A Beautiful Day

réalisé par Lynne Ramsay

avec Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, Alex Manette, Judith Roberts…

titre original : You Were Never Really Here

Thriller, drame américain, britannique, français. 1h30. 2017.

sortie française : 8 novembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

 

La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

A Beautiful Day : Photo Ekaterina Samsonov

Je ne suis pas la seule à pousser mon coup de gueule mais je ne peux pas m’empêcher de râler contre ce titre « français ». Certes, je peux comprendre que le titre original You Were Never Really Here, même traduit, soit problématique d’un point de vue « marketing ». Déjà, nous coller un titre anglais en guise de traduction reste pour moi une énigme. Mais en plus, une fois qu’on s’est tapé tout le film, on « comprend » enfin (en s’étouffant à cause de la stupidité globale de l’idée) pourquoi ce titre A beautiful day a été choisi. Je gueule aussi contre les critiques qui l’ont abusivement comparé à Taxi Driver (c’est notamment écrit sur l’horrible affiche rouge la moins vendeuse possible « Le Taxi Driver du 21e siècle »). Certes, il y a une histoire d’ancien soldat qui tente de sauver une prostituée. Oui, nous trouvons aussi dans l’oeuvre de Ramsay des références et hommages au cinéma des années 70. Mais ça s’arrête là, faudrait vous calmer les gars. Revenons donc au film. Ce long-métrage de Lynne Ramsay (qui avait signé le poignant We need to talk about Kevin) adapte le roman éponyme (enfin par rapport au titre original) de Jonathan Ames. Pour les fans de la formidable série (encore trop méconnue) Bored to Death, le nom de l’écrivain fera forcément sourire : Ames, également créateur de la série, avait inspiré le personnage du même nom dans cette série enjouée et barrée. Je n’ai jamais lu ses romans mais après avoir regardé les trois saisons, j’ai du mal à l’imaginer écrire un univers sombre. Je ne sais pas ce que donne le roman, je ne peux que juger le travail de Lynne Ramsay tel quel sur l’écran. Et malheureusement, je ne comprends absolument pas l’enthousiasme autour de ce film : petit rappel, il a remporté tout de même deux prix au dernier festival de Cannes (prix d’interprétation masculine et prix du meilleur scénario). Certes, Joaquin Phoenix livre une très bonne interprétation et même heureusement qu’il est là (oui, je fais des jeux de mots pourris avec le titre VO). Mais très honnêtement, sa performance ne m’a pas non plus époustouflée au point de lui donner une telle récompense. Je l’ai vu tellement mieux dans d’autres films ! Quant au prix du meilleur scénario, il s’agit pour moi de l’énigme de l’année. Où est le scénario ? Certes, la réalisatrice semble avoir privilégié une expérience davantage sensorielle : pourquoi pas après tout. Mais il y a un moment où ce « scénario » tenant sur un timbre-poste plombe considérablement le film manquant cruellement de consistance.

A Beautiful Day : Photo Ekaterina Samsonov, Joaquin Phoenix

On ne sait pratiquement rien sur les personnages (surtout le principal) : certes, on tente de deviner par bribes ce qui hante Joe et pourquoi il tient absolument à sauver cette gamine, fille d’un sénateur aux proies d’un réseau de politiciens pédophiles (et Joe ayant certainement été victime de violences durant son enfance de la part de ses parents). Certes, je comprends la démarche de la réalisatrice : les fantômes du passé resurgissent sur le présent, littéralement comme des flash. Mais son montage sur-épileptique finit par lasser et être contre-productif. On pourrait croire qu’il rythme le film mais finalement je me suis énormément ennuyée face à une histoire hyper bateau et creuse, où on ne répond absolument jamais à aucune interrogation alors que les portes ouvertes pour appréhender la psychologie du personnage principal restent trop nombreuses. Le film ne dure qu’1h30, j’avais l’impression qu’il en durait 3 : ce n’est pas jamais bon signe. Cela est regrettable car j’aurais aimé être touchée par cette rencontre atypique entre ces deux êtres a priori différents (milieux, sexe, âge) aux enfances brisées. La réalisatrice passe selon moi à côté de cet aspect qui aurait pu être formidable et puissant principalement par abus d’effets esthétiques et par envie d’aller trop à l’essentiel dans sa narration. Pour ne rien arranger, certaines scènes tournent parfois à la caricature (la scène où Phoenix pleure après avoir encore pété la gueule à des méchants m’a limite fait rire). Cela dit, même si je n’ai pas aimé ce film qui n’a pas réussi à me transporter, je reconnais deux qualités. La première est sa bande-originale. Certes, beaucoup de gens savent que j’adore Jonny Greenwood (et globalement Radiohead), peut-être que je parle comme une pure fan ou j’ai peut-être tenté de me raccrocher à ça. Cela dit, je trouve qu’il est toujours aussi à l’aise dans son travail de compositeur de bandes-originales de films, qu’il tente quelque part de faire surgir une émotion hélas absente. Enfin, appuyée par une jolie photographie, la mise en scène est réfléchie, soignée et précise. Certes, je ne trouve pas, à cause d’une absence de scénario et d’un montage agaçant, qu’elle relève le niveau du film mais on ne peut pas l’ignorer. Le film a l’air sans cesse violent (c’est certainement le seul « mérite » de ce choix de montage qui trouve ses limites) pourtant cette brutalité est pratiquement suggérée le trois-quart du temps, notamment par l’utilisation du hors-champ.

A Beautiful Day : Photo

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We need to talk about Kevin

réalisé par Lynne Ramsay

avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell…

Drame américain, britannique. 1h50. 2011.

sortie française : 28 septembre 2011

interdit aux moins de 12 ans

We Need to Talk About Kevin

Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.

We Need to Talk About Kevin : Photo Lynne Ramsay, Tilda Swinton

We need to talk about Kevin, adaptation du brillant et passionnant roman de Lionel Shriver, qui avait suscité la polémique à sa sortie, avait été présenté en compétition au festival de Cannes en 2011. Hélas, il est reparti les mains vides. Pourtant, selon moi, il avait sa place dans le palmarès final (après évidemment, on ne peut pas caler tous les films au palmarès). J’ai vraiment adoré ce film bouleversant et d’une intelligence redoutable. Dès le début, on sait que le Kevin du titre a fait une connerie, laquelle, on ne sait pas, mais on se doute bien que c’est grave. On saura au fur et à mesure ce qu’il a fait. Tout en suivant l’esprit de la mère de Kevin, Eva, le film alterne alors entre le présent et le passé.  Par ailleurs, on peut remettre en question ses souvenirs : sont-ils tous réels ? Eva tente alors de comprendre comment son propre fils a pu devenir un monstre à travers d’une série d’interrogations. En est-elle responsable ? Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Le drame aurait-il pu être évité ? Kevin est-il diabolique ? Naît-on naturellement mauvais ? Est-ce que seule la mère est responsable des actes de son enfant ? Est-ce que le fait qu’elle ne l’ait pas désiré a pu avoir des conséquences sur le futur de cet enfant ? Il est difficile de répondre concrètement à toutes ces questions, très ancrées dans notre société actuelle, car il n’y a peut-être pas de réponses. Beaucoup de réponses se reposent sur le ressenti et l’expérience même du spectateur. D’ailleurs, Kevin ne répondra jamais à la question que se pose sa mère : « Pourquoi as-tu fait ça ? ». La réalisatrice Lynne Ramsay aurait pu se contenter de balancer un peu n’importe comment des interrogations s’en savoir en faire. Mais heureusement, elle arrive à dépasser ce problème grâce à une mise en scène particulièrement efficace et inspirée, qui joue beaucoup sur les effets de rupture, les couleurs (le rouge étant la couleur dominante du film), les effets de flottement pour montrer la conscience d’Eva. L’alternance entre le passé et le présent aurait pu être perturbant, mais grâce à une écriture remarquable et un très bon montage, on s’habitue rapidement au procédé et on n’est jamais perdu.

We Need to Talk About Kevin : Photo John C. Reilly, Lynne Ramsay, Tilda Swinton

Ramsay interroge également sur une question toujours très sociétale : l’instinct maternel. Il est clair qu’Eva ne l’a pas, ce qui va compliquer encore plus sa relation avec son fils qui, dès sa naissance, est un emmerdeur de première. Cependant, même si elle ne l’a pas, Eva ne laisse jamais tomber et essaie de se rapprocher de son fils, même s’il la rejette sans cesse. D’ailleurs, ce qui est beau dans ce film, c’est de voir Eva et Kevin qui n’arrivent pas à s’aimer alors qu’au fond ils aimeraient s’aimer pour être plus heureux. Le titre d’ailleurs est intéressant : Il faut qu’on parle de Kevin. Le problème justement, c’est que ni Eva et son mari n’arrivent pas à en parler (peut-être est-ce ça qui a conduit Kevin à commettre l’irréparable ?). Et surtout, Eva n’arrive absolument pas à communiquer avec Kevin. D’ailleurs, au début du film, elle pense qu’il est autiste. Cependant, la seule fois où Eva va pouvoir avoir une vraie discussion avec son fils et que les deux vont enfin démontrer l’amour qu’ils ressentent envers l’autre se déroule après le drame. On ne sait pas si Kevin continuera à être un monstre après ce qu’il a fait, il est clairement perturbé et on ne pense pas qu’il puisse un jour s’adapter à la société. Mais la seule chose qu’il restera finalement, c’est l’amour que lui porte sa mère, malgré le rejet constant dont elle a été victime. J’ai adoré l’interprétation de Tilda Swinton qui est bouleversante dans le rôle de cette mère qui se remet en question. Jasper Newell et Ezra Miller, qui incarnent Kevin à différentes périodes, sont également excellents dans ce rôle inquiétant. On voit peu John C. Reilly, mais en même temps, cette absence est très importante pour montrer que le père a aussi peut-être sa part de responsabilité et qu’il ne s’est pas réellement chargé de l’éducation de son fils. Cependant, du peu qu’on le voit, Reilly est également convaincant.

We Need to Talk About Kevin : Photo Ezra Miller, Lynne Ramsay