne de A à Z. Une histoire certes « simple » en apparence mais qui reste pourtant bien construite, logique mais sans être non plus attendue ou sirupeuse et surtout il n’y a pas de surenchère dans l’émotion, la dureté du milieu ou même dans les quelques moments de joie. Evidemment, la sincérité ne sauve pas toujours tous les films mais ici c’est véritablement un atout. On croit à l’histoire proposée, aux personnages, à leurs réactions, à leurs souffrances. Ce centre pour ados semble si vivant à l’écran, on a l’impression d’être en immersion dans cette enrichissante expérience humaine même si derrière il y a des difficultés émotionnelles pour les êtres qui y sont impliqués. On se sent proche des personnages tout simplement même si on ne connait pas ce milieu. Grace, qui illumine ce film, malgré toutes ses souffrances et ses interrogations, est bien le personnage principal mais les seconds rôles parviennent aussi à exister, même les plus petits. Le film évoque des situations sociales difficiles mais n’est pas un drame social. Ce n’est pas la volonté du réalisateur même s’il dépeint derrière une réalité. C’est un beau film d’espoir sur l’humain, plus particulièrement l’enfant ou de l’adolescent qui peut malgré ce qu’il peut traverser de pire (même si ça va forcément le marquer à vie et que ça sera parfois un obstacle pour sa construction) devenir un adulte plein d’avenir et d’espoir.

States of Grace : Photo Brie Larson, John Gallagher Jr.

States of Grace est donc un film émouvant (oui, j’ai pleuré, vous commencez à avoir l’habitude) sachant très bien mêler avec une grande cohérence histoire personnelle et histoire collective. Ce long-métrage est donc très bien écrit, toujours crédible, et bien structuré, notamment par cette idée de boucle (la première et la dernière scène sont similaires que ce soit au niveau du dialogue ou de l’action à venir après ce dialogue) mais également bien mis en scène. Ce n’était pourtant pas évident mais pour un premier long-métrage de fiction, Daniel Destin Cretton s’en sort plus que bien. Il a su éviter les tics très pénibles d’un certain cinéma indépendant américain (et pourtant j’aime et je défends énormément ce cinéma en question mais il faut parfois savoir être honnête. On retrouve dans son travail de nouveau ce mélange de force et de sensibilité. Le montage est également selon moi de qualité, permettant de donner du rythme à ce film déjà énergique rien que par son sujet. States of Grace est évidemment porté par l’excellente Brie Larson, récemment oscarisée pour Room de Lenny Abrahamson cette année mais qui aurait dû selon moi être, au moins, en compétition dans la célèbre cérémonie américaine (d’ailleurs, le film tout court aurait dû concourir). Son interprétation est d’une grande justesse. Il y a chez elle une combinaison incroyable entre la force et la fragilité. Elle est également naturelle mais sans entrer dans les clichés extrêmes d’un certain cinéma indépendant américain actuel (encore une fois). John Gallagher Jr. (une découverte en ce qui me concerne) est également très bon dans ce rôle plus décontracté en apparence cachant évidemment bien son douloureux passé. Les ados sont également tous convaincants, que ce soit Kaitlyn Dever (vous l’avez sûrement vue dans la très bonne série Justified ou dans le naze Girls Only) ou Keith Stanfield (qu’on a pu voir dans Dope produit par Forest Whitaker ou encore dans Straight Outta Compton), tous les ados des ados sombres aux idées suicidaires et ayant des relations toxiques avec des parents monstrueux. On sera également ravi de retrouver Rami Malek, en ce moment connu pour son rôle sombre dans l’excellente série Mr Robot, dans un rôle secondaire sympathique (il incarne un jeune sortant de la fac voulant se faire une expérience) et finalement plus intéressant qu’il en a l’air dans le sens où il représente le regard du spectateur qui ne connait pas encore ce milieu et qui apprend et observe petit à petit. Finalement, à l’image des protagonistes, le spectateur ressort de ce grand petit film grandi.

short

Hungry Hearts

réalisé par Saverio Costanzo

avec Adam Driver, Alba Rohrwacher, Robert Maxwell, Jake Weber…

Drame italien. 1h53. 2014.

sortie française : 25 février 2015

Hungry Hearts

Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.

Hungry Hearts : Photo Alba Rohrwacher

Hungry Hearts, le quatrième long-métrage de Saverio Costanzo (réalisateur de La Solitude des nombres premiers, pas encore vu mais cela ne devrait pas tarder) fait partie de mes coups de coeur de ce début d’année. Je suis ressortie de la séance totalement secouée et bouleversée, j’en avais même les larmes aux yeux. Par contre, je déconseille ce film aux femmes enceintes ou à celles qui comptent fonder une famille. Hungry Hearts est tiré du roman de Marco Franzoso, Il Bambino Indaco (jamais sorti en France d’après ce que j’ai compris). Dans le livre, l’histoire se déroule en Italie mais Costanzo a préféré situer son récit à New York : « Dans mon esprit, il fallait que les personnages évoluent dans une mégalopole violente où ils puissent se perdre et ressentir la solitude, afin que le spectateur comprenne mieux le désarroi de cette mère. Or aucune ville italienne ne correspond à cette définition ». Visiblement, le réalisateur a bien fait d’avoir opté pour cette solution. Le film débute comme une comédie romantique (Jude et Mina se rencontrent dans les toilettes bloquées d’un restaurant asiatique est très drôle), pourtant la suite ne va pas être aussi joyeuse. L’amour entre ces deux personnages sera pourtant toujours fort mais le couple se détériore dès la grossesse de Mina, cette dernière étant persuadée de porter en elle un enfant indigo après avoir consulté une voyante. Mais évidemment, la folie de Mina va surtout se révéler au grand jour après son accouchement à travers son alimentation ainsi que celle de son fils. Ainsi, étant devenue elle-même vegan (oui, je sens que ce film ne va pas faire plaisir à tout le monde), elle donne ce type de nourriture à son bébé. L’enfant en question ne peut pas grandir et Mina maigrit à vue d’oeil et est de plus en plus épuisée. A cause de l’étrange comportement de Mina, la petite famille est de plus en plus isolée. Jude s’inquiète pour son enfant mais au début refuse de voir que ses problèmes de croissance et de santé à venir sont liés au comportement alimentaire de Mina. Et lorsqu’il finit par ouvrir les yeux sur la situation, le film prend alors un autre tournant. Chacun va alors vouloir à nourrir l’enfant à sa manière tout en surveillant le comportement de l’autre, ce qui donnera lieu parfois à des scènes cocasses (par exemple, Jude qui va se réfugier dans une église pour nourrir son fils).

Hungry Hearts : Photo Adam Driver, Alba Rohrwacher

A ce moment-là, Hungry Hearts prend des allures de film d’épouvante. On pensera évidemment à l’excellent Rosemary’s Baby de Roman Polanski à part que les rôles sont ici inversés. Cette fois-ci, c’est bien la mère qui devient inquiète. Le fait qu’elle soit étrangère renforce encore plus (sans jeux de mots) l’étrangeté même de ce personnage. Pourtant, cela serait injuste de la qualifier comme la méchante de l’histoire car elle ne se rend même pas compte du mal qu’elle fait à son propre enfant. En effet, si le spectateur se penchera plus naturellement de son côté, Jude a pourtant sa part de responsabilité, comme le montre notamment la scène de reproduction (pour la qualifier grossièrement). Cependant, même si Mina nous fait flipper et qu’on a sans cesse peur pour son enfant, Hungry Hearts n’est pourtant pas un film manichéen. Quelque part, on a l’impression que ce drame pourrait arriver à n’importe qui. C’est alors ce mélange particulier mais habile entre plusieurs genres qui donnent une puissance folle au long-métrage. Mais il s’agit surtout d’un magnifique film d’amour dans lequel chacun va à la fois aimer et redouter son partenaire. Au-delà d’une réflexion intelligente et de l’émotion, Hungry Hearts bénéficie d’une très bonne mise en scène. Soignée et précise, elle parvient à montrer la détérioration et l’isolement de ce jeune couple face à une ville immense et intemporelle qui semble les écraser. J’ai également aimé le scénario, bien construit, qui alterne les points de vue, du coup cela donne encore plus de rythme au film ainsi que plus de consistance aux personnages. Saverio Costanzo a également travaillé sur tous les moindres détails, que ce soit au niveau de la mise en scène ou du scénario : le début pas si anodin (l’indigestion de Jude annonce les problèmes alimentaires de Mina), la photo de mariage accrochée sur la porte du frigo (le mariage se détruit littéralement encore une fois à cause de la nourriture), le rêve qui annonce le drame final etc… Même si je sais que cela a pu perturber certains spectateurs, pour ma part, j’ai aimé le montage saccadé, renforçant davantage l’atmosphère menaçante. De plus, j’ai adoré la bande-originale de Nicola Piovani (pour ceux qui ne se rappellent pas, il avait été oscarisé pour son travail pour La vie est belle de Roberto Benigni) et j’espère qu’elle sera un jour disponible. Enfin, le film est servi par les magnifiques interprétations d’Adam Driver (l’acteur talentueux de Girls dont la carrière risque de décoller à la sortie du prochain Star Wars) et Alba Rohrwacher (dans la vie, compagne de Costanzo et soeur d’Alice Rohrwacher, la réalisatrice du récent Les Merveilles) qui n’ont pas volé leur Coupe Volpi à la Mostra de Venise.

Hungry Hearts : Photo Adam Driver

Sous les jupes des filles

réalisé par Audrey Dana

avec Isabelle Adjani, Alice Belaïdi, Laetitia Casta, Audrey Dana, Julie Ferrier, Audrey Fleurot, Marina Hands, Géraldine Nakache, Vanessa Paradis, Alice Taglioni, Sylvie Testud, Stanley Weber, Guillaume Gouix, Pascal Elbé, Alex Lutz, Marc Lavoine…

Comédie française. 1h56. 2014.

sortie française : 4 juin 2014

Sous les jupes des filles

Paris. 28 premiers jours du printemps. 11 femmes.
Mères de famille, femmes d’affaires, copines, maîtresses ou épouses…
Toutes représentent une facette de la femme d’aujourd’hui : Complexes, joyeuses, complexées, explosives, insolentes, surprenantes… Bref, un être paradoxal, totalement déboussolé, définitivement vivant, FEMMES tout simplement !

Sous les jupes des filles : Photo Laetitia Casta

Pour son premier long-métrage, Audrey Dana, actrice que j’apprécie même si je ne l’ai pas vu dans beaucoup de films, décide de suivre cette nouvelle vague un poil agaçante mi-girly mi-trash qui semble s’installer en France depuis quelques mois, s’inspirant elle-même de la mode américaine. Dana a voulu savoir ce qu’était la femme du XXIe siècle : pour répondre à cette question, la réalisatrice débutante est allée interroger pendant deux mois des femmes afin de nourrir son scénario. Les intentions de Dana sont tout à fait honorables. Je pensais qu’on aurait droit à du mauvais féminisme (je n’ai rien contre le féminisme – je crois que je suis même un peu féministe – mais je n’approuve pas le comportement de certaines femmes au nom d’un droit) mais Audrey Dana n’a pas la prétention de signer un film féministe. Elle a simplement eu envie de mettre la femme à l’honneur. Hélas, comme je le sentais un peu en regardant la bande-annonce, Dana n’évite pas certains clichés, ceci est d’autant plus énervant venant d’une femme derrière la caméra. En tant que femme (enfin, plutôt jeune fille, pas trop envie de me vieillir), je peux vous assurer que le femme est un être bien plus complexe que les personnages présentés dans le film (nous ne sommes pas toutes des nymphomanes hystériques, okaaaaaay). Je pense que ce problème est sûrement dû à cause du grand nombre de personnages présentés – 11 femmes pour être précise.

Sous les jupes des filles : Photo Vanessa Paradis

Puis, pour pouvoir attirer un public friand du trash – j’imagine les fans d’Apatow – Dana n’évite pas certaines vulgarités (et je me demande comment une femme peut se foutre un tampon dans son lit sans se dégueulasser mais passons sur ce détail très intime et un poil dégueu) même si le film n’est pas autant vulgaire que je l’imaginais et heureusement d’ailleurs. Certaines histoires sont injustement sacrifiées comme celles de Sylvie Testud face à la maladie ou d’Alice Taglioni en Don Juan au féminin – cette dernière n’existe que par le personnage interprété par Nakache. Je n’ai pas également plus aimé que ça la partie avec Julie Ferrier. Certes, l’actrice est drôle dans ce rôle de timbrée et le gag avec l’acteur américain qui serait gay fonctionne bien mais je me demande bien ce qu’a voulu nous dire Dana (la femme aime baiser avec n’importe qui et n’importe où ? ok, on le savait). Je suis persuadée qu’on aurait pu enlever quelques personnages pour pouvoir donner plus de consistance à d’autres personnages. Cependant Sous les jupes des filles reste un film plaisant, divertissant et énergique, permettant ainsi de gommer pas mal de défauts. Même si certaines histoires sont survolées, elles restent intéressantes. Ma partie préférée est celle avec Nakache (assez épatante) en mère de famille fatiguée et délaissée par son mari, qui va avoir des relations homosexuelles pour pouvoir mieux se retrouver.

Sous les jupes des filles : Photo Audrey Fleurot

J’ai également bien aimé la partie avec Vanessa Paradis (parfaite en working seule connasse qui se retrouve sans mari ni amis) qui va devenir amie avec Alice Belaidi (elle apporte un peu de douceur face à toutes ces femmes un peu trop agitées), une jeune femme timide se trouvant dans une situation familiale critique. Laetitia Casta est également très drôle en avocate timide qui se retrouve avec des problèmes gastriques particulièrement gênants dès qu’elle angoisse. Audrey Fleurot est également très juste en femme heureuse en ménage mais ne parvient pas à jouir au pieu : c’est un personnage qui est confronté à une certaine pression sociale. Adjani est également très convaincante en mère hystériques qui n’accepte pas que sa fille puisse avoir une sexualité. Enfin, il y a la partie avec Marina Hands en épouse trompée (au début cruche puis va totalement se lâcher) et Audrey Dana en maîtresse obsédée sexuelle. Certes, les deux actrices sont parfois un peu trop excessives mais je dois pourtant avouer que certaines scènes avec elles m’ont fait rire (rien que les scènes avec Dana sur le canapé en petite tenue ou Hands qui lui explique à quel point une séance d’épilation peut devenir humiliante sont très drôles). Peut-être aussi que cette partie fonctionne grâce à Alex Lutz hilarant en époux infidèle qui se comporte comme un petit garçon dès qu’une femme le jette. Audrey Dana a le mérite d’avoir réuni un casting (qui me faisait peur sur le papier) assez cohérent, équilibré et convaincant. Même si la manière de croiser les personnages est également parfois maladroite, Dana réussit également sa scène finale (le flash mob au Trocadéro) certes un peu too much mais elle reste efficace.

Sous les jupes des filles : Photo Julie Ferrier

Polisse

réalisé par Maïwenn

avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn, Karole Rocher, Jérémie Elkaïm, Emmanuelle Bercot, Frédéric Pierrot, Naidra Ayadi, Arnaud Henriet, Riccardo Scamarcio, Sandrine Kiberlain, Wladimir Yordanoff, Louis-Do de Lencquesaing, Alice de Lencquesaing, Audrey Lamy, Malonn Lévana, Lou Doillon, Carole Franck, Sophie Cattani, Anthony Delon…

Drame français. 2h. 2011.

sortie française : 19 octobre 2011

Polisse

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

Polisse : photo Karin Viard, Maïwenn

Avant de réaliser Polisse, l’actrice Maïwenn était déjà passée deux fois derrière la caméra, avec Pardonnez-moi et Le bal des actrices. Je n’ai pas eu l’occasion de voir les films que je viens de citer mais Maïwenn a eu raison de persévérer en tant que réalisatrice. Il faut tout d’abord rappeler que le film a séduit le jury du festival de Cannes (présidé cette année-là par Robert De Niro) en remportant le prix du jury. Il avait également récolté dix nominations aux Césars (et en avait remporté deux : meilleur espoir féminin pour Naidra Ayadi et meilleur montage). Puis plus de deux millions de spectateurs se sont déplacés dans les salles malgré un sujet pas destiné pour le grand public. Le public était de nouveau présent lorsque la chaîne l’a diffusé dimanche dernier, réunissant ainsi 2 655 000 téléspectateurs (soit 10, 1% de PDA). Je comprends totalement son succès puisque le film m’a également énormément plu. Certes, il n’est pas parfait, il a ses maladresses. Par exemple, le personnage de Maïwenn, Mélissa la photographe, ne sert pas à grand chose et vu comme le film nous présente directement en immersion, je ne pense pas que le film avait besoin d’une personne extérieure de la Brigade de Protection des Mineurs. Cependant, même si cela me paraissait nécessaire de relever ce défaut, il ne m’a pas non plus gâché le film, qui reste pour moi une belle réussite. Attention, dans la suite de ma critique, je vais révéler des scènes importantes du film, ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas connaître ces détails.

Polisse : Photo JoeyStarr, Maïwenn, Nicolas Duvauchelle

Polisse nous présente une multitude de personnages (flics, victimes, coupables) ainsi qu’un grand nombre d’histoires. Tout ce désordre aurait pu être désagréable pourtant Maïwenn a un véritable talent pour filmer ce bordel. Grâce à un style proche du documentaire et à un rythme effréné, le spectateur se retrouve en immersion dans la Brigade de Protection des Mineurs. Ce film coup de poing, bien documenté, montre les difficultés que rencontre ces flics au quotidien. Ils sont éprouvés psychologiquement (à force d’écouter des récits épouvantables au quotidien, leur vie privée en prend aussi un coup) et doivent se confronter à leur hiérarchie qui leur donne trop peu de moyens pour faire leur travail dans les meilleures conditions possibles. On peut comprendre ce que peuvent ressentir les membres de cette brigade car les récits (dont beaucoup sont tristement vrais) font froids dans le dos : une mère qui, en plus de secouer violemment son enfant pour le calmer, le « branle » et lui fait même des fellations pour qu’il s’endorme sans se rendre compte de la gravité de ses actes, le père qui viole sa fille mais qui se croit protégé à cause de ses relations, la gamine qui s’expose nue sur Internet ou une autre qui taille des pipes juste pour récupérer un portable…  Quant à la scène avec le petit abandonné par sa mère, elle est particulièrement émouvante et criante de vérité, j’en ai même tremblé.

Polisse : Photo Arnaud Henriet, Jérémie Elkaïm, JoeyStarr, Maïwenn, Naidra Ayadi

Les personnages les plus mis en avant sont Nadine (Karine Viard), Iris (Marina Foïs) et Fred (Joey Starr), cependant les autres rôles, même les plus petits, parviennent à trouver leur place, on devine même une partie de leur histoire. C’est pour cela qu’on arrive à s’attacher à la plupart des policiers présentés à l’écran. Iris est pour moi le personnage le plus intéressant car son histoire est la percutante. Selon mon interprétation (je préfère être prudente même si je ne pense pas me tromper), elle serait une ancienne enfant violée. En effet, elle semble rejeter les hommes, n’arrive pas à tomber enceinte, souffre d’anorexie et ne s’aime pas (la scène où elle donne son propre prénom au bébé mort est assez révélatrice sur sa souffrance). Le parallèle final avec le jeune Solal serait aussi un indice supplémentaire à ce qu’Iris a pu vivre enfant. La métaphore est peut-être très appuyée, pourtant elle fonctionne parfaitement bien. Solal retombe sur ses pieds car il a pu parler de son histoire, même s’il ne se rend pas forcément compte de la gravité des faits. On ne sait pas ce que deviendra ce môme, on a envie de croire qu’il va pouvoir grandir sereinement même si on n’en est jamais sûr. Contrairement à Solal, Iris ne pourra littéralement pas retomber sur ses pieds car elle n’a jamais parlé de ce qui s’est passé et se sent de plus en plus seule (compagnon qui la lâche, copine qui se fâche, promotion qui va l’isoler de ses camarades de travail). Son boulot permet de traquer les criminels mais pourra-t-on réellement panser tous les maux des enfants battus ou violés ? Pour moi, Iris est en quelque sorte une représentation du futur possible de toutes ces petites victimes qu’on a vu à l’écran. Pour finir, le casting est parfait. On retiendra en particulier un Joey Starr surprenant, une Marina Foïs bouleversante et une Karin Viard qui nous livre une de ses meilleures interprétations.

Polisse : photo Maïwenn

A Girl at my door

réalisé par July Jung

avec Doona Bae, Kim Sae-Ron, Song Bae-Byeok…

Drame sud-coréen. 2h. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

A girl at my door

Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

A girl at my door : Photo

Présenté au festival de Cannes 2014 dans la section « Un section regard » et co-produit par Lee Chang-Dong (le réalisateur des magnifiques Secret Sunshine et Poetry), A girl at my door est dans l’ensemble une belle surprise venue de Corée du Sud. Pour son premier long-métrage, July Jung n’a pas choisi la facilité. En effet, elle traite à la fois de la maltraitance infantile, l’homosexualité (un sujet pratiquement pas traité dans le cinéma coréen), l’alcoolisme, l’isolement rural, la pédophilie (même si ce n’est pas non plus réellement au coeur du film, ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire) et les sans-papiers (que des sujets très joyeux !). La réalisatrice aurait pu s’éparpiller ou trop survoler ces sujets mais en réalité ce n’est pas le cas. Mieux, grâce à une mise en scène ingénieuse et un scénario malin (même s’il n’est pas toujours surprenant) elle arrive à les insérer intelligemment, comme si un sujet en amenait un autre : l’effet d’engrenage fonctionne plutôt bien. Finalement, ce choix est assez cohérent puisque la violence entraîne les personnages dans une spirale infernale dont les personnages ne seront pas certains d’en sortir. La violence est au coeur de ce film, on voit à plusieurs reprises des actes de violence. Cependant, le film n’est pas violent. Au contraire, on trouve même beaucoup de pudeur et de délicatesse. Finalement, ce sera la critique de cette Corée homophobe et corrompue qui sera réellement violente.

A girl at my door : Photo

Doona Bae (Sympathy for Mr Vengeance, The Host, Cloud Atlas) est excellente dans le rôle de cette policière victime d’homophobie, qui se prendra d’affection pour Dohee. Elle a une attitude plutôt froide, par son statut de chef et par son identité sexuelle qui la rend distante avec les gens pourtant son comportement maternel rend ce personnage touchant. Quant à Kim Sae-Ron (Une vie toute neuve, The man from nowhere), qui incarne la gamine battue par son père, elle est étonnante. Elle arrive à garder une certaine fraîcheur (les scènes où elle danse montrent qu’elle est encore une enfant malgré tout ce qu’elle a vécu) et en même temps elle réussit à être troublante (étant victime de violence, devra-t-elle à son tour en quelque sorte un monstre ?). On regrettera cependant quelques longueurs. En effet, l’intrigue aurait pu être plus resserrée, du coup on aurait pu avoir des émotions encore plus intenses. Cependant, je ne me suis pas non plus ennuyée. Pour conclure, le film possède quelques maladresses mais dans l’ensemble il s’agit tout de même d’un bon film qui n’est pas tendre avec la société coréenne et qui arrive à être plus universel en évoquant la maltraitance sur mineur. Pour un premier long-métrage, July Jung s’en tire plutôt bien et je compte suivre sa carrière de près.

A girl at my door : Photo